‹ Histoire de Marie StuatChapitre 139 sur 214 · CHAPITRE V. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. i

rien'. »> Elle n'en était pas moins révoltée de la perfidie à laquelle sa passion la réduisait et de ce qu'elle appelait sa délibération odieuse, u Vous me contraignez de tellement dissimuler, ajoutait -elle, que j'en ay horreur, veu que vous me forcez de ne pas jouer seulement le personnage d'une traîtresse ; qu'il vous souvienne que, si l'affection de vous plaire ne me forçoit, j'aimeroye mieux mourir que de commettre ces choses ; car le ceur me seigne en icelles. Bref, il ne veut venir avec moy, sinon sous ceste condition, que je lui promette d'user en commun d'une seule table et d'un mesme lit comme auparavant, et que je ne l'abandonne si souvent, et que si je le fay ainsi, il fera tout ce que je vou* dray et me suivra *. » Subjuguée par la violence de son amour, elle dit à Bothwell qu'elle lui obéira en tout, et le supplie de ne pas concevoir d*elle une sinistre (^inion : »< Puisque , continue-t-elle , vous mesme estes cause de cela ; je ne le feroye jamais contre lui pour ma vengeance particulière*. » Elle ne cache point le but qu'elle se propose, but qui fut atteint, deux mois après le meurtre de Damley, par

* Première lettre, dans les Mémoires de (Estât, etc., 1. 1, p. 160, v^, et MénuÂres de Metvit, t. III, p. 331.

* Ilnd.f Me' f noires de t Estât, etc., t. I, p. 162, et MénuÂres de Melvil, t. III, p. 335, 336.

* ïlfid.y Mémoires de tEstat, etc., t. I, p. 163, v", et Mémoires de Melxnl, t. III, p. 339.

le divorce de Bothwell avec lady Gordon et par son propre mariage avec Bothwell. Afin d'y arriver, elle ne craint pas d*exposer son honneur, de charger sa conscience, de metti'e sa personne en danger, sa grandeur en oubli, et de sacrifier, contre son propre naturel, celui qui peut Ten empêcher. c< Dieu, dit* elle avec ren^ords, me le l^euille pardonner ^ n

En même temps qu'il porta cette lettre à Both* M^ell , Paris dut lui remettre une bourse contenant trois ou quatre cents écus et des bracelets que Marie venait d'achever pour lui ^. La reine ordonna de

* a Maintenant, donc, mon cher amy, puisque pour vous complaire je n'esparg^ne ny mon honneur, ny ma conscience, ny les dangers, ny mesmes ma g^randeur quelle qu'elle puisse estre : je vous prie que vous le preniez en bonne part et non selon rinterprétation du faux frère (le comte de Hunlly) de vostre femme auquel je vous prie aussi n'adjouler aucune foy contre la plus fidelle amie que vous avez eue ou que vous aurez jamais. Ne regardez point à celle (lady Gordon) de laquelle les feintes larmes ne vous doivent estre de si grand poids que les fidèles travaux que je souffre, afin que je puisse mériter de parvenir en son lieu, pour lequel obtenir je trahi (voire contre mon naturel) ceux qui m'y pourroyent empescher. Dieu me veuille pardonner, n Ibid,, Mémoires de t Estât j etc. y t. I, p. 164, et Mémoires de Melvil^ t. m, p. 141, 142.

^ Deuxième déposition de Nicolas Hubert, dit Paris, dans Anderson, vol. II, p. 192, et dans Malc. Laing, t. II, p, 368, et Première lettre de Marie Stuart à Bothwell, Mémoires de Melvil, t. III, p. 335, 340^ et Mémoires de tRstat, etc., t. I, p. 162 et 163, \\

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