CHAPITRE V
ten*é presque mystérieusement dans la chapelle d'Holyrood*.
Quelle fut l'attitude de Marie Stuart lorsqu'elle connut cette terrible nouvelle, qui remplit Edimbourg d'indignation et de défiance? Elle en parut accablée et tomba dans un silencieux abattement. Elle ne fit rien paraître de cette activité , de cette colère, de cette résolution, de ce courage qu'elle avait montrés après le meurtre de Riccio*. Enfermée dans son appartement, elle ne communiqua avec ses plus fidèles serviteurs que par l'entremise de Bothwell*. Le meurtrier de Darnley fut seul admis auprès d'elle. N'eût-on pas dans les aveux que contiennent ses propres lettres , dont nous établissons ailleurs l'authenticité ^, dans les déclarations que les acteui^s subalternes de ce drame tragique firent
* Birrets Diary, dans Cbalmers, t. Il, p. 556. — Tytler, t. VII, p. 86.
> Tytler, t. VJI, p. 85.
' Mémoires de Melvil^ liv. iii, p. 24^, et déposition de Paris. — tt Le lundy matin (après le meurtre), entre neuf et dix heures , ledict Paris dict qu'il entre dans la chambre de la royne, laquelle estoyt bien close, et son lict là tendu de noyr en signe de deuil , et de la chandelle allumée dedans ycelle, là où madame de Bryant luy dounoyt à desjeuner d'ung; œuf frais , là où aussi monsieur de Boduel arry ve et parle à elle secrètement soubz courtine. » Deuxième déposition do Paris, dans Lalngf, t. Il, p. 315.
* Voir FAppendix G.
devant la justice ou sur l'échafaud, des preuves de sa complicité, cette complicité résulterait de sa conduite seule avant et après le meurtre. Le voyage à Glasgow, entrepris au moment où elle exprimait le plus de défiance et d'animosité contre Damley ; les démonstrations de tendresse et les espérances de rapprochement employées pour le ramener avec elle à Edimbourg; le choix de la maison de Balfour , qui ne convenait qu'à un attentat et où elle avait consenti à s'établir pour qu'il ne refusât pas d y demeurer; le soin qu'elle mit, la veille du meurtre, à en retii^r ce qu'elle y avait déposé de plus précieux; le transport de la poudre et l'introduction des deux principaux exécuteurs du crime dans sa propre chambre, où l'on n'aurait pas répandu la poudre ni caché les assassins si elle n'en avait rien su, parce qu'elle aurait pu y descendre et tout découvrir; enfin , son départ de la maison de Balfour, où elle devait passer la nuit, quelques heures avant que Darnley fût tué et que la maison sautât, indiquent trop suffisamment qu'elle connaissait tout.
Mais si les actes qui précédèixînt le crime accusent Marie Stuart, que doit-on penser de ceux qui le suivirent ' ? Sa conduite, comme femme et comme
* Voici ce que Paris dit sar les dispositions de la reioe trente heures après le meurtre : « Mardy au mâtin elle se levé, et ledict Paris estant entré en sa chambre, la royne luy