CHAPITRE II
moder d'un délai ni s'exposer à une incertitude, le rendit à la fois trop impatient et trop exigeant. Il réclama la garde de la jeune reine jusqu à ce qu elle fût d'âge à être mariée, et en attendant il voulut qu'on lui remit plusieurs des places les plus fortes du pays. Ce n'était pas la conquête du royaumq, comme du temps des Edouard , mais la confiscation de la royauté et la mise provisoire de TÉcosse sous le séquestre de l'Angleterre.
Cette inhabile précipitation et une exigence aussi offensante pour l'orgueil écossais nuisirent beaucoup à Henri VIII , qui se vit contraint de réduire ses prétentions. Il se borna à demander que Marie Stuart fût envoyée en Angleterre dans sa dixième année , afin d'y épouser le prince de Galles lorsque le mariage pourrait être célébré. Le traité fut conclu à ces conditions le P" juillet 1543. Mais ce traité même indisposa l'esprit national en Ecosse et rejeta vivement ce pays vers l'alliance française. Le comte d'Arran , dont la famille avait toujours été amie de la France, et que l'intérêt seul de son ambition avait momentanément attacbé à l'Angleterre , se rapprocha alors de la reine douairière , qui n'était pas encore à craindre pour lui, et du cardinal-primat, qui ne l'était plus. Ce rapprochement changea de nouveau et d'une manière soudaine la politique de l'Ecosse. Le traité avec Henri VIII fut annulé cinq mois après avoir été conclu , et une étroite alliance
avec la France fut signée le 15 décembre à Edimbourg par le régent et le» États d'Ecosse , qui ratifièrent, au nom de Marie Stuart, tous les traités intervenus depuis Robert Bruce entre les deux pays.
La guerre était par là rendue inévitable avec l'Angleterre. Henri VIII, courroucé, la déclara aussitôt. ■ Il envoya dans le détroit du Forth une flotte qui en ravagea les côtes et alla brûler la ville même d'Edimbourg. Peu de temps après , une armée anglaise franchit la frontière du sud et dévasta le territoire écossais à plusieurs reprises. Demander Marie Stuart en mariage si violemment, c'était être sûr de ne pas l'obtenir. Par cette guerre impolitique , Henri VIII ne parvint qu'à inspirer en Ecosse une horreur universelle pour les Anglais , dont le parti s'affaiblit de plus en plus, qu'à y faire appeler des troupes françaises comme auxiliaires, et qu'à provoquer une ardente persécution contre les novateurs religieux attachés à sa cause et dont les chefs déjà nombreux furent pris dans le château de Saint-André et enchaînés sur les galères de France. Il mourut en janvier 1547, bien éloigné du but qu'il s'était pro- ' posé en voulant unir les deux maisons des Stuarts et des Tudors pour confondre ensemble les deux royaumes d'Ecosse et d'Angleterre.
Le duc de Somerset, oncle maternel d'Edouard VI et protecteur du royaume pendant sa minorité, poursuivit le même but avec le même emporte-