CHAPITRE V
les meurtriers du roi ' . Durant le silence de la nuit , des voix font retentir les mêmes noms dans les rues d'Edimbourg. Un second placard, enveloppant dans cette accusation les serviteurs de la reine , désigne également signor Francis, Bastian, John de Bourdeaux et Joseph Biccio, frère de David*. La reine ne prescrit aucune recherche contre les complices subalternes, et garde le principal coupable à ses côtés. Loin d'agir, elle quitte la ville d'Edimbourg et part pour le château de lord Seton *. Bothwell l'y suit et s'y établit avec elle sous la garde du capitaine Cullen, l'une de ses créatures dévouées, et dans la compagnie de Huntly, d'Argyle, de Lethingtdki et de l'archevêque de Saint- André, ses fauteurs dans l'assassinat de Damley *. Y passe-t-elle son temps dans le deuil et dans l'affliction? Non. Voici ce que raconte de son séjour à Seton M. Fraser Tyt- 1er, dont les sentiments, en quelque sorte héréditaires, sont très-favorables à Marie, et qui est le plus récent , et en beaucoup de points , le mieux instruit
* Keith , p. 368.
» Tyller, t. VII, p. 85, 87.
^ Le château de Seton appartenait à Géorgie, sixième lord Seton, dont la fille avait accompagné la reine en France, et comptait parmi les quatre Maries. Lord Seton descendait dîme famille normande, et fut invariablement attaché à la reine e( fidèle h sa cause.
* Drury à Cecil, lettre du 17 février 15G7, au State Pap. Of T., et dans Tyller, t. VII , p. 86 et 90.
des historiens de l'Ecosse : « On voyait avec étonnement que deux semaines après la mort de son mari, tandis que dans le pays et dans la capitale tout le monde était encore dans la consternation à cause des derniers événements que Ton sentait être une tache faite au caractère national, la cour à Seton ne fût occupée que de plaisirs. Marie et Eothwell s'amusaient à faire des paris au tir contre Huntly et Seton, et un jour ils obligèrent ces lords à payer la partie qu'ils avaient perdue par un diner à Tranent ' . » C'est parmi ces distractions que les défiances accusatrices du peuple et les plaintes amères de Lennox allèrent chercher Marie Stuart. A Edimbourg, qu'avait troublé, pendant la fatale nuit du 9 au 10 février, la bande partie du palais d'Holyrood, circulaient des bruits certains sur le machinateur du meurtre, vagues sur ses complices. On afficha dans le mai*ché public que le serrurier auquel avaient été commandées les fausses, clefs de l'appartement du roi , se ferait connaiti^ si on lui accordait la sûreté nécessaire*. On afficha en outre deux nouveaux placards sur l'un desquels se lisaient les initiales de la reine, M. S., avec une main tenant une épée, et sur
* Tytler, U VII, p. 90, 91, d'après les lettres ms, de Drury h Cecil du 28 février, au State Pap. Off.
> Drury k Cecil, i8 février 1567, au State Pap. Off., et dansTvtler, t VII, p. 89.