CHAPITRE VI
à Tœuvre, ou .quitter le pays... .le prie Votre Seigneurie de me faire savoir les intentions de votre maîtresse , car , si nous voulons nous appuyer sur la France, nous serons accueillis ^ » Enfin, le 8 mai il s'adressa d'une manière plus précise et plus pressante encore à Bedford , auquel il dit que la plupart des membres de la noblesse qui avaient souscrit , lors du dernier parlement et par crainte pour leur vie, à des choses également contraires à leur conscience et à leur honneur , s'étaient réunis à Stirling , ou ils avaient formé une ligue (bond). « Les points convenus entre eux , ajoutait-il , sont : d'abord de délivrer la reine des mains de Bothwell , qui a les places fortes, les munitions, et commande aux hommes de guerre; ensuite de veiller plus éti*oitement à la sûreté du prince en s'emparant de sa personne; enBn de poursuivre les meuruûers dû roi. Ils se sont engagés pour obtenir ces trois choses à risquer leurs vies et leurs biens. Ils mont invité à écrire à Votre Sei* gneurie pour qu'ils puissent avoir l'assistance de votre souveraine dans la poursuite de ce cruel meurtrier, qui, durant la dernière venue de la reine à Stirling, suborna quelques personnes afin d'empoi* sonner le prince; car ce tyran barbare n'est point content d'avoir tué le père, et il voudrait encore tuer le fils, par la crainte de recevoir un jour $on çb^ti-
* lettre du 26 avril 1567, au Stat. Pap. Off., et dansTytler, t. VII, p. 109.
^18 MARIE SÏUARÏ.
ment. Les lords qui se sont assemblés à Stirlingsont : les comtes d'Argyle, de Morton, d'AthoI et de Mar. »> Il assurait, en outre, que les comtes de Glencairn, de Cassilis, d'Églinton, de Montrose, de Caitbness, les lords Ochiltree, Ruthven, Drummond, Gray, Glammes, Innermeith, Lindsay, Hume, s'associeraient à eux, et que les confédérés étaient allés lever des troupes dans leurs pays respectifs *.
Ce qui prouve combien était général le sentiment qui les unissait contre Bothwell, c'est que Robert Melvil, dépositaire de la confiance de Marie Stuai*t, et peu de temps après son envoyé auprès d'Elisabeth , s'était joint à leur coalition. Dans une lettre qu'il écrivit vers le même temps à Cecil, il demanda, comme le laird de Grange , l'assistance de l'Angleterre, afin de délivrer la reine et de punir les meurtriers du roi; et, comme le laird de Grange aussi , il annonça que, si l'Angleterre refusait son aide, la France était prête à accorder la sienne *. En effçt, la cour de France, voyant que Marie Stuart multipliait les désordres qui avilissent et les fautes qui perdent, et craignant que l'Ecosse ne retombât entre les mains des Anglais , aima mieux abandonner la reine que le royaume. Charles IX avait envoyé Vil-
* Lettre du 8 mai 1567, au S(at. Pap, Off. , et dans Tytler, t. VII, p. 112, 113.
* Cette lettre est du 1 mai. M. Tytler Ta trouvée au S(at. Pap. OfF., et en a fait usage, t. VII, p. 110 et 111.
leroy à Du Croc , avec des instructions secrètes dont voici un curieux passage : « Le dict sieur de Villeroy dira que se découvrant S. M. à luy de Topinion qu il a du pitoyable sucez des affaires de la royne d'P'cosse, veu ce que luy a escrit le dict sieur Du Croc de ses déportements , et les nouvelles estranges qu'il en a d'ailleurs ; ayant aussi senti que Tentreprise des dits seigneurs est par soubs main assisté et favorisé des Anglois...., desquels la charité n'emporteroit que leur ruine, le roy veut que le dict sieur Du Croc sache que le désir et intention principale de Sa dite Majesté est de conserver le royaume d'Ecosse à sa dévotion , sans permetti'e que , soubs prétexte de tant de follyes qui se présentent, il se soulève et aliène en aultre dévotion que la sienne , comme il est certain qu'il seroyt pour faire envei'S lesdits Anglois, que lesdits seigneurs chercheroient comme protecteurs dans ceste affaire, s'ils voy oient n'avoir aucune asseurance du costé du roy'. » Il parait que Du Croc, se conformant à cette politique de la cour de France, offrit aux lords confédérés une compagnie d'hommes d'armes et des pensions^.
* Instruction pour M. de Villeroy, envoyé eu Ecosse. Mss. Harlay, n*" 218, Bibl. nat., publiée dans Tculet, Pièces et documents y etc., t. II, p. 182 à 185.
* Robert Melvil àCecil, au Stat. Pap. Off., et dans Tytler, t. VIF, p. 111.
Mais ceux-ci préféraient l'appui d'Elisabeth, qui hésitait, embarrassée qu elle était entre les intérêts de sa politique tortueuse et ses théories sur l'inviolabilité royale. Elle avait peur, d'un côté, de jeter par des refus les lords écossais dans l'alliance de la France, et répugnait, de l'autre, à favoriser la ré^ bellion toujours dangereuse des peuples contre leur prince. Les lettres du laird de Grange l'avaient cour^ roucée ' , et elle avait dit qu'il n'était jamais permis à un sujet de découvrir au monde les faiblesses et les fautes de son souverain. Elle déclara que le couronnement du prince royal durant la vie de sa mère ne serait approuvé ni d'elle, ni d'aucun autre monarque. Elle ajouta cependant que pour empêcher qu'il ne fût livré aux Français par Bothwell, elle serait disposée à venir en aide aux lords confédérés, s'ils le lui remettaient entre les mains. Mais comme ses actes étaient rarement conformes à ses paroles, elle ne tarda point à les encourager sans avoir obtenu d'eux ce qu'elle leur demandait. L'habile et ferme politique Cecil se chargeait de faire céder à la fin ses sentiments à ses intérêts, et de la conduire avec lenteur, mais avec certitude, aux résolutions qui lui plaisaient le moins et qui la servaient le mieux. Robert Melvil, que Marie Stuart dépêcha vers elle après son ma-
' Elle eut à ce sujet une conversation fort vive avec Ran» dolpk dans le jardin de sou palais. Cette conversation se trouve dans M. Tyller, t. VII, p. 1 15, 116.