CHAPITRE VI
serviteurs chancelants , des soldats intimidés par la réprobation qui s'attachait à leur c^tme ; du côté contraire, les seigneurs les plus considérables du royaume , des troupes pleines de fanatisme et d ardeur, le désir de renverser un ambitieux et de punir un meurtrier.
Pendant que les deux armées étaient en face Tune de lautre, l'ambassadeur de France Du Croc intervint comme médiateur au nom du roi son maître. Il se rendit d'abord dans le camp des confédérés. A ses offres de réconciliation , les lords répondirent que, pour éviter l'effusion du sang, ils étaient prêts, si la reine se séparait du malheureux qui la tenait \ à la reconnaître , à la servir et à demeurer ses trèsobéissants sujets; et que, si Bothwell voulait s'avancer entre les deux armées, il trouverait quelqu'un, sorti de leurs rangs , qui lui soutiendrait qu'il était le vrai meurtrier du feu roi, et que, s'il en demandait deux , quatre, dix, douze, ils se présenteraient. Du Croc leiu* exprima la répugnance qu'il avait à se charger de ces deux propositions. La première était un abandon de Bothwell auquel la reine, selon lui, ne consentirait pas, et la seconde un combat singulier qu'elle ne tolérerait point. Mais les lords lui répliquèrent avec fermeté qu'il n'y avait rien
* Du Croc à Charles IX, 17 juin 1567, dans Teulet, t. Il, p, 173.
autre à faire , et qu'ils aimeraient mieux être ensevelis vivants que de laisser la vérité cachée sur la mort du roi ^
L'ambassadeur de France, les quittant alors avec peu d'espoir, fut escorté jusqu'aux avant-postes de l'armée royale et s'achemina vers Marie Stuart. II la trouva, sur un tertre, très-animée et très-résolue. Après lui avoir baisé la main, il lui fit entendre des paroles de paix en faveur de ceux qui , bien qu'en face d'elle, étaient toujours ses sujets, et se prétendaient encore ses très-humbles et très-affectionnés serviteurs *. L'inteiTompant à ces mots, elle lui répondit vivement : — « Us le monti*ent très-mal , en allant contre ce qu'ils ont signé et en accusant aujourd'hui celui qu'ils avaient justifié et avec lequel ils m'ont mariée *. >' Elle ajouta cependant que, s'ils revenaient à leur devoir et lui demandaient pardon, elle était prête à leur ouvrir les bras *. Dans ce moment arriva Bothwell. « Est-ce à moi qu'ils en veulent? dit-il à Du Croc d'une voix forte et de façon à être entendu de l'armée. — Je viens de leur parler, répondit Du Croc tout haut, et ils m'ont assuré qu'ils étaient les très-humbles sujets et serviteurs de la reine; et vos ennemis mortels, ajouta-t-il tout bas, puisque vous voulez le savoir. — Que leur ai-je fait? répliqua Bothwell d'un ton toujours haut et
* Teulet , t. IC, p. 1 74. — « Ibid. , p. 175. — » Ibid. — * Ilnd.