‹ Histoire de Marie StuatChapitre 174 sur 214 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

décidé, comme pour communiquer sou assurance à ceux qui Tentendaient et qui en avaient une moins grande que la sienne. Je n'ai jamais causé de déplaisir à un seul d'entre eux; j'ai cherché au contraire à les consulter tous. Ce qu'ils font , c'est par envie de ma grandeur. La fortune est libre à qui la peut recevoir, et il n'y en a pas un seul parmi eux qui n'eût voulu tenir ma place ^ » Il proposa, de son côté, afin d'éviter l'effusion du sang , de combattre entre les deux armées, bien qu'il eût l'honneur d'avoir épousé la reine, celui de ses ennemis qui sortirait des rangs, pourvu qu'il fût homme de qualité. La reine s'y opposa en disant] qu'elle ne le souffrirait point et qu'elle embrassait sa querelle*.

Durant cet entretien, l'armée des confédérés s'était mise en mouvement et avait passé le ruisseau qui la séparait de l'armée royale. Bothwell quitta Du Croc pour se placer à la tête des siens , et Du Croc, ayant pris congé de la reine, revint vers les confédérés , auprès desquels il fit une dernière tentative. Il offrit à Morton et à Glencairn le pardon de leur souveraine s'ils retournaient à leur devoir. M Nous ne sommes pas venus ici, répondit Glencairn, pour solliciter notre pardon, mais plutôt pour l'accorder à ceux qui ont fait l'offense. — Nous sommes en armes, ajouta Morton, non conu*e la

• Teulet, p. 175, 176. — * ///ir/., p. 178.

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reine, mai» conti-e le duc d'Orkney, le meurtrier de son époux. Qu'il nous soit livré, ou que Sa Majesté leloigne de sa présence , et nous lui obéirons \ *) Ils remirent leurs casques, et ne voulurent plus rien entendre de Du Croc, qui reprit la route d'Edimbourg •.

Dans les deux armées , on avait mis pied à terre pour combattre, en laissant les chevaux de côté se* Ion Tusage du pays '. A mesure que les confédérés approchaient, il s'éleva du milieu des troupes royales le cri qu'il fallait trouver un expédient pour éviter la bataille *. Le duc en fut surpris et la reine troublée. On demanda aussitôt que le duc vidât la

^ Scrope à Cecil , Carlisie, 17 juio 1567. -* Drury à Gecil, Berwick, 18 et 19 juin 1567, au St. Pap. Off., et dans Tytier, t. VII, p. 131.

> Du Croc à Charles IX, 17 juin , dans Teulet, t. II, p. 177. — « De iacbon que monsieur Du Croc ne pouvoit trouver fasson ne aulcun moyen d'accord. Ce voyant, nous lesie lungf et l'autre et s'en va à Lislebourg, » Récit du capitaine dlnchkeith , ibid., p. 163.

• Lettre de Du Croc du 17 juin , ibid. , p. 178.

* « Et nous les voyons marcher , nous-mesmes les nostres en ordre de bataille ; mais je trouvois les nostres qu'ils cherchoient moyen d'appointement plustot que de combattre. » Récit du capitaine d'Inchkeith, ibid,^ p. 165. — « A la fin il se fit ung bruit dedans l'armée de la royne, qu'il valloit mieulx chercher quelque expédient; ce qui estonna [grandement la royne et le duc, connoissant ce qu'il avoyt tousjours craint. » Lettre de Du Croc du 17 juin, ibid^f p. 178.

querelle 9 seul à seul , avec un champion des confédérés. Botbwell y consentit sans hésitation , et la reine, voyant que ses troupes mollissaient, sembla ne plus s'y refuser V Le laird de TuUibardin accepta le défi au nom des lords , mais il fut rejeté par Marie Stuart comme n'étant pas de qualité suf^fisante ^. Bothwell désigna aloi*s Morton, qui se disposa à le combattre à pied et à Tépée , tandis que l'intrépide Lindsay en réclama l'honneur qu'il pré tendit lui revenir de droit comme serviteur du roi assassiné. Morton , lui cédant la place , l'arma de la fameuse épée qu'avait illustrée son ancêtre Archi< bald BeVr-the^cal ^5 et Lindsay, se mettant à genoux en présence de toute l'armée , pria Dieu de fortifier son bras et dit à haute voix qu'il t( plût à sa merci de conserver l'innocent et à sa justice de faire succomber le vicieux meurtrier qui avait versé le sang du roi *. »

Mais avant que Bothv^ell obtint de Marie Stuart,

' Teulet, t. n, p. 178, et Récit da capitaine d'Inchkeith, ihid,, p. 164.

^Ibid.yp. 164 et 178.

' Attache grelot au chat. Surnom qui avait été donné à Archibald, comte d'Angus, qui le premier avait attaqué les favoris de Jacques III, lorsqu'ils furent pendus sur le pont de Lauder, en disant que ce serait lui qui attacherait le grelot, Tytler, t. VII, p. 132.

* Récit du capitaine dlncbkeiht, dans Teulet, t. Il, p. 164.

qui craignait encore de l'exposer à cette redoutable épreuve, la permission d'entrer en lice avec le fanatique champion des confédérés, l'ébranlement se montra dans l'armée royale. Pendant tous ces pourparlers , on s'était mclé de part et d'autre, et la désertion avait gagné les soldats de la reine. Le laird de Grange , profitant avec habileté du désordre qui s'introduisait dans les rangs ennemis, tourna la hau* teur de Carberry et se porta avec un fort détachement de ses ti*oupes du côté de Test comme pour couper au duc la retraite sur Dunbar. A cette vue, l'armée royale se débanda presque tout entière, et il ne resta autour de la reine et de Bothwell que soixante gentilshommes environ et la garde des arquebusiel^^

Dans cette extrémité la reine, ne pouvant plus combattre et perdant même l'espérance de fuir, voulut au moins sauver celui qu'elle aimait. Elle envoya chercher le laird de Grange par le laird d'Ormiston*. Sir William Kirkaldy s'avança vers elle et lui dit que les seigneurs lui rendraient leur obéissance, si l'homme qui était près d'elle et qui était

' Scropc h Ceci), 17 juin 1567, au State Pap. OfF., et dans Tytier, t. VII, p. 133. — Mémoires de Melvily t. l, liv. m , p. 258. — Keith, p. 401.

' Mémoires de Mehily t. 1, liv. m, p. 259. — Keilli, p. 401 , etTytler, t. VU, p, 133.

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