CHAPITRE VI
coupable du meui'tre du roi était éloigné \ et si elle consentait à les suivre à Edimbourg. La reine promit alors de quitter le duc et de se remettre entre les mains des lords, pourvu qu'ils s'engageassent à retourner à leur devoir de fidélité envers elle. L'engagement fut pris solennellement par les confédérés*. Alors Marie eut, sur la hauteur de Carberry, un entretien particulier avec Bothwell pour le décider à se retirer. Que se dirent-ils dans cette suprême entrevue? On les vit parler avec beaucoup d'agitation, puis se séparer avec grande angoisse et doulleur^. »< Sur la fin, dit un témoin de la scène, M. le duc demanda à la reyne si elle ne vouUoyt garder la promesse de fidélité qu'elle luy avoit faicte. De quoy elle luy asseura. Là dessus luy bailla sa main ainsi comme il departist, et puys s'en alla et monta à cheval, en petite compagnie, environ une douzaine de chevaulx et ses amys, et partit au galop, tirant le chemin vers Dunbar*. » Bothwell quitta Marie Stuart pour ne plus la revoir.
Après ce sacrifice, qu'elle ne croyait pas aussi grand, Marie, pleine de tristesse et d'assurance, s'avança vers le laird de Grange, et lui dit qu'elle se rendait à lui aux conditions convenues et accep-
* Mémoires de Melvil, 1. 1, liv. iii, p. 259.
* Ibid., t. I, p. 260. — TyUer; t. VU, p. 133.
* Récit du capitaine dlnchkeith, dans Teulet, t. II, p. 165, 166. — * Ibid.
tées. Là-dessus elle lui présenta la inain^ qu il baisa respectueusement, et, prenant son cheval par la bride, il la conduisit au milieu des confédérés ' , qui lui montrèrent beaucoup de déférence et de soumission, u Milords , leur dit-elle, je ne viens pas à vous par aucune crainte que j aie eue pour ma vie, mais parce que j'abhorre de voir verser le sang chrétien et surtout celui de mes propres sujets. Je veux désormais me diriger d'après vos conseils, ayant la confiance que vous agirez avec le respect que vous me devez comme à votre princesse naturelle et à votre reine '. » Elle reparut d abord en souveraine parmi eux, et les gentilshommes la reçurent à genoux, u c'est ici, madame, lui dit Morton, la véritable place où doit se trouver Votre Grâce; c'est ici que nous sommes prêts à vous défendre et à vous obéir aussi loyalement que la noblesse de ce royaume le fit jamais envers vos ancêtres', n Les lords ^ qui en voulaient plus au pouvoir de Bothweli qu'à «on crime , satisfaits de l'avoir abattu et éloigné , manifestèrent à la reine des sentiments tout à fait conformes à leurs promesses et à ses espérances. Moins
* Mémoires de Melvil, 1. 1, liv. m, p. 26L 2Keith,p. 402.
* uHere madam, said Mortoti^ is tbe true place Adhère Your Grâce sbould be, and hère we are ready to défend and obey you as loyally as every aobility oî fbis realm did your proçenitors. » Dans Tytier, t. VII, p. 134.