CHAPITRE VI
tive entre les mains des lords qui la ramenèrent à Edimbourg, où elle entra à dix heures du soir, précédée de la bannière sur laquelle était représenté le meurtre du roi au milieu des injures de la populace'. Elle fut logée chez le prévôt de la ville, sépai'ée des femmes qui la servaient, et, bien qu^elle n'eût pas mangé de vingt- quatre heures, elle ne voulut rien prendre*. Elle était au désespoir. Dans la nuit même elle ouvrit la fenêtre de sa chambre et cria au secours. Le lendemain au. matin, avec une barbarie impitoyable, on éleva de la rue jusqu'à la hauteur de sa fenêtre la bannière représentant la sinistre image de son mari mort et de son fils demandant vengeance. A ce spectacle, éperdue, hors d'elle-même, elle se précipita à sa fenêtre, sans vêtements, les cheveux en désordre, comme une pauvre insensée, poussant des cris et suppliant le peuple , pour l'amour de Dieu , de l'arracher aux mains des tyrans qui l'opprimaient*, t Personne, dit un témoin de cette scène déchirante, ne pouvait la regarder sans être ému de compassion ^. »
^ Mémoires de Mehni, U I, liv. m, p. 261, 262. — Keitfa, p. 402.
^ Récit du capitaine d'Inchkeith, dans Teulet, t. II, p. 166.
•Keith,p. 402.
* u She came yesterday to ane windo of her chalmer tfaat lukkit on the hieçait, and cryit forth on tfae pepill quhow shc was halden in prison ^ and keepil be her awin subjeclji TOM. 1. H
I^es lords, craignant Feiiprit mobile et les disposi* lions changeantes du peuple , se rendirent auprès de la désolée Marie Stuart pour la calmer. Ils lui laissèrent espérer qu elle allait être remise en libei*té et rétablie dans son palais d'Holyrood', Mais ils avaient des desseins bien différents, L attachement insurmontable qu elle conservait pour Bothwell leur avait inspiré les plus vives craintes^. A en croii^e Melvil 9 ils avaient eu communication d'une lettre écrite par elle à Bothwell, qu elle appelait encore son cher cœw^f et confiée à Tun de ses gardes, à qui elle avait promis de l'argent s'il la faisait parvenir à Dunbar. Elle lui disait dans cette lettre qu'elle ne l'oublierait et ne l'abandonnerait jamais^ que, forcée de s'éloigner momentanément de lui pour le mettre à l'abri des maux dont elle l'avait vu menacé , elle le priait de s'en consoler et de se bien tenir sur ses
qubâ betrayit hir, She cam to the taid windo supdrie tymof in sa misérable a stait, her hairs hing^and about her Ioqqs^ and liir breist, yea the maist pairt of ail her bodie, fra thç waist up, bair and discoverit, that na man could luk upon hir bot she movit him to pitié and compassion. » J. fieton à rarchevèqae do Glasgow, 17 juin 1567, daps Malc, Laing, t. II, p. 117. — Du Croc à Charles IX, 17 juin 1567, daai Tealet,f.II,p. 179, « Keith, p. 402.
'Du Croc à Catherine de Médicis, 17 juin 1567, dans Teulet, t, ir,p. 168, 169.
* Mémoires de Melvil, U I» liv. m, p» 263.