CHAPITRE VI
voilà ce que Melvil fit entrevoir à Marie Stuart comme devant être la suite d'un refus de sa part. Il ne manqua point de lui insinuer que tout ce qu'elle signerait en prison serait nuP. Il ne parvint pas néanmoins à la décider. La royale prisonnière trouvait aussi dur qu'humiliant de se condamner et de se dépouiller elle-même. Elle dit à Melvil qu'elle aimait mieux renoncer à vivre qu'à régner *. Cependant le péril dont elle était menacée ébranlait son âme, qui passait par toutes les alternatives d'un généreux courage et d'un abattement craintif. Elle hésitait encore entre la soumission et la résistance, lorsque entra Lindsay avec les trois actes émanés du conseil secret. Il les plaça en silence devant la reine et les présenta à sa signature. Marie Stuart, conune terrifiée par sa présence, prit la plume , et , sans proférer une seule parole , les yeux remplis de larmes et d'une main tremblante, elle y mit son nom •. Lindsay fit apposer ensuite le sceau de l'État à côté de la signature royale , par Thomas Sinclair, qui soutenait que la résignation de la reine était nulle comme lui ayant été arrachée pendant qu'elle était captive^.
* Tytler, t. VII, p. 165 , 166, et Mémoires de Melvil^ 1. 1 ,
' « Declaring passionately thatsbe would sooner renouDce hçr life than her crown, » Ibid,, p. 166.
3 Spotliswood , p. 211.— Tytler, t. VII, p. 166.
• Ibid., et Mémoires de Melvil, 1. I, liv. m, p. 268.
Après cette abdication forcée de leur souveraine, les lords se bâtèrent de couronner son iils. Us convoquèrent à Stirling poiu* le 29 juillet tous ceux qui devaient assister à son sacre et lui prêter serment d'obéissance ' . Ils envoyèrent,!. Melvil aux Hamilton et aux lords dissidents afin de les engager à prendre part à cette solennité *. Ceux-ci formaient un parti assez puissant. Us s'étaient assemblés à Dumbarton, et avaient déclaré vouloir mettre en liberté la reine dans un bond qu'avaient signé l'arcbevéque de Saint- André, le comte d'Argyle, le comte de Huntly, lord Arbroathy les évêquesde Galloway et de Ross, l'abbé de Kilwinning, les lords Fleming, Herries, Skirling et W. Hamilton de Sanchir*. Cependant aucune mesure n'avait suivi cette déclaration, et ils n'avaient rien fait pour délivrer la prisonnière et empêcher sa déchéance. Us ne consentirent point à sanctionner de leur présence le couronnement de son fils, tout en annonçant qu'ils n'y étaient point contraires, pourvu qu'on réservât au duc de Châtellerault ses droits comme le plus proche héritier du trône*.
* Le bond est dans Keiih, p. 434, 435.
* Mémoires de J. Melvil, t. I, liv. m, p. 268, 269. ' Le bond est dans Keith , p. 436.
* Mémoires de Melvil^ t. I, liv. m, p. 270, 27 L — Lettre de Throckmorton à Elisabeth, du 31 juillet 1567. — Stevenson's Sélections, illustrating the reign of Mary queeii ofScotlundy p. 258, et dans Tytler, t. VII, p. 167. —Keith, p. 435, 436.
L'ambassadeur d'Elisabeth refusa également ' de se rendre à Stlrling. Il n'avait pu réussir à voir la reine ni à sauver son autorité, soit par les conseils prudents qu'il lui avait transmis à elle-même , soit par les injonctions menaçantes qu'il avait adressées aux lords du conseil secret. Prévoyant la colère que ressentirait sa maîtresse lorsqu'elle apprendrait ce mépris de son influence et une aussi dangereuse violence faite à la royauté, il se tint à l'écart et attendit ses ordres.
Elisabeth les lui transmit sur-le-champ. Le 27 juillet*, elle écrivit à son ambassadeur avec le dernier emportement et la plus grande force contre le projet qu'avaient conçu les lords de déposer la reine et de couronner le prince royal d'Ecosse. Elle dit qu'ils n'étaient autorisés ni par la loi de Dieu ni par le droit des hommes à se rendre ainsi les supérieurs , les juges, les vengeurs de leur prince souverain*. u Où ont-ils trouvé dans la sainte Écriture , ajoutaitelle, un texte qui permette aux sujets de déposer leur prince? N'y a-t-il pas au contraire ces paroles expresses de saint Paul, qui, dans son Epitre aux
' Lettre de Tbrockmortoa à Elisabeth du 26 juillet, dans Stevenson, Sélections, etc., p. 251, et dans Tytler, t. VII, p. 167.
' Dans Keith, p. 428 h 430.
* u Considcring^ tlicy Iiave no warrant nor autliority by tbe law of God or man to be as superiors, judges or vindicators over their prince and sovercign. » Ibid., p. 428.
Romains , commande d'obéir auœ puissances supé^ rieures qui portent lépée? Dans quelle monarchie chrétienne ont-ils rencontré une loi écrite en vertu de laquelle des sujets puissent arrêter la personne de leur prince , la mettre en captivité , la traduire en jugement'? Nous sommes assurée quune pareille disposition ne saurait exister dans Tordre civil. N*é* tant autorisés dans ce qu*ils veulent faire ni par rÉcriture ni par la loi, iU s appuient en vain sur quelques exemples qui sont mentionnés dans leurs séditieuses ballades, exemples quon peut appeler illégitimes et de véritables actes de rébellion, comme le prouve leur résultat même si Ton comprend bien ces histoires. Dites cela aux lords qui prétendent se conduire d après lautorité de la religion ou de la justice. Quant à ceux qui se règlent plus particulièrement par la considération de leur propre sCl*reté, faites-leur envisager, avant qu ils aillent plus loin, le grand péril auquel ils s'exposeraient par
* « And therein, we require tbem... what warrant they hâve in Scripture, being subjecU to dépose iheir prince; but contrary, and tbat with express words in s* Paul, who to the Romans, commanded them to ohîty pQtestaJdbns supererninentioribus gUuHum gestandbus,.. Or wbat law they find written in any monarchy Christian , how and what for subjects sfaall take and arrest the person of their princes, commit and detain them in captivity, proceed agfainst them by process and judgement, as we are well assured no such order is tobe found in the whole civil law, etc. » Dans Kcith, p. 429.