‹ Histoire de Marie StuatChapitre 19 sur 214 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Cette habile princesse avait atteint le but qu elle n avait cessé de poursuivre. Elle n avait pas fait de faute y ce qui est plus facile quand on désire que quand on possède, quand on ambitionne que quand on gouverne. Ayant eu besoin de tout le monde, elle avait su traiter avec chacim. Il n en fut plus de même lorsqu'elle disposa du pouvoir royal. Par un entraînement difficile à éviter , elle se montra trop favorable à la France, à qui elle devait son élévation. Elle confia plusieurs des grandes cbarges du royaume à des Français, donnant Fautorité de vicechancelier à M. de Rubay , la place de contrôleur à M. de Villemore, le gouvernement d'Orkney à M. de Bouton, et laissant la conduite généi^e des affaires à M. d'Oysel , qui était son conseiller secret ' . Cette

' Ce fut un des principaux griefs que les lords écossais , après leur insurrection en 1559, firent valoir contre Tadministration de la régente. Us dirent à ce sujet : « Magnum Schotix sigillum rectrix tantisper pênes se esse voluit donec ex Parisiensi senatu (du parlement de Paris), advocatus Rubœus quidam in Schotiam est accersîtus. Is postquam appulit, ad perstringendos popularium oculos, cancellarii quidem nomen Huntlœo comiti... restitutum est... ita quidem ut titulo tenus Huntlsus esset cancellarius , re autem ipsa Rubœus. Yillamoro cuidam Gallo primi ordinis magistratus demandatus est, quem nos a subducendis rationibus regiis coroputorum rotullatorem dicimus. D'Oyzillus, ad cujus nutum omnîa gerebantur, » etc. Manifeste cidressé par les lords de la congrégaJAon aux princes de la chrétienté en 1559, imprimé par M, Tçulet dans les Pièces et doctfments inédits re-

administration de l'Ecosse par des étrangère était maladroite et dangereuse. Elle excita la jalousie de la noblesse écossaise, qui acceptait volontiers les secours de la Fiance, mais qui ne pouvait pas en to* lérer longtemps la domination,

La rupture n'éclata cependant pas tout de suite entre les Français et les Écossais. La. régente oon* serva encore des ménagements envers tous ceux dont elle avait besoin pour marier sa fille avec le dauphin et pour défendre TLcosse contre l'Angleterre. La situation de ce dernier pays était totalement changée

latifs à [histoire cf Ecosse, 1. 1, p. 416^17-419. « Visum est, y est-il dit p. 416, ut, quemadmodum regni totius habenas Galla in manibus faaberet, ita ctiam inferiora reipublicae munera Galli obirent. »

L'office de contrôleur donné à M. de Rubay était le plus important office financier de rÉcosse. <t Le controlleur est général recepveur des droits appelés la propriété, laquelle gist es fruitz, rentes et revenus ordinaires des duchés, comtés, seigneuries et aultres terres propres à la couronne, soit uniz ou non unîz à icelle Aussi est ledit controlleur recepveur général de toutes les grandes coutumes, de toutes et chacunes villes , ports et havres de ce royaulme. » Estât et constitutton du royaulme dEscosse, dans le volume des Né^ gociationSf etc., sous François II y p. 224.

L'autre office financier était celui de trésorier, u Le trésorier a généralle intromission et charge sur les casualités, lesquelles consistent es droitz et prouffitz qui , par accident et adventure, viennent à la couronne. » /6û/., p. 225. De ce nombre étaient les gardes des biens nobles, les reliefs, les confiscations, amendes, héritages par bâtardise, etc. Ibid.

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depuis iavénement au trône de Marie Tudor. La nouvelle reine, défaisant avec autant de hardiesse que de haine Fosuvre religieuse exécutée par son père Henri VIII» étendue sous sou frère Edouard VI, avait restauré violemment le catholicisme. Épousant ensuite Philippe II » elle avait uni l'Angleterre aux vastes États que possédait le souverain de rEspagne» des Deux-Siciles, du duché de Milan , des Pays-Bas et de r Amérique. Cette union, également alarmante pour la France et pour TÉcosse , dut resserrer momentanément les liens qui les attachaient Tune à l'autre. Elle empêcha le parti catholico-national de s'éloigner de la régente , et le parti anglo-protestant de se rapprocher d'une reine qui persécutait sa croyance en Angleterre, et d'un roi qui en était l'adversaire le plus déclaré sur le continent. Elle rendit plus indispensable et tout à fait urgent le mariage de la reine d'Ecosse et du dauphin de France , afin d'opposer une alliance à l'autre.

Marie Stuart était très-avancée pour son âge. Elle était grande et belle ^ Ses yeux respiraient l'esprit et resplendissaient d'éclat. Elle avait les mains les mieux tournées du monde *. Sa voix était douce *,

* • Venant sur les quinze ans sa beauté commença à paroistre, comme la lumière en beau plein midy. » Fies des dames illustres; Marie Stuart ^ t. V^ p. 83 des OEuvres comptâtes du seigneur de Brantôme, édition Pçtitot. Paris, 1833, in-8». — > /«rf., p. 86. — » /6tf.

iO MARIE STUART.

son aspect noble et gracieux , son langage animé et son attrait déjà fort grand. De bonne heure elle avait montré les rares agréments qui devaient la faire aimer et qui rendirent séduisante son enfance ellemême. Elle avait été élevée avec les filles de Catherine de Médicis, et sous les yeux de la savante Marguerite de France, sœur d'Henri II ' , protectrice

* Ces princesses étaient toutes lettrées, firantôme dit d ^Elisabeth de France, qui épousa en 1559 Philippe II : « Elle avoit un beau sçavoir, comme la reyne sa mère Pavoit faicte bien estudier par M. de Sainct-Estienne son précepteur elle aymoit fort la poésie et à la lire. » Tome V,

De Marguerite de France, mariée en 1572 au roi de Navarre, depuis Henri IV : « Elle se plaist fort aux lettres

aussi peut-on dire d^elle que c'est la princesse, voire la dame qui soit au monde la plus éloquente et la mîeulx disante... EUe-mesme compose tant en prose qu'en vers... Ses compositions sont très-belles, doctes et plaisantes. » Ibid,, p. 158, 159 et 160.

De Claude de France , mariée au duc de Lorraine : « En son sçavoir et bonté elle ressembloit sa tante, n Ibid,, p. 242. Cette tante était Marguerite de France, fille de François P', mariée en 1559 au duc de Savoie, et dont Brantôme dit: « Elle avoit beaucoup de science, qu'elle entretenoit tousjours par ses continuelles estudes les après-disnées, qu'elle apprenoit des gens scavants, qu'elle aymoit par-dessus toutes sortes de gens. Aussi Tbonoroit-on comme leur déesse et patronne, n Ibid,, p. 230. — « Sopra tutto erudita, e ben dotta uella lingua latina , greca , et anche italiana. n Relation de Marino Civalli, dans les Relations des ambassadeurs véni^ tiens y publiées par N. Tommaseo, t. I, p. 284.

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