CHAPITRE VL
— «Si VOUS ne me tirés (d'ici) par force , je n'en sortirai jamais * . »
Lorsqu'elle se croyait ainsi condanmée à un em* prisonnement sans fin, elle touchait au moment de sa délivrance. George Douglas, mettant à son sei-vice un dévouement aussi ingénieux que passionné, n'avait pas cessé d'en chercher le moyen. Resté tout près de Lochleven , il y avait entretenu des communications avec un page de sa mère , nommé le petit Douglas. C'est à l'aide de ce page , âgé de seize ans, qu'il prépara l'évasion de la reine, que les Seton et les Hamilton, avertis par lui, se tenaient prêts à recevoir à sa sortie du château. Le dimanche , 2 mai , fut le jour marqué pour cette seconde fuite mieux concertée que la première et devant être plus heureuse. Les repas se faisaient en commun à Lochleven , et , pendant que tout le monde mangeait, les pbrtes de la forteresse étaient fermées et les clefs en étaient placées sur la table à côté du châtelain. Au repas du soir', le petit Douglas, en posant un plat devant le
^ Marie Stuart h Catherine de Médicis, 1'' mai 1568. Labanoff, t. II, p. 69.
' Ce fut à neuf heures du soir que Marie s'échappa de Lochleven, d'après le récit fait deux jours après à l'ambassadeur de France, Yilliers de Beaumont, par John Béton, qui coopéra à l'évasion , et que Marie Stuart envoya immédiatement en France pour y demander du secours. « Elle se sauva dimanche, à neuf heures du soir, comme vous le dira le
laiixl, déroba adroitement les clefs qu'il couvrit d'une serviette. Il courut ensuite avertir et prendre la reine, qui le suivit sous le costume d'une des femmes attachées à son service. Ils sortirent sans obstacle du château , dont le jeune page ferma aussitôt la porte pour empêcher toute poursuite. Us entrèrent dans un petit esquif , que le page démarra en toute hâte et qu'il conduisit à force de rames de Fautif côté du lac. Il déposa heureusement sur la rive opposée Marie Stuart, qu'attendait George Douglas et que rejoignit quelques instants après lord Seton, placé avec les siens dans un village voisina En possession de la liberté et croyant recouvrer bientôt son pouvoir, elle monta joyeuse et légère à cheval , se dirigea vers l'ouest et galopa une partie de la nuit. Elle ne s'arrêta qu'à Niddry, résidence des Seton dans le Lothian occidental. Après s'y être reposée trois heures , elle poursuivit sa ix>ute jusqu'au fort château d'Hamilton , où la reçurent l'ar-
sicur de Betlion, présent porteur. » M. de Beauinont à Charles IX, 5 mai 1568, dans Teulet, t. II, p. 203, note 1.
* Modo che. la regina di Scotia ha usato per liberarsi dalla prigione. Ce récit , annexé à une dépêche que le commandeur Petrucci , ambassadeur de Toscane à Paris, adressa le 21 mai 1568 à Cosme l*', est fait d'après les renseignements donnés par John Béton, à son arrivée à la cour de France. Il est extrait des archives Médicis à Florence, et imprimé dans Labanoff, t. YII^ p. 135 à 138. Il est aussi dans Tytler, t. VII , p. 457 à 459. P roofs and illustrations.