‹ Histoire de Marie StuatChapitre 205 sur 214 · ET ELISABETH · texte numérisé non relu

ET ELISABETH

Les dépêches de Paul de Foix sur cette curieuse négociation de mariage que l'histoire n'a pas connue , étant trop nombreuses et trop longues , je me borne à présenter le résumé de la négociation avec des fragments de ces dépêches et quelques documents inédits tirés du State Paper Office.

Catherine de Médicis en chargeant , par sa dépèche du 24 janvier 4565, Paul de Foix d'adresser cette demande à Elisabeth, lui dit :

« Je vous prie, monsieur, de foire entendre à la dite dame qae, tant pour la mémoire de l'amitié que le roi monseigneur lui portait et bons et honnêtes offices interrenuz depuis nostre dernière réconciliation, que par les rares grâces et vertuz que vous nous peignez en vostre lettre sy souvent au vif, j'ai receu à grandes aises les propos que vous m'avez escript et desirerois avec elle d'estraindre ceste nostre amitié d'un plus estroit lien , et me sentirois la plus heureuse mère du monde, si un de mes enfonts d'une bien aimée sœur m'en avoit foit une très chère fille, au grand honneur, bien et grandeur de nos Estats. Et m'asseure qu'elle trouveroit tant au corps qu'à l'esprit du roi monsieur mon fils pour la contanter, et que le marcher foit , le plus grand desplaisir qu'elle auroit ce seroit de le veoir eslongner d'elle. Mais Dyeu mercy, nos pays sont si voisins qu'il ne fout que trois heures de passer l'un à l'autre. Et pour ceste affoire de telle importance que vous entendez , je vous prie que vous en embrassiez le maniement et conduitte, luy foisant bien entendre qu'elle a telle part en moy qu'il n'est contentement que je ne désire lui procurer. Et la pryez que sy ceste affoire se doibt achemyner, se soyt secrètement et avec la seule cognoissance d'elle et de moy, vous demourant seul moyenneur pour nous foire entre entendre nos voUuntez , espérant que en cest endroict vous serez utile ministre '. »

< Dépêche de Catherine de Médicis à Pan] de Foix. Ma de la Bibl. du roi. Toi. 740, Harlay, 218t. Cette dépêche était du 24 Janrier, comme IMndiqae Paul

450 MARIE STUÂRT.

Dans l'audience qu'Elisabeth lui accorda pour le dimanche < 4 février, elle le reçut d'abord en la salle de présence; mais Paul de Foix lui ayant dit qu'il avait quelque chose de particulier à lui communiquer, qu'il désirait lui faire entendre en lieu plus secret , Elisabeth le conduisit dans sa chambre. Là , Paul de Foix , après quelques mois de préambule, lut la dépêche qu'il avait reçue à la reine d'Angleterre :

<f La dicte dame, écrivit-il à Catherine de Médicis, changea plusieurs fois de couleur et de contenance. Comme une personne exprinse de joye, mesiée à une honneste vergogne, et , après en avoir ouy la lecture, luy dist que par le grand honneur que la royne lui faisoit, elle s'en sentoit tant redevable que, quoy quMl en advint, elle lui rendroyt toute sa vie pareille affection que sy elle luy estoit née fille, et que c'estoit une ofTre si grand qu'à la vérité et sans user de faintyse et dissimulation , elle s'en estimoit indigne. Et que, si le proverbe de ce pays estoit vray, qui porte que quand à IMmproveu il advient quelque grand heur, Ton rajeunit de deux ans, elle cuydoit que le dict ambassadenr la avoyt bien rajeunie tout à coup. Disoit que pleust à Dieu qu'elle fust plus jeune de dix ans pour pouvoir participer à un si grand bien , mais qu'elle pensoyt que U reyne n'eust pas été bien informée de son aage, qui estoit tel qu'elle craignoit que en fin il n'en advint reproche à la reyne et au roy, et à elle beaucoup de mécontentement, d'anltant que en la grande jeunesse du roy elle se trouveroyt jà vieille et partant mal agréable et délaissée de luy, comme la feue reyne Marie sa soeur afoyt esté du roy d'Espaigne * . »

L'ambassadeur insista auprès d'Elisabeth ; il lui dit que la reine mère savait très-bien son âge , et que , loin de craindre d'encourir plus tard des reproches à ce siyet, elle comptait sur bon nombre d'enfants qui seraient la sûreté et le bien de kur amytié perpétuelle^ outre sa vertu qui ne vieillissoit point, etla grandeur de se» Estatê qui toujours la feroient aimer et estimer du roy. Mais Elisabeth revint sur son âge , et dit :

« Qu'elle aimeroyt mleulx mourir que de se veoir enfin mesprisée et délaissée ; qu'il n'y avoyt aucun empeschement de ses subjects, lesquels elle estoit trop asseurée qu'ils se conformeront tousjours à ses int«n-

de Foix lui-même dans le récit qull donne, le 18 février, de la négociation avec Élisabetii.

> Bibl. du roi, vol. 74C, Harlay, 218*.

tions , et TaToient plusieurs fois priée de se marier selon son bon plaisir, encore qu*en leurs requestes ils y eussent adjouxté qu^ils désiroient que ce fut à uog Anglais ; mais que, en Angleterre, il n*y avoit que le comte Darandol (d'Arundel) à qui elle se peult marier, lequel en estoit plus loing qu^il n^y a de Torient à Toccident , et quant au comte de Leicestre, qu^elle a toujours aymé sa vertu , mais le désir d^honneur et de grandeur qui estoit en elle ne le pourroit souffrir pour son compaignon et mary ' . »

Paul de Foix lui ayant demandé de garder cette affaire secrète , elle répondit qu'elle se conformerait à Tintcntion de la reine mère, «i qu'elle avoit faict assez de preuve de se sçavoir bien taire au temps de la reine Marie, auquel, si elle se fust en rien descouverte, il luy en eust cousté la vie*. » Elle prit quelques jours pour délibérer toute seule^ et promit à l'ambassadeur de le faire appeler lorsqu'elle aurait arrêté sa résolution. Mais elle consulta sur-le-champ son conseiller habituel, sans l'avis duquel elle ne décidait rien. Le grave et régulier Ceci! ne fit pas attendre ses objections. Il les consigna, le 46 février, dans une note latine qui reste encore déposée au State Paper Office*. La première était relative à l'âge des deux souverains, celui delà reine étant le double de celui du roi. La seconde concernait la succession. S'il naissait des enfants d'un pareil mariage , la couronne d'Angleterre, qui avait toujours été indépendante , était exposée à être subordonnée à celle de la Franco , l'héritier commun devant s'établir dans ce dernier pays et gouverner l'autre par des vice-rois ou des ministres , ce qui était contraire au naturel du peuple anglais, comme on l'avait vu dans les temps désastreux d'Henri VH. La troisième était dirigée contre la confu-

< Bibl. du roi . vol. 740, Harlay, aiS'.

> tbid,

' Elle a pour titre : An Carolus^ rex FrancoruMy maritus sU idoneus ElizabêthiB^ reginte Anglim. Minute de la main de Burghley. Stat. Pap. Off., 16 février 1666, France.

4 » iEtatis h»e est condiUo ut regina ntate rcgem duplo excédai; nam hic agit quindecim annos, illa triginta annos... Deinde, %i soboles sutcitetur, slatim bac corona Anglia, qu» Jam pcr annos sepUngentos etairplius, videlicet ab anno Domini 800, babuit regem et moaarcham sibi propriuni, jure spectabit ad coronam Gallia ita ut si soboles superstes ait, post mortem reginn futurus ait rex Gallia , ubi sedem suam cogatur necessitate quadam occupare, relicto regno Angli» vicerégi aut vicariis miniatris, et quam sit contra naturam populi Anglici carere rege aut régi a subditis plane docent historiée cal ami tos» HenriciVI et in memoria jam existunt anni pubertatis régis Edwardi VI. n Ibid.

3ion périlleuse des intérêts des deux royaumes ; celui d* Angleterre devant être entraîné dans tous les dangers qui menaçaient celui de France , presque toujours en guerre avec ses puissants voisins , à cause des sujets de contestation qu'il avait, pour le duché de Milan, le royauma de Naples , la Flandre , le royaume allié de Navarre , avec le roi d'Espagne , pour la ville de Metz avec l'empire , tandis que TAngleterre n'avait ni ennemis ni voisins puissants , et vivait en paix sans craindre personne. Si, ajoutait-il, elle s'unit à la France par ce mariage , elle courra la même fortune dans la paix et dans la guerre. La France peut, à cause de sa grandeur, supporter toutes ces incommodités bien mieux que l'Angleterre , qui ne saurait d'aucune manière lui être comparée en force et en ressources. Le royaume d'Angleterre , qui semble avoir été destiné à la paix par la Providence, serait plein de calamités ^ »

Outre ces raisons , Cecil soutenait que la diversité des gouvernements s'opposait encore à ce itiariage, et que, si le roi de France voulait, pour son avantage, transformer la constitution d'Angleterre en celle de France, il enlèverait au peuple anglais ses libertés, plus grandes que celles d'aticun autre peuple 3. Il ajoutait qu'on pouvait trouver encore d'autres inconvénients à ce mariage , pour l'Angleterre , et aucun pour la France. Il concluait en disant que l'inégalité des avantages rendait ce*, te proposition tout à fait suspecte 3,

Elisabeth fit appeler Paul de Foix le lendemain , 17 février, et lui

' « DeiBde Terisimile est regnum Angliœ sobitaram eadem pericula quKGalli». Ât satis constat quam obnojcia Gallia est freqaentibus et pêne perpetufs belUa. Nam circumquaque I excepta Norman la et Britannia minore, habet vicinos satis potentes cum quibas habet Innumeras causas contentionis, Teluti cum rege Hispaniœ pro ducatu Mediolanensi, pro rcgno Neapolitano, pro Burgundia, pro Flandria et pro socio regno Navarrœ. Habet etiam litem cum Imperio pro civitate Metensi. Rursus habet Ânglia nullam caosam aut inferendi belli aut metuendi ab alio quovis. Itaque cum regnum Ângliœ, Dci gratia, nullos habet hostes aut vicinos potentes quos metuere posait aut propterjustas aut injustas causas, solum hoc est metuendum, neque vitari potest quod si in Gallia per hoc connubium conjungntur eamdem fortanam in bello ac pace passurum est quam Gallia, et cum Gallia propter amplitudinem melius heec incommoda quam Anglia, quee nulle modo cornparanda est magnitudine ; regnum Anglite , qùod videtur divinitus constitutum ad pacem, plénum erit calamltatum. n Ibid.

3 « Diyeraitas eUam politise regni Angliœ a gallica tanta est , ut si rex Galli» per suam utilitatem velit commutare formam Angliœ in gallicam, eripiet i plèbe angllcana suas libertates quas certe habet multo majores quam quodvis aliud regnum habet. » Ibid.

3 Tbid.

dit qu*elle avait cru rêver en se rappelant ce qu*il lui avait proposé , qu'elle ne Tavait communiqué à aucun de ses conseillers , mais y avait elle-même trouvé trois difficultés : 4» l'inégalité des âges qui l'exposerait, sinon aujourd'hui, du moins dans quelques années , à un mépris qui abrégerait ses jours ; 2^ l'impossibilité où elle serait de s'absenter de son royaume, n'ayant ni sœur, ni nièce, ni personne à qui elle se fiât assez pour lui en laisser le gouvernement, et la nécessité où le roi serait de rester dans le sien, qui réclamait impérieusement sa présence; 3o la crainte que son parlement , sans l'avis duquel elle ne pouvait pas se marier, à ce qu'on croyait d'après les lois du royaume, ne s'y opposât, de peur que l'Angleterre ne fût assujettie à la France.

Paul de Foix ne resta point sans réponse. Il soutint que les princes ne devaient pas s'en tenir à la considération de l'âge , et qu'il leur suffisait d'assurer leur succession en ayant des enfants; qu'elle n'aurait pas besoin de quitter son royaume et que le roi viendrait l'y voir ; que son parlement condescendrait , comme elle n'en doutait pas elle-même , à sa volonté , et qu'il serait facile de prévenir, par de bons accords , tous les inconvénients qu'elle paraissait redouter. — Mais , si le roi y contrevient , répliqua spirituellement Elisabeth, qui l'appellera en justice? — L'ambassadeur ayant pris cette réponse pour un refus et s'en montrant piqué , la reine lui dit qu'elle lui avait fait connaître les difficultés qui s'étaient tout d'abord présentées à elle , mais qu'elle n'abandonnait point pour cela la négociation. Elle lui annonça que Gecil viendrait s'en entretenir avec lui.

En effet , le ministre d'Elisabeth , qui se prétait avec une ambitieuse docilité aux faiblesses et aux lenteurs de sa souveraine , aborda le lendemain la discussion de cet étrange projet avec Paul de Foix. Après lui avoir affirmé que la reine, sa maîtresse, ne se marierait avec aucun Anglais , pas même avec le comte de Leicester qu'elle aimait non comme un sujet , mais comme un frère , et lui avoir dit qu'il gagerait à cet égard sa tête , il lui exposa , en les adoucissant un peu dans la forme , les raisons qu'il avait données à Elisabeth contre le projet de mariage avec Charles IX. Paul de Foix y répondit du mieux qu'il put; il crut lever la principale objection en proposant de faire régner en Angleterre le second fils qui naitrait de ce mariage, et de laisser le royaume de France à l'ainé.

454 S^IARIË STUART.

Cecil se sépara de lui en l'avertissant que les difficultés présentées la veille par U reine n'étaient pas un refus de sa part , qu'elle désirait connaître la réponse qu y ferait la reine mère, avant de prendre une résolution définitive^.

Paul de Foix fit partir sur-le-champ son secrétaire chargé de rendre compte à la reine mère de ce qui s'était passé. Catherine de Medicis le renvoya avec des réponses fort adroites et très-afiectueuses , commandant à Paul de Foix de poursuivre vivement cette négociation^ Le secrétaire fut de retour le 23 mars, et, le 23, l'ambassadeur alla trouver Elisabeth. Il lui répéta , au nom de la reine mère , avec des développements étendus et d'insinuantes flatteries, les raisons qu'il lui avait déjà exposées en faveur de cette union. Elisabeth parut touchée de cette insistance flatteuse. Elle ne voulut pas y répondre par un refus dont la promptitude eût ressemblé à du dédain ou à de la désapprobation ; mais elle ne se montra point persuadée.

Paul de Foix s'attacha alors à rechercher l'appui de Cecil , de Throckmorton et du comte de Leicester, les trois personnages qu elle consultait avec le plus de confiance et qui exerçaient le plus d'influence sur ses déterminations. Leicester se déclara ouvertement pour ce mariage , qui était impossible , et à l'aide duquel il espérait empêcher ceux dont la réalisation était plus à craindre, et par là faciliter l'union qu'il rêvait depuis longtemps avec Elisabeth. Cecil , que Paul de Foix essaya de gagner par de grands éloges et les ofl'res les plus séduisantes, lui répondit :

« QuMl n^auroit esgard ni au roy, ni à aucun don ou récompense qu'il en peut espérer, mais seulement au service de Dieu , bien de sa maltieese et proffit de ses subjects, et que, autant que ces trois choses s'y pourroient trouver, il y apporteroit tout ce qu'il pourroit de bonne affection ; qu'il avoit tousjours esté fort scrupuleux de se mesler de telles matières de mariage es partis qui s'estoient cy-devant présentés à la dite dame, de peur qu'il ne luy en mésadvint par quelque mauvais événement. »

Il dit que la^ reine était encore dans l'indécision et qu'elle voulait prendre l'avis de quelques-uns des principaux seigneurs absents,

' Tous ces détails sont tirés de la longue dépêche de plus de vingt pages que Paul de Foix adressa à sa cour le 18 féyrier 1566. Bibliothèque du roi , Toi. 740, Harlay, 218 >.

entre autres du duc de Norfolk et du comte de Shrawsbury ; qu'ils se réuniraient tous auprès d'elle pour la fête de saiiit Georges et qu'elle les consulterait ; que d'ailleurs elle désirait savoir comment le roi était de sa personne , et qu'elle redoutait par-dessus tout qu'on ne dit qu'elle s'était mariée à son ûls , comme on avait dit du roi d'Espagne qu'il s'était marié à sa grand'mère.

Throckmorton sembla mieux disposé que Cecil. Il promit de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour décider la reine lorsqu'elle consulterait , à la SaintrOeorges , les principaux seigneurs de son royaume. Il assura , du reste , que la reine penchait beaucoup pour ce mariage , [qu'elle avait craint d'abord être un artifice employé pour la détourner d'un autre*.

Pendant que Paul de Foix s'adressait ainsi à Leicester, à Cecil , à Throckmorton , Catherine de Médicis pressait de son côté l'ambassadeur d'Angleterre , Smith , de faire conclure promptement ce mariage. Celui-ci était un peu surpris de tant d'ardeur, a Si le roi, dit-il en parlant à Catherine devant Charles IK, avait trois ou quatre ans de plus , avait vu la reine et était amoureux d'elle , je m'étonnerais moins de cet empressement. ^ Quoi I dit le roi , mais en vérité je l'aime. — Sire , répondit l'ambassadeur, votre âge ne vous permet pas encore de savoir ce que c'est que l'amour. Vous l'apprendrez bientôt , car il n'est pas de jeune homme , prince ou autre , qui n'en passe par là. C'est bien la chose du monde la plus folle , la plus impatiente , la plus empressée , et la plus dépourvue de respect que ce puisse être. A ces mots le roi rougit. — Ce n'est point un fol amour, repartit la reine. — Non , ajouta l'ambassadeur, il doit reposer sur de sérieux motifs et de graves raisons , et c'est pour cela qu'il faut agir* avec délibération*. » Mais de plus longs

* Voir, sur tous ces déUUs , la dépêche de Paul de Foix du 31 mars 1666, dans laquelle il raconte toute la négociation depuis le 22 mars jusqu'au 31. Bibl. du roi, vol. 740, Harlaj, ai8<.

> tt If the king had three or four jerea more, and had sene the Qa«ne*s maJesU«, and were taken in loTe with her, then I would not marvel at this hast. Whie sayeûi the kinge, I do Iotc her in deede. Sire, quoth 1, your âge doth not yet beare that you should perfectlie know what love meaneth but yee shall shortelie understand yt. For ther is no yongerman , prince nor other but he doth pass by. Yt is the folishest thinge, the most impatient, most hastie, and most without respect, that can be. n With that kinf^e blusheb. The quene said :aThis is no foolish love.— No, Madame, quoth I, is this with respect and good grounds and causes, and therefore it maye be done with délibération. » Dépêche de Smith du 15 ayril 1&65. Slat. Pap Off., France.

i56 MARIE STUÂRT.

délais ne convenaient pas à la cour de France , et Catherine de Médicis dit à Tambassadeur qu'il lui fallait une résolution positive avant son départ pour Rayonne.

C'est ce qu'elle manda également à Paul de Foix par son secrétaire qui était venu de nouveau auprès d'elle , vers le commencement d'avril, l'instruire de l'état de la négociation. Elle lui prescrivit d'obtenir une décision avant le 10 ou le 42 mai. Le secrétaire de Paul de Foix étant de retour à Londres le 27 avril, celui-ci eut, dès le 28 , une audience de la reine. 11 remplit les intentions de sa souveraine en rappelant à Elisabeth qu'elle avait maintenant auprès d'elle , à cause de la fête de saint (reorges , les personnages les plus considérables et les plus prudents de son royaimie, dont elle pouvait, ainsi qu'elle se l'était proposé, demander l'avis. Elisabeth lui répondit qu'elle n'en avait encore parlé qu'au duc de Norfolk^, mais elle lui promit d'en parler à tous les autres , et demanda cinq ou six jours pour se résoudre. Paul de Foix revit, en attendant, Leicester, Cecil et Throckmorton , et il trouva le second surtout beaucoup plus froid qu'auparavant. Le délai fixé par la reine étant écoulé , il se présenta le 2 mai à son audience , décidé à brusquer le dénoûment. 11 la trouva toujours indécise, et, dans son impatience , il lui dit que le monde avait été fait en six jours, et qu'elle en avait eu plus de quatre-vingts pour déclarer seulement son intention. 11 ajouta qu'un plus long retard serait mal pris par le roi son maître , et qu'elle-même laisserait échapper une occasion de grandeur qui ne se retrouverait plus. Elisabeth répondit que si le monde avait été fait en six jours , c'était par un grand ouvrier, à la puissance duquel l'infirmité des hommes ne saurait être comparée; qu'elle était naturellement indécise, et que sa lenteur à se résoudre lui avait apporté beaucoup de dommages par le passé; qu'elle savait que l'occasion était chauve et rapide, et qu'elle avait souvent manqué de la saisir au passage ; que cependant elle avait , conformément à sa promesse , consulté plusieurs de ceux qui se trouvaient maintenant auprès d'elle ; qu'elle en avait choisi de trois sortes : les uns des plus grands , les autres des plus prudents , les autres des plus populaires, et que s'autorisant des instances qui lui étaient faites par ses sujets pour qu'elle se mariât et assurât la succession à la couronne, elle leur avait fait demander, sans leur dévoiler le projet

■ Dépêche de Paul de Foix à la reine m^re du 2 mai.

lui-même, ce qu*ils pensaient de Topportunité d'un mariage avec le roi de France , le prince d'Espagne e( le frère de l'empereur, les seuls qu'elle pût épouser au dehors ; qu'il était inutile qu'elle rapportât leur sentiment sur le prince d'Espagne et sur l'archiduc Charles , mais qu'en ce qui concernait le roi de France , ils avaient exprimé la crainte que ce mariage, dont ils reconaissaient la grandeur, ne nuisit à l'indépendance du royaume , et avaient désiré en délibérer tous ensemble ' .

Cette réponse était le commencement du refus dont j'ai fait connaître le moment et les termes dans le texte de cette histoire.

ÂPPENMX E.

SUR LES RAPPORTS DE MARIE STUART ET DE DARNLET AVEC PHI- LIPPE II APRÈS LEUR MARIAGE. — LEUR PROJET DE RÉTABLIR LA RELIGION CATHOLIQUE EN ECOSSE ET LEURS PRÉTENTIONS AU ROYAUME D'ANGLETERRE.

Marie Stuart et Damley avaient notifié leur mariage à Philippe II et lui avaient envoyé Francis Yaxley pour lui faire connaître leurs bonnes dispositions à l'égard de la religion catholique, et lui demander d'assister Marie Stuart dans la revendication des droits qu'elle prétendait à la couronne d'Angleterre. Philippe 11 répondit au nouveau roi d'Ecosse sur son mariage , et fît connaître ses intentions relativement aux projets qui lui étaient communiqués par la dépèche du 23 octobre 4565 qu'il donna à Yaxley, et dans la dépêche qu'il écrivit au cardinal Pacheco , afin qu'il s'entendit avec la cour de Rome , et décidât le pape à agir comme lui dans les trois cas où la reine d'Ecosse réclamait leurs secours : 4 ^ contre ses sujets rebelles ; S» contre les hérétiques et rebelles soutenus par Elisabeth ; 3» contre Elisabeth , pour revendiquer le royaume d'Angleterre.

Serenissimo Rey de Escocla , roy muy caro y muy amado hermaoc, por uoa carta que me escrivio la Rcyna de £scocia y por otra de mi embajador en Inglaterra , entendi vuestro casamieofo, y holgue mucho

> Dépêche de Paul de Foix du 10 mal 1565. Bibl. du roi, vol. 740, Harlay, 218*.

458 MARIB STUART.

de saver que te huTiese efectuado por vuestro bien y contontamiento y por el aroor que i vuestros padres he tenido el cual se ha de continuar con TOI siempre, por tener entendido que de Tuestra grandeza ha de resultar mucho serYicio é Dios y al bien de la religion catolica, siendo Y08 nascido y criado en ella , y asi me alegro con vos deste Yuestro casamiento y os niego que siempre continuels en la Toluntad y determinacion que haveis tenido A la conservacion y aumento de nuesira santa fee y religion , que esta sera la mayor y mas principal causa con que me podeis obligar, à que yo mire por todas VUestras cosas y os Tavoresca en ellas como lo escrivo à la reyna *,

Serenisimo Rey, etc., teniendo escrita la carta que Ira con esta en que me alegraba con vos del buen suceso y conclusion de vuestro casamiento con la serenisima Reyna de Ëscocia mi hermana , llego Francisco Yexlee vuestro criado del cual recivi la cèrta que con el me escri- ▼isteis à los dies de setiembre, y el me dijo de Tuestra parte todo lo que traya en comision , que aunque me peso del estado en que quedavades con los rebeldes holgue mucho de entender por el vuestra buena ▼oluntad y determinacion en Iode la religion y servicio de nuestro Senor, de quien es de esperar que os ha de ayudar lleTando adelante Tuestro buen proposito y yo he de hacer siempre lo mismo como le he comenzado agora y lo hare adelante con tan buena yoluntad como lo entendereis del dicho Ye&lee à quien he hablado mas largo *.

LO QUI SB EESPOmiB k LAS GOSÀS QI)B PROPUBO PBAMGUGO TAZLBB MS PABTB

DB U>8 SEBEiaSHOS BBVBS D^EflOOOU.

Qne habiendo Tisto Su Mag* GatoHca la cartas de los reyes d^Esoocia , y entendido lo que Francisco Yaxlee le ha dicho de su parte en ▼irtud de la creencla que dellos traia , tiene mucho contentamiento del casamiento que ban hecho , y no puede dejar de loarselo , como mas particularmentê por su mandado el duque de Alba lo diJo en Bayona i su embijador, porque siempre à Su Mag* le parescio ser este el que mas coBvenia i que A Su Hag< le ha pesado de haber entendido qne sus vasailos se les oomençassen i desataear y hubiesen llegado à los terminos que le ha informado el dicho su criado y le ha scrlpto su embajador en Inglaterra y tiene por cierto que Dios cuya causa defienden no los desamparara y Su Mag* Catolica por su parte los ayudara de muy buena gana como lo hace de présente de veinte mil escudos en Flandes, y con

* Lettre de Philippe II an roi d'Ecosse, 13 oct. 1565. Arcb. gén. de Simancas. Est. Inglat., leg. 818.

* De Ségovie , 23 oct. 1566. Ibid., leg. 818.

orden qae se entregnen ai dicho Francisco Yaxiee, para que et los llere à Ëscocia , o , los encamine por la mejor yia y con la inayor seguridad que pudiere , y que esta ayuda & todos conyiene sea sécréta porque si •tros principes tuYiessen Yolantad de haoer ayuda & sus rebeldes, no se la hagan con inayor fuena entendiendo que los diclios serenisimos reyes tienen la de Su M'^ CatoKca, y que cuando la reyna de Inglaterra abiertamente qnisiesse hacerles la goerra sobr^las coeas de la religion , liay muy buen camino asi mismo para que Su Mag^ les assista y ayude de miûor Aierza debijo de ayuda que el papa les liara ei cuai ha dado parte À Su Mag^ de lo que la seren»* reyna d'Escocia le ha scripto y pedidole parescer en lo que debe responder, mostrando muy buraa Tolnntad i la bnena ayuda , y Su Mag« le responde alabandosela y didendole que se Jnntara con el para que deb^o de su nombre y del ayuda que ha de dar pueda Su Mag' contribuir, y el sooorro sea tanto mas gallardo, y que este caminar Su Mag* Catolica debiyo desta cubierta sera el tiempo que entendiere convenir assi à los negocios particulares de los dichos serenisimos reyes À los cuales Su Mag* ayudara y procurant vayan adelante viendo su voluntad y cristiandad.

Que en los negocios de ingiaterra Su Mag< Catolica pide i los dichos serenisimos reyes caminen con grand templaza procorando siempre oonserYar la parte que en aquel reyno tienen , que Su Ma^ eon Im que en el puede tener le» aeistiré siempre, Procurando asi mismo de no irritar aquella reyna ni apretarla de manera que la hagan saltar porque paresce à Su Mag<i que en ninguna manera del mundo al présenta sea tiempo de apretar sobre la declaradon de la sucesion sino traer la plar tica Tiva con hi reyna sin Uegarla que se baya de resolver hasta que se toiga ganftda mas lierra , y Su Mag' este donde con mas facilidad pueda ayudar à ello y que les pide y ruega mucho que sin advertirle primero y tomar su parescer no se arrojen à cosas estas, porque Su Mag' se le dara siempre con tanta aficion y buena Toluntad que espéra acertaran lo que se biciere para que dello succéda tan gran serricio à Dios como Su Mag* entiende que por su medio dellos se le ha de bacer.

Que deben estar los dichos serenisimos rey y reyna adyertidos en mirar mucho que en Us diligencias que hacen en Inglaterra no pueda la Reyna en ninguna manera del mundo entender que elles las hacen para durante su vida , porque esto la escandiUiaria mucho y daria gran occasion para ejecutar contra elles lo que pudiesse y en alguna manera séria justificar su causa.

£n lo otro que pidio el dicho Yaxlee que scribiesse Sa Mag* à la dicha Reyna de Inglaterra sobre la libertad de miladi Margartta de Lenmus (la

460 MÂR]Ë STUART.

comtesse de Lennox , mère de Darniey) y para que no de ayuda à los rebeldes de Escocia, que séria antes danar que aprovechar à los negodos haoerse instancia con la dicha Reyna de su parte sobre elio , por agora no es tiempo y cuando lo fuere no perdera Su Mag' la occasion de hacerlo como quien tiene tan caras las cosas de los diclios serenisimos Reyes.

Cuanto al capitular mas,estrecha amistad tampoco agora lia parescido tiempo y pues elles se pueden fiar de Su Mag' Catolica con la muestra que les da de hacelles el socorro. £1 se fia tambien dellos como de tan buenos principes y tan cbristianos, y crée que no foltaran A su tiempo à lo que por el dicbo Ya\lee le ban enviado à decir y ofTrescer.

En lo ultimo que pidio de su parte les quisiesse Su Mag' Catolica dar consejo de lo que debian bacer y como se babian de gobernar, demas de io que arriba esta dicbo se anade que à Su Mag** Catolica le paresce que deben tomar los dicbos serenisimos Reyes la voz por agora de castigar à sus rebeldes y apaciguar las cosas de su reyno y que hecbo esto , y estando allanado se podra mirar mas adelante lo que couTema , y que al embajador de Su Mag*^ Catolica en Inglaterra o à don Frances de Alava que réside por sus negocios en la corte de Francia o à entrambos pueden acudir à dar aviso del estado de sus cosas, y por su medio sera Su Mag^ Catolica aTîsado, y les mandara responder con la mayor brevedad que sea possible, y terna advertidos a los dicbos sus embajadores en Inglaterra y en Francia de su parescer en gênerai porqoe en lo particular, sin tener noticia del estado de sus cosas, mal lo podria Su Mag* bacer que fuese acertado, y que para esto los dicbos serenisimos Reyes debrian tener gran cuidado de avisar muy a menudo à el de los dicbos sus embajadores à quien con mas comodidad pudiessen del termine en que estaran sus cosas.

En lo demas que el dicbo Ya\lee dijo que como de suyo deseaba saber si Su Mag' Catolica bolgaria que tomen los dicbos serenisimos Reyes ayuda del Rey de Francia , como Su Mag<^ no tiene otro fin sobre esto négocie que el buen succeso del, que cualquiera ayuda que los vengâ para poder venir al fin que se prétende, se contentara , pero no quiere dejar de advirtirlos que miren mucbo como toman esta ayuda , si sera dinero o en gente, porque de meter gente estrangera en su reyno y principes que buelguan de acquîstar estados, no les venga algun dano no pensado mayor que el que quîeren remediar '.

' La respuesta que Su Magestad mando dar por escriptu à Francisco Yaslee , gentil Iiombre de los reyes d'Kscocia. En Segovia, 23 de octubre 1576. Ibid., leg. 818.

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