‹ Histoire de Marie StuatChapitre 207 sur 214 · P. M6.) SUR LES RAPPORTS DB MARIE STUART ET DB DAVID RIGCIO · texte numérisé non relu

P. M6.) SUR LES RAPPORTS DB MARIE STUART ET DB DAVID RIGCIO

Les rapports de Marie Stuart avec David Riccio furent d'une familiarité extraordinaire et donnèrent lieu à une jalousie naturelle de la part de son mari. Outre la confiance extrême que Marie Stuart lui accordait , il était admis intimement à sa table et il passait auprès d'elle, dans sa chambre, les soirées fort avant dans la nuit. Damley se crut déshonoré par Riccio, et, d'accord avec son père Lennox , ainsi qu'avec les amis de sa maison , il résolut de se défaire de lui 3.

Lorsque les coiqurés discutèrent dans quel lieu David serait surpris et tué, il fut question de le prendre dans sa propre chambre; mais le roi s'y refusa , parce qu'on n'était pas sûr de l'y trouver.

N For, dlt-11 f tbe last night he tarried late wltli the Queen*s majesty '. »

Ou parce qu'il couchait dans un autre cabinet, et quelquefois dans la chambre de Tintendant italien de Marie Stuart, qu'on appelait wignior Frand». Il aima mieux qu'on se défit de lui au moment où il souperait avec la reine.

» Therefore he would hâve him taken ai luper-tlme sitting with her miyesty at the table * . »

* Bn SegovU. Archives générales de Blmaiicas, Kegoclado de Esudo IngUterrs , l«g. 818»

> Dépêche d« Randolph à Ldeater da 18 férrisr 1566, dans TyUer, t. Vil, p. 28, et de Bedford et Randolph à Elisabeth da 6 mars 1M6. JM,, p. 80. 3 Kelth, Appendix, p. 129. — 4 /bid,, p. 122.

464 MARIE STUÀRT.

C'est ce qui fut exécuté. Après que David eut été entraîné hors (lu cabinet de la reine par les conjurés, Damley resta avec elle : il essuya ses reproches et lui adressa les siens. Les griefs qu'il avait contre elle avaient été déjà communiqués, avec ses projets, au gouvernement anglais dans les dépêches de Randolph à Leicester du 4 3 février 4 566 , et de Bedford et de Randolph à Elisabeth du 6 mars 4 566 , où il était représenté comme ayant la certitude de son déshonneur.

« I know, that he knowetb himself , that he hath a partaker in play and gamé with hira, écrivait Randolph le i3 février,... you hâve faeard of divers discords and jarrers between this queen and her husband... partly for that he hath assured knowledge of such usage of herself as altogether is intolérable to be borne, ^hich, it were not overwell knoiivn , we would but be very loath to think that it could be true , écrivirent le 6 mars Bedford et Randolph à Cecil. » (St. Pap. Off. et Tytler, t. VII , p. 30.)

Damley s'en expliqua alors avec la reine elle-même , qui lui dit :

« What ofTence bave I given you that you should do me such shame. ^- The king answered , I bave good l'eason for me, for since yonder fellow David came in crédit and familiarity mth your migesty, you neither regarded me, entei*tained me, nor trusted me after your wonted fashion ; for eiery day before dinner you were wont to corne to my chamber, and past the time with me , and this long time you liave not done 80 ; and when I came to your nujesty's chamber, you bore me little campany except David had been the Xhvrà person ; and afiter «upper your majesty used to sit up at the cards with the said David tili one or two after midnight : and this is the entertainment that I bave of you this long time. — Her màjesty answered , that it was not a gentle woman^s duty to come to her husband^s cliamber, but rather the husband to come to the wife^s. — The king answered , how came you to my chamber in the beginning, and ever tili wîtbin thèse six months, that David fell into familiarity with you? Or am I faiPd in any sort in my body ? Or what disdain bave you of me ? Or what offences bave I done you that you should coy me at ail times alike , seeing I am willing to do ail things that becoraeth a good husband.' Suppose I be of mean degi'ee, yet am 1 your husband, and you promised me obédience at the day of your marriage , and that I should be

participant and equal with you in ail things ; but you hâve used me otherwise by tbe persuasion of David ' . >

Cet étrange entrelien est complété par le récit que le comte de Bedford et Randolph envoyèrent au conseil d'Angleterre , récit fait d'après le rapport du capitaine Carew, qui était dans ce moment à Edimbourg , où il recueillit ce qui s'était passé de la bouche des acteurs eux-mêmes, et entendit également Marie Stuart et Damiey > , et d'après ce que dirent les exécuteurs mêmes de l'attentat lorsqu'ils s'enfuirent en Angleterre.

« She blamed greatlye lier husbande, that was the author of so fowle an acte. It is sayde that he dyd answer» that David had more companie of ber body than he, for tbe space of two moneths, and therefore, for her honor and bis owne contentement he gave bis consent that be sbould be taken awaye. — It is not , sayth she , the woman's parte to seeke the busbande and therefore in that the faulte was bis owne. — He said , that wben he came she either wolde not , or made herfelfe seike ^.

Bedford et Randolph ajoutent sur cette communication :

« It is our parts rather to passe this matter over in silence, than to make anye suche rebersali of things committed unto us in secret , but we know to whom we wryte, and above ail things to youi* wisedoms *. »

Paul de Foix , dans une dépêche du 20 mars 4 566 , écrite à Catherine de Médicis , et que M. Teulet vient d'extraire de la Bibliothèque nationale (fonds de Saint-Germain-Harlay , n® 248, t. I, cot. XVI, fol. a , v») et de publier, t. II, p. 447, des Pièoes et documents relatifs à Phistoire d* Ecosse; Paul de Foix, après avoir donné un récit du meurtre de Riccio et des vengeances que Marie Stuart en a tirées , dit :

« Et non contante de cela a faict desterrer le corps dudict David du elmetierre où il estoit et Pa remis dedans Péglise *, en une sépulture honorable, au rang des roys. D'où les malveillans prennent occasion de

> KeiUi , ibid., p. 123 et 124.

* The E&rl of Bedford and Randolph to the councill oC Ingland. Dans Wright, Quéen BliaaUlh and her timts^ 1. 1, p. 296, et dans Ellis, t. IT, p. 211.

3 Ibid., p. 228. — 4 Ibid,, en note.

* D'Holyrood.

mesdii'c, cointiie aussi pour avoir receu en Pestai de secrétaire son (Vère (Joseph Riccio), monstrant le Aouloir beaucoup advancer, encore quMl ne soit que un jeune homme de xviii ans et de nulle suffisance.

» Les causes de la mort de Davit on en allègue deux principales qui furent mandées à la royne d'Angleterre : l'une est que le roy, quelques jours auparavant , environ une heui'e après minuict , seroit allé heurter à la chambre de la dicte dame qui estoit au-dessus de la sienne; et d'aultant que , après avoir plusieurs fois heurté , Ton ne luy respondoit point , il auroit appelé souvant la royne, la priant de ouvrir, et enfin U menaçant de rompre la porte ; à cause de quoy elle luy auroit ouvert* Laquelle ledict roy trouva seule dedens ladicte chambre; mais ayant cherché partout , il auroit trouvé dedans son cabinet , ledict Davit en chemise, couvert seulement d'une robe fourrée. -— Qui est la principale cause.

» L'auUre estoit parce que la royne d'Ecosse ne vouloit consentir ni accorder qu'il fut couronné roy , et aussi reffusoit presque tout ce que le roy lui demandoit , ce qu'il cuydoit proc^er du conseil que ledict Davit donnoit à ladicte dame ; à cause de quoi 11 s'estoit gi'andement in'ité. Âultant en pensoient tous les seigneurs pour leur particulier '. »

Évidemment le fait auquel l'ambassadeur de France à Londres , Paul de Foix, attribue la mort de Riccio n'est pas exact. Riccio ne fut pas surpris dans la chambre de la reine par Darnley deux jours avant le meurtre. Le meurtre était arrêté entre le roi et les conjurés depuis bien plus de temps. Si Damley avait surpris Riccio , il n'aurait pas manqué de le reprocher à la reine. C'est vraisemblablement la connaissance que l'historien de Thou aura eue de cette version qui lui aura fait dire :

« Bex qua; ad uxorem redierat... accepto Rizium cubiculum reginœ ingres^um , ipse ad ostiolum , eu jus clavem pênes se semper habebat, accessit ; ac prœter morem intus oppesulatum cum offendisset , et pulsanti nemo responderet ex eo magnam irarum molem animo loquens totam eam noctem psene insomnem egit, etc. v Thuanus, t. Il, in-fol., lib. XL, § xjii, p. 536.

Ce qu'il y a de certain , c'est que la jalousie de Damley et son ambition, les familiarités excessives et l'intimité compromettante de Marie Stuart avec Riccio , et son éloignement pour Damley fu-

' Tenkt, t. II, p. 119, 120.

rent causes de l'attentat commis contre le secrétaire italien. Les partisans de Marie Stuart , voulant écarter d'elle ce soupçon , ont , de leur côté, fait de David Riccio une espèce de vieillard. Arrivé en Ecosse en 4 562 , à l'âge de vingt-huit ans , il en avait un peu plus de trente-un lorsqu'il fut tué. Or voici ce qu'écrit de lui , en 4587, Blackw'ood , contemporain et pensionnaire de Marie Stuart, immédiatement après la mort de cette princesse :

« Il y avoit aussi le secrétaire de Sa Majesté, nommé David Riccio, Piémontois de nation, homme de grande expérience, et qui entendoit des mieux les affaires d^ listât, lequel estoit bien respecté de sa mais** tresse, non par aucune beauté ou bonne grâce qui fust en luy, estant honune assez aagé, laid, morne, mal plaisant, mais pour sa grande fidélité , sagesse et prudence , et à cause de plusieurs autres bonnes parties dont son esprit estoit dignement orné < . »

Ant. Herrera copie Blackwood dans son Historia del reyno de Escocia, publiée à Madrid en 4589 2; et Nicolas Caussin, dans V Histoire de l'incomparable reyne Marie Stuart, copie les termes mêmes ' dont s'est servi Blackvvood. Enfin l'Écossais G. Conaeus, de l'ordre des prédicateurs , dit , Viia Mariœ Stuartœ :

n Erat autem hic Riccius ex ea Italiœ parte , quae ad radiées Alpium jacet ; senex quidem et corpore deformis , sed , ob eximiam fidem et pnidentiam , Mariœ percharus , adeoque à secretis * . »

Appendix g.

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