CHAPITRE II
avec les seigneurs de sa suite plusieurs heures tous les matins et tous les soirs dans les appartements de Catherine de Médicis. « Là ^ dit Brantôme , il y avoit une foule de déesses humaines les unes plus belles que les autres; chaque seigneur et gentilhomme entretenoit celle qu'il aymoit le mieux» tandis que le roi entretenoit la reyne, madame sa sœur, la reyne dauphine (Marie S tuait) et les princesses, avec ces seigneurs et princes qui estoient assis près de lui '. » Ayant des maîtresses en titre, les rois voulaient que leurs sujets en eussent aussi, u Et s'ils n'en faisoient , dit Brantôme , ils les estimoient des fats et des sots*. » François P' avait pris tour à tour comme ses maîtresses la comtesse de Chateaubriand et la duchesse d'Étampes , et Henri II était le chevaleresque et passionné serviteur de la grande sénéchale de Normandie, Diane de Poitiers. Mais outre les amours avoués , il y en avait d'autres ^ ; et François V, dans ses moeurs hardiment licencieuses, s'était piqué de dresser lui-même les dames qui ar^ rivaient à sa cour^. Il avait eu pour second en cet
> Brantôme, t. Il, p. 358.
' Il ajoute en parlant de François I*' : u Et bien souvent anx uns et aux autres leur en demandoit les noms, et promettoit de les y servir. • T. YII, p. 63S, sur les Dames ga^ letntes. "
' m Mais il ne s'y arresta pas tant, dit Brantôme de François I*, qu'il n'en aymast d'autres, n T. Il, p. 336.
*/6i<^., t. Vn,p. 538-539.
office de libertinage et de corruption Tonde même de Marie Stuart, Fopulent et débauché cardinal de Lorraine ' . Telle était la cour qui a fourni à Brantôme la plupart des cyniques exemples racontés dans ses Dames galantes *, et dont on peut juger aussi les i*elàchements par les vers que Faumônier même d'Henri II, le poëte Mellin de Saint-Gelais, adressait à l'une d'elles :
Si du parti de celle voulez être
Par qui Vénus de la cour est bannie,
Moi, de son fils ambassadeur et prêtre,
Savoir vous fais quUl vous excommunie.
Mais si voulez à leur foy être unie,
Mettre vous faut le cœur en leur puissance
Pour répondant de votre obéissance;
Car on leur dit qu'en vous, mes demoiselles,
Sans gage sur, y a peu de fiance.
Et que d'Amour n'avez rien que les ailes *•
^ M J'ay ouy conter que quand il arrivoit h la cour quelque belle fille ou dame nouvelle qui fust belle, il la venoist aussitost accoster, et, l'arraisonnant, il disoit qu'il la vouloit dresser de sa main. Quel dresseur!... Aussi pour lors disoiton qu'il n'y avoit guères de dames ou filles résidantes h la cour ou fraiscbement venues qui ne fussent desbauchées ou attrapées par son avarice ou par la largesse dudit M. le cardinal; et peu ou nulles sont-elles sorties de cette cour femmes et filles de bien. » Brantôme, t. VU, p. 540.
* Tout le tortie Vil.
' Cités par M. Sainte-Beuve, p. 44 de son Tableau kisto^ rique et critique de la poésie française et du théâtre françms an seizième siècle. Paris, 1828, in-8\