CHAPITRE
C*est à cette école d'élégance et de dépravation, d'où sortirent des rois si spirituels et si vicieux, des princesses si aimables et si désoi'données , que se forma Marie Stuart. Dans son enfance elle n en prit que le bien, sans qu'elle pût s empêcher toutefois d'en apercevoir le mal et plus tard de l'imiter, car ce qu'on voit influe à la longue sur ce qu'on fait. Mais alors elle profita uniquement des charmes et de l'instruction répandus dans cette cour agréable et lettrée où les filles des rois s'adonnaient à l'étude des langues et au goût des arts , et où chaque prince eut son poète : François P', Marot; Henri II, Saint- Gelais; Charles IX, Ronsard; Henri III, Desportes '. Elle y était venue pendant que se tentait la révolution littéraire qui, séparant notre poésie des formes naïves qu'elle avait prises au moyen âge pour la rapprocher des formes savantes de l'antiquité, lui faisait perdre son originalité sans lui donner de la grandeur, et ne pouvait être qu'éphémère, quoique conseillée par Joachim du Bellay, accomplie par Ronsard , favorisée par le chancelier de L'Hôpital , admirée par Montaigne et applaudie par toute la cour d'Henri II *. Ronsard , qui avait habité trois
* Voir Touvrage de M. Sainte-Beuve, que je viens de citer, non-seulement sur la poésie du temps , mais sur son intro* duction à la cour.
* Cette révolution ext bien saisie par M. Sainte-Beuve, qui
ans rÉcoMe comme page de Jacques V, fut le ma!u*e de Marie Stuait en poésie et devint son admirateur. Elle montra bien vite les dons variés de sa riche et charmante nature. A dix ans, elle étonnait par sa maturité , et elle écrivait à la reine douairière sur les affaires de TÉcosse avec un sens délicat et pré* coce ^ A treize ans, elle déclamait devant le roi, la reine et toute la cour, en la salle du Louvre, un discours latin qu'elle avait fait elle-même ^. Déjà capable de discrétion , elle savait garder secrètes les confidences politiques qu'elle recevait de sa mère ^, à laquelle le cardinal de Lorraine écrivait : « Vostre fille est tellement creue et croist tous les jours en grandeur, bonté, beauté, sagesse et vertus, que c'est la plus parfaite et accomplie en toutes choses hon-nestes et vertueuses qu'il est possible , et ne se voit aujourd'hui rien de tel en ce royaulme, soit en fille
en fait Phistoire, en montre les causes, et en apprécie le caractère , de la page 54 à la page 108 de son livre.
^ Voir p. 5, 6 et 7 du t. I àes Lettres, ïmirucûons et mé* moires de Marie Stuart, etc., publiés sur les originaux et les manuscrits du State Paper Office de Londres et des principales archives et bibliothèques de l'Europe, par le prince Alexandre LabauofF. Londres, 1844, 7 vol. in-8*.
* Brantôme, t. V, p. 83.
* M J*ay vue Tayse que aviés de ce que je tiens les choses qa*il vous plaist me mander secrètes; je vous puis asseurer, madame, que rien qui viendra de vous ne sera sceu par moy. » Marie Stuart à Marie de Guise y reine douairière d Ecosse y vers 1552, dans Labanoff, t. I, p. 5 ot 6.