CHAPITRE II
noble ou aultre de quelque basse ou moyenne condition et qualité qu'elle puisse estre; et suis con^» trainct vous dire, madame, que le roy y prend tel goust, qu'il passe bien son temps à deviser avec elle l'espace d'une heure , et elle le sçait aussi bien entretenir de bons et sages propos , comme feroit une femme de vingt-cinq ans ^ . >» Son éducation extrêmement soignée avait ajouté des talents variés à ses grâces naturelles. Outre le latin, qu'elle savait et parlait bien, elle était instruite dans l'histoire, connaissait les langues vivantes, excellait dans la musique , chantait fort agréablement en s accompagnant du luth , et composait des vers que louaient Ronsard et du Bellay *• D'un esprit vif et ouvert ,
* Labanoff, 1. 1, p, 9 et 10.
^ u Elle se naturalisa si bien Françoise qu'on pouvoît dire qu'elle n'estoit pas seulement la plus belle, mais la plus polie de tout son sexe, dans la langue et dans la belle galanterie. » Mémoires de Casteinau de Mixuvissiêre , in-folio, Bruxelles, 1731, 1. 1, Pi 528. u Elle aymoit la poésie et les poètes, mais surtout M. de Ronsard, M. du Bellay et M. de Maisonfleur, qui ont (ait de belles poésies et élégies pour elle. Elle se medoit d'astre poëte, composoit des vers, dont j'en ai vu aucuns de beaux et très-bien faits... Elle chantoit très-bien, s'accordant avec le luth, qu'elle touchoit bien joliment de ceste belle main blanche et de ces beaux doigts si bien façonnes, t Brantôme, t. Y, p. 84-86. — Voici quelques-uns des vers que Ronsard et du Bellay nous ont laissés sur elle :
Au nOieu do printems eotre les lit naqall ,
Soo corpf qui de blancheur les lis mesme veînquil,
d'un caractère insinuant et aimable , elle était l'ornement de la cour dont elle faisait les délices. Le
El les roses , qui sont du saog d'Adoois teintes» Fnrent par sa coalenr de leur vermeil dépeintes; Amour de ses beaux traits luy composa les yeux , Et les Grâces, qui sont les trois filles des cienx. De leurs dons les plus beaux celle princesse ornèrent. Et pour mieux la servir les cieux abandonnèrent. (RoNSAKD, Œuvres complètes^ in«12. Paris, 1587, t. VIII, p. 19.)
Toy qui as veu l'excellence de celle Qui rend le ciel sur l'Escosse envieax , Dy hardiment, Contentex vous, mes yeux, Vons ne verrez jamais chose plus belle.
Celle qui est de cette isle princesse Qu*aa temps passé Ton nommoit Caledon , Si en sa main elle avoit un brandon , On la prendroit pour Venus la déesse.
Par une chaîne 2k sa langue attachée Hercule à soy les peuples attiroil :
liais cesie-cy tire ceulx qu'elle voit Par nue chaîne en ses beaux yeux cachée. (J. DU Bellay, Œuvre* frnnçoises ^ in-12. Paris, 1573, p. 504.)
En vostre esprit le ciel s'est surmonté.
Nature et l'art ont en vostre beauté
Mis tout le beau dont la beauté s'assemble.
(/6irf., p. 507.)
Tous les contemporains sont d'accord sur Fesprit et la beauté de Marie Stuart. Le Vénitien Jean Capello écrit en 1554, en parlant d^elle : « Gli (au dauphin) Ai data per moglie la reg^ina di Scozia, che gia altre fiate fa condotta in Francia, la quai è bellissima et di maniera taie costumata, che porge maraviglia a chiunque considéra le qualita sue. £ anco il delfino molto se ne contenta, e prende gran piacere nel ragionare e ritrovarsi con esso lei. x> {Reladons des am" bassadeurs vénitiens^ [>ar Tommaseo, în-4% Paris, 1838, t. I, p. 314.)