‹ Histoire de Marie StuatChapitre 25 sur 214 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

cipiter en lui enseignant alors la duplicité et la trom* perie qui lui furent si funestes plus tard. Non con«* tent d affermir par ce mariage l'alliance de TÉcosse, qui fut entraînée dans la guerre de la France contre FAngleterre et l'Espagne, Henri II voulut s'assurer la possession de ce royaume si Marie Stuart mourait sans enfant. Il crut, par là, prévenir l'avènement des Hamilton au trône et annexer à la France le pays qui n'avait jamais souffert d'êti^ incorporé à l'Angleterre. Le 4 avril 1558, quinze jours avant que Marie Stuart acceptât les conditions apportées par les commissaires du parlement d'Ecosse , elle souscrivit à Fontainebleau deux actes secrets de la plus périlleuse gravité. Le premier de ces actes était une donation pure et simple de l'Ecosse aux rois de France faite en considération des services que ces rois avaient rendus de tous temps à l'Ecosse en la défendant contre les Anglais, ses ennemis ancienê et invétérés, et surtout des secours que lui avait accor* dés le roi Henri II en la soutenant à ses frais pendant le jeune âge de sa reine K

Le second acte ' ne semblait fait qu'en vue de

' Cet acte, extmit des jtrchives noAmalcs (Trésor des Chartres, I, 679, n" 59), a été publié pour la première fois sa 1838, à la fin du premier volume de la Correspondance dà'phmatique de Lamothe-Féoeloo ^ p. 425. Il se trouve aussi dans le recueil du prince Labanoff , 1. 1, p. 50.

' Également extrait des Archive» nationales (Trésor des

i MARIE STUART.

rinexécution du premier, dans lequel elle transmettait aussi les droits qui lui écherraient siu* F Angleterre et rirlande. C'était l'usufruit du royaume d'Ecosse accordé au roi de France jusqu'à ce que celui-ci eût été remboursé des sommes qu'il avait dépensées pour sa défense. Evaluant à un million d'or ces sommes que l'Ecosse, dans son état de pauvreté, n'était pas capable de rendre, Marie Stuart ordonnait que le roi de France eut la jouissance de son royaume tant qu'elles ne seraient pas restituées. Avec l'assentiment de ses oncles le duc de Guise et le cardinal de Lormine, qui avaient été consultés, elle mettait ainsi l'Ecosse en gages pour des dettes que l'Ecosse n'avait pas acceptées.

Également maladroits et également inexécutables, de pareils actes ne pouvaient pas être utiles au roi de France, et pouvaient compromettre beaucoup la reine d'Ecosse , à laquelle on enseigna , le même jour, à mépriser sa parole, à se jouer de ses obligations et à entrer par là dans une voie désastreuse. Elle signa en effet, le 4 avril, une protestation secrète contre les engagements solennels pris quinze jours plus tard en présence des commissaires écossais. Annulant d'avance le consentement qu'elle doit donner aux articles dressés par les États de son

Chartres, I, 679, n« 60). Se trouve à la fois t. I", p. 427 de la Correspondance de Lamothe-Fénelon, et 1. I*', p. 52, du recueil du prince Labanoff*

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ix>yaume, conformément à ses lois, elle dit, dans cette protestation , qu'elle entend disposer en vraie reine de son héritage sans le laisser tomber entre les mains d'aucun des seigneurs du pays, et qu'elle veut lier, joindre^ annexer et unir le royaume d'Ecosse à la couronne de France. Elle ajoute qu'elle est obligée de se soumettre en apparence aux conditions que ses sujets exigent d'elle, parce quelle est loin de son pays , parce qu'elle n'en tient pas les places fortes, et parce qu'elle craint sans cela des troubles qui causeraient sa ruine ^

Ainsi débutait dans la vie et dans la royauté, par un acte de faiblesse et de trahison , Marie Stuart , à laquelle on ne saurait reprocher cette faute, tant elle était encore jeune et livrée aux volontés d'autrui. Mais elle ne se souvint que trop tôt de cette détestable leçon. Les commissaires écossais, loin de se douter que leur reine se fût mise au-dessus de ses serments et eût disposé arbitrairement de leur pays, retournèrent en Ecosse pour y faire sanctionner les transactions passées le 19 avril. Le parlement satisfait les ratifia en décembre 1558, et il accorda

* Cette protestatioD a été déjà publiée en 1693 dans le t. II, p. 510 du Recueil des traités de paîx de Léonard, auxquels MM. GodefFroy Favaient communiquée. Elle est aussi 1. 1, p. 429 de la Correspondance diplomatique de Lamotbe- Fénelon, et 1. 1, p. 54 du grand Recueil du prince Labanoff. — Keitfa avait eu connaissance des trois actes , comme on 1c voit à la page 73 de son histoire.

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la couronne matrimoniale au dauphin. Il décida que désormais tous les actes seraient publiés au nom de François et de Marie, roi et reine d'Ecosse, dauphin et dauphine de France ^

Ce mariage marqua le plus haut point de Tinfluence fi'ançaise en Ecosse. Arrivée là , comme à son dernier terme, cette influence ne tarda point à décliner. L*Ëcosse en avait recueilli les avantages, elle n'en aperçut plus que les inconvénients. Elle sentit que son indépendance, protégée vis*à-vi8 de l'Angleterre, était menacée par la France, et elle ne voulait pas plus d'une domination étranger que d'une autre. De son côté , Marie de Lorraine , par^ venue à toutes ses fins, ayant dépossédé de la ré* gence le comte d'Arran, marié sa fille au prince le plus grand de l'Europe, placé l'Ecosse sous le protectorat de la France, garda moins de ménagements envers ceux qu'elle ne croyait plus avoir ni à employer ni à craindre. Elle mit toute sa coni* fiance dans ses compatriotes, et elle indisposa la noblesse ombrageuse et jalouse de l'Ecosse que son penchant et ses habitudes poussaient à se séparer d'elle. Les principaux barons, et à leur tête le duc de Chàtellerault et le comte de Hundy, manifestèrent déjà leur défiance durant la guerre poursuivie par les Français et par les Écossais çpntrç les Anglais

* Keith, p. 76-77. — Tytler, t. VI, p. 83^,

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