CHAPITRE II
et les Espagnols. Réunis à Kelso, ik refusèrent de pénétrer sur le territoire de TAngleterre, alléguait qu ils n'avaient aucun intérêt à prendre loffensive, et qu'ils devaient se borner à repousser l'ennemi s^il attaquait leur royaume '.
Ce commencement de désaccord fut bientôt poussé plus loin. Sept mois après le mariage de la reine d'Ecosse et du dauphin de France, Marie Tudor mourut, et sa mort brisa l'union étroite de l'Espagne et de l'Angleterre. Elle amena en outre la seconde chute du catholicisme en ce dernier pays alors si variable dans ses sentiments religieux et dont I4 foi dépendait de la volonté de ses souverains. A la fille de Catherine d'Aragon succéda la fille d'Anne de Boleyn, qui ne tarda point à rétablir la croyance de son père Henri VIII et de son frère Edouard VI. L*avénement d' Elisabeth au trône , en novembre 1558, changea et la situation de Marie Stuart vis-à-vis de l'Angleterre et les dispositions comme les rappqrts des partis en Ecosse. Elisabeth ayant été déclarée bâtarde lorsque sa mère avait été décapitée, la cour de France la considéra comme frappée d'incapacité par sa naissance et par sa religion. Au jugement intéressé de cette cour, Marie Stuart, descendante directe d'Henri VII par sa fille aînée Marguerite Tudor, mariée à Jacques IV, fut l'héritière légitime de la
* Tyller, t. VI, p. 78.
couronne d'Angleterre. Avec une imprudence plus grande encore que ne Tavait été celle des actes secrets de Fontainebleau, Henri II fit prendre à la dauphine les armes d'Angleterre * à côté des armes d'Ecosse, et engagea ainsi la lutte la plus redoutable entre elle et Elisabeth.
Quelle était la princesse dont la cour de France ne craignit pas d'exciter l'inimitié contre Maiîe Stuart, et qui devint dès ce moment sa rivale comme reine et comme femme? D'un esprit haut, d'un caractère impérieux, d'un orgueil extrême, ayant beaucoup d'énergie, d^astuce et de capacité, Elisabeth
* Voir, dans les documents publiés par M. Teulet, p. 436 à 459, les griefs d'Elisabeth à ce sujet : Responsum ad protestaûonem quam orator régis GaUorum^ nomme std princtfÀs^ serenissimœ Angliœ reginœ obtutit xv aprilis 1560. — Elle se plaignait vivement qu*on lui eût fait Finjure de suspendre les armoiries d'Angleterre sur l'échafaud où étaient assis les juges du tournoi où fut tué Henri II, sur la place des Tournelles, et qu*on les eut fait porter publiquement ce jour-là aux hérauts de la bande du daupbin; qu'après la mort du roi Henri II, François II et Marie Stuart se fussent intitulés rcxet regina Franctœ^ Scotiœ, yéngliœ et Hibemiœ; qu'ils eussent fait ajouter les armoiries d'Angleterre dans leurs chambres, chapelles, garde-robes, etc., aux armes de France; et qu'à Feutrée de Marie Stuart à Châtellerault, le 23 novembre 1559, on eut dressé un arc de triomphe sur les deux portes duquel on avait placé ces deux inscriptions :
Gallia perpetuis pugnaxque Brilanoia bellis
Olim odio inter se dimicuere pari.
Nimc Gallos folosqae remotoi orbe Britannos