CHAPITRE II
revint donc au protestantisme par politique plus que par croyance ' , pour donner la direction des esprits et Fautorité de TÉtat à son parti et l'enlever au parti qui lui était contraire.
Elle s'entoura sur-le-cfaamp d'hommes dévoués ou habiles. Les deux principaux furent lord Robert Dudley, Tun des fils du duc de Northumberland, qu'elle nonuna son gi^and écuyer et qui resta son favori tant qu'il vécut, et Guillaume Cecil^ qu'elle fit secrétaire d'État et qui se maintint quarante ans son principal ministre. Sachant garder ceux qu'elle avait su choisir, elle fut toujours bien servie. Elle ne permit pas à ses favoris de devenir un seul moment ses maîtres, et ses ministres les plus expéri-
pères antiques et y avoit prias grand plaisir, d'aultant que ces derniers sont plains de disputes et de contentions, et les aaltres n'ont que bonnes intentions. » Journal manuscrit de Hurault de Maisse, foL 282, 283, 284.
' Un an et demi après son avènement au tr6ne elle cherchait à se £aiire passer au fond pour catholique auprès de Quadra, évêque d'Aquila, chapelain de. Philippe II, et son ambassadeur à Londres. Elle voulait par là se concilier les dispositions favorables des Espa((nols , et au besoin leur appui contre la France et FËcosse. « Yino à decirme, écrit Quadra à Philippe II, que eMa era tan catoËca coma yo, y que hacia a Dios testiço de que lo que ella creia no sea diferente de lo que todos los catolicos de su reyno creian. » L'évéque d'Aquila lui ayant demandé pourquoi elle dissimulait ainsi sa religion : u respondiô me que era forzada €id tempus, • Dépèche ms. du 3 juin 1 560,
mentes ne furent jamais que ses utiles instruments. En toute rencontre ^ elle rechercha les conseils et se réserva les décisions. Sa volonté uniquement dirigée par le calcul ou par Tintérêt fut quelquefois lente, souvent audacieuse, toujours souveraine. Moins d'un mois après qu elle avait succédé à Marie Tudor, lambassadeur d*Ëspagne écrivit à Philippe II : u Elle est plus redoutée que la reine sa sœur, sans aucune comparaison. Elle ordonne et elle fait ce qui lui convient aussi absolument que le roi son père^» Parlant d'elle-même avec le sentiment de ce qu'elle était et de ce qu'elle pouvait, Elisabeth dit vers cette époque « qu'elle ferait connaître au monde qu'il y avait en Angleterre une femme qui agissait en homme , et n'était aidée ni par un connétable de Montmorency comme le roi de France , ni par un évêque d'Arras comme le roi d'Espagne ". »
^ u Paraceme que es muy mas temida que su hermana sin DÎDguoa comparacioQ , y tnauda y hace lo que quiere tan absolutamente como su padre^ n Dépêche du 14 décembre 1558, du comte de Feria, ambassadeur de Philippe II à Lon*dres. Ms. Archives de Simancas. Neg[ociado de Ëstado, Inglaterra, leç. SU.
' C'est ce qu'elle dit au marquis de Morette, qui était venu au nom du duc de Savoie la demander en mariage pour le duc de Nemours. « Dice Morata que le dixo la reyna que ella baria conocer al mundo que aqui havia una muger que obraba oomo hom.bre y que en Inglaterra no hay condesta* blés ni obispo de Arras. n Ms. Dépêche de Quadra à Gitinvelle, 30 déc. 1560. Archives de Simancas, leg, 815.