CHAPITRE IL
Telle était la reine dont Marie Stuart , mal conseillée, provoqua Fardente animosité, et qu'elle donna dès lors pour appui à tous les dissidents religieux et à tous les mécontents politiques de l'Ecosse. Le nombre de ces dissidents et de ces mécontents ne cessa pas de grossir, la régente Marie de Lorraine ayant cru , après le mariage de sa fille avec le dauphin, être tenue à moins de tolérance envers le parti réformé et pouvoir négliger impunément la haute noblesse. Elle gouverna en suivant les conseils et employant les soldats de la France ', qui fut alors aussi détestée en Ecosse que l'avait été dans d'autres temps l'Angleterre. Ce qui engagea de plus en plus Marie de Lorraine dans cette voie , ce fut l'avénement de son gendre et de sa fille au trône de France.
Henri II mourut, le 10 juillet 1559, d'un coup de lance reçu datis un tournoi, et laissa la couronne au jeune François II, que dirigèrent entièrement le duc François de Guise et le cai^dinal de Lorraine, frères de la régente d'Ecosse. Quoique la paix générale eût été conclue trois mois auparavant (2 avril) à Cateau^Cambresis, et qu'Elisabeth eût été comprise dans le traité, Marie Stuart n'avait pas quitté
' Mamfeste adressé par les lords de la congrégation aux princes de la chrétienté^ tiré des archives des affaires étrangères > çorrespoodance d'Angleterre, t. XXI, et publié par M. Teulet, t. I, p. 414 à 438 des Pièces et documents iné(&ts relatifs à t histoire d Ecosse.
les araics d' Angleten^e , et elle prît alors le titre de reine d'Angleterre et d'Irlande*. Cette téméraii'e et vaine usurpation décida Elisabeth à soutenir de son côté les membres de la haute noblesse et les sectateurs de la croyance réformée, qui renouvelèrent en Ecosse le parti anglais. Dès ce moment s'agita entre les barons du pays et les soldats étrangers, entre le$ protestants et les catholiques, la gi^ande question de savoir qui Temportei^ait de l'aristocratie ou de la royauté, de l'ancien culte ou du nouveau. L'éloignement de Marie Stuart et les imprudences de Marie de Ijorraine contribuèrent beaucoup à la résoudre en faveur de l'aristocratie féodale et de l'église presbytérienne , qui devinrent maîtresses du royaume.
Cette révolution doit être brièvement exposée. Le parti protestant, qui joua un si grand rôle dans les infortunes de Marie Stuart , s'était lentement formé en Ecosse, où il avait été cruellement persécuté tant que Jacques V avait vécu. Ce roi le détestait comme hérétique et le redoutait comme antinational : il voyait en lui un ennemi de la vieille Église et un auxiliaire de l'Angleterre. Avant de prendre sa constitution religieuse à Genève, le protestantisme écossais avait emprunté ses premières croyances à l'Alle-
* Pièces et documetits inédits relatifs à [histoire d Ecosse, t. ï^ p. 440, 441, 455, 456, Respomwn ad protestationem , etc., par la reine Elisabeth.