CHAPITRE PHEMIER
tagne, couverte de moiitiifjncs, rnuplie de J.indpH, eoupée de lacs, froide, pauvre et beUtqueust , l'Ecosse s'était conslaimnent défendue contre les divers conquérants qui avaient occupé le sud de cette île. Elle avdit écbapi» au jou{; des Romains dans les temps andetis ; aux armes des Saxons , des Angles et des Danois» lors des. invasions germaniques ; à la domination des Anglo-Normands, durant la période féodale. Ses rudes et intrépides habitants étaient divisés en clans gouvernés par le chef de ht parente ou de la tribu qu'on suivait avec fidélité, pour lequel on se sacrifiait avec dévouement. Ils portaient tous le même nom dans le même clan , et ils entretenaient de clan à clan, pour les injures souffertes et les meurtres commis , ces sentiments béréditaires de voigeance) ces haine» à mort qui sont un des traits principaux de l'état primitif où la société ne réside encore que dons la famille. Restes de l'ancienne race gauloise, ils avaient le caractère entreprenant, l'esprit querelleur, le courage indomptable, les goûts changeants et les mœurs presque immobiles. Bien que fort réduits en nombre du temps de Marie Stuart, ils conservaient encore la langue, le costume, l'organisation, et en partie les armes des uifous celdques.
Les rois nationaux de l'Ecosse avaient admis ou laisaé pénétrer sur les basses tcn-es, depuis la fin du (Hiiiième siècle jusque vers li fin du treizième.
des Savons fugitifs et des Normands aventureux qui s'y étaient établis moins en conquérants qu'en colons et s*y étaient mêlés aux Pietés et aux Scots. A la même époque, le système féodal des peuples germaniques s'était introduit à côté du système patriarcal des tribus gauloises, qui avait continué à dominer dans la chaîne des monts Grampians au nord, et s'était conservé, en s'y altérant toutefois, dans la chaîne du Chéviot au sud , ainsi que dans les terrains marécageux qui séparaient l'Ecosse de l'Angleterre. A partir de là, il y avait eu dans ce petit royaume deux peuples, deux langues, deux états de société, deux formes d'organisation. La vieille race celtique avait gardé les régions montagneuses ; la race germanique des Anglo-Saxons et des Normands avait occupé les plaines. Les sauvages High" landers ou habitants des hautes terres, comme on les appelait, parlaient le gaëlic ; les colons armés des basses terres parlaient l'anglais. Les premiers vivaient toujours sous le régime du clan, les seconds sous le régime de la féodalité ; ceux-là reconnaissaient sm*tout le lien de la parenté, ceux-ci étaient engagés dans les cadres politiques et territoriaux d'une société militaire.
La guerre était {)ermanente , pour ainsi dire , sur le sol de l'Ecosse , où s'élevaient très-peu de villes, et qui , de lieue en lieue, était hérissé de forteresses dans lesquelles se retiraient les gens du pays lorsque
CHAPITIŒ PREMIER. 5
éclataient les querelles privées. Aux luttes intérieures qui ne discontinuaient presque pas de clan à clan, ainsi qu entre les Highlanders et les Lowkmders ou habitants des basses terres , s'en étaient ajoutées d'extérieures longtemps redoutables. I^es rois anglonormands , qui avaient envahi Tlrlande , conquis le pays de Galles, avaient aspiré à se rendre maîtres de l'Lcosse. Us auraient par là soumis à leur domination toutiK la portion des iles britanniques où la race gauloise s'était maintenue indépendante. Plusieurs fois ils étaient entrés victorieusement en Ecosse, et ils paraissaient même s'y être établis tout à fait sous Edouard V et sous Edouard III, malgré les efforts héroïques de WaUace et l'opiniâtre résistance de Robert Bruce. Selon toutes les vraisemblances, ils auraient, vers cette époque, annexé l'Ecosse à l'Angleterre, s'ils.n'avaient pas é}e obligés de transporter, pendant plus d'un siècle , leurs forces sur le continent pour y défendre ou pour y agrandir leurs possessions. Les longues guerres qu'ils avaient soutenues contre les rois de France, les avaient empêchés d'achever la conquête de l'Irlande et de consolider celle de l'Ecosse. Aussi , dès 1357 , lorsque David II était remonté sur le trône glorieusement fondé par son père Robert Bruce, l'indépendance nationale de l'Ecosse , mise hors de contestation, avait cessé d'être menacée par les rois d'Angleterre.
I^ France avait beaucoup contribué à assurer ce grand résultat. Exposée aur attaques continuelles du mênie ennemi, elle avait contracté avec l'Écowe au treizième siècle une alliance qui dura jusqu'à la fin du «eizième et qui fut également utile aux deux pays , puisqu'elle les aida tour à tour à se délivrer des Anglais. Cette alliance fut entretenue avec soin par les rois de France, qui envoyèrent des secours aux Écossais lorsque ceux-ci étaient en péril, et qui en reçurent des Ecossais quand ils y furent euxmêmes ; qui s'ifhtourèrent d'une garde écossaise, donnèrent des titres et des terres à quelques membres des importantes maisons de Stuart, de DouglaSi d'Hamilton, et ouvrirent leiu- cour comme un asile ou comme ime école à la noblesse d'Ecosse venue sur le f^ontinrat pour s'y réfugier ou pour s'y former. Elle dura jusqu'à la fin du seizième siècle, et ne contribua pas peu aux destiqées de Marie Stuait en la rendant Française par sa naissance, son éduçafion, son premier mariage, ses moeurs, et «u provoquant l'esprit d'insurrection dans la haute aristocratie de l'Ecosse, qui devint trop puissante pendant ta minorité et l'absence de cette princesse.
Les cinq rois qui précédèrent Marie Stuart sur Ip trône , obéissant à la tendance générale qui poussait tous les États à la concentratiou d§ l'autorité, avaient tenté vainement d'assujettjr à la r^le monarchique et de plier à l'obéissance cette formida-