CHAPITRE II
était trop occupé à soumettre les huguenots et à dompter la résistance naissante des Bourbons et de leur pai*ti pour rien entreprendre de hardi en Ecosse. Ses oncles, le duc de Guise et le cardinal de Lor^ raine, qui gouvernaient en son nom, pensèrent qu il fallait gagner du temps, laisser les confédérés se diviser entre eux, et en attendant détruire toute opposition en France. Ils y travaillèrent avec autant de hardiesse que de vigueur. Après avoir déjoué la conjuration d*Amboise, fait pendre ses chefs subalternes et ostensibles, ils arrêtèrent le prince de Condé, qu'ils poursuivirent comme en étant le chef mystérieux et principal; ils intimidèrent le roi de Navarre, annulèrent le vieux connétable Anne de Montmorency et ses fils, et menacèrent les trois frères Chatillon. Mais lem* politique de compression violente en France et d adroite temporisation en Ecosse fut déconcertée par la mort de François II, survenue le 5 décembre 1560. Marie Stuart resta veuve; les princes lorrains ses oncles perdii*ent Tautorité, et, par la séparation des deux couronnes d'Ecosse et de France , cessa la confusion des intérêts entre les deux pays. Avec Charles IX commença une autre politique sous la direction cauteleuse de Catherine de Médicis, qui redoutait les Guises, n'ai* mait pas Marie Stuart, et qui, ne voulant rien for-^ cer, s'appliqua : dans le royaume à amener une transaction entre les partis et leurs chefs ; hors du
royaume à vivre de bon accord avec tout le inonde.
Ainsi, le mariage que venait de rompre la mort n avait eu pour Marie Stuart que de tristes effets sans aucun avantage. Il avait affaibli en Ecosse la royauté par Téloignement du pouvoir royal. Il avait uni la noblesse et fait prévaloir son gouvernement désordonné. Il avait amené le tiîomphe de la réformation protestante et ajouté aux périls qui provenaient de la turbulence féodale ceux qui devaient sortir d'une démocratie religieuse disposée à désobéir au prince, sous prétexte d'obéir à Dieu. Il avait rendu odieuse Talliance française auparavant recherchée, et rétabli Tinfluence anglaise auparavant repoussée. Au moment où Marie Stuart redevenait simple reine d'Ecosse, elle trouvait sa noblesse accoutumée à la rébellion et disposant de Tautorite, son royaume uni malgré elle avec un État voisin et jusqu'alors ennemi , son peuple professant une autre i*eligion que la sienne. Habitudes, pouvoir, politique, croyance, tout était menaçant pour elle.
Veuve à l'âge de dix-huit ans, et devenue Française depuis douze , Marie Stuart sentit tout ce que la mort lui enlevait en la privant de son mari et en la faisant descendre du ti'ône de France. Elle resta plongée dans une profonde désolation ^ Pendant
^ Elle fit elle-même sur sa perte et son deuil une ciianson dont voici quelques couplels :