‹ Histoire de Marie StuatChapitre 49 sur 214 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

plusieurs semaines elle s'enferma dans sa chambre , où elle ne reçut pet*sonne hors la reine-mère, le roi, ses frères, le roi de Navarre, le connétable de Mont^ morency et les princes de Lorraine ses oncles '. Dès

Fa(-il on lel malbear De dure detiioée, Ny ti iritie doolear De dame fortonée ^ Qui moo caor et mon œil Voit en bierre et cercueil.

Qui en mon doux priolempt El flenr de ma jeunesse , Tooces les peines sens D*une extrême tristesse , El en rien n'ay plaisir Qu*en regret et désir.

Si en quelque séjour, Soit eu bois ou en prée , Soit sur l'aube du jour Ou soit sur la vesprée , Sans cesse mon cœur sent Le regret d'un absent.

Si parfois vers les cieux Viens à dresser ma vette , Le doux traict de ses yeux Je vois en une nUe ; Soudain je vois en l'eau Comme dans un tombeau.

Pour moo mal estrangcr Je ne m*arresie en place ; Hais f ay en beau changer Si ma douleur j*efFace , Car mon pis et mon mieux Sont les pins déserts lieux.

Si je suis en repos , Sommeillant sur ma couche , J'oy qu'il me tient propos, Je le sens quMI me touche :

En labeur, en recoy, Touajonrs est prest de moy.

(BaAirroMB, Discourt troisième tur Marie Stuart , t. V, p. 88, 89.)

* • Immédiat! y upon her husband's death, she changed her lodginç, withdrew herself froni ail company, became so solicary and exempt of ail worldiiaess, tbat she doth not to this day see daylight and thus will continue out fbriy days. For the space of fifteen days after thé deach of her said husband, she admitted no man to corne unto her chamber, but the kingy bis brethren, the king; of Navarre, the constable, and her uncles. » Lettre de Throckmorton au conseil d'Angleterre, datée de Paris le 31 déc. 1560, au State Pap. Off., et dans Tytler, t. VI, p. 233 à 236,

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qu'elle put admettre les ambassadeurs étrangers, elle eut des offres de mariage, qu'elle n'écouta point dans le moment et dont nous exposerons plus tard les phases curieuses. Le roi Philippe II, n'ayant pas pu épouser lui-même Elisabeth , songea à faire épouser Marie Stuart par son fils don Carlos, afin de placer l'Espagne dans la position où la France s'était trouvée vis-à-vis de l'Ecosse*. Les rois de Suède * et de Danemark * prétendirent également à sa main.

Elisabeth envoya complimenter la veuve de François II par le comte de Bedford. Cet ambassadeur extraordinaire arriva à Paris le 3 février, et, après s'être acquitté de la mission d'apparat que lui avait confiée sa maîtresse, il demanda encore de sa part à

' La proposition en vint du cardinal de Lorraine liiimême, qui s'en ouvrit en ces termes h l'ambassadeur du roi d'Espagne à Paris : « El mismo cardinal quexandose de la desgracia de su sobrina, y del poco remedio que tiene de faallar partido igual , me dixo claramente , que no le avia sino era casandose con su alteza. Yo no quise responderle sino que siendo ella tan hermosa y gentil princesa, no podia dexar de hallar marido conviniente a su grandeza. Por otra parte la reyna madré entiende este designo y tiene celos por lo que ha siempre desseado casar a madama Mai*garita con el principe nuestro senor. » Chantonnay à Philippe II) 28 déc, 1560; Pap. de Simancas, série B, liasse 12, n" 116.

'Éric XIV, fils de Gustave Wasa, né en 1533, ayant succédé à son père en 1560, et détrôné en 1568.

^ Frédéric 11, né en 1534, et monté «ur le trône en 1558.

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la reine d'Ecosse de ratifier le traité d'Edimbourg ' . Marie exprima le désir de vivre avec Elisabeth dans les meillem*es relations du voisinage et de la pa* rente* «< Noua sommes toutes les deux dans la même île, dit-elle à Bedford, nous parlons la même lan* gue, nous sommes les plus proches parentes , et toutes deux nous sommes reines '. » Mais, après lui avoir donné ces raisons d'entretenir entre elles une étroite amitié^ elle refusa de sanctionner le traité d'Edimbourg en l'absence de son oncle le cardinal de Lorraine, alors éloigné de la cour, et surtout avant d'avoir consulté sa noblesse et son parlement. Elle demanda gracieusement le portrait d'Elisabeth, et souhaita d'avoir avec elle une entrevue qui con^ duirait à une entente plus prompte et plus sûre que toutes les négociations détournées. C'est ainsi qu'elle éluda la ratification du traité auquel elle était dé* cidée à ne pas se soumettre '•

Toutes ses vues se tournèrent en ce moment vers l'Ecosse, où la mort de François II avait été apprise avec une satisfaction non dissimulée. Cette mort, en faisant cesser les craintes qu'inspirait la France , divisa naturellement les partis. L'intérêt national de

' Ms. Instructions du 30 janv. 1561, au State Pap. Off., et dans Tyller, t. VI, p. 245.

' Ms. Lettre du comte de Bcdford et de sir IVicolas Throckmorton au conseil privé, du 26 février 1561, au State Pap. Off., et dans Tyller, t. VI, p. 246, 247.

» Même dépêche, el dans Tyller, t. VT, p. 247, 248.

rindépendance n'existant plus , les intérêts particuliers reparurent. Le parti catholique se ranima et s'enbardit. Il tint une assemblée secrète , à laquelle assistèrent Tarchevêque de Saint-André, les évêques d'Aberdeen , de Murray , de Boss , les comtes de Huntly, d'Athol, de Crawford, de Sutberland, de Caithness, et plusieurs autres bai'ons. Us chargèrent John Lesly, alors officiai d'Aberdeen et plus tard évêque de Ross , d'aller assurer leur jeune souveraine de leur entier dévouement". Lesly trouva le 14 avril 1561 Marie Stuart à Vitry en Champagne. De Reims, où elle avait passé une partie de l'hiver auprès de sa tante abbesse du couvent de Saint- Pierre-les-Dames , elle se rendait en Lorraine. Lesly lui proposa , de la part des catholiques , d'aller immédiatement en Ecosse, de faire arrêter en France son frère James que lui dépêchait le parlement insurrectionnel jusqu'à ce qu'elle fût de retour dans son royaume, de débarquer à Aberdeen, où elle ti*ouverait une armée de vingt mille honunes levée par ses amis dans le nord de l'Ecosse ^. Marie eut la sagesse de ne pas suivre cet avis. Se l'appelant que les chefs de ce parti avaient été récenmient ou faibles ou séditieux, elle ne crut pas que leur dé-

* Keith, p. 159. — Tytler, t. VI, p. 21L

^ De rébus gestU Seotonwi^ authore Joanne Leslaeo epîscopo Rossensi. Londin., 1725, 1. 1, p. 226 et seqq. — Keilb, p. 160.

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