CHAPITRE II
encore ces mots: Adieu, France! adieu, France! je pense ne vous voir jamais plus \ »
Les regrets qu'elle éprouvait, elle les laissait aussi vifs , et Ronsard les exprimait ainsi avec une gracieuse tristesse :
Le jour que votre voile aux vents se recourba , Et de nos yeux pleurans les vostres déroba , Ce jour-là même voile emporta loin de France Les Muses qui souloieht y faire demourance '•
Bien qu elle craignit d'être surprise par les croisières qu'Elisabeth avait mises en mer, elle parvint sans accident dans le golFe du Forth, après une tra-
* Brantôme, t. V, p. 92, 93, 94.
' Les vers qui suivent ne sont pas moins dignes d'être cités:
Quand cet yvoire blanc qoi enfle vostre tein , Qaand vostre longoe, gretle et délicate maio, Qoand vottre belle taille et vottre beaa corsage Qni ressemble an portrait d'une céleste image , Quand tos sages propos , quand Tostre doncc voix Qui pourroit esmouToir les rocliers et les bois , Las , ne sont plus ici , quand tant de beautés rares , Dont les grâces des cieux ne tous furent avares , Abandonnant la France, ont, d*un antre costé , L'agréa))te sujet de nos vers emporté , Comment ponrroienc chanter les bouches des poètes , Quand par vostre départ les Muses sont muettes. Tout ce qui est de beau ne se garde longtemps , Les roses et les lys ne régnent qu*un printemps. Ainsi vostre beauté seulement apparue Qninse ans en notre France, est soudain disparue. Comme on voit d'un éclair s'évanouir le trait , Et d'elle n*a laissé sinon que le regret , Sinon le déplaisir qui me remet sans cesse An coeur le souvenir d'une telle princesse.
(RoMAtn, t. VUI, p. 6 et 7.)
versée de cinq jours. Un grand brouillard s étant élevé la veille de son arrivée avait empêché d'apercevoir la petite flotte qui la ramenait dans son royaume , et qui avait jeté l'ancre à quelque distance de la côte. Ce brouillai^d étant tombé le 19 août au matin , Marie Stuart entra dans le port de Leith sans y être attendue'. Dès qu'on sut qu'elle était débarquée y on accourut de toutes parts à sa rencontre , et la noblesse vint la prendre pour la conduire à Edimbourg dans le palais de ses pères. Cet empressement cordial la toucha sans la réjouir. Elle ne put s'empêcher de comparer avec tristesse la pauvreté du pays sauvage où elle revenait, après treize ans d'absence , aux splendeurs de la cour où s'étaient écoulés les joure heureux de son enfance et de sa jeunesse. On avait préparé un cheval pour elle, et l'on n'avait pour les dames et les seigneurs de sa suite que de petites haqucnées de montagnes , « telles quelles, dit Brantôme, et harnachées de mesme. » En les voyant, « la reyne, ajoute-t-il, se mist à pleurer, et dire que ce n'estoit pas les pompes, les apprêts, les magnificences, ni les superbes montures de France *. » Elle se rendit en cet humble
* Brantôme, t. V, p. 94, 95. — Ce brouillard fut regardé par les protestants zélés comme un mauvais sig^ne. Knox dit que la face du ciel et la corruption de Pair montraient u what comfort was broug^lit unto this cuntrey with ber, to wit, sorow, dolour, darkness, and ail impietie. » ffistory of the refoimatio/iy t. II, p. 268, 269. — * Brantôme, t. V, p. 95.