‹ Histoire de Marie StuatChapitre 59 sur 214 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

t'importune toujours, mais je nai personne autre dans le sein duquel je verse mes soucis. Je confesse ingénument, mon pèi*e, que je n'avais jamais senti jusqu'à présent combien il est pénible et difficile de combattre l'hypocrisie sous le masque de la piété. Je n'ai jamais craint ainsi les ennemis découverts lorsque, du milieu des tribulations, j'espérais la victoire ' . »

Le mécontentement de Knox révélait toute l'intolérance nouvelle , dont la reine retrouva de menaçants indices lorsqu'elle fit son entrée publique dans Edimbourg. Le 2 septembre, jour marqué pour cette solennité, Marie Stuart, après avoir diné au château, s'avança vers la ville sous un dais de velours violet, accompagnée de la noblesse et des principaux bourgeois. Un jeune enfant, âgé de six ans, sortit d'un nuage conmie s'il descendait du ciel et lui offrit, en récitant des vers , les clefs d'Edimbourg , une Bible

* Cette lettre latine de Knox h Calvin est du 24 octobre. Elle appartient à M. Feuillet de Conches, et vient d'être imprimée par M. Tculet dans le t. II, p. 12 à 14 des Pièces et documents relatifs à t histoire et Ecosse au seizième siècle. Après avoir dit à Calvin : « Apertos bostes nunquam sic tiniui , quum in mediis erumnis victoriam sperarem, » Knox finissait par ces mots : u Salutat le Jacobus ille frater reg^inae , maxime senex, qui solus inter eos qui aulam fréquentant impîetati se oppo^it; ille tamen inter reliquos fascinatur in boc quod veretur idolum illud violenter deturbare. Salutat te Ecclesia tota et tuarum precum subsidium flag;itat. Dominus Jésus diù Ecclesiae suae incolumem servet. Amen. »

422 MARIE 8TUART.

et un livre de« Psaumes. Afin de lui rappeler les terribles vengeances que Dieu, d après les livres saints, tirait des idolâtres , on i*eprésenta sur son passage le supplice de Coré , de Dathan et d'Âbiron , engloutis au moment où ils accomplissaient leur sacrifice 5 et d autres spectacles d'une signification également sinistre. Ce fut avec beaucoup de peine qu'on renonça à l'outrageante représentation d'un prêtre brûlé sur l'autel pendant l'élévation de l'hostie. Applaudie comme reine, menacée comme catholique, Marie, après avoir assisté à des manifestations d'allégresse populaire et de fanatisme religieux, revint dans Holyrood, où elle reçut de la ville pour présent de joyeuse entrée un buffet d'argent doré du prix de deux mille marcs ^ .

La reine, étant parvenue, grâce surtout à la fermeté de son frère, à pratiquer son culte en particulier, sentit qu'il fallait rassurer ces redoutables protestants sur la domination exclusive du leur. Elle leur fit donc des concessions qui durent lui coûter

* Wright, Queen Elizabeth and her Hmes, London, 1838, t. I, p. 73, d'après une lettre de Randolph à Ceci! du 7 sept. 1561. — Geor£;e Chai mers, The life of Mary queen ofScots, drawnfrom tke State PaperSf t. I, p. 80, 2' édit., 3 vol. in-8% Londres, 1822.— Keîth, p. 189.— Knox , t. II, p. 287 et 288. — Cette entrée du 2 septembre appelée triumph et un banquet donné par la ville le 31 août avaient coûté aux habitants d'Edimbourg 4,000 marcs d'argent. — George Chalmers, ibid,, et Knox, t. II, note de la page 288.

Page 1