CHAPITRE Jll
sa présence, s'habilla tantôt à ran(][laise9 tantôt à L'italienne, tantôt à la française, changeant de costume plusieurs fois par jour pour attirer ses regards et obtenir son approbation , et alla jusqu'à lui demander, en montrant ses magnifiques cheveux d'un blond un peu ardent et naturellement bouclés, qui d'elle ou de la reine d'Ecosse avait une plus belle couleur de cheveux. Melvil répondit, en courtisan qui ne se laisse pas prendre en défaut, qu'il n'y avait rien en Angleterre de comparable à elle , ni rien en Kcosse de si beau que Marie Stuart. Mais Elisabeth ne se contenta point de cette flatterie équivoque, et se fit dire par Melvil que son*teint était plus blanc, qu'elle jouait mieux du clavecin et qu'elle dansait avec plus de noblesse ^
Ravie de ces petites supériorités, elle manifesta un grand désir de voir Marie Stuart, affecta une extrême tendresse pour elle et baisa avec effusion son portrait, qu'elle tira devant Melvil d'un cabinet où elle en gardait beaucoup d'autres *. tes démonstrations extérieures n'étaient jamais de sa part qu'un moyen de déguiser ou d'outrer ses sentiments, et de servir ses desseins politiques. La reine artificieuse n'oublia pas ceux qui l'occupaient alors en Ecosse. Elle demanda à Melvil si sa souveraine l'avait chargé de répondre aux propositions qu'elle avait reçues
* Mémoires de Mehnl, t. I, p. 148 à 153. » Ibid., p. 146.
pai' Kandoiph au sujet de lord Bobeil Dudley. Meivil lui ayant dit que Tintention de sa maîtresse n était point de faire ce mariage, Elisabeth en parut fort mécontente. «Lord Robert , ajouta-t*elle , est mon meilleur ami; je l'aime comme un frère, et je n'aurais jamais épousé personne autre si j'avais pu me résoudre à me marier. Ne pouvant forcer mon humeur, je voudrais du moins que ma sœur fit tomber son choix sur lui, n-'y ayant personne avec qui je désirasse plus passionnément qu elle partageât ma succession. Ce serait le plus sûr moyen de calmer toutes mes craintes. Je connais le zèle et la fidélité de lord Dudley ; jamais il ne souffrirait rien qui pût altérer notre intelligence. Que ma sœur ne le dédaigne point; je le ferai dans quelques jours comte de Leicester et baron de Denbigh ^ . n
En effet, la reine Elisabeth conféra ces dignités à lord Robert avec un grand appareil dans West-* minster même. Elle mit de ses mains la couronne de comte sur la tète de son favori; et, lorsque la cérémonie fut achevée, se tournant du côté de Melvil, elle lui demanda ce qu'il pensait de lord Robert* Meivil répondit qu'il le trouvait heureux, ayant son mérite, de rencontrer une princesse qui le récompensait si bien ^. u Je sais, ajouta**t-elle en montrant Damley, qui portait l'épée du royaume devant elle
* Mémoires de Melvtlyi. I, p. 141, I4â. «/6ic/.,p. 142.