CHAPITRE III
en qualité de premier prince du sang, et en faisant allusion aux préférences présumées de Marie Stuart pour lui , je sais que cette jeune perche vous plaît davantage. » Afin de mieux donner le change sur les intentions de sa maîtresse, Melvil lui répondit en entrant dans la plaisanterie qu elle venait de faire : « Une femme d'esprit ne voudrait pas choisir un pareil mari, qui est joli , mince, sans barbe, et res* semble plus à une femme qu à un homme ' . »
Elisabeth revint souvent sur ce sujet , et affirma à Melvil que , si sa sœur la reine d*Écosse se mariait d'après ses avis, Taffaire de sa succession serait bien* tôt conclue^. Elle prétendit que les plus habiles ju*riscousultes du royaume devaient, en attendant, examiner, d'après ses ordres, cette importante question . Elle déclara de nouveau qu'elle voulait rester une mm vierge ^ « à moins , ajouta'^t-elle, que votre mat^ tresse ne me force à me marier en manquant à ses devoirs '« n Melvil lui dit que sa résolution de ne pas prendre un mari s'accordait avec la hauteur de ses sentiments » et qu'elle avait le cœur trop gnuid
* MénuÀres de Aiehnlp <• I , p« l^.
» lind., p. 144.
* a Tbat It was her own résolution at tliis moment to reinaÎD tîll her death a virg^in queen, and ihat nothing wonld compel hor to cban^fe lier mind exccpt ihc undutiful b«haviour of ihe queen her sister. » Mvlvifs Mnnoirs, édition du Bannatyne Clubi p. 120.
pour songer à partager I autorité souveraine et pour risquer de se donner un maître ^ Lorsquil prit congé d^elle , il recueillit de sa bouche ces paroles plus charmantes que sincères : « Assurez votre reine que je l'aime tendrement, que je veux que nous vivions plus amies que nous ne l'avons fait encore , et que j éloigne pour jamais de mon cœur la jalousie et les soupçons*. >»
Après lelévation de Leicester, Elisabeth parut animée d'un surcroit d'ardeur pour le marier à la reine d'Ecosse. Randolph reçut à cet égard des instructions encore plus formelles*. Leicester écrivit lui-même à Marie Stuart des lettres remplies de soumission et de flatterie. Enfin Lethington et Murray, dans une conférence qu'ils eurent à Berwick avec le comte de Bedford , promirent encore de faire réussir le mariage si un acte du parlement anglais assurait la succession d'Angleterre à Marie Stuart^. Celle-ci même, malgré les répugnances qu elle avait si fièrement et si nettement exprimées , n'en sembla point éloignée à cette condition. S'étant retirée au
' Mémoires de Alelvil, édition française, 1. 1, p. 146.
» Jbid., p. 153.
3 Ms. State Pap. Off. Instructions données le 7 oct. 1564 par Cecil à Randolph, et citées par Tytler, t. VI, p. 356.
* 3 décembre 1564. Mémoires de Melviiy 1. 1, p. 159. — I^ettres de Murray et de Lethington à Cecil du 3 et du 24 décembre, au State Pap. Off., citées par Tytler, t. VI, p. 356.