CHAPITRE III
de la reine d'Ecosse ; mais quand il s agit des conditions demandées, je vois qu'elle fléchit dans son ardeur ^ n
Il fallait cependant donner une réponse dans un sens ou dans l'autre. Elisabeth était au bout de ses artifices et de ses délais. Obligée de se prononcer, elle ne consentit point à reconnaître le droit de Marie Stuart à sa succession , avant qu'elle se mariât. Elle chargea Bandolph de le lui annoncer, en assurant toutefois que, si elle acceptait licicester comme simple comte , elle pouvait se fier à la munificence ultérieure de la reine d'Angleterre et qu'elle n'aurait pas à s'en repentir '• Elle savait bien que Marie repousserait avec dédain un mariage aussi disproportionné dès que le prix n'en serait plus la couronne d'Angleterre et que le déshonneur ne s'en trouverait pas relevé par un aussi grand avantage. Bandolph se conforma aux ordres de sa souveraine. Il communiqua le refus d'Elisabeth à Marie Stuart, qui s'en montra fort mécontente et pleura •. Ainsi déçue dans ses ambitieuses et opiniâtres espérances^ que devait faire la reine d'Ecosse? Il ne lui restait qu'à se tourner vers Damley. Elle porta soudaine-
« Cecil k Thomas Smith, janvier 1565, dans Wright, EUsabeih and her Anes, 1. 1, p. 187.
.s Keith,p. S70.
* Lettre de Randolph du 17 mars 1565, au St. Pap. OfiF., el dans Tyller, t. Vï, p. 872.
ne MAIUE STUART.
ment sur lui sou choix, auquel le g^oùt eut autant de part que la nécessité. Damley lui plut extrêmement et ne tarda point à s'empai*er de ce cœur aussi facile à émouvoir qu'à dégoûter. Marie Stuart ne fut bientôt plus maîtresse de la passion qu'il lui inspira et qu'elle laissa éclater à tous les yeux. Darnley étant tombé malade, elle ne le quitta ni le jour ni la nuit, et le veilla dans sa chambre comme s'il était déjà son mari ^ Les entraînements de l'amour s'unissaient donc aux convenances de la parenté et aux exigences de la position pour rendre ce mariage inévitable. Elle y trouva favorables le comte d'Athol , le comte de Caithness * , lord Ruthwcn, lord Lindsay, lord Hume^, une partie des Douglas attachés aux Lennox par parenté et pai* amitié , et toute la noblesse secrètement fidèle à la
* « Elle use, écrivait Paul de Foix à Catherine de Médicis le 31 mars 1565, de mêmes offices envers le fils du comte de Lenos que s'il estoit son mary, ayant , durant sa maladie, veillé en sa chambre une nuit tout entière, et se montrant soigneuse et ennuyée de sa maladye, parce qu'il a eu quelques jours fièvre assez fâcheuse de laquelle il est maintenant délivré. » Biblioth. nat., ms., fonds Saint-Germain Harlay, n' 218; — Bedford à Cecil, lettre du 23 avril 1565, au Stat. Pap. Off. ; et dans Tyller, t. VI, p. 277.
' Géorgie, quatrième comte de Caithness, descendait de la fainille normande de Sinclair, établie en Ecosse au douzième siècle. Marié à la fille du comte de Montrose, il moucut en 1582.
• Alexandre, cinquième lord Hume, mort en 1