CHAPITRE 1X
littson II béiito ilu comUî de Proveiio:. — Iiiijépciidaiic« des comtes du Pruv^iice. — Les vieMDtes de Haneine s'affiranchinent de It doniattion des eomtes. ^ GttOUnune i". ^ Démembrement de la vicomté de Marseille. — Généalogie des vicomtes. — Agrandissement du pouvoir de l'aldiaye de Sainl^Viclor. — Lé con^t'û municipal tend h niinor l'autorilô des vicomtes. — Les Croisades. — Privilèges accordés aux Marseillais an Syrie. — Prospérité de Marseille.— Foulques Y.— Baudouin iii.— Amaur) i" . — liaudoiun iv. ~ Débitas des Cbrétiei» ^ Oriaot. — Grégoire viu domie le signal d*aoe oeuveUe Cielaade.— LesManeillattsedisliagueoli SainMeaD-d'Acre. — Lusignao las récompense en leur accordant de nouveaux privilèges. — Amnnry ii — Cof!»» de la mer. — Etablissement des consuls. — Bannière et armoiries de MarscUie. — Grand mouvement commercial. — > Lois somptuaires. — Statuts municipaux. — Gontiiiiiation de la généalogie des vieanlas de Hsisaille. — Roncèliii. — Oiigiiie des oanfréries. — HanelUe s'affirandiit 4s h dominalion de sas vlcomtas. — GénTd->AdhéaMr est chsssé do h viHe.
A la mort de Boson frère de Raoul , le comté de Provence passa en 948 , par l'investiture de Conrad-le-Pacifiquc , à Boson ii, filsd'uu seij^neur alleiiiaiiti nommé Rotbold , et qui fonda la plus oulledes dynasties. Après quatre-vingt quatre ans d'une existence presque monacale , Conrad-le-Salique , et avec lui les empereurs d'Allemagne , ayant hérité de la souveraineté d'Arles , les comtes de Provence , qui tendaient sans cr^sc ;i accroîlri^ le pouviaj qu li.s tenaient d«' la coniiance du su/eiain , s alliain lurent à petit bruit vers 1032. ils exercèrenf leur autorité souveraine depuis le littoral (le Blarseille et de Fréjui^ jusqu'à l'Isère, et conttèrent à des
m itisTome
lieutenants, appelés vicomtes, radministration de quelques distric ts importants , entre autres celui de Marseille. Cette indépendance dtj fait dos comtes de Provence fut consolidée , grâce au mouvement antifeodal des croisades, par la main d une femme. La comtesse Etiennetle , à qui le pape lïrlmin, en revenant (k* Clerniont, avait sans (lonte confie ses pn^jets , les seconda de tout son pouvoir; et , (jii;hi(1 I Ile eut délivré la Provence de cette foule de j)ertnrl)ateurs armes (]ui allèrent, avec Uaimond de Sanil-dilles . déperjser leur énerijfie en Orient . ses vassaux v«'nir<'!it <'n paix jii'^qu en 1 109 , sons sa tutelle et sous le bon gouvememeut de SOD gendre Gilbert, comte de Gévaudan et de Milhau.
Les vicomtes de Marseille, ù leur tour, réussirent à se soustraire à la domination des comtes et se créèrent une sorte de souveraineté. Ils ne furent plus astreints qu'à un service de chevanrliée ' envers leurs suzerains , et prétendirent tenir leur vicomté de la grâce de Dieu. Le sel leur appartenait. Leurs sceaux les représentent à cheval et armés de toutes pièces. Presque toujours un de leurs fils occupa le siège épisicopal du diocèse. Du reste, les évéques suivirent les vicomtes dans cette voie d'indépendance , et Marseille passa sous un double despotisme. Les évéques eurent la seigneurie de la ville supérieure , et les vicomtes, maîtres de la seigneurie de la ville inférieure , jouirent en outre de droits domaniaux dans tout le reste du district , qui embrassait le littoral depuis Foz jusqu'à Tembouchure du fleuve d' Argens , près de Fréjus , la vallée de l'Huveaune et le pays situé sur la rive orientale de l'étang de Berre. Le lien , qui unissait Marseille à ses comtes, se relâcha fréquemment. Mais elle ne devait pas tarder à secouer tout à fait le joug inhabile de ses vicomtes qui, en morcelant déplus en plus leur héritage , à chaque transmission , durent leur surnom de nnîeleîs à leur ridicule prétention de prendre tous le titre de vicomte et de battre monnaie.*
Guillaume i*', petit-fils de Boson u , et premier vicomte de Marseille (972), négligea le gouvernement de son fief, pour se livrer
' La chevaurhée éltil un service militaire que deNtiient aa aowcrain , i des é|Hiqiiet dtHerminées , les communautés et les seigneurs féodaux.
• Les vicomtes de Marii-ille , h l'exemple des comtes de Provence de ta première race, portaient de gueules avec la croix déchée et pommellée d'or.
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k des pratiques de dévotion. Souvent enfermé dans Tabbaye de Saint-Victor , qu'il avait relevée de ses ruines et qu'il comblait de ricbesses , il passa toute sa vie dans la prière « dans de stériles contemplations ; — et le seul acte cle politique prévoyante , de sa part , fut d'investir son frère , Honoré ii , de Tévèché de Marseille; car celte préiature , qui pla(,-ait l'administration des deux villes presque sous une seule autorité , resta dans la famille vicomtale pendaut plus d'un siècle , c'est-à-dire jus(ju';i la mort de Pons ii , en t073. Une grave lualadii? acheva de (roul)kr la raison de Guillaume. Il ne recouvra la paix de son ànie qu'après un reiion- (riih lit complet aux cliososdece monde. 11 se fit couper les cheveux, endossa l'iiahit de Saint-Benoit, assura de nouvelles et considéi ables donations au iiiunustère , et rendit le dernier soupir entre les bras du prieur Vifrred(IOOi).
Sa mort fut le signal du démembrement de la vicomte de Mar.seille. Pons, son lîls , et Billiélis , sa fille, eurent en partage qiie!(]urs places du district. La ville basse et le restant du fief échurent, par portions égales, à ses autres enfants Guillaume ii et Fulco. Les héritiers du petit-fils de Boson se distinguèrent d'ailleurs par la même nullité et par les mêmes prodigalités envers les couvents et les églises. Ils cédèrent notamment à T abbaye de Saint-Victor^ en iOI 4 , les églises de Saint-Mitre , de Saint-Martin et de Saint-Lauroit , situées sur le territoire d'Aubagne, et une partie de leurs droits seigneuriaux sur Pourcieux , Peinier, Ollières, Saint-Andiol et la Mole , ainsi qu'un droit de pèche dans rHuveaune , depuis Temboucfaure du Jarret jusqu'à la mer. £n outre , ils lui firent restituer la terre de Maravilhan , que leur avaient léguée Sifroi, seigneur provençal , et sa femme Exlemba , et dont quelques particuliers s'étaient emparés. Sous ces deux vicomtes , Marseille fut témoin d'une cérémonie dont une bulle de 1040 a conservé le souvenir. Nous avons dit que Guillaume i^^et son frère Honoré avaient entrepris la restauration de l'église de Saint-Victor, détruite par les Normands au ix* siècle. Ysam , le nouveau prieur de Saint-Victor» Guillaume ii et Fulco eurent la gloire d'achever Toaivre commencée par Vilfred , et la dédicace de l'édifice donna lieu à Tune des plus lielles fêtes réligîcuses que l'on ait vues , au dire de la bulle.
La succession de Guillaume et de Fuloo passa encore entre plusieurs mains. Guillaume m etGeoflroi du nom gouvernèrent conjoinlement la ville inférieure de Marseille: Leur iVère , Pierre Sauniada , mari d Oduara Tliueia , tal au(\ nitaïUs . iloiit le cartulaire du Saint-Victor cite souvent !t s nouib. Eu t079, Guillaume et Geollioi cédèrent aux moines de ce UKui istère la rivière de lHuveaune et toutes les sources qui s'y jf t iit m <1( jniis Saint-Mené jusqu'à la nier, et mirent la charte de la doiiiiti ii sur le prand autel de l'étrliso de l'ahhaye. A cette époque , les libéralités, à l égard dus établissements religieux, se faisaient ainsi et devenaient irrévocables.
Guillaume m , précédant son irere dans la tombe , mourut eu 1 085, laissant do sa femme Adalgonde : Guillaume, Fulco, Geoûroi, Pons , surnommé Mulnier, et Ay( ai d.
GeoftVoi i"", qui prit parfois le titre de vicomte d'Arles et le surnom de Marseille, expira en 1090, laissant de Rixçnde sa femme Geoffroi, A^rcard, Hugues, Raymond, Pons, Fulco, Pierre et Adalasie.
Hugues et Pons possédèrent seuls la vicomté de Marseille. Geoffroi ne survécut pas à son père ; les autres enfants de Geoflroi i*' entrèrent dans les ordres. Hugues joignit à son nom celui de Geoflroi ; puis , entraîné dans la première croisade , il se reposa sur son fr^ du soin d'administrer toute la vicomté. Cet Hugues- Geoffroî , excommunié par le pape pour avoir détenu un bien ecclésiastique , eut de sa première femme , Aycard , prévôt , — et de sa seconde , Huguefr<Seofiroi , Bertrand et Geoflroi ii, qui prit dans plusieurs actes le titre de prtnce de Martdlh, Ces derniers vicomtes donnèrent le port de Portegalle (la Joliette] à Févéque Raymond.
Nous sommes , pour ainsi dire , forcé de borner à une sècbe et incomplète généalogie rhistoire des vicomtes de Marseille ; car pas un d*eux ne se distingua par des qualités éminentes. En divisant leurs domaines, en disséminant leurs richesses, ils laissèrent tomber chaque jour un lambeau de leur autorité , au profit de rabbaye de Saint-Victor, que leurs folles libéralités avaient entou* rée d'un prestige énorme. Indépendante déjà de la juridiction épiscopale , cette abbaye avait obtenu du pape Jean xviii le privilège de procéder à Télcction de son prieur , sans le concours
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DE MARSEILLE. Ui
de révèque et du Chapitre. Aussi le clergé de Ja Major ne voyaiUl que d*un œil jaloux grandir la puissance de ce monastère; au point que des contestations surgirent souvent entre eux. Tantôt» les moines refusaient de payer à la cathédrale la redevance , obligatoire pour eux, d*une livre de cire. Tantôt ils s'arrogeaient le droit de dresser des actes de mariage , moyennant une rétribution. Enfin , il s'agissait d'une bien autre prétention ; quelqu'un était-il inhumé dans leur cimetière , les enfants et les descendants du défunt étaient, après leur mort, une proie qui appartenait, disaientils, à la sépulture de leurs tombeaux. Si bien qu'un jour la dispute se termina par des voies de fait et par l'enlèvement d'un cadavre.
Le pouvoir des vicomtes de Marseille, qui contenait tant de germes de dissolution , se heurtait surtout aux résistances énergiques du conseil municipal , habile à faire respecter, à étendre même ses . prérogatives. Fidèle représentant et courageux défenseur des intérêts d'un peuple amoureux de son indépendance , le conseil tondit avec ardeur au but que nous avons déjà signalé , — celui Je renverser le gouvernement de ces seigneurs qui n'inspiraient que du mépiis. Le mouvement des croisades acheva de ruiner leur autorité elianc elante , en rendant aux Marseillais du moyen-âge la forée et l'antique influence des Marseillais païens , — en livrant plus que jamais à leur audace celte mer que parcouraient seuls depuis si longtemps les pirates Normands et Sarrasins. Poussés par le même intérêt que les Génois , les Prsaus , les Vénitiens , — les Phocéens devinrent les facteurs de la croisade. Navires , provisions , armes , ils fournirent tout ces hommes qui couraient en Palestine au eri de Diru le veut ! Dieu le veut ! C'est de cette époque que date l'importanee de la fabrication des armes à .Marseille, il s'ouvrit un si grand nombre d'ateliers en ce genre , que la rue , où se confectionnaient les lances particulièrement, en a gardé le nom de Lancerie. Une foule de Marseillais s'embarquèrent aussi pour la Terre-Sainte , sous la conduite d'un prêtre , Pierre Barthélémy, et d'Aycard , petit-fils dn vicomte Geofiroi. Ils assistèrent à la prise de Jérusalem et des villes les plus importantes de la Palestine; et, en 1130, le seigneur de Baruth, en Syrie, reconnaissant des services par eux rendus aux croisés, les exempta des droits d'entrée et de sortie , en les autorisant à créer , dans
lis HISTOIUË
ses Etals , une juridiction particulière pour les contestations commerciales.
Tandis que ces fanatiques, qu'ils transportaient journellement en Palestine , allaient y chercher une tombe à côté do celle du Christ, les Marseillais , poursuivant un but plus solide , s'enrichissaient par le trafic de ces folles expéditions et fondaient des comptoirs dans le Levant. En 1 1 36 , les consuls vinrent lire au peuple , sur le perron de Sainte-Marie , la charte suivante :
«Qu'il soit notoire à tous présents et â venir, que nous. Foulques, parla grâce de Dieu, troisième roi des Latins et de Jérusalem , et Mélissende , notre femme , nous donnons à perpétuité , pour le salut de nos âmes et de celles de nos héritiers , à la commune de Marseille , en échange des bons offices qu'elle n'a cessé de rendre à nos sujets et à nos personnes, pendant la guerre sainte , la (Vanchise dans toutes les terres de Jérusalem et de notre royauine. ^ous entendons qu'elle possède à Jérusalem , à Saint- Jean-d'Acre, et dans toutes les villes de notre obéissance, une rue et une église lui appartenant en propre. Nous lui donnons de plus, à perpétuité, une rtiilc ainjuelle de quatre cents bezants sarrasins . pa\ iltle eu quatre termes tous les trois mois, et hypothéquée sur Juppé; et, vous, citoyens de Marseille, pour la franchise que nous vous ;n tordons, vous devez servir et aider, par mer et par terre , nous et les rois qui viendront après nous.
« Fait à Jérusalem , l an du Seigneur 1 1 3 fi. »
Ce dut ètreavec un juste sentiment d'ori^uellque les descendants de Protis entendirent un roi se reeonnaîlre leur tributaire , et proclamer l'indépendance de leur cité en Orient; — privilé-es dont le pape Innocent iv crut leur assurer la jouissanc o en menaçaut d'excommunier ceux qui tenteraient de les leur enlever.
Baudouin ni , fds aîné de Foulques v, mort en 1 1 42 , lui succéda sur le trône de Jérusalem. Toujours en lutte avec les intidèles , il perdit Ëdesse , et fit appel à une seconde croisade, que conduisirent Louis vil et Conrad m. Grâce aux secours et , entre auli i s , k une somme de 3,000 bezants sarrasins que lui fournirent les Marseillais , il put sauver les villes d'Âscalon et de Jafla. Aussi , en 1 1 52 , réunit-on de nouveau les fils de l'anticiue Phocée autour du perron consulaire, pour leur faire lecture de ce litre :
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a Le roule Jèrusalein auœ MarsciKai^.
« Au nom do l:i Trinité Sainte et indivisible , qu'il soit notoire à tous présents et à venir, que moi , Baudouin , par la gràoe de Dieu, roi dos Latins dans la sainte cité de Jérusalem , j'accorde et concède, a perpétuité, à la commune de Marseille, en reconnaissance des seronrs et des conseils qu'elle a donnés à notre gouvernement, ;i notre personne et à nos prédécesseurs, tant par mer que par terre, pendant la conquête du roy;nii!ie de Jérusalem et de Tyr, le droit d'avoir à Jérusalem, à Acre, et <lans toutes les villes maritimes de nos Etats , une église , un four , et une rue appartenant en propre à ladite commune. Lesquels lieux seront librement et à toute heure ouverts à ses citoyens ; et ils pourront entrer , sortir, vendre , acheter, sans payer aucune espèce de droit. J'entends qu'ils y vivent affranchis de toute redevance , en paix et en liberté. J'accorde et concède en même temps à ladite commune de Marseille » pour Tavanoe qu'elle nous fit de 3,000 hezants sarrasins, lorsqu'il nous fallut secourir Ascalon et Joppé (Jaffa)^ m mien château nommé Rama , situé entre ces deux yilles , avec sa terre et ses esclaTOS. »
Pour donner k ces lettres patentes un caractère solennel, Baudouin les fit signer par les plus illustres princes de la chrétienté. Clément m et Innocent iv les confirmèrent , l'un à Viterhe (1 1 90) , et Tautre à Lyon (1 250) , où il avait cherché un refuge contre les vengeances de Frédéric u , empereur d'Allemagne.
En 11G2, des négociants Hars^llais, établis à lérusalem, prêtèrent à Rodulfe , évéque de Bethléem , 2,208 bezants sarrasins , et reçurent en garantie un château nommé Romadet et des maisons dans la ville d'Acre, avec la condition expresse de devenir possesseurs défaiilifsdece gage énorme, en cas de non paiement à l'époque fixée. Amaury i", successeur de Tiaudouin son frère , mort sans enfants , rcj^a onze ans , et son tils, Baudouin iv le lépreux , qui recueillit son héritage en 1 1T.'Î , confia la régence à Hayniond m, comte de Tripoli, puis à Gui de Lusignan. Ce dernier, s'étant rendu indii^'ne df cette haute faveui", Baudouin abdiqua en faveui' de son m veu Baudouin v. Mais un crime ne tarda pas à rendre la suprême puissance à Gui de Lusignan. La mère du nouveau roi , qui avait
épousé €e seigneur français en secondes noces, lui fit un marchepied au tr6ne, du cadavre de son fils par elle empoisonne (1 1 83).
Cependant, les croisés, occupés de leurs querelles particulières , voyaient Tcrlat de leurs armes pâlir devant l'étendard de Mahomet. Saladin les l)attit en plusieurs rencontres et s empai a de Jérusalem. (1 1 87). Alors Grégoire vni appela tous les fidèles de la chrétienté à la délivrance de la Terre-Sainte. Les Marseillais, que ce pontife protégeait, — au poiiii d écrire à l'archevêque deNarbonne etaux évéques de Toulon et d'.\ntibes « de lancer les foudres de l'excommunication contre ceux (jui les vexeraient par procès, » — ne furent pas les derniers à offrir leur concours dans une ( n[m diiion qui leur promettait à la fois honneur et profit : car ils venaient encore d'obtenir de Conrad , pour 1 avoir se* ouru ;iu siège de Tyr, des lettres patentes (jui leur accordaient une juridiction consulaire avec le droit de négocier en toute franchise dans son comté même (1 1 87).
Impatients de venger les revers des armes françaises en Asie , les seigneurs se préparèrent à une nouvelle croisade. En 1 1 90 , Marseille vit arriver dans ses murs Hobert, cdmte de Dreux» Thibaut, comte de Chartres, Raoul, comte de Clermont en Beauvoisis , Ërar, comte de Brienne , Gui et Gautier de Châtillon , aveclOtOOO croisés; et une flotte , emportant cette foule qui allait s'ensevelir dans les vastes cimetières de la Palestine , sortit du Lacydon pour arriver en trente-cinq jours à la rade de Ptolémaîa. Peu de temps après , le duc de Gueldres partit de Marseille avec une armée composée de Templiers , d'Allemands et de Catalans , et fit voile pour la Terre-Sainte. La prise de Saint-Jean-d'Àcre fut tout le bénéfice de cette grande levée de boucliers. Les Marseillais, qui servaient dans l'armée de Gui de Lusîgnan , se battirent vaillamment aux sièges de Ptolémais et de Saint-Jean d'Âcre. L'bistoire a conservé les noms de Bertrand Sarde, Anselme, Estienne Jean , Raymond et Guillaume de Posquères , Pierre et Bertrand Anuda, Hugues Fer, Gautier Anglic, Guillaume et Bérard Gati , Bertrand Caminal , Pons de Revest , Bérenguier et Fulco Rostang. Lusigoan ne fut pas plus ingrat que ses prédécesseurs. En vertu de lettres patentes , en date de 1 1 90 , souscrites par Josselin, sénéchal de Jérusalem, et par le connétable Aymeric, puis scellées par le chancelier Pierre, il accorda aux Marseillais, qui
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babiteraîent le territoire de Saint-Jean d'Acre» à une lieue des remparts : \^ Fexemption des droits d*entrée et de sortie , sous la
seule réserve d'un pour cent sur chaque cent pesant , pour les mairliandises venues par mer ; 2** l'autorisation de construire des vaisseaux et de les conduire , sans indemnité , où bon leur semblerait ; — 3** le privilège d'établir dans Saint-Jean-d'Acre des consuls et des magistrats nationaux qui, après avoir prêté serment entre les mains du roi, auraient pouvoir dejui^vi leurs eontestations , de connaître de toutes leurs causes , tant civiles que criminelles , excepté des crimes de vol , rapt, homicide , fausse monnaie et trabison. Amaury ii de Lusignan , roi de Cbypre depuis I I9'i- , prit le titre de roi de Jérusalem . en II 97, après son mariage avec Isabelle , veuve du roi Henri , et confirma les Marseillais dans la possession de tous les privilèges qu'ils avaient reçus de ses prédécesseurs. U y ajouta même le droit de commerrer librement et sans redevance dans le royaume de Chypre , et leur donna un ch&teau nommé Flacci , avec les meubles et bestiaux qui s'y troutaient. C'était noblement leur restituer l'équivalent de 1,800 bezants sarrasins , qu'ils lui avaient avancés.
Lorsque Jean deBrienne , frère de Gauthier in, roi titulaire de Sicile , fut couronné roi de Jérusalem dans la ville d'Acre (t ) , les consuls Marseillais réclamferent la possession d'une rue dont les titres avaient été perdus* A la suite d*une enquête favorable aux léclamants , ce prince respecta leurs droits et les ratifia par de nouvelles lettres patentes (1212). Enfin Henri l*', roi de Chypre , et Philippe de Montfort , seigneur de Tyr, maintinrent et augmentèrent, Vun en 1236, l'autre en 1250, tous les privilèges et exemptions, que les Marseillais tenaient de la gratitude des princes chrétiens.
Gomme , dans ces guerres lointaines , le commerce était le seul
but de Marseille , comme le développement de sa puissance marilime était sa première pensée , ce fut à peu près vers cette époque qu'elle adopta ce fameux code de la mer, apporté de Rarcelonne , liont les principales dispositions donnent une idée parfaite de l'état delà marine provençale au xii* siècle.
« Lorsque le seigneur du grand ou du petit navire voudra commencer à construire, ayant intention d intéresser plusieurs per^
' « Est tenu Je seigneur du navire couvert de donner à manger de la viande aux mariniers trois jours de la semaine : saToir, le dimandie , le mardi et le jeudi.
« Chaque matin et Taprès-midi , il doit leur -faire donner trois fois du vin , encore qu'il valût trots bezants et demi.
« Le marinier ne peut vendre ses armes jusqu'à ce qu'il ait adievé le voyage; et s'il les vend avant, il doit être à la merci du seigneur du navire. »
Certaines dispositions de ce code, si connu sous le nom de Consulat delà Mer , en lévolrnt I origine Marseillaise par les mœurs qu'elles rappellent. En vain l Espajjnp et l'Italie ont-elles eu la prétention d'en revendiquer 1 |jonneui\ lî est altesté par les auteurs de tous les pays , — comme le constate Arnold Vinnen , célèbre jurisronsulte Hollandais du xvii* si^rIe , — que Tantique législation maritime de la culunie Phocéenne devait , en disparaisFant sous l'action du progrès , laisser assez de traces , pour t'uurnir les cléments d'une !éi(islation nouvelle. Vers la fin du xi* siècle, ou dans les premières années du xn^ , c'est-à-dire à I époque de la première croisade , Marseille était dirigée par des consuls , élus publiquement au son de la cloche sur la place de Sainte-Marie des Accoules. Cela résulte d'une charte de 1 1 28 , où le vicomte Geoffiroi s'obligeait à défendre les intérêts de l'évéque Raymond ii contre toutes sortes de personnes , excepté contre la pmssanee consulaire , à moins que , par ses conseils ou par des démarches d'amitié , il ne pût lui rendre service auprès des magistrats. « Ceierum toUm ccnsularm poiesiaiem fratermisit , nm quod conciUo mU amieitiâ prodette pmit. » Nous devons en conclure que les Marseillais eurent les premiers l'idée d'établir des consuls en pays étranger , lorsque Baudouin tu , fils de Foulques , leur permit de négocier librement et de se gouverner par leurs propres lois dans toute l'étendue de ses Etats* C'est à la même époque que remonte le changement de la bannière et des armoiries de la ville. Elle portait auparavant un lion d'or sur un champ de gueule. L'enthousiasme des guerres saintes , en s'emparant d'elle , lui fit adopter la croix d'azur sur un champ d'argent.
Appuyée au-dehors sur sa Constitution maritime , et au-dedans sur la liberté municipale , Marseille était entrée dans une voie
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noavelle de prospérité et de splendeur, où nous la verrons avancer toujours pendant des siècles. Les croisades avaient donné à son génie mercantile un puissant essor; et si rien , chez elle , ne rap> pelait la gloire et les vertus de TAtbènes des Gaules , elle avait du moins ressabi le sceptre des mers.
Une industrie, qu'elle exploitait avec succès déjà depuis le 11* siècle , — celle du savon , — était alors pour elle la source dlmmenses bénéfices. $*il fout en croire Pline, qui, en nous apprenant comment on le fabriquait, et quel en était l'emploi, ajoute qu'il fut inventé dans la Gaule , il y a quchiuo raison d en attribuer le mérite à Marseille , où les aris étaient plus florissants que partout ailleurs. En tous cas , il est avéré que , depuis les temps les plus reculés jusqu'à uos jours , elle a conservé une certaine suprématie pour cette fabrication. Elle faisait un ( ommerce important de niirs et de peaux préparées; et les fuliricjues de tanneries, reléguées îi: UN iiij M'ul quartier assez étendu , étaitMil l olijet d'une surveillance particulière, dans l intérèt de la salubrité de la ville. Les Marseillais se livraient encore à la confection des draps. Mais leur infériorité en concentrait la vente dans la Provence. Enfin , tes juifs de Jérusalem avaient acheté , moyennant une somme aoDuelle , le privilège exclusif de teindre les draps et les laines. Gepeudant, comme du temps des Ioniens, le grand mouvement du rommerce était d'Orient en Occident , du Midi au N n d . Arrivant par la Méditerranée et par TËspagne , il se répandait dans les bassins du Rhéne, de la Garonne et de l'Hérault, et, franchissant les hauts plateaux du centre, refluait jusqu'aux montagnes d'Auvergne et du Velay. Marseille était Tun des principaux points d'appui de ce mouvement , et Tentrepôtdes produits Asiatiques, Italiens et Mauresques. A son man^hé affluaient les négociants chrétiens et mahométans des Algarves , les Lombards, les Romains, les Egyptiens , les Syriens , les Grecs , les Français , les Catalans , les Anglais , les Pisans et les Génois , attirés par la bonté du port, par la sécurité qu'une police vigilante et sévère y entretenait , par la probité de ses habitants et l'aménité de leurs mœurs. On y wncontrait des marchands de toutes langues. Los uns apportaient le papjrus de l l^^sple , les autres le poivre , la cannelle , le sucre de l'Inde ; — ceux-ci des armes trempées à Damas , ceux-là les
l&O HISTOIRE
chevaux des Asturîes et d'Andalousie » des cuirs teints à Gordoue; d^autres l'ambre du Nord , le safran si recherché pour la cuisine , l'acier de Poitou , le drap d'or, les camelots , le paifum de TArabie, les vins de la Palestine , les faucons d'Irlande et de Norwëgc , les perroquets , le rouge , les miroirs , les peignes , les vases d'argent, les riches fourrures du Levant , et les soieries , qu'on tirait de la Perse et des Indes par Alexandrie. Le prix excessif des étoffes de soie » dont le commerce remontait fort haut , faisait passer une si grande quantité de numéraire à l'étranger, sous Théodose-le- Giand , que ce prince avait cru devoir en iiiterdire l inlroduclion dans 1 hiiupirc.
Ahu «[lie tous ces objets de luxe , destinés à la noblesse , uc pussent éblouir les yeux du leurs lernincs , les niarebands des cités méridionales avaient créé des lois sofii| lu m r^ ([ui tranchaient la ligne de déniarcafion tracée entre la Ix iUyicoisie et les barons. Toutefois , les bourgeoises de Marseill( plus directement exposées à la tentation , eurent meilleur marehé de leurs maris. Dès le XIII* siècle, les statuts de rilôtel-de-Ville leur permettaient les pelisses brodées, les robes, chiamydes et tuniques de soie, les manteaux de couleur ornés de foun'ures et des corsets que paraient des tresses dorées et des plumes. Quant à leur manière de vivre , elle était réglée d'avance par les statuts. Ainsi s'exprimaient les consuls dans ce cas particulier :
« Que nulle dame ni autre femme de la ville ou de son honneur (territoire) , ne fréquente ni ne s'avise de fréquenter sa voisine , à moins qu'elle ne soit sa parente au second degré, sa cousine germaine , celle de son mari , ou plus proche encore , ou bien sa commère ; et que ces fréquentations ne puissent avoir lieu que le dimanche et non un autre jour de la semaine. Sont exceptées toutefois les baladines et femmes de mauvaise vie. Une amende de cinq sols frappera celles qui iraient à rencontre.
« Item , que nulle dame ou autre femme n'invite ni ne s'avise d'inviter, ni d'aller inviter à des noces ou à quelque sorte de festin que ce soit , plus de quatre personnes. Sont exceptées les baladines et femmes de mauvaise vie.
« Ilem , que nul homme ni aucune femme de cette ville ne fasse
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ni ne présume faire invitation et repas , sous prétexte de fian^illes et de noces , avant d'aller à l'église.
« !tm , que nul homme ni aucune femme n'aille et n*ose aller courir les rues avec une tiancéé!
« Item , qu'aucun jongleur ni aucune baladine du pys ou étrangers n'aient l'audace d'entrer dans les maisons de cette ville pour fait de noces , de festins , ni pendant T Avent , ni à la Noël , ni aux fêtes de Noël , s'ils n'y sont appelés par la personne qui exerce l'autorité au logis. Celle ou celui qui contreviendrait au présent règiement sera chassé pour toujou rs de la ville et de son honneur. »
Comme on le voit , les consuls poussaient jusqu'à la minutie les mesures réglemenlaiiL'setniuraiL'olinllexiblement la vie matérielle et morale de la cité. C'est qu'en efl'et ils ne laissaient rini au hasard ; ils allaient au-devant de tous les sujets de plainte et prevoyaii iil tous les délits. Cette organisaliuii sage et puissant»- de !a bourgeoisie était l éeueil oii devait se briser le pon^ ( i (K s vicomtes. Déjà évineés des alVaii es publiques par le eoiisuii inunicipal , ils ne gouvernaient plus de (bit . et toute leur autorité se bornait a la possession (le (|iii'lques droits domaniaux. Mais l'heure allait sonnur où , pour un peu d'or jeté à la rapaeité de ees seigneurs avilis , fiJarseille devait s'atlranehir d'un honteux vasselage.
Nous avons interrompu la généalogie des vieomtes à lîugues- Geoffroi l'cxeommunié , qui régnait à la lin du \i' sioclr. Son fils , Hugues-Geoâroi eut de sa femme Duleeliue , Haymond-Geoffrot i'''"du nom , auquel sa femme Pontia donna trois lils : Hugues ii , Bertrand-GeofTroi et Geoffroi ai. Tous les trois ont pris le titre de vicomtes de Marseille. Hugues^eoffiroi ii , l'aîné, continue seul la descendance de la famille vicomtale. Il eut de sa femme Cécile . Hugues-Geoffroî m, Guillaume, Barrai, Raymond-Geoffroi , surnommé Barrai, Geoffroi, qui fut évéque de Marseille, et Roncelin. C'est vers l'année 1 1 70 que les titres placent le gouver> uement de ces seigneurs, dont Raymond-Bérenger , comte de Provence , reconnut implicitement l'indépendance par un acte de H 78 , en déclarant n'exiger d'eux qu'un droit de chevauchée.
Hugues-Geoffroi m , fils de Hugues-Geoflhit ii , aliéna fa quatrième partie du port de Marseille pour vingt mille sous royaux rouroDués que lui eomptërent Guillaume Yivaud et un juif nommé
iioliu. Les deux préteurs , dont l'un a donné son nom à une place de la ville , devaient rester détenteurs du gage jusqu'à la restitution de la somme. Le même seigneur eut de sa femme Sibille, trots fils : Rofifand-d'AgouIt , Raymond>Geo£froietGeoffî*oi-Gaufridet» et une fille nommée Adalasie. En épousant Raymond de Baux , fils de Bertrand » prinee d'Orange , Adalasie eut , pour dot , la portion que son père avait eue dans la vicomté de Alarseille.
Raymond-Geoffroi , fils de Hugues l'endetté , laissa deux fils : Isnard d'Entrevènes et Reforcîat. Geoffroi-Gaufridet, troisième fils du même vicomte , n'eut qu'une fille , Sibille , de sa femme Guillemette de Blacas. Sibille épousa en premières noces Gilbert de Baux, et, en secondes, Boniface , seigneur de Gastellane et de Riez.
Nous avons dit plus haut que Hugues-Gcoffioi ii avait t u , en onlrt' (le Hugues-Geoflfroi ni , plusieurs autres tils, parmi lesquels (.uillaiiine Barrai et Roncelin.
Guillaume n'eut (ju une fille . Malule , qui fut mariée à Gérard- Atlliémar. Barrai uiuurut en I HI2 , laissaiU une fille. Barrait-, mariée à Hugues de Baux , fils de ikrtranil de Baux et de Tiburge d'Orange.
Aiusi , à la fm du xii* siècle , le tief de la ville liasse <le Marseille apparteuait ^ quatre seignenis : — à HoneeluK par lu'ntaije direct, — à Raymond de Baux, par l apporl dotal de sa femme Adalasie. — à Hugues de Baux et à Gérard Adhémar , comme époux, I un de Barrale , fille de Barrai , 1 autre de Mabile , fille de Guillaume.
Roncelin fut le plus fameux de toute la race vicomtale. Malheureusement il ne dut sa célébrité qu'aux scandales de sa vie. Après avoir contracté une grande quantité de dettes , il prit l'habit de Saint-Benoit au monastère de Saint-Victor, et le quitta bientôt pour épouser sa nièce Adalasie, qu'il délaissa ensuite. Excommunié par Innocent m , il rentra dans le monastère , fit publiquement amende honorable et se rendit à Rome pour recevoir l'absolution du pape. Hais ses nombreux créanciers , peu touchés de la conversion du pécheur , et préoccupés du danger que couraient leurs droits avec le nouveau cénobite , obtinrent sa réintégration dans la gérance de son patrimoine, dont les revenus pouvaient suffire à l'acquit de ses dettes. Alors , redevenu laïque , Roncelin partagea ses terres
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DË MARSEILLE. 153
avi'c Hugues (îe Uaux cl Gôrard-A(lh(';niar, vendit h l'ahhayc de Sainl-Viclor le château de Salni-Julhan , aliéna une pu lu' du prt en l'aveur de Guillaume-Anselme, genfilhomme Marseillais, et donna au im na>lère tout ce qu il possédait dans la cité vicomtale et le sixieiiit' d» la seitîueui ie du port , — ne se réseiTant que celle des tours du Chalcau-liaboit , parce que ce château taisait partie du doaiaine de l'cvêquc (1211).
A cette époque, la cité vicomtale était administrée par les Becteurs de la Confrérie du Saint-Esprit. Les confréries sont d'origine antique. £Ue8 étaient connues des Grecs et des Romains , avec cette différence que la religion n associait pas alors , comme aujourd'hui, M8 bonnes œuvres à l'action politique de ces sortes de confédération. La confrérie du Saint-Esprit , établie à Marseille dans le xii« siècle, ressemblait assez à celles des chevaliers du Temple et de Saint-Jean de Jérusalem. ËUe s'étendit partout, sous la direction du conseil de ville qui en nommait les recteurs. Le nombre de ces recteurs variait de deux à douze, et leur mission était de défendre les biens ecclésiastiques , les droits du souverain et de la ville.
Guillaume-Anselme, se croyant légitime acquéreur des droits de Boncelin , s'avisa de les recéder aux confrères recteurs , qui traitèrent au nom de la commune , moyennant le prix de 1 ,000 livres couronnées , payables comptant (ISI i). Roncelin , qui avait tenu secrètes la plupart de ses transactions, vendit encore, la même année , un huitième de ses droits à Marseille pour 1 ,600 livres couronnées. En 1 SI 2 , par un acte signé de lui et de Gérard- Adhémar, la ville eut le privilège de marque et de représailles. En 1 21 3, il abandonna le restant de ses droits aux confrères recteurs )K)ur la somme de 600 livres royales couronnées , ' et mourut , toujours endetté , en 121 6.
Vers le même temps (1213), Raymoud-Geoffroi céda, pour 143,000 sous iu\au\, tout ce qu'il possédait dans Marseille; Raymond de Raux suivit son exemple et aliéna sa poiiion pour 80,000 sous royaux coui ouaés. Mais , les confrères recteurs ayant
* Les livres d*or vdiicnt douie livras de deoien d^ufeet ; les smis n^ax , dent les 58
valaient un marc d'argent fiû ; les sous couronnés , dont les 60 , en Tao Î2i5 , Taisaient on marc d'argent 6a. Les iiexanls coorooDés de Gonstaotinople valoienl 50 livies la pièce.
SI
154 HISTOIRE DE MAHSEILLE.
exigé que Hugues leur fût tenu d'éviction , et qu'Adalasie , femme ducessioDDaire, assistât au contrat avec son frère Rostang-d'Agoult, celle-ci se fit donner, pour prix de son consentement, 1 2,000 sous royaux couronnés. Hugues de Baux ne tarda pas à s'acquitter iui- ' même des dettes énormes , qu'il avait contractées vis-à-vis de la commune, par l'abandon de tous ses droits seigneuriaux (1214). Oérard-Adhémar, le dernier obstacle à l'indépendance de Marseille, fut aussi le plus récalcitrant. Rien ne Tobligeait & se dessaisir de sa souveraineté vicomtale. Sa fortune était énorme , et son orgueil se révoltait à l'idée d'bumilier son noble écusson devant la bannière de la bourgeoisie. Maintenu dans ses dispositions de résistance par sa femme , il fut sourd à toutes les prières , insensible à toutes les menaces. Irrités de son inOexîbilité » les citoyens eurent recours à la raison suprême des majorités de tous les temps et de tous les pays, — à la violence. Une émeute suffit pourchasser delà ville le seigneur entêté, qui faillit perdre, à ce terrible jeu des batailles populaires , les avantages qu'on lui avait proposés pour une cession volontaire de ses droits. Cependant , le conseil municipal , en vainqueur généreux , paya au vaincu cinq mille sous royaux couronnés et lui assura une pension annuelle et viagère de 100 livres , payable le jour de Saint-André.
On a vu avec quelle habileté et au prix de quels sacrifices Marseille parvint à s'alfranchir de l'imbécille domination de ses viroiutes. L'anné 4214 lui ouvrait uiu nouvelle ère républicaine. Le soleil de la liberté rayonna sur son liont, comme aux l»eaux jours où Rome l'appelait sa sœur ; mais il devait bientôt encore , et pour toujours, disparaître derrière les sombres nuages du despotisme.
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Adolphe Terris, Idileur
CHAWTHE X.
ItescnpUuu de Marseille au moyen-Age.
11 est temps que nous fassions une seconde halte au milieu des péripéties de ce drame historique, pour dire ce qu'était matériellement Marseille au xiii* siècle; il est temps de rajeunir, par quelques nouveaux traits de ressemblance, l'esquisse que nous avons tracée au nr* diapître* Entre la cité des premiero siècles et la cité des temps modernes , la dté vicomtale du moyen-âge sert de transition naturelle. C'est à la comparaison de ces trois physionomies parfaitement différentes que Ihrseille emprunte ce caractèra d'originalité qui manque à l'histoire de toutes les villes de France , même à celle de Paris. Car la Lutèce de César et de Julien-I'Àpostat eut une origine obscure , grandit lentement dans les langes de la Barbarie, et ne devint la capitale du monde civilisé qu'en courbant étemellonent le front sous la sandale des rois et des empereura.
Au moyen-âge , et même plus tard , Marseille était loin d'être aussi grande qu'elle l'est aujourd'hui. Finissant au jwrt d'un côté, de l'autre à la Joliette et à l Est, elle s arrêtait aux rues voisines du Cours. Les Bourguignons u\aient détruit, en 412 , les murailles rebâties avec les iiiillious (|ue le médecin Crinas avait gagnés à Home. Une charte de 1072 fait mention de celles qui les remplacèrent. Maij} elles se ti'ouvaieut dans uu si mauvais état , en 1262 ,
que, par 1 ordie dt (haïk's d'Anjou , on lus reconstruisit depuis le port jusqu'au bout de la rue desFabres , et de là jusqu'à l aucienne porte de la Frache {porta fracta), située près de la chapelle de Sainte-Barbe, sur la rnv, de ce nom. La position de celle porte , qui dut sa dénoniHiiilioo à une brècbe pratiquée par Cliarles d'Anjou, lorsqu'il assie^^ea la ville, iinliijiie ladireiluai du mur au bas de la linuteur que couronnait le château de Koque-Barbe ( Roca- Barbara).
Au xin* siècle, le reni])art commençait à la porte du [)Îm?) Fourmiguier \ [place du cul de Bœuf) ; — se dirigeait vers la rue Sainte-Barbe , en longeant les murs de Téglise de Saint-Martin ; — faisait une courbe vis à vis la rue de l'Annonerie , et atteignait la porte de l'Ourse {porledeiaJolieiie).
La rue de rAnnonerie ( rue des Grands Carmes ) , aboutissait à la porte d'Aix , ( au xiii* siècle Porta Anrumœ ) , et devait son nom, [Via Annonaria), au voisinage du marché au blé, situé sur remplacement que parcourt la rue des Ënfants Abandonnés.
La porte de la Joliette , que l'on voit enoore telle qu'elle fut restaurée au commencement du x* siècle , s'appelait Porta Gallica, parce qu'elle s'ouvrait sur la rue Française, distribuée en deux parties — inférieure et supérieure , — Tune dite rue de la Joliette, l'autre dite rue de l'Evéché, à l'époque oîi l'évéque Etienne de Puget y éleva le palais épiscopal actuel (xvii* siècle).
A son point de départ ( place du eut de Bemf) , le rempart tenait à la Tour du teigneur de FHotpiuU , dans l'intérieur de laquelle on avait établi le bureau de la douane. La porte principale de la ville. Porta Civitatù , comme elle est désignée dans un procès^verbel rédigé en 181 8 , était située à Fendroît de la place Maronne, Elle prit successivement les noms de porte du Lauret , et de porte Béak ou IkXa*e. Flanquée de tourelles, elle fut surmontée, en I3S4, des bustes de Saint-Lazare , de Saint-Louis et de Saint-Victor , et décorée de cette orgueilleuse iuscription gravée en lettres d'or sur une table de marbre noir :
a sus CUUS IMPBRIO SUMMA LIfiERTAS. »
' Kn porte du plan Fonrmigiiier ( podium furmigueriwn)» était aiosi nonUDée àCMIW des fourmis qu'y aUirait le débarqutsiueal du blé.
Après la mort de Casauix, on y ajouta ce distique composé eu l'honneur de Liberlat par un avocat :
« Occisus justis Libertœ Casalus armis Latts Christo, urbs régi, lUt&ria» sic datur urbi. » « La mort de Casaulx , justement frappé par Liberia t , valut des actions de grâce à Dieu , une ville an aouverain , et la liberté à la ville. »
EUi 1 648 , la même porte reçut de riches ornements de sculpture. Mais , ni ses légendes poétiques , ni la beauté de ses basrdiefs , ni le blason des princes d'Anjou » ni le génie des trois martyrs ne purent la protéger longtemps contre l'esprit de destruction , qui caractérise les hommes de tous les temps.
Enfin » le rempart avait encore la porte du Marché^ en face de Is Grand'Rue , dans la direction du Grand-Puits.
Indépendamment de ces portes principales , il faut citer : 1* la porte dite des Âugtatùu , située à peu d'intervalle du plan Fourmiguier, et pratiquée dans une vieille tour qui fut démolie lors de la construction du parc; — jSI^ la porte Samt-Martirif vis à vis de l'église de ce nom , et qui ne s'ouvrit plus après le siège de la ville par le coDoétable de Bourbon ; — 3^ puis une dernière porte voisine de la Tour de Sainte-Paule.
Pendant le règne de ses vicomtes, Marseille était partaj^éo on deux villes bien disliiietes : la Ville Basse ou viconitale, et la Ville Haute ou épiscopale. Cette dernière était elle-mêine de fait subdivisée en deux parties , dont l une appartenaità l'évéque, et l'autre à 1 abbé de Saint-Vietor.
La VILLE UAn E — renfermant dans son enceinte la Major et ses environs, et ;il)ùutissant à l'esplanade située devant l'église de Saiin-Laurent , — n'avait pas une grande importanee et n'était ^uèrc peuplée. Elle était particulièrement habitée par les pêcheurs, qui lonijaiMil um> < ui j)oration de 600 chefs de famille environ. Ceuxci élisaient , tous les ans , le jour de Saint-Etienne , quatre d'entre eux qui , sous le nom de probi honUnes piicatorum (prud'bommes), jugeaient souverainement et sans appel , sans procès-verbaux , et sans formalités judiciaires , tous les délits de pêche. Privée de tout régime municipal , la ville haute était soumise à deux juridictions différentes : — celle de l'évéque et celle du prévét et du Chapitre
de la cathédrale. La juridiction épiscopalc consistait en un conseil de 15 memhrcs. La juridiction du prévôt et du Chapitre » circoD^ crite dans une étendue de terrain , qu'on appelait vilia prœpmUvrœ et opifrn sedis massiliensis , était déléguée à un conseil de 25 membres. L cvôque établissait un juge dans sa villa turrium ; le prévôt et le Chapitre en instituaient un autre , dont les fonctions étaient généralement confiées à un chanoine de leur corps. Mais aa-desBUS de ces deux juges , l'éYèque en avait placé un troisième, pour prononcer souverainement sur les appels, et dont relevaient tous les habitants. Il existait en outre , pour informer sur 4outes les affaires religieuses, un inquisiteur «pii avait une maison avec de beaux jardins , une tour et des prisons particulières.
La Major, — principale église de la ville haute , — fut reconstruite plusieurs fois. L*édifice actuel date du moyen-Age. Malgré rimpossibilité de préciser jusqu*oli le rivage occidental s'avançait dans la mer, il est reconnu qu'au x* siècle les flots n'avaient pas poussé si loin leurs envahÎBsements. L'entrée de la Major était i TOuest, et l'ancienne porte subsiste encore ; elle est sous l'orgue en face du maltre-autel. Âu-delà de cette porte était une grande place terminée par le rempart.
Les prisons de l'évèque se trouvaient près de l'emplacement où s'élève aujourd'hui le couvent des Présentines. Le palais épiscopal , aussi vaste que splendide , ressemblait à une forteresse. Les tours y étaient en tel nombre , que le nom de villa lurrium en resta à la portion de la cité, sur laquelle l'évèque étendait son autorité temporelle. Celte forteresse, appuvée d'un côté aux fortifications de Roque-Barbe , était adossée de 1 autre aux murailles de ki ville, avec une issue hors de ces murailles. Elle fut reconstruite en 1 200, et sa principale tour appelée tour de la Juiveric {tuiris Judaica ). Jean Guasquy et Robert de Mandagot , évèques de Marseille , y ajoutèrent une tour qui prit le nom du vendeur Rostang de Sahran. Les assemblées se tenaient dans les deux principales i>allcs de la maison de l'évèque. L'une , dite la Salle Verte' , était située dans une des tours; 1 autre, dite la Salle Honde, dans le palais même. Cet éditicefut détruit, lors du siège du connétable de Bourbon (1 524).
' L'ancieû Hôtel de-ViUe avail également une Salle Verte.
DE HARseiLii. m
L'ancienne citadelle , que les Romains , les Golhs , les Bourguignons et les Francs occupèrent militairement tour à tour, avait été démolie par les Sarrasins , et de ses ruines , longtemps éparses sur le sol , on restaura les monastères de Saint-Victor et de Saint- Sauveur. Sur le plateau où, debout jadis, elle résista , pendant un an , an génie de César, s'élevait , an moyen-âge, le Chàteau-Babon [caurum Babunis), immense et formidable manoir aux remparts gigantesques, aux larges fossés » aux tourelles massives. G>!r)mo celte imposante forteresse , bâtie par les vicomtes de Marseille , était enclavée dans la ville haute, Guillaume-le-Gros et Raymond- GeofTroi en firent hommage au Chapitre et à l'évèque. Celui-ci l'habita et lui donna son nom. Plusieurs titres constatent l'antiquité de cet édifice , dont il ne reste pas le moindre vestige. L'un, de ino , parle de réparations qu'on lui aurait faites. En 1183 » Luee m le prit sous sa protection. £n 1245, Barrai y ajouta de nouvelles constructions. £n 1 328, il fut surmonté d'un phare. Sa demiëfe tour s'écroula , en 1 434 , sous les coups des démolisseurs. La chapelle de ce château , d'abord annexe de la Major, avait reçu ie titre de paroisse en 4250. Elle en conserva le nom jusqu'au jour oh elle prit celui d'église Saint-Laurent. Le Ghâteau-Bahon renfermait probablement dans son enceinte ChâUm-Joli , vieux monument situé au-dessus de la pkoe Saint-Laurent.
. Les vicomtes avaient également fortifié la colline des Grands- Carmes. Dès le x« siècle , on y éleva des constructions militaires ; un fossé y entourait une ligne de remparts qui se liaient à ceux de l'évèché, et dont les rues Roque-Barbe et petite Roque-Barbe fixent l'emplacement.
L'anse de la Joliette , dont quel(iuos tours protégeaient l'entrée, était le port cpiscopal appelé />orfuj> yaUiCus , comme l'indique l extrait suivant d'une transaction passée à Arles entre l'évêque de Marseille et les enfants de Pons de Peynicr, successeur des vicomies de cette ville : « D'abord nous cédons et louons h l'église de Sainte-Marie (la Major) , à l'évêque susnommé et à ses successeurs h port de la porte française , situé dans le iief de Sainte-Marie; et, dans l'ancien poi 1 , iiuus accordons aux hommes de l é^^lise qui babitent ou viendraient à habiter dans la ville vice-cumitale , le
460 HlSTOmE
droit (le ne rien payer, soit pour l'entrée, soit [imir la sortie de leurs navires , ainsi que pour tonte autre marehandise. »
Une Ijulle d'Anastase mentionne également ee port : « Le port de la l*orte-Française et tout ce que tu as dans I ancien port qui est entre ie monastère et la ville. — Janvier l lô3. (méky et guindon). »
Un simple mur de clôture , et parfois des rues seulement séparaient la ville haute de la ville basse. Depuis ta porte de la Joliette jusqu'à la tour Sainte-Paule, dont on voit encore la base au boulevard des Dames , le rempart fixait nettement la limite de la ville haute. Là s'arrêtait la ceinture de pierre. A côté de la tour Sainte-Paule , on avait placé une borne contre les lisses qui allaient aboutir directement à une autre borne, marquée d'une croix , vers la rue des Grands-Carmes. A partir de là , la ligne de démarcation suivait tes sinuosités des rues du Vieux-Palais , de TEchelle , de laCk)uronne et de la Gavotte; puis , — formant brusquement une courbe , elle atteignait la rue de l'ËTéché , en passant par les rues Sainte-Marthe , des Belles-Ecuelles et du Panier ; et continuait, en inclinant vers le midi, à parcourir la place de Lenche, les rues de Radeau , de Saint-Laurent , jusqu'à la mer» au pied de rhdpitat Saint-Jean.
La principale porte de la ville haute était la Porte Française, à peu de distance de laquelle se trouvait le couvent des Trînitaires, fondé en 1202 , par Sainl-Jean de Matha. Les abattoirs de la ville ont reni|)Iacé ce couvent.
La VILLE BASSE , OU M i)MT,4LE , quï l'emportait de hcanronp sur la ville haute», était [iUvéc au bord de la mer. S'étendaiii (liej)uis les Présentines et la rue Sainti -lîarhe jusqu'à la rue des Fahres et il l'endroit nonniié aujourd hui le l'elit-Mazeau , elle enfermait dans ses vieux remparts le p^rand port {le Lacydon). L évèque et l'abbé de Saint-Victor contribuaient aux frais de curage , avec la ville basse, pour le prélèvement d'un droit de douane sur les navires. L'entrée du port était défendue par deux tours. — L'une, du côté de la ville, et dite la Tour de Malbert, que remplaça la Tour Saint-Jean » bâtie sous le roi René , — est désignée dans un titre de 4257, sous le nom de Turrela-Porlus , ou Turris^ eatefMB'Portus, parce que la chaîne du port y était attachée. L'autre ,
DE MARSEILLE. 16t
vis avis, dite la Tour Saml-Mcolas , eiapruuUil bou nuin à une âucienne chapelle dédiée à ce saint.
L'arsenal vl les chantiers étaient situés au plan Fuunmjuier, et la ville fermée du cùté du port. Les habitations, ijni ont aujourd liuilcur f;ir;Hle sur le (juai , donnaient sur les i ut> intérieures parallèles , adossé, s (jn'i Iles étaient au rempart , pcixc de distance m distance de quelqu* s iniverturcs étroites. La circulation des marchandises et les eouHnuniealiuns de la ville avec le quai avaient lieu par ces ouvertures appelées Grottes et closes , tous les soirs, par des grilles de fer, en dedans desquelles se trouvaient de vastes magasins ou hangards, pour recevoir les marchandises débarquées.
Notre-Dame des Âccoules , — cathédrale de la ville Itasse ,
— devait son nom à sa structure en forme d'arc {quasi per angulos ei areualim eoMirticla ). Quelques auteurs croient que le root Acooules a pour étymologie deux mots latins : aguù ftuemUm* En attendant la solution de ce grave problème « élisons que cette église , — ^ suivant la tradition , — a été bâtie sur les ruines du temple de Minerve. En 4033, les religieuses de Saint-Sauveur, relies dans Tenclos de Notre-Dame des Accoules , en furent les rectrices. En 1 538 , elles se démirent de cette qualité , et cédèrent la paroisse en i 558 ; puis elles voulurent revenir sur cette vente au profit des Grands-Gordeliers. Cet acte de mauvaise foi donna lieu à des débats si scandaleux qu'il fallut employer la force pour eipulser les Grands-Gordeliers des Accoules et de la ville. Deux ans a))rès , on érigea cette paroisse en collégiale.
Les vicomtes , dont nous avons vu l'autorité restreinte par la
* Ae6(é de Tune de ces Grotlu lelnnivul k maison de la Tamille de MWiv^r , oïlarudie,
- qni fonJiiit do la Place-Neuve ou port ,aconscnY> nom Ac Crotie-Jr-VUlaye. Jean de Village, maître d'hôtel du roi René, flt doQ de son jardin à lu commune de
MicaeiUe, en son nom comme en celui de Perrete Conir, sa femme , pour t^tre converti en une (lace iniUiqua ornéa de foDlameg (10 juia 1458).
Perrete Cœur était mèce ie Jacfies Cœur, le célèbre arL'intiir du roi Charles vii. La ville remboursa aux époux Village 50 florins qu'ils avaient employés an (î.'!(!aii m< tit du terrain et agrandit la place par l'acquisition de quelques maisons. Elle n'était pas achevée eu 147 1 . Elle Tut exhaussée en 1559 , et l'on pratiqua trois rangs.de marche pour y monter. Ce o'c&t que leofteopa aiMrle que dea footainee forent placiea à aae quatre entréotitée. Remise au nîreaa des nies abwtiasaote», en 1743, elle prit le oora de Fleee^eove qn*ene ft gardé dapois.
m instoiRE
prévoyance du conseil municipal , avaient l'adminllitration de la justice dans la ville basse. Ils en abandonnaient ordinairement le soin à leurs Vipuiers ; mais quelquefois ils la rendaient eux-inènies dans k'ur puluis. Ce palais, sur lequel ou arborait rctciKlanl de la ville , était construit en forme de tour et situé vers la Poissonnerie Vieille. Par iiuile d une destinaliitii fiscale, il prit le nom de Tolonée, du mot latin Teloneum , qui signifie douane. Il avait coûté 3,000 livres royales t'onronnées, somme énorme pour le temps, et eipiivalente à ,'jU,U0O trancs de notre monnaie actuelle. Sur les ruines de la tour vicomtale et de ses remjtnrls, que les Marseillais détruisirent, sans doute pourellacrrle dernier souvenir du despotisme féodal , on établit le grand marché de la viande (Macelhm Telonei) , qui fut transféré plus tard dans le VQÎsinage du Palais de Justice , aujourd'hui la place du Pelit-Mazeau,
Il nous reste à dire quelques mots de la cité abbatiale, qui constituait un troisième pouvoir d'autant plus indépendant dans la Marseille du moyen-Âge, qu'en raison d'un contact direct et journalier, les deux premières cités étaient seules unies par une sympathie profonde. Si la juridiction des abbés de Saint-Victor était restreinte, ils devaient à leurs richesses une influence morale qui souvent annihilait celle des seigneurs dans les aflaires du gouvernement.
Quelques bourgs et quelques châteaux composaient tout te. domaine territorial de la puissante abbaye. Une colonne en pierre', placée entre le rempart et un ruisseau qui se jetait dans le vieux port , au plan Fourmiguier , en fixait la limite. Ces bourgs ou hameaux ont , en s'agrandissant , formé les nouveaux quartiers. Le bourg du Bernard du bois (Fouen-Cuberte) , n a point perdu .son nom; celui de Ihubaud était situé entre les rues Noailleset des Petites-Mariés ; à la plaine Saint-Michel , jadis le Champ de Mars, se trouvait un autre bourg, uiaintenant renij)laeé par des rues neuves ; le haut de la rue d'Aubai:n<' <'t les Calades étaient occupes par le bourg de la Cn la de {Burgm VallaUr, de Callis , chemin des troupeaux). Il était défendu par le chàlvau de. Croch qui dominait les has-foudsde la cité abbatiale. La ^^arde et 1 entretien des fortifications de ce château apparleaaieul à l'abbé de Saint-Victor.
m mauskillk k;:;
La Caiincbièi e ofl'rait I aspect d un marais, dont les eaux crouj)issantos rcHuaient dans les fossés creusés autour des remparts. On y faisait rouir du chanvre ( Combe en provençal ) , d'où son nom dérive. A l'endroit, que nous avons déjà désigné sous le nom de plan Foarmiguler( place du cul de bœuf), commençaient les salines qui occupaient une grande partie de la Rive-Neuve. Entre l'abbaye et les rampes du bourg de la Calade , s'étendait un cimetière appelé les Champê-Elysées , et devenu le quartier Paradis , nom qu'on lui donna parce que beaucoup de martyrs y avaient été ensevelis. Entre la rue de l'Arbre et celle du Petit Saint-Jean était le cimetière de la ville. H y en avait un autre proche de l'église Saint- Etienne , aujourd'hui Notre-Dame^u-Mont. Mais il ne servait que pour les habitants des faubourgs voisins. 'Enfin un troisième cimetière , situé presqu'au pied du monastère de Saint-Victor , semblait placé là , pour rappeler au souvenir du néant ces hommes qui allaient porter quelquefois dans la retraite d'un cloître le goût des plaisirs mondains et toute l'ardeur des plus impérieuses passions.
D'après notre description , il est facile de saisir la différence qui existe entre la cité j^rerque et la cité du inuyen-àge. La physionomie d'une ville est eomme la physionomie d'un individu ; elle reflète les impressions de son Ame, ses coutumes, ses mœurs, son caractère , son génie. Marseille est un exemple irréfutable de cette vérité.
Dans la première période de son existence , tout est gloire pour elle! Cité libre , elle sort victorieuse des luttes où Ton menace son indépendance. Armée du flambeau de la civilisation , elle couvre son territoire et ses colonies de temples grecs, de palais , de cirques et d'académies. Ses rues sont belles et larges ; ses maisons basses, simples, commodes , et coquettes encore sous leur robe de chaume, sont le sanctuaire de l'hospitalité. La joie et le plaisir s'épanouissent à ses fêtes païennes. — D'oh vient que la jeune fille de Phocée est si pimpante, si allègre? D'oii vient que son visage est sans cesse illuminé du sourire du bonheur? — C'est que ses mœurs sont pures; c'est qu'elle vit sous le règne de la justice et de la liberté ; c'est qu'elle cultive les lettres et les arts qui développent
tiW HISTOIHE DE MARSEILLE.
1 iiUelhguiic^ , révèlent le génie et annoblissenl l àme! Voilà la cité des Grecs '
Dans la seconde période , — période de décadence et qui commence à la conquête de César , — la noble et fière cité semble ne plus vouloir survivre à sa défaite. Courbée sous la fatalité, qui pèse sur elle , elle s'énerve , s'abîme dans l'oubli de sa gloire , se dégrade, se corrompt, emportée par le torrent qui entraine rem pire Romain , abrutie par le contact des Barbares , et tombe elle-même peu à peu dans l'ignorance, d'où elle avait tiré les peuples de l'Armorique. Aussi la débauche morale art-elle sillonné ses joaes dérides profondes ; aussi son front, dépouillé de sa fraîche couronne, penche-t-il sous le joug de la servitude. Aux invasions, qui ont labouré ses flancs, succède le despotisme des seigneurs; et de cette puissante ville , qui jadis étendait au loin ses vigoureux rameaux comme un cbéne séculaire , il ne reste plus qu'un tronc entamé par la hache de la Barbarie. Indifférente désonnais au soin de sa parure , elle ne songe pas à rolever ses monuments de marbro et d'or ; elle a perdu le sentiment du beau. Absorbée par Famour du gain , elle entasse ses trésors dans ses coffres et se vautre dans la fange des jouissances matérielles. Un labyrinthe de rues sombres , étroites et sales , un amas de maisons en pans de bois noirci par les pluies et le temps, dont les pignons aigus laissent reluire l'arduise au soleil ; voilà la cité du moyen-âge !
Mais soudain elle se réveille avec le souvenir de son indépendance passée ; — en sondant l'abîme d'abaissement où elle est tombée, elle sent nmiiiii a son front la rougeur de la honte, et c'en est fait de l insoleni vasselage des vicomtes! Dès ce jour, Marseille entre , par la porte des révolutions , dans une troisième période ascensiuuuelle.
Digitizeo Ly ^
CUAPITBË XI.
IfiitilatMDB répuUicaiiiei de Marseille. — Son ofifloaune. — L^eode de Seint-Vîctor. — Fête de Saint-Victor. — Le livre rouge. Liberté, égdité, fiatoniité. — l r xntea
de Provence. — AlTranchiss» rnf>nt rommuncs provcDçales. — Arles. - \ — Avignon. — (irasse. — TaraM'on. — Brigoulcs. — Apt. — Reillane. -- Sai^noii. — Embrun. — Sisteroa. — Âlliaoce iti Marseillais el des Pisaos. — Le comte d'Empurias.
— Alliance de KaneiDe avec Nice. — La viUe Haote «e révolte et s^érifa en République. Ble feutre sous la dominatioD de l'évôque. — Marseille secourt Raymond vi , comte
de Toulonsc. — RaymoDd vu. — Dificrends onire Marseille ot l'al.Iiiiyo île Saint-Victor.
— Emînito po|Milairc. — Transartinn. — Lfs Albigeois. — AITcnnissi'iiictil de la République Marsetllaise. — Royntond et Hugues de liaux. — Marseille signe un traité aree Avigneo. — NenveOee prélentiona de Hognea de Baox. — Gheilas v et Béaliis.
— Statuts niarilinies. - Le cardinal Saint-Aoge. — Nouvelles contestations entre Marseille ot l'abbaye de Saint- Victor. — Les chanoinea de la Ikyor ; leurs désordres.
— M«eares répressives. — Grégoire a.
Ce n'ct.iit pas tout, pour Marseille, que d'avoir reconquis son indépendance; ce n'était pas tout quh force de sacnlKrs, de patience et de rus» . die eût dépouillé ses maîtres, lambeau par land)eau , d'une autorité — plus fictive que réelle ; car depuis la cession de leur seigneurie , les vicomtes , descendus au rang de simples citoyens , avaient de fait renoncé à l'exercice de leur suzeraineté. L'amour de Ja domination pouvait se réveillej dans leurs cœurs. Quelque nature, fortement trempée d'audace, pouvait essayer de ressaisir , par la violence , des droits arrachés par la violence. Il s'agissait donc d'asseoir la liberté sur des
bases sérieuses el solitks. Là gisait Ja dilîiculté. En eflel , (|iiul abîme immense le temps avait creusé entre la cité j)rifnitive et la cité du xiii' siècle! — Quel intervalle imoniinonsurable entre l'époque , où les enfants de PIkx cc foulaient le sol de la (jaule barbare , — et l'époque oii la Gaule civilisée pliait sous le despotisme des rois Francs , qui la morcelaient sans cesse et s en disputaient les membres déchirés et saignants ! Ainsi , quoique le pays méridional , définitivement séparé du Nord , fût rentré par la féodalité dans cette existence nationale dont il poursuivait le rêve depuis tant de siècles, il n'avait pas repris Tunité. D'où il résultait que l'Aquitaine avait, avec ses Comtes , tous les vices du gouvernement de Rome, moins la force créée par la centralisation du pouvoir. Dans un pays, ainsi divisé et si fréquemment soumis nu droit de la conquête , il n'y avait plus les éléments d'une République durable. Quelques velléités d'énergie , inspirées par de glorieux souvenirs , ne suffisaient pas pour arrêter longtemps cette puissance invisible qui pousse les peuples vers une destinée inévitable. Le réveil de Marseille à l'indépendance fut éclatant , sans doute. Elle prouva qu'elle n'avait pas désappris Tusage de la liberté. Elle étonna le monde par le spectacle de sa sagesse et de sa dignité. Mais c'était une proie trop riche, pour que l'ambition des grands feudataires la laissât s'échapper sans retour de sa rude étreinte. La révolution de 4 fut donc pour Marseille un rêve immense , un rêve sublime et malheureusement trop court ! Quoiqu'il en soit , ce fait , comme on le verra , eut des consé<piences immédiatement importantes. Après avoir rémii la Seigneurie à la Commune , le premier soin des habitants de la ville inférieure fut de fermer à jamais la porte des emplois publics à la race des vicomtes. Les membres du conseil municipal jurèrent par trois fois d'observer ce statut du nouveau pacte fondamental ; et tous les citoyens , sans distinction de ranj^ , s'associèrent à c^ ser-ment solennel , au milieu des fêles , qui vinrent inaucfurer le radieux affranebisscmcnt de la fière cité.
Cependant , pour l'organisation de leur gouvernement républicain, les Marseillais empruntèrent à l'Italie la déplorable inno> vation du podestariat. Ils avaient pour but de corriger quelques inconvénients de l'administration consulaire et de rendre l'autorité plus forte, en la concentrant, et ils compromirent la liberté.
DE MARSEILLE. i67
Vainement ils crurent prendre toutes les précautions nécessaires contre les alms d une magisli alure dictatoriale, en choisissant pour podestat uu étranger, et en limitant la durée de son pouvoir à un an et souvent même à six mois ; ils n en introduisirent pas moins au sein de leur société démocratique un élciuenl do despotisme qui devait rapidement en amener la di>.M)hiliuii.
Le podestat' recevait un traitement de l,ëO0 livres royales couronnées ( 23, iOO francs de notre monnaie) , et 37 livres ( 481 francs) pour le lo^'ement et le chauffage. Il avait sous ses ordres un lieutenant ou viguier, que les titres nomment vicaire, et trois syndics ou consuls qui devaient être, aux termes de la charte de leur institution, «probes, prudents, discrets et rigides observateurs de U loi , citoyens et habitants de la cité vicomtale de Marseille , et cependant étrangers à l'étude du droit. » En outre, il pouvait avoir un conseil privé, choisi, avec son concours , par les syndics , les clavaires et les six chefs de métiers. Le nombre des membres de ce conseil n*était pas limité.
Le viguier et les trois syndics recevaient chacun annuellement 20 livres royales couronnées ( 260 francs ) , pour la nourriture et l'entretien obligé de leur palefroi. Le magistrat suprême et ses subordonnés , ainsi que tous les officiers de Ymiversilé MarteiUaite , ne pouvaientaccepter le plus petit présent. Dans le principe, le podestat seul était autorisé à recevoir des chiens» des oiseaux de chasse et quelques objets bons à manger ou à boire, de la valeur de cinq sous. Le viguier eut plus tard la même faculté, mais pour des articles ne valant , au plus , que trois sous.
On créa un conseil de ville, appelé coNiei/ général , ef romposé de 89 membres, — dont 80 bourgeois, négoc i mts ui\ hmk liaïuls , 6 chefs de métiers et 3 docteurs en droit , choisis dans les six quartiers ou sixains de la cité. Pour être élu conseiller, il fallait — être citoyen Marseillais de la ville inférieure , — v avoir un domicile réel depuis cinq ans au moins sans intei ruption , — et posséder, à Marseille ou dans son territoire , 50 marcs d'argent
* L*histojre n*ê eootené le» noms que dm Podestats «pii oot goaTené MareMlle de 1^3 h (2^ ; ce sont : Reforcjat . Jacques Ciriavaris de Ornoo, Spiovs de Sontina, Hogoliii , Robertus , Marratius de Saiot-Naatre.
m HISTOIRE
fin* en biens meubles ou immeubles. Ce grand conseil , investi des pouvoirs les plus étendus , et renouyelé tous tes ans , discutait les questions législatives , et exerçait une haute surveillance sur tous les fonctionnaires , avec le droit de les destituer , s'il les prenait en défaut. Voici de quelle manière on procédait h sa formation : chaque année , le 29 octobre , les syndics , les clavaires', — nom qu'on donnait aux trois directeurs de la Trésorerie chargés des finances , — six chefs de métiers , et un notaire ciioisi par ces derniers, pour remplir les fonctions de secrétaire, s'assemhlaient S(»us la présidence du vip^uier. Après avoir juré sur l'Evangile « de ne consulter dans leur choix que l'amour du bien public ; de n'être guides ni par ramifié, ni par la haine, ni par la crainte , ni par l'envie, ni par aucun sentiment passionné; mais d clireen leur âme et conscience les meilleurs et les plus utiles, » ils désignaient , dans chacun des six quartiers de la ville, deux citoyens « probes et discrets. » Ce nouvel aréopage , composé de 1 2 membres , se réunissait sans retard sous la foi du même serment , pour élire soixante et onze citoyens , pris indistinctement dans tous les quartiers. Aces 83 conseillers se joignaient six chefs de métiers appelés, à tour de rôle , sur une liste de cent personnes , pour ne siéger qu'une semaine dans le conseil , avec les mêmes prérogatives que les autres membres. Les six chefs de métiers , qui concouraient à l'élection des douze premiers citoyens , étaient précisément ceux qui exerçaient leurs fonctions durant la semaine qui précède la Toussaint. Les réélections ne pouvaient avoir lieu qu'après un espace de trois années. Les conseillers devaient assister à toutes les séances du conseil , sous peine d'une amende de deux sous ( ^8 ou 3Q sous de notre monnaie ) , sauf les cas de légitime empêchement. Ceux, qui arrivaient pendant la séance , ne payaient que douze deniers. Tout membre , — convaincu d'avoir divulgué le secret d'une délibération, — était frappé d'exclusion. Enoutre, le coupable étnit condanméà une amende quivariaii suivant la gravité de 1 indiscrétion et de ses conséquences. Quoique les séances,
' Le marc d'argent valait environ 62 francs de noire monnaie.
* Les clavaires avaient le même traitement aouucl que tes syndics , à ta ctiarge , comme eux, d'entretenir un palerroi.
DE MABSE1LI.E. fi»
annoncées au sondes cloches, ne fussent point publiques, ie<onseil .iv iii le droit d y admt'llre qui bon lui sciublnit. Il n'y avait point lit; iribune, et chaque orateur pariait de sa [)lace. Aucun vote n'était secret. Le procès-verbal d<* la séance , rédigé par le nolaircsecrétaire , contenait les distussjuiis et leur résultat. Aprps I ndoiv tion d'une mesure quelconque, une commission , pri.se dans le svm du conseil , la transincllail au jjodeslat et veillait à son c\( cntion. Quand l'un des conseillers se trouvait directement ou indirectement intéressé dans les débats dune question, il avait toute liberté d'exposer ses raisons et .ses droits; puis, au moment du vole, il se retirait de la salle des séances.
Le conseil général nommait quelquefois des commissions spéciales , pour expédier certaines affaires , — comme , par exemple, pour régler, de concert avec les syndics, les clavaires et une autre commission de six chefs de métiers , le compte des dépenses faites par les ambassadeurs de la République ; — ou bien encore pour apurer les comptes des agents du trésor public et de Toflicier, ^irdien des dépôts et consignations.
Trou arcbivaires, ou secrétaires d'Etat , rédigeaient les actes du gouTemement, dressaient les procès-verbaux, avaient la garde des archives, apposaient les sceaux et les timbres. La salle des archives , dépendante de rHôtel-de-Yille , avait deux clefs ; — Tune était confiée aux arcbivaires ; Tautre restait à rHdteUde-Ville sous h responsabilité des syndics.
Six prud'hommes composaient une amirauté placée à la tète du département de la guerre et de la marine. Leur hôtel , situé sur le port, s appelait (/omws o^fit grMcrr«. Us avaient exclusivement la police et la diroclion de l'arsenal , ainsi que le soin d'entretenir (les pilotes pour guider les vaisseaux. Les magasins d'armes étaient dans la Maison Cohiimiiie et gacdés par un arclicr et un arbalétrier, sous la survcillaiici' de deux lulcudanLs qui prenaient le titre de gouverneurs des armes.
La République avait on outre des fonclionnairos subalternes. C'étaient : les censeurs de la curie; les iirbitros; deux prud'hommes préposés pour lemesurage et la vente des draps ; un héraut public; deux inspecteurs des chemins publics ; un gardien des dépôts ,
cautionnements et consignations ; douze intendants chargés
170 HI8T0IBE
d'assurer les approvisionn^ents et les subsistances , de surveiller la vente et le poids des comestibles , « parce qu'il est bon , dit le statut, qu'une police sévère l éprinie ceux qui ne sont pas détournés (lu mal parla crainte de Dieu; » — eiifm quatre inteinlaiU^ pnur la vente de la farine et du pain ; car tous les boulanî^er» juraient une fois par an de ne vendre que du pain l)ien fait et bien cuit.
L'élection du podestat , du viguier, des juges, des syndics, des clavaires et de tous les magistrats et officiers de l'université , avait lieu de la manière s^li^ aiite :
Dès qu'ils avaient nommé leurs 71 collègues, les 12 premiers conseillers choisissaient , séance tenante, sept électeurs , savoir : trois parmi ces 71 , et quatre parmi les cent cbefs de métiers. Ces sept électeurs, immédiatement réunis, prêtaient serment, et, après la retraite des douze , étaient enfermés et gardés à vue , avec un notaire désigné par les cbefs de métiers , dans une salle de l'Hôtelde-Ville , de façon qu'ils n'eussent aucune ronmiunication avec le dehors. Alors, cette espèce de conclave élisait les grands officiers et les magistrats; le notaire en faisait une liste, aussitôt close et scellée par lui , ainsi que par trois électeurs , et tenue secrète jusqu'à la Toussaint, jour où Ton piuclamait les noms des élus dans la séanoe d'ouverture du conseil général.
Tous ces fonctionnaires publics, renouvelés tous les ans, n'étaient rééligibles qu'après une année d'intervalle. Ils ne pouvaient cumuler deux emplois, à l'exception des membres do grand conseil et des chefs de métiers.
Les cent diefs de métiers étaient également nommés annuellement, du %k au 30 juin, par leurs corporations respectives. Nul ne devait aspirer k cet honneur , s'il n'était citoyen îfarseillais de la ville basse ; s'il n'y avait un domicile réel de trois années consécutives ; et s'il ne possédait au moins une livre royale couronnée. II fallait aussi une année d'intervalle pour leur réélection. Ces cbefs avaient la police des rues et des eiahlissements publics ; ils juraient sur l'évangile de défendre et de garder de bonne foi les droits et les lilterlés de VUinuersité , de révéler sur le champ les complots qu'ils découvriraient.
Ces institutions, essentiellement démocratiques à îa !>nse , avaient pour couronne , à leur sommet, la souveraineté populaire ,
DE MAIISEILLE. J71
maintenue intacte par la création d'un*^ assemblée générale , espèce de parlement , où tous les citoyens de la ville inférieure , jouissiml de leurs droits civils , étaient admis indistinctement. Appelé d une iaçon aussi directe à prendre part à l'administration de ses aflfaires, le peuple prononçait en dernier ressort sur les questions d'une haute importance. Lui seul avait le droit de déclarer la guerre ou d'accepter la paix , et de conclure des traités de commerce et d'alliance ; lui seul sauctionnait ou rejetait les décisions du grand conseil. C'est dans un vaste ossuaire et devant l'église des Accoules que se tenaient ces assemblées imposantes, qui empruntaient à la sévérité lugubre de ce forum, orné de tombeaux antiques, uncaraotère de grave et religieuse solennité. Quand l'heure était venue de convoquer ce parlement redoutable , les cloches sonnaient à toute volée , et l'on voyait les corporations défiler processionnellement , bannière en téte , à travers les rues de la ville basse et se ranger avec recueillement dans le sanctuaire fiinèbre tout à coup transformé en tribunal suprtoe.
Assurément, la République Marseillaise du moyen-àge eut en tous points réalisé le rêve sublime d un gouvernement pour le peuple et par le peuple , si , au milieu de toutes les garanties de liberté qu'elle av.JÏt inscrites dans ses codes , elle n'avait pas introduit, comme principe di&.solvant, la dictature du podestat. Et en effet, elle avait bien le sentiment profond de celle contradiction , quand elle s'efforçait d'enchamer cette baute magistrature dans les luiiiti s étroites de ses devoirs ; quand elle croyait avoir prévu toute tentative d'usurpation , en limitant la durée de ses fonctions, eu lui imposant l'obligation d un double serment ; quand elle entourait son avènement au pouvoir de ces précautions solennelles et multipliées qu'on retrouve à toutes les époques où le peuple se donne un maître , et dont le maître ne se souvient que pour en railler le souvenir.
Le jour de l'installation de chaque podestat , une cérémonie pleine de grandeur mettait toute la ville en émoi. Le conseil général et les chefs de métiers se réunissaient dans la Salle Verte de l'Hôtel-de-Ville , et le premier magistrat comparaissait devant eux,
pour pi'ôler serment sur les sainls évangiles' . Il jurait «de respecler la'liherté Marseillaise ; de ne gouverner que suivant les lois de la République ; de se conformer à la volonté du conseil et à celle du peuple; de veiller à ce que les services l'administration fussent faits avec régularité. » Il promettait protection non seulement aux citoyens , mais encore aux étrange rs et aux marchands qui venaient à Marseille par mer ou parterre. Il s engageait à maintenir l'impartiaiité de la justice , à ne point divulguer les secrets de l'Etat , à expulser les hérétiques de la commune et de son territoire , — à préserver de tout son pouvoir la République des complots attentatoires à son honneur, à son intérêt , à son indépendance. Il jurait enfin de n'ouvrir et de ne lire qu en présence des syndics , des clavaires et des chefs de corporations , les lettres et les dépêches qui seraient personnellement à son adresse ou à celle du conseil ; de ne rien écrire lui-même è qui que ce fût , touchant les affaires publiques, qu'avec la participation des mêmes fonctionnaires.
De la salle Verte , le podestat et le cortège des syndics et des grands officiers passaient ensuite sur le balcon de rH6teI-de-Yille*,
* ■ A cette époque, il D*y avait pas <le aenneot* saos rattoocbenant dea finea saiob. Uaoliqùié avait tiaïuiiiis eet usage. Le» juifs juraient sur ta livre de la loi eo le touchaot
avec la main, l-es grecs et les romains juraienl en toucliant les autels ou 1rs images de leurs Dieux: Ttinge aram Vntn-i^ . per Venerem fibi jurandum , ditl'laiite. Selon Marculfe, les rois euvoyaieut, de son lenip.s , parles provinces , par les «lit» Cl les bourgades, des reliques de ssmts, sur lesqoeUes les peuples leur prêtaient le semmt dafidélildu ( Lib^ I. fomaûar, cap. xL. )»
' L*Hôtel-<!e-Vil!e ëtail situé, alors, sur remplacetneot où s*élëve aujcrardliui la dtapeDe du Saint-Esprit , et prorhe flp l'Hntpl-Oipii , nn [>las anciens hospic»s de France.
Cet hospice fut fondé, en 1 188, par des religieux de l'ordre hospitalier du Saiol-Iilspnt, ciiibli à Montpellier en 1 180. A leur arrivée k Marseille , ces rclij^ieux achetirait deTafabaye dé Saint>Sauveur une maison où ils accueillirent les malades et les enibots trouvé*. L'iosuC- (isanee de cet asile exigea des agrandissemcals. Uo citoyOD , nommé tto&pinel ou Hozimel » donim ?» cette intention , en dt'cemlire 1 18f^ , «ne mnison contiguë à la première. Barrai , vicomte de Marseille , avait accordé un privilège à l'hôpital du Saiot-Esprit ; Hugues de Banxs*eo déclara le prolecteur en 1811, L*étaUissenieni était précédeounent dirigé par la commandant des ftdres du Saint-Esprit Les conmumdeursperdtrentcelte jurididioo, et, au commencement du xiv« siècle , radministiation de l*hospice échut à des recteors MUiiéa par le viguicr près du conseil de ville.
Au commcucement du xvii' siècle , les recteurs des hôpitaux du Saiot-lisprit et de Saint- J<ie(|ues de («alice disiribuaieol encore , tous les vendredis , le revenu d'une rente créée, eo 13!)!, par Julien Casaulx, marchand de Marseille.
UK .MARSKIIXt. 173
et le peuple , groupé , serré entre les tombes du ciineliei e des Aceoules , le peuple qui tout à l'heure faisait retentir de ses bniyantcs çlameurs les échos de cet asile où reposait la cendre de ses ancêtres, le peuple accueillait, avec la majesté silencieuse d*ua souverain , le nouveau dépositaire de sa puissance. Les bannières s'inclinaient pour saluer le chef de la République ; quand il avait répété le môme serment , la main toujours étendue sur l evangile, les bannières s'inclinaient encore ; de longues et patriotiques acclamations montaient au ciel , et le peuple , ivre de joie et d'orgueil , se dispersait dans la ville revêtue de sa plus belle parure , pour célébrer l'heureux anniversaire de son triomphe.
A Texpiration de son mandat » le podestat devait rester quinze jours & Marseille , afin de rendre compte de sa dictature et répondre aux plaintes qu'on pourrait avoir à formuler contre lui , pour malversation ou pour dettes. — Les statuts appelaient cela : /htre
syndicat,
La justice était rendue publiquement et gratuitement devant la
porte de l'église des Aceoules.' Il v avait deux degrés de juridiction. Le juge de première instance avait le titre de juge ordinaire , * t le juge d'appel celui dL'juije-mn(je. Êluspourun an et rééiigibies ajuès une année d'intervalle, ils recevaient un salaire de 00 livres royales couronnées (780 francs de notre rintmiaiol. Les plaideurs ne pouvait iil procéflcr qu'avec le ministère d'un jirocureur ; lequel devait , dans cli.Hjiip procès, jurer sur révaiii;il( et d»'vant le jui^'c ' d agir sans fraude, de no calomnier personne, de nerientau'c et de ru rien dire qui pùl icser les droits de leurs clients. » Parjure » on l'cxpul-
L*HM«1-Diea ne emnpNinH d'abord que plusiwm mnsoDs placées sur la ne dn Saintr Esprit. La recoostructioo des ancieDoes bfttisset de TédiDce actud date de 1583. Lapre* mïhc pierre en fut posée le 8 septembre de la même aimée, par Lods d*Aix et Onilea
Casauix.
Guillaume du Voir légua à cet hôpital la somme de 36,000 livres , à condition qae les pannes de cette anisoii prommceiaiesl une fois par jour, dans leurs prièros , lea moto : t MtufisMte tnifériforde à GuUtaimu du Vair, •
' Vers l'année î 400, la justice était rendue dans l'hôpital du Saint-Espril. En t565, le palais était peu de chose, et m pari|uet fut hî\ù par les soins de Câlin , lieutenant rivil cl criminel. Peu de temps après , ie palais lut ach<:vé. Sur les ruines de cet édifice , qu'os démoBt ea 1745 , Ja couunune fit construire le palais acluol , et , pendant ce temps , oo mosporta les tribimaux dans rancicn bdicl de Jareole , nie de la MisériaMde.
174 HISTOIBB
sait Miilignement du sanctuaire de la jushce , et son nom , inscrit à l'HôteI-(lc- Ville, était pour toujours couvert d'opprobre et d i^notiiinie.
Les Iéj;islaleurs répulilicains avaient complété ce code judiciaire en réglant avec une t.agc prévoyance la profession de l'avocat et celle du notaire. Tout avocat devait le concours de son talent à la commune. Il jurait de ne rien exiger au-delà du salaire fixé par la loi, suivant l'objet et l'importance du litige. U défendait le faible et le pauvre contre le fort et le riche. Si le juge déclarait formellement qu'un avocat avait perdu son procès par sa faute , non seulement celui-ci n'avait droit à aucune indemnité, mais il fallait qu'il restituât, dans les dix jours du jugement , ce qu'il avait déjà re^. Pour être notaire, la loi exigeait que le candidat eût vingt-trois ans au moins et des mceurs irréprochables; qu'il fût citoyen Marseillais de la ville basse , et qu'il possédât , en outre des oonconnaissances spéciales de son état , les notions essentielles de la grammaire et des belles^lettres. La charge de greffier auprès des tribunaux , annuelle comme toutes les autres , était remplie par des notaires, et leur valait un émolument de 12 livres royales couronnées ( 1 56 francs de notre monnaie). Celui d'entre eux , qui avait mission de recevoir les enquêtes , avait 1 5 livres (495 francs).
Les citoyens , qui occupaient des emplois publics dans la ville haute , sans Tautorisation du conseil général v étaient passibles d'une amende de 1 00 marcs d'argent , et exclus , pour dix ans , de toutes charges et emplois dans la ville basse. 1^ simonie était sévèrement pnnie. Celui (jui , sous n'importe quel prétexte , avait donné de 1 argent pour obtenir un emploi, était privé, pendant dix années , de ses droits politiques , et payait une amende de 20 livres royales couronnées (2G0 francs). Celui qui avait accepté l'argent, était condamné à une amende double de la suiuiue reçue.
Une fois redevenue République souveraine , Marseille arbora , sur ses vaisseaux , son pavillon blanc à la croix bleue ; — privilégie qu'elle devait conserver d'ailleurs sous la domination de Charles d Anjou , comte de Provence. Elle avait , en outre , — à l'exemple des autres Etats libres, — son oriflamme particulière en soie rouge et découpée à pannonceaux. Or, comme il était de règle de mettre la principale enseigne militaire sous la protection de
qudque saint , les BlurseUlau choisirent celle de Saintr-Victor « qui réunissait, dit Ruffi , à la qualité de martyr et de militaire , celle de citoyen de la ville. Le saint fut représenté sur Toriflamme en cavalier armé de toutes pièces , avec les armoiries de Marseille sur son écu, et foulant aux pieds te dragon des abîmes. » D*oti est venue cette naive légende , toute empreinte de la couleur païenne : — que « Vteftw* tua un fameua dragon , monstre amphibie , qui se réfugiait dans un marais situé au quartier de Rive-Neuve. • Le sceau delà nouvelle Hépublique portait la même effigie et cette devise : MoisUiam vcre Victor civcsquc lucre. On voit encore l'une et l'autre sur la principale porto de l'ép^lise abbatiale , érigée en l'bonneui dvi courageux martyr. L'orillainnic Marseillaise était déposée dans cette église; et, lorsqu'une expédition niiiitaiic ne la détenait pas ailleurs , on la portail à la procession , îe Jom où l'on célébrait la fêle du saint protecteur. C'était avec raison un iionneur insigne, pour un preux clirvalier, que de voir confier à son courage , pendant la guerre , l etendai'd de la nation. Aussi revenait-il généralement à la noblesse Marseillaise. On élisait annuellement un capitaine qui ne se séparait jamais de ce précieux dépôt , même à la procession, dont nous avons parlé. Le capitaine, armé de toutes pièces , venait se poster devant Téglise de Saint-Jean de Jérusalem , située au bout du port , à l'emplacement où se trouve aujourd'hui la chapelle du fort Saint-Jean. Les religieux de Saint- Victor en chapes précédaient la châsse du martyr que portaient douie diacres , revêtus de leurs aubes et de leurs dalmatiques , tenuit des palmes à la main , et couronnés de chapeaux de fleurs. Cette procession traversait le port sur un pont de bateaux, construit sous la direction des prud^hommes , couvert de riches étoffes, et au milieu duquel les reliques du saint, un instant placées sur un trône magnifique , étaient saluées par les équipages de tous les navires. Après cette courte station , elle débarquait è Tendroit oh le cavalier était posté. Là , les prud'hommes saluaient aussi la châsse de Saint-Victor avec de longues et larges épées , au son des docbe8(a(l sonwn campanarum ) , au roulement des tambours , au bruit des fanfares et des cantiques religieux , dont le concert s'élevait jusqu'à Dieu dans des nuages d encens. — Le cavalier s'agenouillait devant le prieur de l'abbaye qui le bénissait et lui remettait
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roriflâmme. Alors il montait sur un cfaeval ricbementhaniaché avec des caparaçons de damas blanc semé de croix en taffetas bleu , aux armoiries du monastère , qui étaient d'azur à quatre bâtons en sautoir pommetés d*or ; le tout surmonté de l'écu de Marseille. Puis , avec un cortège de pages et de valets de pied à ses couleurs, il suivait la procession à laquelle se joignaient le clergé , les autres corps religieux , les syndics en robe rouge el les principaux magistrats. Les rues, où celle procession passait, c la ieul décorées de tentures et de drapeaux, jonchées de fleurs et d'herbes odoriféran> tes. Elle s'arrêtait à diverses reprises, et, pendant ces panses, le cavalier faisait plusieurs courses dans les principaux quartiers. A la fia de l;i journée , le cavalier remettait l oriHamme entre les mains des iiiomes qui lui donnaient un spleiidide repas. Celle cérémonie devcnriit coûteuse à la coiiiniuiiaule de Marseille et au capitaine. Klie engageait, en outre , ce dernier à exécuter une autre cérémonie dite du Guet de la Veille de Saint-Lazare, qui avait lieu à la lueur des torches, et dans laquelle le cavalier paraissait , avec ses serviteurs, richement vêtu en costume ancien, avec des habits de soie enricliis de dorure. Cette dépense excessive fit interrompre , en 1 008 , Tusage d'élire un capitaine pour porter Toriflamme de Marseille. Un registre des délibérations de la ville , de l'année \ 528 , nous confirme que cette bannière était bien son étendard. Voici les propres termes qui y sont insérés en langue provençale : « Noble François d*Alberlui fora courre l'Eittndar de (aeimUttt de Maneilho, hujcur de la fnto de San Vitou prœhana , vénent à Vkounour deldit San el de la eioutat, coumme es de bouna cautluma. C'est à dire : noble François dAlbertas fera courir rétendard de la ville de Narseille , le jour de la féte prochaine de Saint-Victor , à Thonneur de ce saint et de la ville , comme il est de bonne coutume. »
Après une interruption , dont nous ne connaissons pas la durée, cette cérémonie fut renouvelée mais sans éclat. On supprima la procession. Le noble chevalier fut remplacé par un domestiqui? de rHùtel-de-Villc , qui se rendait, la veille de la fête, à la petite chapelle de Saint-Vitiui , où un prêtre de l'abbaye lui donnait la bénédiction. 11 parlait de là cl allait exécuter les courses sans aucune suite. « Enfin , l intrigue parvint à faire totalement abolir cet usage.
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En I7i7, un auteur, sous un nom pcspectable, avança que Victor n'avait jamais été militaire, mais hmn évêque. La course du cavalier conservait une tradition opposée à son système. Il tenait à un corps dont la puissance étaif alo/ s presque sans limites ; il lui fut aisé fie faire supprimer cette cérémonie en !7o0 par la corn-, plaisance des administrateurs de la communauté, (almanaui histo-