CHAPITRE VIII
Situation religieuse, sociale et lillérairc de Marseille aux vii«, yiu« cl ix*" siî cics — InloltVaiice do dei^gé Marseillais. — Lettre de Grégoire-lc-Grand à Théodore. — bcTénus i'iconociaile.
— Lelli« àb GvëgoifeàSérénoi. » Edifice» rd^^tn. — Les nMWgir* èmiiiiionii*
— InfloeuM dca éféqim dans le gooTememeDt de Haiseille. — Privilèges de rdibaye de Saint-Victor. — Décadence littéraire. — Transfoniiation do la langue. — Alliances de Marseille avec les villes niaritirni s irifalie et d'Espagne. — Kfat de l,i $onM6. — La servitude à Marseille. — Uosoo détend son usurpation contre les i^iides des tibt de Loa»-fe-Bègue. ~ Louis^Aveiifle. — Gheriei Constantin. Invasioa des Hoograte «n Provence.^ Hogoes, couronné roi dltelw.— BoMm W, comte d'Aries.— Hugues nenrt dans un moaaaière.
Hetuuriîoiis un moment sur nos pas , pour examiner h situahmi li lij^ieiise, sociale et littéraire de Marseille , peudautles vii'^ viii* et
n' siÏM'les.
A peine victorieuse du polythéisme-, si piofondf'mpFTf miaciné dans le sol gaulois, que laristorratie lui restait lidele \r.iv tradition, et la plèbe par ignorance , — l l'^glise ealijoiique eoniltatlait, d'une part, la doctrine tlWrius , qui avait rinconvénient de tarir à sa source la foi populaire , en niant la divinité de Jésus , — et de 1 autre, luttait contre ceux qui auraient désiré que le Christianisme empruntât moins aux formes extérieures du culte vaincu. Ceuxlà De rénéchissaient pas que , — si un culte tout moral , tout philosophique pouvait se contenter de sa simplicité originelle
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pour un petit nombre de croyans éclairés , — il devait la perdre nécessairement au milieu des masses encore imbues des idées païennes. U y eut donc prévoyance à faire tourner , au protit de la religion nouvelle, les vieux abus du Paganisme , obstinément retranché dans les campagnes. Par les mêmes raisons , l'homme, habitué à consulter les oracles, ne voulut pas renoncer à l'intervention de la Divinité - dès-lors, il demanda des prodiges, non plus aux autels arrosés du sang des victimes , non plus an gui du chêne tombant sous la faucille d'or , mais aux tombeaux des premiers martyrs du Christianisme. De là les miracles, — qui se trouvent mêlÀ et se lient à l'hérésie , aux incidents divers de l'invasion des Francs , seul peuple vraiment catholique de la Gaule , — et que Grégoire de Tours nous raconte avec une naïve fidélité.
Ibrseille se ressentait particulièrement de cette tendance générale des esprits. Marseille était la porte par laquelle la civilisation était entrée dans l'Aquitaine avec le culte poétique des Dieux de la Grèce. Elle devait tenir plus longtemps à ses traditions primitives. Si l'on ajoute k cet amour profond pour les croyances de ses pères , le fanatisme du clergé local , on se rendra facilement compte des résistances opiniâtres que le peuple opposait à la foi chrétienne. Oublieux des cruelles persécutions auxquelles avaient été en batte ses premiers apôtres , le clergé Marseillais déployait une rigueur sans égale contre les Juifs qui refusaient de se convertir. Grégoirele-Grand , hoiunie de haute raison , essaya de ramener le zèle aveugle des prêtres de ce diocèse dans les voies de la tolérance. « Je crois , éerivait-il à l'évêque Théodore , le 9 juin 591 , je crois rinlentionde ceux, qui les ont baptisés, digue de louange; mais je crains que, si elle n'est pas réglée par TEvaiigile , elle ne soit sans récompense et ne nuise niênle au salut des âmes que nous voulons sauver. Ceux qui viennent au baptême par nécessité , et non par conviction , retournent à leur prenner culte , et ce qui paraissait les avoir fait renaître , leur cause une mort plus funeste. Que ce soit plutôt l'onction du prédicateur, que tout autre c hose, qui leur fasse désirer de changer de vie. Ainsi , par vos fréquentes exhortations, en méritant pour vous-même d'amples récompenses, vous leur procurerez, avec la grâce de Dieu, une existence nouvelle dans les eaux salutaires de la régénération. »
En succédant, la même année » à Théodore ' » 8ur le siège épiscopal , Sérénus Ait à son lour entraîné , pw Texagération de son lèle , dans ses tentatÎTes pour eflkcer les derniers vestiges de ridolàtrie. Uadoretion des saintes images semblait n'être, aux yeux du saint prélat , qu'un reflet vivaee du Paganisme. Pénétré de cette idée, il s avisa d'en ordonner la destruction. Cet acte d'imprévoyance fui cause de scènes scandaleuses, et les chrétiens et le clergé se divisèrent en deux partis. Grégoire , instruit de ces faits , écrivit à Sérénus une lettre, où. tout m rendant hommage à la pureté de ses intentions, il lui repu i li;iit 1 iiii[)ru(lente mesure qui avait SMviU ve tant de colères. L'évèque s imagina ou voulut bien s iniaginer (jue cette lettre était l'œuvre de l'ahbé Cyriaque , qui la lui avait remise, et ne tint nul compte des conseils dn pontife. 11 en reçut une seconde , où cette fois Grégoire formulait un blâme plus sévère , jusf ifié par l'injurieuse incrédulité du prélat. «Dites-moi , mon frère , terminait le saint Père , avez-vous jamais ouï dire qu'un évêque eût agi comme vous l avez fait? Nous vous exhortons d être attentif à vos devoirs , de vous défaire de cet esprit de présomption qui a été votre mobile , et d'employer toutes les voies de la douceur paternelle pour rappeler au plus tôt h vous, ceux que vous savez s'en être séparés. Oui, il faut rassembler les enfants de l'Ëglise , il faut les convaincre , par l'autorité de l'Ecriture sainte, qu'il n'est permis d'adorer aucun des ouvrages des hommes , parce qu'il est écrit : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu , et vous ne servirez que lui. Il faut ajouter que les images ont été employées pour Tédification du peuple ignorant , afin que ceax qui ne savent pas lire , puissent , en voyant les histoires représenté^, aj^rendre ce qui 8*est passé autrefois. Regagnez les esprits en les adoucissant. Si quelqu'un veut avoir des images , ne le défendez en aucune manière ; mais mettez tout en usage pour empêcher l'adoration. Encore une fois , apprenez aux peuples que ce n'est que devant Dieu qu'ils doivent se prosterner humblement. Cest mon zèle pour la gloire de l'Eglise qui m'engage à vous parler de la sorte (600). » En 60f , Sérénus alla porter au pied du pontife le témoignage de son repentir; et, à son retour de Rome , il mourut
' Le martyrologe de l'Eglise Gallicane a placé cet évéquc au rang des Saints.
m HISTOIRE
dans un monastère de Btenderat, petite ville à huit milles de Veroeil . Quoique l'Eglise de Marseille jouit d'une paix profonde sous la protection des rois d'Âustrasie , le siège épiscopal paraît avoir été vacant depuis la mort de Sérénus, l'iconoclaste , jusqu'en 683 ; car à cette époque seulement recommence la liste des chefe de ce diocèse, dont le dixième , — Tévéque Léodoin , — concourut , comme on l'a vu , à l'élection de rusui-paleur Boson , au concile de Mantaille.
Cependant le Catholicisme , dans sa lutte avec le passé , ne négligeait aueun moyen de fortifier son action morale et d assurer sa domination. Non seulement il empruntait à la civilisation éteinte la plupart de ses éléments pour féconder la civilisation non \ elle ; — mais , tirant un habile parti du bouleversement des invasions , il se servait des matériaux de la grande ruine romaine , pour reconstruire la société moderne ; tant il est vrai que « rien ne se perd dans le monde moral, pas plus (jue dans le monde plivsiquc. » Ainsi, sur les débris des monumcTii^ pnïfiis, s'élevèrent les édifices destinés à symboliser, aux yeux des hommes, l'idée chrétienne. Pleine d'un reconnaissant et pieux souvenir, 1 Eglise honora d abord la mémoire de ses premiers athlètes. A Marseille le temple de Diane s'était converti en basilique nommée Major, — la plus belle ; et partout un ordre secondaire d'édifices religieux constatait les progrès et le triomphe de l'Evangile. Les voyages des messagers dominicaux , institution importée par les Francs, révèlent combien ces progrès étaient déjà sensibles au commencement du ix' siècle, si Ton en juge par le récit de l'évèque Tbéodulfe : « Notre tournée, disait-il , s'acheva enfin par Marseille , Aix et Gavaillon , où nous fûmes forcés de rester, ne pouvant aller dans les autres villes pour divers motifs. Toutes les populations se rendaient en foule auprès de nous. Hommes , femmes , enfants , vieillards , jeunes filles se pressaient sur nos pas , chargés de présents , et persuadés qu'il suffisait de les offrir pour avoir gain de cause. »
Sous la domination des Francs , Marseille , — surtout la ville basse, — avait ses statuts particuliers et le même régime municipal que sous les Goths et les Boui^ignons. Mais l'influence du clergé dut y introduire des modifications. Les évéques, exempts des excès qu'on reprochait aux ministres du Paganisme , surent d'adord se concilier la confiance du peuple , j)uis celle du souverain. Le peuple
aimait à recourir à leur juridiction , et les empereurs leur permirent (l'examiner les jugements rendus par les tribunaux laïques , d'en suspendre l'exécution et de les réformer. Sans danger , tant qu'il fut régie par la religion , ce pouvoir donnait aux chefs du clergé un crédit , dont 1 ambition et l'intrigue profitèrent , et que l'ignoranee augmenta. Aussi siégeaient-ils dans le conseil miiiii( ijial et prenaient-ils une part active au gouvernement de la ville — ^ Ils avaient leurs vidâmes ou avoués , charges de toutes les affaires du iliorèse. D'abord pris dans les rangs du peuple , ces vidâmes furent ensuite choisis dans une sphère élevée , quand ils cumulèrent les fontions d avocat et de juge avec celles d intendant.
 côté de l'autorité des évéques , il faut placer celle des abbés de Saint-Victor, due à l'immensité de leurs richesses, et cause fréquente de conflits dans l'administration temporelle de Marseille. Cette abbaye , qui avait substitué aux régies monastiques de Cassien , celles de Saint-Benoît , seules en vigueur dans tous les monastères , jouissait de prérogatives très étendues. Les agents du gouvernement ne pouvaient exiger d'elle ni amendes , ni frais de procès. Les troupes et les officiers du prince n'y étaient jamais logés. Elle était exempte de toute contribution » de toute diai^ , de toute caution en jugement. On lui avait accordé le droit d'ancragte et de douane de la ville , pour le luminaire de Téglise. Enfin , elle était placée sous la protection spéciale de l'Empereiur. Sur la demande de Théodebert, évéque de Marseille , tous ces privilèges lurent confirmés en vertu de lettres patentes datées d'Aix-la- Chapelle , et accordées par Lothaire , la première année de son règne en France , et la huitième en Italie. En 844 , on voulut contester au monastère de Saint-Victor le droit d'ancrage et de douane , appelé Table de la Mer. L'aiTaire fut plaidée , en audience publique , à Cadarose ( Derre sur l'étang de Berre), et le monastère gagna son procès.
Sous le poiutde vue des Lettres , la gloire de Marseille pâlit tout à coup au V* siècle ; et . â partir du vi* , le mouvement littéraire s'arrête entièrement. Pas un lutnnne de mérite ne surgit de ses écoles envahies par l'enscii^iK mont religieux. Le sentiment de la
belle poésie s'efl'ace , et 1 on compte autant de fautes d'orthographe
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et de grain liia ire que de syllabes dans répitaplie de l abbesse Kusébie. Il faut attribuer cette décadence intellectuelle aux révolulions (|ui (l»hruisircnt le goût des études , et tiiiu t itt par sahtitiluer à la langue des (jrces Phocéens, un amalgame d idiùmes étrangers. «La langue, dit judicieusement Papou, n'est que l'expression naïve du earnetère nfttionnl. Elle se polit , s'annoblit , s'énerve ou s'altère, suivant qu un peuple approche de sa grandeur ou de sa décadence. » Là est toute I histoire littéraire de Marseille. Cette ville conserva longtemps la pureté de son idiome primitif , de ce dialecte harmonieux , que les tribus du voisinage avaient st rapidement appris. Strabon nous atteste qu'il y était encore en usage de son vivant; et Saint-Jérôme rapporte, sur l'autorité de Varron , qu'au commencement du v« siècle , on y parlait le grec , le latin , et le gaulois. Ën effet , les Romains avaient entrepris de donner leur langue, avec leurs lois, aux peuples qu'ils soumirent. Mais le temps leur manqua pour Venir à bout d'un si vaste projet. Le latin régna dans la Gaule méridionale jusqu'à l'arrivée des hordes du Nord. L'administration civile et militaire, la religion, les patriciens ne connaissaient pas d'autre langue. Quand le gouvernement impérial s'écroula devant les Barbares , la langue latine reçut une partie du choc et fut ébranlée.
Marseille continua de se servir du dialecte ionien dans les actes publics et privés jusque vers le milieu du iv* aède. — A cette époque , le latin y devint la langue écrite et dominante. On n'y trouve plus alors que des écrivains latins ; que des professeurs de grammaire et de rhétorique latines. Corvinus et Marins Victor , les derniers connus de ces professeurs , qui llorissaient vers 430 , enseignèrent et écrivirent tous les deux en latin. Cependant , à côté du lanj^age élégant de Rome , à 1 usage des hautes classes , se créa un idiome bâtard, compose dos débris de l'inu irn celte et celtihère, et du grec mêlé aux loeulions latines ordiiiaires ; — lequel idiome , assez fortement marqué de Tenipreinte romaine , fut d'abord exclusivement la langue du j»( ujile. L invasion et l'établissement des Goths et des Bour^aii^ri >ns en favorisèrent les progrès ; les classes élevées l'adoptèrent , et on l'appela Romanoprovençale. Le premier mot de cette définition caractérise la langue par sa couleur néo-romaine , en indiquant la prédominance de
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l eiéaient latin. Le second résume Tainalganie des divers idiômes de la Gauie méridionaie , — dans lequel le grec entre pour une bonne part.
La langue romane , oommiioe à tous les peuples , que le gouveiv nement impérial avait englobés dans sa vaste circonscription , était vulgaire à Marseille dans le vi* siècle. Les Francs ne cherchèrent point à introduire leur langage dans les Gaules ; et pourtant , peu de temps après leur installation , le dialecte celtique fit place k la langue francique ou tudesque dans le Nord ; la romane régna seule dans les provinces méridionales ; la Loire parait avoir tiré originairement la ligne de démarcation entre les deux langues ; mais la romane, en se fondant avec la tudesque , qu'elle absorba , acquit une sorte d universalilc , dans le Midi, sous le nom définitif de Langue Provençale.
Sous les rois Francs , Marseille ii avait pas cesse de se gouverner elle-iiit'iiic par des magistrats de son choix, malfrrc l'usurpation ecclebiaï.tique et féodale qui s'efforçait d ancanlir sa liberté. Elle était redevenue l'uii des plus hrillants marchés du monde, et ses nombreux vaisseaux sillonnaient de noiive;ui toutes les mers. Unie, par des traités, aux villes maritimes d'Italie et d Ëspagne , elle constituait , — avec Gênes , Pise , Barcelonne , Nice , Grasse, Ampurias et Mimes , — un groupe républicain , dont l'influence et l'organisation constataient les progrès de l'esprit humain. La société pouvait alors se diviser en trois classes libres : ^ le clergé , comprenant les évèques , les clercs et les moines ; — l'administration enfermant , dans son double cadre militaire et civil , les généraux ou Ducs , les gardiens des Marches ou JforçfiNs , les magistrats supérieurs des villes et les commandants de troupes ou Cmniei , suivis de cette multitude d'officiers subalternes , que nous avons déjà désignés sous le nom de vicaires , juges , vidâmes , prévéts , échevins , centeniers, dizeniers ; — et enfin le peuple , composé des habitants des cités ou des bourgs encore en possession du droit municipal. Tout-à-fait au-dessous de ces trois couches sociales végétait misérablement la classe esclave , aussi nombreuse à elle seule que les trois premières. Séparée en deux catégories , — elle grouillait dans les villes et les campagnes.
HISTUltlK
À elle revenait la tâche pénible de labourer et de féconder le sol de ses sueurs au profit de Toisiveté de ses maitres. Vers 680 , Saint- Bonnet , préfet de Marseille , défendit de vendre les hommes à Tencan , et de les punir de l'exil ou de la captivité ; il eut même la générosité de racheter le plus d'eBclaves qu'il lui fut possible. Mais la servitude n'en subsista pas moins , longtemps après lui. Sous les indignes descendants de Charlemagne , tous les monastères de MarseiUe avaient des esclaves. II y en eut un nombre considérable dans les abbayes de Saint-Victor et de Saint-Sauveur, c Naitre pour travailler, vivre pour souffrir, mourir à la peine, Tesdave n'avait pas d'autre destinée ! » Tout le ferdeau de la vie pesait sur ses épaules , sans qu'il se trouvât au fond du calice une Ijoutte raflratchissante pour ses lèvres altérées. En vain le Rédempteur était venu proclamer le principe de Téquité fraternelle, l'esclave n'avait ni récompense pour son labeur , ni compensation pour ses souffhmces , ni sécurité pour sa personne. Telle était au IX* siècle , la condition des serfs, espèce de bétail bumain , enchaîné à la glèbe. Ainsi se trouvait étouffée la parole du Christ , qui , pauvre comme eux , et comme eux victime, avait apparu sur la terre pour leur délivrance.
Marseille pliait sous la loi coiumune de la Destiiict* , dont les nations comme les individus subissent les chances , quarifi Rosoii , son nouveau maître, eut à défendre son usurpation (oiilre les Leudes des deux fils de Louis-le-Bègue. Rien, à coup sur, — nous l avonsdit, — n'était plus apparent que le manteau d'hypocrisie dont il avait couvert son ambition. Une fois ses vœux remplis, il ne se souciait pas plus du suffrage unanime de ses barons et de ses évéques que de l'assentiment populaire. Aussi devait-il glisser rapidement sur la pente du despotisme et mentir à toutes ses promesses, selon r usage des ambitieux; car il semble que la puissance suprême, en étouffant, dans leur cœur, tous les nobles et généreux instincts , doive inévitablement leur imprimer au front le stygmate du renégat !
Louis ni et Garloman , successeurs de Louis-le-fiègue , s'unirent à Charles m , dit le Gros , troisième fils de Louis^le-Germanique
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et roi deSouabe, pour punir i usurpation de Boson. Mais le roi de Germanie tomba malade sur ces entrefaites , et ne put ies suivre dans leur expédition. L'impératrice Angelberge, dont les intrigues avaient préparé la révolution de la Bourgogne» fut enlevée de son couvent et envoyée prisonnière en Allemagne. Puis, Louis et Carloman emportèrent Mâcon d'assaut , — et descendirent à Lyon, où Boson n'osa les attendre. Ce prince, doué d'une prudence rare , loin d'engager ses troupes dans un combat inégal , se contenta de mettre une forte garnison dans Vienne , dont il confia la défense à sa femme Ermengarde* Gharles-le^ros ne réussit pas effectivement à réduire cette place , et prit la route de Rome oii le pape le couronna empereur (880) ; tandis que , d*un autre c6té , l'arrivée des Normands en Flandre et en Picardie obligea Louis d'aller protéger ses propres Etats. Il les défit à Saucourt dans le Pontbieii et mourut en 882. Carloman » devenu seul maitre du royaume de France , laissa au due Ridiard , fi^re de Boson , la conduite du siège de Vienne , qu'il avait continué après la retraite du roi de Souabe , et courut recevoir le serment de ses nouveaux sujets. Richard s'empara de Vienne et tit Ermengai de et sa fille prisonnières. Héritier de la mouarchie française , à la inurt de Carloman (88i) , et sérieusement occupé par l'invasion des Aunnaiids , Ciiarles-le-Gros envoya Bernbard ni , marquis de Gothie et comte d Auvergne , pour combattre Boson. Mais il y a lieu de croire que Bernbard ne remporta sur lui aucun avanlaj»e important; car, en 887, nous retrouvons Boson en possession de Vienne et presque de tous les pays qu'il avait usurpés.
Après s être ainsi vaillamment défendu contre toutes les attaques, Boson ne songea qu'à raffermir la base du trône qu'il allait léguer à son fils ; et il y réussit, malgré les excommunications des évéques et les anathèmes foudroyants de Jean viii , qui s'était brouillé avec lui , de peur d'être enveloppé dans la ruine de ses favoris , et ne le traitait plus que de tyran et de perturi)ateur du repos public. L'astucieux époux d'Ërmengarde porta glorieusement, pendant dût années, sa couronne Arlésienne; et, tandis que la féodalité enveloppait» plus étroitement que jamais, T Aquitaine proprement dite , dans son réseau aux mailles de fer, il expira, au mois de mars
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887, laissant uu sceptre qui devait se briser entre les mains inbabikî^ de son fils.
Louis avait à point; dix ans, quand il hérita de la royauté de Provence, souîs la k utik c d'Ermengarde. Il alla prêter hommage à son cousin rempereuri^liarles-le-Gros, qui lui fit un bienveillant accueil , l'adopta pour son fils , et le reconnut pour son vassal et pour roi de Provence. Cependant , — les seigneurs regardant le royaume d'Arles comme électif héréditaire, — il eût été dangereux de blesser leur susceptibilité , en se passant de leurs suffrages. Ermengarde le comprit bien et ne souffiit pas que son iils prit le titre de roi , avant son couronnement qui eut lieu à Valence en 890.
Si le jeune Boson avait placé toute sa gloire à gouverner ses Etats Artésiens , il eût sans doute épargné bien des calamités aux contrées situées entre la Garonne et la Loire. Mab il osa revendiquer le royaume d'Italie , et son orgueil fut cruellement puni. Après avoir honteusement conclu, en 899, avec Bérenger, roi de Lombardie , un traité de paix , en vertu duquel il rononçait à toute entroprise centra ce prince , il repassa les Alpes en 901 , ftit vainqueur partout où il rencontra Bérenger, qu'il obligea de se réfugier en Bavière , et Rome le vit essayer la couronne impériale. Trop lourde pour son front , elle roula bien vite dans la poussière. AdallM ! I , marquis de Toscane , soup(;omiant Louis de convoiter ses inniieiises richesses, l'attira à Vérone et le livra lâchement à Bérenger.
Or, un jour, au milieu des douleurs publiques, lorsque les peuples du iMidi appelaient à leur secours les Leudes impuissants à les protéger contre les Barbares, la nouvelle se répaiidil soudain que le roi était de retour. Les Provençaux accoururent à su rencontre , avec ICspérance au cœur. Quelle ne fut pas leur consternation ! quand ils virent défiler lentement sur la rampe des Alpes , et venir à eux quelques soldats en haillons et quelques serv iteurs fidèles, faisant cortège à un moribond pâle et aveugle. Ce moribond . c'était Louis, le superbe héritier d Ermengarde, qui rapportait d'Italie la récompense de sa félonie. Bérenger avait fait crever les yeux au parjure , ne croyant pouvoir mieux se venger qu'en l'empêchant de rovoir le beau ciel de cette Provence , oh il le renvoyait.
DE MARSEILLE. m
Louis fixa sa résidence à Vienne et y languit 23 ans, ptu lint lesquels llujîues , (ils de Tliibaut comte d'Arles et de Berllie , tiile iiâlurelle du roi î.o!haire , gouverna ses Etats sous le titre de marquis et Ap ( omit de Provence.
Après la mort de Louis-l'Aveugle (023) , Charles-Constantin , son fils , eut en partage le comté de Vienne ; mais le véritable héritier du défunt fut Hugues , qui garda le sceptre sans prendre le titre de roi. Ces déplacements du pouvoir n'influaient du reste en rien sur le sort du pays. Que les Chartes fussent souscrites par un noble nommé Louis on par un noble nommé Hugues , le royaume n'en était pas moins désolé par deux fléaux : les dissensions intestines et la guerre barbare. Sous beaucoup de rapports , la Provence ressemblait au fantAme de souverain qui venait de descendre dans la tombe. Chancelante et s'avançant à l'aventure dans les premières années du x* siècle , elle se heurtait douloureusement , k chaque pas, contre les bandes armées des Sarrasins, qui, parmi leurs actes de brigandage et de piraterie , tantôt brûlaient la plus belle basilique de Haraeille , tantôt écorchaient vifs une foule de malheureux à Aix. Et , loin que la fatalité fût lasse de peser sur son front meurtri , une nouvelle invasion vint élargir ses blessures toutes saignantes.
Ce fut encore l'ambition d'un homme qui précipita les hordes Hongroises sur la Provence et l'Aquitaine. Rodolphe ii, petit-tils du marquis Richard et roi de la Bourgogne transjurane , convoita , wmme Louis , la couronne de Bérenger, qui se vengea en envoyant ses Hongrois sur les terres de ses ennemis. Après avoir dévasté la LoniLardie , et réduit en cendres quarante-trois ép^lises , ces barbares franchirent les Alpes, en 92 i . et t m i importèrent la guerre dans les Etats iin iin s de Hodoiphe. Hugues secourut ce prince, et rejRUissa les Hongrois. Mais pris, h son tour, du désir de ceindre le bandeau impérial , il équipa à Marseille une flotte nombreuse , qui le transporta à Pise , oii sa mère Berthe , veuve , en secondes noces, du marquis de Toscane, lui avait rallié un parti puissant. Les envoyés du pape Jean x vinrent le saluer roi d'Italie , et son couronnement eut lieu à Pavie , en 926.
A cette époque , la royauté de Boson , — royauté dont le génie
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de son fondateur aui ail pu seul prolonger l'agonie, — rendit le dernier soupir. Eudes . tils du comte de Vermaiidois , et liu.son l*"*" s'en partagèrent les lambeaux. premier eut le eonilede Vienne , le .second , le comté d Arles, dan.s h (juel fut comprise Marseille , et lorsque , chassé d'Italie par Béreiiger, marquis d'Ivrée , son neveu , Hugues vint se réfugier en Provence {9i5) , il ne trouva , au lieu du gouvernement d'un royaume, que l'hos|Mtalité d'uD monastère, cil il mourut en 947.