CHAPITRE XV
Hcnt-Ie-non. — Louis xi. — René est fait prisonnier à Buignéville. — Sa captivité. — La pnnccsse Isabelle , nommée par René , son époux , vice-régente de Naples. — Alphonse d'Aragon et le pape Eugène iv prétendent à l'héritage de Jeanne u. — Troubles à llamille pour réleetioa d*iui éviqoe. — Looit Glandevès.^ BirtbéiMiy de Raecoli.
— Clémence d'Isabelle. — Son départ pour Naples. — Délivrance de René. — Portrait do René. — René à Marseille. ~ Il part pour Naples — Victoires et défaites. — René revient en Frovence. — Politique de Louis xi. — Il lait un pèlerinage en Hroveirce. —
— Louis 3U à Marseille — Peste de 1452. — Mort de la princesse Isabelle. — Nouvelle et viine tentative du roi René pour reconquérir le raywune de Naple». ^ Son retour. — Le duc de Calabre. — Caliite m. — Pie Révolte des Génois.— Le doc de Calabre; ses victoires; ses revers; sa mort. — Courage de René dans les revers. — Louis XI s'empare de l'Ânjou. — Délails sur la vie de René. — Cbarles-le-lcQ>éraire.
— Ralaille de Gnindsoo. — > René à L)un. - Palamèdo du Forbin. — René in^liluo Cbarlea du Haine son héritier. — Su mort. — Cbaries lu. — Yolande et René ii. — Mort de Jeanne de Lorraine.— Testanent de Caïailes m en fitveur du roi de France.— VLm de Charles lu. — La Provence est réunie î\ la monarchie française. — Palamède de Foritin geaveroe la Proveocepour le roi Louis xi. — Mot de Louis xi.
René d*Anjou «st , sans conlredit , Tune des plus singulières physionomies de Thistoire. Ce nom , dans la ProTence , résume
toutes les vertus ; il est particulièrement le symbole de la bonté. René fut en eflTct lo plus débonnaire des Huis, précisément parce qu'il n'y eut pa.s en lui l étoflc d'un roi ; et, comme pour donner encore plus de relief à la bonhomie proverbiale de ce fc.oiivti ain , c|ui vécut presque toujours sans couronne , le hasard plaça à cùtê
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de lui la figure astucieuse et sombre de Louis xi. Jamais anùihèse royale ne fut plus saisissante , à coup sûr. — C'est sous cette double iofluence que de nouvelles destinées s'accomplirent pour
la Provence.
Né à Angers le 1 5 janvier 4 408 , René eut pour apanage le comté de Guise. Le 13 août 1 419 , son grand oncle maternel le cardinal Louis de Bar, évêque de Verdun , lui céda le duché de Bar, qu'il tenait de son frère Edouard m, tué à la bataille d'Azincourt. A l'âge de ans , il épousa la princesse Isabelle, fille atnée de Charles II , duc de Lorraine, et la mort de ce dernier, qui n'avait pas de postérité mflle, lui valut le duché de Lorraine, en 1 431 . Mais Antoine de Yaudemont , neveu de Charles , disputa cet héritage à René , les anhes k la main , et , appuyé sur l'alliance de Philippele-Bon , duc de Bourgogne, attaqua son compétiteur à Bulgnéville, le battit et le fit prisonnier le 2 juillet de la même année. On le voit, le bon Bené débutait mal dans la carrière des héros. Cest que , dit Michelet , « s'il avait toutes les qualités aimables de la vieille Fiance chevaleresque , il en avait aussi l'inipriidence , la légèreté. » Il fut enfermé (raburd au t iiàteau de Bracou mui Salins, ensuite à celui de Dijon. « Il consacra les loisirs de la prison, non à la poésie , comme Cbarles d Orléans, mais à la peinture. Il fit des tableaux pour la chapelle <|u'il construisit dans sa prison , il en fit pour les chartreux de Dijon, il travailla même pour celui qui le retenait pri.'îoiinicr. I.orsqiie PIiilippe-le-Bon vint le voir, René lui fit présent d un beau portrait de Jean-sans-Peur. Il n'y avait pas moyen de rester ennemi de Taimable peintre ; le dur de Bourgogne lui rendit la liberté sous caution. (MiriiELEr). » L'empereur Sigismond intervint, comme médiateur, dans le différend des deux antagonistes; les négociations échouèrent, et René se reconstitua prisonnier. 11 gémissait dans cette seconde captivité, plus dure que la première , quand il apprit , presque coup sur coup , la mort de son frère et celle de Jeanne ii , qui avait , par son testament du 2 février 1 435, confirmé les dernières dispositions de Louis m. Ne pouvant aller prendre en personne possession de ses Etats napolitains, il y envoj^a la duchesse, sa femme , en qualité de vice-régente. Le royaume de Naples , ce but éternel de toutes les ambitions, était alors convoité par trois prétendants : Alphonse
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soutenu par quelques grands seigneurs ; René d'Anjou , qui avait les sympathies puissantes des Napolitains et de tout le dernier ordre des citoyens du pays , fidèle à la mémoire de Louis ui ; — et le pape Eugène iv, (jui rcvcndicjuait, au proiit de TEglise, l'hérilage <îe In prejnière dynastie d'Anjou.
Le plus audacieux des trois coneurrents était assurément le roi d'Aragon, qui se fût emparé de Gaète, si la vice-régente, « princesse , dit Papun , d un courage au dessus de son sexe , et d'une prudence secondée par une éloquence mâle et persuasive, » n'avait eu l'adresse d'aKarlier h son parli Philippe -Marie Viseonti , duc de Milan et seigneur de Gênes. Comme la duchesse Isahelie se trouvait alors à Aix , en attendant , pour mettre à la voile , l'équipement de quatre galères , qu'on lui préparait à Marseille, elle eut occasion d'user de la plus précieuse prérogative d'un souverain , » du droit de pardonner là où d'autres auraient peut-être puni.
Depuis le commencement de 1 434, une de ces petites révolutions sans cause sérieuse, comme elles sont sans résultat important, troublait le repos de Marseille et affligeait profondément les esprits sages et éclairés ; car il s'agissait d'un schisme religieux , d'un scandale commis au nom de tous les principes d'abnégation, de tolérance et d*union. La nomination d'un évéque était le prétexte de ce scandale , qui faillit dégénérer en lutte sanglante. André de Botaric venait de mourir; et le Chapitre , s'appuyant sur un décret du Concile de Bàle, avait élu Louis Glandevès (15 février 1434), — tandis que'IePape, croyant avoir seul le droit de donner un successeur à Butaiic , conféra la dignité épiscopale à Barthélémy de Raccoli , général des Cannes, et chargea l'évèque d'Aire de mettre son protégé en possession. De là excommunication de la part de Glandevès contre les partisans de son compétiteur ; et , de la part de l'évèque d'Aire, interdit général lancé sur toutes les égli '-es du diocèse Marseillais (mars 1 i^o). Les desservants de ÎVotrc-Danie des Accoules et du monastère de Sauit-Sauveur ne s'en émurent pas le moins du monde et passèrent outre. Mais, partout ailleurs , les prêtres suspendirent le service des autels et allèrent Jusqu'à refuser les sacrements et la sépulture religieuse. — Le con- <eU de ville dut en appeler à la régente — d'une mesure , qui pouvait avoir les plus graves conséquences. Isabelle leva l'interdit,
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son autorité tai méconnue par le clergé ; et l'effervescence devint telle dans la ville , que la princesse, redoutant quelque éclat, se hAta d'envoyer trois commissaires pour ramener le calme dans les esprits par la douceur et la persuasion. L'interdit était-il obligatoire ou facultatif ? Là était la question. Une fois sur ce terrain , le conflit des deux élections n*était plus que secondaire ; car une contestation plus ou moins juste, soulevée dans les hautes sphères du clergé , ne devait pas provoquer l interruplioii de rexcrcice du culte. C'était la thèse , que se proposaient de développer les conseillers d'Isabelle devant le clergé séculier et régulier et quelques citoyens notables, convoqués dans l'église des Frères-Mineurs. Malheureusement, on ne leur laissa pas le temps de parler. Un ecclésiastique donna le signal de la révolte, en déclarant que la concorde était au prix de l'admission de Raecoli. Aussitôt, les partisans de ce dernier sortent lumultueusenient de l'église avec des cris de haine , ameutent la populaee , s'emparent de toutes les armes qu'ils trouvent dans l'hôtel du viguier, brisent i'écusson d'Anjou, courent au palais épiscopal, font voler les portes en éclats et chassent brutalement les domestiques de Glandevès. De là les forcenés vont à l'église des Accoules , puis à celle de l'abbaye de Saint-Buveur , où, npri^ rV odieuses profanations, ils insultent et frappent les prêtres qui refusent de se soumettre à Tinlerdit, et mettent le comble à leurs forfaits , en livrant au pillage la maison du juge Nicolas d'Arène , ami de Glandevès. Tout semblait devoir en rester là » quoique la cause de la lutte existât toujours , quand un nouvel incident réveilla toutes les colères mal apaisées. Le viguier menaçait de la prison un pâtissier nommé Guillaume , et signalé comme le plus ardent fauteur de ces scènes déplorables. Le coupable se réfugia dans l'église des Augustins ; et le peuple , prenant fait et cause pour lui , s'insurgea contre l'autorité du viguier et des autres officiers royaux. Plusieurs séditieux armèrent une barque , pour aller chercher Barthélémy de Raecoli à Avignon, le ramenèrent, le conduisirent à la catMdrale et le portèrent en triomphe au palais épiscopal.
Que faire en pareille circonstance ? Sévir contre les coupables qui avaient foulé aux pieds les armoiries royales , méprisé les ordres de la régente et méconnu la voix de ses agents ? C eût été
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là le fait d une justice rigoureuse niais imprudente. Les syndics de Marseille conseillèrent la clémence à la l eiue , et leur prière toucha le cœur d'Isabelle . qui ne voulut se souvenir que des services rendus h ses ancêtres par les Marseillais. « 11 n'est pas de vertu qui iiuu.s lunvienne mieux (jue la miséricorde, » dit la noble princesse ; et non seulement il y eut amnistie pour tous ; mais elle n'insista pas pour le renvoi de Raccoli, qui resta de la sorte paisible possesseur du siège épiscopal , et eut, pour successeur, Louis de Glandevès, en 1445. Isabelle trouva la récompense de sa générosité dans les témoignages d'enthousiasme et de joie, qui accueillirent son anÎTée à Marseille. Impatiente d'aller à Naples, elle n'attendit pas le retour des ambassadeurs qu'elle avait envoyés au duc de Milan , et partit , dans les premiers jours de septembre i 436. avec Louis , son second fils, prince de Piémont.
Tandis qu'avec Tappui du Saint^Père , elle luttait de tous ses efforts contre le parti d'Alphonse ; son époux, rendu à la liberté , grice à Tintercession de la cour de France et du concile de Bâie » apparaissait en Provence au milieu de Tallégresse générale. La délivrance de œ roi, — qu'une couronne avait été chercher dans sa prir son » et qui , pour disputer son royaume à un rival puissant , allait imposer au pays des sacrifices incalculables, — comblait d'ivresse un peuple, que tant de raisons devaient éclairer sur les désastres de l'avenir. Pourtant , René n'avait rien fait encore qui justifiât ces preuves expansives d'affection. Mais tout séduisait en lui etatlirail les cœurs. Beau, et d une taille avantageuse, il rayonnait du pur éclat de h jeunesse ; — ses traits étaient toujours illuminés d'un doux s mru'e , son maintien noble et î»racieux à la fois , son caractère a Uable et généreux ; il aimait la poésie et les arts. La renommée avait placé sur son front l'auréole des plus saintes vertus. Tout cela était recouvert d'une teinte ehevaîer«'squc (jui donnait à son individualité un charme inexprimable. Si , à ces heureuses conditions d une nature d élite , on ajoute i intérêt déjà répandu par une captivité de cinq ans sur cette existence h peine éelose au souffle inconstant du Destin , on comprendra facilement cet élan de tous les cœurs vers le jeune époux d'Isabelle.
René fit son entrée à Arles , le 7 décembre ! 437 , avec un cortège de chevaliers Lorrains et Angevins. Le 1 3 , il se rendit à Aix«
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et le 15 à Marseille, où lui était réservée la plus brillante des réceptions. — Là, ce fut pour le comte un triomphe sans pareil. Les Marseillais poussèrent jusqu'au délire Texpression de leur amour; des processions parcoururent la ville, musique et bannières en téte ; les églises retentirent d'actions de grâces. Lea cloches et le canon mêlèrent leurs voix formidables, pour annoncer à l'univers entier l'immense joie de la ville ; et des acclamations unanimes saluèrent le bon René, quand , majestueusement assis sur un trdne étincelant d*or et de velours , il accentua d*un« voii ferme et sonore, la main étendue sur les saints Evangiles, le serment traditionnel de respecter les chapitres de paix. Durant son séjour à Marseille* René donna des preuves d'une prédilection toute particulière pour cette ville , d'abord en lui accordant la franchise illimitée du commerce , puis en y transférant la grande Cour de justice , le siège du Gouverneur , de son Lieutenant et du Juge des secondes appellations. Aix , ainsi dépouillée des seules préroî^aiives qui Télevaieni au dessus des autres villes de Provence, avail provoqué cet acte de rigueur par un soulèvfment contre les Juifs. Mais René ne tarda pas à pardonner, et révoqua son ordonnance le 27 juillet 1 438.
Cependant Alphonse, fort de son alliance avecles ducs de Savoie et de Milan , voyait p^randir ses espérances snr le royaume de Naples. Il était temps que René se rendît en Italie, où sa présence viendrait en aide à l active habileté de la duchesse Isabelle. Il avait bien réussi , par ses négociations , à mettre dans ses intérêts la république de Gênes et le pontife , alors en butte aux censures du concile de Bâie. Malheureusement , il était sans argent, et la Pro< vence, — qui, par un dernier effort de patriotisme, s'était épuisée pour lui offrir un don gratuit de 1 00,000 florins (900,000 fr.), — n*étatt plus en état de lui en fournir. Hélas î René ne mentait pas à la destinée des princes de sa race, quiavaientuséleur vie à poursuivre envain cette royauté de Naples qui semblait fuir devant eux comme un mirage trompeur. À peine sorti des prisons d'Antoine de Vaudemont, il se trouvait aux prises avec les premières difficultés de la-Iutte , quand deux riches habitants d'Hyères lui avancèrent quelques sommes. Les Marseillais mirent cinq galères à sa disposition , et la République de Gènes sept. Avec ces modiques
ressources , René se crut assez puissnnl pour ronqiiérir le luunde. n s*embarqua avec le duc de Cîilabre et toutes les troupes qu'il put réunir , et quitta la Provence , suivi des vœux de tous ses sujets. Les Napolitains raccueillirent avec de grandes démonstralions de joie. — Une fois le premier momeol d'enthoiisiasme passé, ils eurent moins de confiance dans un prince , qui , au lieu d'or, n'apportait que des talents militaires. Néanmoins le brave René rallia sous ses* drapeaux des chefs habiles, ouvrit la campagne par rAbbmze » transporta le théâtre de la guerre dans la terre de Labour, et de là courut délivrer sa capitale, assiégée par Alphonse (1 439). Mais la trahison lui fit bientôt perdre tout le fruit de ses victoires. Croyant trop facilement à la probité des Italiens, en dépit des leçons de rexpérience , il dédaigna de punir la perfidie d*un de ses généraux , qui sous main favorisait le roi d'Aragon. Ce fut sa ruine. Chassé de Naples par son compétiteur , il reprit le chemin de la Provence , où il avait déjà envoyé la reine et ses enfants. A partir de ce jour , le sort se montre à son égard d'une cruauté inouïe. A son arrivée à Marseille , au commencement de novembre 1442, il apprend la mort delà reine Yolande, sa mère. Sousic coup de cette première et profonde douleur , il se rend dans ses Etals du Maine et d'Anjou , ensuite à la rour de France , d'oii il revient séjourner quelque temps dans T Anjou.
Nous no suivrons point ee j)rince dans ses opérations poiiiicpies etniililaires qui Miui^ écarteraient trop de notre sujet. La Provence jouissait alors d une tranquillité, dont elle n'était redevable qu'à rimpuissancc , où elle se trouvait , de seconder les efforts de son souverain. C est à celte époque que la sinistre figure de Louis xi projette , pour la première fois , son ombre sous le beau ciel de la Provence. Le fds de Charles vu n'était encore que Dauphin. Mais, avec cette pénétration qui démêle les raisons de toutes choses, Louis comprenait bien que la Féodalité seule avait soulevé les orages effroyables qui venaient de dévaster la France , et que , par son influence reconquise pendant les troubles , elle tendait ouvertement à dominer la couronne. Or, il méditait déjà le rôle qu'il était appelé à jouer sur te trône ; il combinait les éléments de cette politique implacable , qui devait enchaîner les vues ambitieuses des princes, forcer les ducs et les comtes à courber le front sou» \v
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joug d'uQ seul vasselage , el agrandir la France de toutes les provinces indépendantes. Convaincu d'avoir , un jour, bon marcliô du roi René , son oncle , il caressait d'avance du regard le duché d'Anjou et le comté de Provence ; et, sous l'apparence d'un pieux pèlerinage , il visitait les futurs apanages de sa roputé. Louis poussa son voyage jusqu'à Marseille, qui lui fit cet accueil banal auquel les princes étaient habitués (mai 4 448) ; — puis il s'éloigna (le ce pays , où le fatalisme de sa physionomie laissail le souvenir (l'un tunli'usle pénible avec la noMe et lovait; physionomie du roi René. î.e Dauphin avait quitlr Mais< illc depuis peu tle temps , quajul a celle sombre apparition du fanatisme personnifié succéda, comme une pure et .souiianfe vision, le retour du Iton ^énie de la Provence, llené revint, avec toute sa famille et une suite nombreuse, habiter tour à tour Arles, Aix, Marseille, Tarascon, et ne s'arracha aux plaisirs de sa cour, que le jour, où il fallul risquer sa vie , pour secourir et consoler son peuple , décimé par la peste. (1 4i>2). C'est dans l'accomplissement de ce pieux devoir que Dieu lui envoya la seconde et terrible épreuve de son cœur ; il n dorait sa femme Isabelle de Lorraine, ' la mort la lui enleva, le 27 février 1453. En se réveillant dans son âme, l'ambition parvint à le distraire de cette grande douleur. Les Florentins cl François Sforzt* promettaient de le replacer sur le tr6ne de Naples. Comment résister à une illusion si séduisante? îl s'y laissa si bien prendre, que , regardant son triomphe comme assuré , il céda le duché tU* Lorraine à Jean, son fils, duc de Calabre , s'avança vers les Alpes,
I • L'an Mil, le roi Heiié donna a Saumur un s-plcndule €l luuicux louruoi Gui de Laval y mena sod jeune liU , âgé de douze ans , Dure tes premières annes » et w fille en n^me lempa qni en avait treiie. René , plus fiil que jeune , Ait pria n lacs. Sa femme . la vsillaotc Lorraine , (|ui avait fait la guerre pour lui , et qu'il aimait fort , vit pourtant ce jourlà qu'i'llc élait vieille. La pntitf Rrelonne flî , avpo rintiorcnfe bordicsso d'un enfanl , le plus juli rôle du tournoi , cdui de la pua'lie qui venait à cheval devant les i litvuliei-s . uaitait les eombattants en lice , el baisait tes vainqueurs. Tout le monde prévit dès lors, et René iui-méme ne caclw pos trop sa pensée nouvelie ; il nùt sur s«n écu on bouquet de pei.sfrs. lisabdle mourut ils longue. René fut veu» 11 pleura beaucoup , parut inconsolaLî.v Mais (Mitin , st-s servilours , ne pouvant le voir (Irptrir ainsi , cxigi'-ieut (c'était comme i:« droit do vnssnl) (inc Imu ^eigneur se mariât, lis se chargèrent de chercher une épouse , Cl il» chcrclièreui si bicu qu'ils en découvnreot une, cette même petite fille , Jeanne do Laval, quittait devenue une grande et belle OUe de vingt ans. René en tvati quaranl^-sepl ; ils le voiiltirfnt , il se r6signa. (jiicilcLBT). »
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i la téte de 3,500 hommes de cavalerie, et pénétra Jusqu'en Lomhardie. Après avoir réconcilié le marquis de Montfemit et François Sforze , qui avaient d'égales prétentions sur le Milanais , il arriva dans le Bressan, oh était le gros de Tarmée. Ses succès lui eussent bientôt soumis les Etats Vénitiens, si ses alliés, jaloux de la supériorité de ses troupes , ne se fussent montrés moins disposés à soutenir sa cause. Convaincu de leur mauvais vouloir , René se rtsolut à ivlourner en France , et, sur leurs instances, leur envoya son fils, pour commander l'armée , en qualité de géiic ialissime. Leur but, en appelant le duc de ( rihihre à la tète de leurs troupes, était de déguiser leur rupture avee le i oi , el de nourrir par là les inquiétudes d Alphonse, afin d'en obtenii' denieilleurescondilidiis. (1455). En etiet, quand le iiis de René arriva eu Italie avee iUO gentilshommes , il trouva les Florentins , les Vénitiens, le duc de Milan et Alphonse en parfait accord ; et , perdant l(uit espoir de reconquérir Aaples , il reprit immédiatement le chemin des Âlpes. Trois ans plus tard , ce prince énergique et brave devnit reparaître en Italie , pour y relever la bannière de son père. Envoyé à Gènes, comme gouverneur, par Charles vu, dont le doge Pierre Gampofregose avait imploré la protection, il pouvait encore tenter la fortune. Ferdinand venait de succéder à Alphonse {^ 458). Mais le pape Galixte m lui était hostile , et ouvrait de nouveau le royaume de Naples aux armes de son rival, quand la mort , en le frappant subitement , lit évanouir les espérances de René. Pie ii , flatté de la déférence respectueuse de Ferdinand , et irrité contre la France depuis que , par la pragmatique sanction , elle avait limité le pouvoir des papes , — se déclara pour le fils d'Alphonse et Texcila secrètement à se liguer avec les autres puissances d'Italie pour en chasser les Français.
Occupé du soin de mettre cette ri( lie contrée de l'Europe à l aLn des Tnrcs , maîtres de Constanlinople depuis six ans, le pontife assembla àlM.uitaue un Concile , oii furent invites tous les ao)l>assadeui's des princes ehréti ns ( jmi\ di Charles vu et du roi René s'y rendirent et prièrent Pieu (ie restituer l'investiture du rovaunic de Nnples à la maison d'Anjou. Le Pape demanda à l'évéque de Marseille, 1 un des ambassadeurs, si René était en état d'expulser le comte Pia^inino des terres de l'Eglise. Le prélat
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ne put que ropDudre de la l)oane volonté de son maître. — a Que devons-nous dune attendre de lui, répliqua Pie ii , si, lorsque nous fiommes dans le plus grand danger, il ne peut nous prêter aucun secours? Nous avons besoin à Napics d'un souverain qui puisse défendre ses biens et les nôtres. ^ ous avez pei du la couronne: vous en serez privés jusqu'à ce qu'il vienne des foiees suftisantes pour nous aider n chasser l'ennemi qui nous opprime. » Piqué de cette arrogante ré|ioiise , René parut vouloir prendre une altitude niena(,aute ; puis i\ renouvela ses instances auprès du pontife , et toujours sans succès (1159).
Sur ces entrefaites , les Génois se révoltèrent contre le duc de Calabre, à l'instigation de Ferdinand etde François Sforze. Jean fit rentrer la république dans la soutmîssion , battit la flotte de Ferdinand, et résolut d'aller faire la guerre au monarque Napolitain. — Il partit de Gènes, le 4 octobre 1 459, avec trois vaisseaux et vingtdeux galères, débarqua ses troupes à Castel -a-mare, et remporta, sur les bords du Sarao , une victoire , qui lui ouvrait les portes de Naples et mettait tout le royaume à ses pieds , s'il eût poursuivi son adversaire. II s'en abstint , et cette faute releva les espérances de Ferdinand qui fut bientôt en mesure de lui opposer une armée formidable. Secondé par le Saint-Père et par le duc de Milan , qui avait lui-même tout à craindre pour ses Etats, si les Français, déjà maîtres de Gdnes, le devenaient encore du royaume de Naples, il réussit à souffler de nouveau fesprît de révolte parmi les Génois (H6i). Dans ce danger suprême, Charles vu envoya 0,000 hommes au secours du duc de Calabre, tandis que René accourait de son côté avec quelques vaisseaux et mille gens d'armes. Inhabiles à profiter de la consternation des Génois, les Français et les Proveneaux furent vaincus , et trois mille des leurs lestèrent sur le cliauip dt l);itaiile (l 7 juillet 1461). Celle défaite porta un coup funeste à 1 ascendant du duc de Calabre et diminua le prestige des armes françaises. René revint en Provence, et son fils, abandonné peu à peu par tous ses .iHiés, se maintint avec peine, pendant trois ans, dîiiis tjuelques provinces , et prit entiu le j)ar(i de l'epasser les niont.s 1 1 UW). Le roi , smi [lère, sonjïeait alors à replacer sous sa domination lu comte de i\i<'e, qu'il considérait comme une dc|)iiidance inaliénable du domaine
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(le ces ancêtres. Le duc de Savoie alléguait en sa faveur une [kissession de 80 uns et des transactioDS. René, dontTûgc et Tadversité avaient refroidi l'ardeur guerroyante, se contenta de réclamer, pour empêcher la prescription de ses droits. En efTet, toute ambition était si bien éteinte dans son oœiir, que les Catalans, soulevés contre leur roi, Jean ii , ne purent lui faire accepter la couronne. Le duc de Galabre , tenté par une offre aussi séduisante, franchit les Pyrénées à la tète d*une armée de 8,000 hommes (1 467). Après qii ;lques revers et de nombreux succès , il voyait la Catalogne soumise k ses lois et FAragon tout prêt àTètre, lorsqu'il fut arrêté au milieu de ses conquêtes par une trêve de deux ans , conclue le 19 janvier 1 469. Un an plus tard, Tim pitoyable Destin le couchait dans la tombe à côté de sa mère (1 470), et le pauvre René apprenait, en même temps, la mort de ce vaillant et noble fils , et l'arrivée de Marguerite d Anjou <|ui, précipitée dn trône d'Angleterre par Warwick, le héros de la Rose blanche, lui l evenait en fugitive, a Tombant, dit Bourdigné, auteur des Annales cl chrouiqupa de TAiijDu f't du Maine , dans une sorte d'anéantissement, à ces nouvelles foudroyantes , il un perdit l'action , le mouvement , la forée de penser. » Et cependant , îesort n'était pas las de le pei'séenler. Envain la tendre sollicitude de Jeanne de Laval adoucissait-elle ramertume de ses regrets ; envain I infortuné prince cbercbait-il , dans les distractions de l'étude et dans la oulture des lettres et des arts, l'oubli de ses afflictions domestiques; — toutejoie avait disparu de son âme ; il avait un profond dégoût de toutes choses , et ne se souvenait plus des grandeurs que pour les mépriser. Il peignait une perdrix, quand on lui annonça la perle du royaume de Naples. Il ne se dérangea pas même de son travail , persuadé que, pour être heureux, il ne devait plus se rappeler qu*il était roi. La chasse, le:i mascarades , Tenluminure des manuscrits, furent désormais soi seules passions ; les pastorales , les tournois , la composition des moralités , ses seuls plaisirs. En Anjou, en Provence, il menait la vie pastorale, tout au moins par écrit. — Transformé tour à tour en berger, enastrologue, en chevalier errant, en peintre, en rîmeur de farces grotesques , le dernier représentant des deux maisons d'Anjou aiiuaii encore à chanter à l'église en habit de chanoine, dans un trône gothique , qu'il avait fait t peiut cl sculpté. Louis xi
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aida à Talléger des soucis du gouveraement» en lui prenant I* Anjou. On hésitait d'avertir René. 11 était alors au château de Beaugé , oii il pleurait amèrement la mort récente de sa fille naturelle, de ses deux petits fils, de son gendre et de son frère hien-aimé. La royale incartade de son neveu fémut à peine. « Le noble Roy oyant racompter la perte et le dommaige de ce pays que tant il aymoit , se trouva quelque peu troublé ; mais quand il eust reprins son esprit , il dict : le ne oflensay onques le roy de France parquoy il me dcust faire ung tel tour , mais le vouloir cïo Dieu soit faict qui m'a donné et me peut osier à son plaisir. Le roy n'aura point de guerre avec moy , car mon àj^e de soixanle-cinc) ans ne s'adonne plus aux armes; mais Dieu qui est vrayjii;^,» jiigera entre luy et moy. En ceste constance parla le bon roy René ronmie le l)()n pere Joh prônant patience sans murmurer , et il se retira en Provenee. ( uoirdignfV n
Là , il partagea son temps entre le gouvernement de ses Elats, l'exercice de ses devoirs religieux, et ses occupations favorites, — tantôt corrigeant des abus, tantôt tourmentant les grains de son chapelet , et tantôt agitant le pinceau ou tournant la roue d'une viole. L'agriculture fut particulièrement l'objet de sa sollicitude. Il planta arbres, édifia tonnelles , pavillons , vergers, galeries, jardins , fit creuser des viviers pour des poissons , multiplia les œillets , propagea les rbses mutcadêlles , améliora fespèce des raisins muscats et naturalisa en Provence les paons blancs et les perdrix rouges. Cest au milieu de ces travaux champêtres que le surprirent des députés Catalans , venus , après la mort du duc de Calabre , pour lui offrir de rechef la couronne d'Aragon. René se contenta de leur montrer, avec un triste sourire , ses viviers , ses treilles, ses volières, et répondit « qu'il ne quitterait pas le tranquille bonheur, que lui donnaient ces biens , pour luus les trônes de la terre. »
Ainsi désabusé des illusions de la vie, René vivait sans faste. Dans '-Il maison de campagne, oii il passait Tété , tout , dit Papon, respnait les nutnirs antifpies. La mènie simplicilé l'accompagnait à Marseille . oii il se retirait tons les liivei s , dans les dernières années de sa vie. Il avait une maison sur le quai du Port et un jardin situé près de l'abbaye de Saint-Victor. Il habitait aussi quelquefois
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une maison de campagne aux environs de Mazargues. SouvenI, on voyait un vieillard de grande taille , aux traits toujours souriants, encadrés dans des cheveux blanchis et tombant sur une robe de moîne, se promener sans cortège sur le Port, quand le soleil répandait eette chaleur douce, qui, dans la basse Provence , ranime la nature , engourdie partout ailleurs. Son regard s'arrêtait avec une bienveillance toute paternelle sur ie peuple dont il était Tidole; ce vieillard , c'était le bon René, vrai roi-bourgeois , qui préférait cette heureuse liberté aux ennuis de Tétiquette. De là vient qu'en Provence on appelle encore tout endroit , oh Ton se chauffe an soleil , la eheminée du rai René»
Pendant ses promenades, René recevait lesplacets, écoutnit patiemment les plaideurs qui recouraient à sa justice, cau>ai( familièrement avec les patrons [xicheurs. En reconnaissance des serviees importants que liu avaient maintefoi?; rendus les pnid'Iiojiimes, il leur céda le port de Morgiou , leur accorda le droit dépêche dans toute la Méditerranée et régla leur lé^îislation. — A leur demande, il fit réparer les Tours Sl-Nicolas et St-Jean. Marseille lui dut, entre autres institutions utiles , celle de la juridiction des juges marchands (3 mars 1 i7 i). En 1 47o, ie roi René changea les bases du régime municipal de cette commune, en modifiant les cléments du conseil de ville. Depuis 4 456, on avait adjoint aux syndics un avocat, avec le titre d'assesseur, (cpour les assister k la manutention des privilèges et libertés de la ville, » sous prétexte qu'ils n'étaient pas versés dans les lettres. René maintint cette cbai|;e importante, en donnant aux syndics le nom plus sonore , de eonsuls. On réduisit à quarante-huit le nombre des conseillers, et ils furent nommés pour quatre ans. Tous les ans , le conseil choisissait dans son sein les trois membres chargés d'exercer le consulat pendant trois mois; neuf autres étaient désignés pour former le conseil privé , et tous les autres membres , réunis à ce petit conseil , composaient le conseil général , que les consuls et l'assesseur ci)n\ .u^uaient dans les circonstances graves seulement.
Sur la lin de sa vie, René ne conservait ainsi de la royauté que les plus niutlestes privilèges. Il avait bien encore quelques vieux serviteurs qui s* ohslinaieul à vouloir qu il lut plus réellemeiil roi, et qui sous main Irnitaient avec la Bretagne ou la Bourgogne. Muis
m HiSTomE
cela louraaîl loujoura mal; Louis xi savait tout, et preuattlcs devants. Lorsque le soin de son testament préoccupa le vieux René, autour duquel la mort avait creusé tant de tombes, en si peu de temps, — Louis, poursuivi de Tidée fixe que la Provence manquait au faisceau monarchique , s'arrangea pour que cette proie ne pût lui échapper. Roi puissant d'un grand royaume et neveu d'un roi qui, à 1 exemple du fils de Dieu , n'avait pour diadème unt' couronne d épines , e t pour sceptre , — qu'un roseau , il se regardait comme le légitime héritier de René. Cependiiiit, pour ne pas brusquer i-a prise de posst s.^ion , il voulut comme en confier le dépôt à Charles du Maine , son cousin. Charles était maladif , et Louis XI, quoique bien faible , bien souffreteux lui-même , jugea qu'il n'irait pas beaucoup plus loin que son bonhomme d onele. Dès lors , ce fut ie successeur qu'il désigna , avec la conviction dr lui survivre. René essaya de s arracher des griffes de son terriblf neveu, et se plaça sous la protection de Charles-le-Téméraire. C'était tomber de Charybde en Scylla. Le Duc avait aussi des visées sur la Provence et avait « écrit de sa propre main » à M. de Châteauguyon — l'ordre de lever des troupes en Piémont, pour assurer rinvasion de cette Province. Après la bataille de Grand son , où son allié fut Jbattu par les Suisses (1 i-7o)i il ne restait plus à René qu*à désarmer le courroux de Louis xi ^ quand , au mois de mai 1 476 , un message , parti du sombre Plessis-Ies-Toura , l'appela soudain i Lyon. Le rusé monarque Yy entoura de tant de témoignages d'amitié , « et si Tamadoua , l^tta , persuada et enchaola de telle sorte , que , lui fesant oublier tout le maltalent qa*il avait en son cueur pour la perte de son duché d'Anjou » René lui fit. d'abondant une donation de sa comté de Provence , voire même en escrivit l'instrument de sa propre main, en lettres d'or, et, comme il estoit très-bon enlumineur , les enlumina avec de très riches couleurs d'azur d'acre, composées de pierres de lapis lazuli semées de paillettes d'or.%
Réintégré dans ses duché» de Uar et d x^njou, eomldé de présent**
• Matbuu conlt que René, ne pouvant accorder coo noveii, Cbtrleidu Maine » et son fietil^ René u, jeta une épaule de mouton h denx chiens qui se balaOlèrent , et alors on
lâcha un dogue qui enleva le morceau disputé. Du temps de Mathieu, on voyait encore CCI eraMéme en reliel dans une chaire de l'oraloire de René , à SMiil-:$auwur d Ma.
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par 5on lo^al neveu , — jouissant enfin d'un calme que son grand âge lui rendait nécessaire, René alla reprendre les p;iiî?ibles travaux qui charmaient ses loisirs. Cependant un remords vint le tourmenter. Il lui restait un petit fils, René ii, mais fils d'une de ses filles. Or, ses conseillers lui assuraient que la Provence, — quoique fief féminin, — devait, la ligne màie manquant, retourner à la France. Celui qui avait trouvé cette clause dans l'acte de mariajre de Théritière de PrOYeoce et du frère de Saint-Louis » c'était Palamède de Forbin , premier ministre de René. Louis xi avait su mettre l'habile baron dans ses intérêts. En effet, docile instrument de la politique du roi de France , Palamède veilla si bien sur la succession de son maître, qu'il réussit à la faire échoir, en i 480, au comte du Maine, avec substitution de Louis xi, en cas oii Charles mourrait sans postérité mâle. Depuis lors , « René soupirait et se peignait dans ses miniatures sous l'emblème d'un vieux tronc dépouillé , qui n'a qu'un faible rejeton, (niceblbt). » Cette der^ nière douleur domestique , les calamités que la peste de 1 479 avait répandues sur son peuple , ses réflexions sur ses disgrâces passées , la frayeur de ki mort, que la vieillesse lui faisait envisa^fer comme prochaine , ranimèrent ses sentiments de rclii^ion. Il eiait tout occupé à remettre en vigueur les lois, qu'il avait déjà données pour réprimer les jeux de hasard, la licence des mœurs et l'impiété des blasphèmes, quand il mourut à Aix , singulièrenK nt regretté de son peuple, le 1 0 juillet 1 480, à l'âge de 72 ans, et dans la (juarante-septième de son règne , — si l'on peut appeler ainsi quelques années de possession dans le royaume de tapies,
Charles in , héritier de René , commença par assurer ^ la reine Jeanne, sa tante , les donations qu'elle tenait de son époux ; puis il convoqua les Etats et maintint les privilèges de la Province (S novembre U80). Jaloux de gagner le cœur de ses sujets, il confirma solennellement les franchises et immunités- d'Arles et de Marseille ; car il comptait sur leur appui , pour la conquête de Naples , dont le rêve le poursuivait aussi bien que ses prédécesseurs. Pendant qu'il en sollicitait l'investiture à Rome avec Taide de Louis xi , — Yolande et René n tentèrent de ressaisir l'héritage de la maison d'Anjou, et la guerre civile faillit désoler de nouveau
tn HISTOIRE
la ProveiK'n. Secouru par le rui de Fiance et par les Marseillais, qui lui envoyèrent des troupes soidetjs à leurs frais, des inuujlions, des vivres, et équi[)( ient deux navires pour surveiller et garder le Hlione, Charles réprima cette révolte, au bout de deux mois. Une fois délivré de René ii, lo romte ne songea plus qu à passer en Italie et hâta les préparatifs d une prochaine expédition. Mais la mort de sa femme , Jeanne de Lorraine , le frappa d'un coup mortel. Une maladie de langueur s'empara de lui et le iit renoncer à ses projets. 11 voulut tinir ses jours à Marseille ; c'est dans cette ville qu'il rédigea son testament en faveurdu roi de France' (10 décembre 1 481 ). Le lendemain , il le confirma par deux codicileset mourut le même jour. Son corps fut exposé , pendant six jours, et transporté à Aix , selon sa volonté suprême. Les trois consuls de la ville et une députation du conseil municipal accompagnèrent, en grand deuil , le eW funèbre qui conduisait au champ du repos le dernier rejeton de la maison d'Ânjou.
Palamède de Forbin , homme profondément habile , avait seul réglé les articles du testament de Charles du Haine. Pour ce service» Louis ZI lui abandonna sans réserve toute Tautorité en Ihrovence. n eut le droit de recevoir Thommage et le serment des prélats ,
barons , seigneurs et communautés du pays ; de disposer des charges à son gré; de distribuer les faveurs ; de pardonner ou de
punir tous lus crimes , même ceux de rébellion ; d'assembler les Etats , de créer des impôts ; de confirmer les privilèges et d'en accorder de nouveaux. Enfin . il jouissait d'un pouvoir si étendu , que Louis \\ ne put s'empêcher de lui dire, un jour: <f Vous m'avez fait comte; mais moi, je vous ai lait roi. « Et il disait vrai, cr > )iiibrc despote, à qui déjà l'élévation de sa propre créature portait ombrage. Aussi vit>oa 1 ambitieux gouverneur
• Charles , se voyant le dernier rejeton de la branche royale d'Anjnn , crut que Lmiil XI, qui descendait par sa mère de cette maison , rlcvoit liériter de la Provence.
Ijs député de Marseille vers Charles vm en 1484, écrivant aux consuls de celle viUc, Inir disait : « Oo prélnid ici que la Prowiice appartient aa roi de Fnnce, taBt parle leatameat du roi Chariesm, que par lasocoesnen de la rdae daFkanceqoi ftait fitle dn comla Haynond-Bérenger. • (abcb. h kahsiilu).
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entrer triomphalement k Marseille , s'asseoir sur le trône des souverain-comtes ; comme eux, jurer I observation des privilèges de la ville, et recevoir, pour le roi de France , le serment de fidélité. C'est ainsi que Marseille , après six cents aos d'une existence particulière , se trouva réunie avec la Provence , en 1481 , 4 la Monarchie Française.
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