‹ Histoire de MarseilleChapitre 7 sur 28 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

msTOiiw:

CUAPITilE PREMIER.

Foodatioii (le Pbocée. — Des oavigateurs Pbocéeos abordent aux rives de k Méditerranée.

— Le séntt w prouooee pour la fooMm ^vo» edooie dans la lignria^uloite. — L^ocade.— ^mosetProUs. — Songed*jlri8tarclié. — PRoataB MiGitATiONPiiocèKNMK.

— Arrivée des Phoct'ens siiTl.i terre pauloise. — Trotis implore In protection doNannus, roi des Ségobriges. — Festin nuptiai. — Gyptis. — La coupe d'eau. Miiii;ig»« d« Protis et de Gyptis. — Fondation de 3larseille. — l'rotis renvoie quelqiins-uns de se& compagnMis k Pboeée.— Seconde HiCRAHOif phocéeiwb. ~ Mort de NaoBiK.*- Sentuneiito hostiles de soa fils Conaoïis panr les noimanx coIom. — L'apoligiie. — CoDianus projètc la Jestruction de Marseille— Un miraclede l'ammir — Mîissacre de 7,(KX) Ségobriges et deCooianas. — Nonvolle lii,nii'ii<' bconfédémtioiili^'unenne. — Cniumandiis.

— Siège de Marseille. — Hûve de Gatumandus. — Minerve. — Le collier d'or. — Nouvelle figae. — Bèllovifle déKvie NorseiDe. — Si^ ée Pbocée. — Faite des Ph>j( écns; leur retour ; massacre d»i& gamisoQ pene.— lie sennenl. — Arrivée des Ph'icôe l \M\a.— Ruine des Alaliotes.-- Troisième migration phocéenne. — Kssor du coauûcrœ de Marseille, — Médailles et monnaies. — Victoires des Marseillais mr les Carthaginois. — Oi^anisation poUtiquc. — Les tables d'airain. — 1^ glaive de la justice.»- Tnil dTamitié. — Pureté des mceins marseiOalses.— Goatumes.' Edncatnn.

— Religion. — La victime expiai : — Sacrifloea humains. — lofloeDce à& la dvilisalioa grecque sur les peuples gaulois.

Vers Tan 1 080 avant J.-C. , une migration deGreca de la h ocide , conduite par Nélée, archonte d'Athènes, s'arrêta sur les côtes de l'Asie-Mineure , pour y fonder, près de l'embouchure de l'Hermus , une ville qui fut baptisée du nom de Pbocée. D'abord soumise à

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l'autorité des Rois, ù Tinstar des peuples du continent gm-, elle adopta plus tard la forme aristocratique des gouvernements voisins. La stérilité de son territoire la for^ de tourner ses regards vers l'horizon des mers. Là seulement, en effet, devaient grandir ses destinées futures. Elle resta toujours, il est vrai, Tune des moins puissantes des douie villes de la confédération ionienne ; mais elle se distingua d'elles par une sévérité de mœurs, par une énergie de caractère, qui contrastaient infiniment avec la mollesse proverbiale de rionie. Aussi brilla-t-<elle , entre tous les Etats de la même ligue, comme un diamant détaché de cette riche ceinture de colonies, qui serrait gracieusement les flancs de la Grèce. Phocée figura, dans toutes les grandes crises de sa mère-patrie, par la magnanimité de ses actions et la hardiesse de ses entreprises. Ses vaisseaux» qu'on voyait déjà, du temps d'Homère et d'Hésiode, sillonner l'Adriatique, la mer ïvrrhénienne, et eôtover les rives de l lhérie, rivalisèrent avec ecuxdeTvi', et franchirent les Colonnes d'Hercule, pour se procurer les minéraux et hïs richesses (h; la Bétique. La pèche et le commerce ne furent pas toulcf )is l unicjue souree de sa prospérité. Elle n'eut aucun scrupule de mettre en pi alupit' ce précepte d Ari.slole : — Que le bri^andn^e est un moyen l«'i;iliiue d acquérir. « Les premiers grecs étaient tous pirates , dit Monles(]uieu. Minos, qui avait eu l'empire (le I I m r , n'avait eu peut-être que de plus grands succès dans le la igundage. »

Dans une de leurs courses aventureuses, les Phocéens abordèrent aux rivages de l'Armorique , près des einhouchures du Rhône ; et la contrée, qu arrosent les flots de la Méditerranée, sembla dérouler à leursregards les splendeurs et les trésors inépuisables «l'une terre promise. A leur retour, ils firent de ce voyage, dans la Ligurie gauloise , un récit tellement merveilleux , que le Sénat ordonna l'équipement de quelques galères pour y conduire une colonie. L'oracle consulté, selon l'usage dans les circonstances solennelles , conseilla de placer l'expédition sous la protection du chef que Diane d^Ephèse désignerait. Simos et Protis, chargés du commandement de la flotte , obéirent à la volonté de Toracle. Pendant la nuit, qui suivit Tarrivée de nos navigateurs à Ephèse, ajoute la tradition païenne , Diane apparut en songe à Aristarclié , Tune des femmes les plus considérées de la ville, et lut prescrivit de suivre

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les Phocéens, en emportant uni- dos statues consacrées danâ son temple. Docile aux ordres de la Déesse, Anslarché partit avec eux, et la flotte cingla vers Tembouchure du Tibre. Tarquin- l'Ancien régnait depuis quinie ans sur les Romains ; Simos et Protis conclurent une alliance avec lui, remirent à la voile et, se dirigeant vers l'extrémité de la mer des Gaules, vinrent jeter l'ancre devant les côtes de la Gelto-Ligurie , à TEstdu Rhône.

La nouvelle colonie trouva le pays occupé par plusieurs peuplades iodépendantes qui avaient chacune son chef. Connues chez les Grecs sous le nom de Lygies, et chez les Latins, sous celui de Ligures, elles avaient les mômes moeurs que les tribus gauloises, et occupaient toute la côte de la Méditerranée depuis l'embouchure de TAmo jusqu'aux frontières de l'Espagne. « Les Liguriens, cachés au pîed des Àlpes, entre le Yar et la Blacra, dans des lieux hérissés de buissons sauvages, étaient plus difficiles à trouver qu'à vaincre. Races d'hommes agiles et infatigables, peuples moins giurriere que brigands, qui mettaient leur confiance dans la vitesse (ie leur fuite et la proluiideur de leurs retraites , tous ces Iwrouches montagnards Salyens, Déciates, Euburiates, Oxvbiens, In^^aiines, écliappèrent longtemps aux armes des Romains. (Floris). » Les Salyens composaient la plus nombreuse et la plus puissante de ces tribus qui vivaient sous un svslenie général «le Irdération.

Les Phocéens jugèrent prudent d invoquer l'appui des Ségobriges, voisins du Rhône , et Protis . que plusieurs écrivains désignent aussi sous le nom d tuxèiie, se reudit, avec quelques-uns de ses compagnons, auprès du roi Nannus, pour sas-^m-tr d»' sa bienveillance. Le jour, où nos hardis aventuriers IVanciiirent le seuil de la demeure royale, Nannus avait appelé les principaux de la tribu à un banquet, à f issue duquel sa fille Gyptis devait choisir un époux, en lui présentant une coupe remplie d'eau , — coutume encore intacte dans plusieurs cantons du pays basque , en France et en Espagne. Le chef Ségohrige s'empressa d'accorder une généreuse hospitalité aux étrangers, et les convia à cette fête nuptiale. La belle Gyptis était absente, lors de leur arrivée. Elle n'apparut qu'à la lin du repas, se tourna vers les Grecs, sans même jeter les yeux sur les autres convives, et, frappée du noble maintien de Protis et de sa mâle beauté, elle lui offrit la coupe d'eau. Nannus applaudit au

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choix (le sa tille ; les deux jeunes fiinicés turent unis, el les Phoeéens obtinrent siuis peine la lihei té d élahlir leur colonie sur le territoire (les Anatiliens. L'emplnceiiient, (|ue leur cédaNannus, était abrité par des montagnes, dont la main des hommes a dénudé la cime, autrefois couverte d'épaisses forêts, et formait une péninsule hai^mée parla mer. C'est là, — sui- le penchant d'une colline du côté du midi, — qu ils jetèrent les fondements d'une ville, qu'on appela Massalia, de deux mots celtiques : Mas Salyorum , demeure desSalyens.

Or, ceci se passait la première année de la io'»»^ Olympiade , Ja 3 , 3 (>5(Qe de la création du Monde , la 1 oii^e de la fondation de Rome, ô*Ji) ans avant J.-C.

Une fois assuré de la possession du sol, Protis songea à se procurer les matériaux néc^saires à son nouvel établissement. Il ne pouvait compter sur les peuples barbares, au milieu des quels il était venu planter sa tente , et qui ne vivaient que de piraterie et de brigandage. Us étaient animés, pour les fîiooéens , de sentiments plus hostiles que bienveillants, et, loin d'aider à leur installation , ils devaient s'épuiser en vains efforts pour les chasser de la contrée. Protis renvoya donc à Phocée , sur la galère qui l'avait amené aux rives delà Gaule, quelques-uns de ses compagnons pour décider une seconde migration. Son espoir ne fut pas trompé. La singularité de son aventure , son alliance avec Nannus , qu'on pouvait regarder comme un heureux présage pour l'avenir de la colonie; la description pompeuse des avantages et de la beauté du site, oh allait s'élever la cité nouvelle, sous le climat le plus favorisé de la nature ; tout concourut à séduire les imaginations, à enflammer les esprits. Bientôt, des galères phocéennes à cinquante rames, é(juipées aux frais du trésor public, débarquèrent à Marseille des denrées de toute sorte, des matériaux, des outils pour le travail ; — désarmes pour la défense; — des graines, des plants de vigne et d'olivier pour la culture , — et un surcroît de population jeune, forte, ardente, instinctivement éprise d'amour pour cette patrie d adoption.

Ainsi, tout ce qui préside à la fondation de Marseille est empremt d'un caractère merveilleux et poétique. Son aurore se lève à l'horiy.on lointain de la superstition des premiers âges, et pour auréole, on voit briller sur son front la ilamme sacrée prise au sanctuaire du

temple de 8a mère ; mais dans cette origine mystérieuse , on devine le germe de grandes destinées, et l'esprit se plaît à voir le doigt de Dieu daos cette protection, dont la Providence opuvre déjà la cite naissante.

Traitée en sœur tant que vécut Nannus , la colonie de Protis devint, après sa mort, l'objet des craintes de ses voisins. Gomanus, fils et successeur du roi des Ségobriges, n*hérita pas de sa bienveillance pour les Phocéens, et la confédération ligurienne lui conseilla d'étouffer Marseille dans son berceau. Assurément ces barbares avaient tout à gagner dans le commerce intellectuel des Marseillais ; mab ils redoutaient leur esprit d'envahissement ; et leur prospérité rapide devînt pour eux un sujet de jalouse admiration. En effet , les enfants de Phocée avaient mis le temps à profit. Courageux et obligés de repousser les agressions continuelles des Liguriens, ils avaient organisé vigoureusement leur police, enfermé la ville et le port dans une ceinture de murailles formidables ; et , vainqueurs de leurs voisins dans plusieurs rencontres , ils avaient augmenté leurs domaines de toutes les terres conquises. Tandis qu'ils étendaient leur puissance territoriale , les Marseillais transformaient, comme par enchantement, l'aspect aride des monts et des vallées. Là où l'on ne voyait d ahord que des plaines oQ friche , commençaient à lleurir l'aloès , l'olivier , le citronnier aux pommes d'or , le figuier aux larfîcs feuilles ; puis au souffle de la brise se courbaient déjà les pi-eiuiers épis de hlé. Sur le flanc des collines serpentait la vigne au vert corsage , aux rameaux fléchissant sous le poids des grappes noires et blanches. — Partout enfin , les regards s'épanouissaient à la vue d'un paysa^^c Uiut illuminé des rayons fécondants du soleil. Il n'en fallait pas tant pour exciter l'envie des natures primitives et giossières de la Cmûc. Gomanus partagea sans peine les terreurs de ses sujets. \a' roi d'une petite contrée, un roitelet , comme l'appelle Justin , eut soin d'intéresser vivement son égoïsme à la ruine de Marseille , en lui représentant que, s'il ne prenait l'initiative , il serait anéanti lui-même ; et , pour achever de le convaincre , il eut recours à cet apologue ingénieux : « Une chienne , sentant approcher le moment de mettre bas ses petits , demanda à un berger de lui donner asile dans un recoin de sa cabane; celui-ci y consentit. Mais dès que la

chienne cul mis bas sa portée, et que ses petits fui eut <levenus grands, elle refusa non seuIcmLiit de sortir de la cahaïuî . mais aidée du secours de ses chiens , elle en chassa le vérital))!' maître. De même, ajouta le conteur, les Marseillais, de simples hôtes qu'ils sont , deviendront un jour les maîtres de notre propre pays. » Le trait alla droit au but. De ce moment, Comauus jura la destruction de la colonie Phocéenne.

Suivant la coutume des |)euples de l'ionie, les Marseillais célébraient, tous les ans, la floraison des vignes*. L'époque de ces fêtes était arrivée , et Ton en hâtait les préparatifs. Loin de soupçonner la trahison qui les menaçait, les habitants de la ville et des campagnes avaient interrompu leurs travaux et s étaient réunis dans une commune allégresse. La cité , belle et parée comme une fiancée , disparaissait sous les pampres verts et les guirlandes de fleurs ; et les échos répétaient à Tinfini les joyeuses clameurs d'une jeunesse avide de plaisirs. Les réjouissances devaient durer trois jours. Comanus, croyant le moment favorable k ses desseins , usa d*un artifice indigne du rang suprême, et que les mœurs de ces temps barbares expliquent sans li justifier.

Sous prétexte de rendre hommage aux Dieux , quelques soldats d'élite vinrent de sa part demander l'hospitalité aux Marseillais ; d'autres pénétrèrent dans la ville , cachés sur des chariots couverts de joncs et de feuillages ; et Comanus lui-même, embusqué dans les montagnes voisines avec une armée, attendit que ses émissaires vinssent, pendant la nuit , lui ouvrir les portes, pour massacrer tous les habitants , plongés dans le sonmieil. Le piège était hahilt nienl tendu , et la perte de Marseille imminente. Un miracle seul pouvait la sauvci" ; 1 aniour aeconqdit ce miracle, l ue jeune tille, parente du roi et maîtresse d'un grec, dont la beauté l'émut de compassion . lui révéla le complot dans l'abandon des plus douces carcââus, « in amplcxu juvenis, dit

• A Rome, on adorait, sons k nom do Flore, une (îivinit'' suppojsôe présider à la t'é-cmAlU^ dp la t< rro et à la croissance prosjHîre «les végétaux nourriciers de l'fmmme. Sa Tétc se célébrait au comineDcemr4)t de mai par des jeux , dont le seandalc avait fnssê en provertte. On rihmIsMtti dm le stade les eonrtiaaoes de la .ville , qui , à tro ordre et à un signal donnés, se dCirauiliieiii de toet vêlement et comaiaiçaieQt des ( ourses , dont le prix , coome celui des autres jeux imblles , était décerné , «u nom du peuple , par les magistrats.

Justin. » Les magistrats , aussitôt avertis par ramant de la tendre Ligurienne, prennent les mesures les plus énergiques pour châtier )a perfidie de leurs ennemis. Aprl's avoir tué les Ségohriges introduits dans leurs murs, les Marseillais s'arment rapidement, vont 4 petit bruit au-devant de Gomanus , et le surprennent dans son embuscade. Alors, au milieu des ténèbres, se fit un carnage affreux, impossible à décrire. rage des uns eut bon marché de la terreur des autres; la lutte était inégale. Cernés et refoulés dans des gorges de montagnes sans issue , les Liguriens cherchèrent à fiiir plutôt qu'à combattre, et roulèrent en cascades humaines jusqu'au fond des ravins , laissant aux aspérités du roc des lambeaux de leur chair , et répandant des flots de sang par leurs blessures béantes. 7,000 victimes furent immolées avec Gomanus à la vengeance des Marseillais. Elle était cruelle mais juste. Toutefois, si elle fut pour les tribus indigènes une preuve de la fermeté avec laquelle la colonie naissante était décidée à défendre le fruit de ses conquêtes, elle ne lui en suscita que plus d'inimitiés implacables. Les Phocéens n^en doutèrent pas, et , pour prévenir les agressions imprévues des Liguriens , ils multiplièrent les précautions en temps de paix comme en temps de guerre. De là vînt, chez eux, la coutume de fermer les barrières pendant les fêtes , de poster des sentinelles sur les remparts, d'avoir des veilleurs de nuit et de reconnaître les étrangers. Personne ne put entrer dans la ville avec des armes ; ceux qui en avaient, les laissaient, à la porte, à un homme chargé de leur garde , et les reprenaient en sortant.

Selon leurs prévisions , les Marseillais ne tardèrent pas d ejn-ouver à fomliit-n «ic dangers devaient les exposer Icnr renonnnée, leur puissance et leurs ricliesses. Les peuplades voisines se liguèrent de nouveau , et choisirent pour chef un des petits rois du pays. Calunuoi lus , — c'était son nom , — vint eft'eclivement mettre le siège devant Marseille avec une nomhreuso armée de troupes d'élite. Mais une femme , an visa^'o courroucé , lui apparut pendant .son M inmei! . et lui onloinia de faire la paix avec les Marseillais. L injagmalion t'iaj)pée de cette étrange vision, le chef barbare demande à entrer dans la ville pour y adorer les Dieux; il arrive au temple de Minerve, aperçoit, sous le portique, la statue de la Déesse, et s'écrie que c'est elle qu'il a vue en songe ,

et qui lui a prescrit de lever le siège. Alors, ne doutant plus que les Dieux accordent à Marseille une éclatante protection, il laisse roffrande d'un collier d'or sur Tautelde Minerve et jure aux habitants une étemelle amitié.

Cette fois encore, Forage fut détourné par une de ces causes futiles en apparence , et qui pourtant sembleraient suilire à expliquer rinter\'ention mystérieuse de la Divinité dans l'existence des peuples et des individus , appelés à devenir les instruments de ses profonds desseins. Mais il était écrit que la fille de Phocée , destinée k passer par de rudes épreuves , n'échapperait à un péril que pour tomber dans un autre. Loin dé renoncer à l'espérance de Tanéantir, les Ligures ne lui laissaient ni paix ni trêve, fls l'attaquèrent enfin avec un acharnement tel , qu*à bout de ses forces et de ses ressources » elle eût succombé sans un auxiliaire inattendu. Ambigat, roi des Bituriges , venait , à cette époque , de mettre sur pied une armée formidable , dont une partie, commandée par Sigovèse , passa le Rhin pour s^établir dans la Germanie , tandis que l'autre , sous les ordres de Bellovèse , marchait à la conquête de l'Italie. Tarquin-1' Ancien régnait toujours. Bellovèse avançait vers les Alpes , quand une députation de Marseillais sollicita son appui contre l'agression des Salyens. Le chef Gaulois écouta leur prière , et , — courant au secoure de la colonie f^recqiie , — il di!%sipa ses ennemis , lui fit restituer les terres enlevées , et lui en livra de nouvelles. « Il croyait, dit Tite-Live, (|ue c'était un aui^nire favorable de ses victoires au delà des Alpes, si un peuple, qui tentait à peu près la même fortune que les Gaulois, avait un heureux succès. ( i')00 avant J.-C. ) " Les armes de Bellovèse assurèrent définitivement 1 indépendance des Marseillais, et longtemps ils jouirent des bienfaits de la paix la plus complète. Cependant , tranquilles désormais (lu côlé de leurs voisins, ils durent , un jour , apprendre avec une douloureuse émotion , les événements qui, sur une scène éloignée, menaçaient Tcxistence do Phorée, leur mère.

Cynis volait de conquête en conquête , et . bien jeune encore , remplissait 1 univers du bruit de sa gloire. Quand , avec les forces du royaume de Perse, il abattit Grésus , à la bataillé de Thymbrée (548), conquit tout ce qui se trouve au-delà du fleuve Halys jusqu'à la mer , et réduisit en servitude des villes du continent , — les

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Ioniens voyaient s'élever très haut leur fortune. Vers l'année 543 . Harpagus , le Mèdc, lieutenant du grand roi, apparut sur la côte de r Asie-Mineure et vint assiéger Pliocée, ou n'exigeant des liaLiiaiits que lu destruction (1 une tour, comme témoignage de soumission. Le Sénat uhliiU, pour eu délibérer, une trêve de vingt-quatre heures. Alors, préférant l'exil à la domination du roi de Perse, les IMioeéens embarquèrent sur leurs vaisseaux les statues de leurs temples, leurs familles et leurs richesses, et s enfuirent vers lile de Chio. Mais les Chiotes leur ayant refusé un asile ^lans les roches stériles des îles /Enusses, ils retournèrent sur leurs j)as, envahirent leur ville à riin(>roviste , surprirent et massacrèrent la i^' u nison PçT'^e, adressèrent un dernier adieu à leurs foyers domestiques, une dernière [tncr e aux Dieux de leurs pères , et remirent ;\ la voile. Une fois en [)lcine mer, un chef phocéen iit rougir une masse de fer et la jeta dans les Hots en s écriant : «Que nul de nous ne reparaisse dans ces murailles, avant que cette barre ne surnage. » Et d'une seule voix tous répétèrent , avec les mêmes imprécations , ce serment , qui passa en proverbe , — Phocensium eœecralio !

Vain serment! vaines imprécations! L'amour du foyer paternel l'emporta sur la haine et sur la honte de l'esclavage. Plus de la moitié des fugitifs, vaincus par la douleur de l'exil , et ne pouvant détacher leurs regards noyés de larmes , du rivage ionien qui disparaissait dans la brume lointaine, se séparèrent de leurs compagnons d'infortune et rentrèrent dans le port de Phooée. Les autres se dirigèrent vers la Corse , ob, vingt ans avant, des corn* patriotes avaient fondé la colonie à*AlaUa. Ils y reçurent un accueil fratsmel et y séjournèrent cinq ans.

Vers Tan 538 avant J.-G. , les Àlaliotes, pirates comme leurs pères, commirent quelques actes d'hostilité contre leurs voisins les Etru»* ques et les Carthaginois. Ceux-ci, ligués ensemble, armèrent une flotte pour attaquer soixante galères d'Alalia. Le combat s'engagea dans la merde Sardaigno et fut terrible. Âu dire de Thucydide, les Alaliotes furent vainqueurs ; mais leur triomphe leur coûta cher; car, iisne sauvèrentque vingt navires, mis hors de combat, et ceux de leurs compatriotes, tombés au pouvoir des ennemis, furent impitoyablement lapidés. Cet échec porta un coup funeste à leur puissance. En butte à des haines implacables , ils abandonnèrent

leur ville, et pai iiiT'iit avec leurs familles et leurs trésors. Lrs uns ailèn nf Rhci^iuiii , et coiitinuèrciit luur course du côté de 1 llaiie in M'idioiiak' , où iisfundèrent la ville i\ Kléaihm les campagnes de la Lucanie. Les autres firent voile vers la colonie de Prolis, où les svmpathies les plus vives les dédommagèrent de tant de vicissitudes.

De l'arrivée de ces derniers émigraoLs (537 av. J.-C.) date rejlleàienl l'importance de Marseille , qui va prendre de rapides développements et dépasser la métropole phocéenne , courbée sous le despotisme des Perses. Â partir de cette époque , les Marseillais pressentent admirablement les destinées de leur ville parmi les nations barbares de la Gaule ; ils devinent que rexploitation du continent par le conuneree doit leur conquérir une suprématie durable. C'est vers ce but qu'ils concentrent tous leurs efforts. Malgré Tenthousiasme des premiers navigateurs pbocéens qui découvrirent les champs fertiles de la contrée, aujourd'hui connue sous le nom de Provence» Marseille ne pouvait compter qu'avec le temps sur les productions du sol. La culture de la vigne et de rolivier lui donnait seule à peu près des résultats notables. La pêche, le trafic et la navigation furent donc les trois branches principales de son industrie et ne tardèrent pas à grandir son influence, a Dans le gouvernement de plusieurs , dit Montesquieu , le commerce est plus souvent fondé sur Téconomie. Les négociants, ayant rœil sur toutes les nations de la terre , portent à Tune ce qu'ils tirent de l'autre. C'est ainsi que les Républiques de Tyr, de Carthai;e, d'Athènes, de Marseille, de Florence, de Venise et de Hollande ont fait le commerce.» En eOcl, uMii^és d'aller chercher, sur des lives loiulaioes, ce que la nature leur refuse , les citoyens de la jeune Phocée deviennent hahiles dans l'art de construire des navires et des niachiaes de guerre. Ils étahlis.sent un vaste arsenal et des chanliei*s de construction dans la pi-esqu'ile de Pharo, qui emprunte son nom au phare <iu'on y avait élevé. Puis , un jour, leurs nombi eux vaisseaux pcnèlrcnt dans tous les ports de la (îrèce et de l'Italie, et rapportent de ces riches contrées !• IVouient et les antres grains, en échange de leiu' saumure et de leurs vins, que Pline le naturaliste cite avec éloge. La vit^Mie et la pèche ont joué de hoiuje heure un grami rôle dans le conunerce marseillais ; nous en ^trouvons la preuve duiib les iiiédailics de la vieille cite. Le»

Grecs avaient 1 habitude de perpétuer, à l'aide de médaiites, le souvenir de leurs événements domestiques , ou dt* li nrs trausactii»ns nvec les Etats étrangers. Les médailles des Marseillais sont parliculièrement intéressantes sous ce rapport historique. Les unes représentent un cep de vigne ^ OU bien un trident et un poisson, pour signaler les années oîi In vcndnnge et la pèche avaient été abondantes ; les autres» à refïigie de Diane et d'Apollon, prouvent leur prédilection pour ces divinités païennes. L'élégante exécution de ces médailles, ainsi que des monnaies frappées aux types du /ton et du taureau, témoigne de oe bon goût attique , de ce génie que les Grecs avaient légués à leurs fils exilés.

Cependant, la fortune commerciale de Marseille eut à lutter contre de nombreux obstacles, venus du mauvais vouloir et deTincapacité des peuples voisins, comme aussi de la jalousie^es nations, qui jusqu'alors avaient seules tenu le sceptre des mers. Livrée à ses propres forces, elle n'en réussit pas moins à briaer toutes les entraves et en acquit plus de gloire et de renommée. Gartbage fut la première à remarquer, avec une envie profonde , les progrès de la nouvelle Répul)lique. Maîtresse des côtes d'Afrique, baignées par la Méditerranée «elle prétendit au monopole de la pêche, et captura, en pleine paix« quelques barques de prieurs Marseillais. Indignée de cette violation du droit des gens , 'Marseille usa de représailles. Ce fut lori^ine d'une guerre sanglante entre les deux Républiques. La fille de Pboeée en sortit trîoinphante , et la fière Cariliagn eut encore rhumiliation de recevoir la paix des mains des vainqueurs , qui suspendirent avec orgueil , dans leur citadelle et dans le temple de Diane, les nombreux trophées de leurs victoires.

Redoutable au-dehors et au-dedans , Marseille emprunta surtout sa l'or ce à la simplicité des rouages de son adiiiinistratioii , dès le comniencenicut de son existence politique. Elle avaiL adopté d'abord le gouvernement oligarchique de Phocée ; puis elle |>assa .1 mit' (ieiuocralie niiti^'ée. Les descendants des foiulaieurs de la colonie, — parmi lesquels les Protiades avaieiil ualurelleuient le plus d'influence, — s'étaient lou^^lenips irausniis l'autorité absolue, par droit d hei-edité. Knsuid' , ils appelèrent un grand nemlnc de cituyciis au partage ilu pouvoir. C est ainsi que la Conalilulioii Marseillaise revêtit inseuâiblemeut des formes républicaines de

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plus en plus accusées , jusqu à ce qu'elle eût atteint ce caractère de durée , que sii^nalt> Strabon.

CoiniDc nous lavonsfait remarquer, la troisième migration des Phocéens est le point de départ de la véritable organisation sociale de Marseille; organisation qui subit des dévelop|H;ments successii's, à raison d»; raocroissement de la ville en richesses , en territoire et en population Ah d» imt , 1 illustration de la naissance concentrait les emjtMis et le maniement des affaires publiques dans quelques Ikmiiles. La fortune étendit ce privilège. Alors fut créé un Conseil suprême de Six Cents Sénateurs , élus d'après le cens , et appelés Timouques^ — c'est-à-dire possédant les honneurs. Le candidat à celte dignité viagère devait être marié, avoir des enfants — et prouver qu'il tenait le titre de citoyen de trois générations au moins. Deux membres de la même famille ne pouvaient faire partie ensemble de ce Conseil. Mais quand une famille cessait de payer le cens fixé par la loi , elle avait le droit de présenter le fils aîné aux élections de ce Conseil , qui , selon tonte apparence , se recrutait lui-même ; plus tard , elle eut cette faculté pour le fils cadet.

Les Six Cents Sénateurs discutaient les affaires générales et laissaient à Qubae d'entre eux le soin de l'administration publique. Les Quînie déléguaient enfin une partie de leur autorité à TVoîs de leurs collègues , qui , revêtus de fonctions à peu près semblables è celles des consuls romains , représentaient ce que nous appelons de nos jours le pouvoir exécutif. Ces trois derniers, chargés des détails de la police intérieure , étaient les magistrats de tous les moments. Le Conseil des Six Cents décidait seul de la paix ou de la guerre » votait les lois , nommait les ambassadeurs , et prononçait sur les questions religieuses ou politiques.

Les historiens de Tantiquité se taisent complètement sur le sys^ tème d'élection du Conseil suprême. Le traité d'Âristote, touchant la République de Marseille , eût peut-être apporté la lumière sur ce point ; il a malbeurcusement été détruit. Tout ce que nous savons* c'est que le peuple, divisé en tribus , ne comptait pour rien , — ce qui fait 8uppos(;r rexislenec d une noblesse héréditaire , comme il résulte du nom de Proiiades, donné aux (b'sccndants de Protis.

Nous avons dit qu à son origine , la colonie se gouverna d après

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les ÎDstitutions ioniennes. Sa prospérité commerciale Tobli^ à les perfectionner. Suivant la coutume des Républiques Grecques , on ne voulait qiio personne pût ignorer les lois. A cet effet, elles étaient gravées sur des tables d'airain qu'on exposait au coin des rues ; — en sorte que le trans|presseur était exposé à un cbâtiment d'autant plus juste que la faute avait été commise sciemment Avouons qu'aujourd'hui notre fameux axidme de jurispnidence : — Niâ n'ett eemé ignorer la Ici, ^ serait infiniment plus rationnel , si l'on avait , comme les anciens , la précaution de mettre les peuples dans l'impossibilité de ne plus arguer de leur ignorance sur la Constitution de leurs pays. Les législateurs avaient inscrit, en tète du code Marseillais, deux peines terribles , dont le ftein ne contribuait pas peu à maintenir l'intégrité des moeurs. Cétaient Tinfamie et la mort.

Les sentences de mort étaient rares , comme te prouve la rouille qui lungeait le glaive de la Justice que Ton conservait depuis h fondation de la ville. La peine de Vinfamie , particulièrement appliquée aux malversations , entraînait la perte de tous les droits civils et la confiscation des biens. Un acte sév^^c de justice Marseillaise , que lappui Lc LuLiea , douua lieu à un truil d auiîtié bien touchant.

Ménécrate, fils de Cliarmolaiis , et Zénotliémis , tous deux sénaleurs , étaient riches et considérés. Le premier , gafjné par des présents , rendit une sentence inique. Accusé par le peuple et reconnu cnupal)le , il fut dépouillé de tous ses Im iis , juiis d^'rlaré infànu' el ineapal>le d'exercer, à l'avenir, aucune charge pul)li([ue. Il avait une fille unique , nommée Cvdimaque , hortîue , difforme, de petite taille, percluse de la niuiiié du cmpstH sujette à des accès d'épilepsie. En un mot, cétait un monstre de laideur. Ménécrate la dédommageait de ces infirmités physiques par la pli!!? tendre sollicitude , et comj)tait sur l'éclat de son rang et <le sa fortune pour lui assurer un sort brillant. L arrêt, qui ratteignaît, renversait d'un seul coup l'échafaudage de ses rêves. Comme il épanchait sa douleur dans le sein de son fidèle ami Zénoihémis : ~ « Rassurez-vous , lui répond ce dernier , ne pensez plus k votre fille , les dieux lui ont trouvé un époux, r) Puis , il prie Ménécrate de venir avec Cydimaque prendre part à un festin splendide

aïKjuol il invite plusieurs autres convives. Quand le moment (les lihiitions est arrivé, il présente la eoupe d'eau à Méiiécrule : H Ueeevez , tlit-il , ô mon père , recevez cette coupe île la main de votre gendre. Aujourd hui . j r|)onse votre tille. Ces convives m'en sont Irnioiiis , ils sont lein(tin> aussi (jue je déclare |)artap»r mes biens avec vous. » Il tint |)arole. Mais e était peu jmur lui d avoir accueilli chez lui Ménéeraleet d èlre devenu son j^endre. il méditait encore le projet de le l'aire réintégrer dans ses biens et sa dignité. Zénothémis eut de celte union, bénie du ciel, un fils dont la rare beauté reflétait, pour ainsi dire, la noblesse d'âme de son père. Un jour , il revêt ce jeune enfant d'babits de deuil , le couronne de branches d'olivier , symbole de réconciliation , et le présente à l'assemblée des Timouques , pour réclamer leur indulgence en faveur de son aïeul. L'innocence et les grâces de l'un , jointes à Téloquence et à la générosité de l'autre, désarmèrent la sévérité des magistrats, ils remirent au petit-fils la confiscation des biens de Ménécrate et associèrent de nouveau ce dernier à leurs trayaux , en le rétablissant dans Texercice de sa charge.

De pareils traits de vertu n'étaient point rares chez un peuple pénétré de cette vérité : — que le maintien des mœurs austères et d*une discipline rigoureuse pouvait seul assurer la durée de sa puissance. Admirablement servi par la' nature de son génie pour le commerce d'économie» il obtenait d'excellents résultats de la concentration de l'autorité , et mettait sa gloire à ne pas laisser arriver jusqu'à son cœur cette corruption qui annonçait la décadence des Républiques Ioniennes. Cest cette situation qu'a si bien dépeinte Montesquieu , quand il dit des Marseillais : « Il fallut qu'ils fussent laborieux pour suppléer à la nature qui se refusait ; qu'ils fussent justes, pour vivre parmi les nations barbares qui devaient faire leur prospérité ; qu'ils fussent modérés , pour que le gouvernement fût toujours tranquille ; enfin qu'ils eussent des mœurs frugales , pour qu'ils pussent toujours vivre d'un commerce qu'ils conserveraient plus sûrement , lorsqu'il serait moins avantageux. »

Les lois somptuair(>s de iMarseille fixaient la dépense de la parure au maximum de cintj ecus d'or ; les joyaux des dames ne |)ouvaient d«'[)as.ser ce chiffre. Cent écus d'or toruiaienl la dot la plus riche. L'usage du vin était interdit tl une façon si rigoureuse

aux femmes de tout âge et de toute condîtion , que leurs maris , su dire de RulB , avaient le droit de les tuer , si elles tombaient dans cette faute. L'hospitalité était encore une des vertus des fds de Pbocée. D'ailleurs « pleins de respect pour les anciens usages , ils avaient adopté une loi d'Athènes , qui permettait de dépouiller de la liberté , pendant trois fois , l'affranchi convaincu de trahison envers son patron. Mais k ia quatrième épreuve , l'afiranchissement était irrévocable , parce que le maître était censé avoir mérité ringratitude de son esclave.

Quelques écrivains ont prétendu que les Marseillais n avaient point de théâtre et ne connaissaient point les rcprcsLiitalioiks dramatiques. C'est une erreur il .iuiant plus llagrante , que les Grecs eurent une grande passion pour la poésie scénique. I^a tragédie, née du culte de Bacdnis, en fit toujours partie, (1 ( 0 culte est un de ceux (pii iureut en honneur à Mai soillc. Valôrc-Mnxinu', louant la sévérité des mœurs de cvlie ville, dit que « les inaf(istrats ne laissaient point monter sur la scène les houflTons et les miuH's , dunl les pièces ne représentaient que des actions infâmes , de peur que l'hahilude de voir de pareilles fictions n'inspirât l'idée de les imiter. >' Les mimes étaient une espèce do drame plutôt romain que grec, et dont l'argument et l'exécution devinrent par degrés, en elfet , d'une indécence révoltante. Mais 1 exclusion même de ce genre particulier de représentations, atteste l'existence d'un théâtre, sur lequelles Marseillais jouaient les ouvrages consacrés par l'usage et le génie grecs. La loi était encore plus sévère pour les charlatans et les prêtres mendiants qui , sous les dehors de quelque cérénmnie religieuse, cherchaient un aliment k leur paresse; les portes de la ville étaient impitoyablement fermées pour eux.

Les législateurs n'avaient point négligé de régler aussi la cérémenie des funérailles. Les regrets ne s'y manifestaient point par des pleurs et des lamentations , — par cela même que les douleurs véritables sont plus concentrées qu'expansives. Deux bières, appelées libitines, du nom de Libitine, divinité qui présidait aux ibnérailles , étaient placées aux portes de la ville , Tune pour les hoflomes libres , Tautre pour les esclaves. Un char poi*tait le cadavre au lieu de la sépulture, éloigné des murs au moins de deux

i8 HISTOIRE

mille |Mi8. Quelquefois , on brùlaii les corps , et l'on renfermait les cendres et le reste des ossements dans des urnes de verre on de brique; puis le deuil finissait le jour même dn la cérémonie funèbre par un banquet de famille. En creusant les fondements du bassin de la Darce , on a déterre un grand nombre de ces urnes pleines de cendres et d'ossements calcinés.

Toutes ces mesures , empreintes de sagesse et de prévoyance , étaient bien propres à tenir constamment les esprits en éveil. Mais une singulière coutume , que Voltaire a révoquée en doute , et qu'explique cependant la philosophie superstitieuse de cette époque païenne , c'était la sanction du suicide par les lois. Quand un citoyen justifiait des motifs sérieux qui le poussaient à demander & la tombe un refuge contre le désespoir ou le dégoût profond de la vie , le Sénat considérait comme un acte d'humanité de permettre à cet infortuné de boire la cigùe , conservée à cet effet dans un dépôt public de la ville.Get usage n'avait pas pris naissance dans la Craule, il venait de la Grèee , et Valère-Maximc en rapporte un exemple qu'il eut occasion d'observer dans l'ile de Céos.

« Platon dit que , dans une ville où il n y a point de commerce maritime , il faut la moitié moins de lois ( iviles , et cela est très vrai. Le commerce introduit dans nn oaioe pays différentes sortes de peuples , un grand nombre tie conventions , d'esjièces de biens et de manières d'acquérir. Ainsi, dans uin ville commerçante, il y a nunns de juges et plus de lois. (MONTESiji n i ^ » II résulte de ces rétlexions que Marseille dut avoir des Uns nombreuses et précises. Malheureusement il ne nous res!»> aucune trace de sa jurisprudence nautique et commerciale. Sans nul doute, elle la tenait de Phocée, qui elle-même I avait emjiruntée à Athènes. Ce qui nous confirme dans cette opinion , c est que les lois des autres Etats de la confédération Hellénique contiennent des dispositions identiques à ce que nous connaissons de la patrie de Périclès. Une inscription , anciennement découverte dans les caves de Saint- Sauveur , révèle , sous le nom de Dendntphore» , l'existence d'un collège de marchands de bois , de charpentiers et de constructeurs ; et prouve qu'à Marseille les artisans se constituaient , comme à Athènes, en corporations, sous la seule condition de ne porter aucune atteinte à l'ordre public. IHi reste , tous les écrivains sont

d'accord sur ce poînt que les Marseillais eurent le même droit maritime que les Athéniens et les Rhodiens.

Cétait bien d'avoir placé dans les lois constitutives de l'Etat le ' ^rme des vertus publiques et privées ; mais U importait de leur donner des conditions de durée , en façonnant les esprits k les respecter. Il (allait toute la puissance de l'éducation pour un pareil résultat. « On peut , dit Montesquieu , définir la vertu politique, l'amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une piéférence de Tintérét public au sien propre, donne toutes les vertus particulières; elles ne sont que cette préférence. C'est à inspirer cet smour que Téducation doit être attentive. » Les législateurs de Mtmeille avaient admirablement compris qu'il leur appartenait d'autant plus de diriger l'éducation, qu'elle est le palladium des gouvernements. Aussi était-elle de leur part l'objet d'une sollicitude toute particulière. La gymnastique était , comme chez les Grecs, la base de cette éducation. Les Lacédémoniens et les Gir^ois ouvrirent les premiers ces académies fameuses qui leur firent tenir dans le inunde un rang si distingué. La pudeur s'alarma d'abord, mais elle céda à l utilité publique. Ces institutions, d'ailleurs, se rapportaient à un grand objet , — l'ai t inililaiie. (Platon).

A Marseille, I iMlucation prenait les enfants à sept nns. llsétaicnt alors iiis( rilssur un rôle particulier jus(ju"à dix-buit ans a* romplis. Cla<îsés à eet Age parmi les épbèbes, ils acbevaieul leurs cours de gymnastique et commençaient l apprentissage militaire. A vingt ans, ils devenaient soldats et servaieiii jus |u à soixante , à moins (l'emprehement partirulier ou d'exemption exceptionnelle. Les enfans et les éphèhes étaient placés sous l'autorité d'ofliciers dtargés de diriger leurs exercices et de veiller sur leurs mœurs , et dépendant eux-mêmes du gymnasiarquc ou surintendant du Gymnase , dont les fonctions ne duraient qu'un an.

Telles furent, — dans les premiers siècles de son existence, — les moeurs et les institutions de la cité grecque ; — mœurs dont l'austère probité était passée en proverbe ; — institutions qui lui valurent des éloges de la part des écrivains de la Grèce et de Rome. Ëiïectivement, poètes, orateurs, historiens, philosophes l'unirent dans an même sentiment d'admiration pour «lie. Àristote, le précepteur d'Alexandre, composa un traité dans li but d'en présenter le

gouvernement pour modèle à tous les Autres peii|>le8. Tite4iÎYe fit parler en ces termes des députés Rhodîens plaidant devant le sénat romain pour la liberté des villes grecques d'Asie , contre le roi Eumène, qui en revendiquait la souveraineté : « Les habitants de • Bfarseille jouissent auprès de vous de là même estime , de la même considération , que s'ils étaient placés au centre de la Grèce. C'est qu'en effet ils ont su conserver » sans mélange et sans altération , ta langue , le costume extérieur des Grecs , et surtout les roceurs , les lois , le caractère national qu'ils ont préservés du contact de leurs voisins. » Gicéron , dont on pourrait citer vingt passages à l'appui (lu discours des Rhodîens, s'écriait dans sou plaidoyer pour Flaccus : « J'invoquerai en faveur de Flaccus, une cité (jui l a vu militaire et questeur, c'est Marseille; cette cité que j'incline à prél'érer, pour la discipline et la gravité des mœurs, non seulement à la Grèce, mais à toutes les autres iialiuus; celte cité, qui, si loin des contrées oii l'on cultive la langue et les arts de la Grèce , entourée des peuples de la Gaule , et comme battue des tlols de la barbarie, est néanmoins tclleinent régie par l'élite de ses citoyens, qu'il est plus facile d adiuirer que d imiter son exemple. »

Assurément ou ne contestera pas lautorité deccs L^nnics suMimes qui puisaient leur opinion dans l'étude comparative des lois si diverses des peuples. Toutefois il manquait à la constitution marseillaise un des éléments essentiels du principe républicain, — I égalité; non pas celle qui tend à courber toutes les intelligences sous le même niveau; mais l'égalité qui confère à tous, — les mêmes droits et les mêmes devoirs. Ainsi, indépendamment de l'interdiction politique dont la classe des plébéiens était frappée, nous voyons qu'à Marseille, comme à Athènes, la loi excluait du gymnase les enfants des citoyens pauvres, et leur fermait les carrières libérales, pour les obliger à la prali(|ue des arts mécaniques. Cicéron comparait le gouvernement des Marseillais à ce qu'avait été jadis, dans la patrie de Périclès, la r^rofmtedes Trente , et, dans son ouvrage intitulé : De BqMicâ, il disait : « Si les Marseillais, nos clients, sont gouvernés par les principaux habitants de leur ville, avec une grande équité, ia condition du peuple y paraît pourtant voisine de la servitude. » Au reste, on vient de voir que l'illustre orateur, loin de blâmer les institutions aristocratiques, voulait que le peuple demeurât en dehors des affaires

DE MARSEILLE. 9t

il*î I Etal. Il nous semble qiio nous avons sufTisainment expiu|ué If vrai raracti'rt' «If la république phoctrnrîc ])ar notre iléf'milioii de démocrniw mifîfjéc. applicable à son systniir j^^oiiverneiiK'iilal.

bi religion , Itasee svH" les idées superslilieuses e( poélicpies du ppnisHie , n était pas le lie!i le moins puissant tie ee faisceau d'institutions. Elle fut pour les Marseillais un motif d'entretenir avec la Grèce des liaisons favorables au maintien du génie national. Leur culte était complexe et, pour ainsi dire, double, comme celui de tous les Ioniens, qui , outre les divinités grecques , adoraient C)'l)Me et Diane d'Epbèse, divinités asiatiques qu'ils avaient trouvées en honneur en lonie. On se le rappelle , c'est sous les auspices de Diane que Protts et ses compagnons abordèrent aux rivages de la Méditerranée. Diane eut donc la première le tribut de leur pieux hommage. Os lui bfttirent un temple, dont Aristarché fut la prétresse. De là vient que les colonies , formées plus tard par les Pbooéens, considérant cette Déesse comme leur patronne, empruntèrent à la métropole toutes les cérémonies de son culte. Jupiter, Baochus , Minerve , Vénus , Pan , Hercule avaient des autels à Mar- Mille. Jupiter y était adoré sous le nom de Ho/icAen, à cause de DoUehéf Ile de la Grèce, ob ce Dieu avait un temple. En creusant le port de Harseille , on trouva une statue colossale de Jupiter, sur laquelle gravée cette inscription :

BEO DOLICUE5IO OCT. PATEIl?(V8 KX IVSSV EIVS PRO SALVTE SVA ET SVORVM.

Mais Apollon tir Delphes et Diane surtout furent toujours pour les Marseillais les objets sacrés d une adoralioii fanatique. Aussi, leurs t('i)ij)les étaient-ils renfennés dans l'enceuitc de la ciladclle. Paiisauias assure (ju'apH's une vii lowe éclatante siirlesCartliaf^iuois, l<'s ^l itM i liais envoyèrent inie statue d'Apollon au temple de Ot'lpiiL's. Ik sou côte, Sirubon dif pdsitiveuieut ((ue, pour consacrer la statue de Diane dans un temple élevé sur !<• mont Aventin , les Kt)mains apprirent d eux à faire des sacrifices à la manière grecque, en I honneur de cette Déesse favorite. Enfm, selon Denys fl llnru amasse , la dédicace de ce temple eut lieu vers Tannée m de la foiulation de Rome. {:»42 av. J.-C.)

Les Marseillais avaient une foi si profonde dans leur Divinité

2i HISTOIftE

tutelairc qu*ils lui attribuaient le mérite de leurs siirrès. Toute la p<)iii[M' dos sarrificj^s lui était réservée, et son teiiipli ^îait , coimuc à Kpli«'S(' , un refuge sacré pour les criuiineis. Dt jointes vierges et tles |)r êtres étrangers le dessen*aient ; mais cet iiouueur n'était a( cordé à ces derniers qu'au prix de leur virilité.

La religion des Grecs, on le sait , empruntait aux formes extérieures , à la magnificence de ses temples resplendissants de marbre et d'or, à la poésie de ses symboles, un caractère imposant qui agissait puissamment sur les imaginations. Le soin des législateurs de mêler partout a l'idée des Dieux l'idée de la patrie et du sénat, rendait ces deux choses inséparables dans la foi et le respect du peuple. Tout rappelait aux esprits les emblèmes de la Divinité ou du pouvoir; et ces deux principes dominaient si bien la vie sociale qu'ils enétaient, pour ainsi dire, les seuls régulateurs. Malheureusement, si celte divinisation de toutes les parties de la création, révélait, chez les peuples primitifs, la pensée instinctive d*un Etre suprême , elle puisait justement , dans l'obscurité même de son origine, ce fanatisme barbare qui en ternissait le prisme séduisant. Les Marseillais , par exemple, croyaient bien à Timmortalité de râme, mais sans attacher à ce dogme si pur Tidée d'un monde immatériel. « Selon la coutume des Gaulob, dit Valère- Maxime, ils se prêtaient entre eux des sommes d'argent remboursablea dans l'autre monde, parce qu'ils étaient persuadés que nos âmes sont immortelles, le les traiterais d'insensés, si cette opinion des Narbonnais n'était pas aussi celle du philosophe grec Pythagore. »

« Les hommes auraient été trop heureux , s'ils n'avaient été que trompés ; mais le temps , qui tantôt corrompt les usages et tantôt les rectifie, ayant fait couler le sang des animaux sur les autels, des prêtres, bouchers accoutumés au sang, passèrent des animaux aux hommes; et la superstition, fille dénaturée de la religion, s écarta de la pureté de sa mère. (Voltaire). » Ces liohtcaustes s'établirent par toute la terre. Pau.suiias assure (jue Lycaon en donna • le premier l'exemple en Grèce. Homère fait sacrifier par Achille douze Trovciis à l'ombre de Patrocle. Les Sevthes de la Tauride immolai* lit «1» s ctraugers. Les Tyriens et les Carthaginois arrosaient les autels du sang d un hoinme en l'honneur de Saturne. CIh'/ les lipuiains eux-mêmes, dit Plutarque, la mort de deux Gaulois et

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de deux Grecs expia le crime d une vestale. Les Gaulois, les Germains eurent eette horrible (outunie. Les Druides brûlaient des victimes humaines dans de grandes tigiires d'osier. Les habitants del'lonie sacrifiaieat des hommes à Diaoe d'Ë{^èse. Les Marseillais imitèrent leuis ancêtres , et cet exemple gagna leurs yoisins. La ville d'Arles, en effet, immola, toutes les années, trois jeunes hommes, jusqu'à ee que saint Trophime, son premier archevêque, abolit entièrement cet usage impie. Pétrone et Lucain s'accordent è jeter aux fils de Phocée le reproche de pareilles hécatombes. Mous devons bien les croire , si, comme dit Voltaire, «tout poète peint les mœurs de son pays. » Pétrone raconte que, toutes les fois qu'il s'agissait d'écarter un fléau, un pauvre s'offrait loi-même en victime expiatoire. On le nourrissait quelque temps, aux dépens du trésor, des viandes les plus délicates; alors revêtu d*habits somptueux , et couronné de fleurs , il parcourait la ville courbé sous le poids des malédictions populaires ; puis, on le précipitait dans les flots.

Le chantre de Pharsale a fait particulièrement de ces holocaustes abominables , une description qui , à part les exagérations de la poésie, semble ne laisser aucun doute à ce sujet : « — Non loin de la ville, raconte le poète , était un bois sacré , et dès longtemps inviolable, dont les branches entrelacées, écartant les rayons du jour, entci liiaient sous leur épaisse voûte un air ténébreux et de froiiles ombres. Ce lieu n'était point habité par le Dieu tutélaire des campagnes, ni par les Sylvains et les Nvmj)lH's des bois. Mais il dérobait à la lumière un culte barbare et d aflreux sacrifices, I^es autels, les arbres y dégoûtaient (h* snii^ humain ; et si ï<m peut ajouter foi à la superstitieuse antiquité, les oiseau.x n osiient s'arrêter sur les rameaux de ce bois ténébreux, ni les bètes léroces y clien lier un repaire ; la foudre évitait d y lonih»»r, et les vents craignaient d en agiter les branches. Mais, sans leurs sifflements lugubres, la forêt porte son horreur avec elle. De ses noirs rochers découle une onde impure ; les tristes simulacres des Dieux qu'on y adore sont informes et mutilés; leur attitude seule et la couleur livide de ces bustes, rongés par le temps, impriment une soimbre épouvante. L'homme ne tremble pas ainsi devant des Dieux qui lui sont peints sous des traits auxquels il est accoutumé. Plus

l'objet de son culte lui est inconnu, plus cotte obscurité le lui rend formid Les antres de !a forêt rendaient (disait-on) de longi» niugissi'iiieiits ; les arbres déracines et eouehés par terre se relevaient d eux-mêmes, ils offraient, sans se consumer, I image d un vaste incendie; et des dragons rampans à loni^s replis embrassaient les tiges de ces vieux chênes. Les peuples y portaient leurs offrandes, mais sans en approcher jamais. Leurs Dieux les en avaient chassés pour habiter seuls en silence. Les prêtres eiutmêmes, soit le jour, soit la nuit , n'y pénètrent qu'en pâlissant ; ils tremblent, saisis d'une profonde horreur en approchant de leurs idoles, (traduction db maimortel ). »

Quoiqu'il en fût de ces taches sanglantes qui ternissaient la pureté du culte gracieux des Grecs , Marseille n'en grandissait pas moins entre toutes les nations , — se gouvernant toujours avec sagesse , et ne s*exposant point , par la soif des conquêtes , « à ces grands passages de l'abaissement à la grandeur. (MoatasQuiso). » Aussi, était-elle une preuve de celte vérité, formulée par Fauteur de VEsprii du Lois : « — Que Feffet naturel du commerce est de porter à la paix.» Pendant que, d*un cété, sa Constitution politique contribuait puissamment à développer sa prospérité commerciale ; — de Tautre , la bonne ronommée de ses mœurs , de ses principes, son res[)cct profond pour le droit des gens , la supériorité de son génie créateur répandirent au loin les étincelles lumineuses de ce foyer intellectuel , où les tribus barbares devaient se régénérer. Effectivement , ce contact- de tous les jours , de tous les instants , produisit dans les mœurs de TArmorique une transformation graduée mais sensible. Le peuple indigène sentit sa rudesse native se fondre progressivement aux doux rayons du soleil de la civilisation. Son oreille prit plaisir à cette suave harmonie du langage hellénique. A l exemple des Marseillais, il cul des lois , planta la vigne, sema le blé, apprit à clore ses bourgs de hautes murailles , défricha ses forcis , traça des routes et ouvrit passage aux chariots des marciiaiids étrangers. Ses prêtres, ses philosophes, ses poètes s'instruisirent à l'ombre des écoles de la liouveiic Athènes ; et, « tel fut l'éclat répandu sur les honiiiK s et sur les choses, que l'on aurait dit la Gaule transplantée dans la Grèce plutôt que la Grèce dans Ja Gaule, (justin). »

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