CHAPITRE
Ecoles de Marseille ; leur renonunéc. — Adoption du grec chez quelques tribus gauloises.
— Pythéas et Euthyinèoes. — Prc^ès de rastroDomie. — Latitude de Marseille.-* T«figai el (Nvmges de Pythâii et iTEnlbyiiièoet. Coloides Manelllaiaes. — Les miiiet taffM. — Compioin Mmallais daoe llDiériear des Gaules. — AOiaDee des RooMiiis «I des Marseillais. — DrcoDUsau Capilole. — Mnrseillo eiivoiftau Sénat romain tout l'argmit du trésor public. — Rome rcconnais^iic accorde des distinctioas à sou alliée. — Anuibal dans les Gaules.— Marseille instruit Rome des menées du générai Carthaginois. — Anuibal poeie te RhOoe et fttiiehillef AIpes.^BrtaiDe de Canoës .^Déreiieineot dé Mineik
la cause des Romains. — Splendeur de Marseille comme puissance HUritilM. — Agression des Oxybiens et des Déciatcs. — Marseille appelle Rome à son secours. — Li^s Oxvbieos insultent et chassent l'ambassadeur romain. — Q. Opimius prend Œgytna et défait les Oxybieos et les Dédales.— Causes politiques de l'amitié des Rrâuios pour les Marseillais. — Mwseaie implore la dénenee da Steat eo ftveor de Phecée, dont la ruine est décrétée. — Agression et défaite des Salyens.— Foodatioii d*Aix. — Gucnc entre les Ar^ernes et les Romains. — Victoires de ces demiprs; ma.ssarrc de 12(),000 Gaulais. — Feriidie de b. Œnobordus. — Eovabissemcuts des Romains dans les Gauks.
— OsdHNlieat à dimiener rinineoee de Honeille,' et traDsfiiniBiit NiriMiiiDe en ville BHritinae. — Invasion des Teutons et des Claabree.— Harius est nommé général de l'armAe romaine. — Il fait exi-cnfcr dc-^ travaux gigaotesqnes dans les Gaules. — • DéAnte des Teutons des Gimbres. — Marias récompense ks services des Marseillais*
Nous avons indiqu(^ rinfluence que les Marseillais ( (nnmençaient à avoir sur les populations de la Gaule par la rolif^ion et par conimiTce ; on verra combien cette civilisation naissante , encore bornée à quelques contrées du midi , dut s' étendra et se développer par le ooneours de la littérature et des arts.
Les fondateurs de la nouvelle Phocée avaient apporté sur les rivages de l'Armorique toutes les traditions de l'Ioniè ; et parmi elles, Tamour des Lettres et des Sciences» qui faisait la gloire d'Athènes , ne tenait pas la dernière place. Aussi , les écoles de Marseille jouissaient-elles d'une renommée universelle. Des professeurs , salariés par l Elal , y donnaient publiquement dcsleçi>ns de dialecli(iue , d éloquence , de géographie , de jurisprudence , de théologie et d astrologie. Les Romains, qui eurent , de tous les peuples, la plus longue enfance iitleraiie, y accouraient en foule s'instruire à la vertu et apprendre les préceptes de l'art d éerireetde fart oratoire. Les plus grands hommes de i antiquité se sont inclinés devant ta supériorité de l'Académie et des écoles de Marseille. Cicéron la proclama V Athènes des Gaules, — Pline la maîtrise des éludes, et Tite-Live a dit comme Justin : «Cette ville était aussi polie que si elle avait été au milieu de la Grèce. » A cette époque, l'ascendant moral et social des Phocéens sur les tribus voisines se révèle singulièrement. Comme, dans les relations un peu suivies de deux peuples étrangers l'un à l'autre , c'est le plus civilisé qui donne son idiome à celui qui l'est le moins , il arriva que les Gaulois adoptèrent l'usage du grec dans leurs contrats , c'est-à-dire dans toutes les transactions libres d'individu à individu. César nous apprend « que la seule écriture, dont les Druides fissent usage, tant pour leurs affaires personnelles que pour les aflâires publiques, était l'écriture grecque. » Quand il essaya d'empêcher l'émigration des populations de l'Helvétie vers Toccident de la Gaule , il y trouva des tables de dénombrement en caractères grecs. Les inscriptions des monnaies gauloises sont également en caractères grecs. Evidemment ces peuplades barbares ne purent en apprendre l'usage que des Phocéens.
Un des faits les plus intéressants de l'histoire littéraire des anciens Marseillais , c'est le zèle avec lequel ils s'occupèrent de la conservation et de l'étude des poèmes d'Homère. Us avaient hérité cette vénération profonde , pour le chantre sublime de la Grèce , — de Phocée , leur métropole , qui prétendait , comme tant d'autres villes de l Asie, à l'honneur de lui avoir donné naissance. Ilsluicni, pai iiH les peuples grecs , un des premiers à compléter une édition d'Homère qui , sous le titre de MassalwUque , devint particulièrement célèbre.
Cependant , Marseille n'eut pas d'abord do poètes. Mais à la tète des hommes distingués qui s'élevèrent dans ses murs , nous KDControns deux mathématiciens , Pythéas et Ëutbymènes. Le pfemier , dont l'antiquité vanta souvent avec raison les connaissances astronomiques , est le créateur de la géo^phie. Tous deux, enfants de Marseille , tous deux contemporains , tous deux compagnons de travaux et de gloire , naquirent au commencement du cinquième siècle de TEre grecque (environ SftO av. J.-G.).
Avant Pythéas , les peuples vivaient dans une ignorance absolue les uns des autres. Les navigateurs allaient à tâtons le long des côtes d'une mer, débarquant au moindre signe de bourrasque , et oubliant , le lendemain , le pays visité la veille. Les notions astronomiques se bornaient à la connaissance de quelques constellations. Cet état de choses ne pouvait durer. C'est à Marseille qu'était réservé l'honneur de le faire cesser. Pyt|||éas savait tout ce que les pythagoriciens enseignaient sur la cause des éclipses et nirle monde planétaire. Hipparque proclame sa supériorité, dans la science astronomique , sur Eudoxe , l'une des gloires de la Grèce. Au dire de Plutarque , il avait, sur le flux et le reflux de la mer, mi systèiiiu qui cunstatail la relation des marées avec les phases de la lune ; — système adopté par Descartes deux mille ans plus tard. Enfin, il délerniina la latitude de Marseille avec une exadiiiide [wcsque rigoureuse, en comparant l'ombre du gnomon àsaliauteur, à l'époque du solstice. D Où Erathostène et Hipparque conclurent, suivant StialH*n, que la distance de Marseille à l'Equateur était de i.'i dei^rés 17 minutes. Gassendi, le pèreFeuillée etCassini ont l eeonnu la justesse de rol»servalloij de Pythéas Les ouvrages de ce savant, parmi lesqu<'ls nous citerons le Pcnj)le du monde et le Livre sur l'Océan, perdus ;iui uurd'hui, existaient encore au temps d'Etienne de Byzance , écrivain du V*^ siècle. Ceux d'Euthymènes , également auteur à un Périple , et d une espèce i\v Chrotiifiue ou Histoire des temps, à l'aide de laquelle Clément d Alexandrie paraît avoir essayé de fixer l'époque précise oii vivait Homère , ont disparu depuis le siècle de Sénèque.
' Cassini fixa cette latitude à 43 degrés 17 miaules 37 secondes (1^). Depuis qu'on a pcffedioaDé ks îuttroneirts, «i aNOMoa qu'elle était àt 43 degrés 17 miDutes 47 lecoodes
Dès que Marseille , délivrée de ses embarras intérieurs , voulut disputer les flots à Garthage , elle comprit la nécessité d'acquérir les notions qui manquaient à ses pilotes sur la configuration du globe. Dans ce but, elle confia k Pythéas et Euthymtees Tbonneur d'explorations nouvelles (320 av. J.-G.). Les vaisseaux de ces deux hardis navigateurs' poussèrent au-delà de la Propontide et dans la mer Noire^ et pareoururent les edtes occidentales de l'Afrique, d'où Ton tirait la poudre d*or, jusqu'au-delà des bouches du Sénégal. Celles des monnaies Marseillaises, qui offrent l'empreinte delà girafe et de rhippopotamc, consacrèrent sans doute le souvenir de U découverte de ces côtes et du grand fleuve qui en débouche. Vers le Nord , ils dépassèrent de beaucoup le terme connu de fai navigalion des Phéniciens, et s'avancèrent jusqu'à la hauteur de la Norvège. C'est à cette excursion de Pythéas vers ces parages que se ratta<'h(î la ^rciiiiùre muiUion faite , dans la géographie , des iialioiis geimaniques, dont quelques-unes étaient alors éparses sur les bonis (le la mer Baltique. Ces voyages loiiilains n'avaient point (lu reste détourné Tattention des navigateurs Marseillais de l'intérieur delà Gaule. Ils lavaient traversé en tous sens , et s'étaient ouvert, le long du Rhône et de la Loire, une voie jusques aux e(jte8 de l'Armorique. Là, ils recevaient l'étain , l'ambre jaune et les antres produits de la Grande-Bretagne , qu'ils apportaient, pai* la même voie , aux rives de la Méditerranée. Us eurent de même des communications avec le nord-est de la Gaule.
Pythéas et Eulhymènes ont été vivement attaqués, 1 un [lar Polybe et Strabon , l'autre par Sénfcque , pour quelques erreurs bien difficiles à éviter, à une époque où l'art nautique était encoi'e dans l'enfance. Mais un écrivain moderne, M. Bougainville , a noblement vengé leur mémoire» en rendant justice à des travaux qui avaient fait faire un si grand pas à la science.
Non contente de porter au loin la gloire de son nom , Marseille songea à augmenter sa pnisFance territoriale , en tirant parti des champs inexplorés , dont elle était entourée. L'extension toujours croissante de son commerce lui faisait un devoir de créer des colonies, qui pussent lui servir d'avant-postes dans l'intérieur de la
' Fythtiaâ explora, le Nord et Eutbymèacs le Midi.
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Gaule et le long des cotes de la Méditerranée. Un jour, Rhodaiwsia, ntaée près de rembouchure occidentale du Rliône , auquel elle a laissé son nom , et Bhoda, en Espagne près des Pyrénées, — • toutes deux abandonnées par Rhodes leur mère , — courbèrent le front sous le seeptre de Marseille, et, pour symboliser cette alliance protectrice , placèrent le lion massaliote sur leurs médailles à eèté de la rose , leur gracieux emblème.
Une fois débarrassés de cette double concurrence , les Ioniens tenaient les defs de la côte. Aussi , maîtres de ces deux points principaux , ils tracent un demî-eerde dans les terres et les relient à la métropole par une chaîne d'établissements fortifiés à l'Orient et à l'Occident.
Mtmaco , jadis célèbre par son temple d'Hercule, devient, à l'Est, le premier anneau de cette chaîne ; et successivement Ton voit
s'élever : Niée (Nicœa) , la victorieuse , réunie au Piémont depuis 1814; — puis, en-deçà diiVar, sur le territoire des Gallo- Li^îiires , AtUibcs , (AiUipolis) , la sentinelle destinée à contenir les Dtrialcs , les Oxybiens et les Nénises ; — Athénopolis , la nouvelle Atliènes , j)fès de la Caranquc d'Antéa, entre A^ay etNapoule; — Fréjus, oii \'m trouve le trépied d Apollon qui lui fut donné parles Ma!-( Unis ; — Eoube (Olbia) rheureuse ; — Ayde (Agatha) , la Lonne turtune, sur la rnUi du Lanj^uedor; — ffahms . la marchande de sel ; — Taurœidum , la ville du taureau , au fond du golfe des Lecques , à I opposé de la Ciotat ; — Trézène , la fille du fleuve Taurion; — Cilharista , la harpe ; — Dénia (Hemeroscopium ou Dianium) , ainsi appelée du temple de Diane qui dominait tout le promontoire et la mer , — Saint- Gilles (Heraclœa Cacabaria) ; — Eléa . dans le golfe de Salerne ; — Lagaria , près de Thuriùm , — Abarnos, la ville du continent : — Marseillan; — les villes du marché et de F étang Mari lima, Siomalimné, dans les Gaules, et Àmpurias dans la Catalogne. Cette dernière, surtout, conserva la pureté de ses mœurs et de son langage, nu milieu de la corruption des peuples qui Tenvironnaient , jusqu'au jour où les Romains s'en emparèrent. S'il faut en croire Diodore de Sicile , une circonstance bien singulière amena, è la suite d*un tremblement de terre , dans les Pyrénées, la découverte de mines d'argent fort riches. Des pâtres ayant mis le feu aux forêts épaisses qui couvraient ces montagnes,
la vioîonre de 1 incendie fut si {^'rande , que la chaleur des flammes pénétra le sol , et que du sein de cette leiTe brûlante s'échappèrent •des sources d'argent pur. Cet écrivain , convaincu de l'authenticité de ce fait, ajoute que les Phéniciens profitèrent de T ignorance des naturels du pays , pour leur donner quelques marchandises de peu de valeur en échange de cet aident; et que , pour en perdre le moins possible, ils firent entrer ce métal au lieu de plomb dans la falirique de leurs ancres. Les historiens en ont conclu que le but des Marseillais , quand ils établirent des colonies en Catalogne, était principalement d'exploiter les mines des Pyrénées.
Au nombre des possessions Marseillaises du cAté de la mer, il faut encore comprendre quelques iles voisines , telles que les Stœchade» , aujourd'hui les Iles d*Or ou d'Hyères : Porquerolles , Port-Groi et nie du Titan ; — toutes trois destinées à surveiller les courses des Pirates; — puis l'Ile à' If (Hypoea) , — Ytfe de BaUmneau , — la PonUgue, au sud de la précédente; — enfin les lies de Urine , dont la plus grande et la plus voisine de la côte est l'Ile Sainte^ Marguerite, devenue fameuse par la captivité du Masque de Fer ; — et dont la plus petite est l'Ile Saint-Honorat , qui eut, plus tard, une célèbre abbaye de bénédictins ; « toutes deux désignées par les navigateurs de l'antique Phocée, sous le nom poétique d'o^erié des mere , à cause de leur surface plane , couronnée par la crête verdoyante des pins , qui , alors comme aujourd'hui, donnaient à ce golfe la physionomie gracieuse d'un lac plutôt que l'aspect sévère qu'ont généralement les bords de l'Océan ou de la Méditerranée. (h. tournaibe.) »
Après s'être assurée des côtes , Marseille éta])lit des eomptoirs dans l'intérieur de la Gaule. Elle n'y fonda point , il i^t \ t ;ii . de ville purement grecque ou phocéenne. Mais sa population se multiplia et domina si bien dans les villes li^'nriennes on eelticjues les plus voisines de la uier , — ces villes passent pour des colonies Marseillaises. Telles sont celles de Cavaillon , de Saint- Jean-dt-Gargtiier, de Trets iH A Avjqtwri. Saint-Hcmi, anciennement nommé Glanum , d- pt [idit au^.si <le la eité Phocéenne , comme le prouve une médaille , trouvée récemment sur le territoire de Saint-Remi, avec le type de celles de Marseille. Sur pK sque tous les points de la Provence , ou a découvert et l'on découvre.
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chîKjue jour , des monuments qui attestent l'antique domination di s Marseillais. Nous ii'uvuiis aucun kiiioi^iiage de leur séjour dans le pays moutagueux et sauvage des llelvieus, qui fut depuis IcVivarais, et forme maintenant le département de l'Ardèche. Eu revanelie , ils possédaient plusieurs villes sur le territoire des Voices-.Vrécomi(iues , riche, fertile et à portée df Irms colonies. ^4r/es , la spacieuse, Nîmes Bézirrs était-nt les trois principales de ces villes, où ils se hâtèrent de s établir. 11 existe des monnaies de Béziersau type de celles de Marseille. Nîmes reçut une peuplade de Phocéens 559 ans avant J.-C. Elle porta longtemps, dans ses armes, le taureau d'or de Marseille , et eut la même fonne de gouvernement. Des inscriptions, trouvées dans ses mines, constatent qu'elle eut un théâtre grec sous les Romains , et qu'elle fit usage du grec sur des monuments érigés en Tbonneur des Empereurs. Ai-lr s échangea son nom celtique contre celui plus moderne de Théiiné , que lui donnèrent les Marseillais , pour marquer la fertilité de son territoire ; et le grec (ai si généralement employ é dans cette ville , qu'il 8*y maintint jusque sous la domi* Dation des barbares.
Cet aperçu de l'ancienne géographie de Marseille suffit pour prouver que nulle république grecque n'eut un territoire plus étendu que la sienne. Aussi bien , grâce à ses comptoirs Jetés de toutes parts , réussit-elle à devenir l'entrepôt de la Bétique , de la Gaule t de la Bretagne et de l'Italie. Si donc quelque chose lui eiH manqué pour exercer de Finlluenee sur les populations de son voisinage, ce n'eût été ni l'autorité » ni l'espace.
Cependant il n'est pas possible de fixer la date de la fondation des vingt-quatre ou vingt-cinq villes , sur lesquelles pesait hi domination de Marseille , soit par droit de conquête , soit à titre de métropole et de fondatrice. C'est justement sur la première période de son existence, qui va jusqu'à la seconde guerre punique, que l'on a le moins de notions satisfaisantes. Or , ce fiit pendant cette même période de trois cent quatre-vingts ans, la plus curieuse et la plus intéressante à coup sûr , que les Marseillais eurent le plus d'occasions de montrer la constance et l'activité de leur caractère; qu'ils créèrent leurs principaux établissements, portèrent leur commerce jusqu'aux limites <iu monde alors connu , et donnèrent
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à leur Constitution politique cette forme définitive qui fit l'adminilion de l'aotiquité.
Quoi qtt*il en soit , ces villes, heureusement placées sur la côte, comme des sentinelles vigilantes , formaient , avec ces comptoirs disséminés dans Tintérieur des terres , une li^e formidable contre la barbarie des indigènes. Unies à leur métropole par la conformité des croyances religieuses, du langage et des mœurs, elles ne relevaient pas de son gouvernement. Elles vivaient en Etats libres, d'après le système colonial des Grecs, choisissaient leurs magistrats et avaient leurs législateurs. *
Les agrandissements territoriaux de Marseille ne pouvaient manquer d'exciter l'envie des populations vobines et de réveiller des inimitiés sourdes , qui n'attendaient que le moment de se traduire en violentes agressions. Elle le pressentit et comprit pour elle la nécessité de s'appuyer plus que jamais sur une alliance solide et imposante, siu 1 alliance de Kunie , qui lui avait déjà donné des gages de sympathie. C'est en eflet suas ^es auspices qu'elle devait s éicver au maximum de sa puissance et de sa splendeur. Elle avait, d ailleurs, des raisons bien autrement impérieuses pour rechercher cette protection au pi ix du dévniK ment le plus ahsolu. On se rappelle que les tètes d airaia des liburnes grecs avaient plusieuiN fois brisé les t^alérfs puniques. Jalouse de Carlhage , qui seule lui disputait reiij|nr i' tk-s mers et le monopole du connnerce , depuis la souniissidii de Rlioda , Marseille était trop faible pour saisir corps à corps le ( olosse al i h inn. C'est donc avec joie qu elle prit le parti des liomains qui all aient engager la lutte à sa place. De son côté, Kome , n aspirant qu à la gloire des armes , voyait sans inquiétude la prospérité commerciale de son alliée, et comptait sur sa fidélité, sur sa faiblesse même, pour la réalisation de certains projets de conquête sur la Gaule , peut-être en germe déjà dans son esprit. « On n*a jamais remarqué aux Romains, dit Montesquieu , de jalousie sur le commerce. Ce fut comme nation rivale , et non comme nation commerçante qu'ils attaquèrent Gartbagc. Ils ( raignaient tout d'un peuple barbare et non d'un peuple négociant. D'ailleurs, leur génie , leur gloire , leur éducation militaire , la forme de leur gouvernement les éloignaient du commerce. » Toutefois , Marseille
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Il aval i encore oa\ avec Ronu; (|ue des rapports passagers. Son flëvoiHMiH'nt fut mis à l épreuvc dans une ciiTonstanre suprême. Des députés, envoyés à Delphes pour déposer sur les autels d'Apollon Toffrande de ia République phocéenne, trouvèreni , à leur retour , Rome envahie par les Gaulois sénonais. La ville était en feu; le Capitule seul résistait à Brennus qui exigeait des sommes éoormes pour prix de sa retraite. Les députés se hâtent de venir apprendre à leurs concitoyens les désastres de Rome. Sans se livrer à un désespoir stérile, les Marseillais réunissent tout l'argent du trésor public et [ envoient au Sénat romain. Le secours était inutile alors; car, dans Tintervalle , Camille avait chassé Brennus etsescohortes barbares. Les Romains n en témoignèrent pas moins leur gratitude à leurs alliés, en leur accordant des distinctions honorables. Les vaisseaux, partis du Lacydon, purent entrer, francs de tous droits , dans les ports de la République , et les Oligarques eurent le privilège de s'asseoir dans les arènes , à côté des Sénateurs. (389 av. J.-G.)
Vers Tan 218, Marseille commença d*avoir avec Rome des relations plus étroites; et, dans les guerres puniques, elle embrassa ardemment, et h ses risques, le parti de son alliée. Annibal, — vainqueur en Espagne , — comptait sur le concours des Gaulois Cisalpins pour aller attaquer , au cœur de Tltalie , la rivale de Garthage. Mais il rencontra de la résistance chez les Gaulois Trans4ilpins , (pii n^étaient pas animés des mêmes sentiments hostiles contre les Romains ; et ce n'est qu'à force de présents qu'il put s'avancer jusqu'aux rives du Rhône.
Instruit des menées d'Annihal par Marseille, le Sénat romain envoya des ambassadeurs aux Gaulois , pour leur demander de ne point livrer passage aux Cartlia^nnois sur leurs terres et par leurs villes: et. nulle part, ces députés neiUeiidireat une seule parole de paix nu d iiospiialiU' , avant d arriver à Marseille. Là, ils apprirent qu'Anaihal ne pourrait pas compter sur cette nation indomptable et farouche, si I or ne lui gagiiait l'affection des chefs. Dès que le iîf'iit'ial Carthaginois eut passé l'Ebre , et se fut avaneé dans les Gaules, les Marseillais eu informèrent le Sénat. Aussitôt, le eonsul P. Cornélius Seipiou partit de Rome aver soixante vaisseaux longs et une légion, longea les côtes d £truric , de Liguric , les
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iiM iilacrnes des Salyens, aborda à Marseille , et campa près de l'cmboucliure du Rhône !a plïis voisine. A peine croyait-il «jirAnuîbal eût franchi les Pyrénées. Coitiint* i! le vit sf préparer dej t à passer le Rhône, P. Cornélius, ne sachant où marcher à sa rencontre, et ses troupes n'étant pas eiicoi e assez remises des fatij^mesde la traversée, détacha trois cents cavaliers d élite avec des guides Marseillais et des auxiliaires Gaulois pour tout observer, et pour recounaitre Tennemi sans s'exposer.
Après avoir lié les autres p(>uples par la crainte ou les présents, Annibal voulait traverser le Riiôoe à quatre journées de la mer. Les Gavares , — qui occupaient le territoire représenté h peu près par le département de Yaucluse , — se rangèrent sur la rive gauche du fleuve , pour barrer le passage au général Carthaginois, dont les promesses n'avaient pu balancer l'influence des agents Marseillais. La ruse réussit là oh avaient échoué les séductions et h force , et Annibal passa le Rhône , malgré les barbares.
Trois jours après, le consul P. Cornélius s'avança vers le camp des ennemis, avec le dessein de livrer bataille. ^ Le camp était désert. Jugeant alors qu'il ne lui serait pas facile d'atteindre les Carthaginois qui avaient sur lui tant d'avance , il retourna yen ses vaisseaux , afin d'arrêter Annibal plus sûrement à sa descente des Alpes. Mais la victoire marchait sous les enseignes puniques. La fatalité pesait sur l'empire Romain , et c'en était fait du colosse , si , après la bataille de Cannes (210), le général Carthaginois ne lût aile perdre le fruit de ses triomphes dans les délires de Capoue.
()liLi->.Naiit à une sage inspiration, comme à la noblesse de ses seiitiiiH'nts. Marseille resta tidèle à la mauvaise fortune de son alliée. Elle mil l iif :« s;» tlispo.sition, son or, ses arsenaux , ses galères, les javelots (le ses tfesates , et la servit jusqu'à la victoire de Zama , remportée parSci|)ion sur Annibal, et qui termina la seconde guerre punique (202 av. J.-C.). Aussi Rome paya-t-elle ma^^nifiquement ses services , en lui laissant l'exploitation de l Orient , après la chute de Carthage (440). Car il entrait dans sa politique, de partager avec ses auxiliaires les dépouilles des vaincus. La célèbre bataille de Chéronée (338) avait fait perdre aux Athéniens toute leur prépondérance commerciale. La puissance maritime des
!"ji iis(|ups était disparue depuis lun^^-tcinps. Tyr avait Huccomhé ^ous les aniiL's d Alexandre-lt'-riiand . ('oriiilhe, à son tour abattue par le consul Muniinius (I , devait entraîner dans sa ruine la Uépublicpie des Acliéeiis. Le pavillon Maiseillais aurait donc flotté sur les mers sans rival et sans cuncui renée , si une seule ville , — Alexandrie-la-Grande , — fondée en 33i , n'eût alieint, dans l'espace de deux siècles à peine, un degré de splendeur jusqu'alors înoonnue. Mais la République Marseillaise dut enoore être fière d'occuper le second rang comme puissance maritime.
Cependant la liaute ambition des Marseillais n'était pas Gomplblement satisfaite. Ils ne jouissaient , dans l'intérieur des Gaules, que d*un territoire toujours contesté. Inquiets de voir des étrangers s*étendre sur toute la côte de la Méditerranée , et pousser leura hardies investigations jusqu'au delA du Yar , les Oxybiens et les Déeîates assiégèrent Nice et Antibes; Marseille appela Rome à son leoonrs. Le Sénat confia à trois commissaires, Flaminius, Popilius- Lœna et L. Pappius , la mission d'aller juger te difierend et de ramener les peuplades Liguriennes à des sentiments pacifiques. Les galères romaines voulurent aborder à OEgytna. Déjà Fjaminius était descendu sur le rivage avec ses ballots et ses serviteurs , lorsque les Oxybiens le sommèrent de remonter sur son vaisseau et de s'éloigner. L'ambassadeur romain ne céda point à cette arro> gante sommation , malgré lescrisdemortde ses ennemis. Aussitôt, ses bagages sont pillés, deux de ses gens massacrés; et, l>Iessc lui-mèine , il n a (|ue le temps de se réfugiera hoid de sa pdère, de faire couper les câbles des ancres , et de s'enfuir daii^ hi dii t eiiou de Marseille , où les soins les plus empressés lui sont prodij^ués.
Instruit de t el odieux altrrit, Il . (dnimisau i)ir|jiis du diuit des îrens, le Sénat Romain donii;i I otdie mu consiii (K Opiniius d'aller punir l'injure faite à sou andiiissjideur. Opinuus part en toute hâte avec une lei^ion , arrive devant Ul'lgjina , la prend d'assaut , et , suivant la coutume de sa nation , envoie tous les liabitants au marché des esclaves. De là, il s'avance à la rencontre des Oxybiens qui , au nombre de 4,000 , et sans attendre les Déciates , venaient témérairement lui offrir le combat. Après une victoire facile , où périrent un grand nombre de ces barbares , il écrase les Déciates Mxmrus au secours de leurs alliés. Les vaincus n'obtinrent la
paix (\u iï (îe darcs condifKuis. Ils livrèicul leurs armes, furent obligés d envoyer à Marseille des olaj^es (ju ou devait éclian^erà certaines époques, et perdirent une partie dr Unirs teiTe«. 0|)iniiu» posa des r^inips au milieu d eux , pour niar cpier la prise de possession de Rome, et les Marseillais s enrichirent des vallées (pi on leur enleva. C'est ainsi que les Romains , — parvenus à 1 apogée de leur puissance après la ruine de Cartilage , — pénélrërent d'abord comme auxiliaires dans l'Aquitaine (pays des eaux) , pour y jouer bientôt le i-ôie d'envahisseurs et de conquérants. Là est , nous le répétons , le secret véritable de leur amitié pour Marseille , sur laquelle ils comptaient essentiellement pour accomplir leurs projets. Nuls sacrifices ne leur coûtaient d'ailleurs pour reconnaître les services de leur alliée; — même celui de leurs propres rancunes,
eux qui ne savaient point pardonner et se vengeaient tdt ou tard des blessures de leur orgueil.
Lorsque Attale m , qui devait le royaume d'Asie à leur munificence, eut la gratitude de leur en laisser rhéritage par son testament, Arislonicus , fruit des amours ill^times d'Eumène ii , prédécesseur d* Attale, avec une courtisane d'Ephëse, s*en empara comme d'un patrimoine. Rome envoya le consul Perpenna pour combattre Tusurpateur. Les cités d'ionie, — ainsi qu'elles l'avaient déjà fait pour Antbiocus , — prirent le parti d'Aristonicus , qui paya de sa liberté le dangereux honneur de s'être mesuré avec les légions Romaines. Les villes , qui s'étaient déclarées contre Rome , portèrent également la peine de leur audace. Le Sénat ordonna leur destruction. Le terrible décret fut exécuté. Ouand arriva le lourde Phpcée , Marseille, épouvantée du sort de su ron<latrice , chargea des anil»a>>adeurs d aller iujplorer la clémence du Sénat et du peuple : «Vous avez prononcé avec justice , ilirent-ils , un arrêt rigoureux conln; iMioeée. Nous n'avons pas comnjis la faute qu'elle a laite, mais nous partageons son repentir et sa condauuialion. Phocée est notre mère , et tous ses eidants, vos lidèies alliés , à vos pieds , vous demandent grâce pour elle et pour nous. (cREviEh). » — ï.*' Sénat et le peuple, touchés de leurs prif res , accordèrent à la pieté liliale le pardon de la cité rebelle (127 av. J.-C).
Là ne se bornèrent point les preuves de rall'ection iuléressée des
Romains pour Marseille. Au nord de eeUe ville, vivait la trihu des Salycns , dont un savant niodernea prétendu re(oiiii;utr(! l aueien mallus dans des ruincsàuu quart d'InMin* d Aix. Ti ntninal <'n ôt-.ut le chef inlrrpide. Le jour où ils mcnarèrcnt l exislfiice do ia rité Grecque, Rome se mit en mesure de déleiidre son alliée contre ces barbares. Fulvius vint avec une armée et ne fit rien de mémorable. Mais peu de temps après, les tribus Liguriennes, écrasées par les légions de C. Sextius-Calvinus, subirent le sort de leurs voisins les Décia tes et les Oxy biens. II fallut rendre les armes aux Romains et céder tout le territoire maritime aux Marseillais. Dès cette époque, Rome commence à révéler ses vues ambitieuses sur la Gaule , et le système largement spoliateur du Sénat déborde tout à coup la politique des Timouques. Après la soumission des Salyens , Caîus Sextius-Calvinus , au lieu de reprendre ia route dltalie , établit ses quartiers d'hiver sur la terre conquise , et dans les premiers jours du printemps , les Marseillais et les Salyens apprirent que Rome venait de prendre possession de TAquitaine , en jetant les fondements d*une ville baptisée du nom du consul et de celui du lieu, — Âguœ Seatiiœ (Atx) (421 av. J.-G). Il n'en fallait pas davantage pour éveiller les craintes de la puissante nation des Arvemes , dont la domination embrassait l'Auvergne d'aujourd*hui et s'étendait jusqu'au territoire de Marseille, aux Pyrénées, à l'Océan et au Rhin. Bituitus , leur roi , cherchant un prétexte de guerre , demanda le rétablissement de Teutomal. Sur le reftis deDomitius , les Arvemes se levèrent en masse et se préparèrent à ta lutte. Dans cet immense conflit , dont T issue était douteuse , les Marseillais décidèrent les Eduens à s'allier avec les Romains , [)our abattre leurs rivaux les Allobroges et enlever aux Arvernes la suprématie qu ils s'étaient arrogée.
Bituitus vint hardiment à la rencontre de l'armée ennemie conduite par y. l^ almis Mi(\iinus , et la vii toire, un moment balancée, resta aux aigles romaines. Plus de I 20.000 Gaulois périrent dans lette liataille, elles enux du Rliôni' furent rougies du sang des victimes. Comfiie !?îfni(us était parvenu à gagner les (X'vennes, Domilius (S^!iobardus 1 attira dans sa tente , sous prétexte d'un entretien , le reçut sous la foi de rhospitalité , le chargea déchaînes et le fit transporter à Rome par mer. Le Sénat n'approuva pas
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celle perfidie , mais il eul peur que , rendu à la liberté , Bituitus ne recommmicàt la pierre. On le reln^ua dans la vi!l»' d \lbo , où. il mourul. Ti lis iinn»''t>s après, une nouvclltî coiujut te phiça sous la domination il( s K(»iii;iiiis , les Voiccs-Arôcomicjues , qui étaient vol iii^ (iu lihi'tne vt habitaient le long de la mer, clans ce qu'on appelle niaintenanf le bas Languedoc ; puisloule la partie de l'Aquitaine subjuguée et réduite en province Romaine, emprunta la dénomination de Gaule Narbonnaise à la colonie de I^arbonne , fondée par le consul Marcius Narbo.
Ainsi *le jour était venu , où Rome solidement établie cherchait à s'emparer, au détriment de son alliée, des avantages de ce mouve- ' ment commercial qui reversait dans les murs de Marseille les richesses de l'univers. Quoique située à douze milles de la mer , «Narbonne , transformée en ville maritime par un de ces puissants efforts du génie Romain , n'avait été bâtie que pour neutraliser et attirer vers un centre nouveau l'influence de la cité grecque. La flotte , qui surveillait la province , stationnait dans son port ; les vaisseaux de la République y abordèrent sans s*arréter au Lac^don , et Taigle romaine édipsa bientôt , sur la mer , le taureau Marseillais.
Cet esprit d'envahissement se fit encore sentir davantage dans l'intérieur des terres. Narbonne , placée entre les Aquitains et les Phocéens, coupa les communications des deux peuples. Partout, dans la province , à l'idiôme hellénique se substitua la langue de Rome ; — aux mœurs, aux croyances , aux lois de la République grecque, succédèrent insensiblement les mœurs , les croyances , les lois de Rome ; et , seulement alors, Marseille comprit qu'en ouvrant à son alliée le passage des Gaules , elle était, pour Tavenir, r instrument de sa propre décadence.'
Cependant Rome n'avait pas eu le temps de se consolider dans la Gaule Narbonnaise , quand une irruption formidable de barbares vmi ei)i ailler violemment sa puissance, et, par contrecoup, menacer l'existence de Marseille.
Chassés du Julland par une révolution physique qui , à la suite d'un tremblement (le terre , avait livré une partie de leur ri% ii^e à la mer , les Teutons et les C.imbres rouH'rent du Nord au Midi de l'Europe , comme une avalanche terrible , entrainant avec eux les
Ambrons et les Tectosages » inondant la Gaule septentrionale , puis k Gaule Narbonnaise , et promenant partout le fer et la flamme. Le consul Cépion essaya- d*opposer une digue à ce torrent de barbares. Il s'empara de Toulouse, capitale des Tectosages, la livra au pillage, pour la puuir d'avoir trahi tes Romains et dépouilla le temple d'Apollon d'une masse immense d'or et d'argent , qu'il envoya sous escorte à Marseille. Paul-Orose ajoute qu'il lit assassiner , en route , les hommes chargés de la garde de ce trésor ; — accusé de ce crime , plus tard , Cépion perdit ses biens , lut exilé , et le bourreau déflora ses filles.
Les hordes barbares, accourues du fond de la Baltique, vengèrent les Tectosages en taillant en pièces Tannée de Gassius , sur les bords du lac Léman , et celle de Hanlius et de Cépion , dans une autre rencontre , près du lUiône , oh périrent 80,000 Romains et 40,000 esclaves. Désormais , les Teutons et les Gimbres étaient maîtres de toute la province , et Ibrseille k deux doigts de sa perte. Epouvantée de ces désastres , Rome se hâta de confier à Marins le salut de l'Italie.
Capitaine habile , vaillant et artif, céRhre par des surcus éclatants , le vainqueur de Jiigiii ilta .(< i iva dans la Gaule iN'nrhonnaise à l'époque où les harliares avaient dirij^é leurs eouises vers l'Espagne. Il en profit;» , jiour taire exécuter ti iiumeiises travaux \y:ki' ses soldats. La prudence exigeait (ju'il assurât des ajjjii ovisiuimemcnts h son armée par l'Italie : mais comme de larges bancs de sable obstruaient l'embouchui e du lUiùne , il fit creuser depuis ce fleuve jusqu'à l'étang d' Astronirla ^aujourd'hui le port Martigues), UJi < Hiai auquel il donna le nom de Fosaœ Munanu-.
Les Cimbres et les Anibro-Tcutons Iranclurent de nouveau les P}Ténées ; et , le partage du butin fait entre les trois nations , ils se divisèrent en deux masses. La première , composée uniquement de Cimbres, se dirigea sur l'Italie, par le pays des Noriques, pour culbuter Oittilus qui défendait ce passage. La seconde , formée des Teutons et des Ambrons , pénétra par les Âlpes maritimes , en balayant en chemin les légions romaines. Marins avait choisi , pour asseoir son camp, un poste, d'où il pùt surveiller les deux routes qui conduisaient en Italie , et se croisaient à Arles. Avec des clameurs eff'royablesetdes provocations furieuses et insultantes , les barbares
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déployèrent leur iiiultilude dans la plaine et dressèrent leurs tentes en face des (entes romaines. Marins , contenant l'impatience de ses levions , alterulail , avant de livrer bataille, qu'elles fussent familiarisées avec la vue de leurs féroces ennemis. Après avoir inutilement tenté de forcer ses retranchements , les Ambro- Teutons défilèrent devant le camp romain, pour continuer leur route vers l'Italie. Quand les derniers rang» furent passés, Marius les suivit et les observa des hauteurs jusqu*à Aix. Ils allèrent se ranger sur la rive gauclie du Cœnus , en deux quartiers séparés. Celui des Ambrons, placé très près de la rivière , était aussi le plus voisin de la ville de Sextius. Marîus vint alors s'établir sur une eolline qui dominait la plaine. La position était avantageuse ; mais il n'y avait pas d*eau, et lorsque les soldats, dévorés de soif , en demandèrent à leur général , il leur répondit en leur montrant le Cœnus : « Allez l'acheter avec votre sang. »
Alors , pendant que les Romains fortifient leur camp sur la montagne , les valets et les esclaves, armés d*amphores , de haches, de lances, descendent à la rivière , pour puiser de Teau , et enga* gent l'action avec les Ambrons , qui se reposaient des fatigues de la marche , les uns {)luugés dans les eaux chaudes , les autres gorgés de vin et couchés pèle-méle dans la plaine. Marius ne peut retenir ses légions ; elles se précipitât du haut de la colline sur les barbares , les chargent avec impétuosité , les culbutent dans le Cœnus, bientôt rempli de cadavres , et les poursuivent jusqu'à leurs chariots , qu'ils auraient pris sans l'énergie des femmes Anibrones. La nuit mil lin à cette lutte acharnée, et les Romains, épuisés de lassitude , se retirèrent sur la colline , dans leurs retranchements, tandis que les Ambrons se réfuîjiaient dans le eamp des Teutons. Ce fut une nuit pleine d'anxiété et de terreur [)our l'armée romaine, qui s'attt Mtlait, à tout moment, à une attaque dans les ténèbres, et fi < laissait , en entendant les échos répéter le mu^rissement sui immain des lamentations de ces barbares. Occupés à enterrer leurs morts, les Amhrotjs laissèrent à Marins le temps do cacher 3,000 hommes d'élite dans les bois où s'appuyait le camp des Teutons.
Le second jour , Marius sortit de ses retranchements , rangea ses légions sur les pentes de la colline jusqu'au bord de la rivière et
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fit descendre la cavalerie dans la plaine , iK)ur escarmoucher sur le front. A celte vue, les barbares prennent tumultueusement les armes et poursuivent les (nvaliers, qui , simulant la retraite, les allireot au-delà du Gœnus. Mais , refoulés par le cboc des G('>nr)is , — qui fondent sur eux comme un torrent , et chargés à l' improviste par les 3,000 bommcs de Marcellus, ils brisent leurs lignes, et sont écrasés après une résistance terrible de plusieurs heures. — « Les Romains en tuèrent , assure Plutarque , ou en firent prisonniers plus de cent mille. Quelques historiens , ajoute-t-tl , ne conviennent pas du nombre des morts ; ils disent seulement que depuis cette bataille (102 av. J.-G.)i les Marseillais firent enclore leurs vignes avec les ossements de ceux qui avaient été tués.'» En efibt , la plaine , oh Marius remporta cette fameuse victoire , fiit tellement encombrée de cadavres, que les habitants d'Ain lui donnèrent le nom de Gampi Putridi (Fourrières), à cause de rîmr mense putréfaction qui s'ensuivit ; et le mont qui la domine reçut celui de Sainte-Victoire , qu'il porte toujours.
Après avoir remercié les Dieux en célébrant un sacrifice au pied de ce mont , Marius mit ordre aux affiiires de la Gaule Narbonnaise; et, nommé consul pour la cmquième fois en son absence, il retonma en Italie, oh il compléta son oeuvre glorieuse par la destruction des Gmbres.
Marseille, que Rome eût inévitablement entraînée dans sa chute, si la' fortune eût trahi le génie de Marius, n'avait pas été la dernière à mettre k la disposition du général Romain , ses trésors , ses munitions, ses subsistances et ses guerriers. Cette fois encore ,
elle retira la récompense de ses services. Possesseurs des Fosseï Marianes grâce à la générosité de Marius, les Marseillais creusèrent
un port, désigné dans l itinéraire maritime sous le nom de Gradtu MassUianorum , et qui dessine maintenant les étangs de Galéjon
< ■ Dans le nombre des prisonniers , il se trouva 300 femmes , qui ne poaml serémiidn àvivra tfec d*aiilNs hoamm qo*a?ae kon époux , sopplîèniit Harnu de les donner à
Cèïh 00 à Vénus , pour servir dans leurs temples en qualité d'esclavr s. Marius !e refusa , soit par dureté , soit parcequ'il n'était point mattre du butin ; et ces Temuics , poussées par le désespoir , massacrèreat him eafiwts et s'étrai^Uirent de leurs propres mains dans une nuit , préOnat UDO ttorl violenta I la boula de lenîr les caprices d*oo maître . et ét itlewle trionpliades OMiirlrMn datoni»4H}ux.(PAP0i()< •
et de Lagagnau. Ensuite ils constrnîsirL'nt sur la côte un phare , pour guider les navires , des édiiices destinés à loger des receveurs à servir d'entrepôt aux marchandises; et, maîtres désormais, sans toncurrence , de tout le comniei c e des Gaules , ils se créèrent un menu considérable à l'aide de droits établis sur la navigation de ce canal.
Le village de Fox-les-Martigues rappelle peut aujourd'hui le souvenir des travaux gigantesques du vainqueur des Cimbres.
ciiÂPiiuK m.
MUhaÊOU dans b Gmle NtiliODntisa. -~ Miri» et Sylit. — Serloriui chiaié de II Gaule per tHnipée. — Siège de Marseille. — Fontéius, gouTeneur de la province, vient à son secours el la délivre. — Fontéius accusé devant le Sénat romain. — Marseille prend sa défense ; il est acquitté. — Splemleur (3e Marseille — Blilou à Marseille. — ivia César achève la eoDfuéte des Gaules ei redierche l'amiiié des Marseillais. — César etPunpée.— IvMiOe se dédiM pour PtaqiéedaiMkginrradvileqiU partagerait^ romain. — Sége de Marseille par César. — Combat naval et défaite des Marseillais. — Pompée leur rovoie du secours. — Us sont de uotivcau battes sur mer par Rnitus. — Trébonius pousse vigoureusemeot le si^e. — Les Marseillais implorent une &usp«nsioo. d'imnes — Baptun de la Mve. — Gaosea de cette mptere. La» ManaîBem sa idôgiMBlftsaraBdreàdiacrétioii. <— Retour de César ; déoMacadériaolra du vioaqBear. — FiMcs triomphales h Rome ; l'iniage de MOTailla cSQtm J flgnia. — CtoérOD et Lucain veitgeat Marseille de cette humiliation.
Le passage des barbares du Nord et des légions romaines laissa dans la Gaule Narbonnatse de sonrdes agitations , et comme un germe de révolte , que les Tectosages et les Ârécomiques essayèrent dedévelopper. Deux années consulaires vinrent comprimer quelques soulèvements partiels , notamment celui des Salyens , qui prenait un véritable caractère de gravité. En cette occasion comme tou^ jours, Harseille fut Fardente auxiliaire de Rome. C'est à cette époque qu'éclatèrent les querelles de Msrius et de Sylla , — querelles qui
léguèrent des pages à» sang à l'histoire , car les spoliations et les proscriptions accompagnaient seules les triomphes du parti Tainqueur. Les proscrits , qui ëcbappërent à la vengeance de Sylla , cherchèrent un asile dans les murs de Marseille et de Narbonne ; mais ces deux villes s'étaient déclarées pour le rival de Marins, et leurs portes furent fermées aux fugitifs. Du nomhre était le jeune Sertorius , qui 8*étaît distingué dans les giierres des Gimbres et des Ambro-Teutons. Sertorius , sûr des sympathies des Voconces et des Volees-Arécomiques , pénètre en Espagne , réunit les restes du parti de Marius , et s'apprête à franchir les Pyrénées , au moment où It's Aquitains s'insurgent et battent Manilius Népos, propréteur (le la province romaine. Serrées entre deux insurrections formidables de Gaulois ot d'Ibères , Narbonne et Marseille étaient sérieusement en danger, lorsque Pompée, chargé par Sylla de réduire Sertorius , ai rive avec Catulus dans les Pyrénées, disperse les peuples révoltés des deux bords du Rhône , et, de concert avec Fontéius, gouverneur de la province, force, Sertorius à sortir de la Gaule Narhonnnise (78 av. J.-C.). Les villes furent liappées de proscription, el l^•nlpée se rendit en Espagne, après [avoir livré aux Marseillais , en vertu d'un décret du Sénat , toutes les terres situées sur la rive occidentale dulUione, depuis la mer jusqu'au Vivaivii^.
Mais l odieuse adinunstration de Fontéius opprimait tellement les Voconces, lesHelves, les Teciosap^es , les Arécomiques eties Allobroges, que, — s'en j)renanl dans leur colère h Marseille, — « tous se donnèrent rendez-vous sous ses nuirs. Les remparts de cette cité pesaient au sol Gaulois ; on n'ignorait pas (ju elle avait la première appelé les Romains dans un pays vainement protégé par la barrière des Alpes; que , constante alliée de la nation oppressive, elle avait à la fois exécuté les cruautés des légions et partagé les dépouilles des vaincus. La ruine de cette colonie abhorrée fut solen^ nellement résolue, et la vengeance réunit sous ses murs des tribus ardentes qui souriaient à sa ruine prochaine. Massalie était forte et bien peuplée ; elle vit , sans s'émouvoir, aa'ourir ces peuples dont les tentes se dessinèrent autour de ses fortifications ; mais la résistance , quelque habile , quelque courageuse qu'elle fût , ne pouvait plus longtemps prolonger une défense lassée par des
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toiiibats terribles et des haines envenimées, (l. méry). » Marseille allait sui'coin!)er sans le secours de Fontéiiis , qui courut ensuite délivrer Narlj*)ane , à son tour menacée par les (iaulois. Enfin Pompée , revenu d'Espagne , acheva la paciiicalion des Gaules eu bivernanl dans la l'iovence.
Du jour I l insurrection fut étouffée. l'avarice et les implacables veni7»'anct's du gouverneur de la piDVHîce soulevèrent partout une ti l!*' indignation , qu'une phiiiitti lut portée contre son administration devant le peuple ll inaîii Taudis que indutiomar , le plus considérable des djefs All^lu ( ges, s'avaii<.'ait vers Rome à la tête de la députalion chargée d accuser Fontéius, Marseille, de son côté , envoyait des députés pour le défendre. Le procès fut solennel. L'accusation, soutenue par M. IMctorius, fit énergiquenient ressortir les exactions de 1 infâme proconsul. Mais le peuple Romain n accueillit les députés Allobroges qu'avec des quolibets. Cicéron parla en faveur de Fontéius , écrasa les courageux accusa^ leurs sous le poids de son insultante ironie, et son client fut absous.
Harseille, qu'un sentiment exagéré de gratitude avait seul poussée sans cloute à prendre la défense d'une mauvaise eause , fot encore exposée, ainsi que Narbonne, à la haine agressive des Allobroges. Les Romains accoururent à sa voix. Le préteur Pomptinus, chargé de faire face à cette guerre, incendia, saccagea les terres des révoltés, et écrivit au Sénat que le pays des Allobroges était pacifié, (titi-live). A Tombre de cette protection qui ne lui faisait jamais défaut, Marseille avait alors atteint le plus baut degré de splendeur qu'elle pût voir. Elle était devenue pour tous un séjour de délices ; et ceux que frappait la justice du Sénat romain , sollidtaîent , comme une grftce , la faveur d y passer le temps de leur exil. Hilon , banni de Rome , pour avoir assassiné le tribun Glodius , s'estime fort heureux d'avoir obtenu de. ses juges la permission de se retirer dans ses murs. Gioéron, dont la voix éloquente n'avait pu le faire absoudre , lui envoie son plaidoyer corrigé , et Mîlon lui répond : « Je vous remercie de n'avoir pas fait si bien d'abord. Si vous aviez parlé ainsi, je ne mangerais pas de si bon poisson & Marseille. » Gatilina , une fois ses sinistres projets découverts , propose de s'éloigner de Rome , si le Sénat consent à le laisser vivre tranquille sur le territoire marseillais. Mais cet éclat, dont
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brillait la elté grecque , ne pouvait être durable. Les causes mêmes de sa grandeur allaient servir à sa ruine politique. Ne tirant pas sa force d'elle-même pour s'être trop habituée à compter sur 1 appui (les Romains , dans les circonstances critiques , il fallait qu'elle succombât, du moment que leur puissante main se retirerait d'elle. On a vu que , pour le triomphe de son ambition , Rome ne craignait pas de payer par l'ingratitude les services de sou alliée , on lui opposant la concurrence de ses comptoirs. Maîtresse d'une partie de l Âcjuitaine , dont les barbares du Nord et la i ev(»[tede Sertorius n avaient pu la déposséder , elle rêva l'asservissement de toutes les (luules. Jules César eut la gloire d'achever cette conquête préparée par les iMarseiliais ; César , qui , passant un jour comme l'ouragan sur la colonie de Protis, devait de sou souiUe la renverser dnns la poussière.
Touli luis . pendant dix ans que dura sou gouvernement, le rival de Poujpee recliercba l'amitié des Marseillais ,et, pour prix de leursservices , non seulement agrandit leur territoire , mais encore lesautorisa à augmenter leurs droits de péacre et les différente» impôts sur le commerce. César, aussi bien que Pompée, avait doiu des droits à leur ail'eclion. Pourtant, la fatalité les plaça dans la < r u( lie alternative de choisir entre le conquérant des Gaules et le vainqueur de Mithridate . dans la guerre civile qui, à cette époque, ébranla le monde Romain.
Chaque pays adopta uu parti, suivant l'impulsion de ses intérêts ou de ses haines. César, représentant de la force militaire, semblait recueillir l'héritage de Marins , en s' appuyant sur la masse plé> béienne. Pompée, soutenu par l'aristocratie et tous les pouvoirs de l'Ëtat , paraissait défendre la meilleure cause , celle de Rome et de sa GoostitutioD républicaine. Gaton était avec lui. Cicéroi^ avait dit : « Mon choix n'est pas douteux. S'il faut prendre les armes , j'aime mieux être vaincu avec Pompée que de vaincre avec César. » La vérité est que ces deux illustres rivaux couvraient leur ambition profonde du manteau de l'intérêt public.
Dans ce conflit suprême , Marseille désirait conserver la neutralité. Cétait son devoir ; mais avait-elle bien toute liberté d'action? En pareille occasion , le consul Q. Flaminius disait aux Âchéens , soUidtés de se déclarer pour les Bomains ou pour Antîoebus :
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• YouB vouleB être fieutres ; y peasez^vouB ? Les villes neutres sont toujours la proie du vainqueur.» Les Hafseillaîs n'étaient que trop pénétrés de cette vérité incontestable , quand les droonstancea vinrent la forcer à choisir entre César et Pompée. Ce dernier ,
croyant pouvoir compter sur leurs sympathies , avait engagé plusieurs jeunes hommes des plus nobles familles de Marseille , qui se trouvaient à Rome , lors de son départ , à faire en sorte , par leur crédit , que leurs concitoyens n'oubliassent pas ses bienfiiits pour les services récents de César. En même temps, Domilins , nommé au gouvernement des Gaules, partit pour Marseille avec sept galères prises à des particulittrs d lgilium et de Cosanum, et qu il* avait remplies d' esclaves , d'affranchis , de colons de ses terres. De son côté , César essaie vainement de pénétrer dans la ville , et demande une conférence. Le conseil des Quinze se rend près de lui^ et le proconsul les sollicite vivement d'embrasser ses intérêts , en leur conseillant « de se conformer au sentiment de l'Italie entière, plutôt qu'à la voloiUè d un seul. »
Les députes insf : nisirent le Sénat des vœux de César; et bientôt, de retour dans le * aiiip du erénéral romain , ils lui rapportti ont, en prést iK e (It SI S 11< iiienants , une réponse dont Lucain a poétiquement exprinit' les nobles sentiments :
« Romains , dirent-ils , vos annales attestent que , dans les guerres du dehors , Marseille a dans tous les temps partagé les travaux et les dangers de Rome ; aujourd'hui même , si tu veux , César, chercher dans l'univers de nouveaux triomphes , nos mains vont s'armer et te sont dévouées. Mais si , dans les combats où vous courez , Rome , ennemie d'elle-même , va se baigner dans son propre sang , nous n'avons à vous offrir que des larmes et un asile. Les coups, que Rome va se porter , nous seront sacrés comme ceux de la foudre. Si les Dieux s'armaient contre les Dieux , ou si les géans leur déclaraient la guerre , la piété des humains serait insensée d'oser vouloir les secourir par des vœux ou par de faibles armes; et ce ne serait qu'au bruit du tonnerre que l'homme, aveugle sur le destin des Dieux , s'apercevrait que Jupiter serait encore maître de TOlympe. Ajoutes au respect qui nous retient , que des peuples sans nombre accourent dans vos camps , et que ce monde corrompu n'a pas assez le crime en horreur, pour que vos
guerres domestiques manquent de glaives et de ministres. Et plùt aux Dieux que la terre entière pensât comme n us . (ju elle refusât de seconder vos haines , et que nul étranger ne voulût se mêler à vos combaUaiits ! Que feriez-vous, livrés à vous-mêmes? Est-il un fils à qui les ai-mes ne tombassent des mains à la rencontre de son père? Est-il des frères assez barbares pour croiser leurs lances et se percer de traits? La guerre est finie , si vous êtes privés du secours de cvu\ h qui elle est permise. Pour nous , la seule grâce que nous vous demandons, c'est de laisser loin de nos murs c€s drapeaux , ces ai^'les terribles ; de daip^ner voii« fier à nous , et de consent u' que nos portes soient ouvertes à César et fermées à la guerre. Permets , César, permets qu'il reste sur la terre un endroit inaccessible au crime , et sûr également pour les deux partis , où Pompée et toi , si jamais le malheur de Rome vous touche et vous dispose à un accord , vous puissiez venir désarmés. Du reste , qui peut Rengager, quand la guerre t'appelle en Espagne, à suspendre ici ta marche rapide? Est-ce de nous que le succès dépend? Nous ne sommes d'aucun poids dans la balance des destins du monde. Depuis que ce peuple , exilé de son ancienne patrie , a quitté les murs de Pliorée , livrée aux flammes , quels ont été nos heureux exploits? Enfermés dans d'étroites murailles , et sur un rivage étranger , notre bonne foi seule nous rend illustres. Toutefois , si lu prétends assiéger nos murs et briser nos portes , nous sommes résolus à braver le fer et la flamme, et la soif et la faim. Si tu nous prives du secours des eaux , nous creuserons , nous lécherons la terre ; si le pain nous manque , nous nous réduirons aux aliments les plus immondes. Ce peuple aura le courage de souffrir pour sa liberté tous les maux que supporta Sagunte assiégée par Annibal. Les enfants qui , dans les bras de leurs mères défaillantes , presseront en vain leurs mamelles taries et desséchées par la faim« en seront arrachés et jetés dans les flammes ; Vépouse demandera la mort à son époux chéri ; les frères se perceront Tun l'autre pour se délivrer de la vie ; et cette guerre domestique nous fera moins d'horreur que celle où tu veux nous forcer, (trad. dk hakhoutbi.) » Cette harangue n'émut pas César , qui à ses premières sollicitations ajouta tout ce qu'il crut de nature à vaincre les répugnances, à effrayer la témérité des Marseillais. Forcés par son opiniâtreté
de prendre un parti , ceux-ci se déclarèrent pour Pompée. Alors , ils se préparèrent h une tléfense énergi(|ue, établirent des fabriques darmes, réparèrent leurs nuirailles, leurs portes, leurs navires ; firent entrer dans leur ville tout le I)lé des cantons et des eliàleaux voisins, et appelèrent près deux les montagnards Albiciens, leurs fidèles alliés. Sur ces entrefaites, la flotte de Doinitius entra dans le port. Les Timouques donnèrent au lieutenant de Pompée le conumandement de la place et la di relation de la guerre ; et les raîsseaux , les bâtiments de transport furent mis à ses ordres.
Irrité de la résolution des Marseillais , César amène trois légions sous leurs murs. Par son ordre , les s<»l(lats, surmontant leur relig'u'usv terreur, font gémir sous la coignée les chênes antiques d une forêt sacrée , qui couronne la montagne de Notre-Dame-dela-Garde , et en tirent le bois nécessaire à la construction des tours, des mantelets et des machines. En trente jours » on équipe et Ton arme , 4 Arles , douze galères qu'on dirige sur Marseille. Puis , après avoir confié le commandement de cette flotte à D. Brutus, et la conduite du siège à son lieutenant G. Trébonius , César yole en Espagne , oU Gains Fabius l'avait devancé avec trois légions.
Brutus retrancha sa flotte entre les lies de Pomèguc et de Raton^ neau , dans un étroit espace de mer qu'on appela Fretum JuUi (Frioul). De leur e6té, les Marseillais purent mettre à flots 17 galères dont onze étaient pontées. Ils y ajoutèrent beaucoup de bâtiments légers remplis d'archers et d* Albiciens. Domitius se réserva quelques navires, sur lesquels il plaça les cultivateurs et les pâtres qu'il avait amenés, et le reste de la flotte , bien supérieure en nombre à celle des Romains, fut dirigé par Télon, le meilleur pilote de Marseille. Brutus vint au-devant des Marseillais et commença l'attaque. De part et d'autre, l'ardeur lut extrême. Les Albiciens ne le cédaient pas en courage aux soldats de César; et les pâtres, hommes féroces , animés par l'espoir de la liberté qu'on leur avait promise , briilaient de déployer leur vaillance sous les yeux de Domitius.
Les Marseillais, favorisés par l adi t .sse de leurs pilotes et la vitesse de leurs navires , savaient éviter ou soutenir le choc de leurs galères, et, déployant leurs ailes autant que l'espace le leur permettait, ils cberctiaient à envelopjier les Romains, se réufjis.saient contre un seul navire , ou tâchaient, en passant, de briser les rames de leurs
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ndvrrsairt's. S ils en venaient à 1 uIhh (l;ige, la science et l'habileté des j)ilotesfesaient place à la vigueur des montagnards. Les Romains , tous pourvus de harpons , de mains de fer , d'une grande quantité de javelots, dt- dards et fl'autr 's traits, étaient plus redoutables par la discipline. Si par hasard on s approchait , ils ne craignaient pas d'avoir affaire à deux vaisseaux à la fois , et, les retenant avec la main de fer, ils combattaient des deux côtés et s'élançaient dans les navires marseillais. Aussi , dès que ral)ordage arriva, la lutte changea de face; dans les deux camps il y eut des prodiges de valeur, et les légionnaires de César achetèrent chèrement la victoire. Les Alhiciens et les pâtres périrent presque tous héroïquement. Télon, qui du fer de sa proue avait brisé le flanc d'un navire , fut percé d'un javelot ; et le dernier effort de sa main défaillante parvint à changer la direction de son gouvernail , pour éviter le choc de la galère ennemie. Au moment ofa Gyarée s'élançait pour remplacer Télon , un trait mortel le renversa sur le navire qu*il allait cpiitter. «11 y avait, dit Lucain, parmi ceux de Marseille, deux jumeaux, la gloire de leur mère. Les mêmes flancs les avaient conçus pour des destins bien différents. La cruelle mort distingua ces frères que leurs parents confondaient. L'un d'eux a péri, et celui qui survit, voyant les rames de son vaisseau entrelacées avec celles d'un vaisseau romain , ose porter la main sur le bord de l'ennemi; un fer pesant et meurtrier tombe sur sa main et la coupe. Mais , sans lâcher prise , elle se raidit , attachée au bois qu'elle a saisi. Le malheur ne fait qu'irriter le oourage^de ce guerrier. De l'intrépide main qui lui reste, Il veut reprendre celle qu'il a perdue; un nouveau coup lui détache le bras et la main dont il combattait. Alors , sans bouclier , sans armes , il ne va point se cacher au fond du vaisseau. Mais de son corps exposé aux coups , il fait un rempart à son frère. Percé de IU'lIr's, il se tient debout , et après le coup ^|ui suflil à Sli mort , il en reçoit milh t^ui tous seraient mortels, et (ju il épargne à ses amis. Entin , comme il sent que son âme va s'échapi»!'!' partant de plaies, il lu ramasse et la relient dans ee corps taii)le et défaillant ; il eni[tli)i(' tuut le sang qui lui reste à tendre un ninnieiil les ressorts de ses membres; et , consumant dans un eft'ort supn im tout ce qu'il a de vie et de force, il se précipite sur le bord ennemi, pour nuire au moins par le poids de sa cliute. »
Dans cette journée Uésastreuse pour lesMars»;illais, neuf de It iu s iraleres furent perdues, en comptant celles que prirent ksiluuiams: les autres renlrèreul m mauvais état dans le port. Battus sur mer mais non découragés, ils sonirèrent à prendre leur revanche avec Tr( lM>nuis. «LacitéPhocecanc srloTt (]ésar, n'était ah)rs accessible (]!!(' d nn côté parterre: la partir, lom hnnt à la citadelle, était naturellenieiit forlitiée par iiin; vallée profonde , qui en rendait le siège long et ditlieile. » C. Trebonius, quiavaiteu la précaution de tirerde toute la province un grand nombre d'ouvriers, de chevaux, de matériaux et de fascines, fit des préparatifs immenses , pour diriger deux attaques contre Marseille : — Tune près duportetde 1 arsenal (du côté du cours Bonaparte) ; — l'autre au nord-ouest , vers l'isthme qui mène de la Gaule et de l'Ëspagne à la mer voisine des Bouchesdu-Bhône, — c'est à dire sur remplnremcnt du Lazaret, où campait le quartier général des Romains. Ceux-ci, à l'abri des tours et des mantelets , avaient construit une terrasse de 80 pieds de haut. Mais la ville était depuis longtemps pourvue de munitions . de guerre et d'une telle quantité de machines, que des mantelets d'osier ne pouvaient résister à leurs efforts. D'énormes balistes lançaient des perches de douze pieds de longueur, arméea de pointes de fer , qui perçaient quatre ranga de claies et allaient encore se ficber en terre. Les assiégeants parvinrent , en entassant des troncs d'arbres les uns sur les autres , à élever un rempart parallèlement à la muraille. Les Marseîllais le réduisirent en cendres avec des barres de fer rougies. Quand ils s'aperçurent que Ton essayait de renverser leurs murs par la mine , pour pénétrer dans la ville , ils creusèrent leurs fossés profondément , et les remplirent tellement d'eau , que les étençons de la voûte furent ' emportés, et tous ceux qui travaillaient à la mine, écrasés par l'éboulement des terres. La tortue s'approchait-elle de la muraille, que, soulevant la téte du bélier avec le nœud coulant d'une corde mAe par un engin, îls en rendaient l'usage inutile. Les sorties fréquentesdesAlUciens, quoique toujours repoussées avec perle, n'en inquiétaient pas moins les assiégeants , en lan(,-ant des feux sur la terrasse et les tours. Tout eutin ueutralisait les eilorls de Trebonius.
Cependant , instruit des événements du siège et de la perte de
5i HISroiBS
la bataille navale » Pompée expédia au secours de Domilius et de Marseilicr, — sous la conduite de T. Nasidius, — seixe navires de sa flotte , dont quelques-uns étaient à proue d'airain. Cette
escadre, que Nasidius augmenta d'une galère enlevée dans le port lie Messine, mouilla dans la rade de Taurœntum. — De là, le lieuleiiaiit de Pompée envoya secrètement un esquif donner avis de son arrivée aux Marseillais, en les lésant engager à venir se juiiidre à lui, pour livrer un second combat à la Hotte de Brutus. Celte nouvelle causa dans la ville une allégresse générale. Depuis leur échec, les assiégés avaieiu l eiuplacé leurs vaisseaux perdus par un même nombre de vieilles galères radoubées et tirées de l'arsenal, soigneusement armées et équipées, lis ) ajoutèrent des barques de pécheurs , doublées et garnies de claies à l'épreuve des traits et remplies d archers. I^es ïameurset les pilotes ne manquaient pas. Aussitôt la Heur de la jeunesse , les hommes de tout âge les plus recommandables , furent sommés , conjurés de combattre pour le salut de la patrie, et la flotte, mettant à la voile sous un vent favorable, alla rejoindre celle de Nasidius. Alors ce fut un spectacle nâvrant et sublime que celui des vieillards, des femmes, des enfants et des gardes intérieurs, qui, du haut des remparts, élevaient au ciel des mains suppliantes et des re£[ards noyés de pleurs , ou couraient se prosterner dans les temples, pour demander la victoire. Garce jour devait décider de leur sort. Vaincus de nouveau , il leur restait peu de ressources contre Trébonius ; vainqueurs , ils pouvaient encore compter sur leurs propres forces et espérer des secours du dehors, pour assurer leur délivrance.
firutus sortit du port de Toulon , avec son armée navale , augmentée de six galères prises aux Marseillais , et bien équipées ; puis , — après avoir tenté vainement d'empêcher la jonction de Nasidius et de Domitius , — il vint se placer dans les eaux des Stoochades( Iles d'Hyères) , et déploya son escadre en éventail devant la ligne formée par les deux flottes réunies. Soudain le signal est donné; la lutte s'engage terrible , désespérée. Deux trirèmes marseillaises, avisant, à son pavillon, la galère amirale romaine, fondent des deux côtés sur elle , à force de rames , comme deux vautours sur la même proie. Brutus , serré de près , échappe à leur étreinte avec une telle adresse, que les deux trirèmes se heurtent violemment ,
Lit: MARSEILLE. • 53
sVntr'ouv rent , et sont coiilées bas par quelques vaisseaux ennomis. Pleins des exltorUitions df It iips frères, les Marseillais eoinliMilunt en héros iwcv ia volonté de triompher ou de mourir. Ijmh Ik tique hahrluelle d éviter l'abordage leur donnait, cette fois , un avantage sensible ; et la victoire eût peut-être couronné leurs eHbrts , sans le lâche abandon de Nasidius, qui vs' enfuit avec sa Hotte restée intacte et gagna les côtes d'Espagne» suivi d'uoe galère phocéenne. De ce moment, la résislance était impossible pour les Marseillais. Le découragemeot s'empara d'eux et leur défaite devint complète. Quatre de leurs vaisseaux tombèrent au pouvoir de l'ennemi et cinq furent coulés bas. Une des galères, qui leur restaient, devança les autres pour aller en toute hâte à ia ville apprendre le triste résulta de la bataille.
Les habitants coururent au-devant d'elks sur te rivage , impatients de connaître leur sort. A la nouvelle du désastre qui ruinait leurs espérances, une douleur profonde sauit d'abord toutes les âmes ; on eût dit que Marseille était déjà prise. Soudain les larmes se tarissent, les regards étincellent d'une énergie sombre. Le désespoir donne des forces nouvelles à ces héroïques enfants de la Grèce. Leur courage grandit avec le danger.
Pendant que Bnitus, mettant son triomphe à profit, prenait Tauraentum et Cytharista (la Giotat] , bloquait étroitement le Ldcydon , et s'emparait des convois de blé envoyés par Varron aux assiégés , — Trébonius, résolu à pousser le siège vigoureusement, fesail élever une tour carrée de six étages , ayant trente pieds sur toutes les faces et cinq d'épaisseur. Une fois assuré que de cette tour , — qui dominait les remparts et avait, à chaque étage, deux enihrasures pour les n)acliiues de guerre, — les soldats pouvaient, sans danger, défendre les ouvrages voisins , il fît construire , avec des poutres de deux pieds d'équarrissage , une galerie longue de ^^/l\:lIlte pieds sur quatre de large, et abritée p:u" un toît de briques et de mortier fort épais. Sur ces briques nu « [ludit des cuirs, de peur que leau , (ju on jetterait par les conduits, ne parvînt à délayer le mortier ; et , pour que ces cuirs eux-mêmes ne fu.ssent point gâtés par le feu ou par les pierres , on les couvrit de peaux de laine. Puis, lorsque les Marseillais s y attendaient le moins , à 1 aide de rouleaux usités dans la marine , la galerie fut
54 iUSTOlBE
poussée et placée de façon à protéger les travailleurs depuis le bas de la tour jusqu au pied des murailles de la ville. Effrayés de cette uiaoœuvi c imprévue , les habitants approchèrent , à force de leviers , les plus j^ros (piartiers de rodie , et les roulèrent du haut du rempart sur la galerie. La construction resta intacte , et tout ce qui tomba fut entraîné par la pente. Alors, rcnoiK uit à cet expédient, ils lancèrent des tonue;mx remplis de poix el de goudron embrasés. Mais les Romains i tussireni ;u'hnss*'r les assiégés des remparts et des tours, jusqu'à ce (pie rccroulement d un pan de muraille vînt les convaincre de I unpossibilité d une plus longue résistance. En efïèt , saisis de terreur à la pensée du pillage qui menace leur cité, les Marseillais sortent en foule, sans armes, la tête couverte d un voile funèbre, et tendent leurs mains suppliantes aux généraux et aux soldats Romains. Â ce spectacle lamenlable , les hostilités s'arrêteot , et les vaincus vont se prosterner aux pieds des vainqueurs , en les conjurant d'attendre l'arrivée de César : — « Nous considérons notre ville comme prise, disent-ils, puisque les ouvrages du siège sont achevés et la tour ébranlée dans ses fondements. Nous renonçons donc à toute défense , et le délai que nous implorons ne peut avoir aucun inconvénient. César, alors comme maintenant, étant toujours mattre de notre sort. Si nos murs s'écroulent par le choc des machines , si la brèche s'agrandit sous le bélier, c'en est fait de nous et de notre patrie ; la prudence des chefe sera impuissante pour contenir l'ivresse des soldats. Marseille sera saccagée et eflacée du monde. »
Trébonius, à qui César avait recommandé en toute occasion de sauver Marseille , jutant que possible , des dangers d'un assaut , fut touché de l'éloquente prière des suppliants. Il consentit à une trêve , jusqu'à ce que César eût décidé sur le sort de la ville. On labsa une garde aux travaux ; mais tout sembla terminé de part et d'autre. Cependant , les soldats, — qui avaient menacé d* égorger toute la jeunesse Marseillaise , tant ils étaient irrités de la longueur du siège et de ce qu ils appelaient la perfidie et la jactance de l'ennemi, — voulaient forcer les portes de la ville, et reprochaient à Trébonius de la sauver par sa condescendance , quand , après un intervalle de quelques jours , la trêve fut tout à coup rompue
DE BIAR8EILLE.
par one trahison, dont César rejette la iioiite sur les Marseillais', et que Dion Cassius attribue aux Romains.
Un auteur moderne , M. Auj^ustin Fahre , à la suite de RuiH, (lit à ce sujet : « Comment concevoir que César ait imputé aux Marseillais une trahison commise par ses troupes , lorsqu'il n'avait qu à garder le silence? » Ce raisonoemeat est plus spécieux que logique.
Une trêve est violée. De quel côté l a-t-elle été^ — Un fait aussi grave, aussi compromettant ne peut échapper à T histoire. César, qui aspirait h poser sur son front ia double couronne de eaiHtaine et d'hbtorien , avait trop la conscience de sa mission , pour garder un silence qui eût été son arrêt. Une fois l'impossibilité d*une omission admise, reste T interprétation. César était absent , lors de l'événement ; il ne l'a donc appris que par le récit de Trébonius. Puis, en eût-il été témoin, que son opinion démit encore être suspecte , car il devenait juge et partie. Ce qu'il y a de plus raisonnable à conclure » c'est que l'auteur des Commentaires , abusé par son lieutenant , s'est fait innocemment récfao d'une accusation , dont l'examen le plus simple nous parait démontrer la fausseté.
Dion , que le même écrivain reconnaît pour « un historien assec exact et désintéressé » t donne à César un démenti complet , en racontant que les légions romaines essayèrent, une nuit, de surprendre la ville, et furent repoussés si vigoureusement qu'elles n'osèrent poursuivre l'attaque. C'est alors que les assiégés , indignés d'une telle perfidie , mirent le feu aux ouvrages du siège , avant de rentrer dans leurs murs ; et que l'incendie , secondé par le vent, dévora les mantelets , la tortue , les retrandiements , la tour et ta galerie. L'agression des soldats Romains est la conséquence rationnelle de Tétat d'exaspération dans lequel , selon César même , la timidité de Trébonius les avait jetés ; tandis que , de la part des Marseillais , rien ne l'explique , pas même le faible espoir de la délivrance. Or, la raison se refuse à donner croyance à une trahison
*« Cebit, dit Pipott, D^apasboom deréfutalion. Oaoeaepenuail«rapis(|iie, nalgi4
le murmure r!f><; troupes , Trél>onius ait accordé un second amn t n 1 ^ hommes qui par leur noire perfidie méritaient une punition exemplaire. Cet cruiroil d,s CommcHtairf» de César tst manifettement corrompu. Va récit de Dion est plus vmiscmblal^. ■
non seulement inutile , mais qui entraînait des ronséqiiences incnîculables. La situation des assiégés, (fiiaiid lU iiit[)l()rèi'ent la pitie des vainqueurs, était affreuse. Sans munitions de iru erre ; avec des soldats décimés jvnr les iongurs MîuiîVancps du siéi^e et par des maladies pestih ni Irlies , qui exerçaient de cruels ravages dans la ville; réduits par une disette extrême à i insuffisante nourriture de quelques provisions de millet vieilli et d'orge gâtée ; mal défendus par leurs remparts et leurs tours largement entamés, pouvaient-Us songer à opposer une résistance sérieuse aux vieilles légions de César, qaî, pourvues abondamment des moyens de prolonger la lutte , après le premier moment de surprise passé, devaient puiser dans la soif de la vimgeance une énergie indomptable? Marseille pillée , mise à feu età sang, rasée peut-être, — telles étaient les terribles représailles, auxquelles s'exposaient ses habitants, en trahissant la foi jurée. Aussi, voit-on César punir et frapper une population, coupable, à ses yeux déjà , de lui avoir préféré son rival ? — Non ! César, qui montra bien qu'il était incapable d'un mouvement . généreux , quand il fit jeter dans les fers un noble défenseur de rindépendance gauloise , Vercingétorix, venu se livrer à lui pour le salut des siens, — César ne se venge pas des fidèles alliés de Pompée. Biais sa clémence est au moins pour lui Texpression du doute ; en face de THistoire , c'est un acte de justice.
Quoiqu'il en soit , Trébonius résolut de rétablir ce qui venait d'être détruit. Comme les matériaux étaient épuisés , et les arbres coupés et enlevés dans tous les environs de Blarseille , il entreprit une terrasse d'un genre tout à fait nouveau. On éleva deux murs de briques de six pieds d'épaisseur , et à peu près aussi éloignés l'un de l'autre que la première terrasse avait de largeur. On y fit un plafond, et, pour le soutenir, on mit, entre les murs ou dans les parties trop faibles, des piliers et des poutres transversales. Le tout fut recouvert de claies enduites de terre détrempée. Le soldat, ainsi protégé sur les côtés par la muraille , et de front par les mantelets, portait sans risque , au moyen de cet abri , ce qui était nécessaire àl ouvrage. Le travail fut prompt; l'aclivitc et l'ardeur rlu soldat eurent bientôt réparé le (l iiiiiiiago. On meuagea des poi ti s aux endroits qui parurent jiiopres à des sorties. On le voit , l;i prise de Marseille n avait été que retardée ; les lial)itants , repousses des
remparts par les traits des Romains , ne pouvaient se servir de leurs machines de guerre, pour ralentir les travaux du siège. Gomprenanl qu'ils devaient même perdre l'espoir d'une capitulation , imisque les vainqueurs n'avaient pas respecté la première, ils étaient résignés à se rendre à discrétion , lorsque César revint d'Espagne. Domitius , instruit de leur résolution , avait préparé trois vaisseaux; — il en donna deux à ceux qui voulaient l'accompagner, et , prenant pour lui le troisième , partît pendant une bourrasque. Les galères de Brutus , en station devant le port, l'aperçurent , levèrent l'ancre et se mirent à sa poursuite. Domitius fit force de rames , continua de fîiir , et put échapper à la faveur du gros temps ; les deux autres navires furent effrayés et rentrèrent dans le port.
Suprême arbitre du sort de Marseille» César, en effet , la sauva de la fureur de ses légions ; il la ménagea , ou du moms prétendit la ménage , à cause de son ancienneté et de sa renommée , comme il ledit lui-même. Il laissa à ses habitants la vie, la liberté et leurs biens; mais il la dépouilla de tout ce qui en avait fait jusqu'alors la force et la prospérité. Il s'empara des armes , des vaisseaux et du trésor pubÛc ; détruisit ses arsenaux , ses machines de guerre , ses fortifications ; lui enleva ses colonies, à l'exception de Nice; réduisit son domaine territorial aux limites rigoureuses de la ville mf me , et fit occuper la citadelle par deux de ses légions. Enfin , le port de la Joliette (Julii statio) , devint une dépendance des Romains , et le Lacjdon resta seul aux Marseillais , qui , en perdant toute juridiction sur les différentes contrées que lui avait attribuées le Sénat , conservèrent leur administration , leurs magistrats et leurs lois. Cependant, tout en respectant V Autonomie de la République Phocéenne , César lui imposa plusieurs règlements , dont un , sur l'usure , fut juge digne d'être observé à Rome.
Hélas ! par une enielle ironie du Destin, tandis que Talliée fidèle de Pompée couri)ail le front sou» la loi du vainqueur, — elle recevait du vaincu une lettre qui lui conférait le titre et les droits de cité libre !
A son retour à Rome , César ordonna des fêtes triompbales , i]u\ durèrent quatre jours. La conquête des Gaules y fut représentée par le Rhin, le Rhône et l'Océan enchaînes ; et parmi les peuples , dont la défaite fut symbolisée, apparut l'image de Marseille
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captive. Cette humiliation flattait l'orgueil du conquérant; mais ce n'était pas sous de pareils auspices que la sœur de Rome devait marcher au Capitole ; et Cicéron ne craignit pas de stygmatiser hautement cet acte d'ingratitude : — « Tout le peuple Romain, s'éoria-t-il dans ses Philippiques, plaignit le sort d'une ville si fidèle; et quoique chacun fût assez occupé de ses propres malheurs , il n'y eut néanmoins personne qui ne prit part à celui de Marseille. » Et, ne pouvant retenir les élans de son indignation, il laisse ailleurs 8*échapper encore de son âme ces plaintes amères : — » Après avoir désolé et ruiné les nations étrangères , nous avons vu César porter dans son triomphe Timage de Marseille, comme un signe de Tanéantissement de la République. On n'a pas eu honte de triom- I^er d'une ville , sans le secours de laquelle nos généraux ne triomphèrent jamais dans nos guerres contre lesGauloisTransalpins. Je pourrais rappeler une foule d'autres injustices envers nos alliés, si le soleil en avait jamais éclairé de plus infôme que celle-là. » Le poète, à son tour, relève la vaillante cité — de rabaissement où croyait rensevelir le cynisme du triomphateur , et filtue sur sou front pâli l'auréole du mat lyre : « (]e sera , pour Marseille, un honneur immortel , uii lait mémorable dans tous les âges, d'avoir soutenu sans abattement les approrhr^ de la g^m^rre , d'en avoir sus])endu le cuujs; et, tandis que 1 uîipetueux César entraînait tout sur son passage , de n'avoir seule été vaincue (|ue par un siège pénible et lent. Quelle gloire en effet de résister aux destins , et de retarda r si lon^'temps la fortune impatiente de donner un maître à r univers 1 (lucaik). »
CUAPITHE IV.
Topoftiiiltie de Hmeille 50 am avant J.-C. ; phjfs'ionomle de la Cité Grecque. —
OpiDien de M. J. V. Martin.
L'importance territoriale de Marseille, 50 ans avant J.-C., se révèle par la durée même du siège formidable qu'elle soutint contre le vainqueur des Gaules. Il n'est donc pas sans utilité de préciser ipiel était» à cette époque, le développement de la ville. Cette œuvre aride de réédification sera l'objet d'un chapitre à part , afin que , dégagée du' récit des événements , elle n'en gène pas la marche et n'en refroidisse pas l'intérêt.
Nous ne nous dissimulons pas ici les difTieultés de notre tâche , et nous éprouvons cette crainte du perdre le fil d'Ariane dans le labyrinthe des documentst épars et souvent contradictoires, que nous ont légués les auteurs anciens. Toutefois , tout en nous imposant une réser\'o extrême , nous n avons rien négligé pour donner, autant que possiiilc, une idée juste de Marseille anticjue.
Comme point de départ nous rap|)ellerons ce que César disait <lt'là Ville, au moment où il 1 assiégeait : « - — Marseille est baignée pai- la mer de trois cùtés. 11 n'en reste qu un seul où 1 ou ait accès par terre. »
On a vu que les Phocéens choisirent un recoin de la nier pour
bâtir leur Vi!l«'. En effet, ils l'assirent sur deux collines (pii se joignent aujourd hui , mais autrefois réellement séparées. L une ,
— la seule habitée d'abord , — commençait à la rue de Négrcl , se déployait au midi , en forme d'anij>intlieâlre , et descendait , par une pente insensible , jusqu'au-delà de la Mdjor , en s allongeant dans la mer. L'autre , — sur la(|uelle il n v avait point de maisons du temps de César, — partait de la rue de la Fontaine- Neuve, s'élevait du eôté des Grands-Carmes et de \ Oratoire ^ et allait, en s' abaissant, iiair à l'endroit où se trouve l'église de Sainl-Mwrlm.
Le port principal de la Cité diecqae» situé au-dessous de la première colline, et entouré de fortes murailles, était, selon l'expression d'Eustathe , un bon abri pour les vaisseaux. Ce port,
— ainsi que nous le confirment Pomponius Mêla , Ëustathe et une médaille publiée par Pellerin , était appelé Laeydon. Les navires y arrivaient par un canal circulaire , rond et recourbé (bcstatiib). Gomme il s'avan^it plus avant dans les terres, il était, en quelque sorte , moins alimenté par les Ilots méditerranéens que par les eaux du Jarret , dont plus tard on changea le cours.
Non loin du Lacydon se trouvait un autre port, indiqué maintenant parTanse de la Jb/te<to, et situé dans la direction d'un mouillage qu'on appelle aujourd'hui Lestaqwt, qui sert encore au même usagie.
Il n'existe pas de renseignements exacts sur l'étendue de Marseille et de sa banlieue , à son origine. M. Toulousan prétend que a — le territoire phocéen , bien plus grand que celui d'aujourd'hui, avait cinq lieues du Nord au Sud , depuis le cap Zao ou de la Croizette, jusqu'au Piton du Boi ; — six et demie de l'Est à l'Ouest , depuis le pied de Gardetaban jusqu'au promontoire du cap Méjean , et environ trente lieues de circonférence. »
Si , c(Mume tout le fait présumer , la Ville occu|);i la partie considérable de terrain submergée par la mer . jus(jii ;in (|iKirtici Saiiit- Jean et au pied de la Major, il est certain que sou elemlue ne tarda pas à devenir impurlaule , et à dépasser, même sous (!< s;u , la colline des Moulins, que l'bistorien Papon prétend lui assigner pour limite. Klle avait alors une lieue de circuit ; carStrabonet Scymnus de Cbio la citent comme a une très grande Ville , ceinte d'épaisses murailles. »
DE MARSEILLE. r>J
«Le sol, sur lequel Taneionne Ville était bâtie , dit M. J. V. Martin , avait la forme d un trinngle , dont la base serait la partie qui tient à la tiîrre , et le sommet 1 emplacement sur le<{uel est construit le fort Saint-Jean. ' »
Cette définition admise, nous pouvons, par une démonstration
' Qu'on nous permette de dter |iliit enuplftteiiieiit ropiako de M. i. V. Hirtin sur h
tf)[H>çrrn| hir do Marseille :
e l 00 examine l'état actuel des lieux , — dil-il , — on recoDoaîtra que le sol sur lequel raAcieooe ville était bâtie , nous préseote la forme d'un triangle dont la base serait la partie foi tieet à le teire , et le Mnmet rflnqibeement sur lequel est comlniit le fort Seiot-Jeaa, «Tod s'étendeat lee deux cAtés , les seuls qui soient aujourd'hui baignés par les eaux. Il est éridefit qiie rpmpiétemcnt de la mer sur la terre est cansed'un pareil changement. Si la mer a re^ecté cette masse de rochers qui supporte d'un côté le fort Saint- Jean et forme de renne Téieineiiee dRe de le TH§ dt Aftvv, die e ftit sentir d'oie loaiiiilv Tïolente son ediea, an pied de la Tourrette , sur cette partie du rivage exposée mx flels pooieée per fa» vents d'ouest. Là , il est permis de se représenter la partie, qiip 1- mer a enlevi^c an .sol, sous la fomie d'ttn angle dont il l'uinlrait placer le sommet vers In inurrettt* , et dont les côtés iraient tracés Tun par le rivage actuel , l'autre par l'ancienne cûte. il ue s'agit donc plus , peor eebevcr k fifuieet oonoflllre le forme eieete des temine envahis per les een , qoe de fermer Teill^ . et neos y parviendrons aisément , si nous prouvons que Panse de le Jolictte a dtl nécessairement le terminer. Le seul aspect des lieux et rie cette charpente primitive, dont le temps ne peut effacer 1^ traces , indique qu'il a toujours existé vers cet adroit une vallée formée par les haoleors sur lesquelles la ville est bâtie et celles qui y coRMiMMideot et que eomne atgondlmi rédiflee des loflineries. Celle vallée aboolitè la mer.
• Si nous pouvions maintenant avoir \mc idée du progrès des eaux pcndnnt un temps déterminé , rien ne nous manquerait pour résoudre le problème. L'observation et l'analyse vent neos cendafrOi
«Ontrameirest derégUsedehMqor, etimm«difllflaeiitào81édereiidemiecli^^
des pénitents de Saint-Lazare , une rue qui porte le nom do la Trinité-Vieille (maintenant la rue Rouge) ; elle va du sud au nord parallèlement à la rue de rEvéclu; ; dans sa pnriift qui subsiste encore, elle a environ 156 mètres de longueur ; elle est aujourd'hui termiace par ranseqoe laraere fimnéesoesle |riace de rObservance (rensederOwae).
< Si Ton prolonge de l'oeil cette rue , dont la direction est dieile à tnvers eeUe anse , on reconnaîtra qu'elle aboutit précisément à l'abattoir de la ville. Nous savons que cet édifice a été bâli sur le sol jadis occupé par l'église de la Trinité-Vieille , qui fut démolie en 1594 , lors du siège de Marseille par le connétable de Bourbon, et qui avait été construite i ou 1^U2. U neoide oetle rue , se directioo , tout ooos Indique qu'elle ooadaisaH ekm de l'église de la Mljor à celle de la Trinité- Vieille , à travers les terrains que la mer a enlevés , et que le rivage se trouvait , en-de<,ô de la partie de cette anse , placé dans la direction de cette me ; la distance qui se trouve entre cette partie et le rivage actuel étant de 78 mètres. 11 est certain que le ner s'est au moins avancée d'autant dans le cours de sis siècles . et que ses pNgr&s n*ent pas été eo-dessoua de 235 dans les dix-lmit cents ans qui se sont éeodés depuis la mort de César.
t ije terram que la mer a englouti , et qu'il fiiut restituer an sel de le ville pour retrouva
nouvelle , jeter une lomîëre complète sur les trois edtét haignés par la mer, dont parle César.
Supposons un 7 Ma(/n7afpre trës voisin du trapèze, — c'esl-à-dire d'une figure qui aurait (JeaK c ùlcs inégaux et à peu près parallèles •
La grande base de ce quadrilatère , — prise au Midi , — forme une ligne de 1,200 mètres, du fort Sauii-Man au Cours, — en suivant les quais et la Cauncbière.
Le côté droit — ou oriental — une deuxième liçrne de
\ ,000 mètres, inclinée au Nord-Est , dr-puis ï angltî du Cours el de la Cannebière j\i?,c\\]'l\ la porte de la Jodetlt'.
La petite base iorine une troisième Iiî?ne de .iOO mètres, parallèlement à la première , en s'étendant de la porte de la Mette justju a la limite de T ancien rivage.
Eulin , la quatrième ligne , presque parallèle à la seconde , rejoint le fort Saint-Jean sur une longueur de 1 , 1 00 mètres environ.
Les trois côtés, baignés par les flots, étaient ; le premier, le troisième et le quatrième.
Le premier, — qui l'est toujours en partie par le port , — se prolongeait jadis jusqu'à l'endroit où fmit le Cours.
Le troisième formait le port de la Joliette.
EnOn le quatrième était arrosé , comme aujourd'hui , par la Méditerranée , avec cette différence que la ligne s'avançait davantage dans la mer.
Quant au second côté de la Ville , — le seul alors accessible par terre, — il se divisait en deux parties : la partie baste^ — marécageuse en plusieurs endroits , — partait de Tangle du Cours et de la Cannebière jusqu'au dessus de Saint-Martin ; — la partie haute,
sa ponfiîîiiralion primilive, s'étendait donc à ?nf mtMrf^s au-dt là des terres les plus avaiict-cs, du cCié de la Joliette ; il allait , en diminuant , se joindre au rivage actuel vers le fort Sainl-JMii , et u loogaeiir d*eimron 780 mètres doooe à m totalité une nuitée d'environ 68,000 nèlrat.
« N'oublions pas de dire que les bases ne donnent que le minimum de cette surface , et qu'elle peut et doit ra»'*rîi«' avoir M pltis cnn?ifl<^rab!e ; car nom avons stipposé que , vers l'ao 1200, le rivage arrivait jusqu'à cette rue de la TrinUé-V teille , limite que la mer ne pouvait atteindre , maia dont d nt vnuemUaUe qa*dle était encore ékHgnée. Si rao en juge par la raindilé des progrès dont nous sommes les témoins , révaluslioo de 78 mètres, donnée à f^a marrhe dans le cours de six siècks, serait en dessous de la réalité. (MtliQIRBS PUBLIÉS TAH L'ACADËMB W. NARSBU.LE). 9
—comprise entre Saint-Martin el la JoHeKe, — avait, pour rempart naturel , la vallée protonde , citée par César, et qui se voit encore au bas du houh'v;u <l des Damos.
Une fois lac'ontiguration priinilive du sol rélahlie, la Ville antique, secouant la poussière des siècles , se relève de ses ruines dans sa majestueuse splendeur. Toutefois , les édifices publies attestaient seuls sa fortune commerciale. Les habitations étaient généralement basses et construites de bois et de chaume , rendus adhérens par une terre grasse pétrie avec de la paille. Au marbre , dont les Phocéens décoraient leurs temples , ils joignaient une espèce de tuile si légère , qu'elle flottait sur l'eau, (vitsuvb).
Leur premier monument, on s'en souvient , fut le temple de Biane d'Ëphèse. Celui de Neptune dominait la mer , du haut de la montagne de Notre-Dame-de-la^varde.
La citadelle , — qui semble avoir occupé toute l'esplanade depuis h Joliette jusqu'à la Tourrette , et dont la place de Lenche et les rues voisines précisent la situation , — plongeait sur la vallée profonde du boulevard des Dames, et contenait les temples d'Apollon et de Diane , le gnomon de Pythéas , le Gymnase et le palais des Timouques.
Notre-Dame-de-Ia^arde , le Pharo , le Pilon du Roi , l'Etoile , Gardelaban, étaient autant de vigies destinées à surveiller les mouvements des peuplades liguriennes.
La physionomie de Marseille a subi bien des métamorphoses. Sans parler ici de celles qu'elle a dues aux siècles et aux révolutions , nous terminerons cette première esquisse par la seule indication des envahissements méditerranéens qui ont profondément modi6é
sa configuration territoriale.
Par suite de ces étranges déplacements de la mer, la Cité moderne n'est plusbaij^née tjue de deux côtés par les flots. La main des liuimnes a fait dispaiailie peu à peu l;i hiif» de rochers qui obstruait l'entrée du Lacydon, en ménageant un passage à travers les îlots , dont il ne reste que le Pilon du liai.
La partie supérieure de la Ville, oii se trouvent les vieux quartiers, domine toujours le port |)rineipal au Midi ; mais die finit lu us(jut>ment à la Tourrette , en forme de falaise , tandis que le rocher de
Gi HISTOIRE
VEsléou, OÙ la mer se hrise, prouve que le sol, dessinant un croissant , >^ f t* lulait au-delà de ce récif.
Ainsi, cil se retirant d un côté, les flots ont dévoré l'ancien rivage , autrefois bordé de tours et de maisons de canipa^ie. Des routes, tracées pour aller de Marseille à Maili^ms-, la Venise provençale, ont entièrement disparu. Des terrains ininieuses perdus sur la plage sablonneuse de Séon , des cbanips entiers , de grands vignobles, une place et une rue submergés depuis 4748, témoignent de l'action dévastatrice de la mer ; — et quand , par une journée ruisselante de soleil , l'azur des cieux donne à la limpidité des flots la transparence du cristal, l'œil découvre dans leurs profondeurs des débris d'anciennes constructions.
Et maintenant , que reste-t-il de la Cité Grecque , qui puisse attester son antique splendeur? L'arsenal , la citadelle , les monuments de marbre, le Gymnase, le palais des Timouques, gisent dans la poussière ; et , — sur les ruines des temples d* Apollon , de Minerve et de Diane, comme pour perpétuer la victoire du Ghrîstîanismesur le Paganisme , — se sont élevées et relevées sans cesse , pour rester debout jusqu'à nos jours , Tabbaye de Saint-Sauveur , Notre-Dame-des-Àecoules et l'Oise métropolitaine , dont la mer, — toujours envahissante , — gémit de ne pouvoir encore abattre les murailles lézardées.
chapitrë y.
Division de la Gaulo méridionale en provinces romaines. — Marseille n'est pas comprise dans la cn'atioii <lis ilciix Narliiuiiiiiises. — Accroisst'meiit (\o sa populalioii. — L. Aiilonius, Lnciiis César, Ajiollodore de Pergame, Vulcafius Mos4:liiis , HIuikIc , K. Sslla, rcroivent rbo6))italité dans ses murs. — Sa gloire littéraire. — La langue latine udoplét; dans ses Mn. — OpiirioD de Voltaire. — Lucius Flotiib. — H. A.GnijilMMi.— > VelériasCRtoo. — Qmobis Rasdu. — P. T. VarrOD. — Cornélius Gallus. — TVogiie-r Pompée. — Osrus. — Aîrrotfls. — Vollénus Montanus. — Julius (îrcecinus. — Julius Agricola. — Quiruialrs.^ Stin uliis. — Projçr^s de la Médecine. — nénîostli«^ncs. — Criiias. — Cbarmis. — Cnuas lègue sa fortune ù Marseille , pour la recoiistruction de ses murailles.
Îlle-Pétrooe. — Phevorioiis. — AlKntion dea flMaon anneiOaises. — Apparilimi do GlHlsIiaoisme dans les Gaules. — La pieuse légende. — Mai lyrc de S^iint- Victor. — Conversion des gardes de Victor; loiir supplice. — Maximien-Hcrculc usuq>e l'Empire. — U se réfugie à MuseiUe , el s'étrangle pour échapper à la cotàtù de Constaolio. — Légende.
Apn's la .soiiiiiission (le Marseille , toute indépendance nationale disparut dans rAipiitninp; et, dès ce moment, les Romains regardèrent la Gaule méridionale comme une annexe de l'Italie. César , seul maître de l Empire, depuislabafailledePharsale(48av. J.-C.), éri'îea Aix et Arles en colonies romaines . et la Gaule fut divisée en dix-sept provinces. Dans eette division, on lit la distinction de deux Narbonnaises. première comprenait la partie occidentale de ia Gaule narbonnaise, renfermant la plus grande portion du Languedoc, du Roussillon et du Pays-de-Foix. Narbonne, sa métropole , devait hériter de la puissance politique et du commerce de Marseille , el
devenir de bonne heure l'une des villes les plus importantes de l'Empire. La seconde, lunuée de la partie orientale de la Gaule narbonnaise , avait Aix pour capitale. Elle conserva seule le nom de Provincia luintma, ou simplement Provincia , d'oii vient celui de Provenc(\ Klle endu assait la partie urientaie de la Provence , et le sud-ouest du Danpliinè.
Au milieu de eefte grande ai;italion sociale, causée par la domination romaine , Marseille ne lut pas eomprise dans la création des deux jSarbonnaises. Elle échappa , comme cité libre , à cet immense réseau impérial qui enveloppait tous les peuples vaincus de la Gaule. La haute citadelle seule , occupée par les deux légions de César, devint une ville distincte qui eut son administration particulière. La population, décimée par les malheurs du siège, reprit bientôt un accroissement considérable, par suite de Taffluence d'un grand nombre de familles , qui abandonnèrent les colonies grecques , désormais soumises au joug étranger.
Alors toute ractivîté intellectuelle, que les Marseillais avaient employée jusque là au commerce, à la navigation, reflua sur la culture des lettres et de la philosophie. Avant Farrivée des Phocéens sur les côtes de la Méditerranée , la poésie primitive des Celtes s'abritait dans les forêts. La civilisation amena une brusque transi* tion de la poésie aux sciences positives considérées sous le rapport de Tutiltté ^îste. Nous avons dit que Marseille n'eut pas d'abord de poètes , mais des hommes qui , à l'instar de Pythéas , d'Euthymtoes et d'Eratosthènes, s'illustrèrentdans l'astronomie et dans les lettres. Comme les deux premiers, dont nous avons signalé les travaux remarquables , on croit qu'Ei*atoslhènes était de Marseille. Environ 130 ans avarif .Tésus-Christ, il avait composé une histoire des Gaules en trente-trois livres, citée par Etieiuie de Byzaiu*. Ces trois hommes sont l'expression la plus nette des idt-es nouvelles qui inaugurèrent l'apparition de la lilléraî ti re grecque dans T Armorique. A leur suite surgirent h s rhéteurs ; et i empn-e , que Marseille avait perdu dans l'ordi » polititpie , elle le reconquit dans ses écoles de florissante renommée. Elle dut à l'isolement de son existence, CommeRépublique indépendante , dans un pays où radministration romaine avait Jeté de profondes racines , de voir accourir dans ses murs les gloires de tous genres.
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A cette époque, la Gaule narbonnaise ofirait partout aux yeux les trésors d'une nature si luxuriante , qu'au dire de Pline , « on l'aurait prise pour une portion de l'Italie. » Aussi les sénateurs Romains , qui en étaient originaires , avaientHis obtenu le privilège d'y venir sans congé , quoiqu il ne leur fût permis de s'éloigner de l'Italie , qa'avec l'autorisation de rEmperettr.(TAGiTB). Mais le séjour de Blarseille était toujours le plus recherché ; et, sous la tyrannie impériale , d'illustres exilés y reçurent une bienveillante hospitalité. L. Antonius , ills de J. Antonius condamné à mort pour avoir été Tamant de Julie , y fut , très jeune , oonfiné par Auguste son grand onde , qui couvrit cet exil du prétexte de son instruction. Lueîus César, fils d' Agrippa, demeura quelque temps dans cette ville , où , — comme il se disposait à rejoindre l'armée il Espagne , — il mourut soit de mort subite , soit par le criiiiu de sa marâtre Livie.
Elle eut encore Thonneur d'avoir pour hôte ApoUodore de Pergame , qui avait été le précepteur d Augu>;te , à Apollonie. Vukatius Moschus , riche citoyen de Rome , exilé par Tibère , léiîua ses ])iens à la Répul)li(jue Marseillaise , pour en avoir reçu le tlroit de cité. L'Empereur s'en irrita; pour l'apaiser, les enfants de Phoiée lui citèrent l'exemple de P. Rutilius qui , chassé de Rome , était devenu citoyen de Smyrne ; et Tibère ratifia le legs de Vulcatius. Claude , surpris par une tempête en se rendant dans la Grande-Bretagne où des troubles s'étaient élevés , se réfugia dans le Lacydon , et s'arrêta plusieurs jours chez l'Athènes des Gaules. Enfin, Cornélius Faustus Sylla , dernier descendant du dictateur et gendre de Claude , y fut assassiné par ordre de Néron » après quelques mois d'exih
Il est bien vrat que la prise de Marseille par César fût pour elle le commencement d'une période de décadence. Mais si , privée de toute influence politique et commeroiale , dans Tintérieur de l'Aquitaine, par la puissante concurrence des colonies romaines, elle est obligée de concentrer toute son énergie dans te rayon de son territoire, elle va quelque temps encore briller d^m vif éclat, avant de glisser rapidement sur la pente de l'adversité. Nous le répétons, sa gloire littéraire survécut à sa défaite. A la tète des grammairiens qui faisaient ailluer dans ses écoles toute la jeunesse des Gaules
et (le l'Italie, se placent 11*018 de ses iMilants , Teum% îaclms d Qioréas. T.a langue grecque . qui n'avait pas cessé dV li e nutiouaie, était pruhablciïiL'iit toujours employée dans rensei^aieiuenL Toute» l'ois, quand Narhonne, oii Home avait créé deséeoles rivales, devint, malgré sa situation écartée sur les limites méridioiiaies de la province narbonnaise , le principal foyer de la civilisation romaine dans la Gaule , la langue latine fut adoptée et prévalut insensible ment; à ce point qu'elle finit par détrôner la langue grecque, sinoD à Marseille, du moins dans tout le reste de la contrée. C'est sans doute ce qu*a voulu faire entendre Voltaire, lorsqu'il dit; «La colonie des Grecs , qui fonda Marseille 600 ans avant notre ère vulgaire; , ne put polir la Gaule : la langue grecque ne 8*étendit pas même au-delà de son territoire. » Assurément , le patriarche de Femey aurait donné à sa pensée un sens trop absolu , s'il eût prétendu nier Tinfluence des mœurs marseillaises sur les peuplades grossières de TArmorique. Sa réQexion ne peut constater qu'un fait : — la disparition , dans les Gaules , du langage harmonieux d*Alhènes , qui n*en laissa pas moins des traces profondes de son passage dans la langue nouvelle.
Il se forma donc promptement à Marseille , comme k Narhonne, des professeurs de grammaire et de rhétorique lafine. A peu de distance des guerres de César, deux des plus célèbres rhéteurs Marseillais avaient abandonné leur patrie , pour aller enseigner à Rome, l.ueius Plolius , qui partit le premier, vers l'an 90 avant J.-C, apprit aux Romains à parler chxjuenMnent leur propre langue ; el il le lit avec tant de sncci's, (|ne Cieéion, i\u\ était alors enfant, exprima souvent le ref,M'et de n avoir pu être .son tlis(ij)lt\ i^uiuliliea l'appelait « l'orateur insigne par excellence. » Piotius avait écrit un traite du geslc de f Orateur , qu on n'a pas conservé.
Marcus Antonius Gniplion. né de jjarents pauvres qui l'exposèreal sur la voie publique (108 av.J.C), — dut son éducation et ses talents à la commisération d'un Mai*seillais. Rendu à la liberté, il professa dans le palais de César d'une manière si brillante , que les personnes les plus illustres se pressaient constamment autour de sa chaire. Il se distingua des autres rhéteurs par son désintéressement , et laissa des recherches curieuses sur les fenêtres des temples.
DE MARSEItLe. 60
Cet enseignement , cette culture si liiUiairc firent, sous )a dictature (}(• S)lla, des progrès qui se révèlfiU dans les <tu\ la^es de V;il( I lus Caton , poète et grammairien Marseillais, m* m is I an 103. Surnummé la Sirène latine, Valérius est le svnihole le plus expressif de la fusion groeco-latine ; il n'<uine a lui ^fiil ('iiu| siècles de civilisation. Chassé de son liéritii^^e par les satellites du <lietaleur, il avait acquis assez de biens pour vivre linnorahleineiit dans une petite villa près deTusculuni, où peut-être il eut donné des frères aux poèmes cIiamuiDis de Diana et de Lydia, Mais ses aiïaires se dérangèrent, et ses créanciers, aussi cruels que les soldats de Sylla , Texpulsèreot de sa retraite chérie.
A la même époque» par un jeu cruel du hasard, Quintus Rosdus , dont le nom rappelle le ^pe le plus parfait du comédien , gsgnait cent deniers par jour à déclamer des vers. Il avait été élevé dans les académies de Marseille. La pureté de ses mœurs et ses vertus égalaient son génie. D refusa, pendant dix ans, de toucher ta pension de 60,000 livres ' que lui faisait la République.
La culture des sciences n'avait pas cessé d'être en honneur. Nous avons déjà cité Télon et Gyarée, astronomes et mathématiciens célèbres , morts dans te même combat naval , sous les ai^Hes de Pompée. Pendant cette guerre civile , Publius Térentius Varron , né sur les bords de l'Aude, brilla dans la poésie et dans I histoire. Cependant, eomrae poète , il fut éclipsé par Cornélius Cailus , né à Fréjus (09 av. J.-C] , ei lurnié dans les écoles de Marseille. Grand «apitaine, C. Gallus se distinj^a, dans plusieurs occasions, à la tète deslroupesdonl Auguste lui confia le commandement; poète gracieux, il composa quatre livres d'élégiessursesamoursavec Cythéris, qui l abaiidouna, pour suivre Marc- Antoine. Favori d Auguste , ami de Virtrile , il fut la gloire de sa patrie. Comme historien , Varron fut rejele dans l'oubli par un écrivain , né à Die dans le pays des Voconces (4-Oav. J.-C.). Trogue-Pompée , le seul historien qu'ait produit la Narbonnaise , occupa divers emplois militaires et civils , à l'exemple de son père et de son grand-père , avant de cultiver le» Lettres. Doué d'un esprit étendu et juste, avec des connaissances profondes, et soutenu par une audace herculéenne ^ dit un auteur
' 600,000 finiMS de uotra foonnaie.
de rontiqnité, il (on i[)osa . en quarante-quatre livres, uik histoire universelle des gestes des Rois et des Nations depuis If t oMiiiu aeement des siècles. Cet oiivrai^e, dont le style et le plan , assurent les anciens, répondaient à la ^^randeur de l'entreprise, éleva son auteur à ce rang il lusti e où se placèrent successivement Saliuste, Tite-Live et Tacite. Pline l'appelait un « narrateur très «évère», et Justin , son abréviateur , « riiomme de la vieille éloquence. » Il florissait sous le règne d'Auguste, de l'an 2l8av. à l'an 1 4 ap. J.-G.
Sous Tibère et sous Caligula , l'éloquence brilla dans tout son éclat à Marseille et à Narbonne. Oflcus , né dans la première de ces villes (20 av. J.-C. ) , fut un orateur abrupte et mordant. Malgré les défauts qu'il lui reprochait , Séoëque le père le mit au-dessus de beaucoup de ses rivaux. Âgrotas, compatriote d'Oscus, ne plaidait qu'eu grec et charmait le forum par la mélodie de sa faconde. Votiénus Montanus , que Tacite qualifie « d'homme célèbre par son génie » , était la gloire de Narbonne , lorsque Tibère se vengea de ses critiques , en le reléguant dans les îles Baléares. Julius , son frère , passait pour le plus aimable des poètes.
Julius Grœcinus, né àFréjus (1 2 av. J.-C), avait fait ses études à Marseille avec le pl u s grand succès. Philosophe et savant disting ué , magistrat intègre , il refusa d'obéir à Caligula, qui lui' ordonnait d'accuser Marcus Silanus, quoique innocent. Contraint par le tyran à se donner la mort, il la subit avec courage (40 ap. J.-C). Son lils , Julius Agricola , né à Fréjusl'an 35 de l'ère chrétienne , se montra digne d'un tel père. Comme il venait de conquérir la Grande-Bretagne , la jalousie de Domiticn le rappela du théâtre de ses triomphes. Les mœurs, qui n'avaient pas eu le temps de se corrompre h Marseille, avaient encore, à cette é|)oque , cette austérité qui leur valait tant d éloges depuis si longtemps ; c'est à elles surtout qu'il faut attribuer cette préférence que l'on accordait aux écoles Marseillaises sur celles d'Athènes. Aussi Tacite , gendre et biographe d'Agricola , a-t-il dit de son illustre beau-père : « Ce qui l'éloigna des désordres de la jeunesse, c'est qu'outre son excellent naturel , il eut , dès sa plus tendre enfance , pour demeure et pour école , la ville de Marseille , oh la politesse grecque se trouve heureusement mélangée avec l'économie et la simplicité des provinces. »
DE !HAr;SfaLLE 7(
Aj)rt's >otiéniîs Montanus et Julius Grœcinus, deux rhéteurs, Onirinalis d Ar ics et Surculus de Toulouse , jetèrent le plus grand triât par leur enseignement à Marseille et à Rome. Les talents de Onirinalis lui méritèrent une place distinguée parmi les officiers des galères que l'Empereur entretenait à Ravenne. Biais ses désordres et ses exactions ternirent sa gloire et le forcèrent à se donner la mort (56 ap. J.-C.)-
Indépendamment de la rhétorique et des lettres, le génie des Marseillais s'appliquait particulièrement à certaines connaissances, qui prenaient de jour en jour plus de vogue , comme la Médecine! En effet , Pline nomme trois médecins qui eurent , à Rome , une renommée prodigieuse, au commencement de Tèrc chrétienne. Ce sont Démosthènes, Grinas et Gharmis, tous les trois contemporains Marseillais et dignes soutiens de Tantique honneur de fart hippocratique.
Démosthènes, né vers Tan 12 de J.-C. , se forma en Asie h l'école d*A]exandre-Philalète. Il écrivit en grec des ouvra-* s . si imc s, on entre autres sur les maux d'yeux , dontGalien cite des ^m^^n^c^. Crinas pratiquait la médecine planétaire et la icirlait sur le « ours desastres. Il la professa quelque temps à Marseille , se rendit dans la capitale de l'Empire sous le règne de Aéron , et y trouva en grande estime les doctrines de Thessale . médecin (jui , à force de dênij^rer ses devanciers, avait su nispirer une confiance universelle. Crinas ne tarda pas d'éclipser son eoncnrrent, gagna des sommes immenses, et lé-na à sa ville natale, pour la reconstruction de ses mni ailles, 1 0,000.000 de sesterces. — (Environ i 300,000 francs.^— Il n'existe aucun luragedcce savant, qui mourut,VaD 7i, sous le règne de Vespasien. Cliarmis, nél'an 45, etdouédune uuagination vive, combattit le système de ses rivaux, en se frayant des routes nouvelles. 11 s installa à Rome également, etfit changer l'opinion publique sur l'usage des bains chauds généralement établi « - J'ai vu moi-même, dit, à cette occasion, Pline l'ancien son contemporain . j'ai vu des vieillards , hommes consulaires , faire gloire de se soumettre aux ordonnances de ce médecin , et prendre des hains froids dans la plus grande rigueur de l'hiver.» D ne parait pas que Charmis ait acquis une aussi grande fortune que m compatriote Démosthënes. Gependant il se faisait si hien paver
74 HISTOIRK
qu'un jour il reçut 200,000 seslerces, (20,000 francs de notre monnaie), d'ui» homme qu'il avait guéri d'une maladie et de sa rechute.
À côté de ces savants distingués , hommes probes et intègres, rhonneuretrorgueil de leur pays, apparurent,— dans Tite-Pétrone, le Marseillais , et dans Thermaphrodite Phavorinus , — les dignes représentants d'une société corrompue. Phavorinus, qu'Arles avait vu naître (l'an 80 deJ.-G ), Phavorinus, l'un des plus célèbres sophbtes de son siëde , professa les belles-lettres à Marseille , puis ik Rome , et se fit des amis illustres et des disciples fameux. Disgrâdé par Adrien , jaloux de son mérite , il vit les Athéniens abattre sa statue , pour plaire à l'Empereur et dit en riant : t Je suis plus heureux queSocrate, je n'ai perdu dans cette affaire que ma statue. » Pétrone, l'ordonnateur des fêtes de Néron, peignit en traits vi^roureux cette elïVovabie corruption, qui, du palais impérial, déhonlant an deliors, présageait la décadence de 1 Enipiie Romain. Accusé d ;i\ ( il- trempé dans la conjuration de Pison , il lut arrêté à (.luues, pai 1 ordre de Néron . dont il prévint la sentence, en se faisant ouvrir les veines dans un bain.
Marseille , à peine nommée dans 1 Histoire , depuis l'an 29 de J.-C. jut<|u'en 28i. nu soutfrit politiquement ni des odieuses saturnales d«' rKinjiiie , ni de cette piiissanro prétorienne (pii pesa si longtemps de tout son poids sur les deux tiei's du monde coniMi. Toujours soumise au gouvernement de ses Timouques, elle était dans la situation où la conquête de César I avait laissée. Après la mort de Bon vainqueur . elle avait tenté vainement quel- «ques efforts pour obtenir justice du Sénat Romain; car ses députés, malgré l'éloquence deCicéron, furent repoussés avec une telle dureté, que le grand onteur ne put s'empêcher de dire: « Il n'est pas posdble qu'cm paisse aimer Rome , et être en même temps l'ennemi de Marseille*» Mats , pendant ces deux siècles et demi, les mœurs marséillaises s'altérèâ^t profondément, sous la funeste influence de là triple dégradation morah;, da hixe et des débauches , qui déshonorait le peuple Romain. En efibt, à la lin duii* siècle , la rivale d'Athènes n'était plus fameuse que par la corruption oîi elle était tombée. Athénée, célèbre grammairien de cette époque, comparait les vertus guerrières des Ibériens aux mœurs efféminées
Digitizeo lj vjOOgle
DE UARSEILLE. 73
et corrompues des Marseillais. Il y a loin de oe blâme cruel à Topi-
nioii de Tacite, le dernier écrivain qui, dans Tordre chronologique, ail loué les mœurs de la jeune Phocée. Aussi , eetle eit»' n avail-elie plus d'écoles, ou du moins ses écoles n'étaient plus fréquentées par les étrangers. Aller à Marseille était lui reproche adressé proverbialement aux hommes qui se livraient au vice et à la mollesse. Dire de queiqu un qu il revenait de Marseille , c était le proclamer infâme.
Nous touehons à une éjxM jU*' siiprénie de rép;t''nération morale et iiUellectuelle. De lointaines rumeurs, npjiortées de Rome par le souffle des révolutions , apprennent à la Caule méridionale qu une secte nouvelle , prêchant ouvertement le mépris des Dieux et le renversement des temples , prétend substituer une autre reli|[ion à celle des Romains. Dioclétien , Je trente-neuvième Empereur depuis Auguste , régnait alors , et venait d'associer à l'Empire Maximien-Hercule, pour faire face à l'invasion des Barbares (272). Chargé du gouvernement de l'Occident et du Midi , Maximien- Uercule séjourna quelque temps à Marseille , réprima plusieurs révoltes dans la province , rejeta au-Klelà du Rhin , les Germains et les Francs , et pourvut à la sûreté de l'Italie , de TEspagne et de l'Afrique. Mais le moment allait venir, od Tidée évangélique , — plus forte que le despotisme des Empereurs , apr^ trois siècles de supplices, pénétrerait dans les Gaules, pour y verser des torrents de lumière céleste , et rélever la dignité de Thomme , en groupant autour de la Croix toute cette plèbe infime , qualifiée naguère «Texécration et le mépris du genre humain (odium generit humant) , » et queraristocratie tenait à si grande distance dans rabaissement et la misère. L*âme avait vaincu la matière ; le principe sublime de l'égalité devant Dieu commençait à faire fléchir les vieilles croyances païennes , insuffisantes désormais à la raison humaine , et bientôt la pompe grave et solennelle d'un culte pur et fécond devait remplacer la pom|>e riante des letes religieuses de la Grèce. Issues des derniers ran^s ilu |)euple, les idées chrétiennes résistèrcHi ao\ calomnies les plu.s odieuses, aux persécutions les plus cruelles , jusqu'au jour où leur complet ravoiiiK jiient fut le témoignage le plus éclatant de leur action régénératrice.
Une légende populaire fait remonter au temps des Apôtres
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l'apparition du ( Jn ist lanisnie à Marscilio, Dans h pirmière persécution qui lit lapidri' Sainl-Ktirnnc, racontent Baronius elHiijadeiieira, l'auteur de la fleur des Sainis , les Juifs se saisirent de Marie- Madeleine , de Marthe , de leur servante Marcelle , de Maximin leur directeur, de Lazare que Jésus :)vnit ressuscité , de Joseph d'Arimathie, de Marie de Jacques, de MarieSaioméetderavieugle-oé, nommé Gélédone , à qui Jésus donna la vue en lui frottant les yeux avec un peu de boue. On les embarqua dans un vaisseau sans voiles , sans rames , et sans mariniers ; le vaisseau aborda à Marseille. Dès que Madeleine fut à terre , elle convertît toute la Provence. Lasare fut le premier évéque de Marseille , où il soufint le martyre. Maximin fonda Téglise d'Aix; Joseph d'Arimathie alla prêcher l'Évangile en Angleterre; Marthe créa un grand couvent et mourut à Tarascon ; Marie de Jacques et Marie Salomé achevèrent, dans une retraite près d'Arles, des jours consacrés à la prière. Madeleine se retira dans la Sainte-Baume, oh elle brouta l'herbe toute sa vie. «Oe fut là que, n'ayant plus d'habits, elle pria toujours toute nue; mais ses cheveux crûrent jusqu'à ses talons, et les anges venaient la peigner et l'enlever au del sept fois par jour , en lui donnant de la mudque. On a gardé longtemps une fiole, remplie de son sang, et ses cheveux ; et tous les ans, le jour du vendredi saint, cette fiole a bouilli à vue d'œil. (note de \ 768). »
C'est ainsi que la poésie des légendes prélude le plus souvent au triomphe de la vérité : car le peuple se laisse faeilement séduire par le mystère qui enveloppe l'origine de ses plus chères croyances. Tout ce qui e» liappc à son examen , tout ce qui revêt des formes surnaturelles, saisit son esprit et le subjugue. En effet, tout concourt à démontrer l'invraisenibiancc de celte touchante et naïve tradition , qu'un zèle pieux inventa à la fin du i\- ou du xi" siècle , probablement pour donner plus d'autorité à la l'eligion du Ghriist, en la faisant apparaître dans la Provence , presque àscMi aurore. Grégoire de Tours et Sulpice Sévère ne laissent aucun doute à cet égard. «Ils assurent, dit l'abbé Hugues du Temps , que la Gaule ne doit point être comptée , avant le milieu du m* siècle, parmi les nations soumises à Jésus-Christ Les églises, qui attribuent leur origine aux premiers hommes apostoliques, sont obligés de descendre jusqu'à cette époque pour trouver les successeurs de
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ceux qo^ellos ae donoaient pour fondateurs ; et e'est ce long intervalle qui a déterminé plusieurs savants à retarder la publication de 1 Évangile chez les Gaulois ; mais on peut dire avec beaucoup de vraisemblance que la icJigion cbi cUciine , quui(|iie établie chez ces peuples dès sa naissance , n y fit que peu de [)rûgi'ès pendant les deux premiers siècles : c'était le seiitiineiit des sept évéques qui écrivirent à sainte Radcp^nde. Et ces prélats méritent plus de crovanre que U .s prétendues traditions d uii grand nombre d'églises qui se glorifient d'avoir été tlorissantes dès le temps des Apôtres on de h'urs disciples. Si l'ou devait ajouter foi aux traditions, il faudrait croire que saint Martial de Limoges, saint Saturnin de Toulouse, saint Catien de Tours , saint Kront de Périgueux, saint Âustremoine d'Auvergne , saint lirsin de Bourges , saint Paul de Narboone » saint Eutrope de Saintes , ont été envoyés dans les Gaules par saint Paul ou par saint Clément , et qu'Us ont établi , dès le premier siècle , de florissantes églises. Mais il en est de ces traditions comme de celles de plusieurs peuples sur leur origine, et des prétentions de différentes familles sur l'ancienneté de lear Doblesse. Les actes des saints , que nous venons de nommer, sont autant d'armes pour combattre l'opinion qu'on veut établir par leur autorité. »
Vers Tan 992, les annales dn Gbristianisme s'ouvrent à Marseille par le martyre de saint Victor, l'un des prosélytes les plus ar- «lents de la nouvelle religion. «Victor, dit T. Rulnart, brillait comme une étoile parmi les justes de Marseille, ville plongée
dans les superstitions et les sacrilèges , et cruelle ennemie des
chrétiens, lorsque Maximien-Hercule y arriva. Cette bête inhumaine et .siàuvage avait acquis la plus saii^lauit' eélébrité dans la Gaule par sa barbarie envers les saints, et surtout pai le massacre de fillustre légion thébéenne. Toujours altéré de sang , i! s'empressa, dès son arrivée, de deelaifr la guerre au Christ et ordonna de faire périr dans les supplices tous ceux qui ador-nenf son nom. Cet îtrrèt consternait les nôtres alors accables d un orage de maux. \ Il t(ir , qui sentit le besoin qu'ils avaient d'être fortifiés , se mit à luur tète et ne laissa plus passer une nuit sans visiter le camp des saints , et sans aller de maison en maison raffermir le cœur des
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serviteurs de Dieu , en leur prêchant l'amour de l'autre vie et le mépris de celte mort charnelle.
«Un tel iiiiiiiislcre ne pouvait s exercer impunément: bientôt découvert, il fut conduit aux juges. Ceux-ci, usant d abord de clémence, cherchèrent à hii persuader de revenir aux autels des Dieux , et de ne jias sacrilier sa charge dans la milit e , ni l'amitié de César au culte d'un mort. Mais lui, arme do la force de l'esprit saint : — Ceux que vous appelez des Dieux , s'écria-t-il , sont des démons injmondes : je suis soldat du Christ, et ne veux point de 1 amitié de l'Empereur ni des dignités de la milice , s'il faut outrager mon Roi pour les conserver. Quant à Jésus , le fils très-haut de Dieu , il est vrai qu'épris de Tamour du genre huoiAÎn , ii s'est fait mortel et a été violemment mis à mort ; mais par sa puissance divine il est sorti du tombeau, le troisième jour, et remonté au ciel.
« Une clameur immense s'éleva à ce discours. La foule , qui entourait le tribunal , couvrit Victor d'injures et de huées ; mais , comme c'était un homme de grande noblesse et de haut rang , les magistrats n'osèrent prendre sur tva. de le condamner et le renvoyèrent devant César.
« Maximien, enflammé décolère, en apprenant ces choses , le fit amener sur le champ à son tribunal ; et , comme il refusait de sacrifier , cette âme iérooe commanda de le garotter en forme de boule et de le rouler dans toute la ville. Mille bras exécutèrent aussitôt la sentence , et ce ne fut que lorsque cette multitude ins^ sée eut assouvi jusqu'au bout sa cruauté et sa colère , qu'elle traîna le martyr tout sanglant au prétoire. Là , pendant qu'il reprenait ses esprits , les juges, pensant que la douleur et les ignominies auraient hvhc sou couiagc , s'efforcèrent de nouveau de le gagner par la douceur. Ils lui disaient qu'après la terrible expérience qu'il venait de laire , ce serait folie d'outrager encore la République et l'Empereur; qu'il y aurait plus que de la démence à sacrifier la faveur des Dieux et de ( es princes invincil)les (\\\\ l avaient comblé de gloire, d'honneurs et de tout ce qu'on désire dans la vie , à perdre la vie elle-même, et à s'altirer voloulairement l'exécration des Dieux- l't des hommes , pour quelqu'un qu'il n'avait jamais vu: qu'il songeât aux larmes de ceux qui lui étaient chers avant de courir à une mort affreuse ; qu'on ne devait jamais oublier sa raison
m iin pi'iser les Dieux dont la majesté resplciidissait dans les teiupies ; duDt les bienfaits étaient sentis par tout le monde ; que
cette antiquité si vénérée adorait les Dieux ; que les Empereurs étaient leurs pontifes ; que leur sourire créait le bonheur sur la terre , dont rezistence tenait à eux seuls ; qu'il fallait renoncer à celui qui, en virant toujours pauvre et malheureux, et en mourant ignominieusement , avait prouvé son impuissance ; que, s'il adoptait ce parti , les bourreaux s'éloignaient , et il ne tardait pas à s'élever , par la faveur intime de César , au faite des honneurs, tandis qu*en persistant dans son aveuglement, il se livrait . lui-même aux plus horribles tortures et allait devenir un sujet d'opprobre et d'abjection.
«Le martyr, qui n'avait rien perdu de son énergie, leur répondit : « Si l'on m'accuse d'outrager César et la République , je dirai que je n'ai jamate nui ni à la République , ni àCésar , et que jamais peraoïme n'a rempli plus scrupuleusement ses devoirs de citoyen. Tous les jours , je sacrifie avec zèle pour le salut de l'Empereur , j'immole tous les jours, pour la stabilitc de l'Empire , des victimes spirituelles. La démence, dont vous ni accusez, consisterait seulement , selon moi , à préférer un uhjet qui plaît a uii .mh e cent fois meilleur. Que serait-ce donc, si cet objet préféré était iiah pt ndatu de nos désirs, s'il ne pouvait être possédé sans crainte, et si, malgré les iiHjuietudes dont il accable , nul ne peut se flatter de le conserver? L objet qui vaut lec(!ntuple au contraire , quand on le veut , est dans vos mains : quand on le tient , on eu jouit avec sécurité : il ne vous fuit et ne vous nuuujue jamais , et les violences les plus ijrandes sont impuissantes à la faire perdre. L'expérience des sages nous apprend que la faveur des princes , le bonheur du monde , la gloire , les honneurs , l'amour des siens , la vie , ne dépendent pas de nos vœux , et que nous n'en pouvons jouir ni sans alarmes, ni longtemps. Toutes ces choses doivent donc être sacrifiées aux joies de la vie éternelle , aux embrassements du Dieu créateur qui donne tout en se donnantà nous , et qui reste toujours.
« Comparez ce Dieu avec les vôtres : qui ne connaît les adultères et les parricides du grand Jupiter? Qui ignore la cruauté de la reine (les Dieux et son hymen incestueux avec son frère? L'implacable férocité de Mars , l'obscénité épouvantable de Priape , la turpitude
de cette luxurieuse Vénus ne sontpelles pas publiques? Que vous dirai-je de ces fièvres , de ces maladies , dont vous avez fait des troupeaux de divinités? Je rougis de rappeler ces Dieux stercoraux , ces Déesses cloacines et mille autres pareUs simulacres qui imposent à leurs adorateurs le culte infect des cloaques et des fumiers.
« De quel amour maintenant, de quelle vénération n*est-il pas (ligne, celui qui , bien que nous fussions ses ennemis, nous a chéris le premier, nous a découvert tant de fraudes honteuses , et , pour nous empêcher de continuer à les accepter , sans al&ibiir son caractère divin , a revêtu notre fragile humanité , d'immortel s'est fait mortel , de maître de l'univers le plus pauvre des hommes ! Les paroles, qu'il a laissées sur la terre, ne sont-elles pas un exemple continuel de vei lii et de probité? Oli ! quelle opulente et niagni- Tupie pauvre u (jue relie dont vous lui faites uu reproche, et qui pouvait à son gré remplir d'un mot les barques de poissons et apaiser la faim de ('in(| mille hommes! Oh! quelle éneri;H|uo faibl^'sse que cciie qui gucj-il lous les maux des siens ! Oh 1 quelle mort puissante qui ressuscita tant de trépassés! !{( Il* (hissez donc, illustres citoyens , et vous, dont le jugement est mùr, vous qui êtes puissants par la raison et les lumières, écartez ces préventions insensées , et , ne ployant plus le genou devant les démons, obéissez au très-grand , au très-saint, au très-clément Créateur, votre ami, dont l'humilité , si vous venez à lui , vous élèvera ; dont T indigence vous rendra riches ; dont la mort vous donnera Timmortalité I
« Dès que le martyr eut parlé : — Tu ne cesseras donc pas de philosopher, Victor? lui dirent les juges. Il ne te reste qu'à -choisir entre le sacrifice et les tourments. — Puisqu'il en est ainsi , répondit-il , je méprise vos Dieux et je confesse le Christ. Alors les tortures recommencèrent, et pendant trois jours il souffint. Le quatrième , ce funeste Maximien , ayant eu des nouvelles de sa constance , le fit ramener à son tribunal ; mais , le retrouvant dans les mêmes dispositions , il fut saisi d'une nouvelle fureur et s'emporta avec rage contre l'intrépide soldat du Christ. Les instances, les menaces, les malédictions furent employées de nouveau et en vain. Tout à coup Maximien demanda un autel de Jupiter : on apporte Tautel , le prêtre sacrilège le tient dsnsses mains et attend : — Victor , s'écrie l'Empereur , brûle de Tencens , apaise Jupiter et
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deviens notre ami. A ces paroles , le inarlyr, animé d un saint zèle, réunit toutes ses forces, car il pouvait se soutenir à peine, et, 8*approchant comme pour prendre Tencens, il renversa Tautel d'un eoup de pied. Cette action irrita si fort l'Empereur qu'il ordonna qu'on lui cow^t le pied sur le champ , et qu'il mourût broyé par une meule. »
Trois soldats , Alexandre , Longin et Félicien , commis à la garde de la prison de Victor , raconte naïvement la tradition populaire, avaient vu , vers minuit , les portes s'ouvrir d'elles-mêmes , et le cadint inondé soudain d'une lumière éclatante. Ge miracle fut cause de leur conversion , et Victor les conduisit à la mer pour les baptiser. Mais , dit Montesquieu , « le temps , qui consume tout , détruit les erreurs mêmes. » Or, il reste acquis à la gloire de la Religion Chrétienne , que , frappés du courage et de la résignation de leur prisonnier, les trois gardes se déclarèrent chrétiens et reçurent à leur tour la couronne du martyre. Alors , quand on jeta les cadavres des quatre victimes à la mer, du côté du port , on vit les flots les rejeter sur la rive; et leurs restes, recueillis par quelques chrétiens échappés à la persécution » furent ensevelis sous la voût(î d'un caveau creusé dans le roc. Ce crYj)lt' est aujour- (1 iiui la « iiapellc dédiée à SaiiUe-MaUuleiiie dans l'église inférieure de l'abbaye de Saint-Victor.
Nous avons cité , dans tous ses détails, l'un des plus iiMi h iivs épisudus qui signalèront le triomphe du Clu iistianisme, j)oui (ioimer une idée de la fureur d(''sesp(M ée, avec laquelle les païens essayèrent de conij)rimer l'essor de l Évangile, dont chaqu*' jour révélait A la fois la puissance et le danger ; puis pour montrer coniliien les superstitions du paganisme étaient encore enracinées dans le sol phoc:éen, à la tin du m*' siècle : — témoignage victorieux contre la tradition , que nous avons dù rappeler à titre de document historique* Du reste , les édits et les supplices étaient impuissants à comprimer I'idéb qui perçait lentement les ténèbres de l'ignorance. Las de multiplier en vain les persécutions , Dioclétien avait abdiqué en faveur de Galère , pour s'enfermer dans sa retraite deSalona, en Dalmatie, lorsque Maximien , — qui deux fois était descendu du trône , — voulut une troisième fois disputer le titre de César à Constantin , son gendre , et fils de Constance-Chlore. En effet , il
prolitc de lalisf^nce de ce dernier, pour s'emparer des trésors, prodigue l'ari^ ut et les promesses aux légions et court s'enfermer dans les murs d'Arles. Poursuivi de près par Constantin, il n'a pas le temps de forlilier h ville et se réfugie à Marseille, où son gendre ne larde pas à le rejoindre. L'assaut était déjà commandé, et la place allait être prise. Soudain, la nouvelle se répand que Maximien s'est étranglé, et Constantin, en fesant sonner la retraite, , sauve la ville du sac et du pillage. Le vainqueur ne priva pas le vaincu d'une sépulture honorable; il se borna, pour toute vengeance, à faire abattre ses statues et détruire ses inscriptions. Selon une vieille chronique , on découvrit à Marseille, vers l'an 1054, le cadavre intact de Blazimien dans un cercueil de plomb , placé sous un tombeau de marbre; et, par Tordre de Raimbaud, archevêque d'Arles, cadavre, cercueil et tombeau furent jetés à la mer.
Mais ici la légende reparaît sous sa forme mystérieuse et fantastique. Â Vendroit , où disparut le corps , les flots bouillonnèrent longtemps , puis l'on y vit flotter à la surface comme un nuage de fumée , et briller , nuit et jour, une flamme bleuâtre.
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CHAPITAE VI.
Pn^i:r^^ (iti Christianisme. — ('oasIancc-Qitore. — Constantin , sa rnnvtM-Mon.— InslJiIlation des Evéques à Marseille. — Division de l'Empire m Prélectures. — L'Ariauisrni' — Coostaoce. — Athouase^ patriarclic d'Alexandrie. — Les Conciles. Proculus , i\> nu>i daMtneill». — La pifie Zmdme. — Les lueiNilèrQi. — Saioi-llwtia. — Hooont. <- Monastères de Saint-Viclor et de Saint-Sauveur. — Cassien. — Ij'ikh ins. — SalfjM. Geonade. — C. M. Victor. — Mll.^*^e. — Eint di' la liit.'raturo iH des arts. — .\iison(» — Paulin. — Latinus Pacatus. — Dissolution morale de la société. — Situation politique de la Provence. — Invasions étrangère. — Lettre de SaintrJérdme. — Les Gotlu. — Akrie. — Am^. — Ce priDoe lente no «eop de onain wr Manoille. — Le conte Bosiface. ~ Sigeric— Théodoric l».» Attila. ^ Défaite des Huns — Eurie; il convoite la Prnvencc et conqtiiprt IWtivprjnc. — Si'I*>iii* -A|)ollinairc. — Cra-cus , hè*\\}^ d« Marseille. — Eunc descend tlans la basse Provence. — Soumission de Marseille. — Les UourguigDoos. — Chute de l'empire d'Occident. — Les Francs. — Oofit. — CwMleband. — Thtodflrie-bMkuid. » AtUaric. — Sigitmond , ni des BQvrgiiigDoits. — Gondemar. — Childebert , Cbrtaiie al TbieiTy. — Tbéodebert. — Tbéodit. — Bffiieive.— Viljgia.— Les Fnnca prennent poaNisian de la Phyvance.
Le Chnstiaoisme allait toujours grandissant et répandant au loin , par la voix de ses apôtres, — sa doctrine do liberté , ân charité et de réhabilitation. Au commencement du iv« siècle, les chrétiens de la Gaule lacèrent» parleur résignation héroïque, la rage de leurs bourreaux et purent professer leur culte àciel ouvert. Li simplicité de la religion nouvelle eontrastait singulièrement aTec l'éclat des cérémonies païennes. Pendant tout le cours des proscriptions, les premiers hommes apostoliques s'étaient réunis
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8t HISTOIRE
pour s'entendre , se porter secours et combiner leur résistanre ; or ils ^onser^'^^eIlt celte organisation toute démocratique, rjuaiui on leur permit de tenir publiquement leurs conventicules sous la surveillance des mapstmts.
Dès ce moment , il y eut deux sociétés dans la Gaule: ia vieille société , composée de l'aristocratie , de la magistrature , des Sénateurs, du clergé paîeu, des corporations; et la jeune société, recrutée dans la plèbe romaine, dans les populations des campagnes. La première , placée au sommet de i'Ëmpire'par la propriété du sol et par les emplois, et convergeant vers un chef unique, — TËmpereur, comme les rayons , de la circonférence au centre ; — la seconde , humble phalange, proscrite, impatiente du joug de ses oppresseurs, déshéritée de toutes les jouissances de la terre, sans cesse reléguée dans les sphères infimes , comme la lie de Thumanité , et se ralliant au pied de la croix , symbole de ses souflrances. — Toutes deux luttant avec acharnement, l'une pour maintenir sa position suprême ; l'autre pour faire descendre son ennemie k son niveau , en gravissant elle-même , d'un échelon tous les jours « l'échelle de l'égalité.
Les idées évangéliques avaient gagné bien du terrain , quand Constantin vint seconder les nobles efforts de leurs courageux pro*
pagateurs. Déjà, Cunslanee-Clilore avait su mériter l'an'ection des chrétiens, par une indulgence adroitement déguisée, lors de la persécution dioclétiane. Ce priaeu était le premier qui les eût accueillis avec une sorfe de synipatliie pour leurs croyances; car, àl exeiuide de tous les |)ati'iciuns e* hiirés, il adurailsecrèleinent un seul Dieu. C'est dans cette situation qu'il légua l'Enipirc à son fils , avec le secret de sa politique indulgente: et Constantui se jura de suivre scrupuleusement les conseils que lui avait donnés son père , a son lit de mort. Cependant , il dissimula d'abord ses sentiments et adora les Dieux . comme la majorité de son peuple , jusqu'au jour où la (l'oix lumineuse, qu il vit briller dans les airs, en marchant contre Maxence, et le Labarunit que Jésus lui montra dans un songe , et qui le guida à la victoire , achevèrent de le convaincre que rhonneur lui était réservé de devenir le représentant d'un ordre nouveau. Alors il entra dans le sein de l'Église (311) et publia , en 342 , un édit en foveur de ses coreligionnaires. Pâr cet
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DE HARSfilLLB. 8S
édit et ceux qui suivirent , l'Empereur ouvrit une large brèche au c( r|)S(le la Constitution, et les idées régénératrices s'y précipitèrent avec laut de viuleiir« . ([iie l'unité politique ne tarda pas à être rompue comme runit*' sociale.
De l'époque de la conversion de Constantin, — semble dater l installation dos év<*(|ues à Marseille. Le prcniu i lui Orésius, qui assista auCoueile d Arles, où lesDonatistes lurent condamnés (août 31 4). Une fois seul maître de la couronne par la défaite de; son collègue Licinius, Constantin transporta le siège de son gouvernement en Orient, et abandonna TOccideataux Barbares. L'Ëmpire fut partagé en quatre préfectures. L'une^comprenantlaprovinceGallo-Romaine» l'Espagne et la Grande-Bretagne , fut divisée en quatre diocèses , administréschacun par un vicaire du préfet, etdans lesquels entraient aussi cinq profinces desGaules à titre de vicariatparticulier. Ces cinq proYinces étaient la Narbonnaise , la Viennoise , l'Aquitanique , la NoTempopulanie et les Âlpes maritimes. Par suite d'une subdivision ultérieure de la Viennoise et de TAquitanique, ce vicariat fut appelé le vicariat des sept Provinces de l'Aquitaine. Marseille conserva l'indépendance de son administration , au milieu de toutes ces révolutions. Toutefois , — depuis que , par son exemple, les cités Gauloises, soumises k Tinfluence romaine, avaient compris et recherché la gloire et les avantages de la civilisation, des arts et du savoir, — l'antique fille dePhocée, absorbée, pour ainsi dire, dans son individualisme social , s'était laissé , chaque jour , arracher un fleuron de sa couronne littéraire , un lambeau de sa royauté commerciale ; si bien qu'au iv* siècle elle était totalement déchue du pjemier rang.
L Ârianiiiine , qui tendait à placer le Christianisme sur une liasc pui einenl philosophique, ne troubla que bien peu 1 l^gltse(i;i[li( :iiiu, sons le règne du grand Constantin. Mais ce prince avait si riuleineiil ébranlé l'édifice de la société païenne , que des haines ardentes ériatèrent au tour de sa tombe (337): et le sang jaillissait à flots sur la pourpre impériale , quand ses trois fils se la partagèrent. Après une lutte de onze ans , dont trois dans la Gaule méridionale, sans que Marseille eût à ensouflrir, Constance, parvenu à régAer sans partage, en enjambant les cadavres de ses frères, ne se crut plus en sûreté à Trêves , où les Germains le pressaient , et recula
tu HiSTome
devant eux jusqu'à Arles , la ville efl'éminée. C'est là qu'en 353, ce prince, scclatcur de TArianisme, convoqua un OmriK' des évèques de la Gaule , qui, à l'instar des évêqucs d Orient , condamna Athanasc , patriarche d'Alexandrie et adversaire des Ariens. U y eut encore deux Conciles de réunis , I un à Béziers en 336, l'autre à Valence en 374. L'histoire ne dit point par qui l'église Marseillaise y fut représentée. Ce n'est qu'au Concile d'Aquilée que nous trouvons, au nombre des six députés des provinces méridionales , Proculus , évôque de Marseille , cité par Saint-Jérôme — « comme un prélat recommandable par son zèle et sa piété. » Saint-Ambroise dirigeait cette assemblée , où l'on déposa deux évèques ariens , Pallade et Seoondien. Proculus , dit M. de Beisunce , formula sa sentence en ces termes : « Plusieurs vénérables évèques , ayant déjà condamné et déposé Pallade et Secondien , comme des blasphémateurs qui , en ne repoussant pas les blasphèmes d'Anus, les soutiennent comme un héritage impie qui leur appartient, je les condamne de même et dépose pour toujours. » En 397, Proculus fit juger en sa faveur, au Concile de Turin , la question de préséance qu*il réclamait , à titre de métropolitain , sur les évèques de la seconde Narfoonnaise. Mais Patrocle , cvêque d'Arles , prétendit lui disputer cette suprématie , et fut appuyé |)ar le pape Zozime , (jui en éerivit aux évèques des Gauk s et des sej)t Provinces. Le prélat Marseillais refusa d ohéir à la décision du Saint-Père, fut cité à Rome et ne (Oiiipaïut point. L all'aire lut rapidement instruite, et Zozime enjoignit au Clergé, au Sénat et au peuple de Marseille, d<' s incliner devant l'aulorilé relipeuse de Patrocle, puis de reni|)larer Proculus sur le siéire episropal : « — Je ne suis pas surpris, disait-il dans sa lettre, que Proculus persiste dans son effronterie, et qu'ayant perdu toute pudeur , il Aisse elia(jue jour des actions condamnables. 11 ne s"est fait connaître que par le trouble et la confusion qu il met dans Marseille, faisant des évèques, quoiqu'il ne le soit pas; n'ayant qu'une autorité purement humaine , il se vante de pouvoir donner à d 'autres une dignité dont il avait autrefois été revêtu , sans l'avoir méritée, et qu'il n'a pas pu conserver. » La mort vint subitement terminer ce triste différend . et Roniface, successeur de Zozime , en abandonnant la cause de Patrocle y permit à son rival de reprendre
|)ossessioii d une prérogative que les évéques d'Arles ne tardèrent pas à lui oîiN'vei' (It tiiiitiveinent.
Dès la iiu du iv*^ siècle , on essav.i d'étendre l'actioii chrétienne et (le la fortifier au moyen des monastères. Saiiif-Martin en fonda sur la rive iranrhe de la Loire. — <f Venu de I Orient , ce berceau de la vie monastique, où les solitaires de la Tliebaide étaient alors soumis à la règle uniforme que leur arait donnée Saint-Ântoine, » Honorât fut autorisé par Léonce, évèque de Fréjus, à se retirer dans l'une des îles de Lérins , alors couverte de ronces et peuplée de reptiles. Dans cette île , qui prit plus tard le nom du pieux pèlerin , il éleva, vers l'an 375 , un monastère, « asile de paix , où, pendant que le glaive des Barbares démembrait pièce à pièce l'Empire Romain, vinrent s'abriter, comme l'al^^on sous une. fleur marine, la science, Tamouretlafoi. (làmennais).! Hâtons-nous de dire que les monastères furent loin de remplir le but de leurs fondateurs. L'isolement , dans lequel vivaient les moines , et leur renonciation complète aux choses terrestres inspiraient plus de répulsion que de sympathie. « Ces malheureux , écrivait Rutilius , entraînés par les furies , abandonnent les Dieux et les hommes , et s'exilent dans de honteuses retraites. Insensés , qui croient que la Divinité se paie d'austérités ridicules et d'une affreuse malpropreté , et qui se punissent plus cruellement que ne feraient les Dieux qu'ils ont offensés. Leur secte n'est-elle pas mille fois plus dangereuse que les poisons de Circé ? Ceux-< i ne eliang-eaient que les corps , ceux-là changent les âmes. » Puis , il sortait tout à coup de ces retraites profondes — des hommes , supérieurs pour la plupart , mais (jui , sous l'intluence d'une exaltation causée par Tac eti.snie et les veilles de l'étude, recherchaient plutôt l éelat des triomphes , dans les controverses de la rclitrion nouvelle , — que l'honneur d'eflacer les derniers vestiges du pai^misme.
Cependant, les monastères se multiplièrent insensii)lement dans les Gaules. Au commencement du v* siècle , Jean Cassien en créa deux à Marseille , l'un de religieux , l'autre de religieuses (41 0). Le premier fut le monastère de Saint -Victor ; — le second celui de Saint-âauveur. Les moines de Saint-Victor , à peu près vêtus comme ceux d'Egypte , portaient un cilice sous une robe de toile , à manches larges et courtes , et serrée aux hanches par un
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cordon do laine. Un manteau à capuchon terminait le costume. Cette aiibavc , surnommée la porte du Paradis, était située eu ilehoi's de la ville, et renfermait plusieurs espèces de moines. Les uns, appph's monachi ad suceur riuilum , étaient le plus souvent d'illu.s{n.'s citoyens , (jui endossaient le ciliée , quand ils étaient en proie à une maladie incurable. D'autres , sous le nom d anachorètes, s'ensevelissaient vivants dans la triste solitude d'une cellule , doot la porte, scellée du sceau de l'abbé, ne s'ouvrait plus que pour laisser sortir le cadavre d'un martyr.
Cassien est auteur du Traité de l'IncanutUan , du livre des Conférences des Pères du désert , et de plusieurs autres ouvrages de théologie. Us rendirent son nom célèbre dans les Gaules ; mais ils suscitèrent , surtout à Marseille , des troubles religieux que fut loin d'apaiser la critique de ses contradicteurs SaintrProsper et Saînt- Augusiin. Il mourut en 448 , sous le règne de Valentinien iii , empereur d'Occident.
Parmi les prêtres de Marseille, qui jetèrent un grand édat sur le V* siècle , — Léporius basait sa doctrine sur la négation de la divinité du Christ, doctrine condamnée par Proculus comme impie et blasphématoire ; — Salvien , mérita que Bossuet louAt son éloquence; — Gennade, savant helléniste, dressa un assez bon Catalogue dee hommes illustres et des auteun ecclésiastiques, puis écrivit sur le dogme , sur la nature de l'âme , sur la grâce et le libre arbitre; — Cbuiduis Marius Victor enseignait la Hbétorique et fit un C<j)n}ncntaire si/r la Genhe et une Epîlre morale; — Musée esL auteur tl un Lecliomuiire tjui lut l'origine de ce que tard on appela bréviaire, et d'un Sarrau/a /i/ni>c , divisé en plusieurs pnrties, suivant la difïérence dt.'s offices ; — enfin Vénérius , religieux du monastère de Samt-Victor , monta SUl* le siège episcopal , après la !iini t de Proculus (428).
Ainsi le Christianisme aliermissait son rèp^ne par le livre et la parole; les Conciles étendaient son infiuenccpar les pompes de leur solennité et l'éclat de leur retentissement. Tandis que les païens s'endormaient , avec une fausse sécurité , sur les ruines de leur civilisation , — les soldats du Christ, entraînés par des aspirations violentes vers l'avenir , .sapaient le vieux monde jusque dans ses fondements, frappant les idoles, renversant les temples et répandant
la semence évangeliqvit dans de nouveaux sillons. Mais cette révolution intellectuelk' , en transformant les moeurs, jeta l'esprit humain dans des excès déplorables. Déjà les abus, pareils à I ivraie, étouffaient le bon grain sur le sol fécond du Christianisme ; et ceux, qui, — à l'exemple de J'espagnoi Priscillien, patricien éclairé, tentaieDt de les détruire, — souIeraîeDt contre eux, comme les pre* niers apôtres, des tempêtes de liaine, et payaientmcme de leur vie leur généreuse indignation. Le zèle emporta souvent trop loin les disciples du Christ et les précipita dans des voies funestes. Une fois l'impulsion donnée , le vulgaire accueillît aveuglément Tintoléranoe du prosélytisme , et le fanatisme épouvanta le monde du spectacle de ses fureurs insensées.
Le déclin de la société antique se réfléchit surtout dans la Littérature elles Arts. Nous avons constaté les douloureux symptômes de eette dissolution générale, que ressentait Marseille dans ses mœurs et ses Ëcoles. Partout l'amour des études utiles s'éteignit ; l'enseignement, désormais concentré dans le clergé, s'appliquait à former déjeunes lévites pour le ministère des autels; et les Pères de l'Église , voués à la culture des lettres grecques et latines , qu'ils regardaient avec raison , comme une branche de la religion , remplissaient seuls la scène sociale du bi uit des controverses religieuses.
Ausone , célèbre poète bordelais et Paulin , son élèvt- , résument luule la littérature du iv^ siècle. Avant eux , il n'avait j)aru que des rhéteurs et des graiiiuiairiens. Après eux , il ne resta que des panégyristes. Le paiiéi^^yriquc , que la décadence de l'Empire vil surgir en Occident , caractérise celte époque de dégradation morale. Latinus Pacatus , sorti des écoles de Marseille, est le Ivpe le plus complet de ces thuriféraires iuiptriaux. Son panégyrique de Théodose est le modèle du genre. C était le dernier degré d'abaissement où pût descendre la vieille littérature.
Sous un gouvernement des|)otique, les esprits se livrent d'autant plus aisément au torrent des jouissances matérielles, qu'ils semblent chercher, dans leur excès même, une compensation à la perte de leur liberté, et l'oubli de leur humiliation. Ainsi fut-il de Marseille , — entraînée sur la même pente où glissait l'Empire Romain ! Salvien , que nous avons cité , a fait une peinture saisissante des vices et des désordres dont il était témoin. « Les anciens
principes méconnus , s'écrie-t-il , les liens de la société relâchés ; la licence sans déguisement; l'excessive inégalité des fortunes engendrant une foule de maux ; les calculs insensés de l'avarioe , passion ignoble qui dessèche le coeur ; les discours honteux et les postures indécentes qu'on souffrait sur le théâtre ; les succès de la flatterie , de la mauvaise foi et de T intrigue ; les emplois deventis le prix de Taudace et du crime ; le despotisme sous toutes les formes ! » Glaudius Marius Victor signale les mêmes indices de désorganisation , dans son épitre sur la pervenité des numn de tan temps.
Un nouveau germe de gangrène morale , qui venait de s'inoculer à cette époque dans les veines de Marseille » témoignait singulièrement des tendances funestes de son génie mercantile. Non seulement , la cité phocéenne s'était vu ravir , au dehors , sa suprématie industrielle ; mais elle ne maintenait sa prospérité au dedans qu'en abandonnant, pour ainsi dire, à la race de huhn , le privilège exclusif des grandes transactions. Fidèles a la lui de Moïse , les Juifs , ces rois de 1 usure , dévorés de la soif du gain , employaient avec succès tous les moyens d'amasser d'immenses richesses , pour inipt mier le stygniate de la corruption sur le front de ces peuples ("nri vi 'î et sensuels. « Le commerce, dit Montesquieu, passa à une nation pour lors couverte d'infamie; et Iiientôt il ne fut plus dislinj^ué des usures les plus aflVeuses , des nionctpoles de la levée des subsides, et de tous les moyens malhonnêtes d'ac(|uerir de l'argent. Les Juifs , enrichis par leurs exactions , étaient pillés par les princes avec la même tyrannie ; chose qui consolait les peuples, et ne les soulageait pas. » Ces paroles achèvent admira* blement la peinture de la décomposition qui se révélait de toutes parts dans le corps social au v* siècle.
De Texpression des idées morales et religieuses, revenons à la situation politique de la Provence.
Il n'est pas dôuteux que, sans l'intervention imprévue des Barbares , Finégalité des forces eût longtemps encore prolongé la lutte entre la vieille société et la jeune société. L'Empire d'Occident, penchant de plus en plus vers l'abîme, allait définitivement s'écrouler sous les coups redoublés de ces rudes enfants de la Germanie , que Dieu semblait avoir destinés à venger , un jour , les populations écrasées pas le triple fardeau du despotisme, de la misère et du
DE MAliSEILLE. HH
travail. Depuis Auguste jusqu'à Diodétien , les cohortes romaines avaient été presque toujours occupées à les refouler dans les glaces du Nord. En 258 , ces incursions prirent un caractère de gravité effrayant. Le drame ne devait pas tarder à dérouler toutes ses terribles péripéties, avec cette invasion et la ruine de Rome, pour dénouement.
L'épouvante et le découragement , qui s'emparèrent alors des esprits, sonténergiquement retracés dans ce passage d'une lettre de SaintrJérôme : « Je dirai peu de mots de nos misères ; d'innombrables nations, sorties d'entre les plus barbares, ont envabila Gaule. Toutes les contrées, qui s'étendent des Alpes et des Pyrénées à l'Océan , viennent d'être dévastées par les Quades , les Vandales, IcsSarmates, lesAlains, lesGépides, les Hérulcs , h>s Saxons, liurgondes , les Alemanes et, ô malheureuse Ré})iiuliqu(; ! par les Huiis eux-mêmes ! L'Aquitaine, la Novenipopulanie . la Narbonuaise , à I exception de quelques villes qui éehapju rent par miracle , ont tout perdu. La faim dévore maintenant ce que n a pas détruit le fer. Je ne puis , sans verser des larmes , me rappeler Toulouse, que les bienfaits du saint évêquc Exuj>éiius ont sauvée du sacragement. L'Espaj^ie tremble sans cesse , et s'nttcnd h périr en se souvenant des Kimri. Ce que les autres n'ont soutlert qu une fois , elle le souffre tous les jours dans ses angoisses. Je tais ie reste pour ne pas paraître désespérer de la Providence. Depuis trente ans que les barrières du Danube sont rompues , on combat an centre de l'Empire. Hélas ! nos yeux se dessèchent à force de pleurer. Sauf un petit nombre de vieillards , la plupart de nos citoyens, nés dans la ( aptivité ou pendant les sièges, ne regrettent pas une liberté qui leur fut inconnue. Qui le croira, qui osera l'écrire? — Rome combat dans ses murs non pour sa gloire , mais pour son salut 1 Elle ne combat même pas , elle se rachète , Rome se rachète au poids de l'or ! Voilà où nous a conduits la trahison de ce demi-barbare Stilicho , qui attire ses pareils avec l'appât de nos richesses... Ah ! ma voix s'éteint, et les sanglots m'empêchent d'en dicter davantage. »
Sous l'influence de la terreur et de la haine, dit Amobe, les {laïens s'écriaient à leur tour : « L'apparition des chrétiens dans le monde a déchaîné tous les fléaux contre les hommes. Les Dieux ne
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s'occupent plus de leur tâche immortelle, ils laissent flotter au hasard les rênes célestes, et l'ordre de TunÎTers est renversé. Furieux des outrages dont on accahie leurs autels , ils suscitent , pour nous punir , des pestes, des sécheresses, des invasions , des grêles , (les fiimines qui désolent et tuent l'Empire. »
L écroulement, dont cet Empire était menacé, paraissait d'autant plus prochain, ([uc nul lien moral ne rattachait au gouvci iicment la société qui , déchirée par des divisions implacables, et dépensant toute sa force, toute son énergie dans les luttes théologiques , allait, par sa désunion môme, se liouvei a la merci des Barhares. Flavius Stilicho , hahiie capitaine et seul maître derrière le manteau impérial d'ilonorius, essaya de réroncilicr deux p;n'tis irréconc ilialdes ; mais se voyant au contraire l objet de l'anunadversion générale , comme aussi dans T impossibilité de sauver rEm[)ii e , il abandoDua la Gaule méridionale aux horreurs de r invasion.
De tous ces peuples barhares, énumérés par Saint-Jérôme , trois en effet , — les Goths , les Boui^piignons et les Francs , — devaient changer la face de la Provence, par une suite de révolutions étranges. Les Goths' , qui habitaient la Scandinavie trois siècles avant Jésus-Christ, franchirent les monts Carpathes , vers le ii* siècle de notre ère , et se fixèrent le long du Danube. L'Empereur Caracalla , fils et successeur de Septime-Sévère , essaya vainement de les soumettre en 21 5. Une nuée de Huns et d'Alains fondit sur eux et les refoula sur la rive droite de leur fleuve (375). L'Empereur Valons consentit à leur donner asile dans la Thrace ; et là , les uns prirent le nom de Visigoths ou Goths de l'Occident , — les autres celui d'Ostrogoths ou Goths de l'Orient , à cause de leur position géographique.
Pressurés par l'avarice patricienne , qui leur vendait des vivres malsains au poids de l'or ; irrités en outre des mauvais traitements que leur faisaient subir les ofiiciers romains, — les Visigoths punirent leurs hôtes de leur double imprudence. Us se répandirent
I V«n la fia da quatrième nède avant J <€. , Pytbéas trouva sur les cAtea de la mer
Baltique des peuples qu'il nomme Aestt/ens , ilt'\ML;iirs pard'aulMs écrivaiot de l'antiquité sous le nom de Cossini et CoUini, dans lesquels plusieurs savnnts ont cru MCOonaltro les (àolhs. Mais c«lt« ideoiiié peul être contestée, (gaulb méridionale).
DE MARSEILLE. î»l
comme un torreDt dans la Massie , la Thraee , ta Macédoine et la Grèce , pour renouveler lea ravages de leurs invasions précédentes, écrasèrent près d'Andrinople et brûlèrent l'Empereur sur le champ de bataille. Soumis enfin à Tbéodose-le-Grand , qui leur céda , en 382 , une partie de la Tbrace et de la Mcesie , et sut se les attacher par sa conduite généreuse envers leur roi Athanaric , — ils servirent fidèlement dans les armées romaines jusqu'à la mort de ce prince (39:j). Alors, sous la conduite d'Alaric à qui Rufiin, favori et ministre de Théodose , propose de s'emparer de la succession impériale (398), ils envahissent l'Italie, battent le premier |)euple du monde partout oh il lui fait face , assiègent trois fois Rome, l'emportent d'assaut et la pillent le 24 août 410. Alaric meurt la même année à Cosi'nza , dans la Calabre . et son ijt'aufiiit' Ataulphe lui succède. Ce prince franchit les Alpes avec les Visigoths , marche vers l'Aquilain»' , et {ou\e un coup de main sur Marseille. Avide d'honneurs et de pouvoir pour lui , el cherchant «lans l Empire des terres pour son peuple , il espérait, sans doute , établir sur les cotes de la Méditerranée, entre le Rhône el les Alpes. La tentative é< hona. Lecoinle Boniface , si renomme dej»ujs, comme l émule et l'eunenii d Aétius, défendit Marseille av("e tant (le bravoure et d'habileté , (pie le corps Visip^oth , qui essaya de la surprendre, fut vivement repoussé. Blessé, dit-on, de la main même de Boniface, Ataulphe leva le siège , se rabattit par le Rhône , entra dans la première Narbonnaise et vit s'ouvrir devant lui les portes deNarbonne, de Toulouse et de Bordeaux. Le barbare, trahissant les destinées des Goths au profit des Romains, par son alliance avec l'empereur Honorius , dont il épousa la sœur Placidie, s'était retiré à Barcelonne , quand un de ses serviteurs l'assassina (415) , pour venger la mort de son ancien maître. Sigeric , élu à sa place, fut massacré sept jours après son avènement , laissant la tente royale toute ensanglantée à Wallia. — Celui-ci continua l'oeuvre d'extermination, commencéepar Ataulphe contre les Vandales, les Alains et les Suèves en Espagne ; et , en échange de la péninsule ibérienne, il obtint d'Honorius l'Aquitaine depuis Toulouse jusqu'à rOcéan (41 9) ; mais nouveau Moïse , il entrevit le sol promis et n'y trouva qu'une tombe. Théodoric 1*% son successeur, petit-fils d'un hëfos enseveli au fond du Basiento. se montra* tout d'abord habik
9t HISTOIRE
j)oliluj[ne et grand guerrier. Il s'agissait des établir dans cette patrie conquise; et cela présentait des difficultés. Théodoric s'efforça d'effacer les restes de l'autorité romaine , et profita des (roubles qui occupaient Placidif , il* |iiiis la mort de l'impuissant lionorius(i23) , pours'eoijtiHf I des ( itesetdesmuiiK i|M s de la Narbonnaise. Comme il allait se rendre maître de Narboruie , épuisée par la lamine , le comte Littorius parvint à la ravitailler, lit lever le siège , et, moins lieureux devant Toulouse , fut pris et passa le reste de ses jours dans une captivité misérable, — objet de pitié pour ses ennemis mêmes (439).
Tout à coup , Attila , roi des Huns , envabit les Gaules , précédé par une renommée formidable (4.")1 ). Cet homme, surnommé le fléau de Dieu, avait déjà rempli le monde du bruit de ses exploits et semé partout la terreur de son nom. Théodoric se joignit à Valentinien m, pour lutter contre ce terrible adversaire. Attila, qui brûlait du désir de se mesurer avec les deux plus puissantes nations de la terre, les RomainsetlesVisigotbs, attendit ses ennemis au bord de la Loire. Les murs d'Orléans commençaient à trembler sous les coups du bélier et menaçaient ruine de toutes parts , lorsque Aétius , Théodoric et Thorismond , son fils ainé , parurent avec leurs troupes, etrepoussèrent Attila jusque dans les plaines de Ghâlons-sur-llame, oii ils lui firent essuyer une défaite sanglante. Cette victoire coûta la vie à Théodoric, et son successeur Thorismond fat assassiné, deux ans après , par ses frères Théodoric et , Frédéric (453). Le premier monta sur le trône des Visigoths , et , pendant dix-neuf ans, le crime fit passer de main en main la pourpre impériale. Ainsi , Valentinien m , jaloux des talents et de la gloire d' Aétius, le tue dans son palais (454), et lui~uiêine tondje sous les coups de Pétrone-Maxime. Celui-i*i s'empare de 1 En» pire, épouse la veuve de sa virtinie , et meurt , lapidé par le peuple , lors de la prise de Rome f)ar Genserie, roi des Vandales (HV.V revêtu de 1 .111 loi lie suprême par les intrigues de I heodoi ie ii , son ancien disciple , règne h\ù{ mois en Italie. Détrôné par le patrice Ricimer, (456), il prend les Ordres, devient évêque de Plaisance et périt de mort violente en 457. Son assassin fait un empereur de Majorien, l'une de ses créatures, et le massacre ensuite à Tortone ( 461 ). Théodoric le frati'icide , pour venger le meurtre d' Avitus , déclare
DF. MARSKILLE.
la guerre aux Iloiiiaius vi met le siéi^e devant Arles. Il meurt de la main même de son frère Euric (466) , à 1 époque où i'Empire d'Occident était vacant par la mort de Tempereur Sévère m , suc* cesseur de Blajorien et deuxième victime de Ricîmer. Anthémius, le nouvel empereur, à qui T implacable patriee , devenu son gendre, réservait le même sort (472), n'étaitpascnpnlilod'élayer fortement l'édifice vermoulu de l'Ëmpire , quand £uric parvint au trône des Viaigoths, comme son prédécesseur, en passant sur le cadavre de son frère. Si un crime aussi odieux pouvait se faire oublier, le nouveau roi Feût effacé à force de gloire et de génie.
Maître, par le droit des armes , en l'espace de cinq ans à peine , de tout le pays compris entre rOcéan, la Loire, leRhdneet la Méditerranée , à l'exception de l'Auvergne , — Euric convoitait cette belle province et peut-être aussi la Provence. En effet, il essaya , à plusieurs reprises, de conquérir l'Auvergne et assiégea la ville de Glermont , en 474. Grœcus , évéque de Marseille , s'unit alors aux évèques d'Arles , d'Aix et de Riez, pour négocier de la paix avec hii. Entre autres conditions, le traité stipulait la cession de l'Auvergne aux Visigoths , et le maintien de la Provence dans le domaine de l'Empire. 11 fut conclu en 475. Sidoine-Apollinaire, évêque de Clermont, qui par ses exhortations avait si bien enflammé le eouiaye des habitants que les Visigoths furent contraints de lever le siège , apprit le résultat des négociations des trois évèques , et, dans un transport de douleur et d'indi^rniiion , il écrivit à Grœcus, dont il connaissait la haute inlluein eMii ies affaires publiques, une lettre qu'on ne trouvera pas sans intérêt : « Le jinrtour ai niitumé de mes lettres , Amantius , va , si du moins la traversée est bonne , regagner son port de Marseille, eiuporlant chez lui, comme à l'ordinaire, quelque peu de l)utin tait lei. Je saisirais cette occasion de jaser gaiement avec vous, s'il était possible de s entretenir de choses gaies , alors que l'on en subit de tristes. Or, c est où nous en sommes , dans ce coin disgràcié de pays qui , si la renommée dit vrai , va être plus malheureux par la paix qu'il ne l'a été par la guerre. Il s'agit de payer la liberté d autrui de notre servitude ; de la servitude des Ârvernes ; n douleur ! de ces Arvemes , qui , anciennement, osèrent se dire les frères des Latins,
les descendants des Ti'oycns ! qni , df nus jours , oui repoussé par leurs propres foiccs l«'s attaques des ennemis puMics , cl qui , fréquemment assie^'és par lesGoths, loin de tn iiibler dans leurs murs , ont fait treml»l( r leurs adversaires dans leurs camps !
«Ce sont ces hmmis Ârvernes qni, quand il a fallu tenir tête aux Barbares de leur voisinage, ont été à la fois généraux et soldats. Dans les vicissitudes de ces guerres , tout le fruit des su< eès a été pour vous, pour eux tout le désastre des revers. Ce sont eux qui , par zèle pour la chose publique , n'ont pas hésité à livrer au glaive des lois ce Seronat qui servait aux festins des Barbares les provinces de rËDipire , et dont le gouvernement impérial n'a osé qu'à peine exécuter la sentence.
« Cette paix , dont on parle , est-elle donc ce qu'ont mérité nos privations , nos murs et nos champs ravagés par le fer , le feu et la peste, nos guerriers exténués par la famine? Est-ce dans l'espoir d'une paix semblable que nous nous sommes nourris des herbes arrachées aux crevasses de nos remparts , fréquemment empoisonnés par des plantes vénéneuses que nous né savions point discerner, et cueillies par des mains aussi livides qu'elles? Tous ces actes , de pareils actes de dévouement n'auront-ils , comme on l'assure , abouti qu'à notre perte ?
« Ah 1 ne souffrez pas, nous vous en supplions, un traité si funeste et si honteux ; vous êtes les intermédiaires de toutes les négociations ; c*est à vous les premiers que sont communiquées , même en l'absence du prince , les décisions prises et soumises , les décisions à prendre. Ecoutez donc , nous vous en adjurons, écoutez une âpre vérité , un reproche qui doit être pardonné à la douleur. Vous vous réunissez rarement, et, quand vous vous réunissez, c'est moins pour remédier aux maux publics que pour traiter de vos intérêts privés. A fort e d'actes pareils , vous ne serez bientôt plus les premiers , mais les derniers des évi ques. Le prestige ne saurait durer et ceux-là ne seront j)as longtemps qualiti«''s de supérieuis auxquels les iult-rieurs ont déjà commencé à inaïKjuer.
«Empêchez donc, ronqiez à (ont prix une j)aix si lionteuse. Nous faut-il encore combattre, être encore assiéj^'es , être encore affamés? nous sommes prêts , nous sommes contents. Mais si nons sommes livrés, n'avant point été vaincus, il sera constaté que
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VOUS avez trouvé , en nous livrant, un lâche expédient pour faire voire |*;u\ .(vec fe barbare.
u Mais à (juoi bou lâcher ainsi le frein à une douleur excessive? Excusez des aflligés. Tout autre pays livré en serait (juiUt' pour la servitude ; le nôtre doit s'allendre à des rigueurs. Ainsi donc, si voH^ fie pouvez nous sauver , obtenez du moins , par vos instances, la vie sauve à ceux (jui vont perdre la liberté. Apprêtez des terres pour les exilés , des rançons pour les captifs, des provisions pour ceux qui auront voyage à faire. Si nos murs s'ouvrent à reuuemi, que les vôtres ne soient pas fermés à des hôtes. »
Cette lettre , inspirée par un noble caractère et par un sentiment exalté de patriotisme, à propos de la dernière guerre soutenue pour l'honneur du nom romain , est comme le cri suprême de la civilisation gallo-romaine, que l'on va voir bientôt faire entièrement place à la civilisation chrétienne.
En 480» Ëuric descendit, des hauteurs du Cantal , dans la Basse Provence , et assujétit Marseille à sa puissance ; Arles , qu'il enleva aux Romains , devint la capitale de ses Etats et le siège de sa cour. La Haute Provence était alors occupée par les Bourguignons , qui» pénétrant dans la Gaule par TOrient , avaient passé le Rhin en 407 » sous la conduite de leur chef Gondicaire , s'étaient établis » en 443, dans la Savoie, puis s'étaient étendus dans la Lyonnaise, le Dauphiné et jusqu'à la Durance.
Euric » qui avait porté si loin la gloire de ses armes , que tous les peuples briguaient son alliance , mourut à Arles , en 483 , avant d'avoir pu reconstruire l'Empire Gaulois , but de ses rêves ambitieux , et laissant 4 un adolescent toute TEspague , toute la Gaule méridionale et une partie du lot des Bourguignons.
Cependant la chute de l'Empire d'Occident , après 522 ans de durée , avait achevé de briser les faibles liens (pii rattachaient encore une ou deux provim es et (juelques cites de la Gaule au gouvernement de Ravenne. Au premier bruit du renversement d'AugustnIe le dernier empereur . par Odoacre , roi des Hérules (iTO , lous It s llii ii iics procédèienl cnfro eux , et sans luttes , au pactrtî^e du pays non conquis. Les liour^niignons étendirent leur d'uiKiine ;t VFM , tandis que les Francs s'établirent solidement au Nord , et le long du iihin , sous la conduite de Clovis , qui ne
rêvait rien moins que la monarchie de toutes les Gaules. Le voisinage et les succès de Clovis étaient inquiétants pour Alaric ii. D'un autre côté, Gondebaud, roi des Bour^ignons , wmU de lui enlever la Basse Provence , à l'ex* t pLtuii d'Arles et <lr .sou îernloire; or, coninu il (k 'sii.ul atteindre le rivage de la Méditerranée , Alaric crut prudent de lui céder , par un traité secret d alliance défensive, la province de Marseille et son littoral (iSi) , et de rechen lier en outre Tappui de Tiieodoric-lc-Giand , roi des Ostrogoths. l^acitique et doux, incapable de continuer le rùle de son père , il ne chercha d'abord qii'?i fermer les plaies faites à 1 Église par la sévérité d'Euric. 11 accorda la liberté de conscience , et son humanité tolérante dtait tout prétexte de plainte. Toutefois, il professait l'arianisme, et, àce titre, était suspect aux RomaÎDS et aux Gaulois. « Bien qu'il fût respecté de ses sujets catholiques , ceux-ci appréhendaient toujours qu'étant arien , il ne renouvelât la persécution qu'Euric , son père , avait excitée contre eux , et qu'il ne les forçât à ahandonner la foi orthodoxe pour embrasser ses erreurs. C'est pour cela quils souhaitaient de passer sous la domination d'un prince catholique. Clovis l'était depuis peu , et la protection , qu'il accordait k la religion , lui avait tellement gagné l'affection des Gaulois » ses sujets , que les anciens habitants du pays soumis aux Visigoths enviaient leur bonheur, (claodb db vic et oom vaissrttb). » Glovis , en effet, cherchant une occasion d'attaquer Âlaric , publia qu'il voulait détruire Tarianisme , marcha contre son adversaire , et le joignit dans les plaines de Vouillé , près de Poitiers. Le combat fut kn'ible. I^es Visigoths maniaient la lance avec intrépidité ; cependant , (iii;tiid ils virent Alaric tomber dan§ la mêlée, iiappé de la main de (^iovis , ils abandonnèrent le champ de bataille , pour se retirer derrière la Gironde , et la victoire resta aux Francs (507). Le meui tre , l'incendie , le pillage , suivirent les vainqueurs jusque sur les bords du Rhône, oîi ils arrivèrent, traînant une multitude de captifs. Ils allaient se réunir aux Bourguignons qui accouraient de la côte , lorsque Ibbas , lieutenant de Théodorie, tomba sur les deux peuples avec les troupes envoyées au secours d Alaric , et vengea la défaite des Visigoths. Ceux-ci reprirent courage , et songèrent à élire un nouveau chef. Âlaric avait bien his»é un fils; mais les circonstances actuelles
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eiig^ient un homme ferme , et non an enfant. Les principaux de la nation s'assemblèrent à Narbonne et chobirent Gésalic , bâtard du roi défunt. Théodoric, tuteur du jeune Amalaric, chassa Tusur^ pateur (51 %) , régna sous le nom de son petit-fils , et obtint de Gondebaud , par un traité , la cession de toutes ses possessions de la Provence ; — puis de Glovis , en échange de Tabandon définitif des pays conquis parles Francs, la conservation, pour les Visigoths, des huit cités de Narbonne , Béziers , Âgde , Montpellier, Lodève , Nîmes , Carcassonne et Perpignan ; ce qui constitua la province de Septimanie ou la Gothie.
Théodoric , une fois maître delà Provence, y rétablit tes formes de l'administration romaine. La préfecture de la Gaule ne subsistait plus. Il y envoya un vicaire subordonné au préfet du prétoire de Rome. Ce fut à un nommé Gemelhis qu'il conféra ce vicariat. On a encore la lettre que Cassiodore lui atlressail au nom du roi golli . pour l'instruire de sa nomination et lui tracer sa conduite.
Nous t envoyons dans les Gaules, lui disait-il , comme vicaire de nos préfets ; que cette province accablée trouve cti toi un juge dans lequel elle reconnaisse i envoyé du prince <li Rome. Ses malheurs lui ont appris à désirer des Ii itiim s distingués; fais qu'elle s'estime heureuse d'avoir été vaincue et n'éprouve plus rien de pareil à ce qu'elle a souiïert , avant de retrouver Rome. »
Aux Provençaux eux-mêmes , Théodoric écrivait :
« Maintenant qu'avec l'aide de Dieu , vous avez recouvré votre liberté, revêtez, avec la toge, des mœurs dignes d'elle. Dépouille^' vous de la barbarie , écartez toute férocité de vos âmes , car sous l'équité de notre temps, il ne vous sied plus de persister dans les mœurs étrangères. Étalez avec sécurité les richesses de vos familles et produisez au grand jour les trésors depuis longtemps ensevelis.»
Et ces belles paroles étaient justifiées par des ménagements » des bienfaits , et de sages mesures. Ainsi , Théodoric exempta la nouvelle province d'impôts, et, pour que l'armée des Ooths lui fôt mohis charge, elle était nourrie en grande partie de vivres envoyés d'Italie. « Marseille fut l'objet particulier de son attention. Déchue depuis bngtemps de tout ce qui avait fait sa gloire , tombée peu à peu du plus haut degré de la politesse et de la culture grecques dans les commencements de barbarie communs à rOceident , cette ville
n'avait plus rien qui la distinguât des autres villes gallo-romaines occupées par les Barbares, (oaolr vÉaiDioKALi). » Théodoric lui donna , sous le titre de protecteur , un officier , nommé Blarabadus, « qui fut chargé de réprimer l'insolence des hommes puissants, de venir au secours des pauvres » de leur rendre justice, en un mot , d'empêcher toute sorte d'oppression, t» Puis , il écrivit aux Marseillais : « De notre propre mouvement , nous venons confirmer et augmenter vos libertés. Gardez celles dont vous jouissiez déjà , et recevez en de nouvelles. Nous vous accordons une immunité perpétuelle , et ne souffrirons point à l'avenir qu on vous charge d'aucun impôt. Nous ajoutons à cette faveur l'exemption du cens de cette année. » Devenu détiaul et cruel sur la fin de ses jours, ce grand prince mourut en proie à une proluiide mélancolie fo26), après un règne glorieux de X] ans. Sou petit-lils Athalaric lui succéda sous la tutelle d'Amalasonte , sa mère. Son pupille Amalaric , alors âgé de 2-i ans , fit alliance avec les quatre fils de Clovis , également couché dans la tondie , épousa leur sœur, et, cédant à son roiisin tous les y»;)ys situés au-delà du Rhône, — d Arles à Grenoble et de Toulon a Genève , — borna ses Etats , de ce côté, à la rive droite du fieuve.
Mais à cette époque, on voit encore le meurtre engendrer le meurtre. Sigismond, successeur de Gondebaud (olG), s'était retiré dans un monastère , après avoir fait étrangler son fils , quand les quatre fils daClovis, obéissant aux suggestionsde la vieille Clotilde leur mère, envahissent la Bourgogne,' s'emparent de Sigismond et le jettent avec sa femme et ses enfants dans un puits , près d'Orléans (523). Gondemar, élu roi, bat les Francs dans la presqu'île du Rhône et de l'Isère , et venge la mort de son frère sur Glodomir, qui tombe en son pouvoir et a la téte tranchée (524). Lcvainqueur conclut ensuite la paix avec les Francs ainsi qu'unealliance offensive et défensive avec Amalasonte et en obtient la Haute Provence. Cependant , au mépris des traités , Ghtldebert , Glotaireet Thierry pénètrent en Bourgogne (532) , font Gondemar prisonnier , et démembrent, k leur profit , ce royaume qui cx)mptait un siècle d'existence (o3i). Théodebert, fils de Thierry, eut, dans ce partage, la Haute Provence, & laquelle fut bientôt jointe la portion de cette province, possédée par les Ostrogoths. Athalaric
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mourut la même année , et Amalasonte fut étranglée (o3o} de b main même de Tbéodat, son cousin germain , qu'elle avait épousé et placé sur le trône.
Les fils de Clovis , dont la fortune triomphait partout , allaient
Minirà Justinien , empereur d'Orient, contre l'infàme Tlicodat; et Bt'lisaire amenait déjà, du ïund de l'Afrique eu Italie, ses légions victorieuses, — lorsque l'assassin d Ainalasuute achète l'alliance des princes Francs , au prix de 2,000 livres pesant d'or et de l abaadon de toutes les contrées appartenant aux Ostrogotlis en deçà des Alpes Mais il ne jouit pas des hénétiees de sa lâcheté. A son tour, illonilic .>ous le poignard deViliges qui termine, en lui succédant, les négociations conuuencées avec les descendants de Clovis (536); et les Francs prennent possession de toute la Provence , sans même accorder les secours promis aux Ostrogoths. De ce moment , la domination de ce peuple , dont Théodoric avait élevé si haut la puissance, disparut tout-à-fait de la Gaule méridionale. Totiia 2> efforça vainement de relever» en Italie , cette monarchie expirante $ou8 les coups des empereurs grecs. Il ne fit que retarder sa chute ; car elle périt avec Téia , son dernier roi , sur le champ de bataille deNocéra(553).
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GUÂPITRË VU.
Situation politique et moralo de Mai-seille sons la daminaiiOQ des Visigoths , dfts Bourguignons et des Ostrogoths. — La Provence passe sous la dooùoatioo de la race Méroviagieooe.
Invasion das Lombardi. — PrétUeliw di soUtaire de ViUeftviM^. — IMIet à Marseille. — Tbéodore et Dynme. — Conspiration de Gondovild. — Trahison de Mutnmol il de (Îontran-Boson. — Mort de Gnndovald. — La peste. — La lèpre. — Contran rpslitue Marseille a Childehert. — Mort de (^hildcbert. — Théodebert îi, roi d'Auslra&ie. — TUierr)^ li , roi de Bourgogne. — Uruuehaut fati as&assmer Tfaéodeberl.
— Glotuie. ~ Dagebert !«. — Childérfe u. — Pepîn d^IMristaL — lovaifam dee Sarrasins. — Eudes, duc d'Aquitaine. — Charles-Martel. — Mauronte, duc de MafwSle. Prise de Marseille, d'Aix ot d'Arles par les Sarrasins. — Les religieuses de Saint-Sauveur.
— Extermination des Sarrasins par Charles-Martel. — Pépin, chef de la dynastie Carlovingienne. — Les ambassadeurs Arabes à Marseille. — La Provence divisée en deux comtés. — ManeiHe sounuse à Paolorité de Leoia-le-Délioiiiiaira. — Nouvelle invasion dee Sarrasins en Proveoce. - Cli.irtes-le-Chauve. — Invasion des Normands. — Gérard de Roussillon. — î^cadence de lu race (Carlovingienne. — Boson. — Mort de Charlesle-Chauvc. — Louis-le-liégue. — Origine de k féodalité. — Itoson se fait élire roi de Provence , au chàlean de MantaJOe.
Il est difScile de bien définir la situation politique et morale de Marseille, sous la triple domination des Visigoths, des Bourgu ignons et des Ostrogoths. En la soumettant à son autorité , Tan 480 , le roi Euric la trouva divisée en deux parties : la ville haute et la ville basse; — Tune bâtie sur remplacement de l'ancienne citadelle, et habitée par un grand nombre de romains ; — l'autre , c'est-à-dire Marseille proprement dite , occupée par les descendants de Phocée, et toujours régie par ses propres lois. Cependant tout porte à croire que son gouvernement , dont l'histoire n*a pas consigné les
HISTOIRB DE MARSEILLE. 101
modifications successives , dut se modeler sut les institutions municipales des gallo-romr\ins.
Ciiaque cité gauloise était indépendante quant à son gouvernement, — républicaine quant à l'existence sociale. Le sol , pour ainsi diro inaliénable, représentait le premier londs des colonies roulâmes ( I ;i[)pnrtenait excliHivement à une classe privilégiée de citoyens, nommée Curie, Lis membres de la Curie, nommés Décurions, léc^uaientci' titrt à leurs enfants. L'élection le conférait aussi aux candidats , et la naissance aux fils des Sénateurs, L'assemblée électorale , composée au moins des deux tiers de la Curie, appelait à l'honneur du décurionnat, — que la loi permettait difficilement de décliner , les propriétaires de plus de vingt-cinq journaux de terre , depuis 25 jusqu'à ôO ans seulement. Les membres de la Curie formaient deux classes : les électeurs et lesélus. Ceux-ci , réunis en conseil , sous le nom de Sénat-Minor , admi* nistraient les aifaires de la cité. Les Décurions devaient résider dans le chef-lieu de la Curie. Pour aliéner leurs biens de campagne ou de ville, ils étaient obligés de soumettre leurs motifs aux magis* trats, qui ne leur en accordaient l'autorisation » que s'ils les jugeaient sérieux. Les élections municipales avaient lieu aux calendes de mars. Chaque curie élisait, pour un an , deuxDunmvirs » magistrats subalternes de la dté , espèce de suppléants de paix du ])réfet ; — pour quinze ans, dix principaux , conseil exécutif et permanent cbargé de l'édilité , de la répartition , de la collecte et du versement des impôts ; — pour deux ans , un curateur ou défenseur de la dté , qui avait la mission de surveiller Tadministration des premiers , et de protéger le peuple contre les abus du pouvoir préfectoral. Il avait le droit de recourir à la justice de l'empereur.
Au bout de quinze ans de fonctions municipales , les Décurions entraient dans une section plus haute , appelée Sénat. Ainsi composé de l'élite des Curies , des nobles , des prélats illustres et quelquefois des créatures de l'empereur, le Sénat n'avait qu'un privilépre . celui d inscrire les noms de ses membres , les premiers , sur l'all uiii de cliaque Curie. Du reste, son action se confondait dans celle de la Curie.
« il est certain , dit Fauriel , que , même avant d'appartenir aux
m HISTÛIRB
Ybîgoths , Marseille avait eu une Curie qui , ayant vraisemblablement suivi les mêmes révolutions que celles de la Gaule , avait dû comme celle-ci finir par être régie par un (li-fenseur , et nous savons d'ailleurs que, suus la domination des Visij^ollis, rien n avait été cliani^e aux formes de la Curie. Il y a donc quelque apparence que le protectorat, accordé* par Théodoric aux Marseillais , était une institution particulière eu dehors du régime curial. (gaule iii-;ridio!sale). »
Si, en associant h pays méridional à ses institutions. Home lé|,ntinia la victoire (pii Pavait soumis; si elle permit aux cités Gauloises de se gouverner elles-mêmes, bornant le pouvoir de ses agents à une sorte de surveillance générale ; les Barbares n'eurent aucun projet ar rêté de rien détruire de ce qu'elle avait créé. Us ne voulaient quiî dominer à sa place, et, autant que possible, parles mêmes moyens et avec les mêmes formes. Ils laissèrent donc aux Gaulois leur religion , leur culte , leur idiôme , leurs lois civiles, leur régime municipal , leurs arts et leurs usages de toute espèce. « C'est un caractère particulier des lois des Barbares , dit Montesquieu , qu'elles ne furent point attachées à un certain territoire ; le Franc était jugé par la loi des Francs , l'Àllemand par la loi des Allemands , le Bourguignon par la loi des Bourguignons , le Romain par la loi Romaine : et , bien loin qu'on songeftt , dans ces temps^là , à rendre uniformes les lois des peuples conquérants, on ne pensa pas même à se faire législateur du peuple vaincu. »
11 faut conclure de là que lesGoths et les Bourguignons laissèrent à Marseille ses lois civiles et municipales , en se réservant toutefois l'exercice du pouvoir souverain quils tenaient de la conquête. Cependant , elle ne parait pas avoir passé sous la domination d*Euric , sans perdre quelque peu de son indépendance politique ; car lors de sa réunion au royaume des Francs , elle obéissait encore aux lois qu Al.ii ic ii, son tils , publia en 506, sous le nom de Code Théodosien, etquist;rvirent à composer, en 530, le CodeJuitinien. Mais ce ne furent prol)al)lement pas les seules (ju observèrent les Marseillais, a cette époque. Des autein-s, dignes de foi, prétendent qu'ils avaient ad(>pté, en partie, certaines ordonnant t s. seml)lal)les , (juant au\ jicines péruniaii rs qu'elles proiioniM'nt . à celles des Douze tables, — les lois appelées </c^ Frisons ([U\ remplacèrent
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DE MAHSEILLK. 103
hkkdu Tcdion, etieslois cleâi?t)>uaïrc$. De plus, une sentence, — rendue dans un concile tenu en Dauphiné au ix' siècle , <'t pnr laquelle il fut ordonné que l'on continuerait de se conformer, dans la Gaule Narbonnaise , à la loi des Visigothsqui défend de saigner une femme sans la présence de ses parents . — fait présumer que la législation Visigothe était en vigueur à Marseille , au moins depuis le roi Euric. D'ailleurs la ville haute , toujours soumise aux Romains, n'avait fait que changer de maitre , en fléchissant sous le sceptre de ce souverain. Quant à la ville basse , elle dut conserver intactes, nous le répétons, ses franchises et ses formes municipales, en dehors du pouvoir politique et religieux.
Piar la substitution de leur domination à la domination romaine.les •Barbares décidèrent irrévocablement le triomphe du Christianisme, en portant tout à coup de son cdté l'influence de Tautorité et du nombre. Une ligne imperceptible , mais infranchissable , séparait alors les Catholiques des Ariens. Les prédécesseurs d'Euric, absorbés |>ar la guerre ou \y,\v les soins du gouvernement , n accurtlèrent aucune attention aux luttes théologiques ; en sorte (jue I épiscopat catholique , effrayé du péril spirituel dont I lu n-sie enloui'ait les [II >\ in( t V et peu touche di; leur félicité temporelle , opposait une reM.>laiice occulte à laetiou du gouvernement. Euric, résolu à ramener Tordre à l'intérieur, brisa le desp* ti me du rlt rgé , qui , depuis Constantin , avait pris de rapides tleveloppemcnts. Alaric , quoique plus tolérant , fut obligé d'exiler Volusien , évéque de Tours , et son successeur qui s'efforçaient de livrer la ville à Clovis. Il ne faut pas induire de ces mesures passagères que ces princes Airent injustes et implacables pour les représentants de la parole évangéitque. En les maintenant dans les limites de leur sacerdoce, Ils ne s'immisçaient nullement aux détails de leur organisation adminbtnitîve. Sous leur règne , les cités jouissaient du droit d'élire leurs prêtres et leurs évéques. Ce droit , entravé souvent dans la partie septentrionale de Tancienne Gaule , s*exerçait librement , depuis les premiers siècles , à Marseille , à Arles , Avignon , Aire , Alby , Bordeaux , Boui^es , Glermont , Gap , Limoges , Toulouse, Usez , Vaîson , Viviers et Maguelonne. Loin de persécuter la religion chrétienne , Tliéodoric protégea les évéques et augmenta les privilèges de TEglise. Il y eut des conciles sous son règne comme
SOUS les empereurs ; mais , chose singulière , répisoopat Marseillais n'y fut pas représenté ; et les auteurs se taisent sur tes causes de
cette abstention.
Ainsi , les Goths et les Bourguignons , en ménageant l'influence de l'Eglise gallicane qui avait le plus d'intérêt au maintien des idées et des institutions de l'Empire , retardèrent la chute de la civilisation romaine; et le clergé Murseillais jouit d'une tranquillité profonde sous leur autorité.
Marseille vivait donc dans une latitude grande et libre , — de sa vie politique et religieuse, antérieure i la conquête, conservant son droit commercial et maritime , sauf quelques modifications légères empruntées à la législation gallo-romaine , qui reposait sur Fédit perpétuel , rédigé en 1 31 , par Tordre de Tempereur Adrien.
Reprenons maintenant le récit des événements politiques.
Nous avons vu que Vitigès confirma la cession de ses droits sur la Provence aux enfants de Clovis. Dès ce moment, la contrée passa sous la domination de la race Mérovingienne. Selon la coutume des Franrs , les (ils du roi , à la mort de leur père , se partagaient le royauuie comme un patrimoine. Tliéodebert , vainqueur des Ostrogoths et des Ilouiams, obtint de Justinien la suprématie impériale sur les Gaules. 11 se préparait à mareher sur Constantinople , en 548, quand une mort subite l'enleva. Théodebald, son fils naturel, lui succéda et ne réj^naque six ans. Sonhéritajîe échut donc à Clotaire I" roi de Sois5.uns ' qui , de la sorte , posséda la province Marseillaise , toinpusee des diocèses de Marseille , d'Avignon et d'Aix ; tandis que Childehcrt , son frère , roi de Pans . eut la province d Arles comprenant le reste de la Provence Par la mort de ce dernier, Clotaire se trouva msûtre de toute la monarchie Franque, en 558. Après sa mort (562) , le royaume fut de nouveau démembré par ses quatre fils, Caribert, Gontran , Chilpéric et Sigebert. Le premier , roi de Paris , reçut , avec les contrées qui s' étendent de la Loire aux Pyrénées, quelques enclaves du voisinage des Alpes, et la province Marseillaise. Le second , roi d'Orléans , eut Ja partie du Sud-Ëst occupée par les Bourguignons ; ce qui
' Aprè^ une vicloire éclatante sur les Visigoths près de Celte , Gol^ire lU frapper à Huwille une médaille avec Texergoe VietoHa Gothiea.
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constitua le royaume de Boiirpfogne. Le troisième eut le royaume deS(»issons, réorganisé dans la partie duiNord-Ouest; le quatrième eofineut le royaume d Âus(rasie.
A la mort de Caribert, survenue peu de femps après ce parta^^e, Sigcbert ' aiji'aïuiit son patrimoine de la province de Marseille , et Contran ajouta au sien la province d'Arles. Bi* m^t l'ambition rompit la bonne harmonie qui existait entre ces deux princes, Sigebert prétendait avoir des droits sur Arles , et Gontran la revendiquait avec plus de raison. Les comtes Firmin et Audovaire, généraux du roi d'Austrasie, s'emparèrent de la vUle, objet du litige (566). Puis le patrice Gelsus, qui en était gouverneur, vint la reprendre à la tète d'une armée, et, par représailles, fit main basse snr Avignon , comprise dans le lot de Sigebert. Là s'arrêtèrent les bostilitâ, et Gontran , rentré en possession de la cité de Constantin , ne témoigna nulle rancune contre son frère et lui restitua Avignon.
La Provence goûtait à peine les douceurs de la paix , quand elle «8 vit menacée d'une invasion formidable. L*eunuque Narsès, général de Justinienl*', avait eu la gloire de réorganiser ritalie(554), après en avoir chassé les Goths. Mais , insulté par l'impératrice Sophie , femme de Justin ii , il se vengea , au dire de Procope , en appelant les Lombards en Italie (568). Une fois solidement établi dans cette contrée , ce peuple , originaire de la Scandinavie , entreprit d'étendre ses conquêtes au-delà des Alpes. Sa première descente en Bourgogne eutlieu en 570 , on ne sait sur quel point. Un romain , nommé Amatus , charge du commandement des armées de Gontran . marcha contre les envahisseurs. II fut battu et périt dans la déroute des siens. — Le succès de cette première invasion devait encourager les Lombards à une seconde leulalive nlus ou moins prochaine. Le roi Contran s'y prépara de son mii ii\ » t songea surtout à placer , à la tète des milices , un homme fait pour h circonstance , et capable de relever les courages abattus. Ennius Mummol , fils de Pœonius , comte d'Auxerre . fut cet homme. En eflet . les Lombards w mnnquèrent pas de revenir. Vu printemps de i anné 572 , ils remoïUerent le loui:; de la Doire jusqu'au Mont- Genèvre , de la brèche duquel ils se précipitèrent dans la vallée de
' Oo a des moonaies de Sigebert frappées à Slarsetlic.
la Durance , en suivant le cours de la rivière jusqu'à Mostia-^^almel , près d'Embrun. Là ils firent halte. Mummol accourut à leur rencontre ayec deux corps de troupes , leur intercepta la route de la ProTonce, et les attaqua si vifioureusement qu'ils n'eurent pas le temps de se mettre en état de défense. Le gros de leur bande fut égorgé; les prisonniers forent envoyés à Contran, et disséminés sur divers points de son royaume ; quelques-uns seulement purent porter à leurs eonipagnons d'Italie la nouvelle d'un désastre , qui leur ôta, pour cette année, l'envie de tenter une troisième expédition en-deçà des Alpes. C est alors que les Saxons , obligés de renoncer à leur part de conquête daiis la contrée où les Lombards s'étai* nt installés en lui dojuiant leur nom , prirent , à leur tour , le i heinin de la Gaule (573). Ils apparurent sur les bords de la rivière d'Asse, au diocèse de Riez , et dressèrent un camp, d'où ils s'élancèrent dans les campagnes de la Provence , enlevant partout ce qui pouvau être enlevé, brûlant et détruisant tout le reste. Tout-à-coup , Mummol , averti de h u! arrivée , les enveloppe et les taille en pièces jusqu'à la nuit. Le lendemain , le combat menaçait de recommencer, quand un arrangement pacifique fut conclu entre les deux armées. U fut convenu que les Saxons retourneraient en Italie sans être inquiétés, pour y chercher leurs femmes , leurs enfants et leurs trésors , et repasseraient , l'année suivante, en Provence , pour gagner la Germanie. KITectivement, — au mois de mai 574 , — 200,000 Saxons environ se partagèrent en deux troupes , franchirent les Alpes maritimes , et se rejoignirent sur le territoire d'Avignon. Cependant, leur passage eut tous les caractères d'une invasion. Arrivés en Provence vers la fin de la moisson , ils ravagèrent les campagnes et commirent tant d'actes de désordre et de barbarie , que Mummol , accouru sur les bords du Rhône , leur déclara qu'ils ne traverseraient le fleuve qu'après avoir payé des dédommagements convenables pour leurs dégâts. Ses menaces, appuyées ite forces imposantes, produisirent leur effet , et les Saxons lui comptèrent une rançon de plusieurs milliers de pièces d'or.
De leur côté, les Lombards, — à la faveur de cette diversion , — avaient fait irruption dans le Valais, et pris poste au monastère de Saint-Maurice. Attaqués et battus à Bex , ils furent plus in ilés
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DE MARSEILLE. i07
que découragés de leurs défaites et résolurent de tenter encore une fois la fortune des armes en-deçà des Alpes. Ils employèrent toute l'année de 575 aux préparatifs de celte expédition décisive , et reparurent sous la conduite de trois chefs , Âmon , Zaman et Rliûdane. L armée d'Amon se répandit comme un torrent dans la Haute Provence, la ravagea jusqu'aux portes d'Avignon, et s'avança vers Arles. N'osant attaquer cette ville , elle traversa le ftineux champ de pierres , depuis nommé la Crau , laissant partout des traces sanglantes de son passage , et se présenta devant Marseille. Gomme la ville étaitbieo fortifiée et faisait mine de lui opposer ose longue résistance , Amon ne s'y arrêta pas et alla mettre le siège devant Aix , qui lui paya une rançon de vingtnleux livres d'argent. Soudain, le chef Lombard apprend que le général de Contran venait d'exterminer, sous les murs d'Embrun, les deux corps d'armée de Hhodane et de Zaban , et en avait rejeté les débris aunlelà des Aipea. Craignant de se voir enveloppé par les troupes victorieuses de Mummol , il reprend la route de Tltalie , on ne sait par quel défilé ; et , aussi mallieureux que Rhodane et Zaban , il laisse luul son butin , ainsi que le plus grand nombre de ses guerriers , dans les précipices , les torrents et les neiges des mon Ui unes (576)
Grégoire de Tours , qui se complaît dans les traditions merveilleuses , raconte que l'invasion de ces barbares avait été prédite un solitaire , nommé Hospice. Ce saint homme vivait dans une petite cellule près de Villetranche-lès-Nice , chargé de chaînes, couvert d'un cilîce , ne se nourrissant que de pain et de dattes , et ne mangeant que des racines en carême , comme les solitaires d'Egvpte. Il avait nn nonce la destruction prochaine de sept villes : Ëmhrun, Gap, Avignon, Arles, Marseille, Nice et Giandèves , a dont la malice était montée à son comble. » Elles furent en eflfet pillées et dévastées par les Barbares , à l'exception de Marseille. Pourtant aucune ne fut détruite , et la prédiction du solitaire de Villefranche ne se trouva qu'à moitié réalisée.
Sigebert venait de tomber sous le poignard de deux scélérats à la solde de Frédégonde, sa belle-sOMir , et de léguer sn couronne à un fils âgé de cinq ans (575). Gontran , qui n'avait plus d'enfants , adopta Childebert ii (577) , et en obtint la ville basse de Marseille , dont la situation maritime devait exercer une heureuse influence
im msTuiuK
sur 1 industrie dans ses États, privés jusqu alors d un port de commerce. Théodore , évêque de Marseille , dévoué à la cause de Childebert, osa signaler le désavantage de cette cession, et s'exposa au ressentiment du patrioe Dyname , que Contran avait établi dans la ville avec le titre romain de préfet. De là surgirent des querelles qui troublèrent Marseille , chacun des deux personnages ayant son parti. Par une combinaison assez singulière et qui devenait pourtant de plus en plus commune , Dyname était soutenu par le clergé , et Tévéque par le peuple. (ciAgoibb m roims). En butte à des calomnies de toute espèce, Théodore voulut aller se justifier auprès de Contran. Dyname Tarréta aux portes de la ville, le fit descendre de cheval et emprisonner. Ce prélat, élargi par l'ordre de Contran, était en marche pour se rendre auprès de Ôiildebert , quand il fui saisi de rechef en route avec Tex-préfetlovin, officier de Dyname, et ramené dans les prisons de Marseille. La nouvelle de son arrestation réjouit ses ennemis , surtout les prêtres de son diocèse , qui ne pouvaient lui pardonner quelques sages réformes. Dans la connetion qu'un exil perpétuel serait le prix de son dévouement aux intérêts de Ghildebert , on mit tout en œuvre , pour le faire déposer. Sous la direction d'Anastase, abbé de Saint-Victor, qui avait même usurpé son aiitoi Ué épiscopale , le clergé prit possession des propriétés imnioljilières de l'Eglise , disposa des emplois, bouleversa les archives, pilla les greniers, fit m lin basse , en un mot , sur tous les biens de l'évêque , et n'eut pa^ honte d'accumuler tausseriieut sur sa tête plusieurs chefs .r;urii.s;iii(iij très graves.
Sur ces entrefailes . Ir^ Leudes Austrasiens , maiùrsdu pouvoir rbyal et du roi , demandèrent à Gontr an , par une ambassade , îa restitution de la moitié austrasieiuu de ^larseille , et le menacèrent, en cas de refus , de prendre ailleurs sur lui d'amples dédommagements. Pour toute réponse, Gontran ordonna de fermer aux Austrasiens les chemins de la Provence par la Bourgogne. Le.s Leudes de Childebert furent embarrassés de cette mesure ; car ils avaient un intérêt caché à recouvrer leur part de domination à Marseille. II ne s'agissait de rien moins que du sucrés d'une conspiration des plus vastes et des plus hardies , à la tête de laquelle se trouvaient le duc Mummol et Gontran-Boson. Le pivot de cette conspiration était un certain Gondovaid , qu'on
disait fils naturel de Clotaire 1". Ses prétentions et ses aventures lui avaient valu le surnam de Ballomer , sobriquet gaulois qui |>arait signifier le faux prince. Retiré à Constanlinople depuis 565, Gondovald avait souvent roocasion de voir les ambassadeurs des rois Mérovingiens. Les seigneurs mécontents de Bourgogne songèrent à le produire inopinément dans la Gaule, comme le fils déshérité de Clotaire, réclamant à ce titre sa part de l'héritage paternel. Or , il a?aît été convenu que Gondovald débarquerait à Marseille. Théodore devait le recevoir k son arrivée , le protéger, le conseiller au besoin , et le faire conduire en sûreté à Avignon , où le patrioe Mummol le prendrait sous sa tutelle. La captivité de révèque Hsrseillab dérangeait cette combinaison. L'année 581 touchait à sa fin , et le temps approchait où Gondovald allait apparaître sur les côtes de la Méditerranée. Il importait done aux conspirateurs de rétablir le prélat sur son siège. En conséquence , Ghildebert confia au duc Gondulphe la mission de remettre , s*il pouvait, sous la domination de l'Austrasie , la portion de Marseille qui lui appartenait , et en tout cas de réinstaller Théodore dans son évêché. Obligé de faire un long dctuur par la Ncustrie et par le pays des Arvernes , et d'entrer en Provence par Avignon , Gondulphe rencontra en route ce prélat qui avait trompé la surveillance de ses geôliers ; et tous deux se prcsi ntL-ri nt devant Marseille. Les portes leur fun-nt aussitôt fermées, etOyname leur déclara qu'ils n'entreraient ni l'un ni l autre. Il leur fallut recourir à la ruse. (ioii(lul|)lie envoya un parlementaire j>ioposer au gouverneur mw entrevue dans i église de Saint-Etienue , située hors des murs sur l'éminencc , où s'élève aujourd'hui celle de Notre-Damc-du-Mont. Dyname vient avec une escorte. Mais, à son insu, des soldats écartent ses gardes , et les portes de l'église se referment sur lui seul. Gondulphe fait appeler les membres de la Curie et les citoyens de Marseille , pour leur demander d'être admis dans la ville , lui et l'évéque. Pressentant le résultat de cette démarche, Dyname ne juge pas à propos de l'attendre ; il traite avec Gondulphe , consent au rétablissement du prélat et reconnaît la souveraineté de Ghildebert. Le reste n'est plus qu'une féte. Les portes de l'église et celles de la ville s'ouvrent à la fois , et l'évéque exilé , escorté de Dyname et de Gondulphe , rentre i Marseille aux acclamations de tout un
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peuple , cliarnif de suii retour. Lescliefs de la cabale ecclésiastique, l'edoutâiit un cliàtiment qu'on daigna leur épai^ner, «leiiiandèrcnl au gouverneur asile et protection. Cependant , Gonduiphe avait à peine quitté la ville , que les (juerelles recomnlenc^rent. Dyname , se croyant en droit de répondre par le parjure à la perfidie du lieutenant de Childcbert , reprit la ville basse et représenta Théodore à son souverain , comme l'implacable ennemi de sa couronne. Dans le premier mouvement de fureur, Contran condamna l'évêqueà l'exil. Un jour donc que celui^i était allé conaacrer la dédicace d*une église, construite bors des remparts, le gouverneur le fit enlever par des hommes armés et conduire à la cour de Bourgogne Mais, pendant que le clergé , emporté par une haine irréfléchie , livrait son hôtel au pillage, Théodore se justifiait auprès de Contran «t revenait dans son diocèse è la honte de ses ennemis consternés. Là , toutefois, ne s'arrêtèrent pas les persécutions pour le prélat Harseillais. La conspiration austrasienne lui en préparait de nouvelles. Effectivement , le succès de la mission secrète de Gontran-Boson en Orient avait été complet. Gondovald, cédant à l'espoir d'obtenir ime haute réparation des cruels dédains dont il avait été Tobjet , accepta les offres qui lui arrivaient d'Âustrasie, partit avec d'immenses richesses et débarqua au port de Marseille , au printemps de l'année 582. Selon ce qui était convenu , il descendit à l'évèché , et Théodore , fidèle à ses engagements , lui fit le meilleur accueil , puis lui fournit des chevaux et une escorte , pour se rendre à Avignon. Tout était prêt. Le moment d'agir était venu, quand (jonlian-Boson , tenté par le désir de s'approprier les trésors de Gondovald , dénonça ce dernier comme un usurpateur étranger, instrument d'un complut , dont le but était de soumettre la monarchie Franque à la souveraineté de l'Empereur de Coristantinople. Aussitôt , on saisit la portion de ses richesses qui n'avait point encore été transportée à Avignon, et l'on arrêta deux prélats accusés d'être ses complices. L'un était Théodore , et l'autre Epiphane , évêque de Pavie , réfugie à Marseille , depuis l'invasion des Lombards. Us furent amenés devant le roi de Bourgogne. Théodore essaya de se justifier , en disant qu'il avait aveuglément obéi aux ordres des Leudes gouvernants de l'Austrasie , dont il produisit les lettres. Mais la culpabilité des deux prélats parut si
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flnfifrante , que GuiUiaii ne se laissa pas llcohir ot les fit jeter en piison , où Epiphaiic mourut (l<'s torlui* s (|ià il t laiura.
Mîilfrré les précautions de Muinuml , la traliison de Gonlran- Bosoii tut (les ronscquences inévitables. Elle ann*na. pour premier résultat, la réconciliation de Childebert avec G^niran, moyennant la restitution , — faite par le roi de Bourgogne a son neveu , au commencement de 58 1, — de la moitié de Mars(îille qu'il lui retenait depuis dix ans. En outre , elle dét oucerta les conspirateurs, en paralysant leurs efforts. Gondovald fut bien élevé sur le pavois , au mois de décembre de la même année ; il fut bien présenté , comme roi , aux habitants des villes voisines de Brives-la-^îaillarde sur la Gorrëze ; il rallia bien autour de son dra{»eau une foule de mécontents , d'hommes ruinés par les guerres précédentes , d'aventuriers aux aguets de toutes les occasions de butin. Mais assiégé dans Comminges » après plusieurs alternatives de sueofes et de revers , il fut livré 4 ses ennemis par le patriee Mummol , et périt de la main de Gontran-Boson , qui lui fracassa le cràoe avec une pierre (585).
A la suite de ces troubles, deux fléaux fondirent sur la Provence et y portèrent la terreur et la désolation. La famine , causée par les dévastations des Barbares , fut le précurseur de la peste et préluda par ses ravages aux ravages plus rapides de l'effroyable épidémie. La peste apparut , à quatre époques différentes, dans cette contrée , pendant le vi« sîède; et il est probable qu'elle se fit sentir plus d'une fois à Marseille, depuis le siège de cette ville par César. Échappée des marais infects de l'Egypte, elle ne sévissait jadis que de loin en loin dans les pays du Levant, où les vaisseaux pliocéens abordaient. La police et la vigilance , qui régnaient dans les villes et dans les Répuhiiques grecques , le bon entretien des rues, l'élégance des bâtiments, l'état ûorissant de l'agriculture , des sciences et des arts, la gymnastique et le peu de relations commerciales qu'on avait avec les peuples de l'Asie , décimés par la peste ; tout taisait de la Grèce un pays aussi sain qu'agréable. Et en effet, la coîitat,'ion était si rare dans les premiers siècles de l existence de Marseille , que les navires n'étaient soumis a aucune mesure de précaution. Tout changea de face, lors de l invasion des Barbares. Avec la décSH dence des Empires arriva l'avilissement des populations. La terre
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ne fut plus cultivée , les eaux croupirent dans les marais , les aqueducs se comblèrent ; et , sur les ruines des orgueilleuses cités , s'élevèrent d'humbles cabanes ou de misérables maisons sans air et sans espace. Enfin , la sollicitude adminislrative se relâcha sous la pression du despotisuie et de l'anarchie ; et la peste put répandre partout son souffle mortel. La Grèce vn fut particulièrement infeclée et en inocula souvent le poison dans les veines de la Franc*'. — En 586 , elle éclata dans toute la Provence avec une violence extrême. En 589, Marseille se ressentit plus encore de ses funestes eflets. Elle y fut apportée par un vaisseau veou d'Espagne, et y exerça de telles fureurs, dit Grégoire de Tours, que des maisons entières se changèrent eu tombeaux. Avec la rapidité du fluide électrique , l'horribie fléau parcourut la France et l'Italie, moissonnant indistinctement ses victimes dans tous les rangs de la société et à tous les âges de la vie. Le pape Pélage ii en mourut. (590). L'évèque Théodore, qui , à peine rendu à ia liberté , avait été de nouveau en butte aux vexations des gouverneurs de Marseille , se réfugia dans l'abbaye de Saint-Victor avec un petit nombre de personnes restées auprès de lui ; et la ville bientôt ne ressembla plus qu'A un vaste cimetière oh erraient , comme des ombres , au milieu des cadavres , des spectres livides aux yeux caves et éteints , aux membres décharnés, à la voix lamentable. Il y eut , pour ainsi dire , un temps d'arrêt à tant de douleurs publiques. Mais l'infernale contagion ne parut s'être apaisée pendant deux mois , que pour recommencer ses ravages avec plus d'intensité; et pas un des habitants, qu'une fausse sécurité ramena dans leurs foyers . ne put échapper à sa rage.
On eût dit que la colère divine . s'appesanlissant sur une civilisation décrépite et corroiopin' , voulail .se manifester sous tous ses aspects, et régénérer l'humanité par la destrudion de ses éléments impurs. La peste ne fut pas le dernier châtiment qu il lui plut d infliger à la Provence , après les invasions étranp'res. La lèpre ne tarda pas à continuer l'œuvre de la vengeance éternelle ; — la lèpre moins meurtrière que la peste, mais plus hideuse, plus repoussante à coup sûr ! Cette maladie, que les dernières années du vi^' siècle virent également apparaîLi^e, fesait des parias de tous les malheureux qui en étaient atteints.
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Cependani, Contran avait confirmé son alliance avec Ghildebert, par le fameux traité d'Andelot , qui garantissait à son neveu la possession de la ville de Marseille (587), et le calme semblait avoir reparu dans la Provence , lorsque la mort du roi de Bourgogne la plaça tout entière sous l'obéissance de Childebert (593). Ce dernier prince, enlevé par un crime à la fleur de l'âge (596), légua la couronne à deux enfants » qui régnèrent sous la tutelle de la reine Brunehaut , leur aieule. Théodebert ii , Tatné , eut le royaume d'Austrasie, avec la province Marseillaise; Thierry ii eut le royaume de Bourgogne avec la province d'Arles.
Après avoir renvoyé Brunehaut , Théodebert eut à soutenir plusieurs guerres contre Glotaire ii, fils de Gbilpéric, et Thierry ti. Nais battu par son frère à Toul et à Tolbiac (612) , il fut livré k l'implacable régente qui le fit assassiner. Ses Etats et ceux de Thierry ii , mort un an plus tard , passèrent sous l'autorité de Clotaire , devenu , par ce fait , le souverain de toute la France. Dagobert l", son fils , eut la Provence en parta^^e , en 622 , et ordonna que les lumniaires du Moustier de Saint-Denis fussent entretenus par le péage maritime de Marseille. Depuis 633 jusqu'en 656 , Sigehert ii , successeur de Dagobert , gouverna la province Marseillaise qui échut, ciiiiOO, à Childéric ii , liis de Clovis n , et neveu de Sigehert. On a de ce Childéric, — assassiné par Bodillon, (673 ! trois tiers de sols frappés à Marseille. L'un de ces sois porte, sui- iitK liu la trtfdf' ( (' prince avec son nom pour légende, et, sur l autre , une croix entre un mœ , qui signiiic Massilia et le nom de Ciotaire. La réunion de ces deux noms fait supposer que Childéric possédait Marseille par indivis.
C'est pendant cette période de décadence de la race Mérovingienne que les maires du palais commencèrent à absorber l'autorité royale , au point de rendre leurs fonctions héréditaires. Pépin d'Héristal, dit le Cros, duc d'Austrasie avec son cousin Martin (678) , puis seul , en 680 , remporta sur Thierry m , troisième fils de Clovis ii , la victoire de Testry (687) , qui lui donna un pouvoir illimité , en eflàçant la nationalité de la Neustrie. Maître absolu de toute la monarchie française sous Clovis m , Childebert m et Dagobert m , il comprit dans son apanage la province Marseillaise, dont les gouverneurs , sous le titre de préfet, de pstrice , de duc
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OU de comte, résidèrent toujours à BlarseiUe depuis Is mort de Childebert.
Au commencement du viii* siècle, Télément Franc n'existait plus dans l'Aquitaine. L'astre des Goths avait jeté une dernière lueur en Espagne sous le roi Vamba ; puis il avait pâli rapidement sous Enrige , Egîza et Vitiza , pour s'éteindre avec Rodrigues, le dernier roi , dans les torrents de sang qui , pendant neuf jours , inondèrent le cbamp de bataille de Guadalète (71 1 ). En sorte que l'élément Goth , désormais oublié dans un coin de la Septîmanie , allait 8*aiH nihUant tous les jours dayantage. Les races indigènes respiraient donc plus joyeusement l'air de Findépendance et semblaient déln vrées de toute oppression étrangère. 0 n'en était pas ainsi. La Gaule méridionale , sur laquelle s'était appesantie une fatalité cruelle , depuis la domination romaine, n'avait pas encore vu le terme de ses douloureuses destinées; car à peine l'invasion étaitelle refoulée au Nord , qu'elle reparut armée et sanglante du côté du Midi.
Une insulte , faite par le roi Rodrigues à la fille du fameux comte Julien, avait suffi pour livrer 1 Espagne aux Sarrasins. Mais, après avoir renversé la monarchie des Goths , ces b.ubai es , iMiles de conquêtes , vinrent s'abattre au milieu de la Septîmanie , comme une nuée d'oiseaux de proie (716). A cette nouvelle, toute la Provence fut saisie d'une terreur générale, u Chacun se hâta de déplacer, de cacher, d enfouir les objets précieux qu il avait le plus à cœur de sauver des mains des Infidèles ; les églises surtout tremblèrent pour leurs trésors et leurs reliques. Ce fut , en cette occasion , que le clergé de Marseille , craignant de voir profaner par ces perfides Sarrasins le eorps vénéré qu il croyait être celui de Sainte Marie- Madeleine, prit le parti de le transférer de son tombeau connu dans un tombeau secret, et choisit, pour cette pieuse translation, le silence et l'obscurité d'une nuit de décembre («AOLB maïuoif ALB ]. » Malgré tant de précautions, les Arabes ramassèrent une énorme quantité de butin. A Narbonne , ils trouvèrent »ept idokt d'argent à ehsval ; à Garcaaaonne , sept eolonnei
'CelUlii*apoar1hBdBnMtqa*UMliisciiptimMMts^^ tnmvée. dit-oo, eo 1t79, eoProTCuee, etnpportéepir Pl^poo, qai«Bfiul Im-urfiM boomidié.
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d^argent mauif. Tout cela fut dÎTtsé » fielon le précepte du Coran , et le lieuteDantdu califê africain repassa les Pyrénées. Sept années avaient effacé cette première course de la mémoire des peu pi l :. de la Septimanie , quand les Musulmans reparurent en 7 ! 8 , sous la conduite d'Al-IIaor , et ^slanèrent le butin dans les mêmes lieux. En 7f9, ils prit eiii et lui tilièrent ISarboune , destinée à devenir un point de retranchement pour leurs incursions militaires ultérieures. En 721 , l'émir El Saiiiah , fidèle au plan d'occupation tracé j>;ir hou prtui^xc^^>cur , partit de Xarboiuic, pour ouvrir la campagne par le siège de Toulouse. Étroitement cernée et battue par des machines de tout genre, la ville chancelait. Eudes, duc d Aquitaine , accourt à son secours et la sauve. A son approche , les Sarrasins reculèrent jusiju'à l'ancienne voie romaine et s'y déployèrent sur une ligne formidable. Mais ils furent mis en pleine déroute et regagnèrent Narbonne avec précipitation. Là , ils attendirent des renforts d'Espagne ; et , pour éviter un adversaire tel que le brave Eudes , ils s'élancèrent sur les deux rives du Rhône. L'état d'anarchie, dans lequel se débattait convulsivement la Province, favorisait leur expédition. Aussi, purent-ils librement dévaster ces magnifiques contrées. Nîmes perdit en partie ses dernières splendeurs ; Arles , ses derniers trésors.
fin 732, époque à laquelle recommença la véritable guerre sainte , une nouvelle invasion plus formidable des Sarrasins , conduits par Abd-el-Rahman , lieutenant du calife , fbrça le duc Eudes & recourir à Charles-Martel , maire du palais depub la mort de son père Pépin d'Héristal , arrivée en 71 4. En effet , Gharies- Martel mena une innombrable armée contre les Infidèles , qui assiégeaient Tours. Les deux armées se rencontrèrent entre les affluents de la Loire , et la mort d'Abd-el-Rahman décida du gain de la bataille en faveur de Charles-Martel et du duc Eudes.
Pendant que les Sarrasins, se dirigeant vers les Pyrénées, gaprnaient la Marche « l le Limousin , et descendaient jusqu'à Narhoune , en traversaiil le Tara à Alhy etlcsCcvennes à Cabiières, Charles-Martel suivit au contraire la route de Lyon , pénétra dans la Bourgogne méridionale , et profita de la victoire pour faire vers la côte , — entre Marseille et Arles , — ce que les Musulmans faisaient dans lescoutrées du centre, en pillant tout ce qu'ils trouvaient
sur leur passage. Sou séjour en Provenee ne fut pas long. Forcé, par l'insurrection des peuples de la Frise, de remonter vers le Nord , il abandonna le champ de bataille , au moment où les Sarrasins s'y présentaient pour prendre leur revanche » aidés cette fois parla trahison du patrice Mauronte , gouverneur de la province Marseillaise. Cet homme, qui prenait aussi le titre de duc de Marseille , aspirait à se rendre indépendant de Charles-Martel , et Hunald , fils et successeur d'Eudes , mort en 73o dans son duché d Aquitaine , se prêtait aux projets de l'ambitieux patrice ; si bien qu'Arles , Fretta , Avignon , ouvrirent leurs portes aux soldats de Mahomet , qui , s'avançant d'un pas rapide dans cette voie de conquêtes, chassèrent les Francs de toute la Bourgfogne méridionale (Dauphiné) et occupèrent Lyon. Mais ils reculèrent devant Charles- Marte) et Cliildebrand , s tii IK re, et repaiSfnèrentNarbonne. Charles- Martel se hâta de passer le lihône sur leurs traces et planta son étendard sur les bords de l'Aude. Tous ses elïorts écliouèient devant le courage de l'émir Athima. Obligé de lever le siège de Narbonne , il se relira , aprèâ avoir remporté uoe victoire sur Amor dans la vallée de Gorbières.
Martel éloigné , tout rentra en Provence dans le même état que précédemment. Mauronte reparut à la téte des habitants et s'appuya de nouveau sur les Sarrasins qui prirent et saccagèrent Marseille, Âix et Arles. Marseille fut particulièrement livrée à toutes les horreurs du pillage et de la dévastation. Ses éditices publics furent réduits en cendres , ses églises et*rabbaye de Saint- Victor s'écroulèrent sous les coups redoublés de ces barbares. Des milliers de cadavres jonchèrent les rues; — et du milieu des ruines s'élevèrent jusqu'au ciel les gémissements et les clameurs des victimes. On raconte que , pour échapper à TinfAme lubricité des vainqueurs, les religieuses de Saint-Sauveur, au nombre de quarante , imitèrent Texemple de leur abbesse Eusébie qui s'était coupé le nez et mutilé le visage. Le sublime courage de ces - vierges héroïques , ajoute dom Mabillon , n'eut pas même le privir lége d'attendrir ces tigres altérés de sang. Ils massacrèrent sans pitié ces chastes filles , qui reçurent la mort avec la m^e résir gnation , avec la même fermeté.
A la nouvelle de Timiption des Sarrasins en Provence , —
Charles-Martel accourt , avec son frère , pom- les chasser. ïl charge Childehrand d'investir Avignon , et iiii-inèiiH' vifiu on lairo le siège et la prendre d assaut. De là , il poursuit les Musulmans dans toute la Provence, les bat en plusieurs rencontres, délivre Marseille et les dépouille de leurs conquêtes; — puis, aidédeLuitprand, roi des Lombards , qui leur ferme le passage des Alpes , il les cerne dans les défilés de ces montagnes , et termine la guerre par l'extermination presque complète de ces barbares (739).
Deux ans après, Charles-Martel mourut, et son fds Pépin, — qui lui succéda dans le royaume de Neustrie et de Bourgogne , et détrdna Ghildéric m, avec lequel s'éteignit la race des Mérovingiens (752) , — devint le chef de la dynastie Garlovingi^ne.
La Provence conserva longtemps les traces cruelles du passage des Barbares ; mab elle jouit de quelque repos sous les premiers' rois Garlovingiens. Sous le règne de Pépin , des ambassadeurs Arabes débarquèrent à Marseille et allèrent offrir des présens à ce prince qui les reçut dans son palais de Gbelles. A la même époque, le Lacydon vit flotter le pavillon de l'empereur Constantin v, dit Copronyme , qui envoyait des députés , pour engager les rois Francs à ne pas céder au pape Texarchat de Ravenne. Aucun foit de quelque importance, relatif à Marseille, ne se présente d'ailleure àl historien pendant la péi'iode carlovingienne. Quand Cliarieniagne publia ses Capiiulaii t s, les patrices furent remplacés par les comtes. Les gouverneurs des cités , le |)lus souvent nommés par ces comtes, devaient être Provençaux ou liourîruiiînons. Ils étaient appelés quelquefois Vidâmes , et même Viguit i s. Le Viguier était assisté par des ma^rislrals , qui prenaient le titre d'éclievins. La Provence alorrs l'ornia deux comtes : celui d'Arles et celui de Marseille. En 81 t . cette dernière ville fiif soiunise à J autorité de Louis-le- Deijonnaire , fils de Ciiarleinagne , dont le règne fut marqué par une nouvelle invasion des Sarrasins sur les côtes de la Provence. (838). Ces implacables ennemis de la Chrétienté passèrent encore sur Marseille comme un ouragan terriblOt renouvelèrent des scènes d'horreur et de désolation , détruisirent encore Tabbaye de Saint- Victor à peine relevée de ses ruines , et s'enfuirent avec un butin énorme et une quantité de prisonniers. Sur la plage de Séon , près de laquelle stationnait leur flotte, s'élève un rocber, dont les
vagues rongent la base. Ën mémoire de la dispersion des Arabes, on donna , dit-on , te nom de Saut-^'Maroe au sentier étroit qai circule autour de ce rocher , d*oii les fugitifs s^élancèrent dans les flots , pour regagner leurs barques.
Dans le démembrement que Louis fit du vaste empire de Charte* magne , en 839 , la Provence échut à Ghartes*^Ie-<%auve. Quatre ans plus tard , elle fut comprise dans rhéritage de Lothaire I", qui obtint , avec le royaume dltalie , la partie orientale de ta France , depuis le Rhin jusqu'à la Méditerranée , entre les Âlpes , l'Escaut , la Meuse , la Saône et le Rhône.
Les trois fils de Lolhaire , mort dans un couvent en 855 , se partagèrent ses Ktats. Louis n, l'aîné, qu'il avait associé à sa puissance depuis 8.)0 , eut Rome et Tltalie. Lothaire ii eut la partie septentrionale des Gaules, depuis l'embouchure du Uliiu et de la Meuse jusqu'au Hiiôue. (Charles eut tout le icstauL du lih )!)!' a la Méditerranée, avec les cor:! ttrs d L'sez, deViviei^ ( t «le Lyon. C<'ffe dernière ville fut sa résidence, — et ses Etats prirent le nom de i*oyauine de Provence. Fantôme di ^um i inin, il laissa régner, sous son nom , le comte de Provence Gérard de Koussillon , son tuteur. Or , il ne fallait pas moins que le courage et le génie de Gérard pour sauver le pays de deux dangers , — l'invasion des Normands et l'ambition de Gharles-le-Ghauve. Les Normands, ces envahisseurs accourus du fond de la Scandinavie , s'étaient précipités dans les contrées du Midi par le Rhône , promenaient partout le fer et la flamme, et avaient pris possession de la Camargue , d'où ils s'élançaient soudain , roulant comme des avalanches dans les campagnes, et recommençant partout les dévastations, les pilli^s et les massacres.
Gérard deRoussillon les expulsa de la Camargue, enS59. L'année suivante , ils reparurent en plus grand nombre , et le brave comte les chassa une seconde fois. Après la mort de Charles de Provence (863) , l'empereur Louis ii et Lothaire , roi d'Austrasie , songeaient à se disputer son héritage sur le champ de bataille , lorsque Gérard les fit consentir à un partage provisoire. La Lyonnaise, la Viennoise, leVivarais et le pays d'Usez échurent à Lothahre; Louis ii eut Marseille et la Provence. Lothaire mourut lui-même sans postérité, le 6 aoùf 869 , et Charles-le-Cliauve s empara de sa succession
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qui revenait <lij dioii a Louis ii , et la partagea ensuite avec Louisle-Gerniaiii(juo. Enfin , quand la uiort eut couché Louis ii dans la toiiji)t' , à côté de ses frères, Cliarles-le-Chauve courut à Rome recevoir la couronne impériale des mains de Jean viii; et l'ancien royaume de Provence resta sous son autorité.
Jamais . h aucune autre époque , l'histoire n'oflVe le spectacle d une décadence plus rapide et plus déplorable que celle de la royauté Carlovingienne , — de cette royauté que Charlemagne avait faite si grande , si puissante ! Jamais la société , abandonnée k ellemême , n'avait flotté ainsi au hasard , entra mille écueils » déchirée par l'invasion barbare avec une fureur qu'apporte jusqu'à nous la voix lamentable du IX* siècle : «Quel deuil , hélas ! quelle cl a mité l dins presque tout lo pays tourné vers l'Océan , les églises furant dispersées , les villes dépeuplées , les monastèros laissés en ruines. Telle était la furie des persécuteurs , que les chrétiens qu'ils pouvaient prendre , ils les passaient au fil de Tépée; ou, lorsque leur main était lasse de verser le sang innocent , ils les emmenaient en esclavage. Une foule de chrétiens, fuyant devant ce fléau, abandonnèrent leurs villas et le patrimoine de leurs pèras, et se retirèrent en Orient. Le peuple seul aimait mieux périr par le glaive ennemi que de vivre loin du soleil de la patrie, (dom vAissin). » C'est quand les torches des Barbares incendiaient le pays , que Gharie»* le-Ghauve s'occupait de recueillir un héritage à Metz» une couronne i Rome , ou s'amusait aux chasses d'automne dans ses domaines. Après la mort de la reine Ilermentrude , le descendant dégénéré de Châi lemagne prit pour concubine la belle Richilde , sœur de Boson , grand feudataire de l'Enipirc. l^o cette échelle, l ambitiou du Leude s'éleva rapidement à son but. Charmé de la beauté de sa maîtresse , Charles donna d abord , en échange , au frère de Ricliard-le-Justicier , l opulente abbaye de Saint-Maurice , et ne larda point à l'enrichir des dépouilles de Gérard de Roussillon. En effet, lorsque ce derjiur, après la reddition de Vienne par Bertha, sa iemme, eut abandonne ia Provence, la Haute Rourgoerne (Ihuphiné) et le Roussillon , et se fut retiré , avec ses trésors, dans lecomté de Bourges, — Charles-le-Chauve, au plaid de Compiégne, investit Boson du gouvernement de tous ces pays , en le créant camérier et maitre des huissiers du palab. Une fois en possession
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(le ces hauts emplois, Boson attire vers lui le peu de foire et d'autorité qui reste au roi. Chaque jour, il arrache uu lambeau de la pourpre royale ; si bien qu'une fois couronné empereur, le vieil et crédule Charles lui confie le gouvernement de ritalie. Alors, r insatiable Boson ne recule pas devant un crime qui doit hâter la réalisation de ses espérances. Pour épouser Ermengarde , fille unique de l'empereur Louis ti, il brise le seul obstacle à ses désirs , en empoisonnant sa femme , et court célébrer des noces royales à Ponthyon. Une couronne manquait encore au front de rambitieux. Charles pénétra ses projets , le jour où » réfugié dans les Alpes, pour échapper à la poursuite de Garloman de Bavière, il implora Tappui de ses Leudes. Geux-d refusèrent de se rendre à son appel , et Boson lui-même en donna Texemplc , d'accord avec les deux Bemhard , le marquis de Gothie et celui d'Auvergne. Charles tomba malade de rage et de chagrin dans une chaumière du Mont-Cenis , et y mourut empoisonné , dit-on , par son médecin juif Sédécias (877).
Les intrigues de quelques évéques réussirent à faire proclamer roi , dans le Nord , Louis-le-Bèguc , digne rejeton du défunt ; mais le servage , sous lequel la royauté était courbée en France , était si réel , que les comtes , en apprenant son intronisation , ne s'en émurent niillonient ; et les plus puissants (reiiiie eux aecueillireui ses sollicllatlous suppliantes avee le silenee du dédain.
Voilà où eu était l'éduite l'autorité royale , à cette éjnHpn . Aeeabiée parle poidsdeson inipuissauce, elietrernhlaitdevant i intluence des Leudes , qui ehaque jour ramenaient le souverain à sa condition primitive de simple Leude , leur égal. Après quatre siècles de convulsions politiques, le despotisme de Rome eedait le pas à l'indépendance germanique. La tribu recouvra son antique liberté, et l'État redevint , comme avant l'adoption du système romain , un foisceaU- de confédérations libres. Ce triomphe du fédéralisme ou gouvernement d'association — sur l'unité despotique , en éparpillant l'autorité dans les mainsdes grands feudataires, fut l'origine de la féodalité.
Boson crut le moment favorable, pour atteindre le but qu'il entrevoyait depuis longtemps dans ses rêves. Il ne s'agissait que de mettre le souverain pontife dans ses intérêts. Or , les papes ,
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qui aspiraient à reaaaisir sur le monde chrétien l'aotocratie que les empereurs avaient exercée sur le monde romain , avaient fini par attirer à eux le droit de décision suprême en tout ce qui toudiait le dogme. Us jouissaient donc d*un immense pouvoir sur les esprits , et n'étaient sans cesse préoccupés que d'agrandir leur suprématie, lean viii, menacé par les fils d'iûnaêl , eut justement recours à kprotecdon de Louis-^e-Bègue , et vint se réfugier à Arles. Il y reçut le plus brillant accueil , et fut facilement circonvenu par AngeIbLu ^'t' , veuve de Louis ii , puis par Boson et son épouse , qui l'accompagnèrent à Troyes , où il devait présider un concile. En outre , Richilde et Ermengarde ménagèrent un mariage entre Carloman , second fils de Louis-le-Bègue , et une fille que Bosoo avait eue de sa prernifre femme,
Une fois ces dispusiiious heureu.sement gnuipées, — le fils de Bavin convorpia , avec l'appui du pape Jean , une assemblée composée de tous les évêques et principaux de son duché, au château deMantaille, situé sur le bord du iiiiône entre Vienne et Valence ; et là , « à lorce de présents , de sollicitations et de menaces, moitié par corruption, moitié par terreur (alp. DstaiHB},» il leur arracha la délibération suivante :
« Les évôques s étant assemblés au nom de notre saint Sauveur pour célébrer le concile h Mantaille , dans le territoire de Vienne, traiter des affaires de 1 Eglise et sonder les mystères de la Providence, leur attention s est aussitôt portée , malgré la multiplicité d'affaires qui les pressait , sur la personne qui , en vertu de l'ancien et du nouveau Testament, est chargée de diriger les peuples. Et comme tant les Pères, qui sont appelés évéques par la grâce de Dieu, que les princes et le bas peuple manquaient depuis longtemps d'appui , et ne pouvaient compter sur aucun secours efficace , depuis surtout la mort de l'empereur , nous nous sentîmes tous agités d'une grande inquiétude; car nous étions livrés sans défense , non seulement aux attaques de l'ennemi invisible , m;ii8 encore aux assauts de ces ennemis déclarés , parmi lesquels on comptait même des enfants dénaturés de l'Eglise : c'est pourquoi ayant jeté les yeux de tous côtés, et cherché de concert avec les illustres quelqu'un capable de nous tver de ce mauvais pas , nous ne trouvâmes personne qui voulût se charger, par considération pour l'Eglise et ses
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saints, d'un aussi pénible fardeau. Dans cette extrémité, nous nous adressâmes à Dieu , le liui des rois, qui vojlle ;i\ec soin sur les mortels et rè^le tous les évcucnienls humains, atiii qu il nous donnât une inspiratiuu manifestée par quelque indice. Celui qui lit dans tous les cœurs et qui écoute tous les vœux, [irMiinit en pitié l'anxiété rî* ik s âmes, les illumina de ses rayons, ti de sa main traça notre sutlrage. Soudain se |)resenta eu même temps à la pensée de tout le monde un des plus nobles soutiens et des plus braves défenseurs de l'autorit*'' du seigneur CharUîs ; celui dont Louis, son fds, appréciant 1 msigne sagesse, avait augmenté les honneurs ; le même , qui , aussi honorablement connu en Italie que dans les Gaules , était regardé comme un fils par le seigneur apostolique Jean VIII. Inspirés donc de l'esprit divin , contraints par une impérieuse nécessité , et considérant l'utilité de ce choix , la sagesse et l'habileté de l'illustrissime Boson , tous d'une commune YOÎx , d'un consentement unanime et par un seul vote , le choisir rent pour souverain. Et afin de faire savoir cette élection à tous présents et à venir, les évéques la souscrivirent publiquement à Hantaille , l'an du Seigneur 879, aux ides d'octobre. Et ont signé : oTTiAMN , archevêque de Vienne ; atobuaros, archevêque de Lyon; nuTiAK, archevêque de la Tarmtaîse; iopbbit, ëvêque de Valence ; isainiAmD , évêque de Grenoble ; klias , évêque de Vaison; ■BH», évêque de Die ; adalbbbt, évêque de Maurienne; bibak, évêque de Gap ; bustobob , évêque de Toulon ; oibbalb , évêque de Gavatllon , hibbortmds , évêque de Lausanne ; bicbabd , évêque d'Apt ; euHTABD , évêque de Mâcon ; bostarg , ardievêque d* Arles; TBBVDBiGH, archovêquo de Besançon; cetobbios, évêque du Vivarais; lbodoîn, évêque de Marseille; cabkabo, évêque d'Orange; BOTPBiD, évêque d'Avignon; vuaipbib, évêque d'Ùzès; bdold, évêque de Riez. — (ph. i^bié). »
Après l'élection , on adressa ce message it Boson : « Le saint synode de Mantaille , au territoire de Vienne , réuni au nom du Seigneur , et votant sous l'inspiration divine avec les primats du royaume , désire savoir , très illustre prince , de votre sagesse, quelle est la marche que vous vous proposez de tenir, quand vous serez élevé à cette dignité oii vous porte la miséricorde divine. 11 demande si vous êtes bien déterminé à chercher l'honneur du
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Dieu tout-puissant , à chérir la saiutc-foi catholique , et à travailler à rcxaltation de l'Eglise? Si , à l'exemple de tous les princes pieux qui vous ont précédé , vous avez la ferme volonté de rendre bonne justice à tous et de suivre le chemin de Téquité? Si l'humilité, itase de toutes les vertus , sera bien établie dans votre âme? Si , vous maintenant dans la Toie de vos saints prédécesseurs , vous songerez plutôt à gouverner sagement qu'à jouir de l'éclat du pouyoir? Si yons enchaînerez au pied du trône la colère , la dureté, Tavarice, la cupidité, la violence et Forgueil , patrice équitable aosû bien pour les petits «pie pour les grands , aimant la vérité, toujours prêt à Taccueillir , et foulant aui pieds les suggestions brutales des passions , afin que ni les prélats , ni les primats n'aient pomt à se repentir, un jour, du choix qu'ils font de vous , et que leur autorité évangélique et apostolique soit constamment respectée pour la plus grande gloire de Dieu ?»
Boson crut cadier les traits hideux de son ambition sous l'hypocrisie de ses répugnances ; il feignit de se résigner , comme dit Fauteur que nous avons cité , et , «tendant au joug sa téte docile», il répondit :
« Au très iacré Synode et aum primats nos fidèles, rhumble serviteur du Christ, BOSON.
« le commence par rendre grâces de bouche et de cœur i votre dévouement ; car , bien que je m'en reconnaisse indigne , je vois aujourd'hui clairement que je possède tout votre amour. Quant à la haute dignité où , suivant l'inspiration divine , votre zèle désire m'élever, pour qu eu vue de l'éternelle récompense, je puisse servir dans ma faiblesse ma sainte mère, l'Eglise du Dieu viv ; ut, je vous déclare que, persuadé <lt mon peu de valeur, et sachant combien je suis au-(les.suus d un pareil office, j'aurais refusé inflexiltl* nient , si je n'avais reconnu le doigt de Dieu tians ce vote sponlaiit et unanime. Mais je sens (ju'il faut ohéir aux prélî<ts que le ciel inspn'e , et que je ne peux m'empêi-her de me rendre .iu\ vœux de nies amis et de mes fidèles. Je jure donc librement d Observer en tout point là règle de conduite que vous m'avez tracée ; et voici la marche que je me propose de suivre. Premièrement, je défendrai avec le plus grand zèle les intérêts de la foi catholique , je respecterai les privilèges de l'Ëglise , et ne me gouvernorai
que par vos avis. Tous mes sujets, selon votre recoiniDandation , obtiendront bonne et rigoureuse justice, et conserveront leurs défenseurs. A l'exemple des saints princes mes prédét esspurs , je serai plein d'égards pour mon clergé et mes fidèles. Quoique je reconnaisse ma fragilité , j'espère veiller avec tant de soin sur mes mœurs que je ne deviendrai pour personne un sujet de scandale. Si ma foiblesse humaine m*entraînaît au-delà de mes mtentions , corrigez-moi par vos conseils. Je réformerai les désordres que TOUS m*avez signalés dans ma maison. Je vous conjure ensuite , très saf^s pontifes, illustres potentats de l'Eglise du tout-puissant, et TOUS primats et sous-primats, mes fidèles , de m'aider à remplir cette charge immense que je n'accepte qu'à votre prière, et d'arrêter que des oraisons solennelles seront faites pendant trois jours , pour demander au Seigneur qu'il me tienne toujours dans la droite voie , et ne permette pas que je trompe mon peuple. »
Boson fut sacré le 1 5 octobre 879 par Rostang I* archevêque d'Arles ; et ce simulacre d'élection , qui constitua le royaume d'Arles depuis les montagneà du Jura et la Méditerranée jusqu'à la Savoie et au Rhône , tU passer Marseille sous le despotisme d'un usurpateur.
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