‹ Histoire de Marseille (volume 2)Chapitre 3 sur 9 · U1ST0IR · texte numérisé non relu

U1ST0IR

oblcnu la révocation du terrible décret porte par les vainqueurs ' .

Marseille se vît bientôt en danger. Les Salyens ayant formé contre elle une ligue puissante y elle eut recours k la protection des Romains qui ne repoussèrent pas ses prières. Les ennemis avaient deâ forces considérables. Teutomal quHls avaient choisi pour chef , se montrait digne de ce choix. Guerrier plein de hardiesse et d'intrépidité, il savait enflammer les cœurs de ses soldats. Caïus Sextius Galvinus vint avec une armée dans la Ligurie Transalpine. 11 défit les Salyens en bataille rangée; contraignit Teutomal k se réfugier chez les Allobroges, habitant le pays qui se Lrouvc entre le Rhône et Tlsère jusqu'au lac de Genève , et fonda non loin de Marseille, au lieu même oii il avait remporté la victoire et ou coulaient desi eaux chaudes, une place qui fut appelée Aquœ SexiÛB» Il mit dans cette place une garnison romaine, et donna à la république marseillaise le terrain que les ennemis avaient abandonné. Ce terrain comprenait tout le rivage maritime du Khone aux limites de lltalie, dans une largeur de 12 stades sur les points ; d^un accès facile, et de 8 stades auprès des côtes élevées

■ 127 ans avant notre ère. — Justin^ liv. xxxvn,ch. i. — HUt nnÎT. anglaise» tom. pag. i58.

* 1 2 1 ans avant J. C.

ÂiorsflorissaitdaBsles Gaules un £tat puissant, la nation des Arvernes dont le territoire n'embrassait pas seulement TAuvergne d'aujour'hui, mais s'étendait beaucoup au-delà Cette nation paraît n'avoir pas été étrangère aux principes d'une bonne organisation politique. Le luxe et ropulencequi s'y étaient introduits font supposer une civilisation développée, une police avec des règles filles et les arts en honneur. Strabou nous apprend que Luerius, chrfde ces contrées, voulant éblouir ses sujets et les étrangers^ voulant leur donner des preuves de son &ste et de ses richesses , aimait à se promener dans les champs, assis sur un char magnifique, et jetant au peuple des pièces d'or et d'argent. Eituitus, son fils, en héritant de sa puissance, avait aussi hérité de sou amour pour les prodigalités et le luxe. 11 se servait d'un char d'argent pour prouver que les trésors de Luerius n'étaient pas épuisés \

Teutomal inspira aux Âllobroges la haine qui ranimait contre les Marseillais et les Romains, et 9 à ses sollicitations, ils se décidèrent à venger ses affronts et ses disgrâces. Il eut même l'adresse et le bonheur de mettre les Ârvernes dans ses intérêts, et de les associer k ses projets de vengeance. BituituSy apprenant que le proconsul

• Strabon, liv. iv.

* FioniSy Uy. III.

Domitius iBnobardus marchait contre les Àlio' broges , crut lui en imposer et lui donner une idée de sa grandeur, en lui envoyant une ambassade somptueuse. Le chef de cette ambassade ordonna au g/énéral romain de rétrograder, sous peine d'encourir la colère de son maître. Domitius, irrité de cette menace insolente, jeta sur les députés des regards de mépris , et, pour toute réponse , continua sa marche. 11 rencontra l'armée des ÂUobroges vers le confluent de la Sor gue et du Rhône. Il ht aussitôt toutes ses dispositions pour Tattaque, et dans une bataille meurtrière les Barbares furent complcLemcnt défaits.

A cette nouvelle, Bituitus rassembla des forces considérables. Croyant ilicilement accabler les Romains, parce que leur armée était beaucoup plus faible en nombre, il alla hardiment h leur l*encontre. L'armée romaine était alors commandée par Q. Fabius Maximus, et Domitius n'était plus que son lieutenant. ï abius resta vainqueur dans une grande bataille livrée vers l'Isère. Paul Orose raconte qu il y périt 150,000 Gaulois , tant tués que noyés Pline, 130,000 Tite-Livc, 120,000 ^. Ce qui parait constant, c'est que la perte des Gaulois fut considérable.

Quelque temps après, Douiilius lit inviter Bi-

' Lib. X, cap. xiii.

* lÂb. VIT, cap. L.

^ EpUom* Ub, LXi.

tuiius à une entrevue, sous le prétexte de jeter

les bases d'une paix désirable. Ce chef, ne soupçonnant aucune perfidie, se rendit sans escorte et sans suite auprès du ç^énéral romain, qui le chargea de fers et Tenvoya à Marseille , d'oii il fut conduit par mer à Rome. Il serait difficile d'excuser line aussi odieuse violation du droit des gens. LeSënat ne Tapprouva pas, et ne voulut pas cependant renoncer à ses résultats, dans la crainte que Bituitus , renvoyé dans la Gaule , n'y suscitât de nouvelles guerres. Ce malheureux prince fîit donc retenu et relégué à Âlbe

Les Allobroges furent soumis à la Juininaiioii romaine; les Arvernes eurent un sort différent; ils recurent leur pardon, sans payer même aucun tribut'. Rien ne peut nous expliquer les motiÊ de cette dislinclion faite entre deux peuples cjui avaient tenu la même conduite*

Depuis cette époque, la puissance des Romains fut consolidée dans le pays des Salyens ; mais, toujours envahissante de sa nature, elle aspira bientôt h reculer ses limites. Les Volces-Arécomiciens^ furent subjugues. Marcius Narbofondaune

* Val. Maz.IiT. n, ch. vi.

■ Caesar , de Bell. gall. liv. i , ch. x^.y.

' Le nom (le Volces rtait commua a deux peuples, 1rs Arccomiclcns et les Tec tosages qui occupaient tout rintervalle qu'il y a du Rhône à la Garonne ; les Arécomiciens étaient Toîsipis du Rhône et s'étendaient le long de la mer, dans ce qn*on ap-

colonie à Narboniie, appelée du nom même de ce consul ' . Toutes les contrées soumises portèrent le nom de Gaule Narbonnalse et furent régies par un préteur qui résidait dans cette dernière ville. Ce n'est pas avec patience et lâcheté que ces peuples subirent le joug des yaiuqueurs. Si leurs efforts pour s'en délivrer ne firent que le rendre plus pesant, Ton vit du moins tout ce que Tamour de la liberté peut enfanter Je courageux et d'héroïque* Tous les vaincus n'acceptèrent pas des fers, Ton en vit un grand nombre préférer la mort à la honte de la servitude ^.

La république marseillaise, agrandie dans son domaine y maîtresse tranquille d'une grande étendue de cotes et de terres , cessa d'être inquiétée. Elle crut n'avoir plus rien à redouter. Cependant elle ne devait pas s^endormir dans une imprudente sécurité. Des dangers plus grands que tous

pelle aujourd'hui le bas Lan^edoc. Leurs limites ont éprouvé des vanatioiis. On ne peut gaère fixer d-nne manière certaine les limites des Tectosages. Selon César ( Comment. Kv* vi ) ils avaient pénétré en Germanie et s'étaient établis dans les meU*

leurs cantons aux environs de la forêt Hercynie, Ils s'y maintenaient avec une grande réputation de justice et de courage. Justin rapporte (liv. xxxii) qu'un corps de Tectosages avait pénétré dans l'Ulyrie et s'était fixé dans la Ftononie. licur plos célèbre établissement est celni qn'ils formèrent dans une partie de la Phrygie où ils occupaient Ancyra, la principale ville du pays qui prit le nom de Galatie.

' Eutrop. liv. rv.

"Paul-Gros , liv. ch. xix.

ceux qu'elle ayait courus lui étaient réservés , et

un orage terrible vint menacer son existence.

Une multitude prodigieuse de Barbares, sortis des cotes de lu mer Baltique et des forets de la Germanie, s'avançaient vers le midi de TEurope^ cherchant de nouvelles terres cl un climat plus doux* Ce n'étaient pas des armées plus ou moins régulières, ayant un système arrêté de conquêtes. C'étaient des troupes de guerriers féroces, suivis de leurs femmes et de leurs en&ns; nations aventurières, races exterminatrices, qui couraient au-devant de la mort comme d'autres au-devant des plaisirs. Les Cimbres et les Teutons , après avoir entraîné les Ambrons avec eux, s'étaient précipités sur la Gaule Septentrionale, et ensuite sur la Gaule Narbonnaise. Les Teclosages qui jusque-là avaient vécu en paix avec les Romains, s'étaient déclarés contre eux et eu faveur des Barbares. Le consul Cœplon attaqua la ville de Toulouse, leur capitale. Il la prit et la livra au pillage. Il fit enlever du temple consacré a Apollon une masse immense d'or et d'argent , et l'ayant ensuite envoyée sous escorte k Marseille, il jdt périr secrètement les hommes chargés de la garde et du transport de ce trésor, pour se l'approprier par ce crime qui depuis donna lieu contre lui à de graves poursuites dans Rome'. Les

■ Paul-Oros ch. xv.

Xectosages perdirent leur indépendance, et leur pays fut incorporé à la Narbonnaise K

Cependant rien ne résistait aux Barbares. Tout tremblait, tout fuyait devant la terreur de leur nom. L'armée de Cœpion ainsi que celle de Mallius , nouveau consul envoyé en Gaule , avaient été taillées en pièces. Il semblait que ce torrent dévastateur allait tout détruire sur son passage. C en était fait de Marseille, c'en était fait de Rome^; la lace de la terre allait changer. D'autres mœurs , d'autres croyances allaient y prévaloir. Pour conjurer ces grands périls ^ Rome avait besoin d'un capitaine habile, plein de \aleur et tl'activitc , déjà célèbre par d'éclatants triomphes. 11 fallait qu'il eût la confiance du peuple et Tamour des soldats. Marins fut nommé; Marius qui, né de parents obscurs, élevé dans le travail et la pauvreté, passant par tous les degrés de la milice oii il montra toujours un courage brillant et tran* quille , de vastes ressources et de rares talents militaires, était monté aux premières dignités de TEtat, en dépit du Sénat et de la noblesse. Mais l'orgueil patricien cessa de murmurer en ces ei^trémités. Le danger commun fit taire les

' La Gaule Narbonnaise embrasaait alors le haut et le bas

Languedoc , la Provence, moins le territoire des Marseillais , le Dauphiné et la Savoie.

Actuin erat nisi Marias iUi sœculo contigissei.

Florus^Hy* lu.

D£ MAAS£ILL£. 67

passions et les ressentiments, et le vainqueur de Jugurtha, nommé consul pour la seconde fois, devint le génie tulélairc Je la république alarmée.

lies Barbares I après leurs victoires, prirent la route d^Espagne, au lieu de passer en Italie , et la Narbonnaise était , délivrée de leur présence lorsque Marius y arriva. Ce général profita du loisir qui lui était laissé^ en faisant exécuter k ses soldats d'immenses travaux. Il les croyait plus pcopres a vaincre, plus soumis a la discipline, en les endurcissant à la &tigue. Lui-même , d'une grande taille, d'une force de corps extraordinaire et d'un esprit indomptable, avait toujours montré du dédain pour les voluptés^ et s'était accoutumé aux plus durs exercices qu'il regardait comme un jeu. Âussi bien, en occupant ainsi son armée, il ne £aiisait que suivre la politique et les coutumes de Rome qui, craignant toujours plus 1 oisiveté que les ennemis, tenant toujours ses soldats en haleine , les employait à des ouvrages d'utilité publique, empreints du sceau de la grandeur et de l'immortalité Souvent elle leur fit déârer les combats commela fin deleurs fatigues. D'ailleurs, elle voulait surprendre les peuples par tous les genres d'énergie et de puissance ; elle voulait captiver les esprits autant par Tadmiriition que par

* Yégèce, liv. i. Montesquieu, Grandeur et d^dence des

Romains, ch. u.

la crainte 9 persuadée que la soumission dépend

toujours plus de 1 opinion que de la force brutale.

Mamus signala son séjour dans nos contrées par des travaux considérables dont il reste une muititilde de vestiges. Grand homme de guerre autant qu'babile administrateur, son génie infatigable sut veiller et pourvoir k tout. Les Barbares^ après avoir ravagé l'Espagne, retournèrent dans les Gaules. LesCimbres prirent la route de Tltalie par les Alpes Orientales; les Teutons et les Ambrons se dirigèrent vers la Gaule Narbonnaise. Marius les y attendait , après avoir fait toutes les Aspositions nécessaires pour qu'ils y trouvassent leur tombeau. Son camp était assis auprès du lieu oh est aujourd hui le village appelé Foz, autour d'un golfe qui est fermé du coté de la mer et divisé en plusieurs étangs. Il avait fait creuser un canal qui fut appelé de son nom Fossœ Marianœ* Ce canal ^ qui s'étendait du Klione jusqu'au golfe où Tarmée romaine était campée, lui assurait les sub* sistanccs. Les Barbares, impatients de combattre, passèrent devant le camp des Romains, en les provoquant à en sortir; mais Marius jugea prudent de ne point d'abord livrer bataille ^ 11 retint Son armée dans les retranchements pour l'accoutumer a supporter Taspect effrayant des ennemis et leurs clameurs formidables. Cependant son plan était arrêté , et quand ils se furent retirés , il quitta sa position inexpugnable ; il se mit k les

suivre en queue, ayant soin de se poster dans les lieux les plus élevés oil il ne pût être foreé. Après quelques jours démarche, les deux armées arri* vèrent aux environs d'Aix. Les Barbares s'arrêtèrent dans la plaine, sur la rive gaucke de l'Arc , et Marins établit son eamp de Tantre eoté , dans un lieu avantageux, mais qui manquait deau. Bientôt les soldais en murmurèrent, f^oilà de l'eau y leur dit le Consul en leur montrant la rivière qui coulait devant eux; mais les Barbares en sonL les maîtres; vous devez V acheter au prix devotre sang.

Alors lis demandent Ii combattre. Marins ré* pond qu'ilfaut avant tout se retrancher. On obéit, et Ton travaille avec ardeur aux retranchements. Cependant les valets qui n'étaient pas employés à CCS ouvrages, s'arment du mieux qu'ils peuvent, et descendent à la rivière pour Êiire leur provi* sion d'eau. C'enftit assez pour engager une de ces batailles mémorables qui décident du sort des nations. D'abord un petit nombre d^ Ambrons tombe sur les valets, mais peu à peu les autres surviennent, en agitant leurs armes et poussant des cris affreux» Les soldats romains sortent alors des retranchements et voient au secours des Talets qui ne peuvent plus résister. Les Ambrons ne les attendent pas; ils se précipitent a leur rencontre; mais ils rompent leur ordonnance au passage de la rivière. Les Romains profitent de leur désordre

90 HISIOIRE

pour les charger avec vigueur. Dans un iusUnt la rivière e&t remplie de morts. Les troupes roliudnes, victorieuses sur tous les points , poursui- YeDt les Barbares jusque dans leur camp dont renceinte avait été formée avec des chariots. Aussitôt les femmes des Ambrons sortent de ce camp et se précipitent dans la mêlée^ frémissantes de rage; elles frappent leurs époux en leur reprochant leur lâcheté et leur fuite. Les Ro* mains, étonnés de tant d'audace et épuisés de fatigue^ se retirent dans leurs retranchements.

Les Teutons n avaieat pas combattu , et ils étaient les plus nombreux et les plus redoutables. Marins détacka Marccllus avec une troupe d'élite, pour se mettre en embuscade, au-dessus du camp des Barbares, derrière la chaîne de montagnes appelées aujourd'hui Sainte-Victoire, avec ordre de les attaquer quand le combat serait engagé. Lorsque toutes ses dispositions furent faites, Marius sortit de son camp , et s'avança du côté de Fourrière. Il rangea son armée en bataille sur la hauteur , et fit descendre la cavalerie dans la plaine, pour commencer le chqc. Les Barbares s'avancèrent précipitamment pour combattre, ei gravirent la colline. Les Romains, proiitant de l'avantage de leur position, fondirent sur les ennemis, en les frappant sur la pente des coteaux. Les Teutons avaient déjà brisé leurs lignes et étaient repoussés, lorsque Marcellus, sorti Je

son embuscade, tomba sur eux k rimproviste, et acheva de répandre la confusion dans leurs rangs. Le carnage devint affreux. Jamais défaite ne. fut plus complète. Teutobochus, roi des Teutons, accoutume a changer de cheval cinq ou six fois dans la mêlée, en trouva à peine un pour s'enfuir, et fut saisi dans un bois voisin. Marins, après avoir rendu aux dieux de solen* nelles actions de grâce, après avoir mis ordre aux aiiaires de la province, partit pour Tltalie oh. il acheva Pouvrage de la délivrance de sa ^ patrie par la destruction des Cîmbres ».

Marseille fut aussi sauvée. Elle n'eût pas été épargnée par les Barbares, s'ils eussent été vainqueurs des Romains. Elle soutint de tous ses efforts la cause de Rome qui cette fois était la cause de la civilisation et de la liberté contre la barba** rie et la servitude. C'était aussi la sienne. £lle fournit à Marins tous les genres d'assistance; elle mit toutes ses ressources a sa disposition, trésors, munitions, subsistances* Ses troupes auxiliaires se distinguèrent sous les aigles romaines, et concoururent puissamment à la victoire des alliés. Marins sut reconnaître des services si importants. Il donna aux Marseillais les Fosses Marianes, et ils s'en servirent utilement pour le commerce des

* loa ans avant rèr« dn^étienne. — Plutarch. in ¥^ii. MariL

— Tit. Liv. ëpit. l, i.viii. — ^Val. Max. liv. v, ch. iiv. — Aul. Geli. JNoct. att. liv. m. — VcU. paterc. liv. ui. — Oros. iiv. v.

Gaules. Ce canal devint même pour eux la source d'un reTena considérable par les droits qu'ils perçurent sur toutes les murckandises qui remontaient ou descendaient le fleuve. Ils élevèrent sur la côte un phare pour guider les vaisseaux pendant la nuit, et des édifices pour servir de logement aux receveurs et d'entrepôt aux marchandises. Ils trafiquèrent librement dans les Gaules, sans avoir a craindre aucune concurrence. Les cités gauloises ne pouvaient pas leur en présencer, et il était de l'intérêt des préteurs romains qui avaient le commandement de la province, de favoriser et d'étendre le commerce de Marseille, toujours si favorable a leurs vues politiques et a leur système de domination.

Les guerres civiles de Kome causèrent dans la Gaule Narbonnaise diverses agitations. Des mécontentements y éclatèrent. Les Voconces et les Volces-Ârécomiciens crurent que le moment était propice pour se soulever. Us se déclarèrent pour Sertorius qui, ayant réuni en Espagne les restes du parti de Marins, s'y maintenait avec vaillance. Pompée fut chargé par Sylla de le réduire. On croit que le jeune gcacral, qui devait plus tard fixer les regards de l'univers, séjourna quelque temps à Marseille. 11 marcha contre les peuples révoltés des deiut bords du Rhône, et conjointement avec Fontéius, gouverneur de la province, il n'eut pas beaucoup de peine à les

faire rentrer dans l'obëissance. Les deux généraux

les dépouillèrent d'une partie de leurs tcrrea qu'ils adjugèrent à la république marseillaise ^ en exécution d'un décret du Sénat.

La Marbonnaise devint alors tranquille ; mais la domination fut toujours bien pesante. Il fallait sans cesse fournir des bommes, de l'argent et des vivres. Tous les impuis étaient exigés avec une dureté insupportable. Cependant les vaincus s'ac-» coutumèrent insensiblcnient à la police, aux lois et aux mœurs du peuple romain qui leur laissa la liberté des opinions religieuses. Dans son despotisme, ce peuple fiit toujours assez raisonna* blc pour ne pas imposer ses dogmes par droit de conquête. Il savait que la violence exercée sur les consciences est un de ces outrages qu'on ne pardonne pas. Pourvu que les nations subjuguées lui obéissent sans murmure, leur religion était pour lui cbose indifférente, et s'il ne professa pas tous les cultes, s'il ne donna pas à tous une sanction publique, il les toléra tous. Les croyances druidiques qui s'étaient usées d'elles-mêmes , périrent plus tard par leurs excès et leur £aii* blesse. Les prêtres gaulois furent accusés d'exciter les peuples à la révolte, de déverser l'insulte et le mépris sur les divinités de Rome, et Rome alors ne voulut plus de ces croyances perturbatrices. Tibère commença leur destruction, et Claude Tacheva.

d\ HISTOIRE

Jules-Césàr ayant obtenu le gouvernement de

la Gaule Cisalpine et de la Gaule Narbonnaiseï ne changea rien k Tordre établi dans cette dernière province. Durant les dix aniu'es qu'il employa k conquérir le reste des Gaules, il sut mettre h profit Tamitié des Marseillais, et obtint d'eux de grands secours* Il les en récompensa, en agrandissant non-seulement leur territoire , mais encore en leur permettant d'augmenter leurs droits de péages et les différents impots mis sur le commerce

Marseille était parvenue au faîte de sa puissance. £lle avait servi d'entrepôt pendant la guerre que les Romains avaient faite aux Carthaginois en Espagne, et cette guerre avait été pour elle une source de ricbesses. Lorsque après ces luttes longues et mémorables où combattirent les plus grands généraux de Tantiquité, Cartkage fut prise et réduite en eendres par Sciplon Emilien j lorsque, k la même époque, la célèbre Corin* the tomba aussi devant la puissance ruuiaine et entraîna dans sa chute la république des Âchéens , Tinduslrie commerciale de Marseille

1 Caes. de BeîL cwil. liv. i.

Les Commentaires de Ct^sar sont stériles sous le rapport politique et administratif ^ ils ne disent pas précisément que les Marseillais loi ont fourni des secours dans ses guerres contre les Gaulois; mais les récompenses qu'il dit leur avoir accordées le font nécessairement supposer.

devint encore plus active et plus florissante. Elle ne fut surpassée que par celle d'Alexandrie. Le héros macédonien qui regardait le commerce comme le lien le plus fort qui pût unir tous les peuples soumis à sa vaste domination , avait projeté d'établir en Egypte le siège de son empire , et d en faire en même temps le centre du commerce de l'univers. La mort qui le surprit au milieu de sa carrière, ne lui permit pas d'exécuter ce grand projet. Mais ce qu^Âlexandre ne fit pas 9 les Plolémées le firent avec succès. Sous leur règne, le commerce et la navigation d'Alexandrie attclçînirent un degré de splendeur que les nations n'avaient pas encore vu. Jamais il ne fut donné aux Marseillais d'y atteindre. Leur république fut moins favorisée par sa position et par les circonstances politiques. Rome pourtant la protégeait toujours. Un citoyen romain étaiMl condamné a Texil ? L'exil perdait pour lui de son amertume et de sa rigueur, s'il obtenait la faveur de se fixer à Marseille. U trouvait là des consolations et des sympathies. Aussi Milon, jouissant de cette faveur^ prit son parti avec résolution, et écrivit à Cicérou qui lui envoyait l'admirable plaidoyer qui nous a été transmis et qui n'est point tel qu'il l avait prononcé : Je vous remercie de n'woir pas fait si bien d'abord^ si vous Oinez parlé ainsi , je ne mangerais pas de si bon poisson à Marseille. Catilina, après que sa con-

spiration fiit découverte, osa cciire au Sénat qu'il consentait à s'éloigner de Rome, s'il pouvait trouver un asile sur les terres marseîllaises. Cependant la protection des Romains était bien onéreuse, et la puissance de Marseille, acquise parleur épée victorieuse, se trouvait sans appui vériuble , parce qu'elle ne reposait que sur le bon plaisir de ses alliés, intéressés jusques alors à la lui conserver, mais qui devaient finir par avoir un intérêt contraire. La république mar« seillaise en était venue au point que sa grandeur n'était plus pour elle qu'un embarras et un état de géne et de souffrance. Elle l'avait payée bien cher, et sans cesse il fallait la maintenir par de nouveaux sacrifices. Les sommes qu'elle avait fournies aux Romains étaient immenses. Ses protecteurs pouvaient a chaque instant devenir ses maîtres; ils n^avaient qu'à le vouloir. Sa popu^^ lation n'était pas en proportion avec la vaste étendue de son territoire. Et qu'était-il , après tout, cet empire territorial? Marseille n'y attachait aucun prix ; elle ne pouvait le défendre en cas d'attaque. C'est vers le Sénat romain qu^elle tourna sans cesse ses regards. C'est lui qu'elle prit toujours pour arbitre de ses destinées. Ses colonies étaient riches et nombreuses ; les vaisseaux de ses navigateurs et de ses négociants sillonnaient sans obstacle toutes les mers connues; un commerce toujours sage dans ses entreprises,

toujours intelligenl dans ses vues, apportait dans SCS murs de riches tributs ; mais elle n'avait point de soldats , point de bitiments de guerre , point de moyens de défense. Elle avait «utiè-* rement négligé son âat militaire. Ne pourraiton pas s'étonner de sa sécurité et la taxer d'im-* prudence impardonnable? Ne pourrait-on pas lui reprocher de s'être abandonnée avec trop de confiance à l'amitié des Romains, d'aroir eu trop de foi k l'éternité de leur alliance? Leur ambttim ne lui inspira aucune alarme ; elle fitvorisa de tous ses vœux et de tout son pouvoir leurs conquêtes dans les Gaules. Elle y dirigea leurs pas triomphants. Son dévouement à leurs intérêts fiit si i^bsolu, son enthousiasme pour leur puissance et leurs travaux fut si ardent, qu'ils lui firent qnélquefois franchir les bornes raisonnables et lui inspireront des démarches désavouées par la justice. Le préteur Fontéius avait pressuré la Narbonnaise pendant les trois ans qu'il l'avait gouvernée, il avait mis des subsides exorbitants sur les denrées y livré les peuples k toute l'avidité des publicains, contraint les propriétaires des terres voisines des grandes routes et surtout de la voix domitienne qui traversait la province depuis le Rhône jusqu^en Espagne, d'en fistire les réparations à leurs dépens. 11 avait fait de grandes levées de troupes, surtout de cavalerie, qu'il avait envoyées à Pompée avec des secours

considérables , tant en argent qu'en munitions. Toutes ces ycxaiions aigrirent les esprits contre lui 9 et ^ au sortir de son administration , il fat accusé de concussion par les Gaulois qui envoyèrent des députés à Rome pour y poursuirre leurs griefs et en tirer raison. Induciomarus, chef des AUobroges , fut placé à la tete de la députation. Los Marseillais députcrent aussitôt a Rome pour défendre Fontëios. Us joiguirent leurs efforls à ceux Je Gicéron qui soutint que Taccusation portée contre ce gouTemettr n'était qu'un inrélexte avancé pour le perdre. Le grand orateur parla deux fois en faveur de son client avec toute la force de son éloquence. Nous n^avons plus le premier plaidoyer ^ et ce n'est que par un fragmeat considérable qui nous reste du second que nous apprenons le nombre et la qualité des cke^ d'ac* cusation. Nous ignorons les suites de cette grande ailàire. Quelle qu'en ait été la fin, il est diiiicile de croire k l'innocence de Fontéius. On ne peut pas admettre que la voix accusatrice d'une province entière ne fut que l'organe du mensonge , et les Marseillais auraient sans doute beaucoup mieux fiiit de rester neutres dans ces poursuites* Malgré ces reproches , la politique de Marseille peut encore se justifier. Il est pour les nations , comme pour les individus , des positions malheureuses que la sagesse ne doit pas changer ^ sous peine d'un malheur plus grand. Force doit

DE MARS£ILL£. 90 être d'en subir toutes les conséquences. Nous avoDs vu que la protection des liomains avait d'abord été nécessaire à Marseille. Lorsqu'elle n'eut plus rien à redouter des indigènes ^ gràoe à cette protection puissante^ mais onéreuse, ilevait*elle penser à étaler un appareil militaire qui n'aurait servi à rien? Pourquoi auraifrelle pris fièrement un aspect guerrier , lorsque tout chez elle était pacifique , lorsque ses tranquilles babitudes de commerce, l'esprit de ses citoyens, ses mœurs, ses souvenirs, ses lois , Téloignaient de la guerre et de tout état de violence ? Dans calme d'une profonde paix , contre qui aurai t- elle tenu en réserve des légions armées à grands frais ? Contre Rome sans doute, car le danger ne pouvait plus venir que de ce côté. Elle fit bien de s'en épargner le ridicule ^ au moins sa dignité n^en souffrit pas. Que l'on soit sans regret. 11 était dans sa destinée de perdre sa prépondérance politique. AuraitrcUe pu se la promettre long-temps, au milieu de l'asservissement général, et, seule, aurait-elle conservé le privilège de lever un front ennobli par la liberté i i{on ; si elle eut échappé à l'ambition de César , elle aurait succombé un peu plus tai'd sous le colosse de l'empire romain qui foula tant de peuples. Peut-être aurait-elle pu reculer de quelques instants le moment fatal ; mab il fallait que son tour vînt, et elle ne pouvait rien faire pour Tempê-

cher. Dcjk elle était enveloppée et pressée de toutes parts, et Rome pesait sur elle de tout le poids de ses nombreux iroplites.

Voici les causesde cette mémorable catastrophe*

Sylla , en abdiquant le pouvoir absolu^ n'avait pas fait revivre la liberté romaine dont le prestige était détruit et qui avait perdu la force de Topinion et des moeurs. Le funeste exemple du dictateur avait malheureusement appris que les Romains pouvaient^ sans murmurer^ supporter Tesclavage. César et Pompée étaient trop puissants , trop ambitieux, trop avides de commandement, pour respecter Ion g- temps les lois de la république. Cependant la puissance de Crassus , uniquement fondée sur des richesses immenses, servait de contre-poids à celle de ces deux grands hommes , et les tenait unis malgré eux. Crassus fut tue dans son entreprise téméraire contre les Parthes, et sa mort rompit aussitôt cette union forcée. La guerre éelala entre le conquérant des Gaules et le vainqueur de AUthri* date et de Tigrane.

Chacun adopta un parti suivant ses affections ou ses intérêts , et Marseille fut aussi entraînée dans la querelle qui partageait.lc monde.

Ce qui eût dû lui paraître le plus convenable et le plus prudent , c'était de ne se déclarer ni pour César ni pour Pompée. Mais cette neutralité qui seule pouvait £ùre son salut y et qu'elle avait su

conserver dans les gnerres civiles de Marins et de Sylla^ ne lui était plus permise. Les circonstances n'étaient pas les mêmes, et il fallait évidemment

arborer une couleur. Pompi c Ja pressait de se déclarer en sa faveur ; César la sollicitait de son côte. Quelle règle devait-elle suivre en pareil cas? Quel système politique devait déterminer sa résolution? C'est la règle qu'elle avait toujours suivie; c'est le système qu'elle n'avait cessé dV ilupter. Un sentiment d'afifectîoii et de reconnaissance pour Pompée ne fut pas son mobile ; elle devait avoir un scutimenL semblable pour César. Ces deux rivaux étaient également ses bienfaiteurs et lui avaient accordé de grands avantages. Mais quoique Pompée ne tùt pas meilleur citoyen que César, quoiqu'il eut une ambition aussi insatiable^ et qu'il ne désirât, comme lui , que rétablissement de sa puissance personnelle , sa cause paraissait meilleure et avait tous les caractères de la légalité. Elle était soutenue par Caton. Cicéron avait dit : Mon choix n'est pas douteux. S* il faut prendre les armes j faime mieux être vaincu ai^ec Pompée que de vaincre mec César Pompée avait pour lui tous les pouvoirs légitimes de l'Etat, tous les représentants Je Topinion publique. Les Consuls, le Sénat entier marchaient sous ses enseignes. Lui seul était donc

' Ad Jttkmn. vu.

le dé£ensear de Rome et de la constitution républicaine* Âux yeux des Marseillais , la guerre n*ëtait pas engagée personnellement entre deux grands capitaines et pour leurs intérêts réciproques; mais entre César Toulant fouler aux pieds les lois de sa patrie, et Pompée défendant ces antiques et saintes lois. Aussi Marseille n'hésista pas long-temps. En se tlcclarant pour Pompée, elle voulut n'embrasser que la cause du Sénat et de l'indépendance. Ce n'était pas le parti le plus puissant et le plus sûr, mais c'était le plus juste. II fallait bien que la conviction de ses citoyens fût sincère et profonde , qu^ils eussent ime bien grande confiance en la bonne cause de Pompée, puisque leur détermination leur inspira des efforts surnaturels de patience et de courage. Les magistrats et le peuple se réunirent dans une même opinion. L'enthousiasme leur cacha les dangers de la lutte inégale qu'ils allaient entreprendre contre les vieilles légions romaines que désar avait habituées à la victoire. S'il y a dans cette politique si rare du devoir et de la fidélité quelque chose qui contrarie les règles ordinaires de la prudence, il y a quelque chose aussi qui commande l'estime et le respect.

Pompée avait envoyé à Marseille, en qualité de députés , des jeunes gens des premières fa* milles de la ville, et qui s'étaient trouvés a Rome lors de son départ. Il les avait engagés à user de

leur crédit pour que leurs concitoyens embrasr sasscnt sa cause. En même temps il avait donné ordre à DomitiusiEnobardus^ un de ses lieutenants , d'aller se présenter devant le port de Marseille, avec ses esclaves, ses affranchis, se3 fermiers, et une petite flotte de sept vaisseaux. La résolution des Marseillais était déjà prise. Ils se déclarèrent en fiiveur de Pompée avant l'arrivée de Domitius. Il leur fallut aussitôt faire des dispositions de défense , car rien n^était préparc pour souleiïir un siège, pour rcslsLcr aux armes et a la fortune de César, Point de galères en état de tenir la mer , point de troupes , aucune ressource militaire. César était à la tête de forces considérables ; toute la Narbonnaise lui était dévouée } Aix, qui servait alors aux Romains de place forte, avait une garnbon nombreuse et disponible. 11 semblait que Marseille ne pouvait rien opposer à de si grands moyens d'attaque ; pourtant elle fit voir qu'un peuple n'a pas perdu toute sa force quand il possède encore des vertus civiques et quand il est engagé dans une lutte " qu'il considère comme juste et nationale. L'amour de la patrie et de la liberté enfanta des prodiges. On vit l'ardeur la plus généreuse enflammer tous les esprits. Tous les citoyens sans distinction, femmes, enfants, vieillards, travaillent aux fortîtications, réparent les murailles et les portes de la ville, s'encouragent les uns

les autres. Chacun rivalise de patriotisme. Des ateliers d'armes sont établis en plusieurs en* droits i des aprovisionnements sont tirés des co* lonies de la cote et de tous les cantons du Toisinage ^ des galères sont radoubées et armées * des députés sont envoyés aux Albiciens , peuples bar* bares qui avaieiit toujours été les fidèles alliés de Marseille ^ Les Âlbiciens accordent les secours qu'on leui' demande et envoient à Marseille Télite de leur jeunesse.

En cet clat des choses. César qui n'ignorait pas ce cpu se passait dans la ville, s'y présenta H la tête de trois légions. Les portes lui en furent fermées. 11 voulut, avant de recourir à la force, employer la persuasion et la douceur. Il manda auprès de lui quinze des principaux citoyens , et leur représenta tout ce qui pouvait faire impression sur eux , tout ce qui pouvait porter la république de Marseille à embrasser ses intérêts. 11 leur cita^l exemple de l'Italie qui lui obéissait, ses drapeaux qui flottaient sur le Capitole abancloiiué par Pompée , les avantages que les Mar-

* Albicos , barbaros homincs , (jiii in corum fide antiquitàs eraht, montesque suprà Massiiiatn incolebant, ad se Mas^ siUensea vocwerunu Cœs, Bel, civil* Iîy. x, ch. zxxir.

Tous les géographes et Papon placent ces peuples aux en--

virons de Riez. La Statistique du département des lioucliesdu-Rhonc les place avec plus de raison dans la vallée de THuveaune et dans les moatagucs environnantes. ( Tom. zi | P^€>' >99 et 200 .)

seillais retâreraient de son alliance , la témérilé Je leur résistance , la faiblesse du parti de son ambitieiUL rival. Qu'avait-il k opposer à ses vieux soldats? Une jeunesse efféminée, habituée aux deUces de Rome} une troupe sénatoriale, inhabile au métier des armes.

Les députés marseillais, ne pouvant rien prendre sur eux-mêmes, rentrèi^ent dans la ville, et lirent part à leurs concitoyens de ce que César leur avait dit. Mais aucune Toix ne se fit entemire en sa faveur , et il avait été facile de prévoir €[ue Marseille ne changerait pas de résolution. Les mêmes députés retournèrent vers le général romain y et n^osant pas lut annoncer ouvertement leurs dispositions hostiles, ils se bornèrent k lui dire qu'ik voyaient bien que le peuple romain élait divise en deux factions j que les clicfe de ces factions étaient tous deux protecteurs de Marseille qui leur était également redevable j qu'elle devait donc ne rien faire pour Tun au préjudice de l'autre, et n'en recevoir aucun*

Pendant ces négociations, Domitius entra dans le port, et fut reçu avec des démonstrations d'amitié et de, joie. L«e commandement de la ville 'lui fut donné. Gésar jugea alors qu'il ne devait pas perdre du temps , et fit cerner Marseille par ses trois légions. Gomme il fallait aussi bloquer le port et qu'il n'avait pas de flotte, il donna ordre de construire à Arles

lOC HISTOIRE

douze galères qui, dans l'espace de Urente jours,

furent lancées à Teau. £iics furent armées avec la même diligence* Il en donna le commandement k Dccimus DruLus , et Trébonius eut celui de Tarmée de terre* César après aroir assuré les approvisionnements et les communications, après avoir donné toutes ses instructions à ses deux lieutenants, leur laissa la direction du siège, et partit pour TËspagne, oii Afranius, Pétréios et Varron, lieutenants de Pompée^ avaient réuni de grandes forces.

La flotte de Brutus avait établi son mouillaige entre les îles de Pomègues et de llatonncau, dans le détroit qui prit en cette occasion le nom de Fretum Julii, et qui retient encore le nom de FriouL Les Marseillais sentirent la nécessité d'un combat naval et s'y préparèrent avec ardeur. Dix-sept galères furent mises à flot; on y fit embarquer des Âlbiciens et de bons archers. Domitius fit aussi embarquer ses affranchis et ses esclaves, et promit la liberté à ces derniers, s'ils s'en montraient dignes par leur valeur. Un grand nombre de petits bâtiments furent joints k cette flotte qui était sous le commandement de Tclon et de Gyarée j frères jumeaux , citoyens illustres, &isant la gloire de leur patrie comme ils avaient &it la fécondité de leur mère ' . Télon

' Stantjratres gemini fecundœ gkma matris.

Lucain, liv. m.

DiL MARSEILLE. 107

n'avait point de rivaux dans Gastronomie et la science de la navigation

Brutus vint au-devant d'eux, et le combat fut livré dans le golfe de Marseille. Les Marseillais étaient favorisés par l'habileté de leurs pilotes et la bonne construction de leurs navires; mab les Romains l'étaient par la discipline et le courage indomptable des légionnaires. Aussi les uns et les autres voulurent profiter de leurs avantages. Les galères marseillaises ne s'approchaient des galères romaines qu^avec l'intention de les mettre hors de service , en brisant les rames et le gouvernail. Les vaisseaux romains au contraire voulaient en venir à l'abordage, pour combattre comme sur la terre ferme , et c'est ce que les Marseillais évitaient , sentant leur infériorité dans ce genre de combat. Cependant , au moyen des corbeaux, le moment de cet abordage arriva. Des prodiges de valeur furent faits de part et d'autre, mais la victoire resta aux Romains. Télon, (jui avait considérablement endommagé quel* ques vaisseaux ennemis, fut percé d'un javelot. Gyarce, qui voit tomber Télon, veut sauter sur le

■ Dirigit hue pupîm rniscri quoquc dcxtra Telonis, Qua nullam melius pelago turbantc cariiiœ Audiveremanumy nec btx est notior uUi Crastma , seu Phœbum videatf seu comua lunœ, Semperventuris componere carbam ventis,

Lucain, m.

vaisseau de eelui-Gi pour le secourir; mais un

irait mortel le frappe au moment qu'il s'élance^ rattache en le tenant suspendu au navire qu^il allait quitter, et lui amiclic la vie. Télou, qui survit à sa blessure , continue de combattre avec une valeur héroïque , et, dans son Jcscspoir , cherche à venger la mort d'un frère adoré. 11 perd la main droite, et ne laisse pas de combattre encore, il perd peu après la main gauche, et se jette alors tout percé de coups sur un vaisseau romain qui déjà faisait eau de toutes parts. Il espérait ainsi le couler bas par le poids de son corps. Ce vaisseau sVngloutit en effet avec tout son équipage , et Télon trouva ainsi une mort glorieuse ^ Neuf galères marseillaises furent prises ou coulées k fond,, et les autres entrèrent en mauvais état dans le port.

Cet échec, loin d'abattre le courage des Marseillais 5 les enflamma d'une ardeur nouvelle. C'est à Trébonius qu'ils s'efforcèrent de résister.

La topographie de Marseille n'était pas alors tout-a-fait semblable à celle d'aujourd'hui. «Cette «ville, dit César, est baignée presque de trois « côtés par la mer ; du quatrième côté, elle est « accessible par terre. La partie de ce côté, qui (( touchea la citadelle, estfortifiée naturellement

' Desedà ùtundas ,

yicinum ùwolxwns coritortovortice pontum,

Lucain^ liv. izi.

û£ MARSEILLE. 109

(( par un fosâé profond et présente des difficultés (( pour l'attaque »

Le passage de César est un peu difficile à entendre , parce que le sol a éprouvé de grands ckangcments. On peut néanmoins donner une explication satisfidsante. Que l'on se figure un quadrilatère très voisin d*un trapèze, c'est-à-dire dont les deux cotes sont presque parallèles. La grande base, qui est au midi^ aura environ douze cmts mètres de longueur depuis le fort Saint- Jeaii jusqu au Cours, en suivant les Quais et la Cannebière. Lie côté droit ou oriental sera formé par une ligne d'environ mille mcLrrs inclijiccau nord-est, depuis l'angle du Cours et de la Cannebière, jusqu'à la porte de la Jolie tte. La petite

base formera une troisième ligne presque parai* lèle à la grande base, de cinq cents mètres , depuis la porte de la Joiietie jusqu'à 1 endroit ou finissait autrefois l'ancien rivage. Enfin la qua^

trièmc ligne, presque parallèle k la seconde,

viendra rejoindre le fort Saint-Jean sur une longueur de onze cents mètres environ.

II y avait ainsi trois cotes baignés par la mer,

savoir ; le premier , le troisième et le quatrième.

* MàssiUa emm /erè ex inbus oppidi partibus mari aUmiur. reliqua quarta est, quœ addiium hahet à tend. Hitfusquoque spatii pars ea ; quœ ad arcem pertinet, loci naturâ et voile

altissimâ munita , lon^arn et difficiU iti habi:t oppugnationcm^ De BeU, civiL Uv. i ^ ii « ch. i.

Le premier Test encore en partie par le port ; il se prolongeai! autrefois dayantagc , parce que la Cannebière était un marais oîi Jarret versait ses eaux. Le troisième formait le port de la Joliette^ qui était anciennement plus profond, parce que la langue de terre comprise entre ce . port et Tausc de l'Ourse s étendait beaucoup plus à Touest. Enfin le quatrième c&té était , comme aujourdliui, baigné par la merj mais toute la ligne était plus avancée* Une bonne partie de Pancien rivage a été envaliie par les cauxj cause active de destruction qui travaille insensiblement, mais sans relâche, à produire de nouveaux ravages* Les flots engloutiront peut-être un jour ces lieux si animés que nous foulons avec sécurité, ce théâtre mobile de nos joies et de nos douleurs, de nos projets et de nos espérances. Ils couvriront nos ossements dispersés, et les générations futures feront des conjectures sur la position de Marseille actuelle, comme nous en faisons aujourd'hui sur celle de Marseille antique **

• Des roules tracées sur les bords de la mer , pour aller de Marseille à Martigues, ont entièrement di&^uru. Des maisons de campagne j des tours dont les anciens avalent bordé le rivage, fiont ensereHes dans les ondes. Sur la plage sablonneuse de Séon on a perdu des terrains d'une grande étendue depuis Tannée 174B. Des champs entiers^ de grands vignobles sont devenus, depuis cette époque, la conquête des eaux.

Grosson, Recueil des Autiq. et Mon. de Marseille. Discours préliminaire.

DE MAiiSElLLE. 111

Quant au second coté de la ville, le seul accessible, scion César, on peut le diviser en deux parties : la partie basse , qui s^étendait de l'angle du Cours et de la Cannebièrc jusqu'au-dessus de Saint-Martin, et qui était en plusieurs endroits marécageuse, et la partie haute, qui s'étendait de Saint^Martin à la Joliette. Cette partie était défendue par un ravin profond qui se voit encore au-dessous du boulevard des Dames. La citadelle devait occuper toute Tesplanade depuis la Joliette jusqu'à la Tourette

A cette époque , Marseille devait avoir presque une lieue de circoniérence* Aussi Strabon, qui vivait un peu plus tard, assure qu^elle était d'une grandeur considérable. Gel auteur dit aussi que le port est situé au midi , au-dessous d'un rocher en amphilkà'ilre, entouré de fortes murailles, ainsi que la ville entière; et que Ton trouve auprès du mouillage des vaisseaux, un autre port digne d'être cité

Le quartier général de Trébunius occupait les hauteurs ou se trouve aujourd'hui le Lazaret. Ce général voyait de la tout ce qui se passait dans

* Statistique des Bouches-du-Rh6ne, tom. ii. — Mémoire de M. J. V. Martin; Recueil derAcadcmîe de Marseille, tom. vu.

■ Liv. IV. — - Ce port digne d'être cité était le port de la Joliette (/iti^' *ta$io)f et le numillage est le liea qu*on appelle aujonrd^hm Lestaque, qui sert encore au même usage.— Mém. de VAcad* de Marseille. Année 1811.

112 UISTOIKE

Marseille. Encourage par les succès de la flotle de Brutus , il dirigea deux attaques contre la ville; la première, dans la partie voisine du port et de Tarsenal; la seconde, selon le langage de Cé?ar * , vers Tisthme qui conduit de la Gaule et de TEspagne à Tendroit oii le Rhône se jette dans la mer.

Les Romains s'étaient approchés des murailles à la faveur des parapets et des mantclcts; ils avaient construit une terrasse de quatre-vingts pieds de hauteur. Les Marseillais, soit dans leurs sorties où ils mettaient le ieu aux machines des ennemis, soit par la vigueur de leur défense, rendirent vains ces travaux menaçants et ces redoutables attaques. Leurs balistes étaient si perfectionnées et servies avec tant d adresse, qu'elles lançaient avec force des poutres de douze pieds de long , armées d'une pointe de fer , lesquelles perçaient quatre rangs de claies et s'enfonçaient encore dans la terre. Les assiégeants ayant élevé un rempart, parallèlement à la muraille y avec plusieurs arbres coupâ et entassés les uns sur les autres, les Marseillais le brûlèrent en y jetant des barres de fer rougies. Lorsque la tortue s approcha pour battre la muraille, ils prirent la tête du bélier avec un nœud coulant, et la lui levèrent si haut par le moyen d'une corde appliquée à un engin , qu'ils en rw-

• CœsoTy de Bell, civiL iiv. ii.

dirent l'usage inutile. Enfin avec les brûlots et les balistes ils ruinèrent toute la machine ^

Les Romains trayaillèrent alors à la construction d'une autre machine qui pût résister aux pierres et au feu; mais la difficulté du travail et la défense aussi habile qu'opiniâtre des Marseillais retardèrent cette construction.

Sur ces entrefaites , Nasidius que Pompée envoyait au secours de Domitius et de Marseille, avec seize galères dont quelques-unes avaient la proue armée d*airain, passa le détroit de Sicile et aborda a Messine qui était sous la domination de César. Il y causa une telle épouvante que les cbe& de la ville prirent la fuite et lui donnèrent le moyen d'enlever une galère de Tarsenal. Il la joignit à ses autres navires et prit sa route vers Marseille. Il s'arrêta à Tauroentum y et Causant avertir les assiégés de son arrivée ^ il les engagea k venir le joindre avec tous les vaisseaux qu'ils pourraient mettre à la mer. Alors la joie éclate dans la cité , les temples retentissent d'actions degràces^ chacun croit que l'heure de la délivrance va sonner, toute la population est en mouvement^ on travaille avec une incrojrable ardeur k l^cquipement d'une iiotte nouvelle, l'élite des guerriers s'y embarque. Les femmes^ dans leur enthousiasme ^ les excitent à combattre vaillamment pour le

' YitruYe , Ut. x , ch. xxu

114 UlSTOiAË

salut de la patrie^ les yieillards gémissent de ne pouvoir partager leur gloire et leurs périls; tous, levant au Ciel leurs mains suppliantes, implorent sa faveur pour la plus sainte des causes; et c^est au milieu de ces exliortutions , de ces prières, de ces adieux touchants, de cette scène déchirante et sublime, que les vaisseaux Marseillais mettent à la voile et cinglent vers Tauroentum.

Brutus n ayaut pu empêcher la jonction des deux flottes^ va à elles, plein d'espérance et de résolution, avec dix-huit vaisseaux, en comptant les six galères prises sur les Marseillais. Il exhorte ses soldais à mépriser un ennemi affaibli qu'ils avaient déjà vaincu lorsqu'il avait toutes ses forces» 11 donne ensuite le signal du combat. Les Mar* seillais combattirent avec un rare courage. Deux de leurs galères, ayant remarqué celle que montait Brutus qu'il était &cile de reconnaître à son pavillon , partirent ensemble chacune de leur côté et vinrent sur lui à force de rames. Brutus ayant évité leur choc, ces galères se heurtèrent si violemment qu elles en furent très endommagées. L^une eut sa proue brisée et fut toute fracassée* quelques vaisseaux romains qui étaient proches s'aperçurent de leur mauvais état, -les attaquèrent et les coulèrent bientôt à fond. Les Marseillais pourtant ne perdirent pas courage , ils firent leur devoir et se bâtirent en Ucros. La victoire était encore indécise, et Brutus aurait été vaincu

si les troupes auxiliaires de Pompée avaient été aussi braves que cellesde Marseille Avaient s'y attendre dans des circonstances oii les Marseillais souffraient pour Pompée même tous les malheurs delà guerre. Mais JNasidius, par làclxeté ou par trahison, s'enfuit avec sa flotte, et gagna les côtes d'Espagne , suivi d une galère marseillaise. Alors seulement les Marseillais furent découragés \ et leur défaite devint complète. Cinq de leurs galères fiirent coulées bas et quatre prises. Une de celli s qui restaient fut dépêchée pour porter k la ville la nouvelle de ce déplorable événement. Les- habitants la voyant venir de loin, étaient sortis en foule sur le rivage , impatients de connaître les résultats d'un combat qui devait avoir tant d'influence sur leurs destinées. JLorsquIls apprirent leurs désastres , ils poussèrent des cris de douleur ^ toute la ville fut dans la consternation , et les circonstances parurent alarmantes. Néanmoins personne ne parla de se rendre. Au contraire, Paspect du danger inspira de nouvelles forces^ une plus puissante énergie ^ et le siège fut soutenu avec une courageuse persévérance.

Brutus , après sa victoire , s'empara de Tauroentum et de Gytbarista. Il revint ensuite bloquer le port. Yarron avait amassé une grande quantité de blé pour Penvoyer aux assiégés. Us n'en purent rien recevoir. Tous les convois étaient arrêtés y et la ville allaitêtre privée de subsbtance.

TrcboniuS) qui avait entrepris d'iiniuciiscs travaux , la pressait vivement du coté de la terre. Il avait fait élever une tour de six étages qui dominait les remparts. Chacun de ces étages avait des ouvertures pour le service des mackincs. 11 avait ensuite construit une galerie de soixante pieds de. long et quatre de large, avec un toit de brique et de mortier fort épais , et cette ga-

Icrie était placée entre la tour des llomains et les remparts qui pouvaient ainsi être sapés sans danger pour les assiégeants

Toutes les tentatives des Marseillais pour détruire la galerie furent inutiles. Les Romains, du haut de la tour, écartaient, au moyen des machines qui lançaient des traits et des pierres, les soldats qui défendaient les remparts; la sape ébranlait la muraille et menaçait de la faire crouler. Alors les Marseillais alarmés, regardant une plus longue résistance comme impossible , craignant d ailleurs la fureur du soldat romain, envoyèrent des députés à Trébonius* Ceux-ci se jetèrent k ses pieds, lui firent un éloquent por-

* ' Le chevalier Folard , dans ses Commentaires sur Polybe, tome Uy traité de TAttaque des Places^ parle de cette galerie et remarqae avec raison qae quatre pieds de largèor que les Komains lui avaient donnés n'étaient pas suffisants pour que deux soldats de front pussent manier des outils et travailler sans se nuire l'un Tautrc. Il ajoute qu'elle avait trop peu de largeur relativement à sa lon^eur, et qu'elle ne pouvait pas être solide sur sou aplomb.

D£ MARSEILLE. 117 trait de Taffrcusc position de Marseille , el le conjurèrent d'attendre l'arrivée de César , afin d'épargner une ville dont Tancienne alliance avait rendu des services à Rome. Trébonius k qui César, lors de son départ pour TEspagne et depuis dans ses lettres, avait recommandé de faire tous ses efforts pour que Marseille ne fût pas prise d'assaut, ne se montra pas sourd à ces supplications et consentit à une trêve.

Les Komains étaient aussi tranquilles que slk s^étaient trouvés dans la plus profonde paix. Jamais sécurité plus complète; mais les Marseillais méditaient criminellement un acte de perfidie que leur désespoir ne pouvait pas excuser. Au bout de quelques jours, et lorsque les soldats de Trébonius, sur la foi delà trêve, étaient les uns retirés dans leurs tentes, les autres dormant dans la tranchée, les Marseillais firent une sortie ^ à rheure de midi, et ne rencontrant aucun obstacle , mirent le feu aux ouvrages du siège, à la faveur d'un vent violent. Ce vent les seconda si bien , que dans le même instant le feu prit aux retranchements, aux mantelets, à la tortue, et aux autres machines. Les Romains frappés d'un malheur si subit, pleins de fureur et de vengeance, prennent les armes qui leur tombent sous la main, sortent du camp et courent sur les Marseillais ; mais de la ville on les arrêta à coups de traits. Les assiégés se retirèrent sous

118 HISTOIRE leur muraille et brûlèrent tout a leur aise la tour et la galerie. Trébonius vit ainsi périr dans un instant le travail de plusieurs mois. Le lendemain les Marseillais firent une sortie avec plus d'assurance cneore que la veille. Favorisés du même vent, ils tentèrent de mettre le feu à quelques ouvrages qui n^avaient pas été consumés. Cette fois leur perfidie ne triompha pas. Les Romains avaient tout préparé pour la défense et s'étaient mis sur leur garde. Ils tuèrent un grand nombre d^assaillants , empêchèrent les autres de rien faire et les repoussèrent dans la ville.

Tel est le récit de César Dion, historien assez exact et désintéressé, semble le contredire. Il ne parle pas de la perfidie des Marseillais en cette occasion. Les troupes romaines, dit-il , voulurent une nuit, pendant la trêve, surprendre Marseille: mais elles forent renies de ses défenseurs avec tant de bravoure qu^elles n'eurent pas la hardiesse de les attaquer Cet auteur indique ainsi que la trêve fut rompue par les Romains. Comment concilier ces deux versions contradictoires? Faut-il entièrement rejeter celle de César? Sans doute, en admettant le récit de

' De BelL eitf, liv. ii.

• MilUcsquc tcinporc indui Lannn noetu se adorientes ità acccperunt ut in j?ostcrum nihil moi'cre audcrûiL Dion , Hist. Rom. liv. xiY.

Dion j on peut dire avec vraisemblance que le général romain avait intérêt de couvrir la honte de son armée. Une omission se concevrait donc de sa part. Mais comment concevoir qu'il ait imputé aux Marseillais une trahison commise par ses troupes, lorsqu'il n'avait qu'à garder le silence? Je le dis sans déguisement, les détails précis qu il donne me paraissent porter l'empreinte de la vérité. Je ne puis croire que ces détails soient une pure invention. Eux seuls doU vent me servir de guide*

Les Romains reconstruisirent leurs ouvrages cii brique avec tant d'ardeur qu'en peu de jours les choses furent rétablies dans le même état. Alors la frayeur s'empara de nouveau des assiégés, ils étaient dans une affreuse situation. Aucun moyen de résistance j les munitions de guerre manquaient; le vieux millet et Torge gâté dont ils avaient vécu jusques alors étaient épuisés; une maladie épidémique exerçait de cruels ravages ; les horreurs du pillage et de la servitude s'offraient aux esprits épouvantés* Un seul parti restait à prendre, c'était de se rendre à discrétion. Heureusement César arriérai, et les assiégés résolurent de lui ouvrir les portes. Domitius, instruit de ce dessein, fit équiper trois vaisseaux, et sortit du port^ à Ici laveur d'un brouillard. Il parvint à se sauver, malgré la poursuite de Brutus

' Cœsar, de Mell, civ» liv.'ii. — Suivant Dion, les Mar-

Msutre d'imposer à siarseille telles condilioiis qu'il jugerait convenable, suprême arbitre de son sort, César sut généreusement lui montrer

que c'est avec raison qu'elle n'avait pas désespéré de sa clémence; Cet homme, Tun des plus étonnants des temps anciens , unissait au génie de la guerre la passion des lettres et des arts. U ne voulut pas détruire une ville que protégeaient de nobles soimnirs , et qui , malgré sa conduite à son égard , avait conserve des titres à son affection. Le sentiment qui lui fit épargner Marseille fut celui dont Alexandre avait été animé, alors que, dans la ruine de Tbèbes, il n'épargna que la maison et les descendants de Pindare. César

trats et ses lois; mais il lui enleva toutes ses colonies, à Texception de Nice, et réduisit la ville k son seul territoire. U détruisit les fortifications et les machines de guerre; se fit livrer les armes, les vaisseaux, le trésor public et la citadelle où il mit deux légions en garnison'. Le port de la Joliette ' fut exclusivement réservé aux Romains. L ancien port de la ville, alors connu sous le nom de Lacjrdon, comme nous

seîllais profitèrent de la trêve pour faire sauver Donutius.

Iftdiicias pacH dùm Cœsartsvemret in a^'us se se potestaiem dedituros/erebant, Donddum clam àbïega9enmit. liv xiv.

t Cœsar, de BeiL civiL liv. u — ^ Floms, Ht. xv.

* Jttlii statio.

D£ MAJaS£ILL£. 121 l'apprennent Poniponius Mêla et Eiisthate resta aux Marseillais en toute liberté.

I! est probable que César punit les Albiciens, en leur faisant perdre leur indépendance, et en réunissant leur territoire à celui de la Narbonnaise. Il n'est plus parlé d'eux dans Thistoire.

Après avoir subjugué trois cents nations , pris liuit cents villes , g^gné cinquante batailles et £ût périr près de trois millions d'hommes, César institua dans liome des fêtes triomphales qui durèrent quatre jours. La conquête des Gaules (ut caractérisée pur le Rhin, le Rhône et l'Océan captiÊ, L'image de Marseille fut portée parmi celles des peuples vaincus, et cette vue produisit l'impression pénible que ne manque jamais de produire ua acte d ingratitude. Marseille humiliée trouva bientôt dans Gicéron un éloquent vengeur. Il ne put pardonner u César cet aflfront inutile qu'il considéra comme un des plus grands attentats de l'ambition et de Porgueil. Il dit avec une patriotique énergie : a Tout le peuple ro- « main plaignit le sort d'une ville si fidèle , et (( quoique chacun fut assez occupé de ses pro- (( près malheurs, il n'y eut néanmoins personne c( qui ne prît part à celui de Marseille ^ » Cicé-

* Pomp. Mel. liv. u , ch. v. — EusL in Dyanys.

* Tamen hujus cwitatis fideUssîmœ miserias nemo erai cim

fj[ui à se aliénas arbitrarctur» Philip, vin.

ron exprime aUlenrs les mêmes sentiments, et

ajoute : « Âpres avoir dcsolc et ruiné les nations (( étrangères, nous avons vu César porter dans i( son triomphe Timage de Marseille , comme (( nn signe de l'anéantissement de la républiqué. « On n'a pas eu honte de triompher d'une ville c( sans le secours de laquelle nos généraux ne (( triomphèrent jamais dan^ nos guerres contre « les Gaulois Transalpins. Je pourrais rappeler (( une foule d^autres injustices envers nos alliés , « si le soleil en avait jamais éclairé de plus in- <(fame que celle-là. Nous sommes justement « punis » Touchant épanchement d'un cœur indigné I Regrets magnanimes d'un grand homme qui ne concevait pas qu'on pût aimer la république romaine, sans aimer la république marseillaise * !

* y exatis et pcrditis cxteris nationibus , ad exemplum amis si impcriiy portari in triumpho MassiUam vùiimus^ et ex eâ urbe triumphari sine qud nunquàm nostri imperatores ex

nefaria în socios^ si hoc wto sol quidquam vidisset indigram. Jure igitur plectirmtr. De Offic. Iît. ii, ch. vii.

* Ncminem illi civitati inimicum esse arbitror, qui amicus sit huic civitatL, Philip, vui.

Marseille répnbliqae mardumde sous la protection des Romains.-r-* Ville hante et yille basse.— * Pendant mie longue

suite de règnes, il ne s'y passe rien de iciiiurquable.— Ses écoles sont toujours célèbres. — Personnages illustres qui en sortent. — Les mœurs marseillaises se corrompent. ^Introduction da Christianisme dans les Gaules.— «Fans* seté de la tradition populaire touchant saint Lazare. — Maxinuen-Herctile à Marseille.— *- Martyre de saint Victor. — Maximien assiégé dans Marseille par Constantin. — Mort du premier de ces princes. — Orésîns, premier évéque de Marseille. — U assiste au concile d*Arles. — Autres conciles. ^Marseille' ne se ressent pas des troubles caus^ par rarianisme.-* Réclamation de Proculus, successeur d'Orésius.-^Les ordres monastiques s'introduisent dans la Naibonnaîse. — Jean Cassien, — Il fonde à Marseille la célèbre abbaïc de Saint- Victor. — Salvien. — Autres personnages distingués. — Le commerce se soutient toujours. — Aperçu sur les Visigoths^ les Bourgoiguons et les Ostrogolhs. — Ds sont sucoessÎTcment maîtres de Marseille. — Esprit et caractère de leor domination. — Position morale et politique de Marseille sous leur puissance. — Ciovis dans les Gaules. — Les Francs maîtres de Marseille. — Invasion des Lombards. — Passage des Saxons. — Childebert et Contran. — Le premier cède la yille basse au dernier.*— Childébert veut reprendre cette Tille. — Gondulfe et Djname. — Gondulfe s'emyiare de la Tille basse au nom de Childébert. — Dyaamc s'en mipare encore au nom de Gontran. — L'évéque Théodore persécuté. — Ra-

▼âges de la peste.» A la mort de Contran la ville basse

passe sous la dominatiou de Cluldcbcrt. — Marseille est la résidence dos j^ouverncurs de la province. — Serénus , iconaclaste, cause des troubles religieux. — Eayage des Sarrasins.—Boion, roi d'Arles.— Marseille passe sous son empire.— Examen de Texistence sodale des MarseîUais sons la puissance des rois francs.— Evéques^ sncceseeurs de Sérénus. — Influence cl privilèges de Saint-Vietor. — Révolutions du langage. — Commerce et industrie de Marseille sous les races Mérovingienne et Carlovingieime. — Franchises municipales.

UTRE II.

MAKS£aj.Ë; privée de sa puissance politique, perdit son influence dans les Gaules ; mais elle forma une république indépcndciutc , sous la protection des Romains. La citadelle , toujours au pouvoir de ces derniers, devint avec le temps uae ville distincte qui avait ses magistrats particuliers. La ville grecque resta étrangère a toutes les affaires de Rome* Sa population qui avait beaucoup diminué par les malheurs du siège , répara bientôt ses pertes et prit même un accroissement considérable, parce qu^un grand nombre de familles, habitant jusques alors ses colonies, vinrent se réfugier dans ses murs, pour ne point vivre sous une domination étrangère.

César, devenu maître de l'empire après la bataille de Pharsale , fonda les deux colonies d*Aix et d'Arles , villes qui existaient déjà , mais qui n'avaient pas rang parmi les cités romaines.

m HISTOIRE

La Gaule Narbonnaise ne se ressentit en aucune

manière des troubles qui suivirent la mort de César, et Marseille jouit paisiblement du peu de liberté qui lui avait été laissé. Il ne s'y passa rien de mémorable durant tout le long règne d Auguste. Ce prince , voulant écarter Lucius Antonius, son petit-neveu et fils de Jules qui fui condamné à mort pour ses amours avec Julie, l'envoya dès sa plus tendre jeunesse à Marseille, où le prétexte de son éducation couvrit un véritable exil \

Lucius César, prince de la jeunesse, petitfils de Tempereur et fils de Julie et d'Âgrippa, séjourna aussi quelque temps 2i Marseille: Il y mourut lorsqu'il se disposait k partir pour aller prendre le commandement deParmée d'Espagne. Son corps fut transporte par mer k Rome ou on lui fit de magnifiques funérailles Marseille reçut encore dans son sein Apoilodore de Pcrgame qui avait été le précepteur d'Auguste i Apollonie.

Les Gaules furent divisées en dix*sept provinces, et Ton fit alors la distinction des deux Marbonnaises. Ia première eut Narbonnc pour

cLef-lieu } Aix fut la capitale de la seconde , qui

' Taclt. Annal, liv. iv, ch. jljlit.

* Idem y Uv. x, chap. m. — Vell. Paterc. liv. ii. ch. cm. Saeton. in Oct» ch. lxt.

garda seule le nom de Provincia Mommui , ou simplement Prwîncia. La juridietion de la colonie d'Aix s'étendit suy toute la Provence proprement dite.

Pcndan,t une longue suite de règnes, les historiens ne nous ont rien transmis de bien impoi LaiiL Louchant la république de Marseille.

Tibère y avait relégué un riche romain nommé Vulcatius Moschus. Les Marseillais lui donnèrent le droit de Bourgeoisie. Moschus en fut. reconnaissant^ et laissa tous ses biens par testaxnent à sa patrie adoptive* L'acceptation de cet' héritage considérable irrita Tibère , et les Marseillais y craignant la vengeance, de ce prince , loi envoyèrent une députation pour Tapaiser. Us invoquèrent l'exemple de Fublius Autilius qui adopté , dans son exil , par la ville de Smyrne, lui laissa tout ce qu'il possédait. Cet eiemple fut pour la cause des Marseillais une au* torité qui triompha ' .

Claude étant parti de Rome pour aller calmer des troubles qui s'étaient élevés dans la Grande- Bretagne, fut forcé par une tempête d'entrer dans le port de Marseille et de faire quelque séjour dans cette ville *.

Néron y relégua Cornélius Sylla j quelque

' Tacit. Anna^. llv. ix, cli. xciii* '«Skretofi. In Ctaudttm^ ch. xxyii.

m HISTOIRE

temps après il Vy fit mettre à mort^ d'après le conseil de TigeUin.

Le nombre des exilés à Marseille fut très considérable durant la tyrannie des empereurs. Les riches Romains abandonnaient en foule l'Italie pour se réfugier dans la Gaule Marbonnaise ^ui devint ricKe et florissante. Pline assure qu^elle était si bien cultivée , ses campagnes si agréables, ses habitants si industrieux et si policé, qu^on ne la regardait pas comme une province étrangère, et qu'on Taurait prise pour une portion de ritalie Aussi obtint-elle un privilège remarquable. Les sénateurs romains qui en étaient originaires pouvaient y venir sans congé, quoiqu'il leur fut défendu de quitter iltalie sans la permission de Tempereur

Marseille n'avait point cessé de faire le commerce avec succès. Cultivant toujours avec gloire les lettres et les arts , elle était la maîtresse des

bonnes études, et ses écoles continuaient de jouir d'une réputation éclatante. Toute la jeunesse romaine de la Naibonnaise venait y faire son éducation. Les Marseillais savaient habilement employer tout ce qui pouvait exciter l'émulation, épurer le goût et enflammer le génie. Ils mirent sagement en pratique cette vérité si bien expri-

* Uist. Nat iiv. in , ch. iv.

* Tacit. Lclern. — Petn Hendrcich Massilia, pag. 373.

méc par Symmaque : a Les arts ne se soutiennent m que par rhonneur, ^rtes honore nutinri » Aussi, chez eux, la carrière des sciences fut la carrière des honneurs publics. Il étail; beau de voir une faible république tenir tVimc main ferme le sceptre littéraire et instruire les vainqueurs dn monde. A Tezemplc de Marseille, d'autres écoles s^établircnt dans la Gaule , qui , débarrassée des langes de rignorancc, ne se fit plus remarquer que par les lumières d'une civilisation brillante. Les Gaulois, h cette cpo* que, portaient encore la crédulité à lui tel point qu^un poète fs^meux Ta consacrée par nn proverbe ' ; mais ik étaient doués d'un esprit vif et ingénieux; ils avaient des dispositions naturelies pour la culture des belles -lettres, et Câar les avait appelés depuis long-temps : Ge» nus summœ solertîœ ^, Piomc se fit souvent un mérite de tirer du fond des Gaules des personnages distingués pour remplir les premières magistratures de Tempirc ^. Elle en fit même entrer plusieurs dans le Sénat. Les Gaulois fournirent un graxid nombre d'orateurs, et Juvënal, se plaignant de ce que Téloquence était presque

* JUb* I , episi, XT.

* Et tumidus Gaiid creduUuue/ntar*

MartîaL liv/v , épig. i.

' ^cll. gall. liv. VÎT.

'* Magni Aurelii Cassiodoris senatoris, Epit. liv. u.

laO HISTOIRE

entièrement négligée kRome, renvoie dans les Gaules ou en Afrique ceux qui voulaient se perfectionner dans cet art». Ce fuient les Gaules qui^ selon le même poète, formèrent les premiers avocats ou jui iscuiisultes qu'on \it dans la Grande- Bretagne ^ Un ancien auteur nous indique que • les professeurs gaulois tiraient de leurs leçons un lucre considérable, puisqu'il donne à leur pliilosopliie la qualité d'avare et de mercenaire^.

Dans les écoles marseillaises l'éloquence grecque rivalisait avec Téloquenee latine ; pourtant les ailaires publiques se traitaient en langue grecque qui n'avait pas cessé d'être nationale. Le nombre des hommes illustres qui sortirent de ces écoles est considérable.

Marseille donna le jour k Lueius Plotius qui fit à Rome le premier cours public de rhétorique et enseigna aux Romains l'art de parler cloquemment leur propre langue. Jnsignis maximè Pkh tius fuit j dit Quintilien qui parle de lui comme d'un grand maître^. Plotius, qui vécut jusqu'à

* Accipiat te

G allia, vcl potiàs nutricula CausidiconutL

Africa, . . '

Satyr. yii.

* GaUia Causidieos daeuitfacunda Briiannos,

Satyr. xv.

' Avara et fœnatoria Gallonun philosophia. Valère-Maxîrae, liv. Il, ch. VI.

^ De Orat^ InsL Iw. ii, cb. nr.

DE MARSEILLE. m

une extrême vieillesse , avait écrit un traité du Geste de TOrateur. Cet ouvrage ne subsiste plus

Gniphon, professeur des belles-lettres , naquit aussi à Marseille^ et Kome fut encore le théâtre oti il parut arec éclat. Les citoyens les plus distingués se faisaient un plaisir d'aller Tenten- , dre. 11 se distinguait des autres professeurs par le plus noble désintéressement, et n'exigeait de ses disciples pour son salaire que ce que leur libéralité dictait de lui donner ^

Marseille fut également la ville natale de Valérius Caton, poète et grammairien, qui se fit à Rome une grande réputation. Orphelin dès son enfance et nourri dans^la pauvreté, il amassa quelque bien et acheta une maison de campagne près de Tuscuium. Mais la fortune Taccabla de revers et le dépouilla de tout. La plus affreuse indigence pesa sur ses jours abreuvés d'amertume. U avait composé plusieurs traités de grammaire et divers poèmes (jui sont perdus -^^

Les académies de Marseille formèrent encore Gallus, grand capitaine et poète aimable, immortalisé par Tamitié de Virgile ^ dont la musc ravissante le consola de Finfidélité de la belle

* Quintil, De Orat. Imt. Ut. ii, ch. m.

* SuétOfU De lUustribui GrammaiicUx ch. n. ' Ibid» ch. II. . • . ^

* Eglogue Ti. .

Lycoris, lorsqu'elle le trahit pour suivre Marc- Antoine ' ; Pétrone que le dieu des vers inspira aussi, bel esprit^ qui fut Tarbitre des plaisirs de Méron et qui sut laver les taches d^une vie licencieuse par un trépas courageux * ; Trogue- Pompée , le seul historien latin qu'ait produit la Narbonnaise, Pacalus, Quirinalls cL AgroLas, orateurs distingués ^ Oscus^ qui se fit remarquer a Rome par des discours satiriques ; Favorin , l'un des plus célèbres sophistes de son siècle 9 pyrrhonien absolu qui forma un grand nombre de disciples parmi lesquels furent Aulugelle et Alexandre de Séleucie.

11 est probable que les académies marseillaises eurent aussi la gloire d'élever Roscius qui naquit dans la ISarbonnaise et excita rcuthousiasme de ses contemporains ^ en portant à la perfection Tart du théâtre, le geste , le port, toute la magie d'une diction enchanteresse. Tout est plein de ses éluges^ tout retentit encore des accents d^ad* miration que causa son inimitable talent. Il fut honore de Tamitic de tous les grands hommes de son temps qu'il forma a la déclamation oratoire, et c'est h lui y comme à im modèle achevé de ce que doit ctre un homme qui parle au public ,

' Eglog. X.

* Il mounil Irasquillemetit au milieu <le ses amts, après s*étre

fait ouTrir les veines, pour prévenir le jugement de Néron dont on lui avait fait perdre les bonnes grâces.

que Cicéron renvoie son orateur « Ouï, s'écrie «le prince de Tcloquence romaine, il&utque (( cet homme sacbe, comme Roscius, s'attirer de « fréquents applaudissements, faire rire lorsqu'il a le veut,faire pleurer lorsqu'il le désire ^ . )> Chose remarquable ! Les louanges que l'antiquité prodigue à ce comédien célèbre ne sont rien quand on les rapproche de ce qu'elle nous apprend de ses vertus. Pourtant il lui en manqua une. II n'eut pas le l>onheur de connaître rinteiligence suprême qui préside à l'harmonie des mondes* C'est clic rfui ]c combla de ses plus précieuses faveurs. 3N'cût-il pas mieux £iit de lui en rapporter toute la gloire V

Trois médecins illustres, Démosthenes, r.h^irynjg et Crinas, tous les trois contemporains , naquirent a JlarsciJlc et puisèrent dans ses écoles ces connaissances profondes dans l'art de guérir qui ont rendu leur nom immortel.

Démosthènes eut pour maître Alexandre sur-

^ De Oratore , liv. i.

' JJe Clans Omtoriàus.

' Hoscins donna U» pliifs illustres marques de désintéressement et de génér«islté. Larépnbliqne lui payait par jour cent ilcnicrs de i)cnsion , sans comprendre ce qu'elle donnait aux gens (le sa suite. Cette pension allait eayiron par an à une somme de cinquante à soixante mille livres de notre monnaie. Eosdus abando;nna sa pension pendant dix ans de suite , et obligea ainsi d'amasser une somme de cinq à six cent mille livres , sans cesser néanmoins ses représentatioiis thé&trales.

nommé Fhilalètke^ c^est-k-dire ami de la vérité Cet Alexandre , du temps de l'empereur Tibère , était à la tcte d'un école célèbre de médecine, située près de Làodicée enPlii ygie»Démoslkènes ne commença de briller que plusieurs années après, et continua ses succès jusque sous l'empire de Néron. Digne disciple d'un maître illus^ tre, il mérita de porter comme lui le glorieux surnom de Philalèthe. II composa en Grec trois livres sur les différentes maladies des yeux et sur la manière de les guérir. 11 ne nous en reste que quelque» fragments. Galien parle de lui avec éloge \

Charmis se distingua des autres médecins en combattant leur système et en se frayant des routes nouvelles. U accourut , comme son compatriote Démosthènes, dans la capitale de Pempire, et fit changer l'opinion publique sur Tusage des bains chauds qui était généralement établi. (( J'ai vu moi-même , dit à cette occasion Pline (( l'historien qui vivait du temps de Charmis, j'ai u vu des vieillards, hommes consulaires, faire « gloire de se soumettre aux ordonnances de ce u médecin , et prendre des bains fruitls dans la i< plus grande rigueur de l'hiver ^« » Néanmoins-

' Straboii, Ut. xn.

* De Compositionc RemccUorum per Gênera y iiv. v, ch. xv. — Id. Iiv. VII, ch. XII et suiv. .

^ Hist. Iiv. XXIX y ch. r.

D£ MAKS£ILL£. 13ô Charmis n^étaît pas le premier médecin qui eût conseillé les bains d'eau froide, quelle que fut la saison. Sous Auguste , un certain Musa Antonius en avait fait Texpérience sur Horace y à qui il avait défendu les bains des eaux chaudes de Baie et ordonné des bains froids au milieu de rhiver. C'est le poète lui-même qui nous l'apprend Charmis, qui acquit une grande fortune dans Teiercice de sa profession, faisait payer ses soins bien cher. 11 exigea d'un homme de pnmnce qu'il guérit d'une maladie et de sa rechute une somme de deux cent mille sesterces, ou TÎngt mille livres de notre monnaie Nous ne savons pas s'il écrivit quelque ouvrage.

Grinas, après avoir professé quelque temps la médecine à Marseille, alla aussi à Rome sous Tempire de Néron , et y trouva toute la ville éprise des doctrines nouvelles de Thessale, autre médecin fameux qui, à^force de déclamer contre

ceux qui Tavaient précédé dans la même carric re^ s'était fait une si grande réputation que tout le monde courait a lui. Grinas s'attira bientôt plus d'estime et de confiance que son concurrent ^ il amassa des richesses immenses et devint célèbre par l'usage généreux qu'il en fit. 11 légua par son testament dix millions de sesterces ii Marseille f

* Epist, XT , lib, I.

• Pline. Hist. iiv. xxix, ch. vui.

sa patrie j pour en Cadre répara les murailles et

les forliticaLÎons. riicii n'indic^ue (ju'il ait laiâ^é des écrits

Julius Grœcinns , né à Fréjus de parents qui avaient occupé les premiers emplois de la province, fit ses études à Marseille avec le plus grand succès. Philosophe saus ostentation, magistrat dUmc probité rigide, d'une science consommée, d'un patriotisme toujours pur, il obtint en récompense la vénération publique, et Sénèqoe fut l'un de ses admirateurs Galiguia lui commanda d'accuser M arcus Silanus dont l'innocence était évidente. Gra^cinus ne voulut point ternir Téclat de SCS Tcrtus par cette lâche infamie. Le tyran ne lui pardonna pas un refus si courageux, et trouvant en lui plus de probité qu'il n'est avanl;ii>;euv au\. oppresseurs couronnés d'eu trouver chez les citoyens , il ordonna qu'on le mit à mort. Grécciiius la subit avec résignation. Ce martyr de la justice et de la vérité laissa un fils digne de lui et qui marcha sur ses traces ; ce fut Agricola , aussi élevé et instruit à Marseille , et dont Tacite, son gendre, a écrit l'histoire. Véritable grand homme, Agricola rappelait les anciens Romains par sa sagesse, son courage et

* Pline. Hlst. Hv. xxxx, ch. v.

Les dis milUons de se&terces laissés par Ciioas à Marseille font environ un million de notre monnaie.

* De Benef. Ht. u, ch. zzi. — BpùL xxivet xziz.

DË MARSEILLE. B7 sa simplicité. Apres avoir subjugué la Grande- Bretagne y sa gloire lui attira la jalousie de Do* mitien qui le rappela , et qui, pour tout accueil , Tembraâut froidement sans lui dire un seul mot.

Ajricola se consola de cette disgrâce dans le sein de la philosophie. Retiré à la campagne, il y coula des jours heureux, loin des intrigues de la cour y des complots de Teuvie, et des orages des passions humaines '.

C'est aux leçons des écoles marseillaises €[ue Tacite attribue les vertus de son illustre beaupère. Ce qui V éloigna, dit-il , des désordres de la jeunesse y éestqviouire sonexceUeni naturel^ il eut, dès sa plus tendre enfance , pour demeure et pour école la viUe de MarseUle oà la politesse grecque se trouve heureusement mélangée apec l'économie et la simplicité des provinces

Voilà sans doute un bel éloge de Marseille; mais il ne s'accorde pas avec le portrait qu*Athé~ née nous en a laissé»

* Jl la mort d*Agrîcola , le bruit général courut à Rome

qu'il avait été empoisonne. Pour moi, dit Tacite, je n oserai affirmer rien de positif. Nabis nihU/comptrù aj/irmare ausim» (Fita Agricolœ»)

* Tacit* in AgricoL ch. ir* Atcébat eum ab iUecehris peoeantUtm, prœter ipsius honam integramque naturam, quod statim poFVulus sedem ac magistnim studionim MassiUam habitent , locum grœcd comiUUc et provUiciaU parcùnonid mixtum oc henè compositMm,

Cet ccrivain^ après avoir parlé des Ibcriens dont il loue les vertus guerrières , leur compare immédiatement les xMarseillals ' , et représente ceux-ci comme des hommes efféminés et amollis par toutes sortes de vices, d'oîi serait né ce proverbe : MassUiam ruufiges * ^ adressé par forme de reproche aux hommes corrompus par les plaisirs, ainsi que cet autre proverbe ^ ou plutôt ce corollaire du premier : E Massiliâ wnîsU ^

Tacite est, dans Tordre chronologique, le \ dernier écrivain qui ait fSût Téloge des moeurs , marseillaises, et il vivait près d'un siècle avant ' Athénée. Il n*y a donc rien de contradictoire entre Télogc fait par l'un et la censure faite par l'autre. Gela indique que de grands changements s'étaient opérés dans le caractère des Marseillais, et que leurs mœurs si vantées s'étaient eorrompues. Au milieu d'un mouvement général de décadence et de dégradation, comment ces changements ne se seraient-ils pas opérés ? Gomment ces mœurs seraient-elles restées stationnaires? Le luxe ^ le goût des plaisirs, Timage fittigante du despotisme de Rome, tout concourut à exercer sur les Marseillais une influence funeste. Peut-être même j du temps de

* Athcn* Ut. x » ch.

* AUez à Blaraeille.

' .Vous êtes venu de MarscUic.

Tacite ) cette influence se Êdsait^elle déjà sentir, et il peut se faire <jue le prince des historiens latins, dans son jugement sur Marseille, ait été entraîné, malgré lui, par la puissance des traditions anciennes et par les séductions d'une bonne renommée qui existait encore, quoicpie la cause n'en existât plus.

Marseille, sous le rapport politique, était toujours dans le même état oîi Jules César l'avait placée. Elle avait les mêmes lois , le même gouvernement des Timouques. Modeste république marchande, elle jouissait en silence de l'ombre de puissance qui lui avait été laissée. Elle ne prenait aucune part aux affaires de

l'empire livré aux calamitcs et aux désordres de toute espèce, au milieu desquels la majesté du nom romain allait tous les jours s'aflfaiblissant. Marseille était efiacée par d'autres villes sur lesquelles les empereui^ versèrent leurs bienfaits , et qui, ayant pris des accroissements rapides, étaient comptées panni les principales cités de la Gaule. £lle leur avait révélé le secret des ressources inépuisables du* commerce et de Findustrie. L'émulation enhardit celles-ci à prendre la même route, et la prospérité couronna leurs premiers essais.

Parmi elles, sur les bords de la Méditerranée, Arles et îNarboime annoncèrent dès leur début ce qu'elles feraient un jour. Elles furent récom-

pensées de leurs eflforis, et chacune eul son genre

de gloire.

Ârles fit preuve d'intelligence dans la science

de la navigation, et excella dans Tart de la cens- ' truction des vaisseaux mais sa position enfoncée dans les terres ne lui permit jamais de donner I à sa marine un grand essor. Une partie de sa population s'adonna avec succès à Texercice de l'industrie manu&cturière, et ce qui attesta la persévérance et I haLileté de ses ouvriers, ce fut la perfection des ouvrages de rapport en or et eu argent qu'elle offrit au luxe et a radmiratioji des étrangers les plus opulents. Us rappelaient les belles formes et le fini exquis dont les Grecs avaient donné de si brillants modèles.

Narbonne fut moins industrieuse qu'Arles, mais elle eut sur elle de grands avantages. Glorieuse autant que digne du titre de la première colonie romaine, elle acquit toute la consistance d'une véritable métropole. Elle était Tentrepôt des armées qui passaient d'Italie en« Espagne, et les empereurs, jetant toujours sur elle des | regards de complaisance et d'amour, Tavaiçnt ornée dW capitole, d'un amphithéâtre, d'obé^ lisques et de bains somptueux. Elle touchait à la mer par les eaux de TÂude , et ce magnifique ^ abri attirait dans son canal les flottes de TOi ient;

• Diod. Sic., lib* vr ei y. — Juion, de Clar, urbibus. '

de l'Afrique, de TEspague et de la Sicile, tandis que ses rivages élargis appelaient sa population â entrer dans la carrière qui s^ouvrait devant elle ».

Montpellier fixait ratlcnLioii par ses fabriques et ses bibliothèques. Âgde et Ântibes, toutes deux filles de Marseille, mirent quelque ardeur à s'emparer du commerce extérieur. Toulon voulut aussi entrer en concurrence avec elles.

Nous touchons a une époque fameuse. Depuis la bataille d' Actîum jusqu^au règne de Dioclétien , le monde avait vu trente -neuf empereurs romains, et plusieurs de ces princes n^'avaient paru sur le trône que pour tomber un instant après dans le sang. Dioclétien, formé au métier de la guerre sous Aurélien et sous Probus, fut élevé à l'empire par le suffrage des soldats. Les Barbares menaçaient toutes les frontières ; le poids du scrptre était accablant. Dioclétien voulut se donner un collègue , et c'est à Maximien-Hercule qu'il communiqua sa puissance* Maxiniien qui, comme lui, était né dans Tobscurité, crut effacer les traces de son ori^ne en

' Tableau chronologique et moral de l*Hi8toîre nmyeTselle du Commerce des Anciens, par Jnllîen de Hnet

Narbonne perdit son influence aussitôt que son port fut sacrifié à des considcratiuns systématiques aussi mal conçues qne brusquement exécutées. Le changement dn cours de r Aude lui enlera son commerce maritime.

£aisaut construire un palais dans un lieu prè^ de Sinnium en lUyrie , a la place de la chaumière où son père et sa mcrc avaient gagne leur vie du trairail de leurs mains* Bientôt après Dioclétien donna le titre de César à Galère et k Constance- Chlore.

Maximien -Hercule fut chargé de la défense de rOccident et du Midi ; il fit quelque séjour k Marseille, étouflFa plusieurs révoltes dans les Gaules, repoussa au-delà du Khin les Germains et les Francs, et veilla à la sûreté de l'Italie^ de l'Espagne et de TÂfrique.

Une religion nouvelle s^élaît élevée qui se fortifiait et s'étendait par la persécution. Le Christianisme, enseignant une morale consolante, prêchant Tégalité devant Dieu, relevant la dignité humaine et donnant du prix aux souffrances, devait trouver beaucoup d'esprits fiivorables dans ces siècles d'oppression et de misère où la force tenait si souvent lieu de justice. Plein de jeunesse , de vigueur et d'enthousiasme, il chassait devant lui des croyances vieillies que l'habitude seule pouvait soutenir, mais qui n'avaient plus de sympathie avec le cœur, la raison et les besoins de l'homme* II était temps qu'un culte plus pur et plus fécond parut et fit des progrès, car partout se faisait sentir le pressant besoin d'une régénération morale et intellectuelle.

DE MAJaSEILLE. 143

Nous allons fixer l'cpoquc oii la lumière de rEvangile a commencé de briller dans les Gaules. La plupart des églises, cherchant moins la vérité que rhonneur de paraître anciennes y font re« monter le temps de leur fondation à celui des Apôtres. Cette passion d'antiquité est une des Êiiblesses de Tespèce humaine* L^église de P&ris célèbre Denys T Aréopagile comme son fondateur, et Marseille se vante d'avoir reçu de saint Lazare, ressuscité par le Christ, les premières semences de la foi.

D'après la tradition populaire, Lazare aborda à Marseille avec Marthe et Magdelaine,' ses sœurs , avecMaximiu, disciple de Jésus-Christ, Sidonius, Taveugle né auquel le Législateur des Chrétiens avait donné Tusagc de la vue, Marie surnommée de Jacques, et Marie Salomé. Lazare aurait été le premier évêque de Marseille et y aurait souffert le martyre ; Magdelaine aurait pleuré ses erreurs dans une grotte de la Sainte-Baume ; Marthe aurait vécu et expiré à Tarascon ; Maximin serait le fondateur de Téglisc d'Aix; Marie de Jacques et Marie Salomé auraient fini leurs jours dans le territoire d'Arles.

Cette tradition ne s'accorde pas avec Topinion de tous ceux qui ont approfondi ce sujet. Elle ne repose sur rien de fondé ; tous les documents historiques la combattent. Vainement dirait-on qu'il est possible que la ferveur des Apôtres et

de leurs disciples en ait amené qticlqiics-uns dans la Gaule ^ si voisine de Tltalie et si fatcile^ ment accessible. Nous admettrons, si TonTeut, eette possibilité. Mais, est-ce donc ainsi iju'ime vérité se démontre? La prétendue arrivée de iâzare à Marseille et son épiscopat seront-ils pour cela prouvé 7 Non, certainement; et Héeerai dit avec raison que rien n^établit que les Apôtres, ou leurs disciples, aient fondé des églises dans les Gaules et laissé des successeur^ La croyance d'un grand nombre d'églises de France , qui font Toffice de saint Lazare sous le titre de Martyr etde premierEvêque de Marseille, cetteeroyance qui subsiste dans le Martyrologe de TEglise Gallicane , les bulles de plusieurs Papes qui ont voulu la consacrer, ne sont pas des autorites irrécusables qui font fléchir devant elles toutes les intelligences soumises. Ces autorités commandent sans doute le respect, mais elles ne défendent point Texamen conâcicncicux d'une raison indépendante. Sur quoi s'appuient-elles? Uniquement sur la tradition populaire. Voila leur seule base. Elles n'ont donc pas plus de force que la tradition elle-même.

Eh bien I Cette croyance est combattue par une croyance contraire, plus imposante et mieux fondée. Toutes les églises grecques croient que

* Abrégé Chronologique de rHistoire de France» tom. u, liv. T.

D£ MAKS£ILL£. 14S Lazare vécut encore trente ans après sa résurrection et mourut à Cytie^ dans 111e de Chypre.

Tillemont , n'ajoutant aucune fois à une fable que tous les bons esprits repoussent , adopté la croyance des églises grecques. Cet écrivain dit que, sous le règne de Léon le Sage, le corps de Lazare, enterré à Cytîe, fut porté a Gonstantinople oii Tempereur le lit mettre dans l'église de son nom, et les Grecs célèbrent cette translation le dix-sept octobre de chaque année ^

Longueval qui a fait de ^ayes erreurs sur Tancienneté de quelques églises gauloises, et notamment sur celle d'Arles , ne parle pourtant pas de la mission de Lazare k Marseille ^ , et paraît ainsi ne pas admettre Topinion vulgaire établie à Marseille. Baillet la repousse avec force ^. 11 dit qu'on en cherche encore les fonde* déments, et qu'on ne la vit paraître qu'à la fin du neuvième siècle^ Launoy en place Tépoque au onzième ^. Ce savant docteur, najantpour tjuide

* Mémoires pom servir à l'Histoire £cclésiastiqae des six premiers siècles y tom. pag. 36.

Le même auteur y tom. ]pag. 5ao » c<mibat la tradition populaire sur rarrivée de Magdeleiue en Proyence.

* Histoire de 1 Eglise Gallicane. Dissertation préliminaire. ' Tie des Ssûnts, t. in.

* Dissertations 9 1641 et 1660, in-8**.

Les profonds ouvrages de ce théologien célèbre ont été déclarés impies et scandaleux par le parlement d*Aixy en L 10

que ramour de la vérité, a publié des ouvrages

contre cette croyance populaire qui se dissipe devant le flambeau de la raison > il y a fait preuve de la plus judicieuse critique, du plus profond discernement. Il a démontré la fausseté de Torigtne apostolique que la plupart des églises de France s'attribuèrent dans Tignorance du moyen âge. 11 a dévoilé le ridicule d'une multitude de récits fabuleux dont se repaissait la piété de nos crédules ancêtres.

Un passage de Sulpice-Sévère et un autre de

sur saint Lazare.

Sulpice-Sévère, parlant du martyre dePothin, évêque de Lyon , assure que ce fut sous Tempire de Marc-Aurèle, c'est-à-dire vers Pan 177 , que Ton vit pour la première fois des martyrs dans les Gaules, et que la religion chrétienne fut reçue un peu tard en-deçà des Âlpes ^ Lazare ne fut donc pas martyrisé à Marseille dans les premières années de noire ère j la religion clirctienne n'y fut donc pas prêcbée de si bonne heure , puisqu'elle ne fut reçue qu'un peu tard dans les Gaules. Ce n'est que vers le milieu du

i644. CeUnn airét de pins à ajouter à tant d*arréts ridicules. Des îmbécfles en toge n'en n'ont-ils pas rendu pour et contre les catégories d'Aristote? N*ont-il8 pas proscrit i'émétique ?

' Hbtoire Sacrée , Ut. ii.

DË MARSEILLE. 147

troisième siècle que le Christianisme a eu des églises dans cette partie de r£urope. U y avait été annoncé auparavant ; il y avait eu quelques martyrs , mais ces martyrs n'avaient existé que vers Tannée 177» suivant le témoignage deSnl* pice-Sëvère. Cet élégant abréviateur d'£usèbe, que l'invasion des Vandales dans TAquitaine obligea, vers la ân du quatrième siècle, de chercher un asyle à Marseille où il entra dans un monastère pour consacrer tout son temps k la prière et à Tétude, aurait-il pu oublier de parler de Tépiscopat et du martyre de Lazare , si la tradition eût alors existé ' ? £t n'eût-elle pas existe à cette époque de ferveur chrétienne, si Liazare eût réellement été le premier évéque de Marseille ?

' Grégoire de Tours, le père de Thistoire fran- '

* Sulpice- Sévère, né vers 1 au 3G3 dans TAqultaine, s'appliqua dans sa jeunesse à l'étude du droit et suivit la carrière du barreau qui conduisait alors aux premiers emplois. Un riche mariage ajouta à sa fortune. La mort^ ^ sa femme le plongea dans Taffliction et loi inspira la résolution de quitter le monde. Il devînt le disciple de saint Martin , évéque de Tours j qu'il accompagiàd ddiis ses voyages. On croit qu'il fut ordonné prêtre. Il entra dans un monastère à Marseille , et Tépoque de sa mort est incertaine.

Le principal ouvrage de Sulpioe-Sérère est l'Histoire Sacrée , divisée en deux livres. On l'a surnommé le Salluste Chrétien , parce qu'il avait pris cet historien pour modèle , et à cause (ie I clt^auce de son style qui lui donne une grande * supériorité sur les autres écrivains du siècle.

çaise, dil que, sous le consulat de Dèce et de Gratus, vers Tau 250, la cité de Toulouse commença d'ayoir un évêque, lequel fut Saturnin;

et qu'il fut envoyé de Rome avec six autres pour prêcher l'Evangile dans les Gaules , savoir : Galien, a Tours; Trophime, à Arles; Paul h Narbonne; Denys, à Paris ^ Âustrémius^ à Clermont; et Martial, à limoges

Comment pourraib-oii admettre que Marseille ait eu des évèques deux siècles auparavant ? Quels auraient été les successeurs de Lazare? On n^en indique aucun.

Les savants auteurs de rilistoire Littéraire de la France disent avec une bonne foi pieuse : n Dieu dont les desseins sont impénétrables ne (c fit pas sitôt annoncer aux Gaulois la parole a de vie. 11 est cependant vrai que plusieurs « de nos écrivains modernes ont prétendu que , (( dès le premier siècle, la foi avait été prechce (( et reçue dans nos provinces. Mais c'est ce qu'ils « ont avancé sans que personne se soit mis en « devoir de le prouver. £t comment aurait-on « pu le faire ? lUen loin qu il se trouve quelques « preuves positives pour rétablir , il y en a plu- « sieurs qui détruisent cette croyance, et qui c( ne sont pas de peu de poids. 11 s'agit d'un fait , « et tous les raisonnements que Ton pourrait

*lÀy, I, c. xxviu.

DE HAkS£ILL£. > 140

(( faire ne sauraient l'établir , si le témoignage « des anciens le dément ^ »

Il importe fort peu de connaître la source de Topinion de TEglise Marseillaise touchant saint Lazare 9 comme celle de tant de fausses croyances. 11 parait pourtant que ce qui peut Tavoir produite, c^est le transport de quelques reliques venues d'Orient, sous le règne des successeurs . de Constantin La propagation de la foi évangéliijue dut éprouver à Marseille un obstacle dans les dispositions morales du peuple^ car aucune trace du Christianisme ne s'y fait apercevoir avant le martyre de saint Victor qui eut lieu vers l'an 288.

Victor avait un commandement dans les troupes romaines qui occupaient la citadelle. Nous ne savons rien sur le lieu de sa naissance ni sur ses premières années. Anime d'une ardente ferveur pour les nouvelles doctrines reli-

' Tom. I, pag. 125 et 126.

Quelques auteurs ont lait de vains efforts pour prouver rarrivée et Tépiscopat de Lazare à Marseille y entr*autres le

P. Guesnay, savant jésuite qui a public plusieurs opuscules sur ce sujet; le respectable Bclsunce, dans son Histoire des Ëvé^esde Marseille, tom. liv. x; Honoré Bouche, his-* torien de Provence, auteur d'une dissertation intitulée : Vîndiciœ fiâeiet pietatU Prwindœ, pro cœUUhus UUus tate^ laribiis rcstituendis advcrsùs quosdam libellas de commentitio Lazfui , etc. Aix , 1644 , iu-ë**.

' Statisticpie de& BouchesHlu-RhAne, tom. u, pag. 99.

gieuscs , il for titiait par ses exhortations le zèle chancelant d'un petit nombre de Chrétiens que la fureur des persécutions épouvantait. Surpris un jour dans cet exercice apostolique , il (al conduit devant les préfets Astëre et Eutique, et confessa courageusement la religion qu'il avait embrassée. Maxim iea-llercule était alors a Marseille. Ce prince était animé d'une haine violente contre les Chrétiens qu il regardait comme des^ perturbateurs. Les deux préfets lui renvoyèrent Victor qui montra devant lui le courage qui ne l'avait jamais abandonné. Ni les promesses les plus flalleuse? , ni les menaces les plus terribles ne purent l'ébranler, et Maximien irrité ordonna son supplice. 11 le fit d'abord traîner lié par les pieds dans les rues de la ville, et une populace aveuglée lui prodigua des insultes et Tac câbla de coups \ 11 fut ramené tout déchiré et couvert de sang devant Astère et Eutlque qui le pressèrent vivement de mesurer Tellroyable abyme de maux où son obstination le plongeait, et de préférer les dieux de Tempire à un homme, disaient-ils, qui était mort sur la croix, à des

' Uacharnement du peuple mars^ais contre Victor est une nouvelle preuve en faveur de mon opinion sur Lazare. 11 démontre que ce peuple était encore très aUaché au pagaluinie sur la fia du troisième tLècle. On n'y aperçoit en effet d'autres chrétiens qae Victor et les trois soldats qoi se eon- Terlirent sobîtement.

DE MAESfilLLE. 151

mystères ridicules et à des biens imaginaires. Victor, recueillant toutes ses forces, s^écria avec Taccent de Tenthousiasmc : « Non, non, je ne (( veux pas offrir un criminel encens à tos divi- « uités honteuses. Je méprise leurs \ils adora- {< teurs. Quels sont les dieux objets dê vos hom- (( mages î C'est un Jupiter adultère, une Vcinis « impudique, une Junon orgueilleuse et cruelle; « c'est un Mars sans pitié qui ne se plaît qu'a « l'odeur du carnage, comme une bête féroce. « Que dirai-] e de cette troupe subalterne dont a vous peuplez l'Olympe et qui n'a de réel que « le délire qui Tenfanta , de ces dieux et de ces (( déesses qui sancLiûeut toutes les passions et Xi autorisent tous les crimes? Ah I périsse, périsse « k jamais ce culte, opprobre du genre humain ! (( le Dieu ineffable que j'adore est un Dieu de « justice, de pureté et de miséricorde. Heureux (( ceux qui le craignent et pratiquent ses com- « mandements ! Gloire éternelle à lui sur la terre « et dans les Cieux I »

Le peuple qui jusque-là avait poussé de sourds murmures, ne fut plus maître de son indignation et fit entendre mille cris : j4 la morij à la mort. F'ersez le sang du blasphémateur. Alors les préfets firent suspendre Victor et on brisa cruellement son corps à coups de bâton et de nerfs de bœuf. On le reconduisit ensuite en prison ou il subit un nouvel interrogatoire de l'empe-

152 UX&XOIKË

reur (j[ui lit apporlcr devant lui un autel de

Jupiter, et lui dit ; Prends de l'encens, sacr^ie à ce dieu, et sois notre ann. Victor, pour toute réponse, renversa Tautei d'un pied dédaigneui. Ce pied lui fut aussitôt coupé par ordre do Maxîmien. Sa constance ne se démentit pas un seul instant. Trois soldats, Alexandre, Lonpçîn et Félicien y qui avaient été commis a la garde de sa prison , déclarèrent hautement qu^ils embrassaient la religion de Victor, cette religion qui savait donner tant de force et de courage dans les tourments. 11^ furent aussitôt mis à mort. Les souffrances de Victor se prolongèrent» On le plaça sous une meule de moulin qui tournait rapidement sur lui; mais la machine se dérangea, et Tintrcpide chrétien, lassant enfin la rage de ses bourreaux, eut la têle tranchée ^ Les corps des quatre martyrs furent jetés k la mer et repoussés par les flots sur le rivage. On recueillit leurs restes et on les enferma dans une grotte taillée dans le roc

Galère , aussi ambitieux qulngrat , songea bientôt à dépouiller de Tempire Dioclétien à qui

' j4cta Martyr, pa^;. 299.. — FIcury, Histoire Ecclésiastique, tom. iT, pag. 400 siiiv., in-V^ — ili^foirc G«'nërale des Auteurs Sacrés et Ecclésiastiques, tom. ni, pag. 366 et suivantes.

* Cette grotte devint une des du^ttes souterraines de Tabbaye Saint-Victor.

D£ MARSEILLE. m

il devait toute sa puissance. Le vieil empereur, accablé de chagrins, fut forcé d'abdiquer à Nicoiiiédie, et Maximlen-IIcrcule alidic£ua aussi à Milan* Dioclétieu , retiré dans ses jardins de Salone, fut plus heureux dans sa condition privée que lorsqu'il était revêtu de la pourpre. H ne reportait ses pensées vers le passe que pour réfléchir sur les embarras et les malheurs attachés à cette souveraine puissance qui éblouit les hommes les plus sages. Maximien ^ au con<* traire , ne pouvait étouffer dans son cœur dévoré du désir de régner les regrets et les plaintes que l'ambition y formait. Le souvenir du passé, comparé à sa situation présente, le poursuivait sansr cesse pour Taccabler. U n'avait pas assez de philosophie pour se conforaier à sa fortune nouvelle , et lui y qui était né dans les derniers rangs de la société, ne savait plus vivre hors du trône. 11 reprit le titre d'Auguste, et fut bientôt forcé de le quitter. Constantin, son gendre, et fils de Constance-Chlore, était parvenu à l'empire. Pendant que cet empereur claiL a Trêves, Maxinûen , qu^aucune leçon ne pouvait corriger, reprit une troisième fois la pourpre, s'empara des trésors, répandit l'argent à pleines mains, et écrivit h toutes les légions en leur faisant de grandes promesses* Il marcha en même temps vers Arles et s'y enferma; mais il n'eut pas le temps de mettre la ville en état de défense.

parce que Constantin, le poursuivant avec une

incroyable célérité, y arriva bientôt après lui. Bfaximien se réfugia k Marseille, et Constantin l'y poursuivit encore.

Il commanda l'assaut, et la ville était prise si les échelles ne se fussent trouvées trop courtes. Les soldats étaient enflammés d^ardeur et de ven« geance ; plusieurs d'entr'eux se faisant soulever par leurs camarades , s'attachaient aux créneaux et étaient sur le point de gagner le haut du mur, lorsque Constantin fit sonner la retraite. Peu de temps après, Ma»mien s^étant montré sur le rempart, l'empereur lui reprocha sa trahison. Maiimien ne lui répondit que par des paroles outrageantes. Fendant qu'il se livrait k ses emportements, les Marseillais ouvrirent une des portes (le la villej les soldats de Constantin y entrèrent et se saisirent de l'implacable vieillard qu'ils conduisirent a son gendre. S'il faut en croire Lactance ' , Tempereur crut assez le punir en le dépouillant de la pourpre, et lui laissa la vie; mais Maximien au désespoir conçut un exécrable projet, celui d'assassiner lâchement Constantin. 11 osa en faire la confidence k Timpératrice Fausta , sa fille. Il mit tout en usage pour qu'elle le favorisai dans l'exécution de son dessein. Il la supplia de laisser ouverte la chambre oti

* Ch. XXX.

couchait Pempereur, et de faire en sorte qu'elle

fût mal gardée. Le jour et Tlieure furent indiqués. Fausta feignit d'être sensible aux supplications de son père et de s'associer à ses vues de vengeance. £iie promit d'exécuter tout ce qu'il Toulait. Elle n'agissait ainsi que pour sauver les jours de son époux qu'elle avertit aussitôt. On voulut prendre Maximien sur le fait. On mit dans le lit un eunuque pour y recevoir le coup destiné à Tempereur. Maximien, armé d'un poignard, approche au milieu de la nuit. Les gardes s'étaient éloignés ; il trouve tout au gré de ses désirs, entre et frappe 1 eunuque. Couvert de sang, il croit que sa vengeance est consommée. Au même instant l'empereur se montre environné de ses gardes. Maximien reste glacé d'effroi. Cette fois la clémence parut dangereuse à Constantin. Le meurtrier n'eut que le choix du genre de mort, et s'étrangla de ses propres mains. L'empereur ne le priva pas d'une sépulture honorable. 11 fit seulement abattre ses statues et effacer scsiuscrip Lions * .

Tout est invraisemblable dans le récit de Lactance, seul auteur qui entre dans les détails de cette conspiration, il a sans doute recueilli des bruits populaires qui sont sans fondement, car comment croire que Maximien ait fait à sa fille , épouse de Constantin , la confidence qu'on

* Lebeau, Histoire du Bas-Empire, toui. i, liv. i, ch. xlii.

m . HISTOIRE

suppose; que celle-ci ait eu Pair d'approuver ratroce dessein de son père, précisément pour aller le révéler à l'empereur? Et cet eunuque sacrifié pour constater le crime 1 De pareilles circonstances ne doivent pas inspirer beaucoup de confiance. Les écrlTains ecclésiastiques sont trop souvent favôrables k Constantin, aux dépens de la vérité. Il paratt que Maximien , désespéré d'être condamné par Tempercur à une détention perpétuelle et peut-être à mourir , choisit le supplice qui lui parut le plus doux. Alors serait née cette fable populaire rapportée par Lactance et accréditée par le caractère altier, remuant et sanguinaire de Maximien, justement détesté, et qui n*eut aucune bonne qualité pour racheter ses vices

L'Eglise , si Iong*temps persécutée , vit luire enfin des jours de paix. Constantin, avant d'entrer dans son sein , avait autorisé par un édit le libre exercice du Christianisme , et admis avec em* pressement les Chrétiens dans ses armées. Ceslt en 311 qu'il embrassa publiquement leur culte et fit asseoir avec lui sur le tronc des Césars cette religion triomphante.

• Selon une ancienne clirûiii(|uo, on crut, vers i'an io54. aToir trouvé à Marseille le corps de ce prince , eacore tout «ntier, dans un cercueil de plomb enfermé dans un tombeau de marbre. Raîmbaud, alors archevêque d'Arles , le fit jeter dans la mer ainsi que le cercueil et le tombeau.

Nous ayons yu que Marseille resta long-temps

attachée au paganisme. Ce n'est que vers l'époque de Tabjuration de Constantin que cette Tille parait avoir eu un cvcque ; cet évêque est Orésius, qui assista au concile d'Arles tenu an mois d'août 314.

Voici le motif de la convocation de ce concile. Dioclëtien avait rendu un édit qui enjoignait aux magistrats romains, sous peine de la vie, d'arra* cher aux Chrétiens les saintes Ecritures. Plusieurs éréques eurent la faiblesse de les livrer ^ on les appela traditeurs. Donat, évêque des Cases-» Xoires enNumidie, accusa Mcnsurius, évêque de Garthage , d'avoir ainsi manqué à ses devoirs* N'ayant pu le convaincre , il se sépara de sa communion , et eut un grand nombre de sectateurs en Afrique. Cécilicn fut élu cvcque après Men* sorius. Quelques prêtres ses ennemis, une dame aoiiimée Lucile, et d'autres personnes, poussées par différents intérêts, conspirèrent de le faire déposer sur ces deux chefs d'accusation : Tun qu'étant diacre du temps de Mensurius, il avait empêché qu'on assistât les confesseurs du Chrisl qui étaient en prison ^ l'autre, qu'il avait été ordonné par Félix , évêque d'Aptonge , regardé comme traditeur. Une grande partie des évêques d'Afrique déposèrent Gécilien qui refusa de comparalire devant eux, et nommèrent à sa place Major in , jusques alors au service de Lucile.

ISa HISTOIRE

CécUieii n^obéit pas k leur senteiice. La doctrine des Donatistes fut d'abord condamnée dans un concile tenu à Rome, composé de dix-nieuf évêques et présidé par le pape Miltiade. Ils en appelèrent à un concile plus nombreux, et Constantin, accoeillant leur demande , choisit à cet effet h ville d'Arles, pour que le différend fut terminé par des évéques gaulois qui n'avaient point participé au crime de tradition dont il s'agissait. L'empereur, occupé de la guerre contre Liciniiis, n'assista point au concile d Arles. Le pape Sylvestre, successeur de Miltiade, y envoya ses

légats. Des cvcqucs de tout rOccidciiL s'y rendirent , mais on n'a dans la lettre synodale que la souscrlplion de trente-trois, dont seize étaient des Gaules. Le nom des autres s'est perdu. Saint Marin , évêque d'Arles , dut présider le concile, car il est nommé le premier. Orésius , évéque de Marseille, est inscrit le treizième parmi les évéques gaulois. Les Donatistes furent de nouveau condamnés , et l'assemblée , avant de se séparer, fit quelques canons sur différents points de discipline. Il fut établi que la féte de Pâques serait célébrée le même jour dans tout le monde chrétien ; les comédiens et ceux qui conduisaient les chars dans le cirque furent excommuniés.

Constantin, devenu maître de tout Tempire après la défaite de Licinius, son collègue, établit son siège à Bysance qui prit de lui le nom de

DE MAAS£1LI^£. 159

Canstantinople. Il divisa alors Tempire en quatre préfectures y sous le gouvernement d^auUnt de préfets du prétoire. Les Gaules^ jointes k l'Espagne et à la Grande-Bretagne , composèrent une des quatre préfectures qui fut partagée en quatre diocèses 9 gouvernés chacun par un vicaire du préfet des Gaules. Ces quatre diocèses étaient ceux d'Espagne y d'Angleterre ^ des Gaules proprement dites , tt de cinq provinces des Gaules formant un vicariat particulier. Ces cinq pro^vinces furent la Narbonnaise , la Viennoise , l'Âquitanique , la Novempopulanie et les Alpes- Maritimes. La Viennoise et TAquitanique furent un peu plus tard subdivisées^ et ce vicariat prit alors le nom de Vicariat des Sept Provinces des Gaules qu'on nommait aussi TAquitaine prise en général. Marseille ne dépendait d'aucune de ces provinces et avait son gouvernement particulier ; mais les grandes cités gauloises devenues chefs-lieux de vicariat ou de province, et même plusieurs villes secondaires ^ Téclipsaient entièrement.

L' Arianisme , qui causa tant de troubles dans la Chrétienté, ne pénétra guère dans TEglise Gallicane sous le règne de Constantin. Cet empereur, avant sa mort, partagea l'empire entre ses trois fils, Constantin, Constant et Constance, et deux de ses neveux, ce qui fut une source de désordres. Marseille ne s'en ressentit pas. Par

une suite de révolutions dont on n'a pas à parler ici , Constance devint maître de tout l'empire. Ce prince, qui était sectateur de TArianisme, fit . assembler a Arles, en 353 , un concile des évéques de la Gaule, pour les obliiic r a souscrire la condamnation d'Athanase , comme il avait obligé les 1 véques d'Orient. Saturnin qui avait été élu éveque d Arles par la fîictiou des Ariens, et qui avait embrassé leurs doctrines , dirigea ce concile, et il n'y eut que Paulin, cvêque de Trêves, qui eut la fermeté de refuser la condamnation du patrlarclie d Alexandrie. Deux autres conciles furent convoqués , Tun k Béziers en 356, Tautre à Valence en L>74, Nous ne savons pas qui occupait le siège de Marseille k ces différentes époques. En 381 , les c'i^Iiscs des provinces méridionales de la Gaule furent invitées à envoyer des députés au concile d'Aquilée. Elles en envoyèrent six parmi lesquels se trouvait Proculus, cvéque de Marseille , que saint Jérôme regardait comme un prélat recommandable par son zèle et sa piété Saint Ambroise dirigea cette assemblée. On y condamna deux évéques, Pallade et Secon-dien , qui professaient ouvertement l'Arianisme. Proculus motiva ainsi son opinion ; Plusieurs vénérables evêtfues ajant déjà condamné et déposé Falladc et Secondien , cojnme des blas-

* Hieron. Epist, iv.

D£ MAKS£ILL£. m

phemateurs qui ^ en ne repoussant pas les blasphèmes d'Arius , les soutiennent comme un héritage impie qui leur appartient^ je les con-' damne de même et dépose pour toujours \

En 397 9 le même évêque se rendit au concile de Turin^ pour y faire juger la question de préséance qu'il réclamait sur les évêques de la seconde Narbonnaise. 11 se regardait comme mélropoUtain de cette province , oii aucun autre prélat ne jouissait encore de cette prérogative. La ville d'Ail, quoique métropole civile ^ n'avait pas encore ce rang dans TEglise. Froculus allégua , entre autres rwons, la grandeur de la ville de Marseille 9 qui était plus considérable que celle des métropoles des différentes provinces gauloises* Cet article n'avait pas besoin de preuves j mais les Pères , qui étaient presque tous Italiens , dé* clarèrent cju ils ne connaissaient pas la grandeur de Marseille. Cependant le concile accorda la primante a Px'oculus , sa vie durant, non en qualité d'évêque de Marseille , mais à cause de son mérite personnel. En vertu de cette décision, Proculus exerça les droits de métropolitain et conféra quelques ordres. Patrocle , évêque d* Arles , s'opposa à Texercice de cette suprématie et réclama lui-même les droits de métropolitain auprès du pape Zozime. Il soutint que ces droits

' Bel&unce y Histoire des Ëvéques de Marseille , tom. i » Ut* it.

ne pouvaient pas lui être contestés , en sa qualité

de successeur de Trophimc qui ^ un des premiers^ avait apporté dans les Gaules la lumière de TEvanglle. Une cliosc est ici a remarquer. SI Lazare eût véritablement été le premier évéque de Marseille, Proculus, alors placé sur son siège, n^aurait-ii pas opposé aux prétentions de son adversaire un titre si puissant et si décisif? Et pourtant il ne Tinvoqua pas. Il garda sur ce point un silence absolu* Ne voit*on pas Ik une nouvelle preuve que la tradition populaire sur l'arrivée de Lazare k Marseille ne repose sur aucun foudemeiit et est postérieure à Tépiscopat de Proculus? Zozime fut favorable aux prétentions de Patrocle. 11 Voulut que l'évêquc d'Arles eût la principale autorité dans les ordinations , et qu'il excrccU les droits de métropolitain dans la Viennoise et les deui Narbonnaises. Il écrivit aux évcques des Gaules et des Sept Provinces une lettre exprimant sa volonté k cet égard.

Proculus opposa à la sentence du Pape la décision du concile de Turin , et continua d'exercer les fonctions de métropolitain* Le Pape le cita k Rome y et Tévéque ne comparut point. Zozime procéda contre lui sur des mémoires qui lui furent probablement fournis par Patrocle qui était alors k Rome , et qui ne fit aucune difficulté de se trouver à l'examen de la cause de sa partie adverse. Cette cause fut bientôt instruite, Zozime

écrivit au clergé , au sénat et aa peuple de Marseille pour les exhorter à reconnaître la suprématie de Patrocle, et il alla même jusqu'à leur recommander d'élire un autre évêque à la place de Proculusqui, par son obstination et sa déso-* béissance , n'ctaitplus digne, selon lui, d'exercer ses fonctions augustes. Cette lettre est remarquable par sa Yckémencc. a Je ne suis pas surpris, i( dit le Souverain Pontife, que Proculus persiste ((dans son eflronterie, et qu'ayant perdu toute « pudeur il fasse chaque jour des actions con- (( damnables. Il ne s^est fait connaître que par « le trouble et la confusion qu'il met dans Mar- <( seille , faisant des évêques quoiqu'il ne le soit ttpas; n'ayant qu'une autorité purement hu« « maine , il se yante de pouvoir donner à d'autres a une dignité dont il avait autrefois été revêtu K sans l'avoir méritée, et qu'il n'a pas pu con- (( server »

Zozime mourut la même année , et Boni&ce , son successeur, ne soutînt pas les prc^tentions de Patrocle. L'évêque de Marseille fut rétabli dans ses droits de métropolitain j mais ce ne fut pas

' Non miror Proculum in ronsueta adhuc fronte durare^ et oblitum penitùs pudoris quotidiè dignd danmatione cornmàfere. Eocè cœtum vestrœ dilectionis , sud quoque sotâ notus eH tiuhatione confimdtt^ dan ipse Jàm non sit episcopus, episcopos facUt ^ humamu largitar alus se didt passe prœstareqaod datant siHaUquandbimmerith tenerenon pottdt,

Epist. Zoz. XII.

164 U15TOiK£

pour long -temps. Les évêques d'Arles firent Lientol revivre leurs prétentions qui paraissent avoir été définitivement accueillies.

Vers la fin du quatrième siècle^ les ordres monastiques furent introduits dans la Narbonnaise. llonorat, après avoir voyage dans TOrient^ | se fixa dans Pile de Lérins * oii vinrent le trouver un grand nombre de Cénobites. Un monastère fut bâti. Bientôt le monde religieux changea de face. Des idées étranges^ inspirées par une piété mal entendue qui corrompait les voies de rEvangilc, prévalurent généralement. On j dépouilla la vie de tous ses agréments pour Peutourer d'images sombres et d'objets alIreuiL. On voulut se rendre agréable à Dieu par une contemplation stérile, k Dieu qui a donné à la pensée humaine un principe d'activité et qui a fait du travail une loi de notre nature. On crut l'apaiser par le sacrifice continuel des larmes et de la douleur, comme si les malheurs insépai*able5 de notre condition ne lui suffisaient pas«

Au commencement du cinquième siècle, Jean Cassien fonda k Marseille deux monastères^ l'un de religieux et Pautre de religieuses. Le premier fut Tabbaye de Saint-Victor, célèbre parmi les abbayes des Gaules. Le second fut celui de Saint- Sauveur. Les moines de Saint-Victor étaient à peu

* Appelée plus tard Vile Saint-Uonorat.

près habillés comme ceux d'£gypte. ils portaient mr la pean un ciliée et par*dessu8 nne tunique de toile dont les manches n'allaient que jusques au coude y un cordon de laine pour serrer ce cilice autour du corps , un manteau et un capuchon. Cette abbaye y à laquelle les moines attachaient une idée de perfection et qu'ils appelaient la Porte du Paradis, éi^il située hors des murailles de la villes Elle renfermait plusieurs espèces de moines. Les uns, nommés Monachi adsuccur' rendum, étaient ordinairement des personnes d'une naissance illustre qui se revêtaient du sac de la pénilencc lorsqu'elles étaient frappées d'une maladie dangereuse dont elles n'espéraient pas la gucrlson. Elles portaient ce nom pour exprimer qu'elles imploraient les secours spirituels de la communauté , et se soumettaient à l'adoption de la discipline monastique, dans le cas oii elles recouvreraient la santé . D'autres étaient appelés Anachorètes. Brisant tous les liens qui les attachaient au monde, se condamnant à la plus étroite solitude, ils s enfermaient pour le reste de leurs jours dans une cellule à côté de laquelle étaient un petit jardin et une chapelle. Â leur entrée, on apposait le sceau de l'abbé sur la porte de cette cellule qu'on n ouvrait que lorsque le reclus était malade , pour lui

* Propè ei exirà tmovs emUUis MassiUm , disent les litres.

donner les soins nécessaires, sans pourtant le

faire sortir de cette prison éternelle.

Gassien forma à la vie monastique cinq mille personnes qui se dispersèrent dans un grand nombre de couTents. On ne connaît pas la patrie de cet homme si fameux dans les fastes de la primitive £glise* Il était Scythe , selon quelquesuns; Africain, selon quelques autres. Il en est qui ont écrit qu'il naquit à Athènes; d'autres enfin qu^il vit le jour à Rome. Le cardinal Noris* et Uolstenius ' le font naître dans laNarbonnaise. L'opinion de ces deux auteurs paraît être h mieux fondée*

Gassien, après avoir passé une partie de sa jeunesse dans le monastère de Bethléem en Palestine, alla conférer avec les solitaires de la Thébaïde et visita tous les monastères d'Egypte où il resta sept ans. Il se rendit ensuite k Gonstantlnople auprès de saint Jean-Chrlsostômc qui le fit son diacre; et lorsque ce Père deTEglise fut chassé de son siège par une faction ennemie, Cassien eut l'honneur d'être envoyé par le clergé de la ville impériale vers le Pape Innocent I ^ pour défendre la cause de son chef. A la mort de Ghrisostôme, Cassien demeura quelque temps à Kome pour combattre les opinions de Nestorius

• Historin Pelagiana , liv. u, ch. i.

* Codex Regularum , Prœfado^

D£ MAKS£1LL£. 167 qui faisaient alors beaucoup de bruit. Il y composa le traité De Jncarnatione F^erbij à la per* suasion de Léon, archidiacre de TEgllsc Pioraaine quiy à la mort de Sixte, lut placé sur le trône pontifical. Cassien fit aussi le livre des Conférences des Pères du Désert et plusieurs autres ooYrages de théologie.

Ses ouvrages rendirent son nom célèbre dans les Gaules j mais y causèrent des troubles religieux. Les disputes sur la grâce étaient alors fort animées. Les Pélagiens venaient d'être condamnés en Afrique, k Rome et en Orient. L opinion des Pélagiens, déjk marquée dans la troisième Conférence, était plus particulièrement développée dans la treizième. Saint Prosper^se crut obligé de la combattre, et écrivit son ouvrage intitulé : Contre F jiuteur des Conférences. Saint Augustin composa 5 dans le même objet , ses deux livres de la Prédestination des Saints et du Don de la Persévcrancc. Cassien enseigna, entre plusieurs autres points de doctrine, que l'homme peut avoir de soi-même le àésir de se convertir ; que le bien que nous faisons ne dépend pas moins de noire libre arbitre que de la grâce divine ; que cette grâce est gratuite; que Dieu cependant la donne , non selon sa puissance souveraine , mais selon la mesure de la foi qu'il trouve dans chacun , on qu^il y a mise lui-même ; qu'il y a réellement dans Thomme une foi que Dieu n'y

16d HISTOIRE

a pas mise, comme îl paraît par celle que le Christ loue dans le Cenienier de r£vaDgile.

Telle fat la doctrine qui excita a Marseille de violents troubles qui ne furent point apaisés parlesécritsdesaintProsper et de saint Augustin. Les opinions da Cassien se répandirent bientôt à Arles, a Lérins, partout où pénétra la treizième Conférence , et les personnes les plus illustres par leur instruction et leur piété les soutinrent avec ardeur,

Lëporius, qui embrassa la vie monastique k Marseille , sous Cassien^ posa les fondements de rhérésie de Nestorius, en disant que le Christ • n'était simplement qu'un homme j qu'il n'était pas né Dieu y mais qu'il avait été choisi par Dieu ; qu'il n'avait acquis la divinité que par le mérite de ses travaux et de ses souffrances ; qu'il avait vécu sans souillure, non par l'union du Créateur, mais par le bon usage qu'il avait fait de son libre arbitre ; qu'il n'était point venu au monde pour accorder aux hommes la grâce de la rédemption, mais pour leur donner seulement l'exemple d'une sainte vie.

Proculus occupait toujours le siège épiscopal de Marseille. La doctrine de Léporius lui parut impie et blasphématoire ; il la condamna. Ce moine se retira en Afrique, fut converti par saint Augustin, et, dans Tannée 428, envoya à Proculus une rétractation dictée par la plus

profonde humililé. Il s'y àvoue A coupable qu'il

ne sait par où commencer la confession do ses fautes, et qu'il ne trouve rien qui puisse Vetcuser. il altribue son égarement a son ignorance, à son fol orgueil , à son entêtement pernicieux* Tous ces vices ont régné eu moij dit-il, en sorte qœ je suis honteux de m'en être laissé dominer* Il confesse ensuite la divinité du Christ en ces termes : Je reconnais Jésus comme Fils unique de Dieu y qui étant né pour lui-même aidant les siècles^ procède du Père, et qui ajant été fidi homme pour nous , dans le sein de la Vierge Marie, par l'opération du Saint-Esprit, est né de Dieu. Léporius finît par une condamnation générale de toutes ses anciennes opinions , et parce qvfil serait , dit^il , trop long de rapporter en détail tout ce que nous avons amncé, nous déclarons avec sincérité que nous en admettons et en rejetons tout ce quen admet et en rejette tEglise Catholique ^ anathématisant les hérétiques Photin ^ Arius ^ SabeUius , yalenlin, JpolUnaire, Manès et tous les autres

Proculus mourut dans la même année et eut pour successeur Yénérius, prêtre et religieux du monastère de Saint-Victor. Cassien mourut à Marseille en 439, sous le règne de Théodose et de Yalcntinicn

* Bclsunce, Histoire des Evêquesde Marseille, tom. i, liv. ii, ' Histoire Générale des Auteurs Sacrés et Ecclésiastiques t tom. xuij pa^. 4i*

170 IIISTOIIIE

L'esprit humain subissait partout la triste influence des idées monacales. Un changement complet s'opérait dans les mœurs. Marseille se

distingua beaucoup moins par le goût des lettres et des arts. Les éeoles publiques qu! , pendant plusieurs siècles, avaient fait son ornement et sa Ivoire ^ étaient remplacées par d'autres écoles oil Ton instruisait les jeunes lévites destinés au ministère des autels* Si on cultivait encore les sciences profanes^ c'était avec une certaine modération^ surtout avec une certaine méfiance, parce <jue les payens les avaient jadis cultivées aTec succès, parce qu'elles avaient servi d'appui à 1( iir riante mylliologie. Pourtant les Pères de l'Ëglise se vouèrent avec ardeur à la culture des lettres grecques et latines ; ils les regardaient même comme indispensables a la foi en certaines occasions. «Oui, disait Tertulîen, la connaisc( sance de la théologie payenue, enseignée par les « poètes et les philosophes , est nécessaire aux «défenseurs de la vérité, soit qu'ils agissent « contre les idolâtres pour les réfuter et les <( combattre par leurs propres armes , soit qu'ils <( agissent contre les hérétiques dont les philo* (( sophes ont été les patriarches » Ces docteurs ne purent rien contre les préjugés du vulgaire. Les arts, d'abord accueillb avec indifférence,

' Advci sioi Ucrmogencm Liber.

ensuite vos a^ee mépris , ne furent enfin regardés que comme les idoles du mensonge» L'impukion était donnée. Une pente rapide entraînait vers la dégradation le peuple livré à des pratiques puériles. Le génie malfaisant dû-prosélytisme et de rintolérance faisait tous les jours de nou*- ▼eaux progrès. Bientôt, dominateur orgueilleux, il asservit les consciences a ses décisions arbi- . traires ; il fit gémir la raison dans des chaînes ignominieuses, et Tamour des études utiles s'éteignit , et toutes les facultés de l'homme dégé> nércrent. L'instruction se concentra dans le clergé. Les prêtres de Marseille furent renommés dans rOccidcnt par leur savoir ; mais quel savoir qui consistait le plus souvent à agiter avec sul>> tilité des questions oiseuses et de misérables argudes , sans profit pour l'intelligence !

Salvien se plaça avec éclat parmi les prêtres marseillais , et étendit au loin sa réputation de science et de sainlctc. Il nous dit clairement lui-même qu'il est né dans les Gaules ' , mais nous ne trouvons rien de bien précis sur Tannée ni sur le lieu de sa naissance. 11 paraît pourtant qu'il vit le jour quelques années avant la fin du quatrième siècle, etTillemont croit que ce fut en 390 On ne sait pas si ses parents étaient

« De Cubematione Dei j lîv. vi.

• Histoire Ecclésiastique y tom. xti.

eux-mêmes Chrétiens, oa s'il fut redevable k

d'autres des lumières de r£vangile. Il fit, dans sa jeunesse, une assez longue résidence à Trêves , etcpousaPalladie, fille d'Hypace, scîgneurpayen. Il eut de ce mariage une fille nommée Auspiciola. Après la naissance de cet enfant, Salvien, voulant atteindre ime perfection chimérique et des vertus que la nature condamne, frappe sans doute de Texemple de saint Paulin et de Thérasie, de saint Euclier et de Galla, qui faisait du bruit dans r£glise, r&olut de concert avec son épouse de garder la contînence et de renoncer au monde. Dès-lors y entraîné vers la vie religieuse par une vocation toute-puissante, il conçut du mépris pour les choses terrestres et vendit tous ses biens dont il donna le prix aux pauvres. Il sortit de son pays désolé par les Barbares, pour se retirer dans la Viennoise* qui obéissait encore aux Romains , et s'y fit estimer de saint Euchcr qui lui confia réducation de ses deux fils. Salvien vint ensuite chercher un asyle dans l'abbaye de Lérins, et quitta cette solitude pour s'établir à Marseille oîi il fut ordonné prêtre ^ Consulté par les prélats les plus illustres et honoré de leur confiance , il fut appelé le maître des évêques et devint Toracle de la théologie chrétienne. U parle lui-même avec humilité de la considération

* Geimade ^ De Fins lOustnbits,

B£ MARS£1JLL£. 173

dont il jouissait. « Je ne le désavoue pas, dit-il , « pour ne pas opposer l'ingratitude à la grâce que « les Clirctieiis me font. Mais en reconnaissant « qu'ils me l'accordent, je suis obligé de recontt naître aussi que je ne la mérite point. S'il y a « donc en moi quelque chose qui plaiseaux autres^ u cela ne vient point de moi. C'est un don que tt f ai reçu pour ^avautage des personnes à qui tt je puis être utile par ce moyen. Ainsi si je n'en (( &isais pas usage, je craindrais de leur refuser « une cliose qui leur appartient plus qu'a moi )) Salvien tonna avec une chaleureuse indignation contre les vices et les désordres dont il était le témoin , et ses écrits ont des beautés remarquables , quoiqu'ils ne soient pas toujours inspirés par un gout très pur ^ Il a une place distinguée parmi les plus éloquents Pères latins, et Bossuet ne parle de lui qu'avec éloge ^. Qu'il est noir son tableau des mœurs contemporaines ! Les anciens principes méconnus ; les liens de la société relu* chés ; la licence sans déguisement ; Texcessive inégalité des fortunes engendrant une foule de

* Mpistolœ,

" Salvien a composé un grand nombre d'ouvrages. Il ne nous en reste que deux qui sont : Advenus Avantiam LtM

Quatuor, 'i * De Gubernatione Dei de Justo Prœsentique Judicio Libri Octo.

^ U rappelle le saint et éloquent prêtre de Marseille.

Oraison Funèbre de la Reine d'Angleterre.

mauxj lés calculs insensés de Vavarice, passion ignoble qui dessèche le cœur ; les discours honteux el les postures indécentes qu'on souffrait sur le théâtre -, les succès de la flatterie y de la mauvaise foi et de l'intrigue; les emplois devenus le prix de Taudace et du crime ^ le despotisme sous toutes les formes : voilà le sujet des plaintes véhémentes de Salvieu. Nouveau Jérémie , il Versa des larmes amères sur les égarements de son siècle , et mourut a Marseille dans uu uge très avancé.

A peu près à la même époque, Victorin qui enseignait la rhétorique à Marseille^ , tandis que

Tn

déplora ^ dans des poésies chrétiennes, la dépravation des hommes de son temps. Le prêtre Musée jeta quelque éclat en se livrant à des travaux utiles. L'Eglise de Marseille estima son mérite. 11 fut chargé du ministère de la parole, et fit plusieurs homélies ou discours au peuple. Il dressa un Lectionnaire qui servit à faire Toffice divin avec plus de majesté. U donna ainsi l'origine de ce qu on a appelé Bréviaire plus tard

' On rappelle aussi Claudius-Marlus Victor.

* Musée composa encore un Sacramentaire , gros volume qui était divisé en plusieurs parties , suivant la différence des offices; des Leçons et des Psaumes qui se chantaient dans

Téglise. On y trouvait des prières que les anciens nommaient Contes tilt îoncs el qui étaieiiL proprement ce que nous appelons aujourd'hui Préfaces de la Messe. (Mabiiion, De Liturgid

Gennade, attache comme Musée au minisicre des autels, se lit aussi distinguer par ses travaux; mais il paraît quil avait plus d'érudition que de bon goût et de justesse d'esprit. L'antiquité nous fournit peu de lumières sur sa personne. Il est pourtant certain qu'il naquit dans les Gaules, qu'il fut prêtre a Marseille èt qu'il y composa un grand nombre d'ouvrages* 11 ne reste de lui qu'un traité sur les Dogmes Ecclésiastiques ^ attribué à différents auteurs, ma^s qui est sûrement du prêtre marseillais, et son Catalogue des Hommes Illustres, ou Auteurs Ecclésiastiques, que Ton regarde justement comme une suite de celui que saint Jérôme avait fait sur la même matière, à la fin du quatrième siècle Gennade , dans le traité sur les Dogmes, fait une exposition de ses principes sur la nature de l'ame , sur la grfice et le libre arbitre. 11 rejette les opinions d'Origène qui soutenait la préexistence des ames. Dans le CaLalo^ue des Hommes Illustres, il se déclare contre saint Augustin et affecte de lui appliquci ces paroles de 1 EcriLurc ; Quiconque parle beaucoup, ne matujuera pas de pécher 11 mourut vers Tan 493.

Le commerce se soutenait toujours à Marseille.

GalUc€m4.) Musée mourut sous l'empire de Léon et de Majorien, c'est-à-dire, vers Tannée 458.

' Hist. Littér. de la France, tom. ii, paj*. 634.

* Mabilloiiy Ânalcctonun Feterum. Tom. ii.

Celte ville n'avait pas cessé d'être Tenlrepôt des marchandises des Gaules et de celles qu^on y transportait des contrées les plus lointaines. Ses Yaisseaux fréquentaient les ports du Levant et toutes les côtes d'Afrique ^ d'Espagne et d'Italie. | Elle répandait dans les Gaules les chevaux dès Asturies et d'Andalousie , le papier d'Egypte qui fut en usage en France jusque dans le onzième siècle, le parfum et les riches pelleteries du Levant , et surtout les étoiles de soie qu'on tirait de la Perse et des Indes par Alexandrie. Le prix de ces étoiles devint excessif, et une grande quantité de numéraire passait chez l'étranger; Théodose le Grand se crut obligé d'interdire ce commerce dans l'empire ^

Un grand nombre de négociants juifs et grecs étaient venus s'établir à Marseille. Acti&, économes, patients, âpres au gain, ils ne négligèrent aucune espèce de prdfit et amassèrent de grandes richesses, en cmploy;^nt avec succès Pusure qui n'avait rien alors d'illicite. Les lois romaines lui étaient favorables, et les jurisconsultes qui n'en regardaient pas le profit comme conforme au droit naturel, ne le croyaient pourtant pas contraire au droit civil \ La loi mosaïque

' Papou , tom. n , pag. 7 cl 8.

* Vxura non naturâ pervenit , sed jure percipitur, Liv. iJWi. De Rei Find.

Usura pecuniœ quant percipimus infntctu non est , quia

qui défendait Tusure aux Juifs entre eux, leur permettait de prêter à gros intérêts aux étrangers ^

« Parmi cette foule de peuples barbares qui I inondèrent l'Empire Romain dans le cinquième f siècle, les Goths ont joué un rôle important dans rhistoire de nos contrées. La Nation Gothiqae qui habitait la Scandinavie, avait formé plusieurs établissements bien au-delà de cette grande péninsule. Garacalla entreprit vainement de la soumettre dans Pannée 215. Les Goths se partagèrent plus tard en deux peuples principaux. On appela Ostrogoths ceux qui étaient à l'orient de la Thrace, oii l'empereur Valens leur permit de rester lorsqu'ils furent chassés de leurs terres par les Huns , dans Tannée 376 ; on nomma Visigoths ceux qui avaient leurs habitations à roccident de cette province. Ces derniers, pressés par la disette des vivres et irrités des mauvais traitements qu4Is recevaient de la part des officiers romains, reprirent leurs courses et ravagèrent la Thrace et l'IUyrie. Ils furent enfin obligés de se soumettre à Tempereur Théodose qui leur accorda , en 382 , une partie de la Thrace et de. la Mœsie pour demeure. Ils servi-

non est ipso corpore, sed ex alid causd, idcst, novd obU^a- ^ tione. liv. xii , ff De Ferb, sigjiif.

* Non fœnerabisjmtri tuo ad usuram pecunkan^ nec fiuffes, nec quamlibet aliam rem, sed etiieno. Deuter, 23 ^ 19.

renl 6dëlementdans les armées romaines jusques après la mort de ce prince. Âiors ils recommencèrentleurs courses sous la conduite d'Alaric, leur roi, et ravagèrent trois fois Tltalie^ prirent et pillèrent Rome le 24 août 410. Alaric mourut quelque temps après, etÂtauife, son beau-frère, le remplaça.

LesVisigoths, conduits par ce prince, passèrent dans les Gaules. En 413, ils firent une entreprise sur Marseille qu'ils se flattaient de surprendre facilement. Boniface , qui avait mérité le titre de Comte par une bravoure a toute épreuve et par des services éclatants , organisa une si habile résislaiice et fit une défense si vigoureuse qu'AtauIfe fut obligé de lever le siège après avoir ét(' blessé et nprcs avoir éprouvé des pertes considérables. Il fut plus heureux devant Narbonne et Toulouse dont il s'empara. Ayant ensuite £aiit avec les Romains un accord en vertu duquel il devait se retirer en-delà des Pyrénées, il fut assassiné k Barcelonne par un de ses domestiques qui voulut venger le trépas de son ancien maître que ce prince avait &it mettre à mort.

Sigeric, successeur d'Ataulfe, ne régna que sept jours , au bout desquels les Visigoths, mécontents de son commandement, s'en défirent et placèrent W allia sur le trône. L'empereur Honorius fit avec ce nouveau chef un traité par

DE M A.RSEILLE. 170

lequel les Yisigoths devaient combattre en Espagne les Vandales , les Sucves et les Alains. Wallia exécuta fidèlement ce traité , et les trois peuples qui étaient la terreur de Tempire furent affidblis et resserrés. Wallia abandonna ensuite l'Espagne à Uonorius qui en échange céda aux Visigoths une partie de la Narbonnaise première, la Novempopulanie et rÂquitaine seconde^ depuis Toulouse, des deux cotés de la Garonne, jusqu'à Bordeaux etk TOcéan. Par cette cession Toulouse deyint la^ capitale du royaume des Visigoths.

Théodoric i succéda à Wallia. Il chercha à étendre sa domination au-dela des bornes qui lui avaient été prescrites, et éprouva quelques défaites qui furent loin de Tabattre. Littorius, général de l'armée romaine dans les Gaules, étant allé avec les Huns auxiliaires qu'il avait engages an service de Tempire , porter la guerre dans le cœur du pays occupé par les Visigoths, fat défait devant Toulouse^ fait prisonnier et mis à mort.

Attila , roi des Huns , envahit les Gaules. La crainte qu'inspirait ce terrible conquérant motiva ralliance de Théodoric et de Yalentinien m. Us l'att aq uèr en t dans les plaines de C hâlons . Le Fléau de DieuivX vaincu , mais Théodoric perdit la vie dans la bataille. Il eut pour successeur Tliorismond, son fils aîné, qui montra la même valeur,

et fut assassiné deux ans après par deux de ses frcresy Théodoric et Frédéric ^ • Le premier monta sur le trône des Yisigoths. Yalenlinien ayant été tué par deux soldats gépides, Maxime se fit proclamer empereur, et fut bientôt après massacré par le peuple de Rome assiégée par Genseric , roi des Vandales, qui trois jours après se rendit maître de cette capitale de l'empire Théodoric Il fit proclamer Avitus empereur d'Occident.

Âvitus perdit, huit mois après, la couronne et la vie. Le trône resta vacant environ un an ; après quoi Ricimer, maître de la milice , fit élire Majorien. Théodoric, indigné de la déposition et de la mort d' Ayitus , fit la guerre aux Romains et vint mcltre le siège devant Arles. La carrière des conquêtes s'ouvrait devant lui lorsqu'Euric, son frère, trancka le fil de ses jours ^, dans le temps que l'empire d'Occident était vacant par la mort de l'empereur Sévère que le Patrice Ricimer , depuis long-temps l'arbitre et le tyran de cet empire, avait fait assassiner, après avoir également fait assassiner Majorien. '

Tout changea de face dans l'Empire Romain qui s'écroulait de toutes parts. Ànthémius , successeur de Scvîjrc, n'était pas capable le soutenir*

D£ MARSEILLE. ISl Euric, dévoré d'ambition, joignant d'ailleurs l'intrigue à la terreur qu^nspirait la prospérité de ses armes, se rendit maître, dans moins de ciuq ans, de tous les pays compris entre l'Océan, la Loire, le Rhône et la Méditerranée, à l'exception de l'ÂUTergne qui finit pourtant par lui être cédée, et à ce prix la Provence fut conservée* Avant ce traité qui eut lieu en 475 , Sidoine-Apollinaire, cvequc de Clcrmont^ avait écrit à Grœcus, évéque de Marseille, une lettre qui démontre la grande influence que ce prélat marseillais exerçait sur les affaires de l'époque. « Rougissez, lui disait-il , de conclure un traité « qui ne peut être ni avantageux ni honorable. « Rien ne se fait que par vous. Dépêches , pro- « positions, accommodement, tout passe par «vos mains. Pardonnez, si je vous dis des vérités tt dures, c'est la douleur qui me les arrache; «mais puisqu^l faut l'avouer, rarement vous (( traitez les aâaires en commun , et s'il vous « arrive de vous assembler , vous travaillez plutôt « pour vos intérêts particuliers que vous ne songez «à porter remède aux malheurs publics'.» C'est à la suite des propositions de Gr^cus, unies % celles de trois évêques, Léonce d'Arles, Basile d'Aix et Fauste de Riez , que fut consentie la ce^ion de PAuvergne, et la lettre de Sidoine-

'Papon. Tom. u, pag. 37.

m HISTOIRE

Apoilinaire est relative à ces propositioixs ,

Graecus avait remplacé Eustaïc sur le sicge épiscopal de MarseUle* Eustate avait succédé à Yénérius, successeur de Proculus.

L'Empire Romain s'était éteint en Occident ,

dans ranarchic et les calamiLes. Euric, posses- ^ seur paisible d une grande partie des Gaules y

voulut étendre sa domination au-dclk du KLùnc ,

et se renifit maître de la basse Provence en 480*

Marseille fut assujettie à sa puissance, et Arles devint le- siège de sa Cour et la capitale de ses Etats. La haute Provence était possédée par les Bourguignons qui passèrent le Hhin Tan 407 ^ s'établirent en 443 dans la Savoie qu^Aétius , général romain^ leur abandonna^ et s'étendirent ensuite dans la Lyonnaise, le Dauphiné et jusqu'à la Durance.

Euric mourut quatre ans après, dans la ville d'Arles, au milieu de ses prospérités, et après avoir rempli le monde du bruit de sa renommée. Alaric sou iib, le remplaça sur le trône des Visigoths. Les commencements du règne de ce prince, qui était alors £ort jeune, furent assez tranquilles* Bientôt gronda un orage terrible. Après l'irruption dans les Gaules de tant de hordes germaniques, la redoutable nation des Francs était aussi venue y prendre sa part de conquêtes, et cette part , mesurée sur sa valeur, ne pouvait être que large. Clovis voulait étendre

la domination que les quatre rois , ses prédécesseurs, avaient établie en -deçà du Rhin; il n^aspira k rien moins qu'à la monarchie de toutes les Gaules.

Alaric , alarmé de ses victoires et de son voisinage^ s'appuya sur Talliance de Théodoric^ roi des Ostrogotks, qui régnait glorieusement en Italie. Cette alliance lui était d'autant plus né* cessaire que Gondebaud^ roi des Bourguignons, venait de lui enlever toute la basse Provence , à l'exception d^ Arles et de son territoire ^ L'ambi?* tion des Bourguignons visait depuis Ion g- temps à cette conquête, ils désiraient d^atteindre le rivage de la Méditerranée , et leur désir fut comblé par la possession de JMLarseille et de son littoral ^

Ciovis, baptisé depuis peu de temps par saint

Kemi, était cher aux Romains et aux Gaulois par son catholicisme, et Àlaric leur était odieux, parce qu'il professait les opinions d'Arius. Ce prêtre de l'église d'Alexandrie avait soutenu que le Christ a est point égal à son pcre, ni de même nature et essence que lui, par conséquent qu'il uV'sl point Dieu. Le concile de Nicée , qui fut le premier des Œcuméniques, proscrivit cette doctrine qui fut embrassée par les Goths et par

' Grégoire de Tours , iiv. ii, ch. xxxu. • En 484.

d'autres Barbares nouTeUement convertis au

Christianisme. Clovis, qui se proposait depuis long-temps de tourner ses armes contre Âlaric , trouva un prétexte de guerre dans la différence des deux communions* Ù publia qu'il allait détruire rArianisme, pour se rendre favorables les populations soumises à l'empire des Yisigoths. Les deux armées se rencontrèrent dans les plaines de Vouglé, près de Poitiers* iie choc fut vif de part et d'autre. Mais Âlaric, aussi habile , aussi brave que son rival , fut moins heureux que lui. Cette bataille mit le comble à la fortune et ^ la gloire deClovis. Alaric fut tué de sa main, les Yisigoths taillés en pièces. Toutes les provinces possédées par eux subirent la loi du vainqueur, à l'excep* tion du Languedoc et d'Arles. Glovis yint mettre le siège devant cette ville oîi il y avait déjà une armée de Bourguignons qui attendaient lé roi des Francs pour faire cause commune avec lui. Le siège traînait en longueur, et Tarmée de Théodoric , sous les ordres d'ibbas , un de ses généraux^ s^avançait au secours des Yisigoths. Ceux-ci furent vengés par la défaite des Bourguignons et des Francs.

Les Yisigoths avaient besoin d'un prince qui eut la main assez ferme pour tenir le sceptre , dans les circonstances difficiles ou ils se trouvaient. Amalaric , fils légitime d' Alaric était encore enfant, et ne pouvait remplir les espc-

rances de la nation. U fut envoyé en Espagne , et Von proclama roi k sa place Giselic^ son frère ' naturel. Ce choix ne fut pas à la convenance du roi des Ostrogoths qui fit prononcer la déchéance de Giselic, et replaça la couronne sur la téte d'Âmalaric qui était son petit-âls et dont il se déclara le tuteur. En même temps, stipulant pour son pupille^ il fit un irai lé avec Gondebaud qui lui céda toutes ses possessions de la Provence. 11 en fit un autre avec Glovis, auquel il abandonna les pays que les Francs avaient conqub sur les Yisigoths qui ne retinrent de leur vaste établissement dans les Gaules que les huit cités de Narbonne, Béziers, Agde, Montpellier^ Lodcve, Mîmes ^ Carcassonne et Perpignan ; ce qui forma depuis la province de Septimanie ou Gothie.

Théodoric gouverna la Provence en qualité de tuteur d'Âmalaric. 11 s^attira Tafifection des peuples par sa sagesse et sa justice. 11 eut soin principalement de punir les vexations des publicains et de faire garder aux troupes la discipline milituîx^e la plus rigoureuse. U prit tout ce qu'il y avait de bon dans Torganisation romaine , et rétablit k Arles le siège de la préfecture des Gaules que les Visigoths avaient abolie. Il confia cette charge importante aupati ice Libère, romain d'un rare mérite. On peut juger de Tamour de ce prince pour ses sujets par la lettre qu il écrivit à Gémellus^ vicaire de Libère ; « Gonformeas-vous si

iSG HISTOIRE

« exactement à vos instructiom , lui mandait-iK

(( que la province retrouve eu vous les sentiments (c romains dont je sub animé. Elle a besoin d'une « administration sage qui répare les maux qu'elle c( a soufferts. Faites^'lui aimer notre autorité , « détournez les maux qu'elle éprouvait quand n elle était réduite à souhaiter de Tivre sous la ce domination romaine ^ )) 11 nomma Marabadus gouTemeur de Marseille, et écrivit à ses habitants une lettre conçue dans les termes les plus honorables. U établit dans cette ville de grancls magasins de grains, et la destina k Tentrepôt des munitions nécessaires à ses troupes. U mourut à Rome Tan 526 , laissant deux petitsrfils, Âmalaric dont il avait gouYerné les Etats pendant la minorité de ce priace, et Alalaric, fils d'Âtalasonte sa fille* Ce dernier fut élu roi des OstrogotliSj mais il se trouvait en minorité sous la tutelle de sa mère qui prit les rênes du gouvernement.

Gondebaud^ roi. des Bourguignons, était mort en 516, et avait laissé deux fils nommés Sigismond et Godomar. Le premier lui succéda. Les fils de Clovis lui déclarèrent la guerre. Il fut vaincu, et ses sujets le livrèrent à Clodomir , roi d'Orléans, en 523. Godomar monta sur le trône des Bourguignons Tannée suivante, et

' Cassiod. Epit. xvii.

Glodomir fit massacrer Sigismond, sa femme et ses enfants. Ensuite il marcha contre Godomar, le joignit aux environs de Vienne, lui livra bataille, fut pris et mis à mort. Godomar victorieux fit une paix honorable avec les Francs et une alliance oilcnsive et défensive avec Âmalasonte qui lui céda la haute Provence. Cependant peu d'années après, Ghildebert, Glotaire et Thierry envahirent le royaume des Bourguignons. Amalasonte secourut Godomar qui n'en fut pas moins vaincu et &it prisonnier, et, en 534, les trob princes francs partagèrent entre eux ce royaume qui avait environ cent ans d'existence.

Dans ce partage, Théodebert, iils de Thierry, demeura maître delà haute Provence, et la partie de cette province qui appartenait aux Ostrogoths eut bientôt le même sort. Atalaric mourut la même année , et Amalasonte plaça sur le trône Thëodat , son cousin germain , qu'elle épousa. Ce prince dénaturé fit assassiner sa bienfaitrice. Les rois francs et Justinien , empereur d'Orient, al* laient s'unir contre le chef ostrogotli, et Bélisaire conduisait en Italie son armée victorieuse de l'Afrique • Théodat, dans ce pressant danger^ oflfrit aux princes francs deux mille livres pesant d'or et toutes les contrées que les Ostrogoths possédaient en-deçk des Alpes , sous la condition que les Francs se ligueraient avec lui contre Justinien. Le traité aurait été conclu si Théodat

n*eutélé égorgé par un nommé Optaris^ au milieu de ses négociations. Yitigès^ son successeur^ lit la cession projetée. Les Francs prirent possession de la Provence en 536, sans secourir les Ostrogoths dont la domination s'éteignit ainsi dans notre contrée. Elle succomba un plus peu tard en Italie sous les armes impériales, et Totilafîit le dernier roi de ce peuple guerrier

Ainsi, dans une période de cinquante-six ans^ Marseille resta d'abord sous Tempire des Yisigoths , ensuite des Bourguignons , et enfin des Ostrogoths.

U est bien difficile de fixer sa position morale

et politique sous cette domination. Nous ne . pouvons fiiire que des conjectures;

Lorsqu'Euric s'empara de Marseille eu 480 , elle était depuis long-temps divisée en deux parties, la ville haute et la ville basse. La première, bâtie sur l'emplacement de l'ancienne citadelle , é!tait habitée par un grand nombre de Romains. La seconde partie , c'est-à-dire Marseille propre* ment dite , la cite des Phocéens , se gouvernait par ses lois. En 480 avait-elle encore son an-* lique coiisLitution des ïimouqucs? U est probable

que ce gouvernement avait subi des modifications

successives , et que perdant enfin ses formes républicaines les mieux caractérisées , il s'était

' En 553.

fondu dans un simple régime municipal. Marseille avait toujours eu sous les yeux le modèle de ce régime qui avait de fortes racines dans les

mœurs et les habitudes des Gaulois. Jadis les

héréditaires, choisissaient lenrè magistrats. Elles forent transformées en Municipes que gouveruèrent leurs magistrats électifs. De nouvelles assemblées générales succédèrent à celles où les Gaulois discutaient les affaires d'intérêt public. Borne leur labsa le libre exercice de Tadministratioii locale. Les cités curent leurs milices qui servaient tantôt -contre les cités voisines, tantôt contre les étrangers, ennemis des Romains. Elles eurent aussi leurs revenus qui consistaient dans des octrois et le produit de certains biens-fonds. Dans toutes les Gaules on rencontrait^ à coté des douanes impériales^ des bureaux appartenants aux cités pour la perception de leurs octrois. Mais les Curies furent organisées d'une manière si peu en harmonie avec les idées que nous nous formons des fonctions municipales, qu^elles parurent moins un honneur qu'un embarras et un fiirdeau. Les habitants qui ne possédaient pas rétendue de terrain hxée par la loi n'étaient pas admis k exercer les droits municipani: , et ceux qui la possédaient et qui devenaient membres de la Curie n'avaient pas la faculté illimitée d^aliéner .leur domaine. Les Décurions faisaient

tous leurs efforts pour échapper aux séyères et pénibl.es devoirs de leur condition^ et on promulgua une foule de lois pour obvier aux subter* fuges qu il^ oinployaicnt* Saint Ambroisc, archevêque de Milan, se plaignait à l'empereur Théodosc de ce qu'on enlevait les prêtres au ministère des autels pour les rendre à la Curie , et les Juifs, que poursuivait 1 auimadversiou publique, ne furent pas exempts des charges municipales *.

Les Goths et les Bourguignons respectèrent les institutions romaines qui eurent toujours pour eux un prestige imposant. Ils cédèrent k Tautorité morale des lois, à rascendaiit des dignités et des magistratures du grand peuple. Ces guerriers de rinvasion enlevèrent seulement aux habitants des Gaules une partie des terres ; c'est là sans doute une bien grande violence, mais elle est plus supportable que celle qui s'exerce sur les habitudes, les mœurs, les opinions et les souvenirs , toutes choses qui constituent 1 indiyiduaUté des nations. Les lois des Barbares ne furent point communes et territoriales. Le Bourguignon était jugé par la loi des Bourguignons; le Gkith, par la lot des Goths j le Aomain, par la Loi Romaine ; et, bien loin qu'on songeât dans ces temps-Ià à rendre uniformes les lois des peuples conque-

* B.aytiottàrd| Histoire du Droit Municipal » 1 1.

rantS) on ne pensa pas même à se faire législateur du peuple iraincn

Les Barbares ne portèrent donc aucune atteinte aux institutions marseillaises qui furent uniquement modifiées par le temps , les événements extérieurs et la force des choses. Marseille ne fut point soumise aux lob civiles des Yisigoths , différant peu des lois romaines ; ni k ces fameuses Lois Gombettes si bizarres et si extraordinaires, qui y par respect pour la sainteté du serment y et pour qu^on ne jurât plus sur des faits obscurs, ou qu^on ne se parjurât point sur des choses cer* taines , introduisirent le combat judiciaire qui eut ensuite ses règles et sa jurisprudence, comme nous renseigne Beaumanoir \ Quelle que fut la forme des institutions de Marseille à l'époque de la conquête d'£uric , il parait qu'elle ne perdit son euionomîe qu'en fléchissant sous le joug de ce prince ^. Nous ne pouvons admettre qu'elle Tait conservée plus long-temps ; nous ne pouvons croire que les Yisigoths , qui exercèrent d uue manière rigoureuse les droits de la conquête, puisqu'ils dépouillèrent les vaincus d'une partie de leurs terres, aient laissé aux Marseillais Tin-

* Esprit des Lois , liv. xxyni, ch. ii.

* Goatmne de Beauvoisis.

'Nousne voulons parler ici et plus bas que de la ville basse, la ville haute, soumise aux Romains, ne fit que passer d'une dominatioii à une autre, en passant sous la puissance d*£ur(c.

192 HISTOIRE dcpcadance du gouvernement. £li! pourquoi tant de ménagement et defareur? Pourquoi Marseille n'aurait-elle pas subi le âoi t des autres cités subjuguées? Les Barbares ne lui étaient unis par aucun lien d'affection cl de reconnaissance, et elle n'était pas protégée contre eux , comme elle Tavait été coalrc les armes de Ccsar et des empereurs romains , par le souvenir de la fidélité le plus constante et la plus honorable qui fut jamais. Les lois civiles et municipales que les Gotlis et les Bourguignons laissèrent a Marseille, en ne lui accordant aucune faveur particulière, puisqu'ils laissèrent les mêmes lois aux autres villes de leur domination , ne constituent pas la liberté du gouvernement politique et Texercice du pouvoir souverain que ces conquérants se réservèrent.

Seulement le système municipal de la ville basse dut conserver le type de ^ancienne admi* nbtration , avant et après la conquête d'£uric. II dut être conçu sur un plan assez large. Ce serait une erreur de croire que la religion catholique ait resserré ce plan et ait porté atteinte aux franchises et aux formes municipales. Le Catholicisme y dans sa naissance, n'était point Fami du despotisme. 11 ne se faisait pas un plaisir et un devoir de frapper d'un ridicule anathême les droits imprescriptibles du peuple , d'oU éma* nent tous les pouvoirs de la société. Ce culte fut

D£ MARSëILLË. 193

intéressé a maintenir Télection , partie essentielle dtt régime municipal , car il en usait luimême pour le choix des pasteurs. Il adoptait pour la nomination des ëvéques les formes élec* torales prescrites pour la nomination des n^agis* trats. C'est ainsi que les che& de chaque église, investis de la confiance publique , exerçaient pour le bien de tous une plus grande autorité morale. Le droit d'élection des évéques formait alors un droit commun et invariable^ reconnu par le Pape 5 qui lui-même n'était que l'évêque de Rome. Mous avons vu que Zozime, mécontent de la conduite de Prociilus, écrivit au sénat, au clergé et au peuple de Marseille d'élire un autre évêquc.

La domination dés Goths et des Bourguignons est digne de fixer l aUcntion, sous plus d'un rapport. Elle est surtout remarquable sous le rapport religieux. Elle fit un bien immense, en arrêtant dans sa marche le pouvoir sacerdotal qui, depuis Constantin, avait pris une extension rapide. Les ordres monastiques se maintinrent, mais ne se propagèrent pas. Quelques princes ariens suscitèrent des embarras au Catholicisme; mais ils eurent la sagesse de ne pas le persécuter ouvertement et d'en tolérer le culte public et les pratiques. Sous leur règne , les catholiques continuèrent d'élire librement leurs évéques. Le service des autels ne fut pas interrompu. Nous I- là

ne voyons aucun système de violence, aucun acte cruel de fuiatisme, aucun martyr. Quant à Théodoric, il ne se borna pas k tolérer dans ses £tats Texercice de ia religion catholique ; il en protégea les évéqnes et accorda des privilèges aux églises. Ou tiiit^ sous son règne, des conciles aussi librement qu'on Tavait fait sous les empereurs. Saint Césaire présida plusieurs de ces assemblées ^ et il est étonnant qu'aucun évèque de Marseille n'y ait assisté , ni par luimême, ni par ses députés. Quel en peut être le motif ? Ces prélats^ déciius de leurs prétentions sur la seconde Narbonnaise, ne s'étaient-ils pas encore soumis il la métropole d'Arles? refusaient-ils d'en reconnaître la primatie ? les considérait-on comme n'étant attachés k aucune province? C'est sur quoi on ne peut avoir que des conjectures fort incertaines

En général I le gouvernement des Goths et des Bourguignons lut assez éclaire. Cependant^ et cela se conçoit, les évéques catholiques ne supporte! ont qu avec impatience cette domination, et appelèrent de tous leurs vœux celle de Clovis qui s'était déclaré le protecteur de leur foi. Sous l'empire d'Alaric u , Yolusien y évéque de Toulouse^ fui un de ceus: qui déguisèrent le moins leurs sentiments* Le roi des Goths en fut instruit^

* Belsiuic<$, Hist. des Ëvéïpies de Marseiile, tcan. Ut. ui.

et craignant que ce prélat ne portât par ses discours les peuples à la révolte et nintroduisit les Francs, ses voisins, dans la Touraine, il crut devoir prendre ses sûretés. Il fit arrêter Yolusien, le lit conduire h Toulouse, pour qu'il y rendît compte de sa conduite, et Texila ensuite en Espagne. Volusien s'étant mis en chemin pour se rendre au lieu de son exil, mourut a quelque distance de Toulouse, Une ancienne tradition rapporte qu'après que ce prélat eut souffert la prison a Toulouse, ses conducteurs qui remmenaient en Espagne lui tranchèrent la téte , en haine de sa religion, dans le voisinage 4u Château de ioix oii son corps fut inhumé. En supposant que celle tradition soit conforme à la vérité , il n'est pas établi qu'Âlartc ait commandé luimême ce meurtre, et d'ailleurs Volusien n'avait pas été exilé à cause de ses opinions religieuses, mais bien à cause de sa conduile politique et de sa haine prononcée pour le gouvernement des Yisigoths. Tout indique donc que TEglise des Gaules vit des jours tranquilles sous le pouvoir des Barbares. Celle de Marseille n'eut aucune agitation durant cette période; Honoré et Eméthère en furent successivement les évêques. Honoré possédait à un degré éminent le talent de la parole, et prêchait avec une admirable facilité. Il citait si à propos des passages de l'Ecriture qu^on eût dit qu'il la savait toute par cœur. H

composa en forme d'homélies plusieurs discours que nous n'avons plus et dans lesquels il s'attachait à combattre les diverses hérésies. Il écrivit aussi les Vies des Saints Pères, et surtout celle de saint Hilaire d^ Arles, dont il avait été le disciple. Quant à Eméthère, il ne se distingua par aucune qualité remarquable*

Le commerce ne fut pas négligé, et les Mar« seillais continuèrent de marcher dans les voies qu'ils s'étaient tracées , depuis la perte de leur prépondérance. Les Barbares dédaignaient de se livrer aux opérations commerciales , mais ils voyaient avec plaisir que les vaincus s'y livrassent. Ils sentaient le prix des jouissances que l'industrie procure et des besoins qu'elle satis- &it. Marseille conserva^ sous leur empire, son droit commercial et marUimc légèrement modifié par la législation des provinces gauloises dont les peuples du Nord s'étaient emparés. Cette législation était romaine. £lle n'avait pas pour base le code Théodosien, très incomplet sur le droit maritime et sur toutes les matières qui donnent lieu à de fréquentes transactions commerciales. £lle reposait sur l'Ëdit perpétuel, rédigé par l'ordre d'Adrien, vers l'an 131, les commentaires dont il avait été l'objet, les ouvrages des jurisconsultes dont les fragments devaient bientôt être recueillis dans le Digeste. La Constitution faite par Yalentinien m, en 426, sur l'autorité que de<-

vaient avoir aux yeux des juges les citations de plusieurs jurisconsultes, les écrits de Scœvola, de Sabinus^ de Papinien, de Paul , de Caïus et d'UU * pieu, étaient la règle des jugements. Si l'on trouve à peine quelques mots dans les lois des Barbares qui puissent se rattacher au commerce maritime, tels que l'addition première, § 7, du Code des Bourguignons, et l'article i 19 de ïiiàéxl de Théodonc , c'est précisément parce que ces lois se taisaient, qu'il ^lait bien qu'une autre parlât, et cette loi ne pouvait être que ce qui avait été jusques alors pratiqué, c'est-à-dire, le droit romain

La loi des Yisigoths accorda aux marcliands étrangers le droit d'être jugés, suivant leurs lois, par ceux qui présidaient à leurs comptoirs * et par leurs propres jugrs appelés alors Tolonarii^ ou autrement Bayles et Prieurs des marchands ^. Elle déclara, dans l'intérêt du commerce, que le propriétaire d'une cLose volée ne pouvait la revendiquer entre les mains du possesseur de bonne foi ^. Disposition importante qui a fait naître le principe maintenu par les

' Pardessus , CoUecdon des Lois Bfantimes , tom. x.

* Zex ff^isigoth, lib, xz, tit. m.

' Mascardusy de Jure MmaUman^ Ub, m, cap, vL^^Azimiy Origine et progrès du Droit et de la Législation maritime.

^ Lex f^isigoth, Ub. xi, Ut, m.

codes français, après douze siècles d'expérience : En fait de meubles j la possession vaut titre \

Passons maintenante la domination des Francs.

D'après Tusage de celte nation , les fils du roi, à la mort de lenrpère, se partageaient le royaume, comme un bien patrimonial, et ces démembrements étaient une source de guerres et de maihieurs. Théodebert, vainqueur des Ostrogoths et des Romains, rentra triomphant dans ses Ëtats. Justinien s eiiurca néanmoius de gagner les Francs , en leur cédant la Provence qui était déjà en leur pouvoir, et sur laquelle il n'avait plus que des prétentions illusoires. Tbéodebert affectait de le braver, et ne se préparait à rien moins qu'à porter la guerre à Gonstantinopla, lorsqu il ni o unit avant l'agc de 50 ans. Théodebalde, son fils naturel, lui succéda, car les enfans illégitimes n'étaient point exclus alors du tronc. Il ne régna que au. ans, et sa succession passa k Glotaire, roi de Soissons, qui, par la mort de Cbildebert, son frère, roi de Paris, se vit maître de toute la monarchie en 558. Glotaire mourut quatre ans après^ et son royaume fut partagé entre ses quatre fils, Caribert, Contran, Chilperic et Sigebert. A cette époque la Provence était divisée en deux provinces. La Province Marseillaise comprenait les diocèses de Marseille,

' Gode civil, art. «279.

DE MAAS£ILL£. 199 d'Avignon et d'Aix; la Proyince d'Ârles comprenait tout le reste. Sigebert, m d'Austrasie , eut dans son partage la première province , et Gontnm, roi de Bourgogne, la seconde.

La sagesse de ces deux princes semblait annoncer des règnes tranquilles; cependant les discoT'* des^ les traliisons et les crimes firent de la maison royale et de la Franck un théâtre inondé de sang. Les deux frères se déclarèrent bientôt la guerre et se disputèrent la ville d'Arles sur laquelle Sigebert croyait avoir des droits, quoique, par le partage, elle fut du domaine de Contran. Fir^ min et Audovar, cçénératix de Sigebert , se rendirent maîtres de cette ville, et Gontran envoya le- patrice Gelse à la tete dhine armée pom la reprendre. Celse s'empara d'Avignon qui appartenait à Sigebert; il alla ensuite mettre le siège devant Arles oii il entra après avoir battu les généraux de Sigebert. Les hostilités cessèrent bientôt^ et la ville d'Avignon fut rendue au roi d'Austrasie.

La Provence ne jouit pas long-temps de la paix , et eut à repousser une invasion redoutable. L'eunuque Narsès, premier ministre à la cour de Constantinople , irrité d'une injure reçue de l'impératrice, avait, pour se venger, attiré les Lombards en Italie. Ce peuple, après y avoir fondé sa domination, résolut de passer les Alpes. Une première bande battit les géné-

200 HISXOIKË raux de Contran, ravagea plusieurs villes de rancieaae Viennoise, et retourna chargée de dépouilles. Ijes Lombards reparurent Tannée suivante, sous la conduite de trois che&, Amon, . Zaban et Rliodanus. Le premier, après avoir ravagé toute la haute Provence jusqu^aux portes d'Avignon , s^avança vers Arles d^où il fut repoussé. Jetant partout la terreur et la désolation , mettant tout à feu et k sang, il traversa la Grau et se présenta devant Marseille. 11 trouva la ville bien fortifiée, et désespéra de la prendre d assaut. Son plan de campagne ne lui permettant pas de s^ arrêter davantage, il se porta à Aix dont il forma le siège. Les habitants, tremblant devant ses armes, lui comptèrent vingtdeux livres pesant d'argent pour qu il se retirât. Sur ces entrefaites, Mummolus, habile général à qui Contran donna le commandement de ses troupes, battit, non loin d'Embrun, Zaban et Rhodanus. Leur corps d armée fut contraint de repasser les Alpes , et Amon ayant appris la défaite de ses deux collègues, et craignant d'être enveloppé par Mummolus , eut grand* peine 2i

regagner rUalic.

Les Saxons s'étaient associés à la fortune des Lombards pour la guerre et les conquêtesj mais ces derniers refusèrent de les faire entrer en partage de la. contrée italienne a laquelle ils ont donne leur nom, et les Saxons, qui n'avaient pas

assez de forces pour faire valoir leurs droits, reloumercnt dans leur patrie , en prenant le chemin des Gaules. Ils en obtinrent le passage à prix d'argent; et quoiqulls ne se présentassent point en conquérants, ils causèrent de grands dommages en Provence et y laissèrent des traces de barbarie. Marseille, éloignée de la route qu'ils suivirent , n'eut rien a en 8ou0rir •

Sigebert fut assassiné au milieu de son armée par deux scélérats qui étaient l'instrument de Irédégonde, sa belle -sœur \ Les excellentes qualités de ce prince, si rares dans ces siècles d'horreurs, lui méritaient une fin plus heureuse.

Il eut pour successeur son fils Ghildebert, alors âgé de cinq ans, et qui, deux ans après, fut adopté par son oncle Gontran , roi de Bourgogne. Celui-ci qui n'avait aucun port de mer, sentait la nécessité d'en avoir un pour ses vastes Etats. 11 demanda la moitié de Marseille toujours divisée en deux parties , la ville haute et la ville basse. Chlldcbert fut contraint de céder à son oncle cette dernière. Théodore, alors évêque de Marseille, convaincu que les intérêts de CLlldebert dont il avait vivement épousé la cause, venaient d'être sacrifies, ne dissimula pas ses sentiments, et la discorde ne tarda pas à éclater entre lui et le patrice Dyname , envoyé par Gontran en qualité de gouverneur.

• En 575.

Dyname, célèbre dans le<; écrits des hommes distîngaés de son temps, était issu d^une ancienne famille gauloise, et avait reçu une éducation conforme k la noblesse de sa naissance. Il s'appliqua k l'étude des lettres et principalement . à la cnltore de la poésie oii il se rendit habile au* delà de ce qu'on l'était en son siècle ' • Il se maria fort jeune et entra de bonne heure dans les charges publiques

Les querelles de l'évêque et du gouverneur engendrèrent de grands troubles k Marseille. Dyname fit emprisonner Théodore , et ce prélat , ayant trouvé le moyen de sortir de prison, résolut d'aller à la cour d'Âustrasie implorer le secours du roi CliildeLert. 11 fut, sur Tordre de Contran, arrêté dans sa route par Jovin, officier de Dy* name. Ses ennemis aceucillireut la nouvelle de son arrestation avec des transports de joie. Les prêtres de Marseille dont il était liai, parce qu'il voulait faire de sages réformes dans son diocèse , travaillaient sourdement , de concert avec Dyname, à le faire déposer. Lorsqu'ils le virent

> Dyname avait envoyé quelques-unes de ses poésies à Fortunat, évéque de Poitiers, lorsque celui-ci était à la cour

d'Austrasie, comme rindiquc le vers suivant d*une de ses réponses.

Massiliœ tihi régna placent^ Gemuada nobù* Tous les poèmes de Dyname nous manquent * Duchesne, ffiftome Frtmcorum scnptores, ete,^ Histoire littéraire de la France, tom. m.

arrêté > ils crurent qu'il serait condamné à un exil perpétuel. Dirigés par Ânastase^ abbé de Saint-Victor j qui, dans ces circonstances, se signala par ses emportements, ils s'emparèrent des maisons qui appartenaient à TEglisc , disposèrent des emplois, ouvrirent les archives, pillèrent les greniers^ s'emparèrent de tous les biens de révêque, et l'accusèrent de plusieurs crimes dont la fausseté était évidente*

Ghildebert devenu plus puissant, et ne se croyant pas lié par la cession qu'il avait faite à son oncle, lui redemanda la partie basse de Marseille. La voie des négociations ayant été infructueuse, il résolut de reeourir k celle des armes. U ordonna à Gondulpke, lieutenant de ses armées, de se diriger vers Marseille et de s'en rendre le maître. Gondulphe rencontra en chemin révêque Théodore qui avait une seconde fois rompu ses fers «t se retirait vers le roi d'Âustrasie. Le prélat se joignit à lui, et tous deux arrivèrent devant la ville dont ils trouvèrent les portes fermées. Un acte de perfidie de Gondulphe les fit ouvrir. Il fit proposer à Dynamo une entrevue dans l'église de saint Etienne située assez près des remparts. Il est probable que c'est la même que nous appelons aujourd hui Notre-Dame du Mont ^ Dyname s'y rendit sans

* Hîst. des ËTéques de Marseille, tom. i. Ut. m.

méfiance, mais pourtant avec une escorte. A rinstant où il entra dans l'église , des soldats , apostés par le lieutenant de Ckildebert, écartèrent ses gardes y et fermèrent les portes, sans qu'il s'en aperçût. Aprës une conTersation qn'ils eurent près de Tautely sur différents objets , ils s^en éloignèrent et entrèrent dans le saluiatoire. C^est le nom qu'on donnait a des salles oii Ton plandait les causes de la juridiction ecclésiastique. On y tenait aussi des synodes. Dyname y étant entré fat dépouillé de ses habits et accablé de reproches; et comme ses gardes qui étaieni restés dehors poussaient des clameurs, Gondulphe les iit charger et mettre en fuite. Le p^trice se voyant à la disposition de ses ennemis, fit tout ce qu'ils voulurent. 11 prêta serment de fidélité au roi Ghildebert et à Théodore, et s'engagea k replacer la ville sous leur autorité. 11 accomplit sa promesse. Gondulphe et Tevéque entrèrent dans Marseille comme en triomphe, environnés de drapeaux, au milieu des acclamations populaires. Anastase et les autres chefs du clergé les plus compromis yinrent chercher un asyle dans la demeure de Dyname et implorèrent sa protection. Mais rien ne justifia leurs craintes et ils n'eurent à soufirir aucune violence

Gondulfe, après avoir placé la ville basse sous

' Greg, Turan, Ub, vi » cap, ii.

l'obéissance de Childebert^ et rétabli Théodore sur son siège , alla à la cour de son maître lui rendre compte du succès de sa mission. A peine fbt*il parti, que Dyname, oubliant son serment, s empara de la ville inférieure et représenta au roi Gontran l'évéque Théodore comme Tennemi de sa puissance, ajoutant que jamais il ne jouirait dans Marseille de la plénitude du pouvoir royal, tant que ce prélat eu occuperaiL le siège. Gontran s'écria dans un mouvement de colère: Que l'ennemi de ma couronne soitenvoj é en exil^ £^n qufU ne puisse plus me nuire à l'menir* L exécution de cet ordre avait ses difficultés. 11 n'était pas prudent de se saisir de l'évéque dans la ville, parce qu'il y avait de puissants amis prêts à le défendre, et Théodore soupçonnant quelque trame contre lui, n'en sortait pas. Il crut cependant devoir en sortir un jour, pour célébrer la féte de la dédicace d'une église qui n'était pas éloignée. Dyname avait aposté sur le chemin des gens armés qui fondant tout k coup du lieu oii ils étaient cachés , tombent sur le prélat , le jettent de son cheval a terre , mettent en fuite les prêtres qui raccompagnent, lient ses domestiques, et le conduisent, dans un honteux équipage, à la cour de Bourgogne. Le clergé de Marseille, faisant de nouveau éclater la haine qui ranimait contre son chef, livra son hotcl au pillage.

Théodore, arrivé à la cour de Gontran, se justifia si pleinement qn'il fut renvoyé dans son évtchc avec les égards qui lui étaient dus. Mais il y fat bientôt yictime de nouvelles persécutions» Un piège lui fut tendu et il eut Timprudence de s'y laisser tomber. Gondebaud qui se disait fils du roi Glotaire Premier, et qui passait pour rétre , vint par mer de Gonstantinople à Marseille. Ce jeune homme, qui avait été bien élevé, portait une longue chevelure qu'il laissait pendve derrière le dos, à la façon des enfants de la maison royale, Théodore, trompé par des ordres supposés, le reçut avec distinction, le logea, et lui fournit une escorte de cavalerie pour aller joindre à Avignon Mummolus qui l atteiidciit, et qui, après avoir quitté le service du roi de Bourgogne, s'était retiré dans cette ville, pour y vivre sous la protection de Childebert. Munb* mol us procura de ^>lus à Gondebaud Tappui de Didier, duc de Toulouse, qui embrassa secrètement son parti et le favorisa de tousses moyens.

Le dessein de Gondebaud et de ses partisans était d'envahir le royaume de Bourgogne sur Gonlran; mais à peine fut-il arrivé à Avignon, qu'il se vit trahi par le due Gontran-Boson qui l'avait attiré dans les Gaules et qui lui enleva les richesses dont Pempcreur Tibère l'avait comblé, k son départ de Constantinople. Boson ht même arrêter Théodore comme un conspirateur, qui ,

par le moyen de Gondebaud, avait voulu soumettre le royaume des Francs aux lois impériales. Le prélat, chargé de fers, fut envoyé au roi de Bourgogne avec un évêque étranger, nommé Epîphanc, qui, craignant la fureur des Lombards, s'était réfugié à Ikiarseille, et avait aussi été arrêté comme complice de cette prétendue cpnspiration. Le roi Gontran les interrogea luimême, et sa prévention était si forte que les moyens )ustificatiÊ allégués par Tévêque de Marseille ne firent sur l'esprit de ce prince aucune impression, et qu'il ordonna de détenir plus étroitement les deux prélats qui furent traités avec une dureté excessive. La santé d'£pipkane ne put résister à tant de rigueurs, et il succomba bientôt. Théodore fut enfin relâché et renvoyé à son diocèse.

Gondebaud, après avoir soumis à sa puissance le duché de Toulouse et TAlbigeois, vit toute la Novempopulanie se soulever en sa faveur. Mais la fortune arrêta bientôt le cours de ses prospérités. L'armée que le roi Gontran ht marcher contre lui, l'assirgca dans la ville de Gomminges, ou il fut trahi et tué par ses partisans.

On ne pouvait plus soupçonner Théodore dV voir des intelligences coupables avec les ennemis de r£tat. Néanmoins on ne cessait de le calomnier auprès du roi de Bourgogne. Rathaire, gouverneur de Marseille pour ce prince, fit de

20a HISTOia£

nouveau emprisonner le prclat, qui fut conduit vers Gontran, résidant alors à Blacon où tous les évêques de France devaient se rendre pour tenir un synode. Ghildebert^ ayant appris l'injuste détention de Tliéodore, défendit à tous les évéques de son royaume de se rendre à Mâcon. Gontran députa vers le roi d Auslrasie Félix, son ambassadeur y pour cMnaitre la cause de cette défense et des mécontentements qu il pouvait avoir contre lui, Grégoire de Tours , qui porta la parole au nom de Childebert, dit que son maître ne désirait rien tant que d'entretenir avec le roi Gontran des relations amicales , mats qu'il voyait avec déplaisir les persécutions dont l'éveqne Théodore était victime. Gontran n*osa plus alors maltraiter le prélat ^ qui fut rendu à la liberté et retourna a Marseille; mais il eut encore k souÛrir quelques vexations de la part du patrice Nicétius qui succéda k Rathaire.

Bientôt un iléau terrible et destructeur vint exercer ses ravages* En 586, la peste dépeupla presque toute la Provence. Elle recommença deux ans après avec une violence plus meurtrière. Elle fut apportée k Marseille par un vaisseau venu d'Espagne et chargé de marchandises infectées que plusieurs citoyens s'empressèrent d'acheter dès qu*on les eut débarquées. Une maison en fut d'abord attaquée , et 4e toutes les personnes qui Thabitaient, au nombre de

huit, il n'en échappa aucune. Le mal contagieux ne fit pas d'abord des progrès rapides et ne se manifesta qu'après un certain espace de temps. Il s étendit en France et en Italie, et le pape Pelage u en mourut* Théodore se retira dans renceinte de l'abbaye Saint-Yictor , avec le peu de pei*sonnes qui étaient restées auprj^a de lui, ' et la ville , comme l'affirme Grégoire de Tours, ne présenta qu'un aspect affreux et devint un vaste cercueil \ Ce iléau^ après une cessation de deux mois, reprit avec plus de fureur que [amais et enleva tous les Marseillais qui d'abord avaient fui au loin et étaient ensuite rentrés avec sécu* rite dans leurs foyers domesllques

Le clergé de Marseille, aveuglé par son zèle, - Élisait tous ses efforts pour convertir les juifs à la religion catholique, et employait la force au lîeu de la persuasion. Le pape Grégoire le Grand qui professait des principes de raison et de tolérance , désapprouva la conduite des prêtres marseillais, et écrivit à Théodore, le 9 juin 591 , une

* liy. IX y ch. xxn.

' Jbàl, Cessante vero hoc plagâ mensibus duobus, cùm Jam popuîus secunts redisse ad urbem, iterùm succedente moiho , qui redîemni sont deftmcH»

Grégoire de Toiu*5 ajoute que le même fléau affligea encore

Marseille à différentes reprises; mais cet histdrien ne fixe aucune date. Sed et multis vicibus deinceps ab hoc interilu gravata est,

210 HISÏOI&K

lettre exprimant à ce sujet ses sentiments et ses plaintes. «Je crois ^ dit-il, Tintention de ceux a qui les ont baptises cligne de louange ^ mais je « crains que si elle n'est pas réglée par rEvangile, « elle ne soit sans récompense et ne nuise même « au salut des ames que nous voulons sauver. « Ceux qui viennent au baptême par nécessité, « et non par conviction, retournent à leur pre- « mier culte , et ce qui paraissait les avoir fait (c renaître, leur cause une mort plus funeste. « Que ce soit plutôt Ponction du prédicateur tt que tout autre chose qui leur fasse désirer de « changer de vie. Ainsi, par vos fréquentes cxhor- (( tations, en méritant pour vous-même d'amples et récompenses, vous leur procurerez, avec la ce grâce de Dieu , une existence nouvelle dans les ff eaux salutaires de la régénération *. n

Théodore mourut vers la fin de la même année. Le Martyrologe de l'Eglise Gallicane Ta placé au rang des Saints. Il eut k souffrir pendant presque tout son épiscopat les traitements les plus durs.

* Intentionem quidem hujusmodi lande dignam ccnseoi hanc eamdem intentionem nisi competens Scripturœ Sacrœ c(h mitetur effectuSf timeo ne aut mmedis optts extndé mm prth veniat, euajuxta tUiquid animaram quas eripi vobtmus , quod àbsU, dispendia subsequantur, Dùm emm quispiam ad haptumatis fon^m non prœdicationis suavitate ^ sed neccssitate, pe/venerit, ad pristinam superstitionem remeans, indè deteriùs moritur, undè rencUus esse videbatur, etc,

S, Greg, Ub, i, episL xlv.

]>£ MARSEILLE. 2tl

Poursuivi par la haiuc et rinjusUcei chassé plusieurs fois de son siège, plonge dans les cachots^ accablé dUnjures, rassasié d'opprobres, il op« posa à la mauvaise fortune une patience invincible.

Gontran et Gliildebert s'étaient réconciliés avec sincérité, et le roi de Bourgogne avait restitué ■ au roi d^Âustrasie la partie de la ville de Marseille , cause de leur ancienne division.

Gontran mourut en 593 , après un règne long mais sans gloire. La Provence entière passa sous l'obéissance de Childebert, son fils d'adoption, lequel mourut empoisonné, en 596, laissant deux fils en bas âge sous la tutelle de la reine Brunehaut, leur aïeule. Thëodeberl Taîné fut roi d'Austr^sie dont la Province Marseillaise dépendait; Thierry u, roi d'Orléans et de Bourgogne, posséda la province d'Ârles.

Théodebert fut mis à mort, en 612, par les ordres de Brunehaut; Thierry n mourut de maladie un an après, laissant qu;itre fils naturels dont aucun ne lui succéda* Ses Etats et ceux de Théodebert passèrent sous, la domination de Clotaireu, fils de Chilperic, qui par-lk devint maître de la France entière. Dagobert, son fils, posséda seul la Provence , et la partagea, en 633, entre ses deux enfants, Sigebert ii et Clovisn.

• An 58;.

212 HlSTOiKE Le premier gouverna le royaume d'Austrasic vt la Province Marseillaise jusqu'en 656. Durant celte décadence des Mérovingiens, les maires du palais qui n'avaient commandé d'abord que dans le palais des rois , étaient devenus plus puissants que les rois mêmes et avaient rendu héréditaires des fonctions si importantes. Pépin d'Héristal, qui exerçait ces tonctions, vainquit, en 687| Thierry m, troisième fils de Clovis n, et anéantit ainsi les restes de l'autorité royale. La Province Marseillaise passa sous sa puissance. Maître ab« solu de Paris, des finances, de radministratioii, il gouverna toute la monarchie française , sous le simple nom de Maire du Palais. 11 gagna les cœurs par sa sagesse et changea la face des affaires par ses talents.

Marseille, sous les successeurs de Childebert, fut la résidence des gouverneurs de lu Province à laquelle elle donna son nom. Ces gouverneurs avaient les uns le titre de Patrice , les autres le titre de Préfet, de Duc ou de Comte.

La lèpre qui comme nra d'être connue dans les Gaules sur la fin du sixième siècle, déploya un peu plus lard en Provence tout ce qu^'elle avait d'effrayant. Les armées romaines et les peuples du Nord avaient détruit presque tous les bestiaux, diminué le nombre des cultivateurs^ coupe les arbres, arraché ou foule les vignes. Les aliments les plus sains , les fruits et les végétaux

manquèrent j le vin et l'huile devinrent rares ; de là une boisson malsaine et nne nourriture fréquente de poissons gras souvent gâtés. Il &ut ajouter à ees causes les vices du logement et Taltération de l'air, et nous trouverons réunies toutes celles qui engendrent la lèpre.

Les contrées maritimes en furent surtout infectées, et Marseille fut en proie à ses horribles ravages. Cette maladie, après avoir fait tomber tous les poils du corps, le couvrait de pustules et d'une croule qui formait une écaille universelle, sillonnée par des gerçures. Le malheureux qui en était attaque présentait un aspect si hideux qu^on le séparait de la société ^ La lèpre devint une cause de dissolution du mariage, et Ton permit à la'partie saine de se remarier. Les deux époux habitaient ensemble jusqWà ce que la maladie fût constatée ; ce qui semblerait prouver qu'elle ii était pas contagieuse. C'est l'avis de quelques savants médecins qui ne paraissent pourtant pas être généralement suivis en ce point

Scrcnus fut le successeur de Théodore sur le siège épiscopal de Marseille. Il y avait encore k cette époque quelques restes d idolâtrie dans les Gaules. L'an 544, Childebert avait publié une

' Papoiiy tom. 11^ liv. ii.

' Htstoire de VEléphantiasis , par le médecin Raymond ,

de rAcadémie de Marscilk'.

214 HISTOIRE constitution pour les anéantir , et le pape saint Grégoire avait exhorté la reine Brunehaut k empêcher ses sujets de sacrifier aux idoles, d'adorer les arbres, et de se servir de têtes d'animaux pour faire des sortilèges ridicules *. Leurs efforts avaient été impuissants. La Provence aussi conservait des vestiges de paganisme. Plu* sieurs chrétiens rendaient aux démons un culte impie. Sérénns voyait avec peine que le peuple marseillais, aveuglé par la superstition, avait trop de respect pour les images des Saints placées dans les églises. 11 craignait que ce respect, qui ressemblait à Tadoration , ne dégénérât en idolâtrie* Poussé par son zèle religieux^ il fit briser toutes les images. Cette action causa beaucoup de scandale, presque tous les chrétiens refusèrent de communiquer avec ce prélat, et un schisme fut sur le point de se former. lie pape saint Grégoire n^apprit ces événements qu'avec douleur. 11 crut pourtant devoir ménager un évêque dont la foi était pure et les intentions droites. Il lui écrivit une lettre dont fut porteur l'abbé Cyriaque, envoyé vers Syagrius, évêque d'Autun, et qui devait passer à Marseille. Jtile contenait du blâme et des louanges tout ensemble. Le blâme fut pour la destruction violente des images, la louange pour avoir empêché Pado-

■ s, Gregor. &b» vu , epist, v.

ration. Sérénus n^eut pas pour les avis de Grégoire toute là déférence qu'il devait avoir; ce n*est pas qu*il refusât de s*en rapporter au senti* ment de ce sage pontife ^ mais il crut que la lettre qu'il avait reçue était supposée et que Cyriaque avait voulu le tromper. Grégoire lui. en écrivit une seconde pleine de douceur et de force, 11 commence par justifier Cyriaque, incapable d^une fraude pareille , et avertit Sérénus que ce n'est pas seulement par son entreprise contre les images, mais encore par le soupçon formé contre cet abbé, qu'il s'est rendu coupable. «Dites-moi, mon frère, ajoute-t-îl, avei^ (( vous jamais ouï dire qu'un évèque ait agi a conune vous Tavez fait ? Nous vous exhortons u d'être attentif à vos devoirs, de vous défaire i( de cet esprit de présomption qui a été votre (( mobile, et d'employer toutes les voies de la a douceur paternelle pour rappeler au plutôt à (( vous ceux que vous savez s en être séparés, tt Oui , il &ut rassembler les enfants de l'Eglise ; « il faut les cou vaincre , par rauiurilé de l'Ecri- « ture Sainte , qu'il n'est permis d'adorer aucun « des ouvrages des hommes, parce qu'il est écrit : « F'ous adorerez le Seigneur voire Dieu, et vous ' (( ne servirez que lui, II faut ajouter que les u images ont été employées pour l'édification du «peuple ignorant, afin que ceux qui ne savent «pas lire, puissent, en voyant les histoires

«représentées, apprendre ce qui s'est passé (( autrefois. Regagnes les esprits en les adoucisc( sant. Si quelqu'un Yeut avoir des images, ne « Je défendez en aucune manière , mais mettez utout en usage pour empêcher l'adoration. <( Encore une fois, apprenez aux peuples que ce « n'est que devant Dieu qu'ils doivent se pros- « temer humblement. C'est mon zële pour la <( gloire de TEglisc qui m'engage à vous parler (( de la sorte ^ »

L'anncc suivante Sérénus alla à Rome, et le motif de ce ypyage ,nous est inconnu. En retournant, il mourut dans un monastère de Blanderat, petite yille à huit milles deVerceil ^.

On ne sait pas d une manière positive quel fut le successeur de Sérénus. Il y en eut un indubitablement, car TEglise de Marseille jouissait alors d^une profonde paix, sous le gouvernement des rois d'Austrasie , qui protégeaient la religion catholique. Âmbroise était évêque en G83 ^.

* S. Grcg. lib, ix, episL ix.

' En 6oT.

' C'était autrefois une ville considérable qui appartenait  des comtes pmstants. £Ue fut presqae entièrement détruite par les MUamus en 1168, et depuis ce temps-là elle n'a pu se rétabUr dans son ancien état.

* Cest du moins ce que pense Belsunce, ouv. cit. tom. i, liv. IV. Il fonde son opinion sur celle de Dom Mabiilon. Denis de Sainte-Marthe parait ne pas Tadopter. GaUia Christiana, tom. I, col. 543 et 801.

Pépin d*Héristal fut enlevé à ses peuples après vingt-sept ans de règne Lui seul régna, car les derniers descendants de Cloyis, méprisables fantômes sur le trône, ne méritent pas le nom de rois. Charles-Martel, digne fils de ce grand homme, eut la même politique et sut rendre son

nom immortel.

Rodéric, roi des Yisigoths d'Espagne, ayaut deshonoré la fille du comte Julien, ce seigneur implacable avait appelé en 71 1 les Sarrasins d'Âfricjuc, peuple altéré de sang, avide de rapines, brûlant du fanatisme des nouvelles croyances musulmanes et de l'enthousiasme des conquêtes. Après avoir conquis l'Espagne, les Sarrasins voulurent envahir les Gaules. Charles -Martel marcha contre eux, les attaqua entre Poitiers et Tours , et remporta une victoire complète Cinq ans après^ ils franchirent encore les Pyrénées, et s'avancèrent jusqu^ Avignon qui leur fîit livré par la trahison de Mauronte, gouverneur de Provence , qui prenait le titre de Duc de Marseille. Ce seigneur, cherchant à se rendre indépendant, s'était lié secrètement avec quel'* ques autres gouverneurs des parties méridionales du royaume de Bourgogne qui avaient le même dessein, Charles arriva peu de temps après,

* Eu 714.

■En 73a.

, 218 UISTOIR£

reprit Avignon, repoussa les Sarrasins dans le Languedoc y et les défit près de Narboime.

Favorises par Tinfame gouverneur, ils rentrèrent quelijue temps après en Provence , et, mettant tout k feu et à sang sur leur passage , prirent et saccagèrent Arles, Aix et Marseille. Cette dernière TÎUe devint un affreux théâtre de désolalion et d'horreur. Ses monuments^ livrés aux flammes, n^ofirirent plus que des monceaux de cendres. Le sol se couvrit de cadavres; Tabbaye Saint-Victor fut dévastée , toutes les églises détruites. Ëusébie était alors abbcsse de Saint-Sauveur. Ge monastère, fondé par Gassien, était hors de la ville et assez peu éloigné du port. £usébie, craignant qu^on n'attentât à sa pudeur, se déchira le visage, se coupa le nez, et persuada à ses compagnes de suivre son exemple, pour ne pas être exposées à la brutale lubricité des Barbares. Aucune d'elles ne fut sourde à une Yoix qui leur avait toujours prêché Tamour de la vertu et leur servait de guide dans le sentier des devoii's religieux. Ces vierges chrétiennes, héroïques sans ostentation comme sans effort , surent donner au monde un spectacle sublime de chasteté et de courage. Se préparant au sacrifice de la vie avec la sérénité d'une conscience pure, elles adressèrent d'abord leurs humbles prières à Dieu et le supplièrent de répandre sur elles les inépuisables trésors de sa miséricorde

infinie. Ensuite elles se mutilèrent horriblement

la figure y sans jeter le plus petit cri, sans faire paraître la plus légère marque de douleur. Et comme les Sarrasins approchaient en poussant des clameurs d'extermination, elles se dirent un dernier adieu, se donnèrent rendez- vous dans un monde meilleur, et se présentèrent à eux, toutes couvertes de sang et ayant Eusébie à leur tête. A cette vue , les Barbares étonnés s'arrêtent immobiles. Une émotion inconnue suspend leur férocité; mais ce n'est pas pour long-temps. A la surprise succède la rage, et ils massacrent ces filles saintes , qui expirent en regardant le Ciel K

Charles-Martel avait été obligé de porter ses

armes vers le Nord, contre les Frisons. Informé de l'irruption des Sarrasins en Provence, il revint en-deca du Rhin, rassembla une armée considérable, et se mit en marche pour chasser ces barbares des villes dont ils s'étaient emparés. Il détacha d'abord le duc Hildebrand, son frère, avec quelques autres généraux , pour investir Avignon, principale place d'armes. des infidèles.

■ Dom Mablllon, Annales de son Ordre, tom. u, Ut. xxi, pag. 88.

On ne manquait jamais autrefois de proposer Texemple

d'Eusébie et de ses compagnes à toutes les filles qui prenaient le voile dans le monastère de Saint-Sauveur. C'était un article du cérémonial.

Il suivit de près avec le reste de ses troupes, et k son arrivée il assiégea cette ville et la prit d'assaut. La garnison fut passée au fil de répcc. Charles, pénétrant dans le reste de la Provence, à la tête de son armée victorieuse , fait mordre la poussière aux Sarrasins partout oii il les rencontre, leur enlève toutes leurs conquêtes , délivre Marseille et les autres cites qu'ils avaient assujetties, force le peu d'ennemis qu'il n'a pas exterminés k se sauver dans les Alpes avec le traître Mauronte, et retourne k Paris, chargé de riches dépouilles.

Croyant que les Sarrasins n'étaient plus en état de rien entreprendre, il ne prit malheureusement aucune de ces précautions que commandent la prudence et Tart militaire. Mauronte descendit bientôt des Alpes et exerça de nouveaux ravages^ sans rencontrer la moindre opposition. Les peuples consternés n'osèrent faire aucune résistance. Charles envoya d^abord Hildebrand sur les bords du Rhône, et ne tarda pais d'arriver lui-même devant Avignon , avec les milices du royaume. En même temps il se ligua avec Luitprand, roi des Lombards, qui régnait en Italie. Les deux monarques , agissant de concert, forcèrent les Sarrasins de se replier du côté de Nice, 011 ils périrent presque tous*

Ce fut au milieu de ces malheurs publics que s^éteignit la race avilie des Mérovingiens,

D£ MAHSKILLË. 221

ccdaiit justement la place a une dynastie nouvelle, plus digne d'occuper le trône, car -la nature lui accorda le rare et glorieux privilège d'avoir une suite non interrompue de grands hommes : Pépin d'Hérîstal, Charles- Martel , Pépin le Bref, et cet étonnant Charlemagne qui les surpassa tous , météore resplendissant de clarté dans ces siècles de ténèbres , figure historique qui saisit l'imagination par ses proportions poétiques et gigantesques.

L'histoire de Marseille , sous la domination des Cariovingicns , est peu féconde en événements politiques. En 814, cette ville passa sous la puissance de Louis le Débonnaire, indigne fils de Charlemagne. Vers la fin de son règne les Sarrasins débarquèren,t sur nos cotes, renouvelèrent leurs ravages et leurs massacres, détruisirent le monastère de Saint-Victor qui s'était relevé de ses désastres, amenèrent capti& unè multitude d'habitants , et firent un butin considérable. Louis le Débonnaire fit plusieurs fois le partage de ses Etats , mais il n'y eut rien de bien fixe qu'après celui qu'il fit en 839* Charles le Chauve eut alors dans son lot la Provence. Quatre ans après, cette province et Marseille firent partie de l'héritage de Lothaire qui eut le royaume d'Italie avec la partie orientale de la France,

' En 838.

depuis le Rhin jusqu'à la Méditerranée, entre les Alpes, l'Escaut^ la Meuse, la Saône et le Rhône. Son règne fut marqué par une autre irruption des Sarrasins qui s'emparèrent k Hm* proviste d'une petite île, h l'embouchure du Rhône, oii ils surprirent Rolland, archevêque d'Arles % qui mourut bientôt après. Les habitants de cette ville, attachés k leur pasteur, et ignorant sa mort, proposèrent aux Barbares une rançon considérable qui fut acceptée , comme â le captif eût été vivant. Rolland fut placé dans une barque, vêtu de ses habits pontificaux, et envoyé dans cet état aux citoyens qui Tattendaient sur le rivage, et qui firent éclater leur douleur en ne recevant qu'un cadavre. Marseille fut épargnée dans cette irruption.

Lothairc mourut, en 855, sous un habit de moine dont il s'était revêtu depuis quelques jours, et ses trois fils partagèrent ses Etats. Louis u, en sa qualité d'aîné, eut la dignité impériale, Rome et Tltalie. Lotaire n eut la partie septentrionale des Gaules, depuis l'embouchure du Rhin et de la Meuse jusqu'au Rhône. Charles eut tout le restant du Rhône à la Méditerranée, avec les comtés d'Usez, de Viviers et de Lyon. Il résida dans cette dernière ville, et donna a ses Etats le nom de Royaume de Provence.

' En 85o,

Charles qui était d'un caractère faible et indolent, se laissa dominer par Gérard de Roussillon, son principal uiinistre, homme d un grand courage et d^une rare capacité, qui eut à défendre le royaume de Provence contre les entreprises des Normands et de Charles le Chauve, roi de France. Les Normands étaient entrés en Provence par le Rhône ; ils ravageaient les environs de ce fleuve, et s'étaient établis dans la Camargue, qu^ils quittaient pour faire des incursions dans le reste de la Provence ^ Ce peuple sauvage* sorti de la Scandinavie, commettait d'affreux brigandages. Il n'épargnait que les enfants pour en faire des pirates. Il inspirait une si grande épouvante que le peuple ajoutait ces paroles à la fin des Litanies : Délivrez-nous, Seigneur y de la fureur des Normands. Gérard les chassa de la Camargue. Mais Tannée suivante ils revinrent plus nombreux, et les seigneurs de Provence demandèrent du secours à Charles le Chauve, roi de France, dans Pespérance que ce souverain les délivrerait plus facilement de ces ennemis féroces, que leur propre roi qui avait choisi pour résidence une ville éloignée. Le roi de France espéra défaire tourner cette circonstance au profit de son ambition, et menaça d'envahir le royaume de Provence. Mais Gérard de Rous-

< En 859.

sillon déjoua ses projets , marcha vers Arles et

chassa une seconde fois les Normands;

Charles, roi de Provence, étant mort sans postérité au commencement de Tannée 863, Tempereur Louis u, et Lolhaire, roi de Lor* raine ' , ses frères , se rendirent chacun de leur côté dans le pays, pour s^mparer de son héritage. Les deux princes paraissaient disposés à vider leur querelle par le sort des armes, lorsque quelques seigneurs provençaux , au nombre desquels se trouvait Gérard de Romsillon, s^étant rendus médiateurs de ce différend, firent consentir les deux frères à un partage provisoire. Lothaire eut dans sou domaine la Lyonnaise, la Viennoise, le Y ivarais et le pays d'Usez. Louis u eut Marseille et la Provence, sans cependant prendre le titre de Roi* Lothaire étant lui-même décédé sans enfants , le 6 août de Tan 869 , il semblait que Tempereur Louis, son frère unique^ devait naLuiellement lui succéder. Mais ce prince, occupé alors contre les Sarrasins, qui désolaient ses Etats du côté de Béucvcut, ne pouvait soutenir ses droits. Charles le Chauve, son oncle, profita de cette conjoncture, s'empara de la succession de Lothaire, et la partagea ensuite avec Louis le Germanique , roi de Germanie. Louis u joignit peu de temps après dans

' Austrasie.

DE MARSKILE. 225 la tombe ses deux frères CLarlos et Lotliaire Dès qu'il eut expiré, Charles le Chauve passa en Italie, et y fut couronné empereur. Le Pape dont Pautorité commençait à devenir redoutable aux monarques, affecta d'appeler à TLcriLage de Louis ce prince qui ne parut recevoir le sceptre impérial que comme un don du pontife. Dès ce moment Charles le Chauve posséda l'ancien royaume de Provence qu'il ne chercha point à rétablir. Louis le Germanique, son frère, voulut lui dispulier l'empire, et mourut en s'y préparant.

Charles relégua en Bourgogne Gérard de Roussillon, et nomma Boson, son beau-irère, gouverneur de la Provence.

La puissance des grands fcudataires de l'empire et Phérédité de leurs fie& leur avaient inspiré l'amour de Piadépendance. Boson avait tout ce qu41 lui fallait pour satisfaire ses désirs ambitieux qui tendaient à rétablir pour son propre compte le royaume de Provence. Son caractère était audacieux et entreprenant , sa famille ancienne et illustre. Il était fils de Buvin, comte d'Ar^l^^î^es, qui tenait un des premiers rangs dans PËtat , et frère de Richard, dit le Justicier, comte d'Autun. Après la mort dllermentrude, première épouse de Charles le Chauve , sa sœur

* En 875.

Ricliildc plut au roi de France qui en fit sa maîtresse d'abord, puis sa femme, La fortune deBosoii fut, dès cet instant, rapide et éclatante. Les premières charges de la cour elles premières digniiés du royaume s'accumulèrent sur sa tête. Lorsque Charles eut été proclamé empereur, il donna le gouvernement de l ltalic à Boson qui se lia avec Bérenger, duc de Frioul, prince du sang des rois Lombards , sous la tutelle duquel vivait Hermengarde, tille unique de Tempereur Louis n. Boson épousa cette princesse, après avoir £ait empoisonner sa première femme, s'il la ut en croire la tradition historique. Son autorité était presque souveraine , il ne lui manquait qu\nie couronne. La mort de Charles le Chauve qui fut empoisonné par un médecin juif, appelé Sédécias, lui fournit l'occasion d'en prendre une. Louis le Bègue était appelé au trône de France. Boson crut que le moment était propice pour éclater, et Hermengarde, son épouse, l'affermit dans sa résolution. Une seule difficulté restait à surmonter; c'était d'obtenir la faveur du souverain Pontife dont la volonté, considérée, dans ces temps d'ignorance et de superstition, comme roirgane sacré de la volonté divine, faisait et défaisait insolemment les rois. L'impératrice Angelberge , veuve de Louis n , trouva le moyen d'intéàesser k Tentreprise de son gendre Boson, Jean'vni qui occupait la chaire de Saint-Pierre.

Le Pontife , pressé par les Sarrasins , eut recours à la proteclion de Louis le Bègue, et vint débar* quer à Arles« 11 y fut reçu avec les plus grands hoiiiiears. Boson, son épouse et rimpcratrice Richilde raccompagnèrent a Troyes, où il se leiidit pour tenir un concile qui publia ce canon peignant si bien Tesprit du siècle : Les puissances du monde traiteront les Evéques a^ec taule sorte de respect, et n'auront jamais la hardiesse de s asseoir devant euXj s'ils ne l'ordonnent. Hermen garde et Rickildc réussirent par leurs inlrigucs ù faire épouser ii Garloman, second fils de Louis le Bègue, une fille que Boson avait eue de sa première i\ mme.

Tout étant ainsi dispose, Boson convoqua une assemblée d'éveques et de seigneurs au château de Mantailles, situé sur le bord du lihone entre Vienne et Valence. Il y fut élu Roi de Provence, et sacré le 15 octobre Ô79 par Kostang l""^, archevêque d'Arles. Les prétextes ne manquent jamais auiL usurpateurs. L'attentat de Boson fut couvert des intérêts du Ciel, de l'amour du bien public et du besoin des circonstances. Le nouveau monarque affecta de se reconnaître indigne de la couronne, et répondit k la harangue des prélats et des seigneurs : « Convaincu de mon (c insuffisance, et sentant combien les obligations a que je vais contracter sont au-dessus de mes (( forces, j'aurais refusé vos oUrcs , si je n'avais

u reconnu la volonté de Dieu dans l'unanimilc <(de vos suffrages; mais je cède à yos désirs, «puisqu'il le faut. Âu reste ^ si mon élection « déplaît àquelqu^un, je le supplie de s^en expli- (( quer librement. Je vous conjure aussi, au nom « de cet amour que vous me témoignez, de £ùre, c( pendant trois jours, k la tête du peuple qui tt est confié k vos soins, des prières solennelles, u afin que Dieu ne permette pas^ à cause de mon «indignité, que vous ou moi nous tombions « dans un égarement qui ferait le malheur de « TEtat; mais prions-le de se servir de nous pour « faire éclater sa miséricorde »

Vingt-trois prélats assistèrent k l'assemblée de Mantaillcs , et parmi eux Léodoin, évêque de Marseille. On juge par leurs diocèses que le royaume de Boson était d une vaste étendue et comprenait la Provence, le Yivarais, le pays d'Usez, le Dauphiné, la Savoie, le Lyounais, les districts de Mâcon et de Chàlons, la Bresse et la Fi aiiclie-Comté \

* Papoity tom. Il, Ut. nt*

* Les prélats qui se rendirent à rassemblée de Mantailles, sont les aichevêques de Vienne et d'Arles ( la province ecclésiastique de Vienne étant alors divisée entre ces deux Tilles )y ceux d'Aix, de Lyon, de Tarantaise et de Besançon, et leurs suiTragants éréques de Toulon , Marseille , ATignon, i Valence, Grenoble, Vaison, Die, Maurîenne, Gap, ChÀIonssur-Saône, Lausanne, Apt, Mâcon, Viviers, Orange, Usci et Riez.

C'est ainsi que s'opéra une révolution importante qui fit passer Marseille sous d^autres

maîtres*

Avant d*entrer dans cette nouvelle époque historique, il convient de fixer nos regards sur l'existence sociale des Marseillais soumis à la puissance des rois Francs.

Ces princes , sûrs de leur domination y n^ea* rent pas pour les vaincus les ménagements quV vaient eus les Yisigoths et les Bourguignons, qui avaient toujours cherché a se concilier les anciens habitants de la Gaule. La loi salique était dure et partiale. Elle établit entre les Francs cl les Romains ' les dbtinctions les plus affligeantes dans les composi lions pécuniaires; règle tyrannique qui rappelait avec orgueil Thumiliation du peuple conquis cl le tenait a une grande distance du peuple conquérant. Les Francs ne se contentèrent pas de partager les terres; ils prirent ce qu'ils voulurent, mais sans avoir le dessein d'établir la servitude de la glèbe Tout cela contrarie un peu le système de Tabbé Dubos qui suppose que les Francs étaient les meilleurs amis des Romains ^.

> On distinguait toujumn deux sortes de penples , les

Romains et les Barbares. On appelait Romains les Gaulois (jui suivaient encore les lois et la religion rumauics.

* £sprit des Iiois, Ut. nz, ch. v et vu.

' Etablissement des Francs dans les Gaules.

Cependant les vaincus ne furent pas soumis à

la loi sallque, et conscrvcrcnt leurs lois, c'est-àdire, le droit romain du code théodosien, pour régler les relations et les différends qu'ils pouvaient avoir entre eux. Le voisinage de Tlulie fit que ce droit se conserva mieux dans nos contrées^ d'autant plus qu'il était une loi territoriale et une espèce de privilège D'ailleurs toute radminislraùon des premiers Francs con* sistait dans l'occupation militaire. Des bandes de soldats, parcourant le pays comme des colonnes mobiles^ rançonnaient les habitants, mais ne les gouvernaient pas ^ ils les abandonnaient soit à leur régime municipal , soit au despotisme de leurs cvêques auxquels les lois des derniers empereurs avaient accordé une sorte de pouvoir absolu sur les Curies, Ce pouvoir, accru de plus en plus après la ruine de Tempire, dégénéra presque partout en seigneurie féodale

Les cités provençales étaient alors régies par les coutumes romaines. Marseille, et plus particulièrement la ville basse, avait ses statuts particuliers et jouissait du régime numicipal dont elle avait joui sous les Goths et les Bourguignons. Seulement ce régime dut éprouver quelques changements par Tinfluence de TEglise. Cette influence fut beaucoup plus considérable sous

• Esprit des Lois, liv. xxviii, ch. xi.

" Augustin i lati ry, Lettres sur rUistoire de l^raace.

le gouvernement des Francs que sous rcinpirc des autres peuples dominateurs. Les évêques, £3ivorisés par ' des monarques très attachés a la foi catholique y prirent une part active dans l'administration Marseillaise^ et étendirent fort loin leur autorité temporelle. Ces prélats eurent leurs vidâmes on avoués ^ qu'ils chargèrent du soin de toutes les aiiaircs du diocèse. Ces intendants furent d'abord pris parmi le peuple. On les choisit ensuite dans un état plus relevé, lorsqu'ils joignirent aux fonctions d'administrateur, celles d'avocat et de juge.

Lesévéques de Marseille qui, dans la confusion des pouvoirs spirituel et temporel, se prétendaient les protecteurs nés du peuple, siégeaient en cette qualité au conseil municipal de la ville basse, et cherchaient à l'influencer. Us réussissaient dauLaiit mieux que ce conseil avait souvent besoin de la protection épiscopale contre les gouvorneurs militaires, tout-puissants dans la ville haute, et voulant égalem^ent dominer dans Tautre partie de la \iUc. Les prélats s'interposaient entre les prétentions de ces gouverneurs et les modestes réclamations de Tautorité municipale. Pouvait-il y avoir une position plus favorable à ces médiateurs déjà si puissants par les préjugés populaires? Aussi surent-ils en profiter.

Depuis Âmbroise qui fut évéque après Sérénus

riconoclaste jusqu'à Tusurpatiou de Boson, neuf évéques occupèrent successivement le siège de Marseille. Ce sont Adalong, saint Mauront, Yves, Gulfaric, Babon, Yadalde, Tkéodebert, Alboin et Léodoiii. Ce dernier, comme nous Tavons tu, concourut k la sanction de cette usurpation, en assistant k la fameuse assemblée de Mantailles

Sous répiscopat de Babon, en 813, Chârlemagne fit assembler un concile à Arles, pour la réforme des églises. Jean, ai clievêque d'Arles, et Nibridius, archevêque de Narbonne , y asôsterent non -seulement comme évêc[ucs, mais encore comme commissaires de Tempereur. On n'a pas \ts souscriptions des autres prélats. On ne peut donc pas savoir si Babon fut présenta ce concile. La vraisemblance est qu^l s'y rendit. Il y fut ordonné que la dîme serait exactment payée ; que les poids et les mesures seraient partout les mêmes et également justes ; il fut enjoint aux évêques de visiter leur diocèse tous les ans et de se souvenir qu'ils sont chargés da soin de protéger et de défendre les peuples

' Nous ayons dit qu*tl nous est imposable de désigner le successeur immédiat de Sérénns. Ambroise i empluca ce successeur incontiu en 683.

■ Adalong était éréque en 787, saint Mauront en 767, Ytcb en 781^ Gulfaric en 789, Babon en 800, Tadalde en 817, Théodebert en 818^ Alboin en 844, et Léodoin en 87$.

JDË MAa6£ILLE. 233

contre les puissants du siècle. L'empereur qui ne permettait pas que les prérogatives de la couronne fussent usurpées par le clergé <jui a toujours aspiré à dominer , laissa au concile d'Arles toute liberté pour les règles de discipline ecclésiastique } mais il voulut que les articles regardant le gouvernement politique fussent soumis à son approbation personnelle*

Si la puissance des évêques était considérable à Marseille , les abbé& de Saint-Victor , maîtres de grandes richesses, exerçaient de leur cdté une influence qui ne servait qu'à compliquer les afibires et à embarrasser la marche de Padministration. Les anciennes règles monastiques de Cassien n'étaient plus suivies. On y avait substitué celles de saint Benoît, adoptées par tous les ordres religieux de la France* Les statuts de ce moine célèbre , prescrivant le travail des mains comme un principe de santé et de bonheur, n'ordonnaient rien qui surpassât les forces de thomme. Elles n'exigeaient ni macérations extraordinaires, ni ^orts surnaturels. Les religieux de cet ordre prononçaient trois vœux^ savoir : de chasteté, de stabilité et de conversion de mœurs. Leur vêtement consistait dans un habit long de couleur noire, un capuchon et un scapulaire. L'habit de choeur était une ample robe, comme celle des avocats, surmontée d'ua capuchon. L'esprit de cette institution fut bientôt

234 HISTOIRE méconnu dans Tabbayc Saiut-Victor. L'ausLéritc des règles se trouva remplacée par le goût im* modéré du faslc et des plaisirs, par les calculs d^une ambition toujours croissante, par l^rdeur de toutes les jouissances mondaines. Les privilèges de l'abbaye étaient très étendus. 11 était défendu à tous agents du gouvernement d'exiger d'elle ni amende, ni frais de procès, d'y loger les troupes ou les officiers du prince, d'en retirer des contributions pour fournir aux dépenses des commissaires envoyés par la cour^ d'obliger les personnes qui en dépendaient, soit qu'elles fussent libres ou esclaves, de donner caution en jugement ^ ; le monastère avait le droit d'ancrage et de douane de la ville, qui lui avait été accordé pour le luminaire de l'église. £n fin il était exempt de toute charge, et mis spécialement sous la sauvegarde de l'empereur ^

Lothaire confirma tous ces privilèges, par lettres patentes datées d'Aix-la-Chapelle, la première année de son règne en France , et la huitième en Italie, sur la supplique qui lui fut présentée à cet effet par Théodebert, évêque de Marseille,

Ces lettres patentes n^empêchèrent pas que

' jiut fidei justores tollere, nec homines tam ingcnuos, quàm serves. Belsunce, Hist des £vè<[aes de Marseille »toin. liv. IV.

• Archives de Saint-Victor.

quatre ans après, c*est-à«*dire, en844) on n'entreprit d'enlever k Tabbayc le droit d'ancrage et de douane, appelé Table de lamer. Guînifred, chargé d'aiïaîrcs de Rolhbert^ vicaire d'un comte nommé Âdalbert, lui contesta câ droit, prétendant qu'il appartenait à son maître, lequel en avait reçu Tinvestiture pour lui et ses successeurs. Alexandrins, avocat de Tabbaye ' , ne voulut pas d'autre juge que le vicaire lui-même, et se présenta il lui, dans l'audience publique tenue a Caderosc qu'on a|qpelle k présent Berre. Rotkbert avait avec lui des assesseurs. Ce fut devant ce tribunal qu'Alexandrins plaida sa causje, en présence de Guinifred qui se cUieiRlit en supposant la prétendue investiture dont nous avons parle. Mais Alexaiidrius le confondit eu produisant les lettres patentes de Lothaire, Le vicaire entendit ensuite plusieurs Labitants du lieu, après leur avoir fait prêter serment de dire la véritc. Ils témoignèrent unanimement en faveur du monastère qui gagna son procès.

Depuis Gennade, Marseille n'avait donné le

' La désignation d'avocat, o/ébocaxùs^ 8*applxq[uait alors a un agent ou homme d'affaires. Les avocats des églises et des abbayes qu'bn appela avoués eurent de grands privilèges dont ils abusèrent souvent. On les prenait d'abord parmi les scolastiques , ou gens de lettres; mais on fut obligé plus tard de les prendre parmi les militaires ^ ponr défendre les biens ecclësiasti^es des usurpalîoiis qu^on en disait à main armée.

jour k aucun homme de mérite. On ne trouve

pas un seul personnage qui mérite d être cité. Les belles-lettres 9 stériles et languissantes , ne produisirent rien que le bon gout pût avouer. On avait perdu jusqu^à Pidée de la véritable poésie 9 et répitaphe placée sur le tombeau de Tabbesse Eusébie contenait presque autant de fautes d orlliograplie et de grammaire qu^il y avait de syllabes ^

Aucun langage n'est slationnairc, car rien de ce que l'homme en&nte n'est stable sons le soleil. Tout change autour de nous. La £ace des sociétés humaines est mobile comme une onde agitée. Plusieurs circonstances concourent à faire subir à la langue d'un peuple des variations succès» sives *. Comme ainsi soit, dit Estienne Fasquier en termes naïfi mais énergiques, que selon la dwersité des temps, les habits, les magistrats, votre les républiques, preignent divers plis sous un mesme peuple, aussi se changent les langues par une insensible aihi^ion^. La langue primitive des Marseillais n'éprouva que fort tard des chan-

' Màbfllon, Annales de son ordre , Ut. xxi.

* Ut siivœ/oius pronos mutantur in annos. Prima codant, ita verborum vêtus mteritaftat. Et /mfenum ritu fioretU modo mUa vigentque»,» Multa renascentur quœ jàm cecidercy cadentque Quas nunc sunt m honore vocalmla...

Horace , Art Poétique.

' Reclierches de la Franee» Ht. tu, ch. i.

gements. Cette belle langue grecque^ qui s^était répandue dans toutes les Gaules et dont l'alphabet avait même été adopté par les Helvétiens n'existait plus en Provence, du temps de Strabon ' ; mais elle était encore à cette époque en usage à Marseille , et beaucoup plus tard saint Jérôme y coniirmant le témoignage de Yarron, assurait que Ton parlait dans cette yille trois langues , le grec, le latin et le gaulois ^. Marseille , indépendante sous la protection des Romains, continua de se servir de la langue grecque dans les actes publics et privés, lorsque dans le reste des Gaules la langue latine exprimait tous les actes de Tautorité publique , les décisions de la justice , et s^appliquait à tout , excepté k la vie commune. Les Romains ne négli gèrent rien pour faire régner leur idiome dans les pays de leur domination. Saint Augustin remarque avec vérité que c'était la coutume de ces vainqueurs superbes d'imposer le joug de leur langue aux peuples qui subissaient celui de leur empire ^. Une loi expresse enjoignait aux magistrats de ne promul*

* Cœsar, de BclL GalL lib. i.

■ Liv. IV.

^ MassUianiPhocœi condidemnt, quos, ait Varro^ ùHingaes esse, qubd et gnecê loquantttr et kuinè et gaUieè. — Hyertm* in Proleg", lib. ii. Comment m eptst, ad GalatM.

* Opéra data est ut irnpcriosa rivîtas non solùm jugum verùm etiam Imguam suam domitis f;cntibus imponeret.

De Civitate Dei, lib. xix, cap. m.

gaer leurs décrets qu'en latin ■ , et Caligula, pour

fixer la langue latine dans les Gaules, établit des écoles k Lyon et à Besançon et y proposa des pi i\ d'rloqucncc. Mais ces iiers coiicjucrants clicrchaient alors à imiter les Grecs; ils en apprenaient la langue par principe d\'ducaLiun et de bon ton^ et il y avait peu de Romains d'un certain rang II i^ui cette langue ne fut familière. Le frc" quent usage qu'ils en firent devint même une manie que déplora Juvcnal \ On conçoit facilement que ridiome grec ne dut pas beaucoup soLilirir de la domination romaine.

Nous croyons que le dialecte ionique fut à Marseille la langue c'crite jusque vers le nùlleu du quatrième siècle. Â cette époque la religion clirélienne ayant dominé dans celte ville, le latin, langage de Téglise et de la cour de Rome, devint la langue écrite et dominante. Mais le grec y fut encore en usage pendant quelque temps. Le gouvernement des Golhs et des Bourguignons l'affaiblit et Taltéra. Ce langage y était détruit lorsque les Francs se rendirent maîtres de la cité.

Alors une nouvelle langue s'était formée k Marseille et dans les Gaules. L'idiome celtique avait toujours porté en lui-même des germes de

' Décréta à prœtoribus latine interponi dchrnt.

ff, lib, XLiJ, tit, lib, XLYiii.

• Satyr. m.

décadence, car rien ne conserve mieux une langue que les livres, et chacun sait que les Gaulois n^écrivaient ni leurs lois, ni leur his* toire, ni les dogmes de leur religion, ni ce qu'on enseignait dans les écoles. Les Romains, de leur côté , quelque désir qu'ils eussent de conserver et d'ctendre leur langue, durent la voir se corrompre de jour en jour par le contact de tant de dialectes barbares K Cette langue nouvelle fut composée de celtique et de latin ; mais celle-ci l'emportait assez pour qu'on la nommât romane ^

La langue romane fut commune à tous les peuples qui avaient fait partie de l'empire d'Occident. Elle était vulgaire k Marseille dans le sixième siècle.

Il y avait dans les Gaules, lorsque les Francs y entrèrent, trois langues vivantes , la latine, la celtique et la ruaiane. Les nouveaux vainqueurs ne firent aucun effort pour imposer leur langue aux vaincus, et pourtant, quelque temps après leur établissement, il n'y eut plus d'autre langue vulgaire que la romane et la francique ou tudcsque. La celtique fut anéantie ^. La latine qvCon ne maniait plus qu'avec peine, devint la langue

* DucloSy Acad. des Insc. tom. xv, pag. 565.

* Raynoiuurd, Choix des Poésies des Troubadours, tom. i. ' On a cm qu'il en est resté quelques faibles Testiges dans

la Basse-Bretagne.

écrite. Les ecclésiastiques furent les seuls qui l'entendirent un peu. Toutes les chroniques in-* formes dans lesquelles on consignait de loin eu loin le souvenir de quelques événements, étaient en latin. Tous les contrats de mariage, d'acliat, de prêt, d'échange, étaient dans la même langue, ou plutôt dans le jargon barbare que les notaires croyaient latin, et qui était aussi éloigné de la langue parlée que de la véritable langue écrite. Du reste, tous ces idiomes étaient, pour ainsi dire, confondus, parce que les révolutions continuelles qui amenaient de nouvelles races à la place des premières, qui substituaient de nouveaux dialectes de la Germanie à ceux avec lesquels les méridionaux avaient commencé de se familiariser, ne permettaient point à un langage quelconque d'acquérir la moindre fixité Le parchemin nécessaire à l'écriture s'éleva à un prix excessif. C'est alors que Ton gratta d'anciens manuscrits pour les employer à des copies de nouveaux ouvrages qui plus tard furent à leur tour effacés pour, faire place à des œuvres plus conformes au goût du temps. Les pauvretés de ces âges d'ignorance furent indignement substituées aux trésors du génie antique , et de ridicules homélies anéantirent ainsi des pages pré-

* Slsmonde de Sismondi. De la littératare du Bfiidi de l'Europe, tom. i.

cieuses de Cicéron et de Tacite. Perte immense pour Tesprlt humain l noble sujet de désespoir * !

La langue tudescpie était celle de la cour ; mais clic prenait gradnelléinent quelque chose du latin et du roman, en leur communiquant de son côté quelques tours ou expressions. Les rois Francs qui sentirent la rudesse et la disette de, leur langue , entreprirent de la pôlicer et de Tenrichir. Ils s'aperçurent qulls manquaient de caractères pour exprimer les nouvenux sons introduits par des mots nouveaux. Cliilperic rendit plusieurs ordonnances touchant la langue K Les langues romane et tudesque, tout imparfaites qu'elles étaient , furent les aïeules en usage au temps de Charlemagne. La tudesquc se fondit plus tard dans la romane qu'elle modifia. Il est bien diûicllc de suivre ces divers changements et d'en fixer Tcpoque*

L'influence des Francs ne fut pas aussi grande dans les proTinces méridionales que dans le

' Le docte Angelo Mai s'c&t avisé le premier, à Komc , de ficruter ces parchemins et d'y recaelilir quelques parcelles du génie de rantîquité. Il a fait connaître ces manuscrits sous le nonn de Palimpsestes,

C'est ainsi qu'il découvrit et publia, en i8i/|, des fragments de trois discours de Cicéron qui étaient ensevelis sous les vers de Sédulius, poète latin du moyen âge. Un peu plus tard y il a exhumé le traité célèbre de RepubUcâ, autre ouvrage de Cicéron^ qui est malheureusement mutili^.

* Grégoire de Tours, liv. v, ch. XLrv.

nord, et la Langue de ce peuple ne fut jamais

vulgaire k Marseille. Ses uionarques qui laissèrent subsister dans la ProTence la dîgoilé de palrice, laquelle donuaîL un grand crédit^ la conférèrent presque toujonrs à des personnes da pays, ou qui étaient nées dans la Bourgogne. Les gouYemeurs des cités, le plus souvent nommés par ces patrices , durent de leur côté être Proyençaux ou Bourguignons. Ces gouverneurs, ou subdclcgucs y étaient appelés vicarii , d ou est venu le nom de vignier. Le viguior était assisté par des juges nommés scabini ou scavini^ d oii nous avons fait le mot échevin. On sent que la langue francique ne pouvait pas faire de grands progrès à Marseille, qui, sous Tempire des Francs , avait conservé ses juges , sa police et la forme de son gouvernement civil. 11 paraît pourtant que quelques mots et quelques désinences du langage francique ont passé dans Tidiome provençal qui a remplacé la langue romane. Comment cela ne serait-il pas? La domination des peuples conquérants exerce toujours de Tinfluence sur le langage des nations conquises, et, outre les traces laissées par les Francs, on pourrait encore trouver dans le provençal des expressions et des formes grammaticales qui indiquent une parenté non-seuleinent avec la langue des Goths et des Bourguignons qui ont été successivement les maîtres de la Provence, mais encore

D£ MAKS£ILL£. 243 avec celle des Lombards et des Saions qui n'ont Sait que passer, et celle des Samsins qui n^nt pas formé des établissements durables.

La dominaiioii de la race Mérovingienne a toujours ctc marquée comme une des époques les plus funestes à l'esprit humain. Cette période n'offre qu'une fatigante sécheresse. Qu'y voyonsnous en effet? Des intérêts obscurs et compliqué, des noms barbares, un dédale historique, les lumières éteintes, des crimes sur le trône, des passions insensées étouffant la nature, une piété superstitieuse faisait taire la voix du remords et défigurant les simples et sublimes notions de la divinité. Quels siècles ! quelles mœurs 1 Dans les premiers âges du Christianisme , les conciles avaient au moins servi à imprimer du mouvement aux esprits^, et le mouvement intellectuel, quel qu'il soit, est toujours salutaire. Plus tard, la rareté de ces assemblées fut iine des causes qui contribuèrent k épaissir les ténèbres de 11gnorance. Les moines seulement rendirent k l'instruction quelques services dont il ne faut pas leur savoir gré , car ils ne furent point mus par l'amour de la science. Ils ne cherchèrent qu^k éviter Tennui du cloître en transcrivant des ouvrai^es qui auraient pu disparaître sans leur travail , et en tenant des Légendes dans lesquelles ils consignaient des détails insignifiants et négligeaient de conserver le souvenir des évé-

nement'^ qui pouvaient avoir quelque intérêt. Il

se passa l>ieii du temps avant qu^ils pussent transcrire les historiens^ les poètes et les orateurs Je Tantiquité. Ils commencèrent par les livres qu'ils croyaient plus nécessaires : la Bible et les ouvrages liturgiques, les écrits des Pères, les recueils de Canons. On eut une foi aveugle à l'astrologie, aux sortilèges, aux pactes faits avec Tenfer. Les imaginations crédules peuplèrent le monde d'êtres fantastiques et de puissances

mystérieuses* L'imposture multiplia les miracles

qui n'ont jamais existe dans les siècles de philosophie, parce qu'on connaît alors les lois de la

nature qui uc change pas, au gré de nos vains

désirs et de nos pensées d'un jour, ses règles

immuables.

Cependant il ne £aiut point perdre de vue que la barbarie était alors commune h toute l'Europe, et la France a été le pays que les ténèbres ont le moins couvert. Les créations de l'homme y eurent des formes moins grossières et des proportionsr moins mesquines. Quoique le corps social fut profondément engourdi, on pouvait y apercevoir des signes d'intelligence et de vie. Ciovis et ses successeurs donnèrent des encouragements à l'industrie età l'agriculture. Lorsqu'ils eurent réuni dans un même empire les diverses provinces de la Gaule , et conquis sur les Y isigoths les contrées méridionales oii se trouvaient

DE MAXVSEILLE. 245

les poris les plus importants de la Méditerranée,

la France devint le pays le plus commerçant de rSurope ^ Partout ailleurs le commerce était sans aliment, et, pour ainsi dire, ignoré. Seulement quelques yilles maritimes d'Italie, échappées aux invasions des Barbares, entretenaient avec Constantinople de faibles relations Venise, fondée par des familles fugitives dans les lagunes de l'Adriatique, ne pouvait pas encore paraître avec éclat sur la scène du monde. £Ue commençait à former sa marine, et jetait avec quelque lenteur les fondements de sa puissance.

Le commerce des Indes, établi depuis si longtemps à Alexandrie, était ce qui attirait plus particulièrement les marchands européens dans le Levant. Aux cinquième et sixième siècles, le principal entrepôt de ce commerce était l'île de Taprobane, la même que Sérendib oil Ceylan. Tous les vaisseaux de Tliide , de la Cliluc et de la Grèce , se rendaient dans cette île ^.

Justinieii donna ordre à deux moines daller aux Indes pour apporter des vers à soie, ce

' Melot, Mémoire sur le CommeFce de la Gaule, Acad. des losc. tom. xTi, xTiii et zzm.

De Guignes, Mémoire surTétat du Commerce des Français dans le Levant, Acad. des Insc. tom. xxxvi. 'Pardessus, Collection des Lois Maritimes, introduction. ' De Guignes , Mém. cit.

qa'ils exécutèrent arec succès ' * Us se rendirent

à Sérendib et revinrent à Constantinople avec des œu& que Ton fit éclore. Les Grecs apprirent ainsi Tart de nourrir ces insectes. Des fabriques de soie s'élevèrent en plusieurs lieux, et ce commerce que les Perses avaient toujours gardé précieusement se multiplia en Europe '»

Avant celte rpoquc , un grand nombre de Syriens avaient Ibrmé en France des établissements commerciaux^. Ils y apportaient les étoffes de soie de Damas , les vins de la Palestine et d'antres marchandises d'Orient^ Le vin de Gaza était renommé en France, et on y en buvait du temps de Contran ^.

Marseille était le principal intermédiaire de ce commerce. Les étrangers y étaient attirés par la bonté de son port par la sécurité qa'uue police vigilante et sévère y entretenait par la probité de ses habitants et Taménité de leurs i moeurs La Méditerranée lui assurait la communication avec le Bosphore, la Grèce, la Syrie,

' Procop. Ut. a, de Belio Vand.

* De Guignes , ihid.

' Greg, Tur. lib, tii^ cap, xxxi^ lib. yiii, cap. Ub. z, cap, xxTi.

* Ibid, Ub, TU, cap, xxix.

* Sidon. Apoll. Epist, Ub. vu , epist. vu. ^ Greg, Tur, Ub, iv, cap, xi#.

7 AgaJthias, de Reb, Justin, Imp, Ub, cap, xx*

DE MAftSEILLE. 247

rSgypte et les côtes d^Âfrique; le détroit de

Gibraltar^ celle des côtes et des îles de l'Océan; tandis que la Durance, le Rhône , la Saône et les Voies Komaines lui ouvraient riutérieur de la France *.

Tout indique que, sous les rois Mérovingiens, Marseille fut une Tille très commerçante qui nV vait rlea perdu de son ancienne splendeur.

Quelques domestiques de Tarchidiacre Vigile volèrent, du temps de Sigebert, a Marseille, plusieurs barils d'huile qui appartenaient à des marchands d'outre-mer Ce fait ne démontre-t-il pas que le port de cette ville était alors fréquenté par les étrangers ? •

Grégoire de Tours nous fait aussi connaître que Marseille tirait de l'Egypte le papyrus et les épiceries. Cet historien y voulant donner une idée du caractère médisant et calomniateur de ielixy évêque de Nantes, dit que si ce prélat avait été évêque de Marseille, les vaisseaux, au lieu d'apporter de l'huile et des épiceries , n'au^ raient été chargés que de papier pour écrire les calomnies quil débitait^.

Sous le règne de Dagobert, Marseille fut

* De Guignes, ibid.

* Gre^, Tur, Ub, iv, cap. xxxtiii.

* Id, Ub. Y, cap. V. O si te Massilm habuùs^ sacerdaXemf

nunquàm navcs olciun aut reliquat species detuiàseni , nisi tantàm chartam, ctc.

246 ' UlSTOliiE

obligée de payer à l'abbaye de Saint-Dtnis des

sommes qui se prenaient sur les droits d'entrée ' .

A la faveur du commerce marseillais, plusieurs Français allaient faire des pèlerinages à Jérusalem, purcoarai( ni les pays situes sur les bords de TEuphrate et visitaient les solitaires de la Thcbaïdc. Ces pèlerinages contribuèrent a leur tour à augmenter le commerce de Mar^ seille *.

Toutes les conquêtes de Ukariemagne furent au profit de la civilisation et du bonheur public* Ce grand prince, devenu maître de presque toute l'Europe, sembla multiplier les ressources de son génie pour protéger et étendre le commerce de ses sujets. Il s'occupa du soin d'éloigner les

et nuisaient au commerce des différents ports. Il créa partout un système de défense que le succès couronna \ et établit en Ètveur de la navigation des phares sur les points dangereux ^. 11 introduisit la monnaie de compte, en concurrence avec la monnaie réelle, pour la commodité des commerçants^, 11 envoya des secours k ceux de ses

^ Acta Sanct, tom. iv^pag, 563.

* De Guignes, ibid,

^ Ado. Chron. ad ann. 809. — Eginh, Vitn Cnrolimagni, cap, XVII. — Capàul. ann. 802, cap. xiv. — CapituL gen. Ub. IV, cap. V.

^ Ado^ Chron* ad ann. Si i

^ Leblanc y Traité des Monnaies, pag. 4 ^t suit.

sajets qui ae r^ildaient à Alêxaiidrie entretint

des rapports d'amitié avec les souverains d'Afrique; prit des mesures pour favoriseir tous les moyens d'accès et de siireté dans les pays occupés par les musulman^, et le çali£e Âaron al Raschild^ eëlc&bre comme lui par ses victoires et par son amour, pour les^ sciences, lui fit témoigner par une ambassade solennelle son estime et son admiration ^

Ce héros sentit que la fiicilité des communications était . nécessaire au développement du commerce. 11 construisit une route le long du Danube et conçut le projet de joindre TOcéan à la. Mer Noire par un canal de communication entre ce fleuve et le Rhin ^. Il dut peut-être cette- idée aux Êtmeux canaux de Drusus et de Corbulon , dont le premier joint le Rhin avec rissel, elle second Êiit communiquer le même fleuve avec la Meuse Celte|cntreprise n'échoua que parce qu'on ignorait bien des choses indispensables pour Texécution. Quoiqu'il en soit, de pareils projets n'ont pas besoin du succès pour mériter des éloges à leurs auteurs.

Venise voyait grandir sa puissance et sa pros-

' Egmh. FUa CaroUmagni, cap.ymi.

* Id, cap* XTi.

' Mabillon, Muséum Italie, tom. i, part. ii.

* Eginh. Annal, ('(irotimai^ni, ad ann. 793.

^ Schœphlin, Acad, des Inscn tom, XMiifpag. 25(i.

périté. £Ue aspirait déjà à la donainatioii de la Mer Adriatique. Charlema^e fit respecter les droits des autres cites commerçantes ^ Cette république oeait fiiire le commercé d'esclares chrétiens quelle allait vendre aux musulmans. Charlemagne sVfforea d'arrêter ce honteux trafic. £n 785, quelques Grecs s'y livrau nt dans ses Etats; il les en chassa Marseille, sous les successeurs de Childebert, avait outragé de la même manière la nature et Thumanité. Saint Bonnet qui en avait été gouverneur et qui devint ensuite chancelier de France, abolit, durant son gouvernement, la vente des esclaves encore tolérée dans quelques "villes de Provence ^. La servitude n^en subsista pas moins long-temps après lui, de même que l'abolition de la traite des nègres n'a pas détruit, de nos jours, l'esclavage dans les Golcmies. Sous la première et la seconde race , l'état des personnes fut le même a Marseille que dans les siècles précédents. Les habitants étaient toujours distingués en hommes libres et en serft. La condition de ces derniers n'avait pas changé. Dans le neuvième siècle, sous les bibles successeurs de Charlemagne , tous les monastères de Marseille possédaient des escla-

' Ado. Chi'on. ad ann. 8io.

* De Giiign€$y Und,

^ Kuffi, tom. I, liv. II, ch.

ves. Les ^bés de Saint- Victor et les religieuses

de Saint-Sauveur en eurent un nombre considérable.

Gênes et Pise, marchant sur les traces de Venise, s^avançaient dans la carrière de la puis* sancc commerciale ; et Marseille était placée après ces trois villes pour le commerce du Levant.

Gomment les Marseillais faisaient-ils ce com* merce? Leurs marchands allaient-ils eux-mêmes sur les cotes du Levant? se contentaient- ils d*aller chercher les marchandises chez les peuples de ritalie? les leur apportait- on dans le port? Il est certain que les Marseillais allaient eux-mêmes dans le Levant, et ce commerce leur créait des relations importantes avec Lyon,* qui servait alors d'entrepôt à l'ÂHemagne Âu commencement du neuvième siècle, d^est-ii-dire, en 813 et au& années suivantes, les habitants de Lyon, unis aux Marseillais, avaient coutume d^aller, deux fois l'année, à Alexandrie, d'oiiils rapportaient les épiceries de l'Inde et les parfums de l'Ârabie. Une partie de ces marchandises était déposée à Marseille, pour être vendue en France ou en Espagne; une autre partie plus considcT rable remontait le Rhône et la Saône* On les

' Poullin de Lumiiia, Abrégé chronologique de l'Histoire de Lyon , pag. 3i.

Yelly, Histoire de France ^ tojn. i , pag. 60 1. édit. in- 12.

embarquait ensuite sur la Moselle qui les distribuait par le Rliiiij le Mein et le Neker jusqu'aux extrémités de l'Allemagne \

Le savon ctaÎL à cette époque l'objet d'un grand commerce pour les Marseillais. Pline assure qu'il fut inventé dans la Gaule et il est probable qu'il le fut k Marseille ou dans ses colonies , parce que les arts qui tiennent a Tindustrie y étaient cultivés avec plus de soin et de succès que dans les -villes gauloises, et que d'ailleurs cette utile fabrication semble avoir exclusivement appartenu aux Marseillais dans les temps anciens comme de nos jours. Les anciens en faisaient beaucoup moins d'usage que nous. Ils l'employaient dans la médecine, et surtout pour changer la couleur des cbeveux ^. Pline nous apprend qu'on le faisait avec du suif et des cendres de bois de hêtre. C'est à cause de cela que plusieurs auteurs l'ont appelé unguentum cineris ^. Dans les septième et huitième siècles, on ajoutait seulement de la chaux aui

' Poullin de Lumina , Abrégé chronologique de Tilistoire de Lyon, pag. 3i.

Mémoire sur l'état du Comiiwree en Provence, dans le

moyen âge , par feu M. le président Fauris de Saint-Yincenl.

• Hbt. Nat. liv. 28, ch. i a.

' Pline. îd. — Martial, Ub. xiv, epig» ^7.

* l alcr.\Maj:, tib. 11, cap. 1. — TerlulL ad LUo/em, lib. 11, cap, 8.

, Diyli/ea by GoQgle

cendres. Ce n^est que depuis cette époque qu'à la place du suif on y fait entrer de Thuile d olive *.

Les jours brillants du règne de Charlemagiic

firent bientôt place k des jours de ténèbres et de confusion. Les successeurs de ce héros ne furent pas les héritiers de son génie. La France et TEurope furent en proie aux calamités les plus affreuses. L'anarchie féodale démembra la monarchie qui se couvrit de châteaux et de forteresses. Les cités dégénérèrent et perdirent leurs franchises* Une foule de petits tyrans, maîtres des rivières et des passages^ percevaient des droits qui élevaient le prix des marchandises et des denrées • souvent même ils pillaient les marchands. Le système monétaire éprouvait des variations perpétuelles. Le commerce, confondu avec l'usure y le monopole , la levée des subsides y et tous les moyens malhonnêtes d'acquérir de l'argent, fut regardé comme une occupation infâme. 11 languit et passa entièrement dans les mains des juifs, qui, enrichis par leurs exactions, étaient dépouillés par les princes avec la même tyrannie j chose qui consolait les peuples, et ne les soulageait pas

Cependant les villes maritimes du midi de la France et de l'Italie conservèrent des relations

' Faiirîs de Saint- Vincent, ibid.

* Esprit des Lois, liv. xxi, ch. xx.

âSi HISTOIRE

avec le Levant oîi coulaient toujours les trésors de Hnde. Le commerce , qu'elles n'avaient cessé d'encourager et d'honorer, les maintint dans un meilleur ordre de choses* Ami des lumières et de la liberté, il sut y faire régner quelques saines doctrines, quelques droits politiques, quelques formes républicaines. 11 opposa une digue puissante au torrent de la barbarie, et Marseille en fut heureusement préservée. Ses franchises municipales s'affaiblirent ; jamais elles ne furent éteintes, tant leur force était vitale , tant leur principe tutélaire avait pénétré dans les mœurs. Noble destinée des institutions helléniques ! Elles avaient péri à Marseille au milieu des vicissitudes humaines, et pourtant il était facile d'en apercevoir les traces glorieuses. Elles n'ont passé nulle part sans laisser quelque chose de grand et d'immortel qui témoigne en faveur de leur origine. Partout des peuples sans dignité rampaient, comme de vils troupeaux, sous la verge honteuse de quelques despotes sans génie. Mais le peuple Marseillais se faisait distinguer par de précieux restes d'indépendance. C'est que sur cette terre, jadis défrichée par des Grecs, la liberté avait jeté un germe indestructible.

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