II. lO
146 UISTOIKE
knaître de Marseille; mais la comtesse de Sault était tin grand obstacle au succès de cette entreprise. Il ne renonça pas à son projet; et comme il dirigeait les délibérations du parlement ligueur^ il voulut employer contre son implacable ennemie la majesté des lois y avant de recourir k la force des armes. Il accusa cette dame d'avoir entretenu des intelligences avec Lavalette pour lui livrer la ville d'Âix, et le parlement la décréta d'ajournement personnel. Lie duc gagna ensuite Méolhon, gouverneur de Notre-Dame-de-la-Garde, homme sans foi , mais hardi et bon pour un coup de main. Dans la nuit du 16 novembre 1591^ Méolhon escalada le monastère de S^ -Victor, à la tête de trois cents hommes, et s'y établit. 11 vit bientôt arriver auprès de lui les conseillers Flotte , Vento , Villeneuve et Tavocat-général Laurens , commissaires du parlement. En même temps, le duc de Savoie fit avancer des troupes vers Marseille. Alors se manifeste Thorreur de la domination étrangère. Casaulx appelle aux armes tous les habitants. Ils répondent k cet appel patriotique , forment de nombreux bataillons , et déposent des offrandes pour les frais de la guerre. Un drapeau rouge est arboré k Thotel de ville '. Plusieurs batteries sont dressées pour battre le monastère; mais, avant de commencer le feu , le premier consul
' LouTety oiiTr. cit., a* partie.
DE MAK5EILLE. 147
députe vers Méolhon Jean Faudra»^ François d'Aix et Cordier , pour le* sommer de se rendre. Celui-ci répond qu'il ne sortira que par Tordre exprès du duc de Savoie et du parlement. Casaulx lui fait trois autres sommations, et Méolhou de* mande une suspension d^armesjusques au lend^ main. Le terme étant expiré, et Méolhon ne capitulant pas, l'artillerie marseillaise commence à foudroyer les remparts de Tabbaye et y fait une brèche considérable. Les ennemis envoient an parlementaire, mais Casaulx ne veut pas le rece* voir, et le feu continue avec plus de vivacité. Le fort de Notre-Dame-de- la-Garde , sur un signal donné par Méolhon, tire sur la ville quelques coups de canon qui ne portent pas. Alors le gouverneur rebelle, convaincu de l'inutilité d'une plus longue résistance, demandeà capituler avec les honneurs de la guerre , et charge de cette mission Etienne Gras, prieur de S*-Victor. Sa proposition est acceptée; le monastère est évacué; Fabio, fils de Casaulx, y entre avec une garnison de cent hommes , et les troupes savoyardes, après avoir ravage le territoire, battent honteusement en retraite. La ville manifeste sa joie par des fêtes pompeuses; et, dans une procession générale, oii marchent tous les corps de métiers enseignes déployées, la comtesse de Sault, le vignier et les consuls portent des flambeaux entourés de laurier.
Le duc de Savoie fut vaincu a Vinon ■ par les troupes royales soils les ordres de Lavalette , qui , bientôt après % fut blessé k mort au siège de Roquebi^une , château de la viguerie de Draguignan. Charles-Emmanuel , voyant que les royalistes, au lieu de se décourager , reprenaient des forces nouvelles, quitta le pays, après avoir perdu de sept k huit mille hommes et déjpensé des sommes énormes. Le duc d^Epernon , frère de Lavalette, arriva en Provence avec le titre de général de Tarmée royale.
L'époque des élections arriva, et Tassesseur Saquier , affidé de Casaulx , dit , dans le conseil municipal , que le premier consul avait trop bien justifié la confiance publique, avait trop bien mérité de la patrie , pour quHl se démit de ses fonctions. « Marseille , ajouta-t-il , espère que Casaulx ne lui refusera point son dévouement et son patriotisme. Dira-t-on que les règlements s'opposent a sa réélection ? Pitoyable argument, objection sans valeur! Quoi donc? ne sera-t-il pas permis de consulter avant tout les voeux de la cité , rintérêt général ? 11 est une loi suprême qui domine toutes les conventions sociales , c'est le salut du peuple. Au nom de cette loi sacrée , vou^ devez supplier Gasaulx de ne pas déposer
« i5 décfmbrf iSgi.
• II f^Trifr 1592.
son chaperon consulaire. 0 mes concitoyens ^ n'est-ce pas la votre sentiment ? » Oui ^ oui y s'écria rassemblée. Gasaulx feignit de résister; mais il céda enfin y disant que le souvenir honorable de tant d'estime et de bonté ne sortirait jamais de son cœur reconnaissant ; que servir le pays avec zële était pour lui le devoir le plus saint et la gloire la plus pure. L'assemblée l'applaudit et le confirma d'un consentement unanime dans ses fonctions de premier consul ; mais elle changea ses deux collègues.
De Garces y qui était toujours l'ennemi de la comtesse de Sault^ tenait la campagne avec un corps d'armée assez considérable , et avait pour lieutenanls le comte de Snze son beau-frère, Saint-Roman cl Alamanon. Il forma le dessein d'arracher Marseille a la domination de Gasaulx^ et fixa Texécution de cette entreprise dans la nuit du 5 au G août 1592. 11 vint prendre position à Gardannc avec 1 100 arquebusiers et 400 hommes de cavalerie, et ordonna a Saint-Roman de s'avancer vers Marseille avec 250 soldats d'élite, de se mettre en embuscade à cinq ou six cents pas de la porte d'Aix , et de s'emparer de cette porte le lendemain à neuf heures du matin, parce (juà cette heure-là chacun quittait le corps-de- L:ar(le pour aller dincr '. Dr Cartes devait s'ap-
(•.iiifiifU , r II , li^ M%
procher avec toutes ses troupes pQor soutenir son lieutenant. Au moment oîi celui-ci distribuait la poudre aux soldats , un d'entre eux laissa tomber par mégarde près des barils une mèche allumée. L'explosion fut horrible, et comme les soldats avaient leurs rangs serrés, il y en eut peu qui n'en demeurassent blessés. Tous furent jetés à terre, et quarante eurent le visage et presque tout le corps brûlés. Saint -Roman chercha son salut dans la fuite, et Casaulx, averti de la présence de l'ennemi par le bruit de l'explosion j le poursuivît avec un détachement considérable, et emmena prisonniers les malheureux que le feu avait blessés. Les Marseillais nommèrent cette journée la journée des brûlés ' . Cette entreprise manquée servit a consolider le pouvoir de Casaulx , qui ne se montra plus en public qu'avec une escorte de seize mousquetaires. Cependant son influence était balancée par celle de la comtesse de Sault ; et comme, dans son ambition satisfaite , il n'avait plus besoin de cette protectrice embarrassante, il chercha l'occasion de l'éloigner sans paraître ingrat. La comtesse, toujours plus active, était allée conférer k Agde avec le connétable de Montmorency, dans l'intérêt du commerce marseillais '. Pendant son
' Papon, t. iT, lÎT. XII.
• Gauh-idj^ t. Il, liv. xit.
DE MARSEILLE. »l
absence, Louis d'Atx répandit contre elle des bruits injurieux , et fit tous ses efforts pour la rendre odieuse. Cet homme, déroué hCasaulx» dont il était la créature, jouissaitdequelquecr^ dit, parce qu'il était lieutenant du vignier. Ia comtesse retourna h Marseille sur la galÈre du connétable avec une garde d'honneur de soixante mouscpietaires, et Casaulx la reçut arec de grandes démonstrations d'amitié ; mais le peuplemé- «ontent cria qu'il fallait la cbass» comme une ennemie qui voulait mettre la Tille au pouvoir des huguenots et de Montmorency. Cette dame , étonnée de tant d'inconstance, recoamt aoz conseils de Casaulx, qui, feignant de plaindre son sort, lui 6t pourlant entendre qu'elle devait se soumcllrc aux volontés du peuple , et faire volontairement ce que plus tard elle ne ferait que par force. Elle vît alors que Casaulx n'était pas étranger aux manœuvres dont elle était victime; mais, toujours maîtresse de ses passions, elle dissimula son ressentiment ets'embarqua pour Toulon avec Castellanc-Besaudun, qui reçut bientôt du duc d'Epernon le commandement de cent chevaulégers.
Louis d'Aix eut le bâton de viguier, et marcha avant CasauU (Lins la Iii.'rartliic îles pouvoirs; mais, en réalité , il lui fut toujours subordonné : il ne se permit pas une miuIc foi^ île contredire (('« opinions et de s'opposer h ses volonté*^.
itii HISTOIRE
L'année du consulat étant expirée, Casaulx crut devoir ne point se démettre de ses fonctions , et se fit associer deux autres collègues. Il écrivit au pape Clément vni que sa seule intention était de conserver Marseille a la religion catholique. Le souverain pontife lui répondit avec beaucoup de bienveillance. Le duc de Mayenne l'engagea à envoyer des députés aux étals-généraux de la ligue qu'on devait tenir a Paris. Casaulx fit nommer paç le conseil de ville Jean de Paulo , doyen des chanoines de la cathédrale, Tassesseur Cosme Dei- * dier et Jean-Jacques Cordier. De Paulo mourut en chemin^ Deidier retourna sur ses pas, Cordier seul assista à l'assemblée , et obtint en faveur de Marseille plusieurs privilèges importants , no* tamment une extension de juridiction accordée aux consuls, qui eurent la Êiculté de prononcer des amendes de 15 livres pour contravention de police '.
Casaulx et ses adhérents dirigèrent toutes leurs vues vers la résistance qu'ils devaient opposer au duc d^Epemon , lequel avait à cœur de réduire Marseille à l'obéissance royale. D'Epernon se saisit a Toulon d'un vaisseau marseillais, et le conseil municipal décida que des députés lui seraient
' Cette faculté était à peu près illusoire à celte époque, car rien ne bornait Tautorité de ('liarles Casaulx, qui exerçait un pouvoir absolu.
envc^és pour le prier d'abandonner cette priso; qu'il était convenable de n'employer qu*an langage plein de fermeté, et de proscrire ces formules adulatrices indignes d'un peuple qui voulait être libre. D'Epernon reçut fort mal les députés ; et, lisant au bas de la lettre que ceux-ci lui remirent, vos bons amis les consuls de Marseille , il se prit à rire, les accabla de sarcasmes de mauvais goût, si familiers à l'insolence aristocratique , et finit par dire qu'il ne relàchcRiit le vaisseau que lorsque Marseille abandonnerait la cause de la ligue. Ce navire, qui était mal gardé, profita d'une négligence si Êivorable, mita la voilepar unbeaQ temps, et arriva heureusement à Marseille '.
Le duc, vivement blesse, se mit aussitôt en raropagnc et rangea sous ses lois Gardannc el Auriol. Il entra dans le territoire de Marseille, le 8 avril 1593. Un parti ennemi, composé de 300 hommes de cavalerie, s'avança jusqu'à la plaine S*-Michcl, oîi il enleva quelques personnes et des bestiaux qu'il emmena à Aubagne. Le 12 du même mois, dans la nuit, le duc, à la tête de 1000 arquebusiers et de 1200 chevaux, vint surprendre la ville , et renversa une porte par le moyen d'un pi'tard. 11 lui fallait en renverser une autre, et le pi'tardicr Fournicr, chargé de triu» opcration, ri:houa compK'tcment. Les Mar-
Siii l.i (in «le I "ujy.
m HISTOIRE
seillais, se levant en masse, firent une sortie et mirent en fuite les troupes royales, qui prirent la route de Roquevaire et emportèrent d^assaut ce bourg fortifié. D^Epernon fit pendre le capitaine Bourdon et trente-cinq habitants , se vengeant, par cette froide barbarie, de l'afiront essuyé sous les murs de Marseille '.
Casaulx et d'Aix, se perpétuant dans leurs fonctions , firent des levées de troupes et mirent la ville sur un pied respectable de défense. Pour s'assurer des dispositions du peuple, ils donnèrent une Élusse alarme , firent courir le. bruit que l'ennemi s'était rendu maître de la porte royale , et eurent le plaisir de voir en peu d'instants vingtmille hommes se présenter armés pour la défense des foyers domestiques.
Ils recurent, bientôt après, une lettre du sultan Amurat ni, qui les engageait à se soumettre à l'autorité royale ' : (( Ayant appris, leur disait-il, a que vous persistez dans vos mauvais desseins, « que vous refusez à votre maître l'obéissance et (f rhommage qui lui sont dus , nous vous enjoi- (( gnons, quand les valeureux entre leurs sem- <( blables Méhémet et Mustapha , cadpigis de
• Louvet, 2* partie. — Gaufridy, t. n, liv. xrr. — Ruffi , t. I , liv. IX, ch. m. — Papon, t. iv, Ht. xn.
• Papon fait observer avec raison que Tambassadeur de France à Constantinople avait sans doute imaginé ce mojen pour ramener Marseille à l'obéissance du roi.
c( noire Sublime-Porte, seront arrivés, de rendre H obéissance au magnanime et très puissantHenri, <( empereur de France, comme vous avez fait aux (( autres empereurs ses prédécesseurs ; et , si vous (( persistez dans votre sinistre obstination , nous « vous déclarons que vos vaisseaux seront confis- '(( qués et les hommes faits esclaves ■•••.»
Les duumvirs eurent aussi besoin de veiller à leur propre sûreté et de parer les coups de la vengeance. Un bigarrai banni conçut le projet d'attenter à leurs jours : c^était Porcin, qui avait plusieurs fois pénétré dans la ville sous divers travestissements, et qui savait que le consul et le viguier se promenaient tous les soirs sur la place Neuve, oii un de ses amis possédait une maison. Porcin y embusqua quatre conspirateurs qui devaient simultanément faire feu sur Casaulx et sur d'Aix *, lui-même devait se placer dans le voisinage avec quelques conjurés, pour cire prêt h tout événement et proclamer le gouvernement royal. Casaulx découvre le complot : Theure, le lieu de Tcxécution , le nom des conjurés, tout lui est dévoilé par sa police vigilante. L'intrépide consul se rend à la place Neuve, accompagné de Jean Altovitis, son cousin, et de quelques gardes. Désignant du doigt la maison des conspirateurs :
' Au premier jour de la lune sainte du Ramazan, Tan mil H unième ; ce qui rerient au commencement du moU de mai dr Vnn iSjjl
156 HI5TOIRE
C'est'lày dit-il, que se sont enfermes les traîtres : Au même instant on tire sur lui, de cette maison, quatre coups de mousquet qui ne Tatteignent pas : Altovi tis en est frappé et expire sur-le-champ; Les gardes veulent enfoncer la porte; mais, la trouvant fortement barricadée, ils pénètrent par les toits , massacrent les assassins après une vive résistance, et jettent parles fenêtres leurs cadavres nus et sanglants, qui restèrent exposés sur la place tout le lendemain, jour de la Fête-Dieu. La procession générale passa devant ce spectacle d'horreur, et Porcin trouva le moyen de sortir de la ville'.
Casaulx convoqua a Marseille une assemblée des ligueurs provençaux: Génebrard, archevêque d'Âix, s'y rendit; Arles, Martigues, Salon et Berre envoyèrent des députés. Tous les assistants promirent, sous la foi d'un serment solennel, de ne point rompre la sainte union et de se prêter une mutuelle assistance.
Masparaut, maître des requêtes, fut envoyé à Marseille par le duc de Mayenne pour y établir une chambre souveraine. Des événements importants l'empêchèrent d'accomplir sa mission .
Henri iv , ayant embrassé la foi catholique , la ville d'Aix le reconnut ', et le parlement
' ("taufridy , t. ii , liv.
" Dans ]c5 premiers j ou r.% du mois de janyier 1594*
ligueur se réunit au parlement royal. Le duc d'Epernon^ qu'on ne voulait point pour gouverneur ^ fut abandonné de tous les gentilshommes qui avaient combattu sous ses ordres. Cependant il refusa de se démettre de sa charge , ce qui prolongea les troubles. Marseille, qui voulait ressaisir son indépendance politique , promit de le reconnaître pour gouverneur de Provence , mais seulement dans tout ce qui intéresserait le bien général du comté; elle ciigea qu'il fit son séjour loin du territoire communal.
Méolhon commandait toujours le fort de Notre- Dame-de-la-Garde, mais il ne se tenait pas k son poste , et s'y était (ait remplacer d'abord par un prctrc nommé Tornatoris , prieur de la paroisse Saint-Laurent, et ensuite par un capitaine savoyard auquel il avait donne sa sœur en mariage. Casaulx, qui voulait k tout prix s'emparer du fort, jrta les yeux sur Tornatoris pour ce coup de main. Tornatoris logeait encore dans la forte* resse, quoiqu'il n'y exerçât aucim commandement. Irrité de sa destitution, il se chargea de rentreprisc et en garantit Icsucces. Il nedcmanda àCasaulx que deux mousquetaires de sa garde, et s'adjoignit, pour le seconder, deux prêtres nommés Trabuc et Cabot. Le jour marqué pour Texéciition du complot, les deux prêtres furent admis dans la forteresse, pour dire la messe. Trabuc la dit en eflet, portant une cuirasse sous ses habits
sacerdotaux. Bientôt les deux mousquetaires entrèrent pour dîner, disaient-ils, avec Tornatoris. Alors, tous les conjurés pénètrent dans la salle d'armes, et, s'emparant chacun d'un mousquet, chargent le capitaine savoyard et ses soldats, qui, attaqués à Timproviste , résistent pourtant avec vigueur, blessent le prieur de Saint-Laurent et un mousquetaire, et sont enfin obligés de se rendre et d'évacuer le fort. Le prieur s'étant jeté sur un lit de repos pour se Êiire panser , Trabuc entre brusquement dans sa chambre et l'assassine ; ensuite il arbore un drapeau et tire un coup de canon : c'était le signal convenu avec Casaulx pour la prise en possession. Fabio, fils du consul, quitta le jour même le commandement du monastère de Saint-Victor et entra dans la forteresse de Notre-D^me-de-la-Garde avec une garnison dévouée. Le beau-frère de Louis d'Aix , qui jusque-la avait eu la capitainerie de la porte royale , remplaça Fabio à Saint-Victor et fut luimême remplacé à la porte royale par Pierre Libertat ■ .
Libertat avait embrassé avec fureur le parti de la ligue , et les duumvirs , dont il était des plus confidents et mieux appointés ' , lui témoignèrent beaucoup d'aficction. Cet homme , ybr^ asseuré
' Ruffi , t. I , liy. IX , ch. m.
* César Nostradamus, p. 1016.
et résolu j noir et carré j priiféde Vœil droit qu'il tenait presque tout fermé, et de courage plus hautain que sa sorte ne portait , aspirant à s^agrandir par un ou par autre moyen '^ naquit à Marseille , oii sa famille , originaire de Corse , s'était fixée depuis peu de temps. Son nom était Bayon , et Libertat un surnom donné à son tri* saïeul y lequel avait arraché la vie a deux tyrans qui opprimaient la ville de Calvi, sa patrie; depuis lors, ce surnom resta dans la famille comme un honneur héréditaire '.
Les fêtes de Noël approchaient ^, et , suivant Tancieiine coutume, le viguier et les consuls aillaient, pendant ces trois fêtes, se prosterner, vers le soir, devant le Saint-Sacrement, exposé
' Nostradamus, p. 1016.
* Eloge funèbre de Pierre I^ibcrtat, par Guillaume Duvair, garde des sceaux de France, p. 73/| de ses œuvres. Pariii,
De Thou confirme ce témoignage dans un discours qu'il fait tenir à Bansset.
Le notaire Ttrosson , dans TAImanach Historique de Marseille de 1789, assure que les registres des notaires de cette ^ille, antérieurs à 1^96, où Ton voit contracter les frèret Libertat, prouvent que le véritable nom de cette famille était Baron.
Du\air s'exprime ainsi : « Baptiste, fils du libérateur de • Calvi , ayant fait plusieurs signalés exploits de guerre , tant
- en Sicile qu'en Calabre , même en quelques duels, laissa
- un fils nommé Bartholé, qui se vint établir à Marseille. •
* Toujours en 1594.
mo HiSTOlKE
dans Téglise des prêcheurs. Brancoli , religieux dominicain et parent de Casavilx, crut que l'occasion était favorable pour se défaire de et consul , contre lequel il nourrissait une haine implacable y parce quUl ne s'était pas employé à sauver son frère , condamné a mort pour avoir tué un chanoine de Saint'Martin , oii ce frère était vicaire. Brancoli se donna pour complice un religieux du même ordre, Antoine d'Atria, Calabrois, âgé de vingt-cinq ans , et les deux moines mirent sous les bancs du chœur des sacs remplis de poudre et de balles d'arquebuse; ils y joignirent une mèche à laquelle ils devaient mettre le feu, sans être aperçus, lorsque d'Aix etCasaulx auraient pris leur place dans le chœur.
Un bruit vague et sourd se répand qu'un complot est tramé contre les duumvirs; mais on ne connaît ni les auteurs, ni les détails, ni le jour de l'exécution. On dit seulement que le viguier et le premier consul doivent être enlevés à l'église. Quelques bigarrats sont aussitôt arrêtés. D' Aix et Casaulx prennent toutes les mesures que la prudence exige, et vont, le jour de Noël, entendre, suivant l'usage, la messe à la Major, en grande cérémonie. Ilsvoulurent en imposer au peuple par un redoutable appareil militaire. Une compagnie de mousquetaires ouvrait le cortège î elle était suivie de deux cents arquebusiers ; une centaine de clients et de serviteurs
■iiartrliaieiil cusiiilif, Iv |>isl<iK't ;i l;i iiKiiii, |jiii<; veiittieiit le viguicr cl Urs trois eoiisiiU , couverts de la cuirasse, environnés tl*un? foule d'ainia armt's de loulcs pièces , purmi le&^llch se trouvait Benutt , liraii -frère Je Kriincoli ; trois ccnls arquebuaiera fermaient la marche. La messe se termina sans accident , et d'Ail et Casaulx se relirèrent avec la même escorte.
Bequct alla voir Brancoli , et la conversation .s'engagea sur les affaires publiques. Le moine ; exhalant sa rage contre Casaulx, dit qu'il n'aspirait qu'^ venger la mort de son firère. Bequet vint alors rapporter h Casaulx qu'il croyait avoir découvert an des auteurs de- la conspiration ; mais il ne voulut le désigner que lorsque le consul lui eut juré que cet Uommc mirait la vie sauve et que la rigueur des lois ne s'appesantirait que surses complices. Brancoli interrogé nie d'abord, itvoue tout ensuite, et d'Atria fait un semblable aveu.
Louis d'.\ix cl Casaulx se rendent à l'église des frères prêcheurs ' , et font briser leur banc :i coups de liache; on en sort les sacs de poudre, et les assistants épouvantes se précipitent vers la porlc. (( Ne fu^cz pas ! s'écrie Casaulx d'un ton < d'inspiré ', braves amis, ne fuyez pas! Dieu, ■■[ (|ui protège les bous cl punit 1rs pervers , n'a
' 1^ MWi>nr|p f-'-tf iIp Nni-1.
161 UiSTOiilE
« pas voulu que Tatroce dessein de quelques mi- « sérables s'accomplît. Rendons k ce Dieu de jus- « lice de sincères actions de grâces. » Aussitôt tout le monde se prosterne et prie avec ferveur' .
Brancoli reçut son pardon ; mais Antoine d' Atria et un marin , convaincu d^avoir participé à son crime, furent condamnés k être pendus '. La sentence porta que leurs cadavres seraient bru lés, et les cendres jetées au vent. Comme les circonstances exigeaient de prendre des mesures extraordinaires, on mit en état d'arrestation Dominique d'Andréa , seigneur de Venelles , Pierre d'Hostagier y Jeanne Bouquin , veuve du malheureux Lenche, et Marguerite Glandevès, épouse de Jean Riquetti-Mirabeau ; Lazarin Doria , âgé de quatrevingts ans y François Bouquier et sa famille y furent expulsés de Marseille; et les duumvirs rendirent un décret portant que tous les parents et les serviteurs des émigrés eussent a sortir de la ville en toute diligence ^.
Le roi avait envoyé en Provence Dufresne, secrétaire de ses commandements, pour s'informer de Tétat des affaires, .et pour remettre des lettres k Louis d'Aix et k Casaulx. Dufresne, n'osant pas les porter lui-même, les envoya par un trompette qui les remit au viguier ; celui-ci, après les avoir
« Gaufridy, t. ii , liv. xt.
• I,« g janvier iSqj.
* RiifH, t. I, liv. IX, rli. III.
DE MARSEILLE. ISS
lues, les Foula aux pirds, nrdoima l'arreslalioit du trompette et lui fît couper li>s oreilles '.
Dufresne, a^ssani comme commissaire du roi , somma le duc d'Epernun de quitter le pnys. Celui-ci répondit qu'ayant acquis le commandement par ses travaux , il ne voulait point l'abandonner, et que si le roi lai-nième venait , // lui servirait de fourrier j non pour tnarqucr les logements j mais pour les brûler sur son passage.
La nouvelle de la rticonciliation d'Henri iv avec le souverain pontiCe arriva bientôt en Provence. La ville d'Arles reconnut le roi-comte : toutes les communes insultées se placèrent sons son autorité tntëlaire. Le 17 novembre i595, le parlement vcriBa les lettres royales portant nomination du duc de Guise , Bis du Balafre , au gouvernement du comté, oii d'Epernon faisait de vains elTorts pour conserver un pouvoir expirant.
Marseille, ne perdant pas courage, refusait de se soumettre , et Casaulx n'était pas homme h abandonner ses grands projets. Le duc de Mayenne, forcé de se réconcilier avec le roi, écrivit aux duumvirs marseillais pour leur proposer de les faire comprendre dans l'accommodement ; mais ccui-ci repoussèrent les offres les plus séduisantes. Les intén'ls de Mayenne leur étaient alors étrangers. Que leur importait la
' Papon, t. ir. Iit. m.
164 HlSTOIR£
cause de la ligue? ils ne s'en étaient servis que comme d'un moyen favorable au triomphe d'une cause plus glorieuse et plus sainte. Le temps était passé oii Gasaulx, turbulent sans patriotisme , ressemblait a tous ceux qui voulaient mettre à profit les malheurs publics , parce qu'ils avaient une fortune k faire. Ce n'était plus cet agent de la comtesse de Sault qui bornait ses désirs a la possession du chaperon consulaire , sous le régime des chapitres de paix. Oh ! que les circonstances avaient changé ! Lorsqu'on se jetait en aveugle au milieu d'une anarchie dévorante , lorsqu'on se disputait des lambeaux teints de sang, lui, qui se sentait une ame haute et un cœur résolu, ne pouvait pas rester tranquille spectateur de ces luttes acharnées. Lorsque toutes les fonctions publiques étaient, pour ainsi dire, au pillage, pouvait-on lui reprocher de s'emparer des meilleures , qu'il regardait comme le prix de l'audace et du talent? Pourquoi, maître de la victoire, aurait-il laissé triompher des rivaux qui ne le valaient pas? Consul perpétuel, magistrat sans contrôle, il avait plus que ce qu'il espérait d'abord , et pourtant son ambition n'était pas encore satisfaite : inquiète , ardente, elle se proposait un but plus élevé. La ligue obéissante jurait fidélité à Henri iv ; et Gasaulx, ligueur sans conviction, persistait à lui refuser sa foi. Cet homme , que voulait-il donc? Espérait-il asseoir sa puissance absolue sur des fon-
DE MARSEILLE. 16S déments durables? Se ÛatUit-îl de consolider un régime dictatorial dans une ville oîi toujours fermenta le généreux amour de la démocratie? Ne craignait-il pas de lasser la patience de ses concitoyens, et les méprisait-il assez pour les supposer capables d'une si grande làclieté? Non , telle ne fut point sa pensée ; car il comprenait trop bien ses intévétï et jugeait trop bien sa position. On ne peut en douter: il aspirait à l'honneur de rendre à Marseille son ancienne souveraineté politique , et cette .souveraineté ne pouvait avoir d'autre base que le régime républicain. Sans doute , CasauU aurait eu une bonne part dans le partage des pouToîrs, car Iri rc<ilatiratriirs de la liberté ne perdent pas toujours le fruit de leurs travaux , et la reconnaissance nationale leur décerne une récompense méritée^ mais, lui qui voulait conquérir la gloire la plus pure qui puisse sourire il la raison humaine , lui qui voulait inscrire son nom parmi ces noms illustres qui font l'orgueil (les peuples affranchis, n'aurait-il pas brisé les faisccauK de dictateur? Il ne s'agissait pour Marseille que de traverser un despotisme passager, pour aller se reposer à l'ombre tutélaire de ces lois républicaines qui viviiient de leur feu créateur et la vertu et le génie Un jour CasauU
■■r dévoila tout entier. Robert deRuflî ' , son ami,
' ParrnI ite l'ancien liistnrirn Af Marseille.
qui, suivant un ancien historien % aidait la fleur de Ijs fort avant dans le cœur, le suppliait de se donner a la France. Non, non , lui répondit le consul indigné , je veux rendre à ma patrie la lirbertéquifit luire pour elle des jours si heureux. Rien ne saurait me détourner de cette résolution. JfuiSy tirant un poignard : Ne me parlez jamais , s'écria- t-il, déplacer Marseille sous Vohéisscmce royale; ce fer , ce fer vengeur vous percerait le sein * .
Il fallait aux duumvirs des forces sufBsantes pour résister au duc de Guise ^, qui s'efforçait de se rendre maître de Marseille. Ils chargèrent le docteur Mongin , le notaire François Casaulx et Nicolas David , d'aller demander des secours au roi d'Espagne, qui accueillit les députés comme les envpyés d'un peuple indépendant. Le jour de l'audience^ il mita leur disposition le carrosse des ambassadeurs y et les reçut dans un pompeux appareil. Environné de toute sa cour , il fit une réponse très bienveillante à leur harangue, et les adressa ensuite à son secrétaire d'étal ^on Juan de Idiaques , comte de Castelrodrigo. On dressa bientôt les articles d*un traité qui portail en substance que le but principal des parties tendant à la conservation de la sainte foi , on ne souffrirait
• Gaufridy» t. ii, liv. xv.
» Id.
' Le duc de Guise entra en Provence le a i norembre 1 595«
DE MAHS£ILLE. i«7
dam Marseille et dans son territoire d'autre cultcf religieux que le culte romain ; que cette ville ne reconnaîtrait point Henri de Bourbon pour roi ; qu'elle ouvrirait ses portes aux années de'£» M. catholique , et les fermerait à ses ennemis ; qu^elle ne contracterait aucune alliance sans le conaen» tement de la cour d*Espagne ; qu'à ces conditiem^ le roi prendrait Marseille sous sa protection vj^^ ciale, lui fournirait de l'argent et des muattioas de guerre , lui assurerait dans tous ses états la liberté du commerce ■ •
Un peu avant ce traité ' , Charles Doria , fib d'André Doria, prince de Melphi y qui commandai! une escadre espagnole sur les côtes d'Italie ,
' Que esta confédération se enticnda que tiene por fin el »ervitio de nuestro senor y augmente de nuestra santa fê catholica y conservation de Marsella, donde non se advertira ny consentira, por ninguii caso, ny de su territorio y dominio, otro exercitio que cl catholico.... que la dicha villa non reconoscera à Henrico de Borbon en ningun tieropo... que temen al pucrto de Marsella y los démos ({ue viniessen à su dominio, y mando abiertos y segnros à las galeras y ntos , y otros bixeles y armadas de Su Magestad Catholica... que no haran pactes y concicrtos ny confédération ion otro , sin expresse consentimiento y voluntad de Su Magestad.... que Su Magestad con lo dicho tomara la villa de Marsella à su protection , acudira à so defensa contra los que la quisieren offender... que por ayudar tambien con dinero.... que los de Marsella saran bien vistos y recebidos en todos los puertos y tierras de qualesquier regnos y estados de Su Magestad, ternan su commercio libre....
* Il est a la date du ao janvier i^g^.
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prit sur lui de détacher quatre galères , et de les envoyer avec quatre cents soldats, au secours de Marseille ; elles entrèrent dans le port le 28 décembre 159^, et, quelques jours après , Charles Doria arriva lui-7néme avec huit autres galères et mille fantassins d^clite. Le roi d^Espagne approuva la conduite de son amiral , et les Marseillais reçurent les troupes espagnoles avec de grandes démonstrations de joie. On a dit que Càsaulx voulait vendre la viltc aux ennemis de la France ; mais le texte du traité d'alliance entre Marseille et TEspagne ne repousse-t-il pas cette assertion , qui est d'ailleurs détruite par la vraisemblance ? Les Espagnob n'entrèrent pas dans Marseille comme des conquérants, mais seulement comme des auxiliaires, suivant l'esprit de la ligue, qui toujours servit de prétexte à la glorieuse pensée du consul réformateur. Qui soutenait ce consul ? N*était-ce pas le même parti qui, accueillant d'abord le duc de Savoie, l'avait ensuite combattu avec ardeur, pour défendre contre son ambition l'indépendance provençale? Gasaulx n'avait-il pas dirigé ce mouvement patriotique ? Et ce parti serait allé de gaitc de cœur au devant de la domination espagnole ! Et Casaulx en aurait été l'organe! Il est temps que ces erreurs populaires s'évanouissent devant le flambeau d'une critique impartiale.
Marseille se trouvait dans une position f;i-
ckeuse : son indépendance était menacée par les royalistes exilés , qui conspiraient avec les autres royalistes restés dans la ville, oii le duc de Guise avait des intelligences. Le notaire Gebffroy^Dupré, secrétaire du conseil municipal /rdl^cat
Nicolas de Bausset, réfugié à Aubagne, et Pierre
Libertat , comblé des faveurs de Casaulx y diri* geaient ce complot. Ils étaient secondés par Ogier de Riqueltii Gaspard Séguin, Désiré Moustiers, Nicolas d^Arvieu , Honoré de Rains et Jean Viguier. Dupré et Bausset eurent ung conférence dans une maison de campagne, non loin d'Aùbagne; ils délibérèrent en quelle sorte il se fid* lait gouifcrner pour conduire Vœuvre au sommet (le sa perfection • , et Bausset se chargea de s'ch- Icndrc avec le duc de Guise. Il se rendit a Aix auprrs de ce prince, et, soignant les intérêls des conspirateurs, il voulut régler avant tout le prix i\c leurs services. Le duc promit à Libertat, sous le bon plaisir du roi, la somme de cent soixante mille écus , le commandement de la porte royale, celui du fort Nolre-Dame-de-la- (îarde et de deux galères, une terre de 2,000 écus de rente et une abbaye de 1,500, les droits *»ur Tépicerie et la droguerie apportées par des vaisseaux étrangers, et plusieurs autres privilé-
I..I Uoy.ilr Librric dr M.ii xillo, r»ii llislnirt' vriilahlr clr l.t KeHijdion <lr U ville «le M.usrillr «i ro|n''i«.«>.incr ilii I\oi, j».ir Dnniier, a*^ rdif., jug. 71.
ges aussi exorbitants. Il promit le consulat a Ogier de Riquetti , à Gaspard Séguin et a Moustiers; d'Ârvieu, Barthélemi Libertat ', de Rains et Yiguier, devaient être nommés capitaines de quartier. Bausset se contenta de la charge d^assesseur *. Geoffroy-Dupré voulut rester secrétaire du conseil de ville ; mais comme le sang de Casaulx devait lui être de quelque profit, il crut faire le modéré en ne vendant ce sang que 5,000 écus. Ainsi, rien de patriotique n'entra dans la pensée de tous ces conjurés, qui ne travaillèrent que pour leur compte.
Le duc de Guise, plein d'espérance en leur coopération , crut qu'il lui serait facile de surprendre Marseille. D'abord, il donna ordre au capitaine Boyer d'aller avec ses chevau-légers jeter l'alarme dans les campagnes, pour refouler dans la ville les paysans , qui pouvaient nuire a ses projets en avertissant la garnison. Le 6 janvier 1596, à l'approche de la nuit, il s'avança lui-même à la tête de mille chevaux et de quatre cents hommes d'infanterie. Les duu m virs connaissaient son entreprise , et avaient pris toutes les mesures nécessaires pour le punir de sa témérité. 11 se disposait à attaquer un bastion , lorsque plusieurs feux parurent sur la courtine, et l'artillerie foudroya les assaillants. Trois fois il vint à la
' Frère du fameux Libertat.
' Papon, t. IV, liv. xiii.
DK MARSEILLE. 171
charge , trois fois il fut repoussé. Désespérant en«> fin du succès, il donna le signal d'une honteuse retraite >.
Cependant les serviteurs mercenaires de la cause royale supplièrent le duc de tenter une nouvelle attaque. Nicolas de Bausset, leur interprète I rassura que cette entreprise ne pouvait pi$ manquer, parce que le peuple marseillais, murmurant contre les Espagnols , qu'on lui représentait sans cesse comme des dominateurs déguisés, embrasserait avec des transports de joie ses enseignes libératrices ; que Libertat et ses amis lui a. ouvriraient la porte royale , et qu^une résistance sérieuse deviendrait impossible. Le gouverneur, déduit par ces motifs, choisit le 17 février pour rcxéculion.
Libertat et les principaux conjures avaient résolu de poignarder les duumvirs au milieu de leurs gardes, si le duc de Guise ne se présentait pas sous les murs de la ville le jour tiié. La veille de ce jour mémorable, le capitaine de la porte royale et sept autres conspirateurs se rendirent a IVglise des religieuses de Sion , armés chacun d'une bonne dague qu'ils portaient dans leur manchon; ils firent leur prière devant le Saint- Sacrement , et recommandèrent leur affaire à Pieu \ Pendant qu'ils clairnl ainsi proslrrnés,
' GaufudT, t. Il , lÎT. XV.
• Ruffi, t. I, Jiv. n, ch. !▼.