‹ Histoire de Marseille (volume 3)Chapitre 9 sur 29 · H6 II15T01KE · texte numérisé non relu

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donner un second. Le Marseillais, baigné dans son sang, rassemble le peu de forces qui lui restent ; sa main désespérée se saisit d'un poignard et en frappe le prince dans le bas-ventre; celui-ci s'écrie alors : Je suis blessé. Altovitis me tue! A ces cris, Séguiran se précipite sur Altovitis, le perce de mille coups et jette par les fenêtres son corps défiguré , que les gardes foulent aux pieds; un de ces gardes tue d'Arène d'un coup de carabine. LfC grand-prieur, en proie à des souffrances déchirantes, est transporté dans son palais. Le deuil, l'épouvante et la confusion régnent dans la ville, dont les portes restent fermées. Le peuple prend les armes et forme des barricades dans quelques rues. Le président Coriolis et plusieurs conseillers du parlement parcourent les principaux quartiers à cheval et en robe rouge. Séguiran les accompagne , tenant d'une main le poignard d'Âltovitis, de l'autre l'épée du dac d'Angouléme, et s'écriant^ en montrant alternativement ces deux armes : F'oici ce gui a blessé monseigneur le grand-prieur; voilà ce qui en a tire v$ngeance !

Le prince, dont la blessure était mortelle, expira le lendemain , et le parlement prit les rênes de radministralion du pays, en attendant la nomination d'un autre gouverneur. Comme il était k rraindre que la mort de d'Arène et d'Altovitis ne fiit a Marseille Une cause de troubles, le président

de Saint-Jean, les conseillers Vente et Foresta, et ravocat-général Monier, se rendtnnt en toute hâte dans cette ville pour y veiller au maintien de la tranquillité publique '.

Henri m donna le gouvernement de la Provence au duc d'Epernon, son favori, qui, après avoir (ait soii entrée dans la ville d'Aix h la tête d'un nombreux et brillant cortège ', arriva a Marseille, oii il fut reçu avec magnificence ^« 11 en partit six jours après , pour exécuter les lois royales contre les protestants, qui ne possédaient plus en Provence que lavillede Seyne.D'Epernon, ayant fait transpolter des canons dans les montagnes par le secours des mariniers marseillais , s'empara de celte place, et retourna h la cour, oîi le roi rappelait, laissant à Nogaret de la Valette, son frcrc aîm', le gouvernement de la province, dt'soléc par la pcsle. Les Marseillais, frappés de terreur, abandonnèrent la ville, oU la contagion dura si\ mois ^.

Le seigneur de Vins, ne désespérant point du succès do la ligue provençale, négociait avec le duc de Savoie pour en obtenir des secoure, €t Marseille s'ébranlait sourdement , toujours arilrnlc pour la cause catholique, h laquelle elle

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nii-lail tics idiics d'indi-priiilance qui nuraienl vlH plus naturel Icmenl plact'os dans le parti oppost-. DcVInsËt entrer dans la ville CastcllaneBcsaudun, un de SCS agents 1rs plus intelligents et les plus di-lerminés, pour disposeras cspritsenfavcur de la ligue. Pierre d'An telniy,viguier, chassa ce conspirateur, et une sédition redoutable éclata aussitôt. Le peuple, se livrant à tous les excès, donna le nom de bigarrais ' aux partisans de la Valette. jNicolas de Cépède, premier consul, dirigea le mouvement populaire ; ses collègues, Antoine de Lenclie et Jean Bousquet, furent 1rs chefs des bigarrais. '

Lavalcitc accourut h Marseille et lit arrêterquelques coupables, parmi lesquels se trouvait un piilron pêcheur. A cette nouvelle, les prud'hommes Marin Silve, Peyron Tcissèrc et Etiennr Lombardon, se mirent à la tèlc de deux ci^nts hommes de mer, et niarchèrent vers t'hôtel du gouverneur pour lui demander la liberté prisonniers. Nicolas de Crpède , suivi de quciqi ligueurs, se joignit à celte troupe, qui forma hientùt un rassemblement considérable. Fabre

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'■ Oh appelait Aj^omarx les poliliqiits OU dcmi-liugiirnort • ([ui nageaient cnirc i\tu\ rniiv; rar on vonlait, jiaur ■'•Irr ■ parfait ratholiqtic, (]ii'<)ii ci'il un ii'lc i]n)iatical, qu'on nr 1 ^loufTrtt nj pai\ ny Irôvc uvcc 1rs tii'rëtlqnr». »

Le Labourpiir, fol. )iu[;, 'iSa. — LoiivH, Ailililimii Mir rUiat. dci Troiibla Av l'ruvnitc, t"^* part.

ca|iit<iinv de quartier, vuulutit fuirt: quelques ol>servation<i, courut risque d'être jeté à la mer. Lavaleltr s'otl'or^a vnincnicnl de calmer h fureur tic cette populace. Maria Silvc le souiiua avec arrogauL-c de rendre les prisonniers, disanlqu'ils étAÎeiit g(>ii« de bien et bons catholiques. D'autres »édiliciii ^'approchèrent du gouverneur, et lui dirent en langue provençale : Tamben, iitoussu, i<ous abitstis, nous va fotidriè pas faire : voulen toits prc'sounic's. Et la foule irritée répétait sans resse : / 'oult^n tous pre'sounie's. Lnvalelte , ne pouvant opposer aucune n'sistance , s'i-orin : Eh bien , messieurs Us prud'hommes , je vous les lionne. Les prisonnier» furent aussitôt rendus k lu lilM-rl/' ri portés en triomphe '.

Le lendemain , Lavalette, Lenche et Bousquet, firent prendre les armesà tous les bigarrais, pour s'emparer des prisonniers délivrés. Les ligueurs s'armèrent de leur côté. Les bigarrais, se voyant les plus faibles, n'osèrent rien entreprendre, et Lavalette fut contraint d'abandonner la ville , livrée à l'anarchie.

Besaudun y entra bientôt, et le seigneur de Vins ne larda pas d'y arriver. Alors, les ligueurs, triomphants, regardant Dariez comme un martyr de la religion, enlevèrent de l'hôtel de ville un tableau oii la mort de ce tyran élait repré-ieiitre,

■ Riifli, I. I, li». t(ri, fh. i».

et rendirent de grands honneurs à sa mémoire.

Cependant les bigarrats , ne désespérant point du succès de la cause royale, étaient toujours sous les armes. La majorité du conseil municipal suivit les enseignes de Nicolas de Cépéde ; la minorité se rangea sous celles d^ Antoine Lenche et de Jean Bousquet, et Marseille devint un affreux théâtre oii les deux actions acharnées se livrèrent une guerre impie.

Quelques procureurs passant sur le port, Tun d*eux proféra contre les bigarrats des paroles injurieuses. Aussitôt sept ou huit hommes sortent de la maison d'un nommé Blancard , l'épce k la main , et se précipitent sur ces procureurs, qui appellent la populace k leur secours. Un attroupement se forme; les bigarrats sont blessés, mis en fuite, et se réfugient dans la maison de Blancard ' .

Lenche résolut de s'emparer de Thotel de ville par un coup de main, et d'en chasser les ligueurs. Ceux-ci, ayant soupçonné son dessein, renforcèrent le corps-dc-garde ) mais Lenche persista dans sa résolution. Couvert d'une cuirasse, orné du chaperon, il se mit a la tète de cinquante royalistes armés de toutes pièces, et s'avança vers le poste \ Un jeune homme, appelé Porcin , le somme, le

' (iiufridy, t. ii, Ht. xiii.

' Ijt 26 août i588^ entre neuf et dix heores du soir.

DE MARSEILLE. .m

pistolet sur la poitrine^ de se retirer. Lenche détourne cette arme, renverse luûméme Porcin d'un coup de pistolet ^ et les deux troupes en viennent aux mains. Antoine de Cépède, accourant avec quelques ligueurs, charge les bigarrât^, qui, contraints de céder, se dispersent dans la ville, et Lenche se réfugie dans le couvent de rObservance ■• La majorité du conseil municipal, réunie de suite à Thotel de ville , déclare ce chef royaliste déchu de ses fonctions consulaires , por* turbateur du repos public et ennemi de la patrie. Les ligueurs coururent k TObservance % y firent de minutieuses recherches, et trouvèrent enfin le malheureux Lenche caché dans un tombeau. Un cardeur de laine lui ôta son chaperon vt lui donna un soudlct. Lenche, conduit devant le In'nilier de réglisc, fut criblé de coups d'épée et de pistolet. Les ligueurs, poussant des cris de joie, foulèrent aux pieds son cadavre et le livrèrent aux enfants, qui le traînèrent jusqu'à la porte de sa maison^, oii ses serviteurs parvinrent à s'en emparer.

• (ijnrriily, /V/.

' \.c Icndrmain 27 aoiiï.

' 1^ m;&ison i\c henrhe «'-tait sur Ij place de Saint -'i'honijs , uinsi iiommre parre que les religieuses (lassiaiiiles du nionasirrr de Saint-Sauveur y avaient une église scius le litre «le ee vainf. l/infortunr consul donna son nom à relfe place, cpii fut successivement agrandie en 1470, tCti et 161*^; on al»u!tity pour la rendre plus régulière, queUpies niaisoni et une fonderie.

Au milieu de ces discordes et de ces calamités, Marseille nomma des députés aux états de Blois. Lq conseil municipal appela à l'assemblée électorale 4^000 citoyens ', presque tous ligueurs. Antoine-Nicolas d'Albertas, Honoré de Montolieu et Jacques Vias, avocat, réunirent la majorité des suflfrages, se mirent aussitôt en route, et se firent remarquer aux états par leur exaltation. Henri m les reçut avec bonté et leur dit qu'il réputait Marseille comme la pucelle de la France * .

Marseille pourtant persistait dans sa révolte. La mort du duc de Guise , assassiné à Blois par ordre du roi , ne fit qu'enflammer 1^ passions. Le comte de Carces accourut, et fut bientôt suivi du seigneur de Vins, qui, toujours cher a la populace , fut accueilli aux cris de vivo moussu dé Vins , fouèro bigarrais ! BessLudna arriva aussi : il revenait de Blois, oii il avait suivi les députés marseillab. Alors, le clergé, dans une procession solennelle oîi assistèrent vingt mille personnes, alla planter un crucifix sur la porte royale, pour marque que la ville ne reconnaissait autre roi ni maître que le Sam^eur de nos âmes ^ . Au retour de cette procession , un garçon bou-

• C. F. Bouche, t. ii, p. lai.

■ BuiB, t. I, Ht. Tiff, rh. it.

3 Id.

DE MARSEILLE. lU

langer, qui portait un panier de pain, fut poussé par la foule et renversé par terre , Ce jeune komine, meurtri dans sa chute, jeta de si grands cris, qu^l y eut autour de lui un mouvement eatnmrdinaire. L^alarme fut générale. Le peuple prit les armes et courut en désordre dans les rues. Les riches, craignant d'être pillés, s'enfermèrent dans leun maisons et s' j fortifièrent. On connut bieatdt la cause de cette terreur panique, qui fut pendant long-temps un objet de risée.

Besaudun fut nommé viguier , et Henri m mourut peu de temps après > . Le duc de Mayenne , lieutenant-général de la couronne , défendil en Provence d'obéir à Lavalette ; et le parlement siégeant a Âîx enjoignit, en conséquence, aux partisans du gouverneur de Tabandonner , sous peine d'être poursuivis comme rebelles. Les troupes de Lavalette et les députés de quelques communes, assemblés a Pertuis, reconnurent Henri iv pour légitime souverain , et lui prêtèrent serment de fidélité entre les mains du parlement royal , qui siégeait dans cette ville et lançait des arrêts contre le parlement de la ligue ^ lequel en fulminait aussi contre la cour rivale.

Les Marseillais allèrent, avec douze cents hommes d*infanteric, cent chevaux et trois pièces d artillerie, attaquer la ville irAubagne, qui

Le r' mai iSBy.

iS4 HISTOIRE

tenait pour Lavalette. Cette colonne était commandée par Remesan, et Charles Casaulx avait une compagnie sous ses ordres. Lavalette s'avança avec neuf cents chevaux, entra dans cette ville, enleva les munitions de guerre et se retira vers Saint-Maximin. Les Marseillais se rendirent alors maîtres d'Aubagne, qu'ils livrèrent au pillage.

L'époque des élections municipales était arrivée, et de Vins désirait ardemment que les fonctions de premier consul fussent confiéesk Casaulx, sa créature. Il fut contrarié dans ce désir par Besaudun^ qui, en sa qualité de viguier, exerçait sur les élections une grande influence. Le comte de Carces se servit aussi contre Casaulx du crédit dont il jouissait. Lorsque les vingt-quatre conseillers des honneurs eurent été nommés, un attroupement armé s'empara de Thôtel de ville et signifia aux électeurs qu'il les mettrait en pièces, si Pierre Caradet de Bourgogne n'était pas élu premier consul. Casaulx , à la tête de sa compagnie, vient soutenir sa candidature. On lui tire un coup d'arquebuse qui le manque , et sa troupe est mise en fuite. Bientôt d'Albertas de Yillccrose et ses deux collègues, Amiel et Morlan , consuls sortant de charge, s'arment d'une cuirasse et d'une pique , et entrent dans Thôtcl de ville pour appuyer l'élection de Casaulx. A cette vue, Besaudun, qui présidait rassemblée, se tronble, se saisit aussi d'une pique et éteint

DE MARSEILLE. iU

toutes les lumières. Le tumulte et reffroi sont à leur comble ; le tocsin sonne , et chacun court aux armes. Au milieu de cette épouvantable anarchie , les officiers municipaui, qui s'étaient dispersés, reprennent la séance, et Caradet de Bourgogne est élu premier consul *•

Le lendemain , Yento des Pennes , César de Village, d'Arène, Pierre et François Vias, ennemis de Yillecrose, publièrent qu'on venait de découvrir les preuves irrécusables de sa trahison; que ce conspirateur voulait livrer la ville au duc de Savoie , et qu'un nommé Savine avait fait pr^ parer par son ordre quatre-vingts échelles pour donner aux ennemis le moyen d'escalader les remparts avec plus de facilite. La populace ameutée assaillit la maison de cet infortune magistrat, qui fut arraché a ses foyers domestiques. On le dirigea vers la tour S'-Jean , eu Taccablant d'imprécations; mais, avant d'y arriver, il expira sous cent coups de hallebarde y et son cadavre ensanglanté fut traîné dans toutes les rues *. Le parlement d'Aix députa aussitôt à Marseille Sommât et d'Agar^ conseillers , et Laurens, avocat-général, pour informer contre les coupables; mais, a la prière des nouveaux consuls, qui craignaient qu'une sévérité imprudente ne devint le signal

Caufrid), t. Il, liv xit - Rtiffi, t. i, lir vin. cli. iv. J.r lij octobre iS8(^.

ise HISTOIRE

de noureaux troubles 9 les commissaires ne donnèrent aucune suite a leur procédure criminelle.

Le seigneur de Vins reçut bientôt après , au siège de Grasse, un coup d'arquebuse dont il mourut '. Les ligueurs lui 6rent à Âix de magnifiques obsèques , et Matai, chanoine de S^-Sau- ▼eur, prononça son oraison funèbre.

Lorsque les orages politiques grondent avec fracas sur un peuple agité, quelque chose de violent se remue au fond des esprits, et la nature reprend son énergie primitive. Alors sortent de leur sommeil ces grands caractères qui s'ignoraient eux-mêmes dans une place obscure , parce qu'ils y étaient comprimés par les règles d'une société tranquille , où tout est factice et trompeur. On voit alors beaucoup plus de vérité dans les passions humaines, qui se dessinent plus largement. Si elles ne s'épurent pas , du moins elles grandissent. Tout s'éloigne des routes vulgaires , et le bien et le mal , et la vertu et le crime , et les nobles inspirations et les sentiments abjects ; car les contrastes les plus étranges se trouvent dans le mystérieux abymcdc notre cœur, surtout l'amour de l'indépendance et le désir du commandement.

Il y avait en Provence une femme remarquable, avide de domination et douée d'un mâle courage.

' ao noTembrc de ia mc'inr anni'f.

Sa raison supérieure n'était pas au-dessous des plus grandes affairés. Sachant se faire pardonner une ambition démesurée, elle mit k profit, avec autant d'adresse que de prévoyance , tous les événements, pour s'élever, pour acquérir un crédit immense , a tel point que la noblesse et le peuple lui obéirent comme à leur souveraine : c'était Christine d'Aguère , comtesse de Sault et belle» sœur du fameux de Vins '• Pour raffermir son autorité, elle sollicita l'appui àe Charles-Emmanuel, duc de Savoie, qui espérait réunir la Provence à son domaine. Marseille ne manifestait pas des opinions favorables au duc. Xa comtesse de Sault chercha dans cette ville un homme dévoué qui pût la seconder. Elle le voulait actif , intelligent, énergique , habitué aux intrigues et capable de tout entreprendre : c'est sur Charles Casaulx qu'elle jeta les yeux. Casaulx lui devait sa fortune et son crédit; elle compta sur son aûection et sa reconnaissance \

' ElJr avait épousé eu premières noces Antoine de filaocheforl-Oérjiii, et se trouvait alors veuve de Louis de Montauban, seigneur de Sault.

■ Charles Casaulx était fils d'un marchand originaire de Gascopie.

Le premier de te nom que l'on trouve à Marseille, est Pcrraton (asaulx, qui, le 5 mai 1488, fut chargé de retirer deux ^us provenant de la rente que parait un lieu de débauche rtahli dans cette ville.

(était anciennement une loi, exactement obserrée à Mar-

138 HI5TOIRE

Le parlement d'Âix députa à Marseille Castelar, un de ses membres, pour installer le seigneur de la Barben , promu par la comtesse de Sault aux fonctions de viguier. A Tarrivée de ce commissaire, les trois consuls, attachés au comte de Carces, qui avait dans cette ville un parti considérable , convoquèrent une assemblée générale, où il fut résolu de ne pas reconnaître la Barben pour viguier , et de confier cette charge au premier consul. Casaulx, qui tenait le peuple dans une effervescence continuelle , et qui avait toujours à ses ordres une troupe d^agitateurs , entra dans rhôtel de ville , dispersa Rassemblée , arracha le chaperon consulaire à Caradet de Bourgogne, et le fit conduire en prison '•

Bientôt vint le temps des élections municipales. La comtesse de Sault espérait l'emporter sur de Carces pour faire nommer Charles Casaulx premier consul. Cependant Cornélio de Remesan fut élu , et on lui donna pour collègues Maumes et Germain. Casaulx , enflammé de colère , sortit de la ville en menaçant ses ennemis, et se rendit à Aix auprès de sa protectrice.

Cette femme impérieuse fit délibérer, dans rassemblée des états-généraux, de supplier le

seille, qu'une femme de mauvaise vie ne pourait se prostituer que dans le lieu assigné par la police pour ce commerce infâme.

' Kn î'ipo.

duc de Savoie de vouloir bien secourir personnellement le pays y pour le maintenir en t obéissance du roi très chrétien Charles jl et ses légitimes successeurs , sous l'état et couronne de France. Charles-Emmanuel entra sans obstacle en Provence le 14 octobre 1590 , arriva le 17 novembre sous les murs d^Aix, s^ introduisit en simple particulier, surprit la comtesse de Sault dahs sa cuisine , soupa chez elle et logea à Tarchevêché. Le lendemain, il quitta la ville dans un carrosse fermé et y fit aussitôt son entrée solennelle. Il écrivit aux consuls de Marseille une lettre oii il leur disait qu'il n'était venu en Provence que pour assurer le bonheur du pays et le triomphe de la religion catholique ; que sa politique généreuse repoussait tout projet de conquête. 11 ajouta qu'il avait beaucoup d'estime et d'affection pour les Marseillais. Los consuls ne répondirent que par de simples rcmcrcîments, sans lui promettre de le seconder.

Alors, la comtesse de Sault se rendit a Marseille, avec Resaudun et Casaulx, pour faire entrer le peuple dans ses vues ambitieuses. Les consuls épiaient ses mouvements et ses démarches. Dans un conseil qu'ils assemblèrent secrètement ', on délil>éra de se défaire de ces trois personnages, rt rranrois Velin se chargea de rexécution du

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complot avec trois cents hommes armés quji devait choisir dans le quartier de S^-Jean. L'entreprise échoua, parce que plusieurs conjurés manquèrent de résolution , et la comtesse repartit de Marseille , ignorant le danger qu^elle avait couru.

A peine en fut-elle sortie qu^un grand nombre de citoyens, excités par Casaulx, demandèrent hautement la présence du duc de Savoie. La manifestation de ces vœux indigne les consuls, qui , dans des placards affichés , invitent le peuple a ne pas se laisser séduire par les ennemis de Tordre et du bien public , à ne jamais courber le front sous le joug de l'étranger. Us sortent ensuite de Thôtel de ville, suivis de quelques habitants notables attachés à leur cause, et parcourent les rues en criant: vive France! Un citoyen, nommé Rodigue , ayant répondu par le cri de vwe le duc de Savoie ! est tué d^un coup de pistolet ' .

Casaulx croit que le moment est venu d'agir avec vigueur et de frapper un coup décbif. 11 rassemble quelques partisans , s'empare de la tour de l'horloge ' , fait sonner le tocsin ^ voit bientôt sa troupe se grossir, et forme des retranchements. Le cortège municipal rentre en dés-

' Gaiifridy, t. ii, liv. xiv.

' Lf clocher de Notre-Dame -dei-A.ccoules.

DE MARSEILLE. i4i

ordre dans Thôtel de ville, appelle à son secours les amis de la patrie , et fait quelques préparatife de défense. Germain , troisième consul , est envoyé en parlementaire vers Casaulx , qui le constitue prisonnier.

Les deux partis allaient en venir aux mains a rentrée de la nuit, lorsque les chanoines Jean de Paulo et Claude Soleri eurent assez d'influence pour datire suspendre les hostilités jusques au lendemain au matin. A la pointe du jour, Casaulx, à la tête de sa troupe qui traînait quelques pièces de canon , s'avança vers Thôtel de ville et y entra sans opposition. Les consuls l'avaient abandonné , voyant que toute résbtance serait inutile, parce que le peuple s'était déclaré contre eux. Tous ceux qui avaient à redouter la vengeance du parti vainqueur prirent la fuite , et Charles Casaulx devint dès ce moment le maître de Marseille. Sur des élections prochaines , et voulant donnera rcxcrcicc de son pouvoir une apparence de légalité, il permit aux consuls de reprendre leurs fonctions : ceux-ci ne firent qu'exécuter ses ordres. Casaulx , toujoiirs entouré d'une foule de gens de la lie du peuple , confisqua au profit de la commune les biens des proscrits et de tous ceux qu'il poursuivit comme bigarrats ou hérrliques '.

Chiirlrs Casaulx , qui, pour If sucre» de se» projet» po-

142 UISTOIHE

Le duc de Savoie entra a Marseille avec la comtesse de Sault % et reçut les honneurs accordés aux têtes couronnées. Le lendemain , il alla reconnaître le Château-d'lf , et s'embarqua, cinq jours après, pour passer en Espagne, disant qu'il allait demander des secours au roi son beaupère pour le succès des armes des ligueurs. Le conseil de ville députa au monarque espagnol Tassesseur Saquier , le notaire François Casaulx, frère de Charles, et François Ouilly, pour supplier ce prince d'envoyer en Provence des troupes auxiliaires.

Cependant, Lavalette, qui s'était allié avec Lesdiguièrcs, chefdes protestants du Dauphiné, avait obtenu de grands avantages sous les enseignes royales. Partout les ligueurs étaient vaincus, lorsque le duc de Savoie, trompé dans ses espérances du côté de TEspagne, qui ne lui avait accordé que de faibles secours, entra dans la rade de Marseille ^ avec quinze galères, mille hommes dinfanterie et cinquante mille écus. Les intentions du duc étaient devenues saspectes à

Hriques , avait besoin de flatter les préjugés religieux de la multitude , s*était fait nommer recteur de la chapelle des pénitents noirs. Le jour de S^ -Jean-Baptiste , Fabio , son flls , aussi pénitent, entra dans la chapelle avec Tépée et le baudrier. Charles Casaulx lui ordonna de se revêtir de Thabit des frères et de chanter devant Tautel le psaume Miserere ; ce qui fut excciiti'.

* Le 1 mars 1591.

Gasaulxeiàsonpartiy qui ne Youlaient pas livrer la ville aux ennemis de la France. La flotte espagnole inspira des craintes j et les consuls envoyèrent a Charles-Emmanuel unedéputation pour le complimenter et le supplier de n'entrer dans le port qu'avec sa galère. Tjr entrerai seul, répondit-il , si cela fait plaisir aux Marseillais. En même temps, sa galère, se détachant des autres y fait force de rames vers la ville ; mab à peine est-elle entrée dans le port, que les autres galères la suivent. Le peuple s'irrite et s'agite ; et le prince, sur les représentations du conseil municipal, dirigé par Casaulx, renvoya le lendemain tous ses vaisseaux k la Ciotat '.

Trois jours après , on vit arriver au Chateau- «rif deux galères du grand -duc de Toscane, chargées de troupes et de munitions de guerre. Ce prince , voyant avec peine l'agrandissement de la maison de Savoie, et craignant qu'a la faveur des guerres civiles elle ne réunît la Provence à ses anciens domaines, voulut s'emparer pour son propre compte des îles dlf et de Pomèp;ues, que commandait Nicolas de Bausset, seigneur de Roquefort. De Rausset conclut un traité par lequel il s'obligea de laisser débarquer des soldats toscans dans les deux îles, a condition qu'il en serait toujours gouverneur, et qu'il ne

' r^pon, t. IV, lir. \u. -- Buffi , l. i, Ht. ix,cb. i.

144 IIISTOIUE

les rcmeltrait qu'à un roi de France catholique , légilimement reconnu. De Baussel ne reçut pas les Toscans dans le Chàteau-dlf ; il leur abandonna seulement les dehors , et la garnison française resta pour garder Tintérieur . Ce gouverneur, sommé par le duc de Savoie de venir rendre compte de sa conduite, fut déclaré rebelle.

Charles-Emmanuel et la dame de Sault ne pouvaient pas rester long-temps unis; car la comtesse ne voulait pas courber sa volonté sous les caprices d'un dominateur; il y avait d'ailleurs dans son ame hautaine quelque patriotisme , et il lui répugnait de soutenir un prince hypocrite qui, cachant mal ses desseins ambitieux sous le voile de la religion , marchait insolemment à la conquête du pays. La comtesse résolut d'user de tout son crédit pour paralyser ses projets , pour sauver l'indépendance nationale, et le duc irrité crut devoir en finir avec cette femme intrigante qui ne lui présentait que des embarras et des dangers. Âpres avoir fait dans la province quelques opérations militaires , il entra brusquement dans la ville d'Âix et fit prisonniers la comtesse et le jeune seigneur de Créqui , son fils ' .

Cette nouvelle causa k Marseille une indignation générale , et on y fut alors convaincu que les intentions de Charles -Emmanuel n'étaient

' Loiivcl , oiiv. cit., a* part^.

D£ MAHSE1LL£. 145

pas pures y el qu'il n'aspirait k rien moins qu'à la souveraineté. Casaulx s'éleva contre lui dans le conseil de ville, et exhorta les habitantsà résister de toutes leurs forces k ses entreprises coupables. 11 fut appuyé par Besaudun , qui exerçait pour la seconde fois les fonctions de viguier ; et Rassemblée arrêta qu'on ne recevrait des ordres que du duc de Mayenne, jusqu'k ce qu'on eût un roi catholique.

La comtesse de Sault montrait dans sa captivité une fermeté d'ame qui ûôsait le dése^ir de ses persécuteurs. Charles-Emmanuel voulut la con* traindre d'écrire k Casaulx et aux consub de Marseille une lettre pour les engager à renaei- Irc cette ville aux troupes savoyardes ; elle fut sourde a toutes les sollicitations et brava toutes les menaces. Le duc la fit alors resserrer plus étroitement, et dtTcndit a ses parents et a ses amis de communiquer avec elle. Cependant, vêtue en savoyard, le menton couvert d'une longue barbe, elle s'évada avec son fils déguisé en jardinier, et se rendit à Marseille, où Casaulx et ses autres partisans lui prodiguèrent des marques d'intérêt et d aflection. £lle y souleva tous les esprits contre Charles-£nimanuel , et Casaulx fut nommé premier consul '.

1^* duc de Savoie aspirait toujours a se rendre

Toujoiirs m i'i<ji.

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