‹ Histoire de Marseille (volume 3)Chapitre 12 sur 29 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

EnceinlM de HuriwlUe.— l*opulatioD. — Langaf{(. — Impiv n«ri<^. — Etal moritl, polttiquf , Uu^ruire i^i commercial d« ccltr ville, * la Hn du tfi'ùèclcct au comitienccinent du 17*. — Wwiirn, iiMgr*. — I,fS Florenlim incutiH le Chitcauil'lf. ->Pm«. — Marim de Mfdicîs à Manrilli?. — Asauuinal de l'iW^qn^ Fn-Jéric Raf;iicaeau. — Conspiration de Loui» d'AlIngAnia. — Couf^ge du (Capitaine dUauleforl. — Dunleur dM Marïpillnis à la mort d'Henri iv. — Lettre de

l...iii-.Mii rt.i,' l:i rrini- m. rr-— Procède I.n,li^^.allrrid▼. ,

rare de» Accoules, brAlé comme sorcier. — Lesjésnite». — F.mpoiionnemrnt de l'évt^que Jacquet Turricella, — Chiaoux algérien et quarante-cinq janissaire! égorgés. — Louis xiii ■ Marseille. — Nouvelle peste; voeu des consuls. — Marsrille prend part aux troubles de la Provence, qui résiste à la cuur pour le maintien de ses privilèges. — Arrestation du jirince Casimir, frère de Ladblas vu, roi de Pologne. — Ciimbat naval contre les Espagnols. — Enunanuel Pachier fonde l'hùpital de la Charité. — Nouveaux Iroublet. — Modification du régime municipal. — Traité d'alliance avec (rt'ncs. — Résistance de Marseille au pouvoir arbitraire.— Niozelles. — Le chevalier Paul. — Evénements qui ont précédé l'arrivée do Louis iiv. — Ce prince a Marseille. — Citadelle Saint-Nîcolas. — Abolition du consulat. — Beau caracItTC de Nioidles. — Fort .Saint-Jean. — Etat des lettres ei drs sciences à Marseille. — Pierre Pugct.— D'Anglade i lliAjiital des forçats. — Nicolas Compian. — Sénéeliausséc.

— Observatoire. — Modification nouvelle du régime n cîpal. — Peste en 1710. — Académie. — Tliéùtre. — Hom- , mes distingués. — Montesqaïcu et le batelier Robert. — Abbaye Saint-Victor »ccularûée. — Efforts de MarMÎIIe ]iaur la prise de Minorque. — Mort d'Annibal Camoux. — - Les jésuites ebassés. — L'abbé Féraud. — Krancocur, roi de Batoneau. — Le règlement municipal encore cliangé.— RienfiiLsance du médecin Aubert. — Mort de Louis xv. • — Marvillc, conseiller d'étal, à Marseille, — Publication solennelle du sacre de Louis xvi. — Le duc et la ducbesse de Chartres à Marseille. — Monsieur, comte de Provence. — .\cadémie des arts. — Vente de l'arsenal ; départ des galères et des chiourmes pour Toulon. — Vaisseau de ligne offert au roi. — Le bailli de Snffrcn. ~ Ambassadeurs îndicu. — Les destinées de Marseille vont changer.

LIVBE VI.

II. convicnl de faire connaîlrc la position inalc> rirllrrl ninralcflcManu^ilIt^à l'cptHjucnit'morablc où, par la cliulc de Charles Casaulx et de Louis d'Aix, uUis vilcvaiiouii- scsprojcU d'iiidtSpeiidaDce, et fut replacée sous la domination française.

Au milieu de ses vicissitudes, son enceinte changea plusieurs fois, et de nouvelles fortifications remplacèrent successivement les anciennes.

Vers le milieu du 14' siècle, la distinction de ta ville haute et de la ville basse ayant cessé, les anciennes murailles furent démolies, et une enceinte nouvelle fut tracée.

Il est probable que, vers la fin du 16* siècle, cette enceinte subsistait encore avec de légères modifications produites par les envahissements (!<' la mer sur la partie occidentale de la ville '.

' Il fxitlt: un ]ibii (]« Mar»ctllc va date de lk>^^

A partir de la Jolielte, le rempart longeait les boulevards de Belloy et des Dames jusqu'aux Présenlines, aujourd'hui les prisons de la porte d'Âix; de là il descendait par la rue Sainte- Barbe jusqu'à celle des Incurables, et en longeant cette dernière il arrivait au Cours, qui était alors une lice; il en occupait la partie occidentale jusqu'à l'angle de la Cannebiëre < ; il parcourait ensuite la Canne^ière dans toute sa longueur. La rue des Fabres * n'en était séparée que par un espace très étroit.

Marseille était encore fermée du côté du port, comme nous l'avons dit ailleurs ^. Elle avait

* La place du Cul-iie-BœuffsÛÈsât anciennement partie du plan Fourmiguier , podium Formiguerium. L*étymologie du nom de Cul-de-Bœuf qui fut ensuite donné à cette place est fondée sur deux traditions dont nous ne garantissons point la vérité. Selon la première , les entrepreneurs des TÎrres des galères y dont le logement était ea effet sur ottte plMe^ y faisaient vendre les abbatis des bestiaux qu'ils avaient hk égorger pour le service de l'arsenal; et, après les avoir fiiit bouillir , ils annonçaient leur yente par le cri aou caêch de hueoUy c*est-à-dire au bœuf cuit, ou aux moreerax de bœuf cuits. La seconde tradition veut que l'enseigne dHni« batellerie située en ce Keu ait porté ces mots oêuc quaies de hon^f ou tout simplement au cul de hœi^f,

* Le nom à^ fabres est une corruption du mot latin yÂ^r, artisan. Cette rue est en effet, de temps immémorial, occupée par des forgerons, des chaudronniers, des balanciers et des arquebusiers.

■* Voir notre premier volume, p. a65.

quatre port4|: l'ia porLe d*Aix, originairement plarce en rcj-ard de la rue (Ich Grands-Carmes, <|ue Ton nommait aii^i via atmonaria; cette porte s'appelait porta annonce, parce que U halle au blé était proche, et prohatilemcnt ù l'endroit occupé mainteuant par la rue des Enfant»-Abandonnas. 2° La porte dt: la Fruche, qui s'ouvrait sur la rue Saintc-Rarbe , alors moins prolongée qu'elle ne l'est aujourd'hui ; le nom latin de cette porte e?l porta fraettt , porte brïsi-c \ il paraît qu'elle avait étc ouverte en forme de brèche, lorsque Charles d'Anjou mira en vainqueur dans Mar^rillc , apri-s nvulr dctruit les institution» rûpiibliciincs. ^t" La porte du marché qui s'ouvrait sur la Grand'ruc, porta MacelU. 4" La porte Re'ale ou RofaUr, qui s'ouvrait sur la rue des Fabres -, elle est appelée dans les anciens titres porta civitatis, la porte de la cité, et c'est par Ik que les princes faisaient toujours leurs entrées solennelles. La porte Galle avait été fermée en 1524, durant le siège de la ville par le eonnétable de Bourbon : c'était l'endfoït le plus faible de la place. Ce fut un des principaux motifs qui déterminèrent François i" à ne pas admettre la demande des consuls marseillais pour rouvrir cette porte.

Marseille avait, sur la fin du \6r siècle, une population de 70,000 à 75,000 amcs; et cette

ville eut été bien plus peuplée, sans les ravages de la peste qui la désolèrent si souvent '.

La langue française, qui se répandit lentement en Provence % était peu connue à Marseille, et toute son influence se borna pendant long-temps à corrompre le dialecte provençal que parlaient toutes les classes de la cité. Lies étrangers avaient aussi fait subir de nombreux changements a ce dialecte , autrefois si original et si expressif, qui rendait avec grâce ou avec énergie toutes les formes et toutes les nuances de la pensée. Les guerres civiles avaient également altéré sa douceur et sa clarté, en introduisant des mots de ralliement et des termes inusités^. La langue latine continua d'être employée par la plupart des savants.

* Il nous a été impossible de fixer la population de Marseille d*abord république grecque, ensuite r^ublique marchande sous la protection des Romains, puis ville municipale sous la domination des barbares, passant successivement sous la ])uissance des rois francs, sous celle des rob d*Arlcs, sous celle dos vicomtes, et, après ces vicissitudes politiques, régie par de nouvelles lois républicaines; enfin obéissant aux comtes de Provence, sous le régime des chapitres de paix.

* Après la réunion de la Provence à la monarchie française, les registres des états furent en double original, Tun en français, qui était présenté au roi et auquel il donnait son approbation, l'autre en provençal, qui était le seul exécutoire pour le pays. Ce ne fut que très tard que ces registres furent tenus a un seul original écrit en français.

^ Le (piarticr de Saint-Jean, habité par les |>écheurs, passe pour celui où l'ancien langage est le moins corrompu. Cest

C'est à Ckarles Casaulx et k Louis d'Aix que Marseille doit rétablissement de la première imprimerie. Pierre Paul , poète provençal, k qui La Bellaudîère, de Grasse, avait légué ses poésies manuscrites , se trouvait dans cette ville en 1 594. Il se lia avec les duumvirs, qui protégeaient ttfnt ce qui était utile, tout ce qui servait aux progrès de l'esprit humain. Paul brûlait du désir^de mettre au jour ses œuvres , et ceHes de son ami qu'il appréciait beaucoup. 11 trouva CasauU et d'Aix favorables à ses vues, et, k leur demande, Pierre Mascaron , d'Avignon , consentit k établir une imprimerie k Marseille , où il était d'abord venu en qualité de libraire avec son père Antoine \ Pierre Mascaron imprima les Obros et Rimos provenssalos de Loys de la Bellaudiero, reKnoiulados pev Pierre Pau, dedicados as vertuouz et gcueroiiz seignours Lovis d'Âix et Charles de Casaulx, viguier et premier conssou, rapit4inis de duos galeros et gouvernadours de Vantiquo ciutad de Marseillo '.

la aussi que l'on peut découvrir quelques légères traces des mœurs et des usages des anciens Marseillais.

' \.v Conservateur Marseillais, |>. 174 et suiv.

' Ctl ouvrage fut imprimé en iSqS ( 1 vol. in- 4**)- ^ ï** suite i\vs a-u\ir!» delà Bellaudièrc se touveiit celles de Pierre Paul.

l/imprimcrie avait été introduite à Aix en i574*

Avant cette époque, TadminUtration delà ProTcncc et celle

Casaulx et d'Âix, voulant favoriser de tout leur pouvoir cette entreprise patriotique, prirent rengagement ■ de subvenir ^ tous les (rais que rimpression pourrait entraîner. La recon* naissance de Téditeur est exprimée, po^r ainsi dire, à toutes les pages , par des sonnets, des chansons, des stances et des quatrains adressés à Tun ou à Tautre de ses protecteurs , et souvent à tous les deux a la fois '. Lorsque Mascaron pressait Pierre Paul de lui donner de Parlent pour payer la main d'œuvre , ou pour acheter du

de la ville faisaient imprimer leurs actes soit à Lyon, soît à Avignon.

Les chanoines de Téglisc métropolitaine d*Aix firent i^|^rimer leur bvéviaire à Lyon en x499; FégUse de Mar8e31é.y fit imprimer le sien en i5a6.

Une imprimerie arménienne fut établie à Marseille en 1670. Les bibliographes citent avec éloge une édition en cette langue, Psaiterium Davidis armenici, etc., AfassUiœ, tjrpis C. Demiadrin, a3 octobre 1673. Cette imprimerie cessa ses travaux en i684-

On ne commença à imprimer à Arles qu'en 1647 9 et à Toulon qu*en 1704*

* Par acte du 5 novembre x594*

* Conservateur Marseillais , id.

Un de ces sonnets est terminé par ces vers :

Vivo, vivo à jamais aqueou coable partie. Que son caoso qu*anen ejati rimprimarie , Et rcmelton dessus Taotiquitat foacenaio.

Lou poblc aurid lou roaor plus crudeou qu\'n Kcnin ,

Si uon voulië cantar la ^lory et loa renom

De clous qijc non son par dioUc de la Prouucoyo.

papier y celui-ci adressait bien vile une pièce de ▼ers à ses patrons pour leur en demander '.

C'était alors une épbque remarquable de fermentation intellectuelle; et, dans ce mouvement salutaire , la Provence, toujours fidèle k sa cou«tume, marchait noblement à la tête des j^rovincet françaises, et montrait avec orgueil parmi ses enfants une foule d'kommes distingués dam tous les genres.

La ville d'Aix s'honorait de ses jurisconsultes, Jourdain Brice, Meynier dt)ppède, François de Clapiers de Vauvenargues, Jacques de BeUevue; elle citait aussi Esprit Rotier , habile dans les langues savantes, la théologie et la controverse;

' Voici une de ces pétitions poétiques :

SOVNET.

Si vouf nonn xtten. Pierre F«ou Tant Mnnent voof faire comp«j^o , C ridas au libre de BelUou , Que roy ten prêt dins ton ara^o.

Mai* «o que plui my douno la|po, Kt que n*aj pas so que my faou ; Et si non ipjarissea mm maoa , Yeou reslaray dins la l>ara|^o.

Aro es loy rop , ou jamais non , (ju€ fiU bra&ir vostre renom, Kn reuioadani la Bellandiero :

Krt donc, monsi^nuur lou «i|^i*r, <^uc my tié dmmal de papier , Per boatar lou tout e«i lumiero.

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