II. l
Galaup de Chasleuil , poète et historien , ami de Malherbe, qui avait suivi à Âix, en qualité de secrétaire, le grand-prieur Henri d'Ângoulêmc '. Malherbe s'était entouré de quelques amis des muses qui formèrent une société littéraire que Ton peut regarder, sous certains rapports, comme le germe de Tacadémie française. Cette société, excitant une louable émulation, contribua k inspirer à la jeunesse provençale Tamour des lettres et des sciences. On remarquait dans son sein François Dupérier ' que Malherbe a immortalise en lui adressant ces stances si connues sur la mort de sa fille ^.
Arles se sentait fîère d^avoir donné le jour à Hugues de Saint-Gésaire qui écrivit la vie des troubadours ^, k Bertrand Boisset qui rédigea un journal des principaux événements de son temps, k Denis Fauchier qui eut des succès dans la littérature latine , k André et k Jérôme Dulaurens qui jouirent d'une grande réputation, le premier comme médecin, le second comme orateur
' En 1 58 1 , Malherbe épousa à Aix Magdeleine de Coriolis , iillc de Louis de Coriolis, président au parlement. Dans Tacte de mariage , qui existe encore à Aix , le ])oète a signé île Miilcrhc.
' Père (lu célèbre juribcousulte Scipion Dupérier.
^ Ta douleur I Du|>«iicr, *cia Jour ctcrncUe, etc.
^ Son ouvrage cb\ perdu, et on ne peut guère aujourd'hui rouiiultei .sur cette matièie que Jean NoMradamus.
sacré, à Pierre Quiqucran de Beaiijeu, évêque de Senez , auteur de l'ouvrage de Laudibus Prih vinciœ, d'un pocme latin sur le passage d'Aniiibal dans les Gaules , et de quelques autres poésies latines très estimées. '
Jean de Péna, disciple de Ramus, illustrait le bourg de Moustiers. La famille de Nostradamus et Adam de Crapone faisaient la gloire de Salon , pendant qu'Antoine d'Arène, plus connu sous le nom d^Ànionius Àrena, néàSoUiez, mais filé à Saint-Remy, oii il était juge, charmait tous les Provençaux par ses vers macaroniques, qui font encore l'amusement des jeunes étudiants ^
Marseille avait aussi de nombreuses illutlrations, et joignait à son antique gloire une gloire nouvelle. Dans le 1 4'' siècle , Rostang Bcrengurer '
' Son poème intitulé Mejrgra Entreprisa CathoUqui ImperatoriK , quando de an. D. i53G veniebai per Provemam benè corrosatus in jwstarn prrndrrc Fransam cum vilUs de Proi-rnsd ^ etc., eut un succès prodigieux.
On y remarque les vers suivants, qui pronrent que l'auteur ne brilla pas par son courage dans cette guerre :
De lali ^ucrrà non escaparc putabam, Kt mihi de inorif granda pavura fuit.
Pou ! pou! bomk>ardc de lolâ parte petabant. In terrain multos domines tombare vidcbam, TesUa et brasaos atque volarc pcdes.
Non rspargnabant uiio» rie morte ferire ; Oucni non ble^Mbanl , ille beatus erat.
' On ne ronnait pas Tépoque de sa naissance; il mourut « Il 1 liS.
i9G HISTOIRE
trouva quelques chants harmonieux sur la lyre des troubadours, et composa un ouvrage intitule délia Falsa Vida dels Templiers. A peu près h la même époque, Guillaume Angelic, célèbre dans les mathématiques et dans Tart de guérir , fit un traité de UrinA non visa. La médecine avait toujours été en honneur h Marseille, et les statuts municipaux réglaient avec sagesse tout ce qui se rattachait à Texercice de cette profession. Les médecins et les chirurgiens s^engageaient par un serment solennel à soigner leurs malades avec bonne foi et sans fraude^ bondfide et sine fraude, et à les visiter au moins denx fois par jour. Défense leur était faite de s'associer avec les apothicaires pour la confection et la vente des médicaments. Les consuls , dans les deui mois qui suivaient leur élection y désignaient trois docteurs des plus distingués-pour surveiller tous les médecins et chirurgiens de Marseille, pour voir s'ils remplissaient leurs devoirs avec zèle, slls avaient les connaissances nécessaires et les qualités requises '. Les trois docteurs devaient noter ceux qui ne leur présentaient pas des garanties suffisantes, et les consuls, auxquels ce rapport était (ait , soumettaient les médecins et les chirurgiens ainsi désignés à jurer qu'ils s'abstiendraient à l'avenir de l'exercice de leur art.
• Statuts, liv. II, cil. XXXT.
S'ils violaient leur serment, ils étaient condainnc$ à une amende de 60 sous, et chassés de la Yille comme de méprisables parjures '. Les apothicaires juraient aussi d^apporter tous leurs soins dans la confection des médicaments, et de les vendre avec bonne foi et sans fraude ; de plus ils étaient tenus de faire prêter le même serment à leurs élèves '. Chose singulière! la commune, ne croyant jamais assez prévenir les infractious aux devoirs, exigeait des serments de probité de presque toutes les classes de la société : elle ùku sait jurer les officiers compUdiles qu'ils n'enlèveraient pas la cabsc, et les tailleurs, qu'ils i^ rogneraient pas le drap ^.
Dans le lu*" siècle, deux jurisconsultes marseillais jouirent d'une grande réputation acquise par des travaux utiles. Jules Rondolin fit imprimer à Lyon, en 1555, un traité qui a pour titre : Julii Ro/uloUni Prœleciioties aliquot ex tracUitu editionis instrumentorwn. François M ayssoni publia, douze ans après, une traduction française du ronsulat de la mer.
Un autre marseillais, Vincent Leblanc, célèbre voyageur, parcourut les Indes orientales et occidentales, l'Ëgjipte, le royaume de Fez et celui de
' Statut», liv. Il, ch- XKXT
• !(i. rlï. XXXVI.
' A/, liv. 1, cil. Il, et liv. II, cil. iKXViii.
Maroc , la Guinée , le cap de Bonne-Espérance et les terres du Monomotapa ' .
Honoré Rambaud se dévoua à renseignement de la grammaire , qu'il professa avec distinction . Il publia un traité sur Torthographe y intitulé : la Déclaration des Abus que Von commet en écrivant, et le moyen de les éi^iter et représenter naïvement, ce que jamais homme n* a fait ■. Il y a dans cet ouvrage des aperçus judicieux et de sages réflexions que d'autres écrivains ont su plus tard mettre à profit. Rambaud , proclamant les vrais principes de la syntaxe et du langage, veut subordonner la manière d'écrire et de prononcer le français aux règles d'une simplicité raisonnable. 11 propose de retrancher de l'alphabet les lettres superflues; il prétend que la bonne orthographe consiste à représenter fidèlement tout ce que nous prononçons , et rien de plus \ k ne pas prononcer une chose et en écrire une autre.
Marseille Altovitis ^^ fille de ce Philippe Âltovitis dont nous avons raconté la mort tragique,
* On ne connaît pas la date précise de la naissance et de la mort de Rondolin et de Leblanc. Tout ce qu'on sait de Mayssoni, c*est qu'il mourut en iSgo.
• Lyon, 1578.
^ Elle naquit à Marseille en i55o, et fut tenue sur les fonds baptismaux par les consuls , qui lui donnèrent le nom de la ville. Il ne nous reste d'elle qu'une ode composée à la louange de la Bellaudièrc et de Pierre Paul. Marseille AJtovitis mourut vn i6o() , et fut inhumée dans l'église des Grands-Carmes.
cultiva avec honneur la pocsic française. Elle ctaii douce d'une imagination féconde y d^une sensibilité exquise et d'une beauté remarquable. Honoré d'Urfé ' devint célèbre par le fameux roman de VÀsirée. La pureté de ses moeurs et la noblesse de son caractère lui acquirent Testime générale , ce qui vaut mieux que la gloire littéraire; car la vertu modeste est toujours préférable au talent ambitieux. Charles Féau fit avec grâce et facilité des poésies provençales qui furent beaucoup applaudies '.
La réunion de Marseille à la couronne de France favorisa les intérêts commerciaux de cette ville célèbre ou s'étaient fixées plusieurs fSeimilles étraiigcrcs, non pour courre la bague y pour danser
' Honoré d'Urfr, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi , capitaine de cinquante hommes d'armes de tes ordonnances, naquit à Marseille, en i567, de Jacques d*Urfc, d'une illustre maison de Forez, et de Keiiée de Savoie, marquise de Kaugé , fille du comte de Tende , gouverneur de Provence. Honore d'Urfé mourut en i6a5.
Outre r.-istn'c, d'Urfé composa la Syœnr, poème divisé en trois partie;», et tout m stances de six vers cha<rune. On a aussi de lui une paîitorale en ver» non rimes, intitulée ia Siivimire; un poenu* intitulé la Snvotsifu/v, dont il n'y a qu'une |>artie d'imprimée; des poésies spirituelles et des épiires morales.
' Cv poète marseillais publia en i6o5 ia cnumèMo detln^ t*n\^ nii tir la Rrssemblanro ^ à hucch jtersounagis. Nous i^noioiiN II dalr rertaine de sa naissance cl de sa mort; mais MOUS avons dû le placer |>armi les écrivains du i6* siècle parce qu'il était déjà connu >ers la fin de ce siècle.
iOO HISTOIRE
des ballets, mais pour se faire riches par le negdce '. C'en était fait de Tempirc de Bysance et du trône des Paléologues. L'islamisme^ encore dans «a jeunesse et son enthousiasme, faisait fléchir TAsie occidentale sous le poids de ses trophées, et les bords riants du Bosphore voyaient flotter les étendards du prophète. Trébizonde, dernier asyle où s'était maintenue une dynastie grecque , avait aussi subi la loi dii vainqueur. D'autres événements concoururent à produire une révolution dans la direction du commerce européen. Tandis que les Portugais fondaient des colonies et des comptoirs le long de l'Afrique et sur les côtes de l'Inde jusqu'en Chine, les Espagnok, animés comme eux d'une audace aventureuse, exploraient le continent américain et soumettaient de vastes empires. Alors tomba la puissance alticre de Venise et des autres républiques d'Italie , parce que rien ne put les garantir de la perte de leurs avantages, et les nations de l'Europe furent pourvues de denrées et de marchandises par la marine des grands Etats. Il eût été diflicile à Marseille de commercer sous son pavillon municipal, et il fallait que sa marine marchande fut protégée par les forces françaises. Les capitulations que
François i*"' conclut avec les Ottomans devinrent
pour les Marseillais un gage de sécurité; aussi
' Marchctti, Discours sar le négoce des geutilshommcs de
Marseille.
DE MARSEILLE. ÎOl
ils continucrent de faire venir leur sucre du levant , quoiqu^l dût être plus cher que celui qu'on apportait directement de llnde ou des colonies américaines. Ils se persuadaient quHl était meilleur.
Il est pénible de voir Tindustrie marseillaise gênée y dans son exercice et son activité y par des statuts d'ailleurs fort sages. Ces statuts proclament Talliance si rare de la justice et de la politique } il y est dit que lors même que Ton est en guerre contre une puissance ^ il &ut en respecter les propriétés particulières ■. Cependant, malgré leurs vues généreuses , ils laissent percer souvent les préjugés de Tépoque. Remplis de préceptes minutieux sur les arts et métiers, ils défendaient aux tailleurs de prendre plus de douze deniers pour la confection d'une mantille , et ils établissaient les prix de la coulure pour chaque piccq de vêtement \ Us réglaient avec le même soin la forme des tonneaux , la longueur des pierres que Ton vendait pour la bâtisse, la pesanteur des sacs que Ton portait au moulin.
Les mœurs et le caractère des Marseillais étaient dignes d'attention. L'amour de la liberté et de la patrie, qu'ils suçaient avec le lait, avait été exalté par les guerres civiles, et ce noble sentiment (tait unanime : le partage d'opinions n'existait
' StiitiiU, lÎT. ▼, ch. !(ixiii rt iixiv. • A/. Iiv. Il, ch. xxiviii.
que sur un seul point. Les uns, qui avaient embrasse le parti de Casaulx, désiraient Tindépendance complète de la commune, c'est-à-dire, le régime républicain ; d^autres voulaient Tautorité royale , mais à la charge par elle de maintenir intégralement les chapitres de paix et les statuts municipaux; ce qui constituait une semi-république. Quant au pouvoir absolu, pas une voix ne s'élevait en sa faveur. En général , il y avait une extrême mobilité dans les imaginations et peu de calme dans les habitudes. Un funeste esprit de turbulence et de jalousie animait les enfants çux-mêmes. De jeunes garçons de douze à dix-huit ans se partageaient en deux bandes , ceux des quartiers de Saint-Jean et de Cavaillon étaient opposés a leurs compatriotes du Corps-de- Ville et de Blanquerie' ; le champ de bataille le plus ordinaire était la plaine Saint-Michel ; là les deux partis se présentaient de front, et, après quelques invectives, le combat s^engageait par une grcle de pierres lancées avec la fronde ; les deux bataillons se poursuivaient avec acharnement , et si Pun d'eux abandonnait la place , on le chassait par les chemins jusqu'à ce qu'il fut totalement dispersé ; quelquefois le sang coulait, et la garde de police, composée de quelques
' Cavaillon comprenait le quartier des Grands-Carmes ; le Corps-dc- Ville, le quartier de rH6tcl-de-Ville, et Blanquerie celui de la Major.
archers souvent invalides, était insuffisante pour dissiper ces champions écervelés.
Cependant les traditions patriarcales du règne du bon roi René n^étaient point effacées \ les liens de famille conservaient encore tout leur charme, et Tautorité paternelle formait une magistrature aussi puissante que respectée; cette autorité passait du pcre à Taîné des enfants mâles. Les Marseillaises, bonnes épouses et tendres mères, ne prenaient que peu de part aux affaires du dehors et concentraient leurs affections, leurs besoins et leurs plaisirs dans les foyers domestiques , benreux sanctuaire des vertus modestes ; c'étaient elles qui retiraient l'argent et en avaient remploi : cconomcs dans leur ménage, elles veillaient pourtant ii ce que la famille fiit abondamment pourvue de tout ce qui peut rendre la vie aisée et commode ; elles travaillaient avec une sage ambition a préparer le trousseau de leurs (il les. Le chrf de famille avait un registre qu'il renfermait clans un coflre de bois dont lui seul avait la clef; on appelait ce registre le livfe de raison ; la étaient consignes les titres et les délibérations, les actes de partage, les limites des propriétés, linventaire des meubles, la généalogie, tout ce qui pouvait avoir quelque intérêt et quelque importance ' .
• Stilistiqnc des Bniichc.s>(lu-Rh6nf.
Les Marseillais célébraient avec pompe la cérémonie du mariage: le fiancé donnait à sa future épouse un anneau appelé annulas pronubuSj ou annuhbs genialis, et lui faisait encore quelque présent, en récompense du premier baiser. Dans la nuit qui précédait le jour oii Ton consacrait l'union conjugale, plusieurs flambeaux parcouraient les rues; après la bénédiction religieuse, on faisait le repas des noces; la nouvelle mariée se distinguait par une couronne de perles et par un voile jaune '; a une époque antérieure, il était défendu d'inviter à ce festin plus de trente personnes , et les parents ne pouvaient donner à leur fille pour son mariage que deux vêtements en laine ' ; mais , comme on le pense bien, ce statut fut modifié. Vainement la cour souveraine de Provence , voulant ramener les mœurs marseillaises a la rigidité des anciennes règles, ordonna aux femmes , sous peine d'excommunication , de confiscation et de quarante sous d'amende , de ne porter, après les noces, ni rubans, ni ouvrages en broderie, ni boutonnière d'or ou d'argent, ni guirlandes de pierreries, ni coiffure ornée de perles, ni vêtement de soie^; vainement elle
' Ce voile jaune fut ensuite remplacé par on voile blanc.
* Statuts, liv. II, ch. xlii.
^ Le a3 mai i593, i'official de Marseille voulut défendre aux femmes de porter des vertugadins, à peine d'être retranchées de la communion des fidèles. Cette défense resta aussi sans effet
fiia la Taleur , la forme et la longueur des habits dliomme ; ses dëcisions ne furent point exécutées. Seulement, les dames de Marseille n^osèrent pas porter le velours cramoisi ni le satin blanc, que Ton considérait comme des étoffes réservées aux princesses.
L'emploi du temps était réglé à Marseille ; on se levait de très bonne heure; à huit heures on déjeunait ' , et le dîner commençait à midi ; le souper était fixé h huit heures du soir. Il était rare que les femmes bussent du vin , et les jeunes garçons ne pouvaient en boire qu*aprës leur première communion. Les mets étaient simples et très peu nombreux ; il n^ avait une légère nception que le dimanche et les jours de fête. Mais lorsque arrivaient les grandes solennités religieuses, gages touchants de concorde, doux spectacles de bonheur, où les membres joyeux de la famille dispersée venaient s'asseoir au banquet désire que présidait leur chef vénérable , Tabondance et la variété des mets étaient extrêmes, quoique la simplicité des apprêts ne changeât point '.
' Le plus souvent avec du laitage. Vers la fin du 1 5* ftiècle, on coupait le lait avec une infusion de sauge; on y substitua ensuite le cacao et plus tard le café, qu'on mêlait avec du seigle grillé et réduit en poudre.
Statistique des Bouches-du-Kh6ne , l. m.
* Les officiers municipaux dînaient ensemble à Thôtel de \ille le jour de leur élection. Voici la désignation du rr|»as
Dans la soirce du jour de la Toussaint, on faisait un repas en commémoration des parents qui dormaient dans la tombe; le chef de famille entretenait les jeunes gens des vertus des ancêtres, et on ne se séparait point sans avoir prié pour eux.
Les fêtes de Noël étaient celles qui se célébraient avec le plus de pompe. Dès les premiers jours de décembre, des corps de musiciens parcouraient les rues, et, mêlant k leur voix le son des instruments, ils chantaient des hymnes à la gloire du Messie. Alors la ville entière présentait un aspect d'allégresse paisible; on se faisait mutuellement des présents; tous les ressentiments se calmaient ; cV'tait un temps de réconciliation générale. Le point d'honneur consistait k visiter
qui fut donné en iSgg, telle qu'elle est rapportée dans l'obligation de Christin Bernard, pâtissier : « aS cocqs dinde, « 3o paires perdrix, 6 polailles, i8 paires poiombes, i8 paires « pigeons, la pièces cottes de pourceaux, lo douzaines tour- ♦« dres, la couils (lapins), i quartier veau, 3o livres bœuf, « 3o livres mouton, i8 membres mouton, ao livres saussisscs , n a saussissons, 3 jambons, 6 pâtés d'attrufes (de truffes), ^ 6 pâtés de pigeon, 6 pâtés filets, 6 pâtés membres de mou- " ton, 6 pâtés de langues, a doaxainet cardes, 8 douzaines <t artichnux, loo pièces de four; le tout bien lardé, cuit, « apresté, bonnes viandes réceptables; aussi fomir tant de • froumage d'Auvergne, câpres, olives, pansses de toute sorte, « cliastaigncs , raisius, dattes, prugnons, pommes, pain blanc, <* vin claret, muscat, que sera de besoing à suffisance. •
son ennemi ', a lui tendre une main affectueuse et a le presser sur son cœur; celui qui remplissait ce devoir avec le plus de diligence était rcputë le plus honnête homme ; et si quelqu'un ne s'y soumettait pas, il passait pour infâme, et tout le monde se retirait de sa conversation. Dans chaque maison , on faisait du pain pour les pauvres, et on le leur distribuait avec des aumônes abondantes. Le jour de Noël, chaque famille choisissait un indigent pour lui donner à dîner ; ceux de THôtel-Dieu n'étaient pas oublies. Le conseil municipal ne se contentait pas de répandre de nombreux bienfaits; il députait à l'évéque deux de ses membres pour recevoir les dons que la charité du prélat destinait aux nécessi-
< Les plus confidents d'entre les voisins et les principaux
- parents accompagnaient celui qui allait faire visite à son ennemi; celui-ci descendait jusqucs à la porte de sa maison
• pour les recevoir; et, après s'être rendu mutuellement les " civilités ordinaires, et s'être promis de vivre à l'avenir dans
• une parfaite et inviolable amitié, ils montaient tous à la
• salle pour y faire collation, et boire à la santé les uns des ' autres; ce qui durait un temps assez considérable; ces risites
- riaient rendues un quart d'heure après par ceux qui les
• avaient reçues. Les nouveaux amis â qui on les rendait se piquaient de leur faire les uiénies honneurs; et les santés qu'on I ecounnciK;ait a porter étaient aussi longues et aussi
• iiniubrciiseN qu'auparavant. •
Mareheiti, Explications des Usages et (Coutumes des Marx'ilJais.
Ceux '. Les festins de famille étaient remarquables par les usages héréditaires qu'on y observait avec une pieuse simplicité '. Charme touchant de ces joies innocentes et de ces coutumes naïves, vous
I Item plaçait dicto consillo requirere didum dominum vica^ rium quod eligat ihtos probos hommes de prœdicto consilio qui adeant prœsentiam reverendi in Christo patris Domini Joatmis episcopi Massil, Pro facto eleemosinœ sedis Massiliœ, in honorem dei, et subveniionem paupentm ehnsti féliciter obH" nendœ, dandœ, et assignandœ per probos homines citHtaiis vicœ comiteUis Massiliœ.
Délibération du conseil du ao décembve iBBp.
* La veille de lioèl , au souper , on mettait sur la table trois nappes qui restaient durant les trois fêtes; en plaçait sur ces nappes treize pains, tout parés de branches demjrthe, parmi lesquels un beaucoup plus gros que les autres; ces pains représentaient J. C. et ses apôtres; le gros pain, image de la Trinité, était coupé en trois morceaux; on en conservait précieusement les débris, regardés comme un préservatif contre les coups de la foudre et la violence des vents; les matelots marseillais ne s'embarquaient jamais sans en porter avec eux , et ik les jetaient dans la mer lorsqu'elle était irritée.
Avant de se mettre à table, le père de fomille conduisait par la main le plus jeune des enfimts à la porte de la maison, où l'on avait eu soin de placer une grosse bûcbe d'olivier ou d'arbre fruitier qui portait le nom de ealineom; l'en^t, muni d'un verre de vin, faisait trois libations sur la bûche en prononçant les paroles suivantes :
Alcgre , Diou nous «Icgrc ; Cachofué Tcn, tout beo tch ; Diuu nous fagtté la graci de vcïre Fan que ven : Se tian pas mai , qn^ sigucn pas inca. Le verre passait à la ronde et était vidé par les assistants; alors Tenfant soulevait une extrémité du calineouj tandis que
valîei mieuK que Tennui de notre froide étiquette et de nos régies cérémonieuses I
Le sentiment religieul était gravé dans les cœurs marseillais; mais ce n^était pas ce sentiment éclairé qui, inspirant k Thomme &tigué des choses terrestres le besoin de respirer du coté du ciel , élève vers le trône du créateur son a me consolée. Ce culte, si l>eau de simplicité | si fécond en espérances inunortelles , le s^ul qui satisfasse notre raison et ne dégrade pmatt notre nature, ne pouvait guère convenir aui Marseillais; il fallait k leur imagination activa et gaie, ardente et mobile, une religion sembla* blc h un spectacle; il leur fallait des pratiques multipliées, des pompes extérieures et des cérémonies éclalaiitcs. Ce fut là sans doute une des principales causes de leur répugnance pour le proicsiantisme et de leur attachement a la ligue.
Us avaient autant de respect pour la mère du Christ, quils en avaient eu jadis pour Diane d'Kphese, et Tirnage de Marie était exposée dans les maisons, dans Thutel de ville, dans les Tues et les carrefours. Fidèles au précepte de Tertul-'
\e vieillard le uitUsait par Taiitre bout; ils le portaient processionnclleroent jusqu'au foyer , en répétant les paroles de la libation.
r>es Marseillais solennisaicnt aussi par des festins splendidcs le jour des rois et le premier jour de Tan; on peut Toir dans Blarchetti Ici détails d« ces cérémonies.