‹ Histoire de Marseille (volume 3)Chapitre 14 sur 29 · II. l · texte numérisé non relu

II. l

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lien ' , ils faisaient le signe de la croii dans les actes les plus ordinaires de la vie, lorsqu'ils se mettaient à table et au lit , comme lorsquils en sortaient, en montant à cheval, en entrant au bain, en allumant le feu, et même en commençant une conversation. Les femmes faisaient ce signe ^ur les reins, quand le prêtre lisait Tévangile à la messe , et les gentilshommes portaient la maîn sur la garde de leurs épées tant que cette lecture durait '. Quand un malade se mourait, le bourdon des Âccoules annonçait son agonie, et le peuple, accourant en foule dans cette église, priait avec ferveur pour obtenir la fin. de ses douleurs et le salut 4le son ame^.

Lorsque le moribond avait expire, on lui fermait les yeux et la bouche; on lavait le. cadavre , puis on rhabillait et on le descendait au vestibule de la maison, lequel était orné de tentures noires. 11 y restait exposé aux regards du public pendant vingt-quatre heures, et on le portait ensuite à la sépulture.

Voici les cérémonies que Ton pratiquait aux funérailles des gentilshommes :

' Ad omncin progressum atque promotum, ad omnein adiium et exitum, ad vestitum et calceaturn , ad iavacra, ad inensas, ad lumina, adcubilia, adsediiia, quœcumque nos ronversatio exerxet , frontem erueis signaculo terimus.

( Tertull., de Corond Militix, cap. m.)

* Marrhotti, onv. cit.

3 Id.

DE MARSEILLE. Stt

La croix marchait d'abord; elle était suivie d'un héraut monté sur un cheval a caparaçons noirs^ et couvert d'un drap mortuaire traînant k terre ; ce héraut portait la cotte-d'armes armoriée, le casque, le bouclier, les gantelets et la bannièm du défunt; quelquefois on Élisait marcher deux cavaliers tenant chacun une bannière renversée; ensuite venaient les prêtres. et le luminaire; le» flambeaux étaient portés par des pauvrea. vêtus on nt>ir ' ; les parents et les amis dn défunt, aussi en habit de deuil, suivaient deux k deux leicer^ cueil, et l'accompagnaient à l'église, d'oii iU ne sortaient qu'après la sépulture * ; ils se rendaient ensuite devant la maison de celui dont ils déploraient la perle, et Tun d^eux prononçait son rioge funèbre.

Pendant raccomplissenicnt de ces devoirs, les parenles dn défunt riaient occupées h recevoir

l-.n l'^ijo, riii portait quarante flaiiibcauv du poids dv quatre li>n's; au siixlt» suivant, ce luminaire fut diniinu<^, rt réduit tant«)t a sept, tant(Sf à douze, et quelquefois à six tlambcaux, uiai^ toujuur!» du poids de trois livres; dans le 1^*^ sit'clc, le nombre en fut augmenté jusqu'à cinquante. Les funérailles de la tille de Charles Casaulx, laquelle mourut en 1591, furent eélébrées avec une magnificence inusité; on y vit trois rent quatre-vingt-neuf flambeaux, et ces funérailles parurent si extraordinaires que ('.«'sar Nostradamus les qualifia

• l.ev mnrli étaient alor«> ensevelis dans les raveaux de% églises.

les consolations de Tamitié : couvertes de longs crêpes y accompagnées de tous ceux qui prenaient intérêt à leur douleur^ elles allaient ensuite prier sur le tombeau qui contenait des dépouilles ehé* ries et l'asperger d'eau bénite; après quoi, elles retournaient dans le même ordre au logis, où elles restaient enfermées pendant trente jours, assises sur des tapis ou sur des carreaux noirs, et recevant des visites de condoléance.

Il est temps de reprendre la narration des événements.

De Bausset de Roquefort avait toujours le commandement du Château-d^f , et les Florentins , logés autour de la forteresse, ne pouvaient y entrer; cette défiance les humiliait, et ils craignaient aussi d'être congédiés sans être remboursés de leurs dépenses. Sur ces entre&ites, de Bausset, mande par Henri iv, qui voulait conférer avec lui sur quelques affaires importantes, partit pour Paris et laissa le commandement du fort à son fils. Ce jeune homme étant allé à Marseille, Philippe Fulvio, capitaine des Florentins, résolut de s'emparer de la place par un coup de main. Le 20 avril 1597, il se mit à la tête de sa troupe, égorgea les sentinelles, se rendit maître des portes, et fit la garnison prisonnière. Peu de jours après, dom Jean de Médicis, frère naturel du grand-duc , arriva aux îles avec quatre galères et une galiote, et s^epipara de

plusieurs navires marseillais. En vain le |>rcaidenlDuvair lesomma, au nom du roi, de rendre toutes ses prises; dom Jean repoussa ses sollicitations et brava ses menaces.

Alors le duc de Goise arma promptement deux galères et douze vaisseaux, et alla a la rencontire de Tennemi. Après un combat de cinq betires, !«• Marseillais furent victorieux, mais ils ne purent se rendre maîtres du Chateau-dlf ; il était rëserré a d'Ossat , évêque de Rennes et qui dqpuis iut cardinal , d'obtenir par les négociations ce qu'on ne pouvait emporter par la force des armes. Ce prélat était alors à Rome en qualité d'ambassadeur de la cour de France. Par commandement d'Henri iy, il traita avec le grand -duc de la restitution du Château-d'lf , le 1*' mai 1598; et, moyennant la somme de 200,737 écus donnés à ce prince en dédommagement des dépenses qu'il avait faites , la place rentra sous la domination franraise : le roi en donna le commandement à Paul de Forlia de Pilles '.

La même année, Marseille fut affligée de la peste; la contagion emporta quatre mille kabiiants, et la chambre souveraine tenta de se réfugier h Aubagne ; mais Tentrée lui en fut refusée par ordre du parlement; elle fut alors contrainte de s4*journcr dans quelques maisons de campagne

' Riifli, I. I, lîv. IX, th. V. — Papon, t. iy, Hy. xjii.

du territoire y et y rendit plusieurs arrêts. Elle retourna a Marseille lorsque cette ville fut délivrée du fléau qui la ravagea si souvent. Le 1^ février de Tannée suivante, la chambre souveraine, en vertu des lettres patentes du roi, fut réunie au parlement de Provence dont elle n'était qu'une fraction. Le président Duvair prononça le discours de clôture dans une audience solennelle ' . Une antipathie mutuelle divisait depuis longtemps Henri iv et Marguerite de Valois, sa femme; 4'un et Tautre désiraient le divorce, qui fut prononcé par les commissaires du pape; et, le 5 octobre 1600, le roi épousa par procureur, à Florence, Marie de Médicb, fille de François, grand- duc de Toscane. La jeune princesse arriva à Marseille, le 3 novembre, sur une galère resplendissante de dorure et d'ornements, chef-d'œuvre de magnificence et de luxe. La maison de Médicis voulut ainsi donner aux Français une idée de sa grandeur, de ses richesses, et de la puissance des arts , auxquels elle donnait de si nobles encouragements. Les dehors de cette galère étaient revêtus d'ouvrages de marqueterie; l'ébène, la nacre, l'ivoire, étaient artistement enchâssés dans la poupe avec des perles, des topazes, des émeraudcs et d'autres pierres précieuses, au milieu desquelles on voyait briller les ^rmes de France en

' OKiivres cit niiillaumc Duvair, p. 8o5.

D£ MARSEILLE. tl5

fininants; cinq gros rubfs', un saphir, une grosse perle et une emeraude superbe représentaient lès armes de Toscane; les rameurs portaient une robe d'écarlate et un bonnet enrichi de fleurs de lis d'or.

Marseille avait fait de grands préparati& pour recevoir dignement la reine. Le conseil de ville adjoignit huit capitaines aux quatre capitaines de quartier^ et nomma Jean-Baptiste de Forbin- Gardanne mestre de camp de la milrcë bourgeoise composée de huit cents hommes choisis partoi les habitants notables. Henri de Savoie , duc de Nemours, le connétable de Montmorency, le chancelier de Belliëvre , le duc de Guise , gouverneur de Provence, les cardinaux de Joyeuse, lie Gondy , de Givry et de Sourdis, se trouvèrent au débarquement de Marie de Médicis, avec la princesse Anne d'Est, Catherine de Cleves, mère du duc de Guise , Louise de Lorraine , sœur du uiemc duc, les duchesses de Nemours, de Ventadour , et plusieurs autres dames de distinction. Le vîguîer et les consuls de Marseille la recurent sous un dais de brocart bleu a franges d^argent. César de Village, premier consul, mit devant elle un genou en lerre, et lui présenta les clefs dr la ville qui étaient d'or; Marie les prit et les rrniit a Lussan , capitaine de ses gardes *.

RiiHi ,1.1, Ii%. i\, c II. V.

Le lendemain^ la reine dîna dans la grand'salle de rhôtel de ville ^ et reçut bientôt après les députés du parlement d'Âix; Guillaume Duvair la harangua au nom de sa compagnie \ et la ville lui fit présent d'un beau service d'argent de la valeur de deux mille ccus. Cette jeune reine partit le 16 novembre pour Lyon, où son époux devait la joindre.

Les Espagnols étaient en paix avec la France ; cepen(£amt ils tentèrent de s'emparer de Marseille par trahison. Un Marseillais, nommé Maurice de l'Isle , qui s'était réfugié en Espagne après la chute de Casaulx , se flattait d'avoir dans la ville des intelligences assez sûres pour la mettre entre leurs mains, et le comte de Fuentes, gouverneur du Milaqais, était chargé de le soutenir avec une

* On remarque dans ce dûcoors le ptssage tnnrant : « Ncmis « jugeons que vous estes vrayement seule sur la terre digne de « recevoir et faire reposer en vostre chaste sein la vie tant « exercée du plus noble et triomphant roi qui vive aujourd'hui, « et que seul il méritait au monde de recueillir dans ses Wms « victorieux la plus vertueuse et agréable princesse qu*ait por- « tée le siècle où nous vivons; et de là , nous présageons que n nous verrons bien tout autour de vous un bon nombre de « beaux en^Eints portant sur leur front la valeur de leur père, « la vertu de leur mère, la grandeur et noblesse de la maison n de France où vous estes alliée, Thenr et la puissance de celle • d*Aust riche dont vous estes issue, et la prudence et sagesse « de celle de Florence dont vous estes née. >»

A la reine, de la part du parlement de Provence, Œuvres fie Duvair, p. 710.

DE MARSEIIiLE. Ît7^

armée navale. Après plusieurs voyages a Marseille y de risle fut enfin saisi ; convaincu de son crime par des preuves irrésistibles, il voulut se soustraire a la honte du supplice par une mort volontaire; mais ses gardiens retinrent sa main désespérée, et il fut condamné k être écartelé '• La ville, craignant d^être surprise par les Espagnols, prit des mesures extraordinaires de défense.

L'année suivante , une chambre du parlement de Provence vint tenir les grands jours è Marseille ^ et l'ouverture de cette session fut remarquable. L*avocat général Jean-Louis de Monter, alors célèbre par son érudition, prononça tin discours que Ton considéra comme très éloquent^ il dit que la chicane des Marseillais a^ait telk^ tnent augmente, qu*au lieu qu^ anciennement il ne fallait que vingt jours pour vuider tous les proces, alors Vannée entière, et dans Aix et dans Marseille , n'était pas suffisante pour les terminer \ Cette harangue fut suivie de celle de Guillaume Duvair, qui parla si doctement, qu'il attira l'mlnii ration de tous les assistants^.

' Il fut exécuté le jeudi saint de Tannée 1601.

' RuiH, t. Il, liv. XII.

* Id. — Voir les œuvres de Duvair.

En 1607, les grands jours furent aussi tenus à Marseille. Depuis lors, ils ne le furent qu*à des époques indéterminées , et toinb«'rent enfin en désuétude. Le privilège de non extmhtndo ne fut point pour cela totalement aboli, et des citoyens de Marseille le firent quelquefois valoir avec succès.

âl8 HISTOIRE

Frédéric Ragueneau occupait depuis trentetrois ans le siège épiscopal de Marseille ' ; toujours fidèle h Henri m et à Henri iv , durant les troubles de la ligue et la dictature de Calsauli, il eut bien des persécutions à essuyer et bien des dangers k courir. Les habitants de la baronnie de Signes, qui étaient ses vassaux, nourrissaient depuis long-temps contre lui une haine violente. Des Tannée 1583, il s'était cru obligé de réclamer la protection du roi et l'autorité du parlement de Provence. Cette compagnie défendit aux habitants de Signes de rien attenter contre lui , ni contre ses officiers, fermiers, ou serviteurs, à peine de mille écus d'amende et de correction corporelle ; elle rendit même les consuls responsables des excès qui seraient commis* a cet égard, s'ils n'en dénonçaient pas les auteurs. Cet arrêt contribua peut-être k rassurer Ragueneau; de nouveaux arrêts qu'il obtint contre les consuls , contre les recteurs de l'hôpital et contre un

' Depuis Barthélemi de Raccoli et Louis de Glandevès dont nous avons parlé dans notre premier volame ( p. 497 ^'^^*)> jusqiies à Frédéric Ragueneau , nommé en 1770, dîxéréques occupèrent successivement le siège de Marseille ; ce furent : Jean 11 en i446> Nicolas de Brancas en 1447» ^^^^ AUardeau en 14G6, Ogier d'Anglure en 1497, Antoine Dufour en i5o6y (Uaudc de Seisscl en i5o9, Innocent Cibo en i5i7, J.-B. Cibo en 15*29, ^''In'i&tophe de Monte en i55o, Pierre de Ragueneau en i555.

grand nombre de particuliers pour les obliger a lui passer reconnaissance de leurs biens, comme à leur seigneur direct, aigrirent beaucoup les esprits.

Il fut assassiné dans son château de Signes par des scélérats masqués, le 26 septembre 1603; leur chef, homme Claude Bausset, natif du Cas* telet, lui tira un coup de pistolet, dont il mourut sur-le-champ ' ; son corps fut transporte k Marseille el mis dans le tombeau des évêques. 11 eut pour successeur Jacques Turricella , originaire de Toscane, religieux de Tétroite observance de saint François et confesseur de la reine Marie de Médicis.

Les assassins, au nombre de onxe, condamnai i la roue par arrêt du parlement d'Aix du 27 mai 1(>05, furent exécutés en effigie; outre cette peine commune, Itaussct fut condamné a une amende de G,000 livres envers les héritiers de Tévéque, ri a lous les frais de justice ; le reste do ses biens fui confisqué au profit du roi.

Marseille échappa bientôt après à un grand péril. Louis d^Allagonia, seigneur de Meyrargues, avait (les liaisons secrètes avec les Espagnols, et il niédiuit le projet de leur livrer la ville. Cet

Dciiys de Sainte- Marthe fait ainsi l'clogc de ce |iréUt : fmt vir splvniiidi iinimif qurm tiht'niits facivs omnibus pntlum r ^/nlufHity i\v (wallta Christiftnti , I. i.

homme, riche el puissant, issu d^une famille originaire de Naples, aspirait aui fonctions deviguicr, et cette charge aurait assuré le succès de ses trames criminelles. Ancien procureur du pays, il était par sa femme allié des ducs de Montpensier et de Joyeuse, et commandait alors deui galères marseillaises. 11 mit dans sa confidence un forçat dont il avait éprouvé plusieurs fois Tadressc et Tintelligence. Celui-ci fit dire au duc de Guise que s^il lui faisait obtenir sa grâce et sa liberté, il révélerait un secret très important. On profita de Tavis et on examina de près la conduite du seigneur de Meyrargues, qui, dans ces circonstances, fut député à la cour par les étatsgénéraux de Provence pour y suivre quelques affaires relatives k l'administration du comté.

Le roi , averti de son arrivée , chargea La Y arènc, gouverneur d'Angers, de gagner sa confiance et d'épier toutes ses démarches. La Yarène s'aperçut bientôt que le gentilhomme provençal correspondait avec dom Balthazard de Zuniga, ambassadeur d'Espagne ; il le surprit même enfermé avec le secrétaire de celui-ci ,1 dans la nuit du 5 décembre 1605, et entendit une partie de leur conversation. La Yarène alla aussitôt chercher le lieutenant du grand-prévôt qui arrêta le seigneur de Meyrargues et le secrétaire d'ambassade ; le premier fut conduit a la Bastille, et le second au Chàlelet. Le secrétaire fut élargi sur

D£ IIAHI^SILLE. SSi

la demande de Tambassadeur ; mais AUagonia ne put échapper à la sévérité de la justice, et U» ducs de JoyeiJise et de Montpenaier sollicitèrent eui-raémes son châtiment. Il fut décapité sur la place de Grève; son corps fut mis en quatre quartiers qui furent attachés aui quatre princi^ faAes portes de Paris , et sa tetc, portée a Marseille , fut eiposcc au bout d'une perche sur la porte royale. Le parlement de Paris confisqua tous ses biens au profit du roi ; mais Henri iv en disposa en fiiveur de la veuve et du frère du coupable.

Les corsaires de Tunis faisaient éprouver au commerce marseillais des pertes considérables. La ville, voulant mettre fin à ces déprédations, p;issa un traité avec le capitaine dllautefort, qui s'engagea, moyennant cinq cents écus, :i détruire les navires ennemis sous le canon du fort de la (joulette. Cet homme, animé d'un courage héroïc(ue, monta sur un vaisseau, et, arrivé proche du fort^ il descendit dans une barque avec cinquante soldats déterminés et plusieurs machines incendiaires. Le feu redoublé de la place ne répouvante pas ; il avance hardiment , brûle vingt-trois corsaires et'une galère, et retourne k Marseille, qui raccucille avec enthousiasme '.

Les troubles du royaume étaient appaisc*s , et

* En 1609.

les âmes s'ouvraient à la joie devant la perspective ria nie d'un avenir consolateur. La sagesse d'Heni iv assurait la prospérité publique ; cependant le vieux levain de la ligue fermentait dans quelques esprits en délire; le fanatisme religieux, aiguisant ses poignards dans Tombre et le silence, voulait joindre à ses nombreux for£siits un forfait plus exécrable encore, et Henri, monarque adoré, succomba sous ses fureurs sanguinaires ':

Par le commandement de la reine, La Vcrdière porta cette affreuse nouvelle a Guillaume Duvair, alors premier président du parlement de Provence; ce magistrat écrivit d'abord aux commandants, aux chefs de justice et de police, pour les inviter a maintenir le bon ordre; il manda ensuite au palais rassemblée des chambres, et après avoir pris le serment de fidélité des magistrats envers le nouveau monarque, il fit introduire les consuls-procureurs et les principaux gentilshommes. Duvair voulut parler, mais la parole expira sur ses lèvres qui ne firent entendre que des sanglots; alors les huissiers, s'approchant des fenêtres, annoncèrent au peuple assemblé sur la place la mort du roi ; puis, ayant reculé de quelques pas et étant revenus aux fenêtres, ils proclamèrent Louis xiii, roi de France et de Navarre , comte de Provence et des terres adjacentes.

' En mai 1610.

DE MAKS£1LL£. Sâr.

Les Marseillais n'attendirent pas les ordres du gouvernement et de Tadministration pour donner des marques de douleur ; ils la témoignèrent d'une manière touchante. Les consuls, accompagnés de deux cents notables, parcoururent les rues en exhortant le peuple a la tranquillité. Il y eut a Thôtel de ville un spectacle bien i^ttendrissant : une foule considérable s'y était rendue; tout le monde s'embrassa les larmes aux yeux , et on jura, par les mânes du bon roi, d^oublier les anciennes divisions et de travailler d'un commun accord au grand oeuvre de la félicité publique.

Le parlement délibéra d'envoyer à Marseille \c prrsidonl Laurent dr CorîoHs et le conseiller \nloinr doSéguiran , pour recevoir des habitants le serment de fidélité. Marc- Antoine de Vento, premier consul, qui en fui averti, monta à cheval, suivi de trente g(»ntilshc)ninies, et alla au devant des députés de la cour, qu'il rencontra h une lieue de la ville; il mit pied h terre, et les deux magistrats aussi. Après des harangues réciproques, ils prirent tous la route de Marseille, et entrèrent au palais de justice, accompagnés de Nicolas de Bausset, lieuUlfiant principal en la sénéchaussée, de Nicolas de Vento, lieutenant particulier, de Guérin et d'Kspanet, le premier procureur et le second avocat du roi. Coriolis prononea un discours et dit, entre autres choses, que In plus infernale frcnesic d*un ahfyminabic

arsacide a rui^i à la France, (tune main sacrilège et parricide, le plus grand, le plus juste, le plus clément et le plus valeureux monarque ifui/ût et qui ne sera jamais, Henri iv, roi de France et de Nàs^arre, celui qui avait restauré la religion et l'état ■ . Tous les oflGiciers du sénéchalprétèreni ensuite le serinent; de là, les commissaires allèrent à la chambre de l'amirauté pour soumettre a la même formalité les magistrats attachés à ce siège. Us se rendirent ensuite à Thôtel de ville, oii étaient réunis le viguier, les consuls, Tassesseur, le conseil municipal et les capitaines de quartier. L'assemblée entière jura obéissance à Louis xui. Coriolis et Séguiran reçurent aussi le serment des principaux ecclésiastiques et des che& de tous les établissements religieux; puis le viguier et les consuls en robe rouge » et à la tête d'un brillant cortège , montèrent a cheval et proclamèrent dans les principales rues le nouveau souverain , au milieu des cris de vive le Roi !

Le 29 juin, Louis xiii et la reine mère écrivirent aux Marseillais en termes très bienveillants, et les chapitres de paix furent confirmés.

Il y avait alors à Bftrseille un prêtre nommé Louis Gaufridy, né en 1578 à Bauvezet, diocèse de Sencz, d'un berger qu'il quitta à l'âge de dix ans; il demeura deux ans à Fourrières chez son

' RufH y 1. 1, Uv. U| ch. V.

DE MARSErttE. tK

oncle, curé de cette paroisse, fit ensuite ses études 3t Marseille , reçut à Arles les ordres sacrés , et fut pourvu des fonctions de vicaire ii l'église de Notre-Dame-des-Accoules. Gaufridy avait pour son malheur nne imagination forte et vive , un cœur sennblc et ardent; il unissait des manières séduisantes à des passions fougueuses , et . il abusait, auprès des femmes, de l'ascendantque lui donnait le ministère de confesseur : c'était là toute sa magie. Mais comme des idées superstitieuses dominaient encore les esprits, le malheureux, qui n'avait que des faiblesses à se reprocher, fut accusé d'être sorcier et d'avoir &it avec Tenfer un pacte abominable.

La dcmoÏTllc Magdfleinc de Mandols La Paliicl, il ppinr Ag<V do srizr ans, appartenant à une ancienne famille de Marseille ' , frcqucntait IVglisc drs Accoutcs-, In nature lui avait donné une beauté ravissante, cl Gaufridy, avec son tempérament de feu, ne vît pas sans émotion ces gracr^ cnchantrrossfs que relevait encore une r;indrni- virgiualr. Ricnlnt tous les transport de lauKiur agitèrent son cœnr que no purent calmer ni les «conseils dr la raisfin, ni les devoirs du «itncluiiire. Dissimulanl ses sentiments, il s'introduisit, sous le voile de In piété, dans la maison

le ,1'Aiil.xMr <lr M,,llilols roiM Glandc^'t-r.rrnuU.

de Magdeleine qui le choisit pour directeur spirituel. Gaufridy, au comble de ses vœux, ne tarda pas a verser le poison de la volupté dans Tame de sa pénitente ingénue. La jeune &llc perdit sa gaîté ; elle éprouvait des sensations inconnues et des désirs indéfinissables , lorsque GauEridy lui parla de sa passion et lui jura un inviolable attachement. Magdeleine n'écouta pas avec indifierence un langage nouveau pour elle, et quoique sa vertu triomphât de tous les artifices du séducteur , le coup était porté et la blessure était profonde. Magdeleine aussi sentait le besoin d'aimer y et toute son aficclion se concentrait sur un homme qui ne pouvait jamais être son époux* Une noire mélancolie la dévore et le désespoir Taccable; croyant que la solitude du cloître rendra le calme a son ame troublée et à ses sens agités, elle prend le voile aux Urselines de Marseille, et n'y trouve point le repos; Tobjet qu'elle aime occupe toutes ses pensées , et l'amour soulève autour d'elle tous ses orages. Elle soufirc pendant quelque temps les visites de Gaufridy qui, en sa qualité de prêtre, peut entrer dans le monastère ; ensuite les amants, pour éloigner tous les soupçons, conviennent de s'écrire avec les précautions nécessaires. Enfin, après deux ans de retraite, la jeune religieuse, craignant de voir son secret dévoilé, retourne, sous prétexte de maladie, à la maison paternelle oii Gaufridy, la

DE MAKSEULLE. m

voyant avec plus de liberté, surmonte ses scrupules et sa résistance.

Magdeleine rougit de sa faiblesse , et le remords vint déchirer son ame toujours en proie au délire de la plus violente passion. Elle rentra dans le couvent, et bientôt l'on vit en elle un changement extraordinaire. Elle tomba souvent en extase, proféra mille imprécations contreGaufridy, dit que ce prêtre, disciple des démons, Tavait ensorcelée, et infecta de ses terreurs imaginaires quelques autres urselines qui peut-être avaient été blessées aussi par les traits de Tamour. Le père Romillon , prêtre de TOratoire, Tenvoya avec une sœur de la même congrégation a la Sainte-Baume pour y faire des neuvaines, et de la a Notre-Damn-dr-Grace.

Les principaux citoyens de Marseille prirent la défense de Gaufridy qui passait pour un saint, cl le menèrent comme en triomphe a Tévêquc Turricella dans son château d'Aubagne. Le vicaire des Accoules lui protesta que Magdeleine et sa compagne étaient deux visionnaires. On le crut; et les officiers de Tévèque supplièrent ce prélat de détruire la maison des Ursulines, et de faire mettre ces deux filles en prison. C'est ce c|ui fut résolu.

Magdeleine de la Palud avait été exorcisée a la Saintc-Haume par Sébastien Michaëlis, vicaire Uf'néral de la congrégation réformée des frères

Prcclicurs de Saiiit-Maxiniin. Cet hoiunic, ignorant et crédule , crut entendre un diable qui lui dit , selon ^intention de Veglise triomphante et militante^ et d*à présent exorcisante ' , que Magdeleine ne serait délivrée que lorsque Louis Gaufridy serait com^erti^ ou mort, ou pris par la justice. Michaëlis, étant allé à Aix pour y prêcher le carême , crut devoir informer le premier président Duvair de tout ce qui s*était passé à la Sainte-Baume. Magdeleine, conduite a Tarchevêché, fut interrogée par ce magistrat, et, faisant des contorsions affreuses, elle lui dit que plusieurs démons, se suivant a la file, entraient dans son corps et en sortaient successivement. Le parlement envoya à Marseille les conseillers Antoine de Séguiran et de Thoron pour prendre des renseignements*, ceux-ci firent saisir Gaufridy qui fut traduit aux prisons du palais à Aix.

Les commissaires commencèrent l'information le 19 février 1611*, et interrogèrent plusieurs témoins dont quelques-uns déposèrent en faveur de Taccusé. Magdeleine fut exorcisée plusieurs fois en leur présence et en celle de quelques autres conseillers, d'abord par Gavaudan, vicaire général de l'archevêque d'Aix, et ensuite par Pel-

' Ce sont les termes de son procès verbal.

Rien de- plus extraordinaire que Touvrage de ce prêtre; il f st intitulé : Histoire admirable de la Possession et Conversion d*iinc Prnittntr M^duite par un Magicien , etc. Paris, 1614.

DE MAK5E1LLE. tÈ9

licol y son successeur. Durant ces eiorcismes elle eut plusieurs tremblements convulsifs qu'on regarda comme des signes infaillibles de possession.

Magdeleine soutint d^abordqueGaufridy élai| un homme de bien, digne d'être placé sur un autel pour y être adoré ; que tout ce qu'elle avait dit contre lui était une calomnie. Rétractant ensuit^ su déclaration, elle s'écria que cet indigne minis* Ire du tout-puissant était Tapotre du mensonge cl le prince des magiciens ; qu'il avait exercé sur elle le pouvoir redoutable de son art infernal j que par le moyen d'une pêche il lui avait inspira une vive passion pour lui; que le jour de Noël, il la messe de minuit, il Tavait fait renoncer a Dieu; qu'avant de la déshonorer, il lui avait fait signer, de son sang, une cédule mystérieuse; (|u'en compagnie de Belzébulh déguisé en genlilhomme, il Tavail transportée au sabbat dont c'ile lit une description impudique.

(faufridy convint qu'il y avait eu une grande familiarité entre lui et la jeune religieuse de Marseille; mais il soutint que cette liaison n'avait I a mais passé les bornes de la bienséance, et s'inserivit en faux contre tout ce que cette fille lui imputait '.

A (lit rt répondu que vrritablonient quant à la privauté (t grande* familiarité, il ne la peut nier; toutefois ce a rtté toujours en qualité de père spirituel, »aoft avoir pense à mal, niai!k que tout le re<»tr est faux. » ( Pièces du procèt}-

Le vicaire des Âccoules était pressé dans sa prison de tout avouer, et les capucins qui le visitaient, pour lui donner des consolations, lui faisaient entendre que cet aveu serait le seul moyen d'obtenir sa grâce. La crainte du supplice troubla bientôt son esprit. Alors il changea de langage et se reconnut pour sorcier. Le 1 4 avril , il dit, entre autres choses extravagantes, qu^ayant trouvé parmi les livres de son oncle un ouvrage de magie , il en lut quelques vers et se sentit ému ; que tout à coup Lucifer lui apparut , lequel était vêtu en gentilhomme cf habit commun j sans epée, de poil châtain en sa barbe et poil de tête, et quant au visage en couleur blanche ' ; que dans le pacte qu'ils firent ensemble , il donna son corps et son ame à Tesprit malin, et promit de renoncer au fruit de toutes ses bonnes œuvres durant sa vie , sauf la valeur des sacrements ; que Lucifer de son coté lui donna une sienne cêdule y et par iceUe le pouvoir et la vertu que toutes les filles et femmes qu'il soufflerait avec la bouche seraient du tout transportées en son amour, pourvu qu'elles eussent sentiment dudit souffle ' ; Gaufridy ajouta qu'il exerça ce pouvoir sur Magdeleine de la Palud, et qu'il la donna au démon Asmo-

' Pièces du procès.

dcc ; qu'il la fit renoncer à Dieu , aux saints et au paradis; qu'il alla cinq fois au sabbat, savoir: deux fois à la grotte de RoUand, qui est à deux lieues de Marseille, deux fois à la grotte Loubière, près de Château-Gombert, et une seule fois à la Sainte-Baume '.

Le lendemain Gaufridy se rétracta, attribuant h la seule appréhension de la mort tout ce qu^l avait déclaré; mais le 22 du même mois, étant confronté avec Magdeleine , sa raison s'égara encore. Il cita le texte de la cédule qu'il prétendait avoir reçue de Lucifer '; il donna de nouveaux détails sur sa sorcellerie, et ptnni les choses qu'il dît avoir apprises au sabbat, il parla de Tcglise, de la cour et du gouvernement.

Jacques Fontaine, Louis Graci et Antoine Mcl'iiulol, docteurs en médecine, et Pierre Bontemps, chirurgien anatoniistc, tous les quatre professeurs en runivcrsitc d'Aix, furent nommes par le parlement pour examiner quelques taches que les deux accusés avaient sur le corps '.

Pièces du procès.

' Voici ce texte :

ie, Lucifer, promets a toi Louis Gaufridy, te donner f<»rre de pouvoir promptemcnt charmer en vertu d*un souffle toutes le» femmes que tu voudras, en vertu de quoi j'ai soiiMif^nè, Lucifer. «-

Il parait que Gaufridy, élevé dans la croyance qu'il exisi.iit des sorciers et qu*on pouvait avoir un commerce avec le diable, s'était livre à des actes de superstition pour inspirer

Dominés par de puériles idées de magie, ils dé* clarèrcnt, après examen, que ces marques ne leur paraissaient point naturelles. Le peuple provençal était dans rëffervescence, et les imaginations effrayées ne savaient enfanter que des rêveries monstrueuses. Partout on racontait des événements étranges, des scènes extraordinaires. On disait que Gaufridy , être mystérieux , bizarre exception dans la race humaine, ne se plaisait que dans la pensée du mal , et blasphémait sans cesse le nom sacré de la vertu ; qu'initié à tous les secrets de Tabîme, il évoquait a son gré les esprits de ténèbres, et que ceux-ci, fantômes menaçants, spectres hideux, voltigeaient autour de lui pour recevoir ses ordres et obéir a ses caprices. On disait quHl trouvait du charme dans le spectacle des douleurs , dans les accents du désespoir, dans les convulsions de la mort, et que sa voix impie, qui bravait les foudres du ciel , faisait trembler les éléments soumis et la nature étonnée. On disait que, par la force de ses enchantements, les jeunes vierges voyaient flétrir sur leurs fronts la suave couronne d'innocence et de pudeur; qu'elles se livraient alors avec joie à ses désirs insatiables , et que dans ces embrassements frénétiques

plUs d'amour à Magdeleine de La Palud convaincue, comme lui , de l'c\istence de Tait magique.

D£ MAKSEILLE. 23â

on ne voyait que des raffinements de souillure et des monstres d'impudiclté.

Le parlement lui-même n'avait pas assez de sagesse pour résister au torrent de ces préjugés populaires, et les magbtrats croyaient à la magie avec une bonne foi risible. Un jour qu'ils étaient assemblés pour écouter de Thoron qui lisait l'information dans laquelle plusieurs lémoins attestaient que le vicaire des AccouleS) avant d'aller au sabbat, se oignait d'huile , on entendit dans la cheminée un grand bruit, et bientôt parut un homme noir qui secouait la tête. Les conseillers, croyant que c'était le diable qui venait venger son élevé , s'enfuirent l'pouvanlés j mais de Thoron , se trouvant mal- . heureusement embarrassé dans le bureau, ne put les suivre. Tout tremblant de frayeur, il iniilllpliait les signes de croix et balbutiait des paroles entrecoupées, lorsque le spectre se &t connaître : cYtait un ramoneur qui, après avoir ramoné la cheminée de Messieurs des comptes , dont le tuyau joignait celle de la tournelle , s'était mépris et était descendu dans la chambre du parlement '.

Gaufridy fut mis sur la sellette le 28 avril. Il soutint pendant quelque temps qu'il était

• Papon, 1. IV, liv. xiii. — Cabassc, Kami Hbtonque sur If iMilcmcnl <lc Provence, t. i, ch. xxvi.

231 IltSTOtRE

innocent , et répondît avec beaucoup de prc' sencc d'esprit. Lorsque le président Tinterrogea sur les marques qu'il portait, et qu'il lui demanda s'il les avait reçues du diable, il dit que c'était une chose qui lui aidait bien dorme à penser; qu^il ne pouifait dire que la vérité, et qu'il n'aidait jamais su comment ces marques auaient été faites. Le président ayant voulu lui prouver qu'il avait eu un livre de magie , puisqu'il l'avait ainsi déclaré , il ne sut qiie répondre et dit tout bas : ah ! Dieu. Il se prit à pleurer y et son trouble augmenta aux interrogatoires suivants. Il versa encore des larmes en disant qu'il aidait grand peur des tourments et que cela lui avait levé le sens. Et peu après : je me suis converti y mais le tourment de la justice méfait grand peur , et ai peur de retourner perdre Vame \

Le président, le voyant ainsi troublé, l'avertit de ne pas se damner et d'élever son cœur a Dieu, Aces mots, Gaufridy se reconnut pour magicien, convint d'être allé au sabbat, et s'accusa de tout ce qu'on lui imputait '.

* Cahier de l'interrogatoire sur la sellette.

*« Interrogé qui était au sabbat avec loi et Magdeleine, a dit «< que cela Ta tracassé extrêmement; s*étant mis à pleurer a '< dit qu'il ne reconnut personne, etc., que les grands brouil- " lards qu'il y a aux assemblées empêchent de les connaître, < etc., n'y ayant que soufre, poix, etc. ; interrogé s'il a eonnu

Le 30 avril, ce malheureux, déclaré coupable de rapt, séduction, impiété y magie, sorcellerie et autres abominations , fut condamné à être brûlé vif, préalablement appliqué à la question ordinaire et extraordinaire , comme aussi k être dégradé par Tévéque de Marseille >. Magdeleinc

• personne infecté de magie, a dit qu'il y a un mois qu'il y « pense, mais qu'il n'est point mëmoratif d'en avoir connu " aucun.

«• Il dit plus bas que les sorciers se rencontrent rarement « en allant à la synagogue, car cela est conune des mouches. » Caliier de l'interrogatoire sur la sellette.

* Voici le dispositif de cet arrêt aussi ridicule qu'atroce : « La cour a déclaré et déclare ledit Louis Gaufndy atteint

« et convaincu desdits cas et crimes à lui imposés , pour répa- ^ ration desquels Ta condamné et condamne d*étrc livré entre " les mains de Texécutcur de la haute justice, mené et conduit

• par tous les lieux et carrefours de cette ville d'Aix accou- •' tuniés, et au devant de la grande porte de l'église métropo- '^ litaino Saint-Sauveur dudit Aix; faire amende honorable

• tête nue, et pieds nus, la hart au col, tenant un flambeau •^ ardent en ses mains; et là à genoux demander pardon à ^ Dieu, au roi et ù la justice, et ce fait, être mené en la place " des Prêclieurs de ladite ville, et y être ard et brûlé tout vif " sur un bûcher qui à ces fins y sera dressé, jusqu'à ce que « son corps et ossements soient consumés et réduits en cen-

• dres, et icelles après jetées au vent, et tous chacun ses biens

- acquis et confisqués au roi , et avant être exécuté sera mis et appli(|ué à la question ordinaire et extraordinaire pour

• avoir de sa bouche la vérit«» de ses complices, et néanmoins .i\ant que de procéder à ladite exécution, sera mis préalablement entre les mains de Tévéque de Marseille son diocé-

- sain, on à son défaut d'autre prélat de la qualité requise,

• pour être dégradé en 1m manière accoutumée.

23t) HISTOIKE

de La P<ilud fut acquittée ; le peuple voulait la mettre en pièces, et on fut obligé de la cacher pour la dérober a sa fureur.

Le même jour, Jacques Turricella se rendit a Âix , et dégrada solennellement dans Téglise des frères Prêcheurs le condamné, qui fut ensuite mis a la question en présence des conseillers Olivier, de Séguiran et de Thoron. 11 persista dans sa confession au milieu des tourments, et ses douleurs étaient si vives quUl s'écria qu'elles lui feraient dire que Dieu n'est pcÀnt Dieu ». II n'avait plus le libre usage de sa raison et de ses sens lorsqu'il monta sur le bûcher vers les cinq heures après midi.

Trois ans après, les jésuites Posseyin et Jean Mathieu, prêchèrent à Marseille avec tant de succès, que la ville manifesta le désir d'avoir une maison de leur institut. Pierre de Rîquetti, seigneur de Négreaux , et Thomas , son frère , jetèrent alors, avec la permission de l'évêque, les fondements de la maison professe de la célèbre compagnie de Jésus. Cependant les premiers jésuites appelés à Marseille n'eurent aucun endroit oii pouvoir se placer % et ce ne fut que

' Histoire des Evéques de Marseille» t. m, liy. 3lt.

=• Les Jésuites auraient pa s'établir à Marseille bien des unuat;s auparavant, car en 1S67, les consuls, au nom de la ville, avalent demandé à François de Borgia, général de Tordre, de leur envoyer des sujets pour un collège qu'ils vou-

l'année suivante que quelques-uns d'entre eux logèrent chez Benoît, bénéficier de la Major ^ qui leur prêta sa maison oîi ils demeurèrent deux ans; ils louèrent ensuite une autre maison près de la cathédrale, puis une autre derrière le monastère de rObservance; ils eurent enfin Téglise Saint -Jacques , appelée dans les vieux titres Ecclesia Sancii-Jacohi de Corrigeriâ , vel de Fnwhan'âj et vulgairement connue sous le nom de Saint- Jaume ■ ; cette église leur fut cédée par Bremond, recteur, et unie à perpétuité a leur compagnie *.

L'évéque Jacques Turricella ne manquait pas d'instruction ; laborieux , exact à remplir ses devoirs, doué d^ine physionomie gracieuse, il riait gc'ncralcment aimé h Marseille; seulement la douceur de son caractère dt'gi'ncrait quelquefois en faiblesse , et Téclat de ses vertus était terni par une grande avarice. On croyait conimuné-

l.iiriit fnndrr; l(or|;ia, n'ayant pas alors à sa disposition un .iss^z pranti nombre de ji'siiilcs, no ptil amicillir In demande

(irs consilK.

On rrprit ItMnrnie pn»jrl pour une maison professe en i57/|, rX (lliarles i\ l'autorisa par drs lettres patentes. iMais les troubles rpii survinrent firent «'«lioner eelte entreprise.

• ('ette paroisse était fort ancienne. Ruffi assure avoir vu nn acte df transaction, fait l'an 120/4, entre le j)révAt de la MajMi , ( t les (urrs de Saint-Martin et de .Saint -Jacques, tou- < liant Us obv entions funrbres.

* r.ir nnr bullr de iTij'^.

ment qu'il avait amassé de grands trésors, et cette opinion lui fit perdre la vie, car son valet de chambre Tempoisonna en lui donnant un bouillon, pour lui enlever son argent ■. On ignore si ce scélérat reçut le châtiment dû à son crime.

Les corsaires d'Alger et de Tunis continuaient leurs brigandages dans la Méditerranée , et causaient de grandes pertes au commerce de Marseille. Par délibération du 8 novembre 1620, le conseil municipal résolut de contribuer pour 90,000 livres aux armements extraordinaires que Ton préparait contre les pirates. L'absence du gouverneur de Provence fit avorter ces armements, et les consuls Marseillais s'adressèrent alors à Baulieu , vaillant capitaine qui commandait une galère de François Paris de Lorraine , chevalier de Guise. Baulieu ayant accepté le traité qui lui fut proposé, mit aussitôt a la voile, fit plusieurs prises considérables et délivra quelques esclaves chrétiens. Sur ces entrefaites, un chiaoux algérien , accompagné de quarante-cinq janissaires, arriva à Marseille en qualité d'ambassadeur, et se rendit auprès de la cour de France pour demander, au nom de sa régence , la paix qui lui fut accordée. Retourné h Marseille avec la même escorte, il allait s'embarquer pour

' Le Kjjaiivic'i i6i8.

DE MARSEILLE. â39

Alger, lorsqu'on apprit dans la ville qu'un vaisseau marseillais , commandé par le capitaine Drivet, venait d'être pris et pillé par un corsaire turc qui avait massacré tout l'équipage , k l'exception d'un mousse sauvé comme par miracle; a cette nouvelle , les parents et les amis de Drivet et de réquipage, se réunirent et s'armèrent; enflammés d'indignation et de vengeance/ ils attaquèrent le chiaoux et ses janissaires qui furent tous égorgés, après une défense vigoureuse, et malgré les efforts des consuls. Lie parlement fit informer contre les meurtriers dont quelquesuns furent condamnés k mort, et d'autres k diverses peines. La régence d'Alger, satisfaite de ce châtiment, ne fit entendre aucune plainte, et ne voulut pas rompre Talliancc qu'elle venait de conlraclcr avec la cour de France et les navigateurs marseillais.

Les catholiques français souffraient impatiemment la liberté que Tédit de Nantes procurait aux calvinistes, et ceux-ci, dont Tinquictude ne se bornait point à de stériles murmures, caba- Liient avec un zMe ardent pour se maintenir dans leurs privilèges. Le jeune de Luinesqui, en con- «^eillant l'assassinat du maréchal d'Ancre, venait fl'obtenlr Tépée de connétable sans savoir ce cju'elle pesait, se flatta dVcraser les réformés qui avaient pour chef le duc de Rohan, digne de leur confiance par ses qualités supérieures. La gticrre

fot alors résolue, et Louis xiu, après diverses expéditions en Poitou et en Saintonge, assiégea la ville de Montpellier qui paraissait résolue à se défendre jusques aux dernières extrémités; bientôt on négocia , et la paix se fit a des conditions avantageuses pour les religionnaires qui obtinrent la confirmation de leurs droits. C'est dans ces circonstances que Liouis xiii vint en Provence, se proposant princip^ement de visiter Marseille qui lui avait fait un 4on de 38,000 livres. Le conseil de ville voulut recevoir ce prince avec magnificence ; il nomma Marc-Antoine de Vento des Pennes mestre de camp de la milice bourgeoise, et adjoignit a Pierre de Mousticrs, Louis de Monier d'Âiglun, Clément Ripert et Balthesard de Cipriani de Cabriés, capitaines de quartier, huit autres capitaines qui furent Mathieu de Léon, Laurent Gilles, Jean-Baptiste de Village , Jean-Philippe Dieudé, Bernard Grousson^ Louis Ovili, Lazarin Doria et Beissan de Saint-Savoumin. On éleva h la plaine Saint-Michel un riche amphithéâtre au milieu duquel était placé un trône resplendissant sous un dais de velours bleu. Le 7 novembre 1 622, jour fixé pour l'arrivée du roi, plusieurs centaines d'enfants uniformément habillés, portant chacun une banderole blanche et bleue, sortirent de la ville, en chantant des cantiques aux sons d'une musique harmonieuse^ et se rendirent a la plaine

oit un peuple immense était réuni; ils furent bientôt suivis d'un cortège p(ND[|||Êux -, la milice ouvrait la marche , ayant k sa tête son mestre de camp; les soldats, armés de toutes pièces, étaient habillés les uns en sauvage, d'autres en américain, quelques-uns en indien, et le plus grand nombre en turc; marchaient ensuite le marquis cVOraison, viguier^ les consuls Boniface de Cabanes, Joseph de M%lie et Antoine Gasquet, Tassesscur Jean de Rîqufitti, le premier en manteau et les autres en robe rouge , précédés de huit trompettes et de plusieurs valets de livrée; les membres du conseil municipal , les gentilshommes et les habitants notables; ils étaient tous montés sur tics chevaux richement harnaches avec leurs hoa^scs de velours; après eux venaient les officiers du siège, aussi h cheval, accompagnés des procureurs, «les huissiers et des sergents; le clergé des paroisses ; les chanoines de la Major, revêtus de chapes de brocart et de riches ornements ; les communautés religieuses; enfin tous les corps de métier, enseignes déployées. Des que Louis Mil parut, suivi du duc de Montmorency, du eomte «le Schomberg et de plusieurs autres sei- {ïneurs, la foule poussa des acclamations proloni;écs, rt les compagnies bourgeoises lircnt plusieurs «lécharges de mousqucterie. Le roi s'étaut a»is sur son troue, les consuls montèrent sur l'amphithéâtre et fléchirent le genou devant lui. n. i^>

Î4i HISTOIRE

LTassesseuT prononça un discours. Les officiers ^u siégeât le grand iricaire de révéché de Marseille se:pi*ésentèrent ensuite, mirent aussi un genou en terre et firent leur harangue. Lie cortège défila devant le monarque qui, après cette cérémonie, monta sur une haquenée blanche, accompagné de sa cour, et se dirigea vers la porte royale au milieu du bruit de Tartillerie des remparts et des vaisseaux. Il ftll reçu k Tentrée de cette porte par Antoine Libertat, qui en était capitaine. Les consuk se prosternèrent encore devant lui, et Boniface de Cabanes lui présenta les clés de la ville, qui étaient d'or et artistement travaillées; puis il tira d'un sac de velours bleu un livre contenant les chapitres de paix , et supplia le prince de vouloir bien , k Texemple de ses prédécesseurs, jurer le maintien de ces franchises municipales si chères à Marseille. Louis, levant la main droite et la posant ensuite sur le livre, jura a haute voix; aussitôt les airs retentirent de cris d'allégresse mêlés au bruit des tambours et des clairons, et le roi entra dans la ville placé sous un dais porté par le vîguier, les trois consuls, l'assesseur et Melchiond de Monier, consul de Tannée précédente. Le roi, arrivé k la porte des Âugustins, trouva un théâtre décoré avec autant d'élégance que de richesse, et a côté, un jardin rempli d'oiseaux qui faisaient entendre une douce mélodie. De

jeunes bergers et des nymphes aimables sortirent de ce jardin et saluèrent, en dansant, le monarque enchanté. A la place neuve, Liouis passa sous un arc de triomphe couvert d^emblémes et d'inscriptions à sa louange. Il y avait a la loge un arc plus magnifique, à huit colonnes : au frontispice, les armes françabes et le portrait du roi couronne d^unc auréole de gloire, tenant a la main droite une sphère céleste, et à la gauche un globe terrestre; il foulait aux pieds des furies infernales qui représentaient le calvinisme; au-dessus se trouvait un corps de musique. Toutes les rues étaient jonchées de fleturs et ornées de draperies éclatantes; mais la rue de la I^gr se faisait remarquer par plus de magnificence; là étaient réunies les principales dames de la ville, éblouissantes de parure et de pierreries.

Louis Mil fut conduit a la Major, et ensuite a son palais ' -, quand il y entra, Tartillerie des vaisseaux et de la tour Saint-Jean tit plusieurs «h'cliarges ; il parut, ensuite à une des fenêtres, ri la milice bourgeoise vint défiler devant lui.

Le roi visiti le fort de Notre-I)ame-de-la-Gardc et I abbaye Saint- Victor ; il alla aussi au port de Morgiou. Les prufTIiommes lui avaient préparé un <liverli<iSi'menl nouveau en réunissant, dans

11 pai.iit (|ii(' rr |>alai.^ rtail ^ilin* sur Ir Poit; riuiis nVn f •nii.ii^son» p.i* la po*iiion pn-risr.

une enceinte réservée, un grand nombre de thons. Us lui présenteront un trident en vermeil , et le prince se donna le plaisir d'une pèche facile ; toutes les fois qu'on tirait en haut le poisson qui avait eu la gloire de mourir de cette main royale * , les trompettes sonnaient, Tair et la mer retentissaient du cri de vive le Roi.

Le 10 novembre, les consuls lui oflfrirent, au nom de la ville, trois beaux chevaux barbes avec des harnais de damas bleu. Le même jour, il quitta Marseille, alla coucher à Aîx et de là à Avignon.

Un funeste esprit de discorde succéda bientôt au calme dont on jouissait depuis quelque temps, et cette agitation fut produite par les élections municipales. Tous les citoyens jouissant de quelque influence voulaient prendre part aux affaires publiques. Les passions étaient si ardentes que la peste dont on était menacé ne put les assoupir; cette terrible maladie se manifesta d'abord h Digne, dans les premiers jours de juin 1629, et y produisit des ravages affreux et des effets extraordinaires. Elle se déclara à Aix le 28 du mois suivant, et les médecins disputèrent long- temps sur ses causes et sa nature. Les uns prétendaient qu'elle était contagieuse, les autres qu'elle ne l'était point. On aperçut à Marseille les pre-

• RiifB, t. I, lÎT. IX, ch. Tj.

miers symptômes de ce fléau le 22 février 1630 : soixante mille habitants , saisis d^épouvante , sortirent de la ville y et se réfugièrent dans les maisons de campagne du territoire et dans les villages circonvoisins. La foule était si grande aux poftes que plusieurs personnes furent étouffées. Quinze mille Marseillais seulement ne voulurent pas quitter leurs foyers^ et parmi eux Léon de Valbelle et Nicolas de Gratian, premier et second consuls, qui méritèrent les plus gfands éloges par le bon ordre et la discipline qu'ils établirent. Les malades éprouvaient une soif ardente, des pesanteurs de tête, une extinction de voix, des nausées, des vomissements, de&jirdeurs irurine; il s'y joignait une sueur abondante avec des crachats teints de sang et des convulsions liorribles; la plupart devenaient enflés et les cadavres étaient hideux. La contagion, faible au coninicnccment de mars, prit ensuite de Tactivilé, et emporta les femmes enceintes et les gens languissants. Il mourut par jour environ trente malades avant le 22 mai, cent après cette époque. Oïl remarqua que les mois de juin et de juillet 4taient funestes aux personnes robustes, et que les femmes, les enfants et les vieillards échappaient plus aisément aux atteintes du mal \

Lv 24 juin, une messe solennelle fut célébrée

Uulii, l. I, li\. i\, th. \i. — i'apooy I. iv, liv. &iii.

246 HlSTOin£

a rhôtel de ville ; de Valbclle et Gralian y communièrent, et, pour fléchir le courroux du ciel, ils firent le vœu d'établir une communion générale pour tous les chefs de famille un mois après rentière cessation du fléau.

Le même jour, on vit paraître dans la rade une escadre espagnole de trente galères et de cinq galiotcs, sur laquelle était Tinfante Marie-Ânne qui allait épouser l'empereur Ferdinand m. Les consuls, craignant une attaque, firent tirer le canon d'alarme et sonner le tocsin. Toute la population du territoire fut en mouvement; les paysans prirent les armes , ci douze mille hommes s'avancèrent pour défendre la ville. Les consuls montèrent k cheval, et passèrent à la plaine Saint-Michel la revue de cette milice. La flotte ennemie disparut; mais la peste ne cessa qu'à la fin de l'année , après avoir emporté neuf mille personnes.

La Provence, se voyant menacée dans ses garanties nationales, luttait contre le despotisme de Richelieu qui avait augmenté les impôts, contrairement aux capitulations avec la seconde maison d'Anjou. Il voulait aussi créer de nouveaux offices dans la chambre des comptes et dans les bureaux des trésoriers généraux, ce qui étendait la lèpre de la fiscalité et transportait aux officiers du roi divers droits municipaux et provinciaux ; de plus on était menacr d'un nouvel édit créant

plusieurs siëges d'éleclions, ce qui vioJ !affi éîlMre les franchises antiques , puisque le pay "Sy ail lieu (le s'imposer librement, aurait été i mposc en jugement par les officiers du prince. I jc peuple était dans l'agitation. Le parlement autorisa la tenue à Pertuis d'une assemblée des seigi leurs qui délibérèrent de sauver les libertés publi ques par tous les moyens, et nommèrent une commission insurrectionnelle de six membres. Foi^bin-^la- Barben, premier consul procureur, sou pçofliifé de s'entendre avec la cour de France, fut appelé, dans les rues d'Aix, vendeur de patries Uii€ troupe de révoltés sortit de cette ville , enseigne» déployées, marcha vers le château de c#» seigneur, le démolit, et saccagea les bois et les c^mr pagnes.

Que faisait le duc de Guise, gouverneur du comté, pour arrêter la sédition? Indécis, embarrassé , il attendait les événements et vivait à Marseille dans le sein des plaisirs. Et que faisait cette ville pour assurer sou repos, elle qui devait garder une stricte neutralité, elle qui ne voyait point attaquer ses privilèges? Chose étonnante! elle s'enflammait aussi, elle s'aventurait au milieu des orages. Le conseil municipal présenta a la cour sa requête d opposition.

Alors le prince de Condc rerut Tordre de Nenir en Provence, avec une armée, pour faire respecter Tautorité royale. A cette nouvelle, le

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