ly
Le cardinal voulut faire sentir a tous ces importuns rindécence de leurs démarches ; il ordonna en leur présence à Besemaux, son capitaine des gardes^ d'aller tuer Etienne de Puget. Besemaux, prenant la chose au sérieux, fut frappé de stupeur. Mazarin dit alors aux solliciteurs : Que voulez-vous j Messieurs j que je fasse? Il faut bien que je commande de le tuer^ puisque ceux qui aspirent à le remplacer n'ont pas la patience (t attendre qu'il soit mort ■ .
Le dnc de Mercœur partit d'Âix, avec sept mille hommes, le 20 janvier; il coucha à Septcmes, et le lendemain ses troupes se rangèrent en corps d^armée près d'Ârcn '• Là, il ordonna aux consuls de lui apporter les clés de Marseille , de ne point tirer le canon, et d'aller Tattendre a rhôtel de ville oii il leur ferait part des intentions du roi.
Âpres midi, les troupes entrèrent dans la ville silencieuse et consternée. Au milieu d^un redoutable appareil de guerre, le gouverneur parut dans la salle des assemblées municipales, s'assit à la place du viguier, fit mettre Fortîa de Pilles a celle du premier consul qui se tint debout avec ses collègues. Alors, prenant la parole, il leur
• Papon, t. IV, liv. xiv.
•Honoré Bouche, l. ii, p. 1028. — C. F. Bouche, t. 11,
DE MARSEILLE. »l
dit : (( Messieurs, je vous crois plus inalheureal (( que coupables ; mais vous êtes tombés dans la « disgrâce du roi. S. M. ne veut plus que vous « soyez consuls, ni qu'a Tavenir il y ait à Mar* « seillc des magistrats de ce nom; elle a résolu « de changer la forme du gouvernement de la ((ville, m'ayant commandé de vous déposer et (( de remettre votre autorité entre les mains de (( M. de Pilles, pour commander aux habitants (( et aux gens de guerre qui y sont et y seront'cn (( garnison, jusqu'à ce queS. M. ait réglé la forme (( du gouvernement politique ■• »
Ensuite le duc de Mercœur fit lire Pordon* nance du roi qui déclarait Nioselles et ses adhérents criminels de Icsc-majcslc. 11 était défendu il toutes personnes de loger les proscrits, sous peine de mort, avec promesse de 6,000 livres de récompense h ceux qui les arrêteraient ou qui (U'sifcnrraient le lieu de leur retraite.
Les consuls et Tassesseur remirent leurs chaperons de velours cramoisi liséré de blanc, et le duc les envoya h Mazarin comme des trophées. Candole, organe de ses collègues, pria le gouverneur de remercier le roî qui les soulageait d'un si grand fardeau.
Us allaient sortir, lorsque Mercœur les arrêta et leur (h'clara qu'il confirmait, au nom du roi,
' I'.i|»ori , I. IV, li\ . \iv.
toutes les autres charges municipales, même celles de capitaines de quartier ; que la police serait exercée par le commandant de la place ^ que les soldats paieraient tout ce qu'ils prendraient, et qu'il ferait pendre tous ceux qui se livreraient au moindre excès.
Lie lendemain, il fit dresser des potences à la porte Royale, à la place Neuve, a Saint-Jean, a la place de Lenche et à la Tourette ' .
Les troupes stationnèrent pendant trois jours dans les rues; on les logea ensuite chez les habitants qui furent tous désarmes et obligés de se retirer dans leurs maisons avant huit heures du soir. Le gouverneur fit scier et transporter k Toulon, pour y être fondus, les canons de bronze qui étaient sur les remparts. Il abattit à la porte Royale un marbre noir place au-dessous de rimage du roi, et sur lequel on lisait ces mots : Suh cujus imper io summa liber tas. Non loin de là, il fit une large brèche par laquelle Louis xiv 4/Bvait entrer , comme dans une cité rebelle. Marseille fut en outre condamnée à payer à la ville d'Aix 8,000 livres pour les dépenses que le sc*jour de la cour lui occasionait.
Le parlement forma , dans son sein , une chambre de justice, pour informer contre les chefs des mouvements populaires; cette chambre était
' (!. F. Bouche, t. H, p. 2 il.
DE MARSEILLE. t9S
composée des présidents Laroque etCoriolis^ des conseillers de Balon, de Villeneuve, de Mories, de Saint-Marc, d'Estienne, deChasteuil, d'Antelmy, deForesta, de Laurent, Duchafaut et de Tavocat général de Vergons. Elle arriva a Marseille le 27 du même mois; et le soir ména^, k onze heures , pour éprouver le peuple , on sonna le tocsin avec la cloche de la grand'horloge; mais personne ne sortit de sa maison.
Seize citoyens furent condamnés par contumace , les uns à la roue , les autres à la potence^ avec confiscation des biens. Un seul fut exécuté réellement.
L'arrêt rendu contre Niosellcs porta qu'il aurait la Iclc tranchée , que lui et sa postérité seraient dégrades de la noblesse, que le bourreau briserait ses armes, que Ton raserait sa maison, vl que l'on y élèverait une pyramide infamante.
Oii riait alors Nioseiies? 11 s'était enseveli avec son valel de chambre, les frères Serre et Feau- Irier de Cii^es, dans un lieu souterrain que le confesseur des capucines lui avait préparé dans Tenclos du couvent de ces religieuses ', au-dcs§ous (lune écurie ; on y descendait par une petite ou* verlure, fermée avec des planches mobiles, couvertes de fumier; on les ôtait pendant la nuit, pour donner k Tair une libre circulation. Les
En Ki%c-Ncuvo.
autres condamnés avaient trouve le moyen de sortir de la ville.
Le duc de Mer cœur faisait des préparatifs pour la construction de la citadelle Saint-Nicolas ' , et le 11 février il posa la première pierre sur laquelle on avait gravé cette inscription latine : Ne fidelis Massïlia^ nefariis aliquorum motibus sœpiiis concitata, in proprium regnique damnum, vel audaciorum petulantiâ j velnimiœ UberiaUs cupidine tandem ruer et ^ Ludoi^icusxiv^ GaUorum reaCj optimatiun popuUque securitati hâc arce providit. Rex jussit; Julius cardia. MazarinuSj pace ad Pjrrenem composUâj suasit; Ludovicus de f^endôme, Provinciœ gubernator, exécutas
est M. D. G. LX '.
Louis XIV fit frapper une médaille pour perpétuer la mémoire de cet événement ^; et le 2
' La tradition rapporte que Louis xnr dit ^UvoulaU aussi avoir sa bastide dans le territoire de Marseille.
* «c De peur que la fidèle Marseille ^ trop souvent en proie n aux criminelles agitations de quelques-uns, ne perdit enfin n la ville et le royaume, ou par la fougue des plus hardis, ou n par une trop grande passion de la liberté, Louis xiv, roi « des Français , a pourvu à la sûreté des grands et du penple , « en construisant cette citadelle. Le roi l'a ordonné; Jules « Mazarin, cardinal, après la paix signée aux Pyrénées, Ta a conseillé; Louis de Vendôme, gouverneur de Provence, Ta te exécuté, u
^ Cette médaille porte d*un côté l'effigie du prince, avec ces mots : Luilovicu.s xiv, rex christianissimus ; de l'autre, pour revers, le plan géométral de la citadelle Saint- Pîîcolas,
mars 1660, h quatre heures après midi, il fit son entrée dans Marseille, par la brèche, avec la rcinc-mcre, le duc d'Anjou, le cardinal Mazarin et une foule de seigneurs. Fortia de Pilles, suivi d'un nombreux cortège, lui présenta deux clés d'or , et le roi , après les avoir touchées , les lui rendit en disant: Gardez-les^ Pilles, vous les i^ardez/ort fe/en, je vous les donne. Ce monarque alla loger chez Thomas Riquetti de Mirabeau ' ; la reine-mcre, chez Léon de Yalbelle; le duc d'Anjou, chez Charles de Mazenod; et le cardinal, chez Balthasard de Cypriani.
Un capitaine suisse, nommé Waltrich, venant d'Aubagne avec deux compagnies, refusa d'entrer par la iirrchc. Ce serait, dit-il, insulter ma patrie : les Suisses ne passent que par les brèches faites à coups de canon * .
Pour Iiatrr la construction de la citadelle Saint-Nicolas, Louis \iv demanda à Marseille niH* somme importante. Le conseil de ville lui
(lu tort Saint -Joaii, clo l'ciitréc du port et dfs rochers de la (ôttt.
Oïl lit pour U-grndo : Mfis\iita. Àrce, Munita.
l/(>\rrgu(* niarquc la date, m. u. c. lx.
L«> fort Saint- Jean fut runMruit quatre années plus tard, c ounuf ou va le >oir ; luaiji le plan en avait été arrêté en 1660^ (t ou (lut pouvoir l'annoncer avant Texécution.
' A la place de Lenche.
• Papon, t. IV, liv. xiv.
offrit 90,000 livres qui furent employéesii Tachât des maisons qu'il fallait démolir pour le libre emplacement.
La cour se plaignit de ce qu'à son approche on avait enfermé , dans des monastères, les plus jolies filles de la ville. La demoiselle Regaillet * les surpassait toutes par ses attraits incomparables, et ses parents, prenant l'alarme, délibérèrent de la cacher dans un tonneau ' . La reinemère voulut la voir, et Louis xiv était présent quand elle parut; la reine lui demanda ce qui! pensait de cette éblouissante beauté : Vinfanie est encore plus belle ^ répondit le jeune prince qui, plus tard, devait donner à la France le révoltant scandale de ses amours adultères.
Le roi, par un édit du 7 mars, supprima le consulat, et le remplaça par deux échevins et un assesseur ^ *, le premier de ces échevins devait être choisi parmi les gens de loge, tenant banque, ou négociants j le second dans la bourgeoisie , ou le corps des marchands.
' La belle Regaillet demeurait dans la me de la Foniame- Neuve, ou des Isnards.
• La simplicité de ces bonnes gens passa en proTerbe à Marseille, et les personnes du peuple disaient aax jeunes filles que les parents surveillaient avec sévérité : Âqui la heUo Hegailléto , c*est> à-dire, voilà la belle Regaillet.
^ Ils prirent dans leurs actes le titre de protecteurs et ttéfvnseurs des privUê^v^ , Vihcrtès et immunités de la ville.
DK MAHSEILLE. S97
Le conseil fut réduit à soixante-six membres, y compris les échevins et l'assesseur, ainsi que ceux du précédent exercice; on le renouvelât chaque année par tiers. Les échevins et Tassesseur proposaient les candidats, qui passaient ensuite au scrutin secret. Fortia de Pilles fut bit goaTerneur-viguier perpétuel. Le roi nomma Jean de Fargues et Louis Gardanne, échevins, et Antoiiie Gras, assesseur, en déclarant que c^était sans préjudice du règlement du sort pour les nominations futures.
Le duc de Mercœur crut, sur de faux avis, que Nioselles était |caché dans le couvent des religieuses de Saint-Sauveur, dont la dame de Cjigfçs, sa lant^, était abbesse; le monastère fut investi de toutes parts, on plaça des soldats jusque sur les toils des maisons voisines, on fouilla même dans les aqueducs; mais toutes les recherches furent inutiles '. Un morne silence régnait dans Marseille humiliée qui oflVait le triste spectacle (l'une ville prise d'assaut. La terreur et Tindii^nation comprimaient ces cœurs bouillants qui trouvaient tant de charme dans les fêtes de la liberté et dans les émotions du patriotisme. Les souverains qui étaient venus à Marseille y avaient
In ^^and nombre de personnes connaissaient la retraite <ie Nioselles; aucune d*ellet ne fut assez làcbe pour rindkfuer, malgré les 6,000 livres promises.
été reçus avec des cris d'amour el des transports d*allcgresse. La foule obéissante se pressait sur leurs pas, sans toutefois se prosterner devant eux, car cela n'est bon que pour les troupeaux d'esclaves. Rien de plus pur et de plus sincère que les démonstrations de son respect et les épanchements de sa fidélité; c'est que tous ces princes ne paraissaient qu'avec le sourire sur les lèvres, et ne prononçaient que des paroles de bienveillance el de paix; c'est qu'avant de franchir les murs de la cité illustre, ils déposaient leur pouvoir absolu , comme on dépose sur la porte d'un sanctuaire tout ce qui pourrait le profaner; c'est qu'ils juraient le maintien des précieuses firanchises municipales; c'est que le ciel, voulant toujours que les hommes soient libres, était témoin de ce serment auguste, et que le peuple y avait foi. Maintenant, quelle différence! Un lugubre appareil a succédé aux pompes triomphales , et tous les ornements de la cité sont cachés sous un long crcpe de deuil. Les scènes brillantes de gloire et de bonheur s'évanouissent devant l'emploi de la force brutale, devant les farouches satellites du despotisme irrité. Ah! n'y a-t-il pas là de quoi causer des douleurs fortes et généreuses, de ces douleurs qui font aussi mourir? On cite un bon citoyen, Faudran jeune, qui expira de désespoir. Des femmes furent vues versant des larmes de rage, et vouant à l'exécration les
oppresseurs de la patrie '. A l'aspect de tant d'infortune, Letellier, secrétaire d'état, se sentit ému et dit h Mazarin : Les Marseillais ont bien du feu dans la tête , mais il n'ont point de venin dans le cœur*.
Louis XIV partit, le 8 mars, de Marseille oh il laissa une garnison de 3,500 hommes, composée d'un régiment suisse et de deux régiments de sa garde.
Nioselles et ses compagnons restèrent cachés dans le souterrain jusqu'au 25 avril ; ce jour 1^ , Etienne Audiffret, leur ami, trompant la surveillance du duc de Mercœur, les conduisit aa bord de la mer , et les fit embarquer pour Barcelonnc. Nioselles fut vivement sollicité d'entrer au service du roi d'Espagne; il refusa, disant qu'il ne voulait pas s'exposer h porter les armes
* In seul hoinmc, Jean> François Bonncau, professeur de ihi'turi({ue, osa seul faire Téloge de Louis xiv; il publia une idviie en vers français, sous ce titre : y/w Roi, sur son heureuse ttrrii'vc à Marseille. Cette pièce fut imprimée à Marseille, cher Ciarcin, en 1660.
' Montreuil écrixait alors de Marseille où il était venu avec la cour '• Cette ville a toujours fait Pentendue avec ce qui est tle ses privilèges, mais elle a été toujours très fidèle au roi, - et bien éloignée de se donner a l'Espagne; de sorte qu*on peut bien dire : que c'est une femme d'honneur qui n'est point coquette, qui n'est pas capable de se laisser posséder par uii galant; mais qui, a cause qu'elle est femme de bien, (Toit r(u'il lui est permis, toutes les fois qu'il lui plaira, de f.iire enrager son mari. ». lettres de Montreuil, p. 376, 377.
contre son pays. Un jeune seigneur, don Thomas Cazucrès, osa tourner en dérision cette noble répugnance, et parla même de Louis xiy avec peu de respect. Nioselles , impatient de venger rinjure d'un prince qui Taccablait du poids de sa colère , fit mettre à Cazuerès Tépée à la main, le blessa au visage , et le punit ainsi de sa témérité. Ensuite poursuivi par la famille riche et puissante de son adversaire, il se mit sous la protection du cardinal de Bousi et du marquis de Yillars, ambassadeur de France k Madrid. Ceuxci, pleins d'admiration, demandèrent sa grâce au roi qui lui permit de se retirer dans ses terres, à condition qu'il ne paraîtrait ni k Aix , ni k Marseille '. Justice imparfidte, qui ne fermait pas toutes les blessures de son grand cœur ! Sans doute, ce lui fut un soulagement de respirer sous le beau soleil de Provence. Mais pourquoi ne pas effacer toutes les traces de proscription? Pourquoi lui interdire l'entrée de sa ville natale? Ah ! laissez-le pénétrer dans cette enceinte adorée; laissez-lui couler ses jours au milieu de ses compatriotes reconnaissants; qu'il vienne, ce vertueux citoyen , recevoir le tribut de leur amour sincère; qu'il vienne, ce vrai MarseilUb^ se re-
' Sa biens avaient déjà été rendus à Françoise de sa mère, quoiqi/iU eussent été acquis au domaine par sa condamnation.
poser au bruit flatteur de leurs bénédictions ! Mais non ; il ne lui sera pas sitôt donné de jouir de ce bonheur, car les despotes ne savent réparer qu^avec lenteur le mal qu'ils font avec promptitude. Apres un long exil, il ne reverra ses foyers paternels, que lorsque la main glacée de la mort s'avancera pour fermer ses paupières * . Que ton caractère est beau, héroïque Nioselles! que ta gloire est pure, noble ami de la liberté ! Va, ta mémoire honorée vivra toujours parmi les enfants de Marseille.
Les deux régiments' de la garde, faisant partie de la garnison de Marseille, se rendirent odieux par leurs insolences et leurs vexations. Les Suisses n'excitèrent aucune plainte. Sur les représentations du conseil municipal, le duc de Mercœur et le premier président du parlement vinrent à Marseille le 8 mai % pour en faire sortir les troupes françaises. Les soldats se mutinèrent, croyant qu'on allait les embarquer contre les Vénitiens; plusieurs voulurent s'enfuir; mais les Suisses qui gardaient les portes s'y opposèrent, et un combat s'engagea. 11 y eut quelques morts et un grand nombre de blessés; les auteurs de l'émeute furent
' Sa gracc cntitTC ne lui fut accordée qu'en 1714 > après S4 ans d'exil; il mourut la iiit'nu- aniK-c, À^v de (jf^ ans, et, &ui- >.iiit li*!i It-ttrcs d'abolition, la pyraïuidc fut rasée. Cette pyramide .1 doiiiiL- son nom à la rue où elle se trouvait.
' Toujours en 1660.
condamnés à passer par les armes; le calme se rétablit, et le 22 du même mois, les deux régiments sortirent de la ville.
Marseille fut dépouillée de ses plus belles prérogatives , et le pouvoir royal qui lui fit sentir sa pesanteur, ne lui laissa que quelques privilèges insignifiants, vain simulacre d'une indépendance chérie. Cependant les élections continuèrent de se faire conformément au règlement du sort, et en 1 662 , Louis xiv porta à quatre le nombre des échevins.
La même année, par édit du mois de mars, le roi supprima la charge de grand sénéchal de Provence, et créa en même temps un sénéchal pour chaque sénéchaussée. Depms cette époque, Marseille eut ses sénéchaux particuliers qui furent appelés sénéchaux d'épée. Le jour de son installation, le sénéchal de Bfarseille avait les bottes à éperons dorés, le chapeau à plumes blanches, Taigrette rouge, les gants de bufile et le fouet k la main ; il était suivi de Tordre de la noblesse qui formait son cortège.
Le fort Saint-Jean fut construit en 1664, et on aperçut, la même année, quelques symptômes de peste '. La ville, pour accomplir un vœu fait à saint Roch, fit jeter en fonte deux canons sur
< (^c flé<iu esta peine indiqué par les historiens de ProTencc, eo fpii prouve que ses effets ne furent pas meurtriers.
lesquels on posa ces mots : A peste et hoste défende noSj Roche.
L'histoire de Marseille ne présente aucun événement remarquable pendant une longue suite d'années. Une foule de familles étrangères, avides de richesses, vinrent se fixer dans cette ville. Le sang et le caractère de Tancienne population s'altérèrent insensiblement. L'esprit mercantile , occupant toutes les pensées, dominant toutes les habitudes , fit tomber dans Toubli et les titres de gloire et les vieux souvenirs. On ne vit plus ces scènes animées, ces luttes populaires oii l'amour de rindépendance venait montrer sa puissante énergie. Aussi bien, on avait besoin de repos après de si violentes secousses; mais ce repos ne fut point le sommeil des peuples avilis. Nous trouverons, dans les grandes occasions, des citoyens dignes de leurs ancêtres; nous reverrons de beaux dévouements et des actions sublimes.
Des lettres patentes du 12 avril 1669 déclarèrent le port de Marseille y/'^nc et libre à tous murchaïuts et nc'^ociants. Les droits d'entrée et «le sortie par mer, et toutes les taxes domaniales furent supprimées '; la même décision abolit
( t s lavrs ( onsistaicnt vu un ilroil de demi |>our cent, • » dr\.nil \vw pour les Jwuioiairrs de rainhassadnir franeai» a (nnstanliiinple et |M)ur teitaines affaires de eoinmcrtc; en 'iri .iiifre dioil de demi pour cent pour le euragc du port; I rliii sur leN droguerie* et \cs épiceries, eelui de ^o sons par
rimpot appelé d'ancrage et de radoub, et celui qui se levait sur le poisson sale. Ces droits étaient précédemment établis au profit de la commune. L'édit royal spécifia quelques marchandises considérées comme des objets de contrebande, et promulgua un nouveau tarif; il renouvela, en faveur des étrangers fixés a Marseille, les anciennes dispositions relatives à leur affranchissement du droit d'aubaine, et ajouta que leurs enfants j héritiers ou ayants cause pourraient recueillir leurs biens et successions y comme s'ils étaient vrais et naturels français. Il les exempta du droit de représailles, en cas de déclaration de guerre, et leur accorda même un délai de trois mois pour faire transporter leurs effets hors du royaume-, il établit en outre, que les étrangers qui feraient a Marseille un commerce assidu pendant douze ans, seraient censés naturels français, réputés bourgeois (ficelle^ et rendus participants de tous leurs droits^ privilèges et exemptions. Le même avantage fut étendu a ceux qui épouseraient une Marseillaise, ou qui se rendraient propriétaires d'une maison dans Tenceinte de la ville, du prix de 1 0,000 livres au moins, à charge par eux de Thabitcr pendant trob années, ou qui eu achèteraient une d'une moindre valeur, k
quintal sur les aluns, celui sur le mid et sur l'huile, celui appelé le vinç^ain fie carenney enfin en divers autres droits de douane précédemment appelée la table de la mer.
DE MARSEILLE. SOr>
condition alors de Thabiter pendant cinq ans. Le roi voulut aussi que les soies venant par mer dltalie, du Levant et de toutes les contrées soumises k la domination ottomane, ne pussent être portées qu'à Marseille, et que celles voiturées par terre, et venant du Piémont ou du Milanais ^ n'entrassent qu'à Lyon. Ce prince ordonna, dans rintérêt du commerce de Marseille, que les soies et les autres marchandises venant du Levant et de la Barbarie, et entreposées à Gênes, k Livoume^ et dans d'autres ports de la Méditerranée ou de l'Océan , seraient soumises , dans le royaume , k un droit d^entrée de 20 pour cent de leur valeur. A cette époque, plusieurs Marseillais jetaiedt par leurs travaux un vif éclat sur leur patrie. Aloos, religieux de la Sainte-Trinité, avait déjà t'crit * la vie de Jean de Matha , fondateur de cet ordre; et Philippe de Baussct, chanoine de la i\Iajor, avait composé plusieurs homélies sur la résurrection de Lazare '. Pélicot traduisit^, de ritalien en français, les lettres de sainte Thérèse. Jean-Paiil de la Selta jouit d'une grande réputation comme prédicateur et combattit les calvinistes ^. Pierre dilozier, s\idonnant a l'étude du blason et de la généalogie, devint célèbre dans
' Fil \(A\
• F.llr^ roîiiinincnl tin vol. in-'|** piiblit* en 16I7. Otirlqnc^ nnn<Vs après.
• Il nionriit a Marseille, le 17 janvier 1657.