‹ Histoire de Marseille (volume 3)Chapitre 21 sur 29 · HI5T0IKE · texte numérisé non relu

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d'ordre dorique, orne d'emblèmes. Là étaient réunis le viguier, le corps municipal , les notables, et Richard, assesseur, qui prononça une harangue. Le comte de Provence voulut faire son entrée a pied , avec tous les seigneurs de sa suite ^ et c'est ainsi que s'avança , plein de grâce et de majesté, ce jeune prince, sincère ami des lettres. Il trouvait bien déjà dans leur culte sacré des douceurs ineffables; mais alors il ignorait que seules elles feraient sa joie aux jours de l'adversité et de l'exil , qu'elles relèveraient son front battu par la tempête, et verseraient sur ses blessures un baume consolant.

L'air était pur et le ciel sans nuages. Le soleil, sur son déclin, ne lançait plus que des rayons affaiblis, et la ville apparaissait ornée des brillants vêtements de ses pompeuses fêtes. Les mouvements de la milice , le concours des étrangers curieux, les acclamations d'un peuple immense, le son des cloches, et le bruit de l'artillerie, et les tambours retentissants, et les fanfares guerrières, et les riches tentures, et les enseignes déployées, et les fleurs au parfum suave, et les guirlandes aux formes élégantes^ et les amphithéâtres couverts de jeunes femmes éblouissantes de parure et d'attraits, tout offrait aux regards enchantes une scène animée, un ravissant tableau.

Le prince assista a plusieurs divertissements ;

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il visita les principales fabriqur», les manufactures les plus importantes, li's forts, l'ai'scual cl tous les otablisseroenls publics. Il irnversa Ir. [lorl dans une felouque parée dr damns (-raniuUi, sous une tente de même étoffe ormV de franges d'or. Douze rameurs, tous capiiaiiirs en second de bàtimens marcbands, en uniforme <lVc.irlatc à la matelote, parements blaor.s g^ilnntirs en or, chapeau à la Henri iv abattu par dovaul, panache blanc au bouton et couteau di- chasse an côte, servaient sous les ordres du cunnuaudaiil St.- Césalrc. Douze musiciens, dm» un canot , précédaient cette felouque magnifique. Quatre-vingts canuts suivaient avec di's rameurs habilles à la nialelole ri en bhnic, ornés de rubans aux couieur-; de la ville ; ils pnrluieiit la suiu- du comte • le l*rovrncr, les commandants de la marine, .le I artillerie ri du génie.

Lis prud'hommes se distinguèrent dans ces l'.tes. KsLortés par la compagnie du quartier de SI. -.f eau , ils se rendirrnl auprès du prince pour lui {in'sonter leurs hommages. Ils étaient précédés <l<- quatre vieillards dans l'uncien costume, justaucorps iiuir, grandes culottes, loque de velours de la mcnir couleur, et sur l'épaule de liMi^ues ri hirges épi'es antiques. Après euJ vcuaii'ut les quatre prud'hommes en cxerrice, avec leur IkiImI imir de cérémonie, suivis des anciens habillés de même. Le patron Louis Carie com-

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sèment. L'académie royale de peinture et He sculpture de Paris en agréa la direction générale^ Ces artistes formèrent a leurs dépens une école de dessin , et permirent aux jeunes gens d'y Tenir étudier. Les échevins obtinrent plus tard ■ un arrêt du conseil qui autorisait la commune de Marseille à fournir une somme pour Tentretien de cette école , laquelle fut érigée en académie des arts, sous le titre d^académie de peinture, sculpture et architecture civile et nas^alcy par lettres patentes du 18 février 1780. Le nombre des membres était illimité. La compagnie atait pour fonctionnaires un directeur perpétuel ', un direcleur-recteur nommé pour trois ans, et un secrétaire perpétuel.

La France, lullant avec gloire contre l'Angleterre, prêtait un noble appui h Tindépcndance américaine. La chambre du commerce de Marseille, sensible a la protection que cette ville avait obtenue du gouvernement pendant le cours (le la guerre, délibéra d'offrir au roi un vaisseau à Irois ponts de quatre-vingts pièces de canon. Le 8 juin 1782, elle lit une convocation extraordinaire des négociants dans la salle de la bourse. A la première proposition des députes, cette

' 1,0 i5 juin 175c.

' Toujours choisi parmi les membres de Tacadëniie royale (le peinture cl île sculpture de Paris.

salle retentit d'applaudissements; et, au lieud'un vaisseau de quatre-vingts canons, le vœu général fut de faire hommage de 1,200,000 livres pour un vaisseau de cent dix pièces. Il fut résolu que Louis XVI serait supplié de nommer ce vaisseau le Commerce de Marseille. L'assemblée, dans Teffusion de ses sentiments patriotiques, fut unanimement d'avis d'ajouter à son premier don un autre don de 300,000 livres, pour être distribuées aux familles des marins qui avaient le plus soufTert. Elle décida que cette somme serait ains i répartie : 200,000 livres aux famillesr de Marseille, et le restant a celles de la province. Les députés de la chambre expédièrent un courrier k la cour pour lui porter cette délibération ; et le roi accepta avec une vive reconnaissance le magnifique tribut d'une ville généreuse.

L'arsenal de Marseille était devenu inutile au service de l'état et onéreux à ses finances par les frais d'entretien et par le nombre d'officiers de marine et d'administration que l'on y employait. £11^.^:781, Malouet, commissaire-général, fit un rapport au roi sur Tétat de cet arsenal, sur sa destination et les titres relatifs a l'achat des terrains qu'il occupait. Malouet fut ensuite commis pour en proposer l'acquisition au maire et aux échevins , et procurer a la ville les avantages qui pourraient résulter des reventes partielles de l'établissement ; ce qui fut accepté , par délibcTa-

lions du conseil municipal du 10 mars et du 1"*' août de la même année, au prix de 10^000,000 de livres '. Dans le mois d^octobre suivant, le bagne, les casernes et les autres bâtiments de Tarsenal furent évacués; lès galères et les chiourmes partirent pour Toulon , et le 8 novembre on commença les démolitions.

La ville revendit ces terrains * à une compagnie, qui ne consentit a se charger du marché qu^à condition d'un privilège pour bâtir, sur une partie du sol qu'elle achetait, une salle de spectacle que la ruine imminente du théâtre de la rue Vacon rendait indispensable, et pour laquelle divers autres emplacements avaient vie proposes depuis long-temps. Renard, architecte de Paris, donna les dessins de ce nouveau théâtre ^.

Le bailli de Suffren venait de s'acquérir une

> La >iil(> fut autorisée a ouvrir un emprunt de la même ^om^lr pour payer le prix de la vente.

» I.e G juillet 1784.

î C'est le (irand-Théàlre d'aujourd'hui. La première pi rc fut posée, le i/| juillet 178(1, par l'intendant de la provincv , »in nom du m.iitrli.d «le Heamau, {gouverneur, et en présence du rorps municipal. La salle fut ouverte au public le 3i octobre 1787, et le théâtre de la rue Varon fut fermé à cetic epocpie.

Le llicàire du P.ivill<ui fut ouvert, en 1790, dan» la rue «le re nom : il «lait destiné au vaudeville et au mélodrame. Les dispositions ré^ienu'nlaires qui exigent que les établUseroenU de re ^enre soient isolés et présentent plusieurs issues au pu-

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gloire immortelle en combattant les Anglais dans les Indes. La renommée publiait partout sa vaillance , et la patrie , fièrc de ses exploits, faisait entendre un concert de louanges. Cet amiral célèbre arriva à Marseille le 9 septembre 1785; le corps municipal et les citoyens no* tables lui offrirent le tribut de leur admiration et de leur reconnaissance. SuSren , allant rendre la visite aux éckevins , s'arrêta quelques instants dans la bourse, et les négociants qui y étaient réunis, se découvrant avec respect, le saluèrent par de vives acclamations. La salle retentit d'applaudissements prolongés.

Les bâtiments et les laboratoires de la monnaie d'Âix étaient dans un tel état de vétusté et de dégradation , que le roi ordonna que cet établissrment serait supprimé. U conserva seulement les officiers nécessaires pour continuer dans

•lie, obligèrent d'abandonner cette salle, qui, depuis i8i8y a été transformée en magasins.

La salle de la rue Thubaneau était anciennement un jeu de paume. Les sociétés populaires y tinrent leurs séances pendant la révolution , et on y établit ensuite un théâtre, sous la direction de Désaugiers et Jacquelin , qui débutèrent par là dans la carrière de la littérature dramatique. Ce théâtre est aujourd'hui transformé en salle de concert.

La première pierre du Théâtre-Français fut posée le 7 mars 1801. Il est Touvrage de l'architecte Paul Audibert, travaillant sous l'inspection de M. Desfougères, ingénieur en chef (lu département.

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la même ville rexercice de la juridiction et maintenir Texécution des règlements. Ce prince établit à Marrseille Thôtel des monnaies % qui fut solennellement ouvert le 1" décembre 1787 ".

L'année suivante, trois ambassadeurs indiens de Typpo-Saïb , nommés Mahomet-Durven-Kan , Akbyroli-Kan et Makomet-Olckman , débarquèrent à Toulon, conduits par la corvette V Aurore, sous le commandement de Moneron. Us firent leur entrée solennelle dans Marseille le 21 juin , au milieu d'une foule immense avide de contempler leurs traits , leurs costumes et leur suite. Us descendirent k Thôtel de ville , où le maire et les échcvins leur offrirent les hommages du corps municipal . Les envoyés allèrent ensuite au Grand- Théâtre , et, dès qu'ils eurent pris place au fond de la salle, une corbeille remplie de fleur!^*<ît surmontée de lauriers descendit devant eux; ils acceptèrent les fleurs, et le spectacle les frappa dV'tonnement. On les reconduisit h leur hôtel en grande cérémonie. Après avoir séjourné quatre jours à Marseille, ils partirent pour Paris.

Il se passait alors on France des choses mémo-

• Par ctlil du mois de février 1786.

•Oaillard, «lirortcur de la monnaie, fit frapper, en priisciicr du iii.iirr, dc^ éi:he%in& et de Ta&sesseur, des espècr*^ portant pour type M. A. : t'est l'ancienne marque des monnaie» marseillaises.

rabics. Les temps étaient accomplis; justice allait enfin se faire , et rien ne pouvait retenir la noble ardeur des esprits y impatients de rompre leurs chaînes. Il y aurait eu honte a reculer ; car , lorsque tout est mûr pour un meilleur ordre de choses, ceux qui se soumettent à la tyrannie sont plus coupables que ceux qui Texercent. La royauté avait perdu sa force, en perdant ses prestiges; elle n'était plus, comme jadis, un culte de sentiment; elle ne ressemblait plus k une de ces croyances religieuses qui commandent le respect sans permettre Texamen. Le peuple, longtemps opprimé, lui demandait compte de ses souflrances. Ce peuple, sentant sa dignité et connaissant ses droits , appelait de tous ses vœux des réformes utiles et des institutions tutélaires. Les blasphèmes des courtisans et des valets titrés n'étoulfaient pas sa voix puissante. La monarchie absolue se mourait de vétusté, et ses formes surannées luttaient en vain contre le besoin général d'une régénération politique. Que pouvaitelle, en face des idées nouvelles? Elle n'avait rien de mieux a faire qu'à se les rendre favorables, en les adoptant franchement: elle aima mieux les irriter par sa mauvaise foi et par ses répugnances imprudentes. Anathème sur elle ! Quelle tombe, frappée au cœur par la foudre nationale ; quelle tombe , puisque c'est son sort et qu'elle le mérite! Que toutes les distinctions

absurdes, tous les préjuges avilissants, tous les abus monstrueux, tous les instruments du despotisme , disparaissent dans la tempête !

Et Marseille palpitait de joie, et ils s'éveillaient dans son sein les souvenirs de son indépendance. Ville a franchises antiques, pouvait-elle apercevoir sans émotion la consolante aurore d'un affranchissement fortuné? On la vit saluer avec des transports d'ivresse et des hymnes d'enthousiasme le génie de la liberté, qui chassait devant lui les doctrines de la servitude, comme Tastrc du jour, s'avançant dans l'espace, dissipe les ténèbres et les vapeurs malfaisantes. Passionnrc dans ses affections, ardente dans ses espérances, ellcsc promettait des destinées heureuses, des jours de gloire et d'enchantement. Elle croyait (ju'il lui serait donné de secouer la poussière des sii'cles, de reparaître avec éclat sur la scène du inonde, encore rempli du bruit de sa bonne renommée, et de placer de nouvelles couronnes '^ur son front rajeuni, (iénéreuse illusion ! conliance trompée! Il ne lui servira de rien de montrer tant de vertus civiques, et de faire preuve 'l'un patriotisme si pur. Sans doute elle aura sa part aux grands birnHûts de la révolution; mais par < onibien de sacrifices ne les achètera- t-elle pas? Les (lots tumultueux du torrent populaire l>onillonneront dans son sein mutilé ; les scènes magnifiques et terribles de ce drame Sanglant,

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c^est clic qui le plus souvent les fournira^ Aussi, elle épuisera ses forces dans des convulsions déchirantes; et puis, dans ce nivellement général , dans ce naufrage de tous les privilèges locaux , elle perdra les faibles restes de son caractère individuel et de son existence municipale : cité sans physionomie distinctive , elle aura terminé son rôle , et pour elle tout sera dit.

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