‹ Histoire de Marseille (volume 3)Chapitre 28 sur 29 · II · texte numérisé non relu

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tous les Irésorsde l'Amcrique méridionale, envoija au Mont-de-Pit-tc , vers la fin de 1811 , une partie de sa vaisselle, et en Tendit pour trente mille francs dans un autre moment de détresse.

Le roi faisait presque tous les matins une longue promenade à pied dans les rues de Marseille; les quartiers escarpés et populeux de la vielle ville étaient ses lieux de prédilection. D'une mise très négligée , il se plaisait surtout h n'être pal reconnu ; cependant ses bienfiits trahirent quelquefois son incognito et produisirent des scènes attendrissantes. Il avait acheté le château Bastide à Mazargucsj et y allait bien souvent; la reine y doiniail (le petits bals champûtrcs qui répandaient la joie dans la contrce. Cette princesse , moins rcsigiu'c et plus Gère que son époux, auquel clic ne rcssemblaitqucpar le cœur, ne sortit pas unr seule fois ii pied, et l'on petit dire qu'elle n'a pas COI1II1I Marseille ; son accès n'était facile que pour (!<;» uutes tie charité. Le poids de l'infortune lui parut surtout accablant lorsqu'elle vit la police, sans respect pour la majesté souveraine, arrOliT un jeune ofllcier espagnol nommé Dalles- 1< nw, an[|iii'l elle s'intéressait et q'ieGodoy avait itili'xliiit dans la ni.tison du roi. ijallestcros fut ciifi rni- an Cliàtran-d If et n'oblîn la liberté, M t i}i 'is iipri's, qu'à la cuuditioii de rester éloigné ilr I ri'nt<- lieues au moins de Marseille. Le public se livra à plusieurs conjectures sur cet acte de

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composèrent Téquipâge. Bernard, après avoir . pris k son bord Guidai fils et Charabot, partit de Cannes pour communiquer avec la flotte ennemie; mais un vent impétueux le força d^entrer dans le port de Marseille. Une seconde tentative eut plus de succès : Raymond prit k Marseille le commandement d'un navire appelé la Marie- Rose , que le négociant Paban , ami du général conspirateur, chargea de vin avec une destination simulée pour Calvi en Corse. Les deux Guidai et Charabot s*embarquèrent sur ce bfttimeni qui mit k la voile le 29 novembre 1809. Le général Guidai, ne pouvant supporter les fatigues de la ^ mer y se fit débarquer k la presqu'île de Gien et conna k Charabot ses dépêches pour Tamiral anglais. Charabot se dirigea sur Mahon, où se trouvait Collingwood; il eut avec lui une longue conférence, et lui présenta le jeune Guidai. 1/amiral refusa cet otage , remit des dépcches a Charabot et les fît passer tous les deux sur une frégate qui eut ordre de les débarquer aux rivages de France. En 1 81 0, Antoine Charabot porta il l'escadre anglaise des dépêches de Guidai , et y conduisit y par ordre de ce général et de Paban, trois ofliciers espagnols, Gulman, Villalunga et Gclabert, prisonniers de guerre sur parole et résidant à Marseille. Par les soins de Pamiral anglais, Joseph Charabot lils, aspirant de marine, prisonnier de guerre en Angleterre, ne larda pas

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Lahorie, ancien chef de réUt-major de Moreau. Ce fut dans ces circonstances que le gouvernement ordonna de transférer k Rome Charles ly et sa famille ' . Les Marseillais voulurent leur donner un témoignage solenntl d'affection et de regret. C'était au printemps de 1812; le roi, comme pour répondre au sentiment général , ne se mit en route qu'à dix heures du matin. Il traversa une foule immense qui le saluait en agitant des chapeaux et des mouchoirs ; de temps en temps des groupes de spectateurs attendris arrêtaient les chevaux qui ne pouvaient aller qu^au petit pas ; partout Tair retentissait d'énergiques acclamations, on entendit mcmc quelques cris deiwe le roi! dont le double sens inspira de Thumeur au prcfctThibaudcau. Charles iv ne pouvait cacher son rmotion , des larmes inondaient ses paupières. Le général duMuy, commandant la huitième division militaire, était à cheval h la portière du carrosse.

Le 23 juin on vit à Marseille un phénomène singulier : tout-à-coup Tcau de la mer baissa dans le port et se retira en partie; quelques bâtiments s'enfoncèrent dans la vase; peu après, la mer revint avec impétuosité, remplit de nouveau le bassin, remit a Ilot les navires, inonda les quais

■ Pru après, Birras y fut auiii exilé, apr«s avoir lubi divers intcrrogêtoirct.

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assuré de ce chef , y^ tirer de prUoa Guidai et Lahorie, court k la caserne de la 10"^ cohorte commandée par le chef de bataillon Sonllier qui se laisse gagner ; SouUier fit aussitôt prendre les armes k sa troupe , marche sur rhôtel-de-^ille et s'en empare. Frochot, préfet de la Seine, croyant aussi k la mort de Napoléon , se prépare k recevoir la commission provisoire d'un nouveau gouvernement. Guidai, k la tête d'un détachement, se dirige vers le ministère et la préfecture de police, y arrête le duc deRovigo etPasquier. Bfallet se rend chez le général HuUin , commandant de la place , ne peut le convaincre ni de la mort de rempereur , ni de la réalité du décret du sénat, lui lire à bout portant un coup de pistolet et se dispose à lui en tirer un second; au même instant, Tadjudant de la place Laborde le saisit par derrière ^ le terrasse et persuade aux soldats de le conduire en prison. Mallet^ Guidai et Lahorie, livrés a iino commî^ftion militaire, furent fusillés cinq jours après.

La mort de ces généraux et Tarrestation de Joseph Charabot ne découragèrent pas les conspirateurs marseillais, qui s'assemblèrent ches Tavocat Sauvairc en février 1813; ils puisaient leurs espérances dans le mécontentement général. Ces espérances paraissaient fondées: la misère publique était au comble, de sourds murmures se faisaient entendre; et cependant les membres

recevoir ses révélations fortifiées de celles d'Antoine Charabot, son père, que Ton poursuivait aussi et qui se constitua prisonnier. Plusieurs personnes compromises furent arrêtées; d'antres échappèrent k toutes les recherches.

Le gouvernement saisit ainsi les fik d'une vaste conspiration organisée dans le midi de Tempire et dont le principal foyer était à Marseille. Les conjurés devaient soulever les habitants des campagnes en leur promettant l'abolition de la conscription et des droits-réunis, exciter les troupes à la révolte , ùciliter le débarquement des Anglais sur plusieurs points du département des Bouchesdu-Rhône; puis envahir Toulon , surprendre le fori Lamalguc, s'emparer des caisses publiques, arrêter les magistrats, et proclamer le gouvernement républicain.

Bergier et plusieurs conjurés se réfugièrent au Brulat, canton du Bausset, dans la maison de campagne de Rcvcsi, os-maîro de cello commune.

Un attroupement s'y forma vers les premiers jours d'avril ; mais les chefs se virent forcés de renvoyer rexécution de leurs projets. Desrassemblrmcnts se formèrent encore aux environs de Marseille; Bergier y parut en uniforme d'ofBcier- ^/•nt'ral, ayant pour aides-de-camp les nommés Burlr el Borelli ; R<»vest s'y montra aussi excitant lecoura^tdesconspiratnirs. Les Anglais faisaient sur les (V)tos divrrs signaux en tirant des fusées

Ion ceux qui avaient correspondu avec les Anglais ou qui avaient facilité cette correspondance : c'étaient Antoine Charabot, Jaume, Bergier, Paban, Bernard, Raymond, Turcon, Auffan, Camoin dit Dufour, horloger, Vernet, pharmacien, Guidai fils, sous-lieutenant au 35"^ régi« ment d'infanterie légère, Giraud et Picon, ces deux derniers contumax. Les autres, au nombre desquels étaient les avocats Porre et Sauvaire , le chirurgien Porre, Revest et Alexandre Ricord dont nous avons si souvent parlé , furent traduits devant la cour d'assises du Gard. Le 20 décembre la commission condamna à la peine de mort et à la confiscation de leurs biens Charabot, Jaume, Ucrgier, Faban, Bernard, Raymond, Turcon, Auilan , Giraud cl Picon ; a cinq ans d'emprisonnement rhorloger Camoin , qui ne s'était rendu à bord des Anglais que pour leur vendre des montres-, renvoya Vcrnet par devant les tribunaux compétents, et acquitta le jeune Guidai. Jaume fit des révélations et, par ordre du maréchal Masséna , gouverneur de la huitième division militaire, il fut sursis a son exécution ainsi quli celle dAntoine Charabot. On fusilla les autres le lendemain ; Bergier montra un courage étoimant et commanda Itii-mcmc le feu *.

• Charabot , Jaunie et les accusés traduits à Nlmci rccon- Mvrent leur liberté a la restauration.

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marche des cvéncments , et la sépara de Paris. Depuis plusieurs jours on ne recevait aucuns journaux y mais on faisait circuler quelques proclamations de Louis xvui , véritables ou apocryphes. Dans la matinée du 13, il y eut au centre de la ville un mouvement populaire. Les autorités venaient de recevoir des dépêches de Blois ; on allait les publier , et la foule se précipita pour en avoir connaissance : c'était une proclamation de rimpératrice Marie-Louise qui mettait le roi de Rome sous la sauvegarde du peuple firançais. Aussitôt la foule en fermentation se retira en témoignant par ses discours le mépris que lui inspirait Tappel fait au courage national.

Il y eut Iv. soir quelques bruits sourds d*un gran<l changement de choses ; et le lendemain 1 4, pendant que le comte d'Artois était proclamé à Paris lieutenant-général du royaume ^ la garde nationale urbaine de Marseille, nouvellement

oriianisrr <;ous Ica ordres du comte do Pauisse •

fut commandée pour une revue générale. L'amiral Gantlicaume, commissaire extraordinaire de 1 empereur dans la 8"*^ division , dit à cette milice (|u il rtait satisfait de son zèle y et lui recommanda lie protéger la perception des droits d'octroi dont la populace avait essayé de s'ailranchir. Le général (lu .Muy ajouta qu'il ferait tous ses efforts , de ( >n( ert avec la garde citoyenne, pour maintenir l'ordre public.

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forcé ' ; au même instant une Toii se fait entendre : Mes amis, allons au Cours-Botuiparte^l nous abattrons V image du tjrran! Et cette promenade est aussitôt envahie y et le buste de Napoléon tombe de la colonne oii il était placé , et on le traîne dans la boue. A quelques pas de I3i , sur la montagne même , se trouvait un tombeau consacré à la mémoire glorieuse du général Desaix ; des femmes et 'des en&nts s^imaginent que c'est un monument élevé à Tempereur , ils le renversent et le mutilent. Un attroupement se forme sous les fenêtres du marquis de Montgrand, maire de la ville, et demande k grands cris qu'on lui fasse connaître le contenu des dépêches apporU'cs par le courrier; de Montgrand satisfait celle impatience cl rend un compte succinct des événcmcnls. Alors les transports d'allégresse sont il leur comble, cl la nuit semble augmenter le délire tic tout un peuple enivré qui s'anime d'une vie nouvelle. Celle hello cil*» , sombre et silencieuse peu d'heures auparavant y présente un ihéàli^ magique ou vient se déployer sous mille formes diverses tout ce que peuvent produire des imaginalions ardenlcs et des cœurs eipansifs. Toules les rues se montrent pavoisées etresplenflissanles de lumières: Raymond, Tun des adjoints

• Thibaii(l(*au sf n-fugia, dtt-on, dans les écaries du gén^l tilt Mut et parTÎnt rnsiiite à sortir de la ville.

la liberté et le peuple les porta en triomphe. L*escadre anglaise croisant derant Marseille salua de plusieurs détonations le drapeau blanc qui flottait sur Notre-Daine-de-la*Garde, et nos batteries répondirent à son salut par plusieurs bordées. Ce fut alors que le marquis de Montgrand se rendit au milieu de la crobière pour inviter les principaux officiers k descendre M sein d'une ville dont la paix fSaûsait tomber Ici» barrières comme par enchantement. Ces officiers en sortant de leurs canots se trouvèrent dans les bras de six mille Marseillais qui s^empressaieni autour d'eux*. Us assistèrent à un TeDeum,tt travcrsrrcnt ensuite la ville dans une calèche a laquelle étaient arborés les pavillons des deux nations ; les bouquetières les couvrirent de fleurs; une foule immense les environnait^ on arrêtait a chaque instant les chevaux, on s'élançait sur les roues pour leur serrer la main et leur donner flos accolades. La religion ajouta l'éclat de ses pompes aux réjouissances publiques : d'après le vœu général, on descendit du fort de Notre- Damc-de-la-Garde la statue de la vierge et on la porta processionnellement dans les rues. Les travaux restèrent suspendus pendant plusieurs' jours; rindigence sembla disparaître ; les rangs et les distinctions s^efiacèrent dans cette ivresie commune, dans cette grande satumale qui fut pure de tout excès parce qu'il y avait unanimito

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Au food, lant d'effervetcence royaliste n*ëUii point inspirée par un deTouement cheyalercsque qui n'est jamais dans les habitudes des cités commerçantes; elle ne Tétait que par Kutéret. Là, YÎngt ans auparavant, on prononçait avt c foreur le serment de haine à la royauté, on nouait les Bourbons au méprb national. En 181 4, Tégoisme ^ mercantile avait changé Topinion, inconslailte reine du monde. On saluait alors le drapeau blanc comme un signe certain de calme et de ^ bonheur ; on s'attachait à la restauration comme à une source féconde d'industrie et de riohesses} on célébrait la paix dont ou exagérait les av^n* tagcs; on demandait la franchise du port sans en apprécier encore les résultats. Quant aux amélioralions politiques et aux noutclles formes sociales, personne ne s'en occupait : on eût difficilement trouve une tcte qui comprit la théorie du gouvernement représentatif. Dans cet entraînement des esprits, on ne voulut p»» lucme attendre Tanniversairc du 2t janvier pour célébrer en Ihonneur de Louis xvi un service solennel. Le 25 juin on offrit pompeusement un sacrifice expiatoire aux mânes de ce prince malheureux; la reine Marie- Antoinette, Louis xvu et r^adamn Elisabeth furent aussi compris dans la céré« nioiiic : il n y manquait que le duc d'Enghien. L'abbr Dfiians, aumônier du lycée du comte

lazaret ', la ville lui prépara une réception solen* nelle. Quatre jours après , le prince et sa famille s'embarquèrent et se rendirent aux bouches du Rhône pour remonter en bateau ce fleuve jus(|u*a Lyon.

La fétc de Saint-Louis fut célébrée avec un enthousiasme que rien alors ne semblait pouvoir refroidir. Bientôt on apprit i{ne Monsieur, comte d'Artois, allait arriver k Marseille; cette Tille* tressaillit, fit d'immenses préparatifii et surpassa mcme ce qu'on pouvait attendre de ses sentiments enflammés ; elle voulut effacer Téclat des cérémonies passées par la magnificence de nouvdlcs

pompes j par le prestige inconnu de solennités plus étonnantes encore. De Montgrand et Raymond, représentant le corps municipal , de Panisse, Barthélemi Strafibrelio et Alexis Rostand, députés de la garde nationale , se rendirent k Aix pour présenter leurs homma$i;es au frère du roi. La cavalerie de la milice citoyenne alla Tat-

tendre aux limites du territoire communal. L*entrée triomphante de Monsieur était fixée au 1*^ octobre. A son arrivée a Saint-Louis , une compagnie de 80 marins , portant chacun une écharpe verte au bras gauche y se précipita autour de sa voiture , en détela les chevaux et la traîna. Le comte de Panissc, à la tcte d*un bataillon de

' I^ lA août.

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Alors le comte d'Artois te leva et aimonça lerjtablisMmeDt proohiin de la firanchise da port : un véritable délire s'empara dei amei brûlantes. Aucune expression kumaine ne saurait p^dre la chaleur et la beauté des réjouissances populaires i vingt mille étrangers acconmraat k Uarseille pour être témoins de ces divertissements qui ne se reproduiront plus. Jamais momaque sur la terre ne recevra de pareils hommages, ow c'étaient des scènes d'idoUtrie oii le mortd dtsparaissait , et l'on eût dit d'une divînité natkmale autour de laquelle se pre9SÛsatdesflo<s«Hntranls d'adorateurs lànaliques. Lorsque ce vain Imut tt ccsfii; la rougeur monte au front et l'tfn épronveun serrement decœur; on a de la peine à comprendre que tant d'hommes puissent ainsi prostituer la dignité de leur nature à des races privilégiées qui bien souvent valent moins qu'eux.

Le comte d'Artois s'assit à un banquet et asûsta k un concert préparés par le conseil municipal à l'hôtcl-de-villc, qui était décoré avec élégance et richesse ^ uu grand nombre d'orangers et de vases de fleurs en ornaient le grand escalier. On fit jouir le prince du beau coup-d'œîl que présentait la montagne de la Garde couverte de feux et semblable à u i volcan. La ville offrit aussi au prince un magnifique bal dans la salle du Grand-Thcàlrc, où se réunirent trots mille damc<. Restait une grande Cet: militaire que la

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« un signal donné , tous les bataillons déposèrent leurs armes en faisceaux ; le prince alla s'asseoir à la table dressée au pavillon du coatre oii quinze couverts étaient mis; les principaux fonctionnaires se placèrent dans les autres parillons ; les volontaires nationaux s'assirent k leurs tables réservées y et le banquet commença dans un ordre admirable. Puis, ces milliers de convives lé»» nis autour du pavillon du prince se levèrent électrisés, se conCbndirent pêle-mêle sans dis-» tinction de grade y et firent des fiurandolcs en se tenant tous par la main y gardes nationaux , sol* dats de la ligne , capitaines marins, gendarme»^ canonnirrs. Lorsque le prince porta un toast à la garde nationale de Marseille et à la prospérité de cette ville, des acclamations universelles retentirent au loin y répctccs par Técho des montagnes voisines. Le calme succéda a l'agitation, les troupes reprirent leurs armes , et leurs masses imposantes, chantant en chœur des hymnes royaux, firent diverses évolutions: un beau feu d'artifice termina la fcte. Le comte d'Artois partit le lendemain pour Toulon, en revint le 8 et prit le 9 la route d'Ail que bordaient les habitants de la campagne.

Tout souriait alors à Marseille , et Tannée 1815 s'ouvrit sous les plus brillants auspices. Une ordonnance royale du 20 février régla le mode de la franchise du port accordée par la loi du

la célérité. Un rassemblement tumultueux se porta devant l'hôtel de Masséna , k la rue Grignan ; les cris de cette inultitude le forcèrent de paraître à son balcon. Je suis au milieu de vous, ditril, eijy serai toujours; soyez sans inquiétude : vipe le roi ! En même temps le préfet d'Albertas pi^ blia une proclamation violente. Les autorités civiles firent aussitôt un appel aux gardes nationaux de bonne volonté; un registre fut ouvert , abc cents hommes environ s'y inscrivirent et formèrent un bataillon prêt à marcher sous le commandement du colonel Borrély. Le 5 au soir, Tordre du départ fut donné pour le lendemain ; dans la soirée du 6 mars, le bataillon partit en

rfl'ct pour Sislcron, où devaient se trouver les

gcnrraux Miollis, Pascalis et Gardannc. Un détachement de 60 artilleurs de la miliee citoyenne, commandé par le capitaine Bernard Michel, et une vingtaine de cavaliers ayant Si'guier à leur

tète, partirent ousat do Marcpîllc et prirent la

route de Gap. Bonaparte y était déjà entré, après avoir franchi sans obstacle le pont de Sisteron , et s'avançait a marches forcées sur Grenoble. Marseille c-tait dans une agitation continuelle, et des clameurs accusatriees sVlevaicnt contre Maiséna. Ce gouverneur publia, le 9, une proclamation pour rassurer le peuple ; elle finissait ainsi : ((Habitants de Marseille, vous pouvez ompter sur mon zcle et sur mon dévouement.

seillais dans la plus grande effervescence; il reçut les protestations de fidélilé de Masséna , alla visiter Toulon, puis fixa son quartier-général kNîmes. Un gouvernement central fut établi k Toulouse sous la direction du baron de Yitrolles , cominissaire-général du roi ; ce gouvernement publia gne gazette officielle et décréta la formation d'une armée royale : Sisteron , le Saint-Esprit et Clermont furent indiqués pour points de rassemblement. Le duc d'Angouléme divisa Tarmée du midi en trois corps qui devaient agira la hauteur les uns des autres pour se réunir tous sous les murs de Lyon. Le premier corps, formé dans le département des Bouches-du-Rhône et commandé

par le gcnc'ral Ernouf , devait déboucher de Sis-

tcron sur Gap et Grenoble; le second, sous les ordres du prince en personne, devait se porter sur MontcHmart , passer la Drome et occuper Valence. Le général Compans, avec le troisième, maintenait TAuvorgnc ci pouvait m^mo réaliser, en liant ses opérations à celles des bandes de Touest, le projet tant de fois déçu de la réunion du camp de Jales a la Vendée. Le colonel Magnier était chargé de suivre les mouvcmens du second corps, à la tête d'un forte colonne sur la rive droite du Rhône.

Le troisième corps ne put se former : la Haute- Loire, la Lozère et TArdéche se soumirent au gouvernement impérial. Alors on travailla à

Marseille, où Tenait d'entrer le marquis de flivicre , commissaire de Louis xTm , bruhdt tou* jours d'ardeur pour la cause royale. Le 30 mars de Montgrand y ayait publié une proclamation qui finissait ainsi : « Le tyran qui voudrait nous « asservir à son joug de fer déclare la goert^l (( notre honneur, k notre fortune, k notre eds* (( tcnce : c'est ici la lutte de la vertu contre le « crime , du devoir contre Tinfidélitë , de la gloire c( contre l'ignominie. Que le tyran triomphe, et (( vous êtes perdus daas tout ce qui vous est cher ; <c le Robespierre à chei^al fera planer sur vos « têtes le glaive de sa fureur , de sa rapacité , de « sa vengeance. Levez-vous donc pour lui résis-

<( ter; vous Irourcrcis tos magistrats h votre tête.

(( Je jure devant vous de servir Je roi ou de mourir (( pour lui ; prêtez tous ce noble serment, et que « Ton dise : Marseille , par son attachement au <( roi et par son influence sur les contrées qui (( renvironncni, a suutenu le tr^nc cbranlé et (( contribué à rendre la paix au monde, f^iue le « roi! xwc le roUn Le même jour le premier corps se porta en avant. Sur le bruit de samar* che , le maréchal-de-camp Chabert sortit de Grenoble avec la garnison de cette ville et se «lirigea sur travers de corps. Ernouf divisa son armée en i\e\\\ colonnes : celle de droite , sous les ordres de (lardannc , composée du SS"*** régiment de ligne, d'un détachement du 87*"% d*un bataillon de

Saint-Esprit. Le maréchal Përignon ayait pfis le commandement des 8^, 9~ et 10** divisions militaires. VitroUes «lirigeait encore k Tonlome le gouvernement central, et la dochesse d'Angouléme montrait à Bordeaux une ame ënergiqoll et ficre.

Le drapeau tricolore flottait k Gap, et les postes avancés des régiments qui s'y étaient ralliés s'étendaient jusques au village de la Saulce, situé sur la route de Sisteron. En delk du village, le chemin se trouve bordé d'un coté par des collines et une haute montagne taillée presqu'k pic, et de Tautre par la Durance, dont elle n'est séparée que par une prlilr plaine qui se resserre vers l'angle le plus saillant de cette montagne et forme ainsi une sorte de déBlé. La garnison de Gap, commandée par le général Lasalcette, se mit d'abord en possession de la Saulce avec deux pièces d'artillerie ; cette troupe , ^ruasîe de gardes nationaux et fie paysans armés , abandonna ensuite le village et se posta en delà de la montagne. Le premier bataillon des volontaires royaux de Marseille, apri's une incursion dans la direction de Greno* ble , rentra le 5 avril k Sisteron , en sortit le 6 et prit la route de VitroUes, où se trouvait le gêné* rai Lovrnlo. I>e 7 au matin, le second bataillon et le délaeliement de la garde nationale, alors stationnés au hameau de Rourebaud , se rendirent aussi h VitroUes; la se réunit la petite armée

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bataillon et le détachement de la garde nationale s'avancèrent; Magallon, capitaine d'une compagnie franche , essaya de gravir la montagne par le revers le plus accessible pour débusquer les impériaux ; mais ceux-ci s'en aperçurent et prolongèrent leur ligne. Dans cette entreprise tém^ raire y Magallon fut grièvement blessé à la cuisse d'un coup de feu; sa compagnie en désordre rejoignit le bataillon, et Loverdo ordonna la retraite. Les paysans armés, passant de colline en colline , ne cessèrent de harceler les Blarseillais dans leur fuite. Par ordre du général, Reyna«d de Trets plaça des gardes nationaux en tirailleurs sur le flanc menacé , et toute la troupe se dirigea sur Upaix ; die rencontra les compagnies franches du Var et une colonne de garde nationale qui venaient prendre part à Tafiaire et qui rebroussèrent chemin. Après avoir couché à Upaix y le dctachcmcnt de la garde nationale de Jlarseillc continua sa route sur Sisteron, oh il arriva sans accident, tandis que les volontaires royaux allèrent établir leur bivouac dans une plaine aux environs de cette ville. Dans la désastreuse aflaire de la Saulcc , le premier bataillon perdit le tiers de ses hommes ; le reste du corps marseillais souffrit beaucoup moins.

Le nicmc jour 7 avril , les troupes du duc d'Angoulèmc concentrées à Valence battirent en retraite. La position du prince était désespérée ;

députa trois de ses membres auprès du maréchal pour lui porter la soumission de Blarseille , et le drapeau tricolore (ut arboré au milieu de la consternation générale. D'Albertas et de Montgrand cessèrent leurs fonctions; le marquis de RiTière prit la fuite. Grouchy entra dans la Tille le 15, et le lendemain le duc d'Angoulême s'embarqoa au port de Cette sur un vaisseau suédois. Yerdier, successeur de Grouchy , vint bientôt prendre le commandement de la 8~ division. Le 24, le maréchal Brune, commandant Tarmée d^observatioii du Var , fit son entrée k Marseille et y fixa sa résidence.

Le commerce paralysé avait suspendu ses travaux. L'opinion publique se montrait toutk la fois moqueuse et menaçante : les aigles étaient déchirées ou couvertes d'ordure partout oii elles paraissaient ; on bravait, on insultait tout ce qui tenait au pouvoir împcrîal , tout tie qui rappelait la gloire de nos armes ; on affichait et on lisait publiquement des proclamations du roi ; on s^. parait de la couleur blanche avec une affectation orgueilleuse ; on maudissait les soldats firançiûs et Ton exprimait des vœux impies pour le triomphe des puissances coalisées. La milice citoyenne, sans cocarde et sans drapeau , embarrassait les autorités nouvelles qui se tenaient sur leurs gardes; cette milice, tout en maintenant la tranquillité, faisait la force et la confiance du peuple. Le col-

rartillerie, arme les officiers à demi-solde, en forme un bataillon appelé sacré , répare les forts , braque des canons sur le Cours , ordonne à une partie de la garnison de birouaquer dans divers quartiers. La garde nationale désarmée reçoit avec de nouveaux officiers une organisation no«- Yclle ; ety vers le 15 mai , la Tille est mise en étal de sicge sous le commandement du maréchal de camp Bisannet.

A la vue de ces démonstrations militaires , toutes les classes de la cité manifestèrent un sentiment d'horreur. Les Egyptiens réfugiés , les hommes de la police et quelques vieux républicains avaient seuls arbore les couleurs nationales. Les soldats , précédemment abreuvés d'outrages , voulurent se venger : considérés comme de farouches ennemis, ils traitèrent Marseille comme une ville conquise , et le règne du sabre commença. Les règles de la discipline furent violées; des chants provocateurs ne cessèrent de se (aire entendre. Plusieurs fois des bandes de furieux , les armes à la main , poursuivirent dans les rues des citoyens dt*sarmés, tombèrent principalement sur les gardes nationaux, se livrèrent à des voies de hh et commirent quelques dégâts. Tantôt ils ordonnaient d'illuminer les maisons , tantôt de mettre des drapeaux tricolores aux fenêtres : des coups de pierre et des coups de fusil faisaient justice de ceux qui n'obéissaient pas a Tinstant. il y eut des

Le premier fut enfermé dans la citadeHe da Saint-Esprit ; on exila le second k Grenoble y on transféra les autres à Chalons-sur-Saâne.

Au mois de juin, Marseille était triste mais tranquille ; elle attendait avec anxiété le résultat des grands événements qui se préparaient dans le nord. Le 25, k midi , le bruit se répand que lafor^ tune a trahi à Waterloo la videur des arméesfirançaises et le génie de Napoléon : la nouvelle pasM de bouche en bouche , et reffervescence populaire augmente à chaque instant. A deux heures, Ver» dier se montre à cheval sur le Cours ; on ras» semblement Tentoure et le presse ; des officiers à demi-solde, réunis au café Ricard, leur rendezvous habituel , poussent le cri de vive l'empereur! Le général , s'adressant k ces officiers et au peupic : Mes amis , dit-il, restez calmes ; ne criez ni vive l'empereur! ni vive le roi! Aussitôt un mouvement extraordinaire «^opore autour de lui ; la foule augmente, s'agite, fircmit. On assaillit le café Ricard aux cris de vive le roi / on y brise le buste de Napoléon et le tumulte va croissant. Un poste du bataillon sacré, placé k la Cannebicrey fait feu sur le peuple , qui bientôt après le met en fuite. Alors TinsurrccUon éclate avec fureur; on bat la générale , on court aux armes. Verdier, paie, interdit, ne sachant prendre aucune mesure y se réfugie dans son hôtel gardé par on corps d infanterie et de cavalerie. Des masses

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places sur la plate-forme firent plotienrs déchar-' ges. Les gardes nationaux, criant k la trahison , se replièrent sur le port et se défendirent en tirailleurs, après avoir tué un officier, un sergekit et un grenadier. L'un d'eux, leToltîgeur Baille, reçut une légère blessure ; quelques citoyens furent aussi blessés. Le peuple soutint le feu du côté de la Tourrette ; il tua trois soldats et en blessa dix. Bonnet , capitaine de la 3^ compagnie des canonniers vétérans , brara les menaces et les violences d'une vingtaine d'officiers à demisolde qui voulaient le forcer, Tépée sur la gorge, de tirer le canon sur la ville. Raymond aine, qui avait donné des preuves de courage et de dévouement dans rcxcrcicc de ses fonctions municipales, s^avanra pour faire cesser le feu. A la rue Lanccrie y et presque sous ses yeux , un homme , se détachant d'un groupe ^ se précipita sur un ncgre, soldat vétéran qui passait , lui fit crier viVe le roi! nt lui cassa la tcte d'un coup de fusil. Raymond parvint a mettre un terme aux hostilités lorsque la nuit fut close. Une troupe de forcenés attaqua, à Taubergc de Loriol y Jaufiroy, ancien agent de police h Toulon, le hacha à coups de sabre, traîna son corps dans le ruisseau de la rue Noaille à la

(lu palais, à leur entrée dan» le fort, avaient ùâ% fea war \t% gardes nationaux auxquels ils devaient la vie. Les garâtt nattonaux le crurent eui-mémes, et cette fiitiMe ifoyipcc «sa*-

jicra l# prnplf.

publia une proclamation pour annoncer son existence, pour dire qu'il n^emplolera son autorité que pour maintenir Tordre public et fkire triompher la cause des Bourbons. Il ajoutait : a Que « tous les hommes qui doivent , diaprés les lois « établies, faire partie de la garde nationale, pren« « ncnt les armes ; que tous les habitants de la (c campagne se tiennent prêts k marcher au pre- « mier signal vers les points de leur territoire

« qui leur seront désignés La Provence et le

« midi tout entier deviendront, s^l le dut, vue (( nouvelle Vendée plutôt que de retomber tous (( le joug du despotisme ou des Cictieux q^ljfto « sont arroge le droit de disposer des destinte u (In la FVanrr. » Pendant qu^on affichait cette proclamation y la plus affreuse anarchie régnait dans la ville bouleversée: des cris de mort, des hurlements, des décharges d'armes k feu s'y Caiisaient cnicndrc. Des conscrits réfraciaires descendus dos collines d'Allauch , des hommes irrités qui s*étaient réfugit^ dans le territoire de Cliâteau-Gombert pour se soustraire aux poursuites de la police et aux vexations de la soldatesque , poussaient à la vengeance une multitude effrénée dont le soleil de juin faisait fermenter les passions. Du sang! encore du sang! voilk ce qu'elle voulait. Des bandes de mal (ai teuTB armés de bâtons, de sabres et de fusils, parcovfliant les rues ; des vagabonds étrangers , toufoiirt si

ns faai-

DE MARSEILLK. CTS

dans les convulsions de son agofl», répond d'une voix éteinte le contraire de ce qu'on ^ige ; les meurtriers irrités se précipitent sur leUrvicUme expirante, ta foutent aux pieds, l'achèTcnt k coupt de crosse de fusil, et puis un garde naliootl plonge sa baïonnette dans la poitrine du cadavre. D'autres bourreaux assassinent Folot,- «fficier d'infanterie en retraite; Vincent, lientenant de gendarmerie en retraite aussi. Une troupe de furieux amène sur le Cours les deux frcret WtK praissiersà lapIaceduPetit-filazeau, etitii Galibert chez lequel ik venaient de tnmi^ asllf. Angii^tc Atlcnoux, lieutenant dans f ]ici' iiatioiiulc, apri-ss'iHrc «'puisé en efforts superflu-' pour sauver ces iiiforlunés , vole au corps-det;:irili- voisin pour y chercher main -forte. Les viilontaifrs qui s'y trouvent répondent froidenteiil rjiii- 1rs friTes Verso et Galibert ont mérité le sort qui leur est réservé. Le généreux Attenoux rrloiirne seul au milieu des assassins qui déjà frappi-nl leurs victimes îi graiuls coups de bâton ; l'un de ces hommes fi'roces, brandissant sur sa lèle un instrument de mort : M. l'officier, lai dit-il, Ittissrz-noiiS faire , ou hiençajiniramal; rt les autres continuent d'assommrr 'es irtiit nullirurcui qui tombent à genout et . ev^ent bientiit «le vivre. L'avoeat Angh'-s, d'abord cjrhcdins on [;renier, croit pouvoir sortir de la ville; il se eouelie dans sa carriole conduite par ton paysan II. 43

d'autres réfugiés égyptiens. Aga, surnomme la Ficioirej Arnoux et Pugei^ tous les trois agents de police h Marseille , prennent la fuite et se dirigent vers La Ciotat ; des royalistes les arrêtent au lieu dit le Pain^de-Sucre et les conduisent a Cassis. Le maire les prend d'abord sous sa sauvegarde j mais des brigands s^emparent de ces malheureux y les garrottent et les traînent hors de la ville en les battant et les torturant ) arrivés au pied de Ut Gineste, ils les mettent dans nantit complet de nudité , les égorgent ensuite , laissq|it leurs corps sur la grande route y portent leurs vrlrmrnls comme des trophées, et rentrent a Ca^^sis aux cris de vii'c le roi ' /

Pendant qu'on massacrait u Marseille desinforlunrs «ans drfense accusés de bonapartisme, on niahraitail, on blessait, on terrassait d'autres citoyens a^se/. licMircux pour évilcr la mort ; on se livrait aussi a des dégradations et a des pillages alVrrnx. Auguste Mossy , Granet, Cayol , Fournirr, officier en retraite, Reynaud, peintre, Mi'trv , ancien concierge du palais de justice, Jonve, Payan », virent leurs maisons saccagées. On drdiirait, on brisait, on jetait par les fen^ 1res des objets de toute espèce ; le plus souvent

* ((!» trut« a^sa^inats furent commis le 17 julo.

* 0 iont la 1rs plus connus. On commit des dégâU €C det

pillages «lirf pliisirttrt aatre* |>cr%oanfs.

faveur du roi de Rome, et la chambre des représentants délibérait sur la consiiliiiion française.

Brune k la tête de Tarmée du Var pouraît fondre sur Marseille ; les troupes de Verdier, réunies k la garnison de Toulon et aux soldats de la marine, demandaient k marcher contre cette yille insurgée. Le 30 juin, le comité royal appela les habitants du midi k prendre les armes et k arracher à quelques faàtieux un sceptre que leur prétendu héros n'avait pu soutenir. U fit paraître , le 3 juillet, un arrêté par lequel tous les citoyens de Marseille, de Tâge de 18 k 60 ans, furent requis de se présenter sous les enseignes royides ; déjk il veillait k l'organisation des compagnies firapches rt k tous les moyens de défense. Il plaça Tarmée sous 1rs ordres de Pcrrrymond , donna le commandement on second à Loverdo, nomma le comte de Séran chef dVtat-niajor , confia la place de commandant d'armes de Marseille au chevalier Lange Saint-Suffren , ensuite il institua une commission de haute police et un comité militaire.

IjC vicomte de Bruges, lieutenant- général , envoyé par le duc dWngoulcme et venant de Barcelone , arriva ;i Marseille le G juillet; il passa en revue a la plaine Saint-Michel sept mille paysans armés. Le marquis de Uivière entra, le 10, avec le titre de gouverneur civil et militaire de terre et de mer de la 8'"'' division ; il s*était fait précéder dune proclamation annonçant que des trou-

une petite harangue, et l'on distribua l'ean-de* vie. Les cavaliers de Brune k replièrent sur Saint-Maiimin, et l'alarme se dissipa.

Lord Exmouth, amiral de ta flotte britannique dans la Méditerranée, et sir Hudson Lowe arrivèrent k Marseille le H juillet; le lendemain au soir quelques transports entrèrent dans le bassin et mouillèrent au quai de Rive-Neuve. Le 13 au matin, trente vaisseaux cinglèrent k pleines voiles dans le port chargés de soldats anglais , sardes et italiens , avec douze pièces de campagne ; ces troupes, formant un effectif da cinq mille hommes, débarquèrent an milieu des cris de vive le ruif vivent les Anglais !0a les logea ches les habilantsqui les accueillirent avec joie; lesdames (les ilivcrscs bulles se firent surtout remarquer parla vivacité fougueuse de leurs démonstrations amicales. Le 1 1, Rivière confî» provisoirement !i MoDlgrand U préfecture des Itoiichos-du-Rhônc, à Hayniond la mairie de Marseille, h Caire la direction de la police dans toute la division; il confirma dans leur commandement Pcrreymond et Lovcrdu. Tout se Irouvaiit ainsi organisé, le comité royal termina ses travaux le même jour. L<' lendemain on reçut la nouvelle odîcielle de rentrée du roi à Paris, et Ton Ht un auto-da-fc général des drapeaux tricolores. Il y eut encore destbnses, des illuminations, des promenades triomphales, des transports d'enthousiasme; cha-

nationale, servant d^avant-garde a Tarmée anglosicilienne, sortirent de Marseille pour réduire Toulon, sur lequel se dirigea aussi le général Nugcnt a la tête d'une colonne autrichienne. L'amiral Gantheaume y entra seul d'abord pour parlementer au nom du marquis de Rivière , mais une soldatesque furieuse Taccabla d'outrages et mit sa vie en péril. Cependant l'emploi de la force devint inutile : Toulon se aoumit au gouvernement royal le 31 juillet. La garde nationale, les compagnies franches et les troupes allijla retournèrent à Marseille. Brune partit de Tooloà le 1 '' août avec un passeport , ses iides-de-camp , vingt-im chevaux dé main et quarante cha8seur% du il™' chargés de Tcscorlcr; de Rivière lui accorda loulcs ses demandes et lui donna même pour plus de sûreté le comte de Maupas, son cou» sin, pour Taccompagncr jusqucs à Avignon. Ce fut lii que tomba sous les coups de ses compatriotes, armés par le fanatisme monarchique, un maréchal de France que le fer ennemi avait épar^^né dans les combats : la populace s^empara de son cadavre mutih' , le traîna dans la bouc et le précipita dans 1rs Ilots du Rhône.

Le conseil municipal , voulant témoigner sa reconnaissance a lord Exmouth et à sir lludson Lowe, leur donna à chacun une belle urne en orfèvrerie. Uc Vaul)lanc vint prendre les réoes de Tadministration préfcctoriale , et de Mont-

comte de Yllleneuve-Bargemont, préfet de Lotet-Garonne.

Au mois d'octobre , le dac d'Angoulême vint passer quelques jours k Marseille ; la ville Taccucillit comme on accueille ordinairement , après la victoire, le représentant d'une cause pour laquelle on a combattu et souffert. La fermentation soulevait encore le sein de la société marseillaise; mais Tordre matériel y régnait, parce qu'il n'y avait pas deux opinions en présence. Il n'en était pas ainsi dans tout le midi de laFran^j^ en proie à d'affreux désastres: les royalistes, vaior queurs par la grâce des étrangers, s'y souillaient de crimes inouïs^ et la planait une terreur noH^ vcllc. A Arles et à Tarascon, des brigands sans pitié faisaient des courses dévastatrices, proscrivairiil 1rs meilleurs citoyens ou les écrasaient de coniribiitions arbitraires. A Toulouse, le général Kamel, commandant pour le roi, venait d'être égorgé comme coupable de s'être opposé aux assassinats ordonnés par les tH^nlets ; un soldat qui voulait le défendre était aussi tombé sous les coups des meurtriers. A Nîmes, on avait massacré, pillé, violé, brûlé, et le jour et la nuit^ dans les maisons, dans les rues , dans les champs; on avait fait subir à des femmes calvinistes des outrages pires que la mort. Un peu plus tard, le général Lagarde, chargé par le duc d'Angoulemc d'assurer aux protestants la liberté de leur cnlte.

« parer les funestes événements auxquels il nous « a ctc interdit de mettre obstacle. Je tous (( demande , au nom des fidèles Provençaux qui (( auraient sauvé la France des malheurs qu'elle a (( éprouvés , si ce traître n^eût pas enchaîné leur n courage , je vous demande que leur pétition soil (( renvoyée au ministre de la guerre y plus k (( portée que personne de juger la direction qu^l (( doit donner à cette aflfaire, pour Tintérét du u monarque , pour Thonneur de Marseille el « même d'une province entière à jamais fidèle k « son roi. » De Serre voulut empêcher la lecture; Forbin-des-lssarts parla dans un autre sens, et la inajoritc adopta son avis. La pétition, rédigée par Alphonse Rahbc, fut lue séance tenante et renvoyée ensuite au ministre de la guerre. Masséna publia un mémoire justificatif ; les Marseillais, persistant a demander sa télc , lui répondirent par un mémoire accusateur, et Taflaire n'eut aucune suite.

Les troupes étrangères avaient quitté Marseille, et eette ville , dans le calme d*unc profonde paix, était insensible aux douleurs et aux humiliations de la France ; les fêtes de la royauté et les pompes extérieures du culte catholique avaient seules le privilège de l'émouvoir. Elle montra un enthousiasme bruyant à larrivée de Caroline des Deux-Siciles qui allait unir sa destinée il celle du duc de Rerry; cette jeune princesse entra an

légumes secs , ordonnant a ses agents de fiûre * toujours la part des pauvres. Marseille, sans nuire à son immense consommation locale, secourut puissamment une grande partie de k Suisse, toute la côte jusqu'à Gênes, tous nos départements méridionaux en deçk du Rhône jusqu'à Lyon. On sait à quel degré de prospérité et d'étendue cette branche de commerce avait été portée avant la révolution par les soins de la compagnie d'Afrique, dont les magasins étaient toujours ouverts aux besoins publics. Une populace ignorante poursuivit comme accapareurs les i)o{i;ociants qui brillaient à cette époque, et ces hommes honorables se trouvèrent placés entre la mort et Teiil pour prix de leurs longs travaux. Alors qu'advint- il? les arrivages cessèrent , la disette survint , les assignats et le nuLJcimum anienrrent d^rpouvantables désastres.

Le phrnomènc produit par le mouvement des eaux en <812 se renouvela le 5 juillet <817, à une heure du matin, avec des caractères beaurou|> moins sensibles.

Lorsque la franchise du port fut établie , qu( Iques hommes éclairés publièrent que la position de Marseille étant changée depuis la révolution , le système de la franchise lui serait plus nuisible qu'avantageux; mais rien ne pat dissiper les illusions qui séduisaient le vulgaire, et il fallut attendre les leçons de Texpérience.

DE MAKSElfcLE. «W

un ta franchisa cl coiicciIh plufticurs privib'^ca cbangc ■ pour tout le reste; Marseille rentra i la loi communr aux autres grands ports de icr.

e commerce du Levant , dont les colon* cl la csforniaientlesprcmiers clt'racols, v^ ralentît 818. La sortie des Inities fut probibcr ilanfi ■tat^ du grand>»eigTieur, ri le» cotons de ces Irées lutlflîcnt trop dt':%avantagruscmcnt avec ciKons du Bcn{ralc qui ne les valaient pas, i qu'on leur préférait pourtant à cause de la iroportioD des prii. Les arrivages de l>l^ par

" L'cxemptiuii île Inut droite de luvtgalioa; L'cinnpiioa du droit de tartaxe aur le* miTcfauidiMS g^nénlcmcolUKéesàiiKMiude iSfr.par lokilograminei, noioirenieni de la nature de celle* qui proiicnncvl du D( , de la Barbarie et de* autre* pa*i que Uai^e la I terra nie ;

t'n s)-tli-ni« d'entrep&l très litendu ;

Lue rcdDction dan* l« lonnage fixé pour la récspoiAMÏoa 'rtaines marchaudise» ;

l,a trauit Irii étendu , n'eiceptant que le* marcbtBduc* i'ibiti à l'cntri'e el quelque* autres, rtt a lUin», l'un de* administra tcun de* douane* le* plu* nguéa, que Marseille doit une f^ande partie da *a pros- V. C'est lui qui a débattu avec le plu* de ckaleur et de évérance tous le* article* qui daru l'ordminBcc de iSi 7 ient coniriliiii'r ■ (jvoriier le commerce de cette tUIc. : a ses *oini qu'on iliiit nolamnienl la faicur d'un entrcpAl tiendu cl celle d'un transit presque illimili- dont Haractilr li ricluiiTrmcnl a loiile autre ville de France jiitqne* i la ■cation de l'ordiinnance du 19 avril ll3i.

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