HIST01R
pas les soupirs de désespoir , les cris lamenta blés que lui arrachait le remords tonnant dans son ame déchirée.
Louis XI mourut le 30 août 1 483 y et Charles viu, son fils unique , qui lui succéda , annonça , Ig 2 septembre, aux Marseillais, la perte qu'il venait de faire. Il ajouta : u Tenez-vous pour certains (( que nous sommes délibéré de vous garder et (f entretenir en bonne justice , aussi en vos droits, « privilèges et libertés , et en toutes choses vous (( tenir si bons et favorables termesque connaîtrez « par Teffet Tamour et affection que désirons « avoir a vous , et en manière que chacun , selon « son état et vacation , pourra vivre sous nous en « seureté , paix , repos et tranquillité. »
Le lendemain, ce prince écrivit aux Marseillais une autre lettre pleine de sentiments de bienveillance , et qui est ainsi conçue : a Chers et bien « amés , nous avons été averti , comme dès le (( vivant de feu notre très cher sieur et père que (( Dieu absolve , vous avez envoyé par devers lui a et nous notre cher et bien amé messire Jacques (f Candole , docteur es lois , pour assister à la a solemnité du mariage de nous, dont nous avons H sccu et savons très bon gré , et vous en meru cions très affectueusement , et pour ce que , « depuis que la comté de Provence est es mains ti de notre feu sieur et père , vous êtes montrés <( bons et loyaux sujets envers lui , et que désirons
exhala son indignation en paroles injurieuses, cl fut suspendu de sa charge II n'y fut rétabli qu'après avoir fait des excuses. Alors y Adam Vento^ un des consuls , qui, dans la minorité du conseil , s'était toujours fait remarquer par la sagesse de ses doctrines , prononça une harangue touchante pour calmer les passions et rétablir la paix. Il supplia ses compatriotes de déposer tous les ressentiments sur Taùtel de la concorde, et de n'avoir pour guide que Tamour du bien public. Ses généreux efforts furent vains, et sa voix conciliatrice fut étouffée par des clameurs insultantes. L'anarchie qui désolait le conseil était alimentée par l'inimitié qui existait entre Louis de Luxembourg et Aimar de Poitiers. Luxembourg avait servi Charles viii avec gloire ; cousin-germain du dernier comte de Provence, il avait été recommandé aux rois de France dans
le testament de ce prince. Aimar de Poitiers avait épousé une fille naturelle de Louis xi. Puissants l'un et l'autre, tous deux soutenus par un parti nombreux , ils voulurent faire fléchir toutes les volontés sous les caprices de leur ambition rivale.
Louis de Luxembourg ayant pourvu de la charge de viguier de Marseille Bertrand , seigneur d'Olioulles, Aimar de Poitiers prétendit avoir seul le droit d'élire un pareil officier, et donna cet emploi a Jean Cottier . En même temps,
ÎO IliSTOlRK
Saint- Vallîer, qui était k Aix , ayant eu connaissance de la révolution qui s^était opérée à Marseille dans l'intérêt de sa cause y s'y rendit le lendemain. Trois mille habitants attachés à son parti allèrent à sa rencontre et rentrèrent avec lui dans la ville, qui devint alors Taffreux théâtre de tous les excès auxquels peut se livrer une populace effrénée. Jean Ricaut, ennemi de la famille Candole et de la majorité du conseil, s'était placé a la tête de la faction triomphante. Saint- Vallier ordonna l'arrestation des plus chauds partiâ^ans de Luxembourg. Les proscrits cherchèrent un asile dans les lieux saints, qui ne furent pas respectés. Julien Beissan , poursuivi par Ricaut et par ses satellites , se réfugia avec ses enfants dans Téglise de la Major. Les portes furent bientôt brisées, et les séditieux s'emparèrent de ces infortunés qu'ils condubirent a la tour Saint-Jean. En même temps, un autre attroupement populaire était à la recherche de Charles Cassin , qui s'enferma dans la même église. Ricaut, en ayant eu avis, accourut avec ses sicaires , et la victime qu'ils cherchaient leur fut livrée par un indigne prêtre. Cassin , chargé de liens et accablé de malédictions , fut traîné dans la ville au milieu de mille cris de mort. Le malheureux gentilhomme se mit plusieurs fois k genoux , et conjura ses ennemis de lui laisser la vie, leur disant tout ce qui pouvait les attendrir.
Ib ne répondirent que par des clameurs de rage ou par de cruels sarcasmes à sa voix suppliante et éteinte. Blessé et ne pouvant plus se soutenir, il expira, après une lente agonie, sous le^ coups de bâton et de sabre " .
L^anarcliie était complète , et Ton pouvait craindre que les privilèges de la ville ne s'éteignissent dans ces commotions civiles. Heureusement, Charles vui, apprenant ce qui se passait à Marseille par Honoré de Forbin , qui fut envoyé vers lui, calma tous les troubles en destituant Luxembourg et Aimar de Poitiers , et en nommant k leur place le marquis de Hocbert, qui réunit les grands offices de gouverneur et de sénéchal.
Le roi de France approuva cependant le règlement d'Aimar de Poîliers de Saint-V allier, sur la nouvelle formation du conseil municipal de Marseille. En sa qualité de comte de Provence, il en ordonna Texccution '. Ce règlement porta le nom de son auteur et fut appelé Saintf 'allier.
l^s six quartiers de la ville devaient fournir chacun douze conseillers, et le tiers de ces soixante- douze membres sortait annuellement
' Jean Hîcaut, principal auteur de ce crime, fut tué , cin(| ans après, par Louis Cas&in, qui vengea ainsi la mort de son prre.
• Par lettres patentes de l'igi.
Sît HISTOIRE
du conseil. 11 y avait le 28 octobre une séance solennelle. Dans cette séance le nombre de soixantedouze devait être complet, et les conseillers présents remplaçaient les absents, sur une liste de citoyens notables présentée par le viguier. Vingt-quatre membres, élus spécialement Pannée précédente et qu'on nommait les conseillers des honneurs y se renfermaient dans une salle particulière avec le viguier et le notaire secrétaire. Ils nommaient, sur la présentation du viguier, vingt-quatre conseillers, c'est-à-dire, quatre par quartier, pour succéder aux sortants. Ils élisaient ensuite ceux qui , Tannée suivante, devaient les remplacer eux «mêmes comme conseillers cfe^ honneurs. Ils s'occupaient enfin de la nomination , hors de leur sein , des trois consuls, de l'assesseur, des juges, du trésorier de la ville, du notaire-secrétaire et des autres officiers.
Chaque consul recevait une indemnité de cinquante florins et n'était rééligible qu'après un terme de cinq ans. Leur préséance était réglée par l'ordre de leur nomination.
La présence de vingt-quatre membres était nécessaire aux délibérations du conseil , que les consuls convoquaient.
On ne pouvait y admettre en même temps le père et le fils, le beau-père et le gendre, les frÎTos et les cousins-germains.
M HISTOrKE
Charles yiii, ses franchises furent tellement respectées, qu'elle conserva dans Tétranger le caractère d'une puissance libre. Elle continua d'avoir avec Gênes des relations fréquentes, et renouvela avec elle ses anciens traités de commerce. Comme il y avait dans Gênes deux magistrats spéciaux pour administrer la justice aux Marseillais suivant leurs coutumes, le conseil municipal de Marseille, par mesure de réciprocité, institua deux magistrats pour rendre la justice aux Génois d'après les lois de leur ville natale'.
Louis XI avaiteuune politique trop clairvoyante pour faire valoir les droits sur la couronne de Naples que lui avait transmis le dernier comte de Provence. Mais Charles vm, qui n'eut pas la sagesse de résister a cette séduction , eut en Italie la destinée que les anciens comtes avaient subie. Heureux dans les commencemens de la guerre, il fut ensuite accablé de revers , et perdit son nouveau royaume en aussi peu de temps qu'il l'avait conquis. Les Français furent chassés de cette terre qui fut si souvent le théâtre de leur éclatante valeur^ et qui pourtant ne devait jamais leur appartenir. Ils n'en rapportèrent que la maladie honteuse qui empoisonne les sources de la vie, et semble ainsi une contradiction de la nature.
Cette maladie 6t bientôt en Provence , et sur
• Ruffi, t. I, liv. m, chap. it,
tout à Marseille , des ravages affreux ■ . Ceux qui en étaient infectés furent regardés comme des pestiférés et devinrent un objet d'horreur. On redouta leur approche , on les rélégua dans des lieux écartés '•
Charles yin mourut sans en&nts ^. Il eut pour successeur Louis xu, auparavant duc d'Orléans.
La reine Anne y veuve de Charles vni , était rentrée en possession de la Bretagne, et Louis xu, qui avait pour cette princesse une ancienne inclination, ne voulait pas perdre cette province, dont elle était souveraine : mais il était marié depuis long-temps avec Jeanne de France, fille de Louis xi. U demanda au pape la nullité de remariage, sous prétexte qu'il avait été forcé, qu'il n'avait point été consommé et ne pouvait rétre. Alexandre vi souillait alors la chaire de S*-Pierre qu'il occupait. II fit examiner la demande du roi de France par trois commissaires, qui, après un examen juridique, prononcèrent la sentence de divorce. Alexandre chargea César Borgia, son bâtard, de porter cette décision à Louis xn.
• Une délibération de la commune de Manosque, à la date de 1 496 , atteste qne ce mal était inconnu en ProTence avant rette époque : infirmiiate prœdictd quœ adhuc non vigehat in provinciA.
' C. F. Bouche, t. 11, p. 11.
' Le 6 aTril 149S.
Borgia prit la route de Marseille sur un vaisseau appelé la Louise j accompagné d^un grand nombre de gentilshommes italiens et espagnols. Les Marseillais , qui voulurent le recevoir avec magnificence , envoyèrent à sa rencontre quatre galères sur une desquelles était embarqué le baron de Trans, spécialement chargé de cette mission par le roi. Borgia, a son entrée dans le port % fut salué par plusieurs décharges d'artillerie , et fut reçu, à son débarquement, par Tarchevêque d'Aix, par le comte de Sault et par d^autres personnes de distinction, qui le conduisirent à la maison de ville , richement décorée , et où Ton avait apporté des reliques qu'on disait être celles de S^ Lazare et de S^ Victor. Borgia se prosterna devant elles, et resta dix jours à Marseile. Il sortit de la ville au bruit de tous les canons des remparts, et prit la route d'Âix. Toute la noblesse marseillaise Taccompagna jusqu'à Aren, et Ik il reçut encore le salut des galères, qui étaient venues s'y placer ■ . Peu de temps après, Louis xn épousa Anne de Bretagne , et procura à César Borgia le duché de Valentinois et un établissement avantageux.
La France serait devenue florissante et heureuse, si le goût des conquêtes n'eût pas séduit Louis xn ; mais ce prince ne voulut pas renoncer
' L€ 1 1 octobre 1/198.
• Bnffi, t. I, îiv. Vf, rh. v.
DE MAnSEILL£. 57
a la possession de Naples et aux droits qu'il avait surBlilanparValentine Viscofitiy sa grand'-mère. 11 s'engagea dans une guerre funeste oii la rapidité des succès (ut suivie de promptes disgrâces. Marseille resta étrangère à cette lutte, qui fut pourtant nuisible k son commerce.
Charles vm avait eu le projet de réformer hr j,ustice en Provence. Louis xn Pezécnla à son i^tour d'Italie. Par un édit rendu à Lyon % il érigea le conseil éminent en cour de parlement, qui fut composé d'un prâident , de onze conseillers dont quatre clercs, d'un avocat et d'un procureur des pauvres, de quatre notaires - secrétaires , d'un premier huissier et de deux huissiers ordinaires. Le grand-sénéchal resta chef de cette compagnie. Il avait dans toutes les séances une place d'honneur, et le président, debout, la toque a la main, lui demandait la permission de commencer Taudience.
Les magistrats furent installés k Brignoles % h f .itise des ravages que la peste faisait dans la ville <rAix. Revenus dans cette capitale, ils jurèrent \r maintien des franchises provençales.
Cependant, loin d'être les protecteurs des libertés marseillaises, ils ne les virent qu'avec un ritréme déplaisir. Jaloux de juger toutes les cau-
l>u lo juillet iSoi. Crt edif fui confirmé par une déchration donner a («renoble le 3f>juin iSo'i. • r\ décembre i5oi.
ses des Provençaux , ils ne purent surtout souffrir le privilège de non extrahendo, et firent quelques efforts pour en paralyser l'exercice; mais ces efforts échouèrent devant les bonnes intentions du roi de France et de son grandsënéchal en Provence. Les Marseillais furent au comble de la joie lorsqu^b virent le parlement arriver dans leurs murs et obligé de jurer , au palais de justice, entre les mains des consuk, l'observation de ces chapitres de paix qu'il aurait voulu détruire '.
La ville savait faire respecter ses droits. Le seigneur de Marignane imposa une taxe k tous les pécheurs marseillais qui péchaient dans Tétang, et ne voulut pas accueillir les réclamations qui lui furent faites. Alors les Marseillais armèrent quelques vaisseaux et le forcèrent de supprimer cette taxe '.
La fameuse ligue de Cambray avait armé presque toute l'Europe contre Venise , et Louis xn Élisait la guerre à cette république. La marine marseillaise rendit à ce monarque d'importants services. Elle couvrit la Méditerranée de ses corsaires, et causa de grands dommages aux ennemis. Ricaut, parent du meurtrier de Charles Cassin, aliéna une partie de son patrimoine, acheta un vaisseau pour courir sur les vaisseaux
• En i5o3. — Archives de THÔtel de ville.
* En i5o8. — Ruflfi , t, i. , liv. th. , ch. t.
DE MABSEILLE. 3»
véoitiens, se signala par son audace et son intrépidité , fit marcher derant loi répouvaote et la mort. Ses exploits lui ilouiièrcnt un illustnrenom, et ses prî«vs nombreuses lui acquirent une fortune consîdt'riiblt.-.
Le parlement il'Ais, chtrrchanl toujour:) il aU tirer dans son rc«sorL judiciaire les causes des habitants de Slar^cilic, Hl quelqur» tentatives pour détruire le privilège Je non extrahendo. Les consuls Pierre de Village, Bernard de Scriato et Julien Aigiirsicr, réclamèrent auprès de Louis xu, qui confirma ce droit précieux \ et ordonna expre«s<'mrnt que le juge des appcltalitHis, établi à Marseille, jugerait en dernier ressort tous les pr<H'i'« entre Marseillais, »iin^ que, lUns aucun cas, le parlement pi'it en connaître. Louis wt mourut ' au moment où il méditait une nouvelle cipédition en Italie , et François i*' fut son successeur. Les Marseillais lui députèrent Charles de Forbin pour lui rendre hommage et lui prêter serment de Bdélité au nom de la ville. Le nouveau roi reçut avec beaucoup de bienveillance le député de Marseille, et confirma les chapitres de paii, pour la bonne lojautéj disent les lettres patentes ', que lesdils suppliants ont
Parkltm pMciHM donitr^i ■ Blois le la avril iSl^-
tenue envers nous et nosdits prédécesseurs comtes dudit comté, et par autres justes causes ' .
François i'' avait reçu de la nature un carac-
tère noble et franc , un courage chevaleresque. Les soins tranquilles du gouvernement, les douces conquêtes des arts paciâques , ne pouvaient convenir k sa jeunesse bouillante. Il fallait des combats, il fallait des trophées a cette ame pleine de feu et de confiance qui voulait s'emparer de la gloire comme de son patrimoine. François résolut de profiter des préparati& de guerre faits par Louis xu. Il passa les Alpes et pénétra dans le Milanais. C'est en vain que les Suisses, avec lesquels il négociait, vinrent tout-à-coup Tattaquer. Armé chevalier par Bayard, il fit mordre la poussière k ces mercenaires , vendant toujours un sang qui ne peut couler avec honneur sur les champs de bataille que pour la défense de la patrie. La célèbre journée de Marignan orna d'un impérissable laurier le front du jeune roi. Louise de Savoie sa mère, la reine son épouse, et sa sœur la duchesse d'Alençon , suivies d'une cour brillante et de 1500 cavaliers, vinrent alors en Provence pour visiter la S*«-Baume, et pour y supplier le Dieu des batailles de continuer ses faveurs au héros qui en était si digne : elles croyaient que dans cette grotte renommée leurs
' Archives de THAtel de ville. — Ruflfî., th.
prières auraient plus de ferveur et d'efficacité. Les princesses allèrent ensuite à Marseille % où elles furent reçues avec magni6cence. On leur donna le spectacle d'un combat naval ûmolé dans lequel on se jetait des oranges. Elles montèrent ensuite il Notre-Dame-de-la-Garde , qui était depuis fort long-temps un point d'observation d'oîi l'on donnait avu il la ville des vaisseaux qui étaient en rade. Dans le treizième siècle, un solitaire appelé Pierre était venu se loger sur cette montagne, et Guillaume, abbé de S*-Victor, lui avait fiùtb&Ur une église et uae maison , avec plein pouvoir de di^toser des terres envirminantes, mojrennant une modique redevance. La chapelle fut dédiée UlaViergeetdfvint bientôt un lieu de pèlerinage'.
' Le 3 janvier iSiti.
' tllc fut naknnée , aimi que U lour d'obtervation , dan& le Corl que Franrois i "' Gt construire , en 1 5a5 , des débris du t'iniient des Cordelierï. Ce fort est relui qu'on voit encore:
La chapelle est toujours en gnnde vénération, surtout chrt les marins: elle est tapissée dVr-ii'fo et enrichie d'une oiiiltilnde d'offrandes. Il 5 a là une statue de la Vierge qu'on devend tous les ans dans la ville en grande solennité, le joar dr la Fête-Dieu. Elle a donné son nom à une rue qtii de la ('•rand'rue aboutil à la place des Hommes : <''ei>l là qu'elle était lulrrfoit déposée, et qu'elle séjournail jllsqll'.^pré^ la liuilainc A*t processions.
i^S HISTOIRE
Les princesses attendirent a Marseille François i*% qui ne tarda pas d'y arriver, après avoir laissé en Italie des forces considérables sous le commandement du connétable de Bourbon. Le conseil de ville , interprète de Tallégresse publique, avait fait de grands préparatifs pour donner^ de Tcclat a Tentrée de ce prince, qui recevait sur sa route les applaudissements que méritaient sa valeur et ses triomphes. Les corporations, la milice, le clergé, les conseillers municipaux, Tassesseuret les consuls, sortirent processionnellement de la ville et allèrent au devant de lui , au bruit de rartillerie des remparts. Des enfants, portant des banderoles aux armes de France , ouvraient cet imposant cortège. Venaient ensuite de jeunes filles, richement vêtues et laissant flotter leur chevelure. Le clergé portait des reliques. Toutes les rues oîi le prince passa ' étaient ornées de riches tentures. On regretta vivement de ne pas pouvoir exposer a sa vénération les reliques de saint Louis, évêque de Toulouse, que les Aragonais ne voulurent jamais restituer. On imagina d'y suppléer en élevant des théâtres sur les principales rues, pour y représenter, au passage du roi, les actions les plus remarquables du saint \
' l\ entra à Marseille le aa jariTier, vers les 4 heures après midi.
* RafYî,t. I., liv. VII., ch. v.
Le lendemain de son arrivée , François i*"' alla visiter les galères, et sitôt qu41 fut monté sur celle qu'on lui destinait, on renouvela le combat naval oii les oranges remplaçaient les boulets. Ce spectacle amusa beaucoup François; et, comme il n'était pas dans ses habitudes de rester tranquille spectateur des batailles, il prit un large bouclier et se signala par son adresse et son ardeur dans cette lutte d'un genre nouveau , où la victoire qu'on lui disputa ne fit du moins couler aucune larme. Suivi ensuite des galères et de plusieurs brigantins, il alla voir auChateau-d'lf' plusieurs animaux rares , et entre autres un éléphant que le roi de Portugal envoyait au pape Léon X. Trois jours après, François i*' partit de Marseille * avec toute sa cour et se rendit à Aix.
Un grand drame se préparait sur la scène politique. La mort de Tempcreur Maximilien rendait vacant le trône impérial. François i" s'efforça de Tobtenir, non par la force des armes, mais par Tclection de la diète germanique. 11 employa
' L'ile d*If fuit anciennement appelée j^pea , à cause de la quantité d*ifs qui y croissaient. La tradition veut que les Romains aient élevé un cirque dans cette Ile. Elle servit , ainsi que celle de Pomègue , ou Pomponiana , et celle de Ratoneau , ou Mète , de retraite à plusieurs solitaires , dans les premiers siècle» du christianisme. En iSag, François i*' fît construire le cbAteau sur celle d'If.
' Le *6 du même mois de janvier.
rintrigue et Targent pour s'assurer les suffrages. Ghafles d^Autriche, dé)k possesseur des Pays- Bas, de Naples et de la Sicile, se mit aussi sur les rangs et fut pré£cré au monarque français. Le nouvel empereur fut ce Charles-Quint qui , dans sa politique ambitieuse , visa à rendre l'empire héréditaire dans sa maison et aspira à la monarchie universelle. La guerre éclata bientôt entre lui et son concurrent. Le roi d'Angleterre, Ferdinand, archiduc d'Autriche, le duc de Milan, les Vénitiens, les Florentins et les Génois se liguent contre la France. Léon x, qui d'abord avait paru £aivoriser François i", se déclare pour ses ennemis , dont la cause lui paraît la plus sûre. Cependant François i^' espère dissiper ce redoutable orage. Si ses troupes sont moins nombreuses, ne sait-il pas les enflammer de l'ardeur qui l'anime? Le prestige de sa gloire s'est il évanoui? N'est-il pas toujours soutenu par l'épée du connétable Charles de Bourbon , si terrible aux ennemis dans la journée de Marignan? Fatale destinée ! cette vaillante cpée se tourne aussi contre lui. La trahison entre dans un cœur qui semblait n'avoir point de place pour elle. Aussi, pourquoi l'abreuver d'amertume? pourquoi le réduire au désespoir? pourquoi l'éclat de tant de services ne fut-il k la cour qu'un sujet de défiance et de haine? Bourbon eut bien fait sans doute de punir ces viles intrigues; mais la France
en était -elle coupable pour lui en demander raison les armes à la main ?
François i*' résbte avec courage aux eflforts des confédérés ; mais sa fortuné Tabandonne , et son génie cède sous lé poids des revers. Bayard^ atteint d'un coup mortel, expire en grand homme, comme ila^aitTécu. Charles-Quint confie au connétable le commandement des troupes impériales ; et les Français, raincus^ chassés du Milanais , ne songent plus qu'à défendre le sol de la patrie.
L'empereur donna k Charles de Bourbon le titre de roi de Provence , et le chargea de conquérir son royaume , à condition pourtant d'en faire hommage au monarque anglais, comme an véritable roi de France. Bourbon avait assuré que cette conquête était facile ; qu'aucune résistance sérieuse ne lui serait opposée ; que trois coups de canon épouvanteraient les Marseillais au point que leurs consuls viendraient , la corde au cou , apporter les cleE» de la ville.
La cour de France fait tous ses efforts pour organiser dans la province menacée une défense vigoureuse. La noblesse court aux armes, et la milice est mise sur pied. Cependant, à l'aspect des préparatifs d*invasion, les esprits se découragent. Ijes villes alarmées semblent justifier la confiance du connétable rebelle. Dans la consternation générale, Marseille seule se montre
intrépide; elle seule veut donner à une outrageante prédiction un éclatant démenti. Qu'elle soit secourue par François i*% ou qu'elle soit livrée à ses propres ressources, peu lui importe , car sa résolution est inébranlable. Elle sait que sa contenance va fixer tous les regards ; que la fidélité est un devoir et non pas un calcul ; que la trahison seule porte malheur , et que le courage, soutenant une bonne cause, se suffit a luimême. Antoine de Glandevès exerçait la charge de viguier; les consuls étaient Pierre Vento, Pierre Comte et Mathieu Lause; les fonctions d'assesseur étaient remplies par Sabatéris. Tous les habitants en état de porter les armes s'enrôlèrent avec empressement, et formèrent une garde municipale de 9,000 hommes, résolus a défendre jusques à la dernière extrémité les foyers domestiques, et à se mesurer avec ces bandes italiennes, espagnoles et allemandes, conduites par un Français indigne de ce nom. Cette milice bourgeoise fut placée sous le commandement de Carlin Blanc, Charles de Moiiteoux, Cosme Arnaud et Julien Beissan, capitaines de quartier, ayant chacun plusieurs lieutenants sous leurs ordres. La ville prit des mesures extraordinaires pour subvenir aux dépenses de la guerre : elle mit en vente les greffes de judicature et les offices de courtiers de commerce *.
' I/institution des courtiers, qui existait à Marseille depuis
Sur ces entrefaites, le roi envoya à Marseille La&yette, amiral des mers du le'^ant, arec trentetrois yaisseaux de diverse grandeur , pour protéger les côtes de la Méditerranée. Le maréchal de Chabanes , le baron Rance de Gères et le seigneur de Brion y accompagnés de Miradel , habile ingénieur, entrèrent dans Marseille avec 4,000 hommes de troupes réglées. Barbesieux et Laval vinrent également s'y enfermer avec les vaillantes compagnies qui naguères étaient fières d'être commandées par le chevalier sans peur et sans reproche. Rance de Gères fut nommé gouverneur de la place, et Ghabanes en sortit bientôt après pour la défense de la province et pour se mettre à la tête des gentilshommes que Pontevès, comte de Garces, avait réunis.
Les Marseillais se préparent a soutenir le siège, et accordent k Miradel une entière confiance pour le plan de défense et le système de fortification. Get ingénieur fit d'abord raser tous les
fort long-temps, fut réglée plus tard par édits de 169a et 1709. Ces ofQricrs eurent des fonctions héréditaires. On leur attribua le droit de committimus en la chancellerie du parlement de ProYence. On les déchargea de tutelle, curatelle et logement des gens de guerre. Les deux premiers syndics de la compagnie eurent entrée arec voix consultatire dans la chambre de commrrre, et jouirent des mêmes honneurs que les membres de rette chambre.
Les courtiers de .Marseille, ainsi que les notaires, étaient greffiers générani des assurances en Prorenee.
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édifices situés en dehors des remparts et qui pouvaient servir de logement à Tennemi. Voulant placer du canon sur la voûte de Téglise de S^-Gannat, il en enleva la toiture et terrassa la voûte.
Lies murailles furent réparées et garnies de nombreuses bouches à feu. On plaça aussi des canons sur tous les lieux élevés , sur le clocher de la Major, sur Téminence des moulins à vent, sur la tour deNotre-Dame-des-Accoules. Gabriel Yivaud et Jean de Gaux eurent le commandement de cette artillerie ' .
Miradel fit encore construire a la Porte Royale des remparts à double tranchée et quelques autres ouvrages pour arrêter Tennemi. Les Marseillais, suspendant leurs travaux ordinaires, travaillent aux fortifications. Uue même pensée les anime tous : c'est le salut de leur patrie y c'est la gloire de leur nom et de leurs souvenirs. Qu'il est sublime ce spectacle de tout un peuple brûlant d'une sainte ardeur pour défendre sa liberté et ses lois ! Tous les rangs et tous les âges sont confondus dans ces travaux, et pourtant point de confusion , parce qu'il y a de l'harmonie dans les idées. Lies magistrats municipaux veillent partout au maintien du bon ordre avec un zèle infati{[;'(ible. Quelquefois ils se placent eux-mêmes a
' Riiffî, r. I, liv. VII, rh. 6.
la tête des travailleurs. Comment Tiildiffërence et l'ëgoïsme Tiendraient-ils dessécher Tame des InmimeSy cMnment ne rempliraient- ils pas leur detoir , lorsque les femmes leur donnent l'exemple du plus beau dévouement, du plus noble enthousiasme civique qui ait été transmis k notre admiration? Elles sont intrépides et fortes ces femmes naguëres si timides et si faibles. Le bruit des armes , Tappareil des combats n'a plus rien qui les étonne. Les dames les plus recommandables par leur naissance y leurs richesses et leur position sociale, ne veulent se distinguer des femmes du peuple qu'en travaillant avec plus d'ardeur, qu'en montrant plus d'amour pour la^ patrie et pins de haine pour le joug de l'étranger. Aucune fatigue ne les rebute; aucun sacrifice ne leur est pénible. Leurs mains délicates portent la hotte et les fascines, manient le pic et la pelle. Elles encouragent en termes énergiques leurs époux et leurs ûls. On dirait ces citoyennes de Sparte formées a Théroïsme par les institutions de Lycurgue, héroïsme impitoyable pourtant qui étouffait dans les cœurs la nature gémissante. Les femmes marseillaises étaient ornées de tout l'éclat de ces vertus patriotiques, sans en avoir la rudesse , sans les placer en dehors de l'humanité. Cependant, le connétable, se disant roi de Provence et lieutenant-général de Charles-Quint, t'avançait vers le Var. Il arriva à Nice, oîi il
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attendit quatre jours la flotte impériale. Cette flotte, composée de vingt galères et de quinze brigantins, aborda à Monaco, où elle fut rerue avec des démonstrations d'amitié par Augustin Grimaldi y évêque de Grasse ' . Alors y Tescadre française , commandée par Lafayette , sortit du port de Marseille. Cet amiral avait sous ses ordres, en qualité d'officiers-généraux, le baron de Saint-Blancard , André Doria, Barthélémy de la Ripe, le chevalier de Pontevès et Bernardin de Baux, commandeur de Tordre de St-Jean-do- Jérusalem. On remarquait parmi les capitaines, qui étaient presque tous citoyens de Marseille, Michel de Pontevès, Léonard de Vento, Jean do Cépëde, Raphaël Rostan, Ogier Bouquier, Claude de Manville, Adam Rondolin, Jérôme Conte, Jean de Caranvais et Jacques David. LaCeiyelte attaqua la flotte ennemie h la hauteur de Nice. Après trois heures de combat, il lui coula trois galères à fond et la contraignit h chercher un nouvel asile dans le port de Monaco. Il canonna les Impériaux qui débarquaient, et leur tua deux cents hommes. Cette victoire fut suivie d'un autre llicccs. L'amiral aperçut deux vaisseaux ennemis qui prenaient leur route vers Monaco. Il s'avança, les combattit et fit prisonniers Philibert de Chà- Ions , prince d'Orange , et plusieurs autres sei-
• C. F. Bouche, t. II.
gneurs français qui venaient joindre le connélablc. Lafayette les envoya à Marseille ; et Briqn, après les avoir confiés pendant plusieurs jours à la (partie du Pii^rn- Ji>urd:iti , LicnloDaut i\c l'un des capilainri dr quarlîvr, les fil conduire à Aîx et les mit il la dlapn^ition du maréchal de; Clialianes '.
Cbarlex de Bourbon pasm le Var avec dis-huït millr combntUnts, au rommencfînient de juillet f.'ï21. Sa mnrche ne put cire retardée par quelques dclacbcmonU fram-aîs qui allaquèrent son arricro-^arde cl lui tuèrent trois cents hommes. Le marquî:! de Pescaire, qui désapprouvait cette rxpédllion, n'en avait pa»! moin'; rrrii <lr Charles- Quint le commandement en second de l'armée impiTiale. [>>marquis pensait qu'il fallait gagner le long des côtes. Bourbon, qui se défiait de son opinion, ne lu suivit point et n'eut pas ccrtaiiiemenl 'a s'en repentir. Antibcs et Fréjns lui ouvrirent leurs portes. Draguignan , Lorgnes et Colignac ne résislèrcntpas davantage. Brignoles, ayant cru pouvoir arrêter ses pas, cts'ctantcnsuite rendue, fut traitce avec quelque dureté. Bourbon établit sou quartier-général à Gardane, rt envoya à Ais un héraut pour sommer cette ville de se rendre. Le viguicr, Honoré de Pugct, monta â cheval, et, suivi des principaux clicCt
5f H15TOIHE
de famille, il alla présenter au connétable la so!?mission de la capitale de la Provence, le suppliant de vouloir bien lui conserver ses privilèges. Bourbon en promit le maintien, et assura qu'il marcherait sur les traces des comtes de Provence, ses prédécesseurs '.
Il fit reposer son armée à Aix pendant quelques jours '; et, après avoir reconnu Marseille, il arriva le 19 août devant ses murs. Le marquis de Pescaire se logea avec les siens à Thôpital S'- Lazare ^; les Lansquenets occupèrent Portegalle; les Espagnols et les Italiens se portèrent au chemin d'Âubagne.
Bourbon commença les opérations du siège en détruisant tous les aqueducs qui donnaient de Teau à la ville; mais les habitants n'en manquèrent
' Gaulridy, icL
' Il entra dans cette ville le 7 août.
' Cet hôpital , au faubourg du même nom , et sur U route d*Aix, fut fondé vers Tannée laoo. Il fut d*abord une léproserie où les lépreux étaient conduits par force , lorsqu'ils ne %*j rendaient pas volontairement. Le dernier acte d'admission des lépreux est de 1675. Depuis, il parait que la lèpre disparut, puisque rétablissement fut supprimé en, 1696, et les biens de la léproserie furent adjugés à THôtel-Dieu. On y plaça les insensés en 1699.
Marseille doit aux soins éclairés de M. le docteur Guiaud un établissement particulier où les aliénés sont reçus moyennant une pension. Ils y sont soumis à un traitement depuis long-temps justifié par les cures qu'opère le talent remarquable de ce médecin distingué.
pas, et les puits, qui étaient trè^.muUipliéSj suffirent aux besoins ordinaires de la vie.
Les bïllerics ennemies furent bientôl dressées, «t ci-IIp qui l'tait du côté de l'Observance commença »)n (v-U le 23 août, pendant que les Impëriaui travaillaient avec ardeur a ouvrir la trancher et a former des parapets. Ces parapets ne poinaient être conilrultii qu'avec des caillous et des morceaux de pierre vive entasses sans ciment, rt les canon; delà place les faisaient voler en éclats sur Ie,'> soldats employés au service de rartîlleric '.
La canonnacTe n'en étaitpas moins vive de part et d'autre *, et les combattants faisaient tous leai|| efforts, les uns pour emporter la place, et les autres pour la défendre. L'artillerie marseillaise, dirigée par Gabriel Vivaud et Jean de Caux, réussit h renverser tous les gabions des assiégeants et fît dans leur camp de grands ravages. Un boulet, ayant pt'nélré dans la tente du marquis de Pescaire, pendant que ce général entendait la messe, tua le prêtre et deux gentilshommes. Le connétable, qui n'était pas éloigné, accourut, cl Peseaire lui dit avec un sang-froid plein d'iro'
■ Papon , tom. It, Ijt. x,
• Vi*t pour c<llc rpoqur, où 1« itrvicc dr l'artillerie n'élaii pa» perfectionné. CVlait beaucoup lorsque dix pièces âr ranon tiraient loo roiipi dans un jour. A la nuit, le feu
5^ lilSTOlUE
nie : Ce sont les consuls de Marseille qui vous apportent les clefs de la ville '.
La garnison, qui voulait prendre Toffensive et exercer sa valeur au-delà des murailles, fit une sortie et tomba à Timprovisie sur les travailleurs. Elle en tua une partie , en prit quelques-uns et mit en fuite les autres. Encouragée par ce succès, elle tenta une seconde sortie qui ne fut pas aussi heureuse. Pescaire fut probablement averti du dessein des Marseillais, car il mit en embuscade des soldats d'élite qui placèrent les assaillants entre deux feux. Un combat fort vif s'engagea , et la colonne marseillaise fit des prodiges de valeur; mais elle fut culbutée dans la place, après avoir perdu le capitaine Thibaut et son enseigne , qu'elle ne laissa point au pouvoir des ennemis, et qui furent ensevelis avec pompe dans Téglisc! de la Major, en présence des consuls , des principaux officiers et des citoyens notables.
Les Impériaux continuaient avec persévérance leurs travaux menaçants: ils poussèrent la tranchée assez près de la ville pour pratiquer, du coté de del'évêché, une mine redoutable. Les Marseillais, qui en sentaient tout le danger, lui opposèrent une contre-mine, et élevèrent en même temps une muraille haute d'environ dix pieds derrière cellequi était la plus exposée au feu des ennemis.
' Ciaillarcl , lliittoirc de Fiaïuc, l(»ni. i.
Ce mur inicrieurfuthérisse de pièces d'artillerie, couvert de pots-à-feu et de fatgots enduits de gou* dron, pour les lancer tout enflammés sur les assiégeants y s'ils osaient s'en approcher et tenter l'assaut. Les femmes se mirent k l'ouvrage avec une constance qui ne se démentit point; et la cité reconnaissante, voulant consacrer le souvenir de tant de dévouement et d'héroïsme, appela cette fortification la tranchée des Dames ■•
Tel était l'état des choses, lorsque les Impériaux , battant avec avantage le rempart extérieur, firent une brèche de sept toises de largeur k fleur de terre. L'énergie des Marseillais augmenta avec le péril. Us creusèrent devant la brèche un fossé qu'ils remplirent de matières combustibles ; ils nnbarrassrrcnt aussi le passage, en jetant une f;raiulc quantité de poutres et de balles de laine. Pendant la nuit tontes les maisons étaient illuminées, et des flambeaux étaient placés sur les ninpartsde distance en distance, pour éviter toute -iirprise et pour maintenir le bon ordre.
I^e maréchal de Chabanes était maître d'Avignon , et le comte de Carces le secondait puissamni(»nt. Les troupes du roi se concentraient sur les !H»r<ls de la Diirance pour marcher an secours de Marseille. Le eoiniétable, craignant d'être attaqué |i II' i('{U' .irnn'e, rrnl qtie le lenip^ (lait venu de
i t \U |.illH« ti. ;.i \illr « plis «f f on . I ^ •• If^ II'MM il» H':.it,4i''i h\ Dnrftfy
faire donner l'assaut. Il voulut pourtant consulter ses officiers-généraux, qu'il assembla en conseil de guerre. Ils furent tdus de son avis, à l'exception du marquis de Pescaire , qui ne voyait dans cette tentative que des périls sans espoir de succès.
Mais, avant tout, Bourbon sentit la nécessité de faire examiner la tranchée des dames et tous les ouvrages intérieurs. L'entreprise était dangereuse ; une mort certaine paraissait être le prix de cette audace. Gomment franchir la brèche avec impunité? Il le fallait pourtant ; et le prince, ayant demandé quelques hommes de bonne volonté et de cœur, sept Espagnols se présentèrent. Ces intrépides soldats , armés à la légère pour être plus agiles, s'avancèrent vers le rempart, et quatre succombèrent sous une grêle de coups ; les autres ne reçurent que des blessures, poussèrent jusqu'à l'ouverture du mur, et, jetant dans la place un coup d'œil rapide, ils retournèrent précipitamment dans leur camp aux applaudissements de leurs compatriotes, et rendirent compte au connétable de ce qu'ils avaient pu apercevoir.
Leur rapport n'ébranla point la résolution de ce prince, qui donna le signal de l'assaut, le 24 septembre, au soleil couchant. L'espoir seul du pillage enflammait ses troupes mercenaires , qu'aucun sentiment de patriotisme ne pouvait animer. Pleines d'ardeur, impatientes de vaincre , elles s'avancèrent en bon ordre vers les
DE SIABSEILLE. 57
remparts. Les Marseillais les allendaient de pic*I ferme ; aucun d'eux n'avait manqué à l'honneur, et la milice bourgeoise , rivalisant de coarage avec les troupes nationales, lui avait disputi* les postes les plus périlleux. Une artillerie foudroyante vnmil la mort dans le>i rangs des impériaux , sur lesqueUplenvcnt aussi des pierres et despots-à-fcu. Cependant leurs bataillons ne se décontenancent point ; ils resserrent leurs rang9 décimés, et les soldais les plus intrépides, gravissant les uns après les autres, parviennent jusqu'aux créneaux, et payent de leur vie tant d'audace; ceux qui les suivent trouvent comme eux une Diort inévitable. Les remparts et le sol se couvrent de cadavres et de blessés. Mais les ennemis ne se tiennent point pour battus. D'autres bataillons s'avancent, montent aussi à l'assaut, et la mêlée devient horrible. Dans ce moment qui va décider du sort de Marseille, les femmes se présentent années, au milieu d'un bruit épouvantable formé par les décharges de l'artillerie et par mille clameurs confuses. Elles combattent avec une admirable valeur , et ce théâtre de carnage devient puur elles un beau monument de gloire. Les ennemie sont étonné» de tant d'in- Irépidité et découragés par une rési«lance si héro'ique ; ils battent en retraite et laissent six pièces de canon nu pouvoir des Marseillais, qui, avani de se reposer, rendent il Dieu de Milefinellw action* de grsee.
Rancc de Gères , Brion , Louis de Grasse , Barbesieux et Laval y justifièrent la confiance de François !*"'. Antoine de Glandevcs et les capitaines de quartier remplirent dignement leurs devoirs. Les commandants d'artillerie Gabriel Vivaud et Jean de Caux montrèrent beaucoup de sang-froid et d'habileté. Les consuls méritèrent bien de leur patrie. Honoré de Valbelle, Charles de Forbin, Bertrand de Gandole, Gras de Gérente, Gaspard d'Ëscalis, Antoine d'Albertas , Thomas de Montolieu j Aurias , Riquetti , Garadct , Altovitis , Pierre de Gépède, Paules, Bourguignon, Bricard, Mostiers et Kicolas d'Arène, acquirent aussi des titres a la reconnaissance et a l'admiration de leur pays « .
' Voici les noms des autres citoyens marseillais qui se signalèrent en combattant pour la défense de leur patrie : Etienne d'Arlat ^ Raymond Roux, Antoine Goutar, Laurent Marquessy , Jean Thierry, Fouquet Nouveau , Jean Martin , Jean Blanchard , Jacques Bourgogne , Menaul Paul , Louis d*Ëi$saly , Bérangier Toumier , Robert Aymin , François Bellon , Nicolas Vincent , Jean de Véga , Jean Bonety , Biaise Vayc , Gaspard Lascours , Edouard Fabre , Simon Belmont , Jacques Oliolis , Honoré Antelme , Guillaume d'Arlaus , Jean Massetcaux , Jean Hue , Antoine de Flotis , Jean de Navis , Edouard Roux , Claude Aimeric , Etienne Arnavet , Louis Dubois , Guillaume Morlan , Honoré Bouteille , Trophinu' Gras, Claude Couduiincau, Gaspard Capcl, Jeanoii Grosson, Pioiic Marlaref , Cosmo Gonfaron , Lrf;ior Binaiis, \iigr Vias , André Paris , Jérôme Martin, Kaphaël d\\ix, Pierre Gaulior , Jean do Neva, Jérôme Alphantis, Antoine Tourrel ,
D£ MAH5£1LL£. SO
Le connétable y accablé de douleur et de confusion, se retira dans sa tente, oii se rendirent bientôt, tristes et silencieux , le marquis de Pescairc et les principaux officiers de Tarmée impériale. Pescaire, exprimant avec une énergique franchise son opinion sur la campagne de Provence, qu'il avait toujours blâmée et dont il avait prévu les désastres, déclara qu41 n'y avait d'autre parti à prendre que de lever le siège de Marseille et de retourner dans l'Italie, exposée sans défense à l'invasion desjFrançais. il ajouta que, quelle que fut la résolution du connétable, ilétait résolu lui-mêmca battre en retraite avec les bataillons placés spécialement sous ses ordres. Ce n'était point là une menace vainc, car Pescaire se mit en marche le lendemain. Le connclablc, voyant ainsi ses forces airaiblies, jugea que sa position n'était plus tenable.La prudence lui commanda de précipiter son iK'parl, parce que Franrois i**' rassemblait a Lyon de nouvelles troupes, qui, réunies à celles du
\ inccnt Chaix , Adam Bouquicr , Jean Rcboul , Brrtraiiil ïi«-5Sf>n , Perron Cabre , Jean Legrant , Martin Astliicu, Jean Fa^aret , Léonard Rillon , Jacques Oronias , Jean Leinain*, (•ui^nes Ravan , Clément Amanid , Jérôme Bonis , (înillien Kaumr , De Mans , Canat Sauton , Pierre (tantant , La/.irr Bonault , Charles d'I rtis , Louis IStn* , Pierre \ilrolir, J«M!i Faure , Arnaud Kt^iiard , Kr.iiirois Itardiion , (M.iiul»' VliMita^iu- , l.oiHH Ihll.ird , Klicniii- Hniip.is , l't .iiirl^rol , lln^iHs Viil><>N|)iii4 , Pin n (!aden«Mii, Jean Piiil«»t , (laiilel • I' «inf'tti. Ktirnnr Lt (leir , Jean I arh'l.
60 HISTOIKE
maréchal de Chabanes et du comte de Carces, allaient former une armée considérable qui pourrait lui couper la retraite. Dans la nuitdu 29 septembre, après quarante jours de siège, Charles de Bourbon fit allumer de grands feux devant ses lignes, pour que la fumée, portée sur la ville, déro. bât aux assiégés ses préparatifs de fuite. La grosse artillerie fut d'abord embarquée. La cavalerie légère défila la première avec les bandes italiennes. Les bagages et les petits canons, escortés par les Lansquenets, sortirent ensuite du camp. Les Espagnols et quelques détachements italiens formèrent Tarrière-garde. Les Impériaux, malgré toutes leurs précautions, furent aperçus par les Marseillais, qui les canonnèrent vivement. Chabanes et le comte de Carces , apprenant leur retraite, se mirent a leur poursuite. Les paysans, qui n'avaient pas encore pris les armes, tombcbèrent sur leurs derrières; le connétable ne repassa le Var qu'à grand peine et après avoir perdu toute son artillerie et une grande partie de son armée '.
Pendant que Charles de Bourbon sortait de la Provence, François i" y entrait d'un autre côté ; et le connétable n'avait pas encore franchi le Var , lorsque le roi de France, arrivant a Aix , fil trancher la tête a Honoré de Puget , qui s'était
• Papon , tom. iv , liv. x. — RufR , tom. i , liv. vu, ch. vi. — Gaufridy, tom. i , liv. x.
lâchement soumis aux ennemis ■ • Les trois consuls de Marseille allèrent rendre hommage k ce prince, qui les reçut avec beaucoup de distinction. Messieurs, leur dit-il , soyez les très bien venus; vous m'as^ez été toujours bons et fidèles sujets ^ et votre loyauté a été cause que j'ai recom^ré tout mon pays de Provence , de quoi vous en remercie et vous en demeure votre obligé ; mais, pour le présent, ne vous puis visiter pour ejfacer cette obligation, à c€UAse qu il faut que j'aille delà les monts en haste; et, s'il plaist à mon Dieu, au retour vous visiterai et connaîtrez qu'aidez en moi un bon prince *.
Bientôt après Marseille fut affligée de la peste, ci la famine vint ajouter ses horreurs à ce fléau drstructeur. Le conseil de ville prit les plus sages mesures pour mettre un terme aux calamités publiques^.
François i*' passa les Alpes et reprit Milan ; mais, vaincu et fait prisonnier dans la bataille de
• A cette occasion , les Marseillais commencèrent d*appeler Bourbonnais les habitans d'Aix ; et pendant très long- temps le peuple de Marseille donna ce sobriquet au peuple d*Aix.
• Rufii, tom. I, liv. VII, ch. vr.
' La peste se déclara encore dans Marseille en i53o. La plupart des habitants prirent la fuite , et cette Tille derint un désert. Charles de Monteoux , premier consul , était alors à la cour. Jean Pitti et Trophime Gras , ses collègues , abandonnèrent leur poste. Jean Guin , Jacques Julien et Jean Giraud, furent nommés proconsuls , et justifièrent ce choix honorable par leur lèle , leur connige et leur patriotisme.
Cri HISTOIRE
Pavîc , funeste a la France comme celles de Poitiers et cl'Azincoiirt, il perdit tout ^ fors l'honneur.
Charles de Bourbon^ qui était en Italie, voulut se trouver, pour ses propres intérêts , à rassemblée qui était convoquée à Madrid pour traiter de la liberté du roi de France. Il prit la route d'Espagne, vint mouiller aux îles de Marseille, et fit demander des vivres aux consuls de cette ville. Les hostilités étaient alors suspendues entre la France et TEmpire. Lies consuls lui répondirent qu^ls feraient ce que le gouverneur et le parlement de Provence leur prescriraient a ce sujet. L'avis de ceux-ci fut d'accueillir la demande du connétable. A cette nouvelle, le peuple marseillais, qui était déjà dans l'agitation , témoigna un vif mécontentement. Un cri universel de réprobation se fit entendre dans la ville indignée : (( Non , point de rapports d'amitié avec le transfuge qui a porté contre nous ses armes parricides ! Comment accorderions-nous assistance à celui qui naguères voulait courber nos fronts sous un joug odieux?»Telsétaient lés sentimentscommuns et les désirs unanimes des Marseillais. Le peuple qui se mutina arrêta les vivres lorsqu'on les embarquait , et Bourbon fut contraint de continuer sa route vers Barcelonne \
' C. F. Bouche, lom. ii, pag. 37.
Le traite de Madrid ■ rendit la liberté a François r'. Marseille lui députa le premier consul^ Nicolas d'Arène , Jacques de Paulo et Pierre de Cepède , pour lui exprimer la joie que causait sa délivrance. Le roi accorda a la ville la confirmation de ses franchises ; il la maintint dans la possession de faire battre monnaie y malgré les obstacles que le conseil municipal d'Aix , invoquant des traités anciens avec les comtes de Provence , avait toujours mis k Texercice de ce privilège ; il leur permit encore de pêcher sur les mers du Martigues et de jouir de plusieurs avantages sur Tachât et la vente du sel qui se consommait en Provence '.
François r' recommença la guerre, au lieu d oxrculor les conditions de son rachat ; cl le pape Clrmcnl vu , redoutant le colosse de la puissance impériale, souleva toute Tltalie contre Charles-Quint, heureux possesseur des Espagncs, de la plus grande partie des contrées germaniques , de la Flandre , du comté de Bourgogne , «lu royaume de Naples et du duché de Milan. La ville de Cologne, attachée au parti de l'empereur, mit sur pied des troupes qui ravagèrcnl Rome et forcèrent le pape de s'enfermer dans le ( hàteau Saint-Ange. Alors lé pontife appela à •ion secours le comte de Vaudemonl , frère du
Ou I \ ff\riti I ji').
• liiiiitlM . ni. — Vithivcs ilr l'Hôld ilr ^ ill«*.
duc de Lorraine , sous la promesse de lui donner rinvestiture du royaume de Naples, comme successeur des comtes de Provence. Vaudemont se rendit à Marseille , prit la route de Naples , suivi d'une flotte nombreuse ' , et n'eut aucun succès , parce qu'il fut abandonné par le pape , qui se réconcilia avec l'empereur.
André Doria ^ le plus célèbre amiral du seizième siècle , était originaire de Gênes et d'une famille féconde en grands hommes. Il passa au service de François i", qui le fit général de ses galères. Doria rendit à ce monarque des services importants, et défit dans le port de Naples l'armée navale de l'empereur. Irrité ensuite contre le roi de France , il fit de grands maux aux Provençaux, saccagea les cotes et intercepta le commerce de Marseille. Le viguier et le conseil municipal de cette ville nommèrent une commission pour proposer toutes les mesures de salut public et pour veillera la sûreté générale. Cette commission fut composée de Nicolas d'Arène , Jacques Julien , Carlin Blanc , Jean de Véga , Gabriel Vivaud , Jean et Pierre de Cépède , Fouquet Nouveau , Jacques de Paulo , Charles de Monteoux , Louis Paul , Claude Montagne. Philippin Doria , neveu d'André, vint se présenter devant Marseille et prit sur les rivages plusieurs
• En i5i7.
DE MARSEILLE. Gi
habitants qu'il chargea de chaînes. Les consuls envoyèrent vers lui Charles de Monteoux et Etienne de Montolieu pour demander leur délivrance , qui ne fut pas accordée. Alors quatre galères marseillaises sortirent du port , et allèrent au devant de la flotte impériale, qui les repoussa. Douze autres galères, une galiote et un vaisseau furent bientôt équipés et s'avancèrent vers Tennemi , qui refusa le combat et s'éloigna des cotes de Marseille '.
Charles-Quint fit armer en Espagne une flotte de vingt-sept galères et de quatre-vingts vaisseaux, pour se rendre en Italie. On craignit en Provence quelque surprise de sa part , et quatre mille hommes furent armés pour garder les côtes. L'empereur ne fit que passer en vue do Marseille, et vint mouiller aux îles d'Hièrcs '.
CK'mcnt vu , heureux dans ses projets et dans SCS intrigues, avait conclu le mariage de sa nièce Catherine de Mcdicis avec Henri , duc d'Orléans , second fils de François r'. Ce pape, voulant réconcilier le duc de Savoie avec le roi de France , désirait que la cérémonie de Tunion conjugale se fît a Nice; mais le duc de Savoie , pour ne pas déplaire a Charles-Quint , refusa l'honneur de recevoir dans ses états la cour do lloine el celle Franco, qui devaient assister à ot^
• F.n iJîS.