‹ Histoire de Marseille (volume 3)Chapitre 5 sur 29 · II. T · texte numérisé non relu

II. T

a HISTOIRE

mariage. On choisit alors la ville de Marseille. François i*% désirant y recevoir Clément vu , partit de Paris avec ses trois fils^ la reine son épouse y le duc et la duchesse de Vendôme. Un brillant cortège suivit la cour de France, qui voulut donner une idée de sa grandeur a la cour romaine en étalant devant elle toute sa magnificence. Lie chancelier Duprat , les ministres, les grands-officiers du royaume, les plus riches seigneurs, les ambassadeurs de la république de Venise et de tous les princes chrétiens, précédèrent k Marseille le roi, qui y entra le 8 octobre 1533. Le 11, le château de Notre-Dame-de-la- Garde signala l'approche du pape et d'une partie du sacré-collége, qui s'avançaient avec une flotte de dix-huit galères et de six vaisseaux commandée par le duc d'Albanie. Aussitôt toute la noblesse française, montant sur des brigantins richement décorés qu'on tenait tout prêts , et sur lesquels furent placés de nombreux corps de musique, alla au devant du pontife, qui entra dans le port vers les huit heures du matin. Clément fut salué par le fort de Notre-Dame-de-la-Garde , la tour Saint-Jean, Tabbaye Saint-Victor, les galères et les remparts, qui tirèrent trois cents coups de canon. Anne de Montmorency, maréchal de France, les cardinaux de Bourbon et de Lorraine, reçurent le pontife a son débarquement, et le conduisirent avec pompe au palais qu'on lui avait préparé du côté de Sainl-Victor.

Le lendemain , il voulut faire son entrée solennelle dans la ville. Il traversa le port et descendit sur le quai, au devant des Augustins. Le viguier et les consuls k la tête du conseil de ville, la milice, les corporations et les ordres religieux, étaient venus Tattendre. Il prit dans Téglise des Augustins le Saint-Sacrement, qui fut placé dans un magnifique reposoir, porté par une haquenée blanche, autour de laquelle étaient rangés les gardes du roi tenant chacun un flambeau à la main. Clément , revêtu de ses habits pontificaux, sans la thiare pourtant, fut porté par deux hommes richement habillés sur une chaire couverte de velours rouge. Les ducs d'Orléans et d'Angoulême marchaient à ses côtés. 11 était suivi de quatorze cardinaux montés sur des mules, de cinquante archevêques ou évêques, et d'une foule de gentilshommes. Ce cortège se rendit a la Major, oii le pape donna la bénédic* lion. Toutes les rues étaient ornées de drapeaux, de guirlandes et d'arcs de triomphe. La ville présentait un aspect ravissant. Jamais on ne vit une scène plus animée, un tableau plus enchanteur. Le luxe étalait sa magie, les arts déroulaient leurs merveilles.

François i", suivi de ses deux fils, du duc de Neiulônie, «les comtes de Saint-Pol , de Alonlpensicr et de Laroche-sur- Yon, princes du sang, rt de toute sa cour, alla faire une visite au pape.

(;s HISTOIRE

qui rluit placé sur son trône, vêtu d'une robe blanche, la tête couverte d'une thiare ctincelante de pierreries. Les cardinaux l'entouraient, places sur des gradins. Les archevêques et le^ évêques étaient assis à terre sur des tapis. Le roi de France fit une révérence en entrant dans la salle ^ il en fit une autre au milieu, et enfin une troisième quand il fut au pied du trône. Il se mit alors h genoux, baisa les pieds du pontife, qui eut l'air de s'y opposer ; ensuite il lui baisa la main, puis la robe, et enfin les joues. Les ducs d'Orléans et d'Angoulémc firent la même cérémonie ; mais les princes du sang et les seigneurs de la cour ne lui baisèrent que les pieds.

La reine fit son entrée le 14 avec le dauphin. Six cardinaux, les princes du sang, les dames les plus distinguées de la ville, les consuls , les capitaines de quartier, suivis des archers, des suisses et de deux cents gentilshommes vêtus de velours et tenant une hache d'armes à la main allèrent a leur rencontre. Le dauphin montait un cheval richement harnache , et la reine était portée dans une litière couverte de drap d'or, avec Magdeleine de France, sa fille aînée. A côté marchaient Anne de Montmorency, Antoine de I^rochefoucauld , les cardinaux de Lorraine et de Bourbon. Derrière se trouvaient trente demoiselles, montées sur des haquenées. La reine et le dauphin furent conduits par quatre cardinaux

chez le pape, qui les fit asseoir sur des sièges préparés a côté de son trône.

Par les soins de Montmorency, Clément vu quitta son palab proche de S^-Victor, et vint loger dans un autre palais en face de celui du roi ■ , qui communiquait avec le premier par une galerie de charpente couverte des plus riches tapisseries et des plus précieux ornements. Le pontife et Françob i*' eurent plusieurs conférences sur les affaires publiques et sur les grands intérêts qui s'agitaient parmi les nations. Les circonstances étaient graves. L'invention de Timprimerie, les glorieux voyages de Gristophe Colomb 4ir* etdeVascodeGama, avaient donné une£aice nouvelle a TEurope régénérée. Quelques saines idées trouvaient enfin k se placer au milieu des préjugés affaiblis. La raison , long-lcmps outragée par la tvrannie sacerdotale, allait conquérir quelquesuns de SCS droits sacres qui finissent toujours par iriomphcr, parce qu'ils sont écrits dans le ciel en t aractèrcs indélébiles. Luther avait déclaré une j^uerre à mort au saint-siége : enthousiaste ar- <lenl, théologien fougueux, moine gonilé d'orgueil et de haine, il avait attaqué les abus du rulte catholique non pas précisément par esprit de philosophie cl pour l'amour de la vérité,

A la VUte Nnivr. Il n c \islr atirunr tiacr de ces deux jil.iis, rem|>Uc«*% par des maisons |>artirulièrr«.

mais pour soutenir les intércts de son ordre ' contre les prétentions d^un ordre rival ^ qui fui chargé en Allemagne de prêcher les indulgences, et qui les vendit jusque dans les cabarets. Le célèbre réformateur ne suivit que les inspirations de la vengeance et du fanatisme; mais, n'importe, grâces lui soient rendues : car il fit faire un grand pas au perfectionnement social et à la pureté évangélique. Il faut bien le dire : lorsqu'il éleva cette voix puissante qui remua tous les esprits , la cour de Rome avait lassé la patience humaine, et le monde religieux n'en pouvait plus. Clément vn ne voyait qu'avec terreur l'affaiblissèment de sa puissance. Une autre crainte le tourmentait : Henri viii , roi d'Angleterre, ayant fait dissoudre son mariage avec Catherine par l'archevêque de Cantorbéry, venait d'épouser Anne de Boulen, et menaçait de rompre avec Rome. L'empire ottoman, illustré par les armes de Soliman II, était dans tout l'éclat de sa grandeur colossale : terrible et menaçant , il semblait prêt à engloutir la Hongrie avec ses armées de terre, et l'Italie avec ses flottes redoutables.

Clément vu suppliait François i^' de faire tous ses efforts pour arrêter les progrès des nouvelles opinions religieuses et pour former une ligue de

' Les Augustins.

* Les Dominicains.

princes chrétiens contre les Turcs. Tel était le sujet des conférences tenues à Marseille, en attendant la célébration du mariage de Henri et de Catherine de Médicis.

Cette princesse , qui avait été débarquée a Nice 9 vint par terre jusqu'à Marseille, ou elle tit son entrée k cheval, le 23 octobre,^ accompagnée de douze demoiselles. Le roi alla au devant d'elle avec une foule de gentilshonunes; et, le 38, le pape consacra Tunion des époux avec une pompe qui surpassa tout ce qu'on avait vu jus-* ques alors. La jeune épouse reçut une dot de cent mille écus ; et comme les trésoriers du roi trouvaient cela trop fidble : ÀjouLez-j, répondirent les agents du pape, trois bagues d'un prix inestimable , savoir : la seigneurie de Gènes j le duché de Milan et le royaume de Naples.

Le président Poyct, qui passait pour un des liommcs les plus éloquents de France et qui fut plus lard chancelier, fut chargé de complimenter le pape en latin; mais, comme il ne savait que très imparfaitement cette langue, il avait (ait composer la harangue latine qu'il devait prononcer. Ia; jour même de la cérémonie, Clément fixa les objets sur lesquels il désirait être harangué, pour qu'il n'y eût rien dans ce discours dont pussent se plaindre les princes qui n'élaienl pas en bonne intelligence avec la France. Poyel, au désespoir, ci II ayant pas le temps nécessaire pour faire

11i HISTOIRE

changer sa harangue , pria le roi de charger de ce soin Jean du Bellay, ëvêque de Paris, qui s'en acquitta avec succès.

* Le pape , à la prière du roi , nomma quatre cardinaux français '. Il donna ensuite la bénédictien et Tabsolulion générale au peuple de Marseille , en présence de tous les princes et de tous les ambassadeurs; et, s'embarquant le 10 novembre sur la galère du grand*-maître de France, il partit de cette ville avec vingt-deux galères parmi lesquelles quatre appartenaient à l'ordre de S^- Jean-de-Jérusalem. Quelques jours après, le roi quitta Marseille, suivi de toute sa cour '•

Charles-Quint, ne désespérant point de s'emparer de Marseille, avait gagné le capitaine Jonas, homme de valeur et d^expérience , qui travaillait sourdement à lui livrer cette ville. La conspiration fut découverte. Le traître, conduit a Paris, fut convaincu de son crime , et sa mort intimida ses complices '.

François i*' ne tarda pas à réformer l'administration de la justice k Marseille. 11 envoya dans cette ville, en l'année 1533, Jean Feu, président au parlement de Rouen, qui fit assembler le

• Claude de Givry, Jean Leyeneur, grand-aumônier de France , Philippe de Boulogne et Eu de de Châtillon.

* Ruffi , tom. 1, liv. Tii, ch. vir. — Papon , tom. it , liv. x. — Gaufrtdy, tom. i , liv. x. — CF. Bouche, tom. ii, pag. 4»-

^ Caufridy , irf. — Bouche , id.

Dr. siAii.sKii.i.i:. 7È

conseil de ville, lui exposa s:i commission et invita les membres Je ruMtiinliIce h (omettre leur avis sur ce sujet. La majorité se prononça contre les réformes projctéos ; mais Joau de Vi'ga, jurisconsulte, et Jean Hue manifcstÎTcnt une opinion contraire. L'avis de chacun (ut inscrit su procc»verbal de la séanct> ; et Jraii Feu retourna vers li* roi, qui rendit, ii (Jivniîcux, un rdit par tequcl il érigea k Marseille un siège de sénéchal pour connaître des appellations des juges ordinaires , et dont l'appel irait, en dernier ressort, au parlement de Provence, qui serait oblige d'envoyer tous les ans à Marseille un président et six conseillers, pour y travailler^ pendant vingt jours, < It juger toutes les contestations des Marseillais. 1*1 ville, qui ne vil aucune atteinte au privilège lie non extrahendo , n'éleva aucune réclamation contre cet cdit, qui donna naissance aux grands jifurs que le parlement venait tenir régulièrenient. \jc voyage et le séjour étaient aux dépens (Ir la cour, sans que la commune ni les particuliers pussent être obligés d'y contribuer.

Franroii i" prétendait toujours faire revivre M*s droits sur le Milanais, quoiqu'il y rut renoncé par les traités de Madrid et de Cand>ray' II comnienrn par s'emparer des ctal* du due de Sav<iie, et Charles-Quint ne put voir cetle roni|uète avei iiidifTérence. Il était lier de w» e\pédilinn d'Afrique, ou il avait battu le réièbrr

7/« IIISTOIKF.

Barberoussc, gênerai de Soliman. La guerre se ralluma entre l'empereur et le roi de France. La Provence fut de nouveau menacée. A.ndré Doria partit de Gênes avec une flotte formidable , fit voile vers Antibes et ravagea toute la côte du Var au Rhône. Le parlement fut transféré a Manosque , et la défense du pays fut confiée a Thabileté et à la valeur du maréchal de Montmorency , qui campa sur la rive gauche de la Durance. Antoine de Larochefoucauld fut spécialement chargé de la défense de Marseille, oîi entrèrent Larochechouard h la tête de mille soldats languedociens, de Villebone, de Laroche-Dumaine et de Bouticrcs, commandant chacun une compagnie de cinquante hommes d'armes. Le baron de Saint-Blancard sortit du port avec treize galères pour aller joindre l'escadre de Barberoussr et attaquer André Doria.

Bientôt l'empereur passa le Var et assit son camp au village de Saint-Laurent-de-Villeneuve. Après avoir quitté Fréjus, oii il avait indiqué le rendez- vous général des divers corps d'armée, il fit une entrée triomphante dans la ville d'Aix. Cette place avait été démantelée parce qu'on ne la croyait pas assez forte pour soutenir un siège. Déjà les vivres manquaient à l'armée impériale, et Charles-Quint résolut de se rendre maître de Marseille pour s'assurer la communication avec h mer. 11 brûlait aussi du désir de venger Taf-

DE MAKSEILLË. 75

front que ses armes avaient essuyr devant les murs de cette ville quelques années auparavant. Il ordonna au marquis du Ghast, un de ses généraux^ de se replier sur Marseille avec le comie de Ilorn , le duc d' Albe , douze mille hommes d'infanterie et quatre mille chevaux.

Larochefoucauld assembla un conseil de guerre pour délibérer sur le meilleur plan de défense . Les uns voulaient qu'on fît une sortie pour intimider l'ennemi par un coup d'audace ; d'autres pensaient que la prudence était le seul guide que l'on dût suivre; qu'il ne (allait rien commettre à la fortune, ni se porter h aucune entreprise dont le succès pût être douteux. Une troisième opinion, qui semblait concilier les autres, prévalut : on recourut a un slralagème que le succrs couronna. Larochefoucauld ordonna au capitaine Cristophe Gasque de monter sur des bateaux avec trois cents hommes et d'aller se montrer aux ennemis vers la plage d'Arcn. D'un autre coté, il fit avancer les galères vers cette plage, mais de manière à ce qu'elles ne fussent pas aperçues. L<? détachement marseillais attira Tattenlion des Impériaux, «jui envoyèrent trois cents mousquetaires pour engager le combat avec lui : c'est ce qu'on avait prévu et désiré. Les mousquetaires furent culbutés, et le comte de Ilorn arriva avec environ huit cents chevaux et 'Icu\ mille hommes d'infanterie. Alors les galère^

:G Hi.STOIKF.

sorlircnt delcurcuibuscaJc et dochargèrenl leur artillerie sur cette multitude, qui se dispersa en désordre. Les ennemis furent taillés en pièces. Le comte de Horn , un cousin du duc d'Albc , les commandants Pierre Carafic et Jean de Séverin perdirent la vie. Les Marseillais n'eurent a regretter que quelques hommes ■ .

Le moulin d'Auriol était du plus grand secours aux Impériaux pour moudre leur blé; aussi le faisaient - ils garder avec le plus grand soin : le maréchal de Montmorency donna des ordres pour qu'on le détruisît. On eut beau lui représenter que Tentreprise était des plus hasardeuses; il insista et dit qu'il le voulait, dût-il en coûter la vie à mille hommes.

Monluc et Tavancs^ officiers de la garnison de Marseille , furent les seuls qui osèrent se charger de ce coup de main. Us partirent, pendant la nuit, à la tétc de cent vingt soldats, surprirent la garde y brisèrent Tengin, entraînèrent les pierres dans la rivière, et rentrèrent a Marseille sans avoir perdu un seul homme '.

Charles-Quint désespéra de se rendre maître <le cette ville. Il fut même bientôt convaincu qu'il ne pouvait plus se maintenir en Provence. Une colonne qu'il avait envoyée a Toulon fut

• Gaiifridy , toni. ii, Ht. xi.

* C, F. Bourhr, toni. it, pag. Si.

baliue. François i*' arriva à son camp d'Avignon, et les paysans se levèrent en masse. La confusion régnait dans Tarmée impériale , moissonnée par la mort et par les maladies. Alors Charles-Quint reprit la route de Tltalie. 11 s'enfuit ce prince auquel la défaite du connétable de Bourbon n'avait rien appris, ce prince qui, dans son orgueilleuse pensée, croyait que le sol provençal tremblerait sous ses pas; il s'enfuit, le cœur brisé par la honte et par le désespoir. Tel est souvent le sort de ces ravageurs de provinces que Von a nommes conquérants • : parce que la fortune leur a quelquefois souri , ils s'imaginent que ses faveurs leur sont pour toujours acquises ; mais vient enfin le jour des disgrâces, jour salutaire et terrible qui dissipe les illusions et confond la vanité.

François et Charles ne tardèrent pas à conclure une trJ-vc de dix ans ', pendant laquelle Tcmperriir garda l'Italie , et le premier les étals de la maison de Savoie. Peu de temps après, deux ambassadeurs que le roi de France envoyait à Venise et à la Porte-Ottomane, furent assasisnés en chemin par Tordre du marquis duGhast, gouverneur du Milanais. Cet affront était une raison plus que Miflisante pour rompre la trêve, et tout fntbien- Inl en ronibnstion.

liosMirt , l)isroiii> mii llii^loirr Liiiv«'is«*llr. In 11^8

François i", recherchant Tappui des Turcs, contracta une nouvelle alliance avec Soliman , qui envoya dans les mers de Provence son célèbre amiral Barberousse , avec cent dix galères et quarante galiotes. La flotte française, sous le commandement du comte d'Enghien, composée de quarante galères et de vingt brigantins, se trouvait dans le port de Marseille. Barberousse étant arrivé au Château-d'If ', d'Enghien monta sur une galère à quatre rangs de rames qui appartenait a Virgile Urbin , comte de Languilare, et alla visiter Tamiral ottoman , en le priant de descendre à Marseille. Barberousse, accompagne de quelques janissaires , entra le lendemain dans la ville, oîi il fut reçu avec de grandes marques d^honneur par le viguier Louis Adhémar de Monteil, baron de Grignan. Quelques heures après, il alla rejoindre son escadre '.

Les deux amiraux allèrent assiéger la ville de Nice, sur laquelle les Français avaient (ait, peu de temps auparavant, une tentative malheureuse. Cette seconde expédition fut également sans succès. Barberousse prit la route de Constantinople, et le comte d'Enghien retourna a Marseille.

• Le ao juillet 1543.

* Le viguier publia une ordonnance portant que la monnaie turque, consistant en aspres et en dcmi-aspres, aurait cours a Marseille, suivant une «évaluation qui fut réglée sur la valeur lies monnaies françaises.

Le droit d'aubaine , qui n'était point connu en Provence, venait d'y être introduit. Le parlement et la cour des comptes avaient enregistré sans difficulté cet édit ■ , aussi contraire aux sentiments d'une hospitalité généreuse qu'aux progrès du commerce , des sciences et des arts ; mais les états-généraux s'y opposèrent vivement, sous le prétexte que le comté de Provence était régi par le droit romain. Malgré leur opposition^ la loi n'en fut pas moins promulguée '. La commune de Marseille, qui formait un état séparé du comté, crut que Tédit ne pouvait pas être obligatoire pour elle. Elle députa vers le roi. Pierre Tomier , second consul , et François de Sabatéris , pour le supplier de vouloir bien lui accorder une exemption particulière. Le prince accueillit cette demande et donna des lettres patentes portant que tous les étrangers qui résidaient alors à Marseille seraient aflVanchis du droit d'aubaine , sans être obligés de se faire naturaliser, et que ceux qui viendraient Thabiter il l'avenir seraient déchargés de ce droit en épou- «i:mt une fille de la ville ^.

La peste, qui désola si souvent Marseille, vint eiMore V dcplover sa fureur meurtrière^; mais

Du 7o janvirr iV|n.

i r. liniirlir, loin, il, |»t^'. t^ et 5/|. ' Kiiffi, t I, \\\ . \ii, rli IN — C.vs Irltrrs |)at«*nlo> s<nif t\f r.ifirn-o l 'î',^

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la ville répara bientôt ses désastres et ses perles en tournant toutes ses pensées vers le commerce du Levant , auquel divers traités entre François et Soliman avaient donné de Tactivité et de Textcnsion. Marseille était devenue l'entrepôt exclusif, pour la Méditerranée , du commerce des drogueries. Cet entrepôt existait depuis longtemps, mais tout ce qui s'y rapporte venait d'être soumis à de meilleures règles. La mort du roi de France ' ne changea pas la position de Marseille.

Henri ii fut le successeur de François i*^, et le conseil de ville lui députa Tassesseur Honoré Sommât et Jacques Cartier, pour lui rendre hommage et lui prêter serment de fidélité. Henri confirma toutes les libertés marseillaises, attendu, disent les lettres patentes, la grande et parfaite loyauté, obéissance etfidéUtéque les Marseillais ont toujours portées à nosdits prédécesseurs, et qu'ils ont délibéré de continuer envers nous sans épargner leurs personnes et biens '.

Marseille, sous le règne de ce prince, jouit d'une parfaite tranquillité. Le parlement d'Aix obtint ^ de ne venir tenir les grands jours qu'en temps de vacations^ mais, Tannée suivante, le roi accorda aux Marseillais des lettres patentes qui ordonnaient que les commissaires de celte cour

' Le 3i mars de la même année.

• Archives de rilùtcl de Ville.

3 Eu i5S4.

DE HABSEILLE. Il

■ouTcniae vienclnient, tirates les années, aa nuHS de mars, pour tenir les grands jours « et qu'il» se serviraient d'un sceau particulier, avec «es mots pour eiergue : sigillum magnorum ditrutn Mtissilue ordinalorum '.

Le capitaine Gaspard Fabre, de Marseille, entré bien jeune dans la carrière des armes, vers la 6n du rogne de François i", illustra sa patrie par une valniir brillante et par un rare talent militaire. Henri ti, qui le remarqua, lui prodigua des marques Konorables de bienveillance et d'estime. Il le cn-a clievalirr, lui donna l'accolade el l'ccbarpe en présence de plusieurs princes da Ming et de loule sa cour. Fabre parvint, par son seul mcrile , aux grades les plus ëlevës. Il fut nommé surintendant de l'artillerie de France , mestre-dc-camp des troupes provin-

' Rofli, t. Il, liT. XII, ch. I.

La KMJon de* grands jours ne fui cependant pH tenue Hfi:uliéreniFTii pendant le mois de mars; car, le a3 mai 1 565, la rour, tenant le« grandi jours à ManeiUe, rendit nn an4t par lequel elle enjoignit aux propriétaires dr* mabons d'abatirc, a leurs dépens, les saillies, a ut enis, arcades etportiqnn; autrement les maisons saisies, pour, des deniers provenant de leur louage, itre procdd^ k leur déuioliiion.

Par lettres patentes de i57i , la tenue de* gnnd* jours fol portée à trente jours utiles. En iSSa, la Tille eut nn différend avec le parlement sur la tenue de ce* audiences. Il interTint arr^t du conseil le 3 ao&t, oui le rapport de l'arrherique de Vienne, par lequel il fut ordonné que le parlemenl se conformerait au\ demirres lettres patentes. M. 6

cialcs, enfin, commandant de la marine '. La noblesse française, pour laquelle le péril était un amusement , se plaisait toujours dans les tournois, et le roi excellait dans ces dangereux exercices ^ Un jour, après avoir rompu plusieurs lances, il voulut jouter de nouveau avec le comte de Montgommeri, et mourut d'une blessure a Toeil ^. François ii, son fils aîné et son successeur, confirma les chapitres de paix et toutes les fran-

• Charles ix lui accorda plusieurs pensions sur les deniers des domaines royaux et sur les amendes prononcées par la sénéchaussée de Marseille.

n joignit à ces fareurs le collier de l'ordre de St.-Michel , qui fut remis à Gaspard Fabre par le baron de La Garde , général des galères de France , avec une lettre du monarque , datée de Blois le i3 septembre 1571, et ainsi conçue: « Capitaine Fahre^parvos vertus y vaillance et mérites, vous avez été choisi et élu en rassemblée des chevaliers , frères et compagnons de tordre de M, Saint Michel, pour être associé à ladite compagnie ; pour laquelle élection vous notifier et présenter de ma part le collier dudit ordre , si vous l'avez pour agréable, J'envoie présentement mémoire et pouvoir n

M. de La Garde vous priant d'accepter Vhonneur que

la compagnie vous désire faire, qui sera pour augmenter de plus en plus l'affection et la bonne volonté que je vous porte »»

Le capitaine Fabre mourut en 1579, après plus de trente ans de glorieux services.

• Un envoyé de la Porte, assistant, sous Charles vu, à ce spectacle militaire, dit sagement : • Si c'est tout de bon, ce n est peu assez; si c'est un jeu, c'est trop, «

* Le 10 juillet iSSg.

chises marseillaises, à la prière de Boniface Vivaud el de Lasarin Doria , qui allèrent lai rendre hommage au nom de la ville ' .

Les disputes de religion excitaient depuis quelque temps en France une fermentation dangereuse. L'exécution de Mérindol, drame kof«' rible dans les annales provençales, avail soulevé d'indignation tous les partisans de la réformé. Ils levaient un firont menaçant et attendaient rheure de la vengeance. Deux habitants de Cas-lellanci Antoine et Paul de Richieu, seigneurs de Mauvans, appelèrent ches eux un ministre luthérien, et ce docteur en vint aux prises avec un docteur catholique. Les deux frères, assiégés dans leur maison par le peuple irrité , se sauvèrent a grand'peine. Pleins d*audace et d'intrépidité, enflammés d'un ardent et sombre fanatisme, ils coururent aux armes et jurèrent une guerre a mort à Téglise romaine. Les protestants massacrèrent sept chanoines de Barjols ; ils pillèrent le palais épiscopal de Sénés et brûlèrent IVglise cathédrale. Antoine de Mauvans ravagea la haute Provence a la tête d'un corps de troupes, et fut saisi à Dragiiignan. La populace le mit en pièces, lui arracha le cœur, le porta triomphalement au bout d'une pique, et le livra riisuite \\ des rhiens dévorants. Paul vint se

Riiffi, f. f, Vi\. ▼!!, rli. IX.

plaindre au parlement, qui le décréta comme hérétique , et fit attacher au gibet le cadavre de son frère '. Paul, alors, apôtre audacieux et soldat indomptable , ne met plus de bornes à la fureur qui ranime. Antoine n^est pas seulement k ses yeux un frère digne de regrets ; c'est encore un martyr qui vient de recevoir dans le sein de la gloire céleste le prix de son zèle et de son courage. Ce n'est point par de stériles larmes qu'il veut honorer sa mémoire : non, non, il faut du sang k ses mânes plaintift, du sang versé k grands flots !... La guerre civile s'allume en Provence, oii les nouvelles doctrines vont tous les jours se renforçant. A Aix , sept conseillers et un avocat-général du parlement font profession publique de protestantisme. Bientôt soixante églises réformées sont organisées^ et Paul de Mauvans, toujours guidé par la vengeance, toujours avide de périls, devient le chef de cette union redoutable. C'est dans ces circonstances que la fameuse conspiration d'Amboise s'ourdit. Plusieurs corps de protestants, conduits par des capitaines intrépides, devaient se rendre mystérieusement de dificrentes provinces k Nantes , dans le but d'enlever le jeune François ii , qui habitait un château du voisinage, d'arracher en même temps un édit pour la liberté de con-

• Gaafridy, t. ii , ILv. xi. — Bouche^ t. ii, pag. 88. — Papon, t. IV, Ht. xi.

DE MARSEILLE. tS

sciclice, et fiiire passer dans les mains du prince de Condé rautorité ministérielle. Les rëvélatiims d\m protestant de Paris firent échouer ces desseins.

La religion réformée avait pénétré k Marseille; et malheureusement le conseil municipal et les principales JEamilles y s*écartant du système fn»litique quils avaient précédemment suivi , se laissèrent entraîner par Tardeur d'un zèle sans lumières^ par un esprit de vertige et de discorde. Oubliant les leçons de Teipérience, ils entrèrent dans les voies périlleuses de la persécution. Com^ ment le peuple aurai^i^ pu rester dans les bornes de la tolérance et de la sagesse? Il se souleva contre les huguenots ' . Un mercier • , soupçonné de professer les opinions de Calvin^ fut poursuivi à coups de pierres et eût étc mis en pièces, sans rassislancc d'un voisin chez lequel il se réfugia. Quelques religionnaircs furent égorges dans leurs

maisons; d'autres finrcnt inhumainement traînés clans les rues et ensuite massacrés; un marchand de Montpellier fut pendu à une grille de fer^ au plan Fourmiguier ^. Le juge Balthasard Catin, voulant sauver plusieurs de ces malheureux que poursuivait la haine piibliqAo, les fit arrêter et

Ce merrirr 4>Ait son m4(;.i^iii .1 la rnonlff dn S^-l>prif. * \iijoijrd'hui lu (Uinnrbicrr.

h6 HISTOIRE

mettre en prison; mais la prison fut forcée par une populace furieuse , qui vomissait des imprécations contre Catin : elle s^empara de trois détenus qu'elle pendit à un arbre ' .

La cour de France était divisée par des factions puissantes et implacables qu'un roi jeune et infirme ne pouvait comprimer. La reine mère, plus circonspecte qu'entreprenante % d'un génie souple et d'une politique astucieuse, résistait aux orages y sans être assez heureuse pour les dissiper : c'était cette Catherine de Médicis que Marseille avait vue, en des jours plus heureux, dans tout l'éclat des pompes nuptiales. La Provence continuait d'être horriblement déchirée par les discordes civiles ; Paul de Mauvans et le comte de Tende , gouverneur , se combattaient avec la fureur du fanatisme. La mort de François ii ^ et l'avénemcnt de Charles ix au trône furent loin de rétablir le calme. Cependant, la reine mère, alarmée de la trop grande autorité des Guises, crut ne pouvoir balancer une faction si redoutable qu'en fortifiant la faction contraire ; elle se tourna du côté des princes de Bourbon et du protestantisme , et fit rendre au roi un édit ^ par lequel la liberté du

' Ruflfi, t. I, Ht. tii, ch. ix.

* Anquctil, TËsprit de la Ligoe, t. i, liv. i. ' Le 5 décembre i56o.

* De janvier i562.

DE HABSEILLE. »

culte fut accordée aux réformés. On leurdéfonilit de dogmatiser et de former des ligues j mais on leur permit d'aroir des assemblées relifpeoM*.' hors des Tilles , sans armes.

Cet L'dit tut cnvoyt; au parlement de Provence, et les consul» d'AJK, à la tctc desquels était Durand de Pontevès, seigneur de Flassans, forcené catholique, s'opposèrent .'i renrcgistrement. Le roi cnvova le comte dt Cniuol et deux autres commis^airi!», cliargi-s de mettre l'L-dit i) exécution. Fonterèsi ayant ameuté la populace et leré un corps de troupes, refusa l'entrée aux envoyés royaux; oiais il (iit bientôt obligé de qmttcr la Tille, non pas comme un ennemi vaincu et humilié , mais avec la fierté d'un chef judacieux dont les exploits allaient signaler )a vengeance; et quels ciploils, grand Dieu! Ce seigneur tint la campagne, à la tète de cinq mille catholiques que précédait un cordelier portant un grand crucifix. Les enseignes étaient aux armes du pape, et chaque soldat avait entouré son cou d'un chapelet. Tous les protestants qui tombèrent au pouvoir de cette armée furent impitoyablement massacrés, sans distinction de K-ie ni d'ùgc. Alors, le comte de Crussol et le comte de Tende, faisant cause commune avec Paul de Mauvans et le baron des Adrets , chefs des religionnaircs provenc-aux , prirent de vive force Ir bourg de RarjoU, oit Uurand de Pontevrs

s'était retiré; six cents personnes furent égorgées, et les prêtres jetés dans les puits.

De Crussol et de Tende voulurent aussi fiaire exécuter à Marseille Tédit royal sur la liberté de conscience. La manifestation de leur volonté rencontra dans la ville une opposition presque générale, et faillit y causer un soulèvement. Les prêtres, méconnaissant dans la chaire évangclique la sainteté de leur ministère de paix, enflammaient par des déclamations furibondes et des vœux sanguinaires les passions déjà trop ardentes d'une multitude égarée. Les monastères '

• Nous avons suffisamment parlé des moiues de S'- Victor, des chevaliers hospitaliers de S*- Antoine , des trtnltaires, des dominicains, des augustins, des religieuses de S^-Sau- Tenr et de Sien.

En i56a, il 7 avait encore à Marseille : i^ Les religieuses de S^*-Claire, qui s'y établirent en ii54; i^ les carmes, qui aesont connus en Europe que depuis ia449 et qui, à cette époque, furent contraints , par les persécutions des infidèles, de quitter le. Mont>Carmel et les monastères de la Terre- Sainte; ils bâtirent un couvent à Marseille vers Tannée 1160; i^ les observa ntins , qui furent appelés dans cette ville , en i43i, par Julien de Remezan, lequel leur donna trois jardins qu*il possédait près la porte de l'Ourse, pour bAtir une église et un couvent; 4^ d'autres observantins , sous le titre de S*- Jérôme, qui se fixèrent à Marseille en 1470; 5* les servîtes, qui y furent reçus, en i555, par délibération du conseil de ville, sous la présidence du viguier Pierre d'Abeille , gentilhomme de Tarascon.

Plus tard, un grand nombre d'ordres religieux s'établirent à Marseille; en 1789, il y en avait 3i, savoir : 17 d'hommes, fl 14 dr femmes.

DE M.\H.SEII.LE, 19'

ellr» confréries de pénitents' montraicnL siirloiit une cialtatioti fréniUiquc. Le scie religieux nV'talt plusqucdudvlirc". malbcur à celui qui eût voulu &irc entendre la «ois de la modération et de la douceur! Le conseil municipal, purlageant le fanatisme populaire, mais intéresse a rétablir le calme et à prévenir les malheurs dont ou était menacé , envoya des députes à Charles ix ', pour le supplier de prendre en considération Télat alarmant de la ville, et lu! eiprimer avec respect, mais aussi avec énergie , les vœux des lialiîtants , bien résolus à défendre jusqacs h leur dernier soupir la religion de leurs pitres et la sainte église romaine contre des sectaires criminels, et k m' pli souffrir rjuc leur eiille impie souillât une cité 6dèle au vrai Dieu. Les députés prièrent le roi de France d'interpréter Tédit en faveur des religionnaircs d'une manière favorable aux vœux des Marseillais, qui, jouissant de privilèges particuliers, n'étaient pas soumis à toutes les lois générales du royaume. Charles ix, par faiblesse ou par politique, déclara qu'il n'avait jamais

Il y 4\ail ilonâ MdrMrilir «ppt cli.iprlln de )>énit«nls- Ijt blancs, <>ou« le lilre <Ir S"-dt)ierinp, rliiirnl les plu» ■inricnt : ils furent (-lablli ven le milieu du 14' «îrrle.

H y a auinurdliui dans ittli- ville onze confrérie», 1.*' Icrrilnire cammimal en {loueilc cinq, f>s seiic cli.i|irllc* l'ii^nlriil nne nla«^e il* '|,nfni [•.■iiili-nl. i-iiviinii.

■ Em 1361.

entendu que cet cdît fut exécuté a Marseille, et que son intention formelle était que le culte protestant n'y fut point admis ' . Lies députés furent reçus à leur retour avec de bruyantes acclamations de joie , et les prêtres célébrèrent ce triomphe par des fêtes religieuses et des prières solennelles.

Comme le protestantisme prenait en Provence une allure vive et rapide , la cour jugea prudent d^arrêter ses progrès. N'accordant aucune confiance au comte de Tende , naturellement doux et tolérant, elle lui associa au gouvernement du pays le comte de Sommerive, son fils aîné, jeune seigneur plein d'activité et brûlant du désir de signaler son zèle et sa foi '. Le terrible Durand de Pontcvès continuait ses froides atrocités et ses

* Les lettres patentes de Charles ix contiennent la phrase suivante : Nous désirant singulièrement traiter et entretenir nos sujets de notre dite ville en telle faveur ^ tranquillité et liberté, que nos prédécesseurs l'ont entretenue^ et pour la grande loyauté et fidélité qu'ils nous ont portées par cidevant et à nos prédécesseurs, et espérons qu'ils fairont tous vi-après de bien au mieux.

Archives de TUôtel de Ville. — Ruffi, 1. 1, liv. vu, ch. ix.

" Il naquit à Marseille au mois d'octobre i538, et fut baptise dans l'église des Accoules. Sa naissance causa une si grande joie , qu'il y eut le même jour dans le port un combat à coups d'oranges, et cette fête fut terminée par un brillant tournoi ; mais ces réjouissances publiques se chanf;<*reiit bientôt en douleur , par la mort de la comtesse de Tciiilr, sa mère, de Tillustre maison deChabanes de la Palisse.

courses dévastatrices ; mais les catholiques pro- TencauK ne le reconnaissaient point pour chef. Un autre était placé à leur tête : c'était son £rè||| aîné, Jean de Pontevès, comte de Garces, qui jouissait d'un crédit immense et que la i^ature avait doué d'un rare talent d'intrigue. Le comle de Sommerive se concerta avec lui sur les mojr^ns k prendre pour afiaiUir le parti des réforma, dirigé par le comte de Tende. Ainsi le père et le fils, placés sous des bannières opposées, allaient se trouver en présence dans des combats impies, en croyant remplir un devoir sacré. Honte de la raison I délire de la conscience I Voilà , voilà les hommes tels que le fanatisme les fait !

A rapproche du comte de Carces, le peuple «rAix se souleva, sonna le tocsin, attaqua les troupes du comte de Tende et s'empara de Thôicl de ville. Les pénitents noirs, qui chantaient rofficc dans leur chapelle, croyant que la foi qui n'agit pas n'est point une foi sincère, retroussèrent leurs robes, s'armèrent de caillons €*t dispersèrent plusieurs corps-de-gardes protestants. Le comte de Carces fut rem comme un

libérateur, et son frère reprit le chaperon consulaire. Sur tous les points de la Provence, les protestants coururent aux armes, plusieurs s'en-

Olle diiinr npira le ^4 novembre suivant; vl crllr perte fut M sensible, que le« consuU ordonnèrent un denîl gf^n^ral H défendirent aux femiues de porter leurs joyaux.

fermèrent dans Orange. Serbellon, gouverneur du comtat venaissin, investit cette ville, s'en rendit maître, et ordonna un massacre général. Il fit passer au fil de Pépée les religionnaires , comme désobéissant au pape , et les catholiques, comme ayant reçu les religionnaires dans leurs murs ' . D'autres réformés se réfugièrent k Sisteron , devenu le boulevard de leur parti : Ik se trouvait l'infatigable Paul de Mauvans, avec des capitaines formés a son école et compagnons de ses sanglants exploits, Beaujeu, Fumeyer, Dubar, Malijai, Séguiran, Gérente-Sénas. Sommerive et les deux Pontevès marchèrent contre eux et assiégèrent la place. On remarquait, parmi les gentilshommes rangés sous leurs drapeaux, le commandeur deGlandevès, Brancas, Vintimille, Villeneuve, d'Âgoult-Ollières, Blacas d*Âulps , Porcelet, Grimaldi, Forbin, Castillon, Puget- S^-Marc, Castellane la Verdière, Raimondd'Eoulx , Lamanon , Laroquettc , et Simiane- Lacostc '.

Lies Marseillais auraient bien fait de garder une stricte neutralité dans ces dissensions civiles: c'est ce que voulaient leurs intérêts, la bonne politique et la religion elle-même ; mais ils crurent qu'ils ne devaient pas rester tranquilles spectateurs de la lutte du culte reformé contre

• C F. Bouche, t. II, p. 92.

Papon, t. IV, liv. \\.

l'église romaine, et ils épousèrent chaudement la cause du comte de Sommerive. Le conseil municipal délibéra de fournir un contingent k l'armée catholique qui £aiisait le siège de Sisteron. Il décréta y en conséquence , une levée de 300 hommes, qui formèrent trois compagnies placées sous les ordres de Pierre Blanc , second consul. Les capitaines étaient Nicolas de Bausset, Paul Impérial et Guillaume Olive '• Les troupes de Sommerive accueillirent avec des transports de joie le bataillon marseillais, qui , enflammé d'un enthousiasme religieux et guerrier, sollicita rhonneur d'être placé aux postes les plus périlleux. Trois fois les catholiques, après avoir fait une large brèche aux remparts de la place, montèrent a Tassaut; trois fois ils furent repoussi's, et la nuit sépara les combattants, qui firent des prodiges de valeur. Les femmes protestantes, intrépides dans de si grands dangers, réparèrent la brèche avec une ardeur que rien ne put ralentir; et les travaux furent poussés avec tant d'activité, que le lendemain les murailles se trouvèrent en bon état. Ces femmes se saisirent de Bouqurnègre, lieutenant de Durand de Pontevès, et le pendirent h un gibet. Les catholiques avaient fait périr de la même manière le capitaine Coste, de Tarascon '.

' Aiiffi , t. 1 , liv. \ II, rh. i\.

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