‹ Histoire de Marseille (volume 3)Chapitre 7 sur 29 · C. F. Boni lie, ï. II, p. lo'j · texte numérisé non relu

C. F. Boni lie, ï. II, p. lo'j

lion. Les razals, le voyant ainsi ^ans défense, conspirèrent contre ses jours. Boyer, un de leurs capitaines, chargé d'exécuter ce projet de ven* geance, se mit k la tête de quarante hommes déterminés, portant tous des chapeaux blancs, signe de ralliement du parti. De Carces, qui ne palissait pas h l'aspect du danger , qui toujours avait opposé à Torage un front intrépide , voulait attendre ses ennemis de pied ferme; mais, cédant enfin à des conseils plus prudents, il sortit secrètement de Marseille et prit la route de Salon , où était son quartier-général ' . Cathe^ rine opéra entre les chefs des deux factions un rapprochement qui paraissait sincère. Elle parlit pour Aix % oii la paix fut signée sous ses auspices ^.

La peste dite la grande assoupit les discordes civiles bien mieux que la médiation de la majesté royale; elle fut apportée à Cannes par un balimcnl venant du levant, au mois de février 1580; de lii elle se répandit dans tout le reste de la Provence. [)cs> pluies excessives, qui avaient régné dans le printemps, avaient été suivies de chaleurs insupporUiblrs. La famine accompagna ce iléau , dont la violence fut exlrrme à Marseille et y

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causa iiiic affreuse mortalité. D'Ollières, second consul , Tassesseur Jean Doria , Joseph de Cabre et Bertrand-Arnaud, capitaines de quartier, succombèrent glorieusement, victimes de leur zèle et de leur amour pour la patrie. Le nombre des morts s'éleva a plus de trente mille. La maladie contagieuse, qui confondit Texpérience et résista a toutes les ressources de l'art, présenta un caractère nouveau et des accidents étranges. Quelquefob une lassitude accablante paralysait tous les mouvements du corps appesanti; une noire mélancolie, une inquiétude mortelle se joignait a rabattement des sens; puis venait un sommeil profond, funeste avant-coureur de Téter nel sommeil. Le fléau avait souvent de symptômes plus formidables : il s'annonçait par une chaleur brûlante, par des palpitations convulsives; la tête s'embarrassait ; les regards égarés manifestaient le trouble des idées ; bientôt la violence des douleurs dégénérait en désespoir frénétique. Alors, les malheureux infectés du poison pestilentiel portaient sur eux-mêmes une main meurtrière , se déchiraient avec fureur, ou se précipitaient de leurs fenêtres. Quelques-uns, plus tranquilles, s'enveloppaient dans un suaire, et, privés de tout soin, rendaient le dernier soupir dans ce lugubre appareil. Les cadavres restaient dans les rues, ou pourrissaient dans les maisons désertes. Partout s'offraient de« objets de pitié et des scènes d'effroi.

On crut enfia être délivré de la peste après huit mois de ravages ; mais elle recommença le 26 mars 1 582 avec la même violence qu'auparavant. Les habitants épouvantés sortirent en foule de la ville^ oii il ne resta environ que trois mille âmes. Jean Dubourg, viguier, remplit son devoir avec courage, et vit tomber autour de lui ses offi« ciers et ses gardes. L'avocat Montel fut chargé d'exercer les fonctions judiciaires, en Tabsence du lieutenant du sénéchal '.

Les désordres et les fureurs de la ligue suivirent cette horrible contagion. Chaque province eut sa ligue particulière ; et, commii le comte de Carces était mort % le seigneur de Vins fut le chef de l'union catholique en Provence, union que forma le parti des marabous. Le duc d^Angou- Icnic, grand-prieur, qui avait repris le gouvernement du pays dans Tintérct de la cour, leva six mille hommes de milice. D'un autre côté, le seigneur de Vins fit tous ses efforts pour rendre redoutable la cause des ligueurs. Les seigneurs «le Saint- André, de Mcyrargues, de Rousse t, de (jréoulx, de Mons et de Salerne, vinrent se ranger sous ses enseignes. Placé à la tcte de cinq cent^ ehevaux et de deux mille arquebusiers, il voulut M» remlre maître du château <le Puecli et de la

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ville de Sisteroii. 11 poussa en même temps son dessein sur Marseille, qui n^avait pas arboré ses couleurs. Les intelligences qu'il y entretenait lui faisaient concevoir Tespérance d^y entrer bientôt avec ses troupes. Altovitis et Yillecrose, qui jouissaient d'un grand crédit dans la cite^ étaient ses chauds partisans \ ; mais celui sur lequel il appuyait principalement ses projets, celui qui avait embrassé avec le plus d'ardeur les intérêts de la ligue, était Louis de la Motte Dariez, second consul'.

Dariez avait une figure heureuse et une taille imposante; il s'exprimait toujours avec grâce et quelquefois avec éloquence; mais la nature, en lui accordant ces avantages, ne Tavait pas doué des qualités nécessaires pour jouer dignement un rôle politique , et surtout pour être chef de parti dans des circonstances orageuses : sa capacité intellectuelle était médiocre; Temportcment lui tenait lieu d'énergie, et la prudence ne dirigeait point ses conseils.

Entouré de quelques satellites dévoués à sa fortune, parmi lesquels figuraient en première ligne Joseph Lauze et Claude Boniface , il op. prima les bons citoyens ; il exerça une autorité absolue , et le corps municipal fut asservi a ses

' (yaufridy, t. ii, liv. xiii.

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