II
artisans de discordes vinrent échouer devant la vigilance de la municipalité ; Bremond- Julien etFournicr n'eurent pas plus de succès à Paris. Sur ces entrefaites, Pascalis, célèbre jurisconsulte, fut pendu kAix. Le 17 décembre, Lieutaud , craignant le même sort , partit avec sa femme et Lambarine sur un bateau catalan pour se rendre a Nice. Repousses par les vents sur les côtes de Bandol , ils furent arrêtés par des paysans et conduits a Toulon. Le peuple voulait les mettre en pièces, et les cris redoubles à la lanterne ! retentissaient à leurs oreilles. La garde nationale et les troupes de ligne étaient sous les armes. Un sapeur de la milice citoyenne leva son sabre sur la tête du général marseillais ; un volontaire détourna le coup en retenant le bras de ce furieux.
Le maire de Marseille fut instruit que des agents répandus dans les tavernes payaient du vin aux ouvriers et leur donnaient de l'argent. On arrêta un des distributeurs qui avoua qu'une trame s'ourdissait en faveur de Lieutaud. Le 28 du même mois , ce général et Lambarine , qui étaient toujours détenus à Toulon , furent décrétés de prise de corps par le tribunal du district de Marseille , pour crime de lèse-nation , complot , subornation et fuite clandestine. Ce décret , qui fut porté au directoire du département du Var par un courrier extraordinaire,
comprit les nommes Camoin, Obscur, Chalie , Fontanc , Amphoux , Levcsi et le patron catalan. La municipalité, ne voulant pas exposer les accusés h la fureur du peuple, expédia a Toulon une barque montée par des officiers de marine et commandée par un capitaine , membre du conseil général. Le 30, Lieutaud et Lambarine furent amenés dans cette barque, et lorsqu'ils entrèrent dans les prisons , personne ne se doutait encore de leur arrivée.
Aucun événement important ne se passa à Marseille pendant les premiers mois de 1791 ; cette ville témoigna une douleur profonde en apprenant la mort de Mirabeau La bourse du commerce et les spectacles publics furent fermés. La municipalité voulut dignement honorer, par la magnificence d'une cérémonie funèbre, la mémoire du grand homme d'état, de l'orateur sublime qui ne parut a l'assemblée nationale que pour venger les peuples des longs outrages du despotisme, pour foudroyer tous les genres d'abus, pour opposer au délire des préjugés expirants la résistance du génie et le courage de la liberté, pour tracer a tous les pouvoirs la ligne de démarcation qui les sépare et sur laquelle s'élève majestueux le pouvoir de la loi pour les contenir tous. Grand Dieu! que cette renommée serait belle, si
» Mirabeau mourut le a avril 17;) t.
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la vertu pouvait aussi la revendiquer ! La municipalité fit publier à son de trompe et lire au prône des paroisses une proclamation dont le dispositif commençait par ces mots : Nous annonçons à tous les citoyens que la ville de Marseille est dans le deuil. Le 1 \ avril, jour fixé pour la pompe funèbre, le conseil généra 1 de la commune, les corps administratifs et les députés de chaque compagnie de la garde nationale se rendirent dans l'église des Accoules et déposèrent au pied des autels les regrets et les prières du peuple. Le conseil général porta le deuil pendant huit jours, et invita les citoyens a suivre son exemple : ils répondirent tous à cet appel sympathique.
La société populaire, offrant des hommages plus éclatants encore au grand nom de Mirabeau, lui voua un culte d'enthousiasme. S'il était mort un peu plus tard, elle eût maudi sa mémoire, elle eût traîné aux gémonies son image couverte de boue; car elle allait plus vite et plus loin que lui dans les voies périlleuses d'une démocratie sans limites. Il est vrai qu'elle ne s'était pas vendue et que l'or de la cour n'avait point pénétré dans son enceinte incorruptible. Cette société avait grandi en force et en audace ; elle ne se bornait plus à expliquer les lois nouvelles et à discuter celles qui se préparaient. Surveillante de l'administration qui tremblait devant sa volonté, elle se
proclamait l'organe du peuple souverain ; elle s'immisçait dans tout par ses comités, sa correspondance, ses affiliations, ses émissaires et ses diplômes ; elle étendait son sceptre sur tous les départements méridionaux : puissance formidable , qui précipitait le mouvement ou l'arrêtait k son gré, qui déchaînait la tempête ou calmait les flots en courroux.
Robespierre, qui n'avait aucun crédit k l'assemblée nationale, dominait cependant au club des jacobins. La fuite de Louis xvi et son arrestation a Varennes, en exaltant toutes les passions révolutionnaires, servirent k donner plus d'influence a ce redoutable chef de parti, qui déclama contre l'inviolabilité du roi et demanda son jugement; aussi les journaux le saluaient k l'envi du titre de vertueux et d'incorruptible. Danton partageait avec lui la faveur populaire. Le club de Marseille, qui déjà avait fait plusieurs adresses aux législateurs, en fit une au peuple français, laquelle montre jusques a quel point ces deux hommes étaient pour les démocrates marseillais les objets d'une vénération fanatique f.
' « Français! hommes vraiment libres des quatre-vingt-trois
• départ emens, vos frères et amis les Marseillais vous invi-
• tent à rendre hommage à Robespierre, cet apôtre de la n liberté nationale. Reconnaissez avec lui l'attentat énorme
• commis contre vos droits. Il est cette sentinelle vigilante . que rien n'a pu surprendre, cet unique émule du romain
La procédure contre Licutaud et ses adhérents fut instruite solennellement, et Scytres, substitut du procureur de la commune, soutint avec force l'accusation que combattirent avec chaleur les défenseurs des prisonniers. Le peuple qui remplissait la salle d'audience écoutait avec respect. La justice était éclairée ; elle allait prononcer. Il y avait à Aix trois commissaires du roi, Debourges, Dùfour et Jaubert, qui protégeaient Lieutaud; d'André lui accordait aussi sa bienveillance et s'intéressait vivement à son sort : ennemi juré de la commune et du club de Marseille , il fit rendre par l'assemblée constituante
« Fabricius dont le despote Pyrrhus louait les vertus par ces « mots si célèbres : 77 est plus facile de détourner le soleil «.de sa course, que d'écarter Fabricius de la voie de l'honneur.
« Voûtes sacrées des jacobins, pourrez- vous retentir de « plus de vérités que Robespierre et Danton ne vous en ont n fait entendre? Prolongez-en les sons dans tous les clubs de « l'empire; nos voûtes retentiront comme les vôtres, et répc- « teront leurs noms.
« Sachez, Français, que vos frères de Marseille ont juré « de veiller à la conservation précieuse de ces hommes rares « que la capitale a l'heureux avantage de posséder dans son
« sein Répondez- nous de la vie de Robespierre et de
<* Danton; que vos corps leur servent de remparts Les
« Marseillais, à la moindre lueur de danger, voleront auprès « de vous pour vous servir de leurs bras; et, suivis des excel- « lents patriotes des départements, ils iront dans la capitale « arracher le masque aux hypocrites, et placer la vérité sur le « fauteuil national, entre Robespierre et Danton. »
un décret qui déchargeait les accusés et ordonnait leur mise en liberté. Comme l'exécution de ce décret pouvait rencontrer des obstacles , le régiment suisse d'Ernest prit les armes avec appareil pour protéger la sortie des prisonniers ; leurs partisans avaient préparé des couronnes de fleurs et de laurier pour les jeter sur leur passage. Le peuple s'indigna de ces démonstrations et menaça de tomber sur la troupe. La municipalité la fit à l'instant retirer, et les prisonniers n'obtinrent point leur délivrance. Debourges, Dufour et Jaubert, ne pouvant les faire enlever de force, usèrent de stratagème : Lieutaud et les siens furent habillés en suisses; ils se mêlèrent avec les soldats de cette troupe qui montaient la garde au palais de justice, et partirent avec eux, soutenus par tout le régiment posté sur la route. Lieutaud vint remplir à Paris une place de lieutenant dans la garde du roi et une mission secrète pour exciter des mouvements contre-révolutionnaires '.
L'assemblée constituante , qui allait terminer ses travaux , ordonna , par décret du 5 août 1 791 , que les assemblées électorales seraient immédiatement convoquées. Le mois suivant on procéda aux élections, qui furent faites presque partout
' Les papiers trouves chez le roi établirent ce dernier fait. Lieutaud, mis encore en jugement, sut se dérober de nouveau a la vindicte des lois.
sous l'influence républicaine et sous l'empire des clubs. Le collège électoral des Bouches-du-Rhône nomma Etienne Martin -le-juste, Granet, Blanc- Gilly, Espariat, Pellicot, Archier, Lauze-Deperret, Anlonelle, maire d'Arles, et Mauche, juge de paix à Tarascon.
Depuis la fuite de Lieutaud, le régiment suisse d'Ernest était odieux au peuple marseillais qui en sollicitait le renvoi. Le 16 octobre, il y eut un tumulte affreux au Grand-Théâtre : un officier de ce régiment, se croyant insulté, lança au parterre un cartel qu'un spectateur accepta sur-lechamp. La populace, ayantappris cet événement, encombra bientôt la place du Théâtre et toutes les rues adjacentes. Dix officiers, l'épée à la main, se firent jour à travers le rassemblement qui les poursuivit à coups de pierre. La multitude exaspérée voulait attaquer tous les suisses , et ils auraient été mis en pièces sans la prudence de la municipalité, qui fit aussitôt consigner dans les forts le régiment d'Ernest et relever par la garde nationale tous les postes qu'il occupait. Le peuple se calma lorsqu'il apprit que la commune demandait le renvoi de ce régiment au directoire du département et au général Decoincy, commandant les troupes de ligne dans les Bouchesdu-Rhône, le Var et les Basses- Alpes. Le 23, Decoincy fit partir les Suisses pour Aix et donna
l'assurance que les officiers aggresseurs seraient punis selon la rigueur des lois.
Bientôt les assemblées primaires procédèrent à l'élection d'une nouvelle municipalité ■■ Mourraille fut proclamé maire à la presque unanimité des suffrages. Etienne Seytres, déjà substitut, fut nommé procureur de la commune
Etienne Martin ne tarda pas à perdre sa popularité ; en voici la cause : dans un pli que les députés du département à l'assemblée législative envoyaient à la municipalité de Marseille, se trouva une lettre de cet ancien maire à l'adresse d'Espine, son secrétaire, et non cachetée par inadvertance3. Mourraille la lut, croyant qu'elle lui appartenait; il en fit ensuite connaître le contenu à tous les membres de la commune. Martin, dans l'épanchemcnt de ses pensées, justifiait les suisses et noircissait les clubs. Chacun cria contre lui : on l'accusa d'hypocrisie et de trahison, on persécuta ses amis. Déjà on s'étonnait du long silence des députés; on leur reprochait de ne rien faire dans l'intérêt de la chose publique. On déclamait aussi contre le directoire du département, qui manquait de fermeté et de patriotisme, et semblait favoriser par son inertie les aristocrates d'Arles.
• Le i3 novembre.
a Lejourdan présidait alors le tribunal du district. 5 Le a 7 décembre 1791.
Cette ville, asile de sept cents prêtres réfractaires et de six cents catholiques nîmois, venait de lever l'étendard de la contre-révolution. Le corps électoral, réuni à Aix, n'avait fait pour la soumettre que des tentatives impuissantes. Les chiffonistes 1 arlésiens, audacieux par leurs succes, foulèrent aux pieds la cocarde nationale, outragèrent dans des acclamations publiques la souveraineté du peuple, fusillèrent des patriotes dans les rues et dans les campagnes, arrêtèrent des canons destinés à des armateurs de Marseille, s'emparèrent de quinze cents fusils envoyés en Corse par le gouvernement , élevèrent des fortifications, creusèrent des fossés et se rendirent maîtres de la tour de Saint-Louis, seule défense d'une des bouches du Rhône. Une municipalité, illégalement formée, était elle-même le foyer de la révolte. Un maire, esclave de l'aristocratie, prostitué au fanatisme religieux, se montrait à la tête de toutes les exécutions criminelles; un procureur de la commune alimentait la discorde par ses conseils et ses écrits.
Arles s'appuyait sur les papistes d'Avignon et sur les insurgés du camp de Jalès. La commune de Marseille jura d'anéantir cette coalition détestable; elle chargea Loys, officier municipal, et
1 Les chiiïbnistcs ou chiffon ier> prenaient leur nom de la fhijfone, maison où s'assemblaient les chefs de ces révoltés.
Barbaroux d'aller dénoncer à rassemblée légis» lative le directoire des Bouches-du-Rhônc. Ces députés partirent le 4 février 1792, et parurent bientôt à la barre de l'assemblée. Loys lut, au nom des Marseillais, une adresse à laquelle il joignit une dénonciation contre son frère, chef des chiffonistes arlésiens. Peu de temps après, il retourna dans le midi pour favoriser l'évasion de ce frère accusé, et Barbaroux, seul chargé des affaires de Marseille, obtint un décret du corps législatif qui manda a la barre le directoire du département.
Gela ne satisfit pas les Marseillais , qui résolurent de marcher contre la ville d'Arles et d'en finir avec elle. Le régiment d'Ernest en garnison a Aix pouvait s'opposer a leur passage ou se joindre aux troupes rassemblées a Avignon. 11 fut décidé que ce régiment, fort de neuf cents hommes, serait désarmé. La révolution n'offre pas d'entreprise plus hardie. Le 25 février, a dix heures du soir, la municipalité de Marseille fit battre la générale, et deux cents hommes se réunirent à la Porte-d'Aix; une seconde générale fut battue a une heure du matin, et six cents volontaires se joignirent au premier rassemblement avec neuf pièces de canon. Cette force armée prit aussitôt la route d'Aix par un temps affreux, sous le commandement d'un perruquier, nommé Martin. Cinq cents hommes seulement
arrivèrent au pont de l'Arc, dans la matinée du 26; là ils firent une halte; les autres restèrent en arrière, épuisés de fatigue. A l'approche des Marseillais, le maréchal -de-camp, Puget de Bar bentane, commandant le département, fit distribuer des cartouches aux suisses et doubla tous les postes. En même temps deux compagnies de grenadiers et une de fusilliers allèrent chercher les drapeaux. Barbentane ordonna à ces compagnies de s'arrêter à l'entrée du Cours , et marcha lui-même avec un bataillon pour les soutenir. Les Marseillais venaient d'entrer dans la ville. Barbentane, arrivé au bout de la rue Saint-Jean, apprit que la municipalité allait venir et fit arrêter sa troupe. Les drapeaux passèrent devant les Marseillais, qui leur présentèrent les armes. Le bataillon d'Ernest resta en colonne et attendit le corps municipal. Les Marseillais firent avancer une pièce de canon jusques k environ soixante pas de la tête du bataillon, tandis que le reste de leur artillerie était placée de manière à prendre les Suisses par le flanc, en cas qu'ils débouchassent de la rue où ils stationnaient. Le maire et quelques officiers municipaux n'arrivèrent enfin que pour requérir les Suisses de rentrer dans leur quartier; il fallut obéir. Les Marseillais furent aussitôt logés chez les habitants. Quelques heures après, ils désarmèrent tous les postes, excepté celui de la porte Saint-Jean, qui était le
plus près de la caserne et qui fut bientôt retiré par les ordres de la municipalité. Dans la nuit , les Marseillais, renforcés des patriotes d'Aix, battirent la générale , remuèrent du canon, et le 27, à sept heures du matin, ils entourèrent les casernes en faisant des dispositions hostiles : leurs bouches à feu étaient braquées. Il y eut entre Barbentane et Martin des pourparlers qui n'eurent aucun résultat. Les administrateurs du département se tenaient cachés; le corps municipal ne savait plus quel parti prendre. Le temps pressait, car les Marseillais demandaient que les Suisses sortissent de la ville, après avoir mis bas les armes; et déjà leurs canons tonnaient, et une sentinelle de la troupe assiégée recevait un coup mortel. Barbentane déclara alors a Wateville, commandant du régiment d'Ernest, qu'il laissait à sa prudence de prendre telle résolution qui lui conviendrait. Wateville rassembla ses officiers et leur dit qu'il aurait désiré , comme eux , de périr à la tête de ce brave régiment, mais qu'il en était responsable au canton, et qu'il ne pouvait sacrifier sans utilité neuf cents de ses sujets; qu'ils étaient en France pour défendre le royaume, et non pour combattre des citoyens français. Il leur ordonna ensuite de veiller h ce que toutes les compagnies déposassent leurs armes, sous sa seule responsabilité. Les armes furent en effet remises ; le régiment sortit des casernes a une heure après
40i HISTOIRE
midi, emportant ses drapeaux, et se dirigea ver? Toulon.
Le 28 , la colonne marseillaise rentra dans ses foyers. Le même jour, une bouquetière, nommée Cayol , ancienne protégée de Chomel , se disputa avec la femme d'un volontaire, et traita de brigands tous ceux qui avaient fait partie de cette expédition. 11 n'en fallut pas davantage pour ameuter une multitude de femmes, qui la traînèrent jusques au Cours où elles se disposèrent a la pendre. Guiraud, officier municipal, volant a son secours avec un détachement de la garde nationale, la prit sous le bras, la conduisit a Thotel de ville et la fit cacher dans une latrine. Elle n'y resta pas long-temps en sûreté : une populace rugissante força tous les obstacles, s'empara de la victime, la traîna en l'accablant de coups jusques au commencement de la rue de la Prison , et la pendit au réverbère. La corde cassa ; la malheureuse Cayol tomba sur le pavé , et on la pendit de nouveau.
Le conseil-général des Bouches-du-Rhône chargea Rebecquy et Bertin de veiller sur Arles, avec pouvoir de requérir la force publique pour leur sûreté personnelle. Les commissaires, donnant à ce mandat une plus grande extension , requirent 4,000 hommes de la garde nationale et 50 pièces de canon ; ils se disposèrent ainsi à soumettre 1rs chifibnistes. Le département, surpris de ces le-
vées, les manda tous les deux pour rendre compte de leur conduite. Ils se présentèrent avec une escorte qui força les accusateurs au silence. Quelques bandes armées du Gard et de la Drôme vinrent se ranger sous leurs enseignes. Le 19 mars, l'assemblée législative déclara la ville d'Arles en état de révolte. Rebecquy et Bertin n'avaient pas attendu ce décret pour agir, et Parmée marseillaise se concentrait à Tarascon. Le 28, elle se mit en marche pour Arles, que les insurges abandonnèrent. Les patriotes arlésiens vinrent a la rencontre de leurs libérateurs. Les portes de la ville étaient ouvertes; cependant les Marseillais firent à coups de canon une brèche aux remparts, et ils entrèrent tambour battant, mèche allumée et drapeau déployé, comme dans une cité rebelle. Rebecquy et Bertin mirent six cents hommes a la poursuite des fuyards réfugiés dans la Camargue. Ils ordonnèrent la démolilion des murailles et s'emparèrent de toutes les munitions de guerre ; ensuite les deux chefs marseillais, méprisant les ordres du pouvoir exécutif, ne répondant a aucune lettre, bravant Wigenstein lui-même, général de l'armée du midi, s'avancèrent fièrement avec une partie de leurs troupes sur l'ancien comtat venaissin , pour organiser le pays réuni à la France sous le nom de districts de Vaucluse et de Louvcze. Faure et Pinet, commissaires du département de la Drôme, se joignirent à eux dans les
mêmes vues, et peu s'en fallut que l'assemblée législative ne les décrétât tous d'accusation. Ils furent seulement mandés k la barre, grâce aux efforts de Barbaroux , qui avait des liaisons avec les députés les plus influents.
Barbentanc fut destitué comme complice du désarmement du régiment d'Ernest; a cette nouvelle, le club de Marseille s'agita et fit entendre des imprécations. Il adopta une adresse au roi rédigée en termes violents par Alexandre Ricord, le plus fougueux entre les fougueux démagogues. La société avait depuis quelque temps l'habitude d'envoyer des commissaires dans toutes les communes provençales pour y former l'esprit public; et le nom marseillais, devenu partout redoutable, faisait une impression difficile à décrire J.
« Voici un paragraphe de cette adresse, lequel peut donner une idée du reste : « Il nous suffit de te dire que nous voulons « Barbentane au milieu de nous; et si tu persistes dans ton « injustice, tes barbares satellites Tiendront l'arracher d'entre « les Marseillais , bien résolus de leur faire payer chèrement « leur témérité. Tu seras peut-être étonné de notre langage; « tu ne le serais pas , si tu étais convaincu que le peuple est « souverain , et toi seul sujet. »
a Un de ces commissaires écrivait au club ce qui suit : « In- « struits que dans quelques endroits plusieurs enfants de sept « à huit mois n'avaient pas été baptisés, par l'imbécilité fana- « tique de leurs parens , nous avons eu recours à un moren « qui en a fait baptiser une infinité. Précédés d'une nombreuse « musique qui nous a toujours accompagnés, nous nous trans-
Les opérations de Rcbecquy et de Bertin forent vivement blâmées par Wigenstein dans une lettre qu'il écrivit, le 4 avril, aux administrateurs du département : c'en fut assez pour déchaîner contre ce général toutes les passions populaires. Micoulin le traite d'anlropophagc > et voilà que Ricord l'accable aussi d'invectives dans son journal La tribune du club retentit de dénonciations fu-
, Le ministère eut la faiblesse de céder. De Coincy, soupçonné d'avoir favorisé les rebelles d'Arles, fut remplacé par Pugct-Barbcntanc dans le commandement de la 8e division militaire , et Montesquiou succéda à Wigenstein.
Les despotes de l'Europe conspiraient contre l'indépendance du peuple français , et leur attitude menaçante inspirait de l'audace aux ennemis de la révolution, qui, dans leurs vœux impies, appelaient au secours d'une cause désespérée et la guerre civile et la guerre étrangère. Les royalistes marseillais s'agitaient sourdement; ils donnèrent, le 16 avril, un spectacle bien ridicule. Une troupe de femmes qu'ils avaient ameutées se
« portions aux maisons que l'on nous désignait : là nous pre- « nions ces enfants , et nous allions en pompe , avec des com- * mères patriotes , leur faire administrer le baptême par les « curés constitutionnels, »
• Journal des départements méridionaux et des débats des amis de la constitution de Marseille , n° 67.