‹ Histoire de MarseilleChapitre 18 sur 25 · II. 3o · texte numérisé non relu

II. 3o

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porta , sur les neuf heures du soir, dans diverses églises, s'empara d'une croix, d'un buste de Jésus, d'une sonnette , et parcourut la ville en criant vive la religion! à bas la constitution! Cette bande insensée voulut troubler la séance de la société populaire. On avait eu la précaution de faire porter la croix par une femme avancée dans sa grossesse. Celle-ci parvint jusques a la barre , et Arbaud, président, lui fit quelques questions ; elle y répondit d'une manière vague, et l'assemblée, sans l'insulter, la livra à la justice ordinaire.

Quelques patriotes aussi avaient leurs égarements; car, chez eux, tout n'était pas pur, et ils ne montraient pas toujours le beau côté de la nature humaine. Des ambitieux sans conviction, des intrigants sans pudeur adressaient à la liberté des hommages intéressés; ils épiaient les événements pour en tirer profit, et, dénonciateurs faméliques, ils s'acharnaient sur les réputations et se ruaient sur les emplois publics. Comme il fallait avant tout se faire remarquer, il y avait lutte d'exagération dans le langage et les doctrines; de sorte que la plupart de ces hommes prenaient plaisir à paraître plus méchants que la nature ne les avait faits : de la , des opinions délirantes, des turpitudes, des blasphèmes; de là, un luxe d'extravagance, un raffinement d'iniquité. Les signes distinctifs du patriotisme par excellence consistaient dans des propos grossiers, dans

un pantalon déchiré et dans du linge sale. Tons les caractères allaient sans cesse corrompant leurs voies, et même les plus modérés se surprenaient privés de modération : aussi , comment rester froid et indifférent au milieu de tant de choses

étonnantes qui ont ébloui le monde ému? Les princes conjurés qui préparaient des chaînes pour notre patrie, qui en appelaient a la force brutale pour comprimer des élans de liberté, ne savaient pas que leur injuste agression rendrait plus redoutable le génie révolutionnaire et les ferait trembler sur leur trônes débiles. La guerre !.... la France indépendante ne la redoute pas : c'est là ce qu'il lui faut. Fière et sublime dans sa colère, elle oubliera ses misères au sein de la victoire , et cachera ses blessures sous des lauriers que rien ne peut flétrir. La guerre! — les patriotes de Marseille l'appellent aussi à grands cris; ils veulent que les Français, frappant les premiers coups, lancent sur tous ces rois trméraires la foudre vengeresse; de plus, ils veulent dépouiller Louis xvi du faible pouvoir qui lui reste, et s'adressent ainsi au corps-législatif : (( Législateurs, représentants, pourquoi êtes- « vous la? que faites-vous? Au nom de la patrie, « la guerre! ... guerre h Léopold!.... guerre au « véto ! » La ville offre l'aspect d'un vaste camp. Tous les bataillons de la garde nationale rivalisent de zèle et d'enthousiasme. Tous les citoyens

déposent des offrandes sur l'autel de la patrie, et y prononcent le serment de vivre libres ou de mourir. Des femmes, armées de piques et portant a leurs bras des cocardes tricolores, vouent a l'anathême les traîtres et les lâches -, elles promettent de verser leur sang pour la plus sainte des causes, et rappellent ainsi ces héroïnes admirables, gloire éternelle des annales marseillaises. La municipalité distribue aussi des piques aux élèves du collège de Poratoire qui forment un bataillon, nomment leurs officiers, et s'exercent aux évolutions militaires, en faisant retentir les airs de chants patriotiques Le commandant se présente, le 27 mai, h la barre du club, et prononce une harangue brûlante Pauvres enfants qui s'arrachaient a leurs études et à leurs jeux pour prendre part avec leurs pères a des querelles sanglantes! êtres faibles et trompés qui déjà prononçaient des paroles cruelles!

« « Mourir sur le champ de bataille, mourir dans le feu du « carnage, sur des tas d émigrés, d'esclaves, de tyrans, sur « un lit de drapeaux rougis du sang impur de l'aristocratie, « quelle mort plus glorieuse ! quel sort plus digne d'envie ! « quel plus puissant motif d'enflammer le courage des vrais « Français, des patriotes!

« Quant à moi, fidèle observateur d'un serment sacré, toute « mort est égale à mes yeux, pourvu qu'elle soit utile à ma « patrie. Pour la cause du peuple et de la liberté, je me glo-

« rifierais de mourir où ? sur un échafaud ! L'échafaud n'a

« jamais fait la honte du supplicié, et l'échafaud ferait ma « gloire. »

DE MARSEILLE. 4(iî)

Barbaroux et Rebecquy, tournant leurs regards vers le midi, y cherchaient un point de résistance, lis ne perdaient pas de vue les intérêts particuliers de Marseille et correspondaient avec Mourraille , qui déployait une prodigieuse activité, malgré ses soixante-dix ans. Par les conseils de ses deux compatriotes, ce magistrat du peuple approvisionna la ville de grains; il envoya cinquante commissaires dans les départements méridionaux et aux armées d'Italie , des Alpes et des Pyrénées, pour y resserrer les liens de la fraternité. Il cultiva l'ami tic de Paoli et de ses Corses ; il provoqua le département des Bouchesdu-Rhône a retenir le produit des impôts que dévoraient la cour et les ministres, et le département le retint.

Louis xvi refusait de sanctionner le décret pour la réunion de vingt mille gardes nationaux sous les murs de Paris. Dans une conférence que Barbaroux eut avec Roland, il fut résolu que Ton tenterait tous les moyens pour garantir les départements du nord et la capitale , et il leur parut que le plus sûr était d'exécuter le décret, malgré le véto royal. Barbaroux promit de demander à ses compatriotes un bataillon et deux pièces de canon. Il écrivit à Marseille d'envoyer à Paris six cents hommes qui sussent mourir l.

• Expression de Barbaroux dans ses mémoires.

Au mois de juin , le conseil-général de la commune décréta la formation de ce bataillon célèbre, composé seulement de cinq cents hommes, pour aller droit à Paris. Le directoire du district, donnant son adhésion avec empressement, s'en* gagea à fournir tous les fonds nécessaires. Le nombre des volontaires qui se firent inscrire fut considérable, et l'on choisit les plus exaltés , qui furent bientôt prêts à partir sous le commandement de Moisson.

Partout le peuple, bravant le veto du roi, disait qu'il sanctionnait lui-même le décret de l'assemblée législative, et Montpellier organisait aussi son bataillon. Le club de cette ville envoya deux députés au club de Marseille pour savoir si le bataillon marseillais était prêt et pour s'entendre touchant le départ. L'un de ces députés, nommé Mireur, doué d'une voix forte et sonore, lit entendre pour la première fois, dans un banquet patriotique, l'hymne immortel que Rouget de l'Isle venait de composer, et qui n'était point encore connu. Mireur chanta avec une expression si énergique que tous les assistants en furent électrisés. Alexandre Ricord et Micoulin, présents au banquet, demandèrent ces paroles qu'ils purent obtenir de suite parce que Mireur en avait quelques copies manuscrites, et ils les insérèrent le lendemain 1 dans leur journal, sous

• Le a3 juin 1792.

le titre de Chant de Guerre , aux armées des frontières, sur l'air de Sargines 1 . Ce chant martial et sublime fut imprimé séparément et distribué à chaque soldat du bataillon marseillais.

On afficha une lettre du ministre de la guerre qui ordonnait de suspendre le départ des gardes nationaux ; cet ordre ne servit qu'à hâter la marche des cinq cents volontaires , qui se mirent en route avec deux canons, le 2 juillet, vers les sept heures du soir, au milieu d'un peuple immense. Ils entouraient l'arbre de la liberté, récemment planté au Cours Saint-Louis , lorsque les membres de la société populaire, ayant à leur tête Maillet jeune, président, arrivèrent au pied de cet arbre ; Maillet monta sur une table, et s'écria, en tenant a la main un bonnet rouge : « Citoyens-soldats, « quel beau jour pour les amis de la constitution ! «Ils viennent, par ma bouche, vous exprimer « leurs vœux pour le succès de votre entreprise. «Allez, braves défenseurs, allez faire pâlir le « tyran sur un trône qu'il ne mérite plus; allez « lui dire que le peuple souverain est la pour « sanctionner des décrets qu'il a frappés de son «monstrueux véto; dites-lui qu'il a comblé la «mesure d« ses perfidies; dites-lui surtout qu'il «a beau se coaliser avec ses frères rebelles et

' On n'y voit pas la strophe qui commenc e par ces mot*. : Xous enlrctvns dans la carrirre, rie. Il esl probable qu'elle a été faite postérieurement.

«tous les despotes couronnés, que les Français « libres ne les craignent point ; que, fiers de la « conquête de leur liberté , il sauront s'en rente dre dignes ; qu'ils apprendront même aux au- « très peuples à chérir cette divinité tu tel a ire. « Allez , frères et amis , soutenir le nom mar- « seillais. Vous offrirez l'image des trois cents « Spartiates au passage des Thermopyles; vous « défendrez ce drapeau tricolore confié à votre « courage; vous le reporterez teint du sang de «vos ennemis. Généreux citoyens, acceptez ce « bonnet , signe vivant de la liberté que vous « allez affermir. N'oubliez pas vos frères que u vous quittez. Jurons tous ensemble de vivre (( libres, et de purger la terre des tyrans et des « ennemis de l'égalité. »

11 dit , et plusieurs salves d'applaudissements mêlés a des clameurs frénétiques frappèrent longtemps les airs comme la voix tonnante d'un grand peuple en colère. Le bataillon sortit de la ville en chantant les strophes admirables de Rouget , et pendant toute sa route il les répéta avec un enthousiasme si communicatif, que les populations enflammées ne cessèrent de faire chorus. Ainsi se propagea la Marseillaise. A ses divins accents, tous les cœurs français tressaillirent; les hordes étrangères éprouvèrent des déplaisirs mortels, et vous volâtes à la victoire , jeunes légions de la patrie , et vous fîtes ces grandes choses qui

épuiseront l'admiration de la postérité , héroïques soldats de la république française.

Pendant que le bataillon s'avançait vers Paris, les Marseillais signaient une adresse aux hommes libres des 83 départements ; Alexandre Ricord dénonçait au club V abominable Lafayette, qu'on peut justement regarder comme le réceptacle de tous les vices et comme impénétrable aux moindres rayons de vertu 1 . Bientôt on voulut flétrir l image du grand citoyen par des supplices diffamans. Un mannequin qui le représentait fut pendu à un réverbère placé au milieu du Cours 9 . Un juge de paix vint faire enlever cette effigie ; mais le peuple s'en empara , l'attacha à la queue d'un âne blanc, parodie du fameux cheval, le traîna ainsi dans tous les égouts de la ville , et le jeta ensuite à la voirie.

On ne tarda pas à répandre des bruits sinistres. On disait que les aristocrates , ourdissant un complot contre la liberté, avaient pris pour mot d'ordre les lettres M. G. , c'est-k-dire , massacre général ; qu'ils devaient s'emparer pendant la nuit de l'artillerie de la garde nationale, puis mettre le feu au port et à différents quartiers. Le

• Ainsi s'exprimait Ricord, le i3 juillet 179a. a Le mannequin avait sur le devant un écritcau qui portait : Ccst le sort des traîtres; et sur le dos :

De Lafayelle ici reconnaissez l'image :

De Ions les scélérats tel sera le partage.

23 juillet, un domestique de Boyer fils aîné, marchand drapier, déclara à Donadey , chef de bataillon de la section numéro 1 2 , qu'il avait entendu une conversation entre son maître et le frère de celui-ci, laquelle paraissait prouver qu'ils étaient tous les deux au nombre des conspirateurs. La commune fit aussitôt prendre les armes a 4,000 hommes de la milice citoyenne, sous le prétexte de marcher contre La Ciotat, qui venait d'expulser les patriotes. Boyer jeune s'enfuit; son frère, qui était de garde à l'hôtel- deville, fut arrêté dans la nuit et jeté dans les prisons. Le lendemain au matin, le peuple désarma la garde du palais de justice , s'empara du détenu, l'accabla de coups et l'accrocha à un réverbère. 11 pendit aussi Cadet, dit Beaucaire, et Olivier , professeurs d'escrime ; il pendit encore Neuzate et Tassy , religieux minimes , et traîna dans les rues leurs corps mutilés et sanglans. Le cadavre du malheureux Tassy était dans un état complet de nudité. La multitude fit subir le même sort a Belan, perruquier, accuse d'avoir tenu des propos aristocratiques, et, quelques jours après, à Chabert, de Nîmes, courtier 1 , à Melon , ci-devant garde de police , et à Bégon, carrossier*. On eut la barbarie de pendre

• Le 5 août.

ce dernier par une jambe et de lui couper ensuite la tête. Les harengères célébrèrent par des danses ces horribles assassinats. Toujours on vit ces femmes abruties , ces mégères ignobles, se passionner pour la vue des supplices, et, dans leur joie féroce, dans leur rage insultante, trouver trop courte l'agonie des victimes.

Cependant, le bataillon marseillais était arrivé à Charenton. Barbaroux , Rebecquy et Bourdon de l'Oise allèrent a sa rencontre : leur plan était de marcher sur les Tuileries avec 30,000 Parisiens que Santerre leur avait promis , et de proclamer sur-le-champ la déchéance du roi. Le 29 juillet, les Marseillais firent leur entrée à Paris. Santerre manqua de parole, et la conspiration échoua.

Quelques jacobins offrirent un banquet a leurs frères de Marseille, et les tables furent placées aux Champs-Elysées , a côté d'un jardin où les grenadiers des Filles-Saint-Thomas célébraient une orgie. Ils insultèrent, dit-on, plusieurs spectateurs , et tirèrent l'épée. Alors un cri se fit entendre : à nous les Marseillais ! Ceux-ci sautèrent par les fenêtres, franchirent les palissades et mirent les grenadiers en déroute. Un de ces derniers tira un coup de pistolet et tomba d'un coup de sabre. Marat, aussi atroce que fou, avait envoyé a Barbaroux un petit écrit : il l'engageait u le faire imprimer pour le distribuer aux Mur-

seillais , qu'il provoquait a attaquer le corps- législatif. 11 fallait, disait-il, épargner la famille royale , mais exterminer une assemblée évidemment contre-révolutionnaire. Barbaroux tint conseil avec le député Granet, et l'ouvrage fut rejeté comme abominable. Marat, déjà décrété d'accusation , supplia Barbaroux de le sauver en remmenant à Marseille, déguisé en jockei. Robespierre, qui circonvenait aussi le jeune Marseillais, lui fit proposer une conférence à la mairie avec Fréron et Panis: Barbaroux s'y rendit. 11 s'agissait de déterminer le bataillon de Marseille à quitter les casernes du haut de la Chaussée - d'An tin pour s'établir dans celle des Cordoliers : ce projet fut adopté. Fréron et Panis firent ensuite entendre qu'il fallait que quelqu'un se mît à la tète du peuple. Voudriezrvous donc un dictateur? s'écria Barbaroux. Non , répondit Fréron , mais vous savez que Brissot veut Vétre. Sergent survint, on fit silence. Le lendemain, Barbaroux, invité a une autre conférence chez Robespierre , s'y rendit avec Rebecquy et Pierre Baille1. Il y trouva Panis et un abbé couvert de guenilles qui fut plus tard juge au tribunal révolutionnaire. Il fut encore question de placer les Marseillais aux Cordeliers. Ensuite Robespierre, se vantant d'avoir imprimé

• Baille représentait alors à Paris le directoire du dtjurte ment des Bouchcs-du-IMiône.

a la révolution un mouvement rapide , soutint qu'elle s'arrêterait si quelque homme populaire ne s'en déclarait le chef. Je ne veux pas plus d'un dictateur que d'un roi, répondit brusquement Rebecquy, et la conversation fut rompue. En sortant , Panis serra la main aux trois Marseillais : Vous avez mal saisi la chose, leur dit-il; il ne s'agissait que d'une autorité momentanée, et Robespierre est bien l'homme qui conviendrait pour être à la tête du peuple. Barbaroux répartit : Non , non , n'insistez pas : les citoyens de Marseille ne baisseront jamais le front devant un dictateur.

Arrive enfin la journée mémorable du 1 0 août. Les Marseillais impatients de renverser la royauté occupent les postes les plus périlleux et portent les premiers coups. L'intrépide Moisson , atteint d'une mitraille a la jambe , est porté dans la maison de Barbaroux et de Rebecquy. Granier, commandant en second du bataillon , pénètre jusques aux appartements du château : poursuivi à coups de baïonnette par les défenseurs du trône, il les repousse avec son sabre, saute de la barrière du grand escalier , échappe aux balles de ses propres soldats qui tiraient sur les Tuileries, tombe sans se blesser, se met a la tête des Marseillais , fond avec eux sur les Suisses, les enfonce, et le peuple bientôt pousse des cris de victoire. Pendant qu'on massacre dans les appartements , sur

les toits, dans les caves, les Suisses armés ou désarmés, les officiers, les valets du château, cl cm

reculées, et y trouvent deux jeunes filles mourantes de frayeur. La voix de la pitié se fait entendre dansv leurs cœurs ivres de carnage. Ils enlèvent dans leurs bras ces filles qui se croyaient promises à une mort certaine, et, le sabre à la main , ils traversent leurs camarades irrités , Ja foule amoncelée , et les portent au delà des Tuileries pour les rendre à leurs mères.

Rebecquy etBcrtin, rétablis dans leurs fonctions de commissaires h Avignon, partirent bien tôt pour Marseille avecBarbaroux, qui venait de dénoncer a l'assemblée législative Blanc-Gilly , député des Bouches-du-Rhône , lequel avait écrit que le roi de Prusse arriverait bientôt à Paris pour châtier la France. L'assemblée le décréta d'accusation ; mais il se déroba à ce décret par la fuite.

Les Marseillais honorèrent, dans des cérémonies pompeuses , la mémoire de leurs compatriotes morts a l'attaque des Tuileries. Des crimes succédèrent à cette apothéose. Un homme sorti depuis peu de temps de l'hospice des Insensés coupa une branche de l'arbre de la liberté , aux allées de Meilhan : la police le condamna a rentrer dans l'hospice. Pendant qu'on l'y conduisait, un attroupement s'empara de lui et le pendit. On pendit

aussi Camon , ancien ami de Lieutaud , et trois hommes accusés de vol Un boulanger , qui, disait-on , ne vendait que de mauvais pain, fut placé sous la fatale lanterne ; mais il eut le bonheur de se sauver.

Avignon faisait alors partie du département des Bouches-du-Rhône , et le corps électoral tint ses séances dans cette ville pour nommer des députés a la convention nationale. Cette assemblée, sous la présidence de Barbaroux , accorda ses suffrages a son président, k Mourraille , Duprat , Rebccquy , Orner Granct , Durand - Maillane , Moïse Bay le , Pierre Baille, Gasparin, Deperret, Itovère et Carra *; elle élut pour suppléants Pélissier3, Laurent Bernard, Dubois-Crancé ctMainvieille. Mourraille n'accepta pas ce mandat, et fut remplacé par Bernard. Notre cœur saigne en mentionnant un fait qui peint les sentiments des électeurs , mais nous ne devons pas le passer sous silence : k la nouvelle des massacres du 2 septembre , ils firent retentir la salle de leurs applaudissements.

Nos regards sont encore condamnés k se fixer sur des scènes d'horreur. Bremond -Julien, son

• Toutes ces exécutions populaires furent faites dans les derniers jours du mois d'août.

• Carra opta pour le département de Saône-ct-Loirc, qui le nomma aussi.

3 Pélissicr remplaça Carra.

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cousin Bremond, dit l'Américain, Obscur, marchand de charbon, et Vasque , voilier, s'étaient réfugiés dans une maison de campagne. Le 8 septembre, un détachement du bataillon des Grands- Carmes les conduisit à Marseille. Bremond V Américain fut pendu à la rue d'Aix, et Bremond-Julicn au milieu du Cours. On voulut pendre Vasque à la rue Thubaneau, devant la porte du club ; mais la corde se rompit, et on traîna ce malheureux, palpitant encore, dans la rue Longue-des-Capucins et dans la rue Noaillcs, oii on le pendit aussi. Obscur perdit la vie de la même manière à la place Noailles. Trois jours après, la commune organisa un corps de 1 ,500 hommes , pour aller renforcer le cordon de troupes françaises sur les bords du Var , et cette colonne se mit bientôt en marche. A son passage k Brignolles , les sansculottes du pays lui amenèrent un boulanger qui, disait-on, avait crache sur un assignat. Les Marseillais délibérèrent a l'instant de pendre cet homme a un arbre, parce qu'il n'y avait pas là de lanterne. Pendant que plusieurs soldats mettaient la main h l'exécution , le perruquier Michelet, capitaine d'une compagnie, se plaignit de leur maladresse, sortit des rangs, quitta son habit, et pendit lui-même l'infortuné boulanger, aux applaudissements de tous ses frères d'armes et aux cris de vive la liberté 7 Coudoulet, ancien notaire , fut arrêté avec son fils aux environs de

Salon. On les conduisit tous les deux à Marseille devant Mourraille , qui, après un court interrogatoire , ordonna qu'ils seraient traduits au palais de justice. A peine parvenus au bas du grand escalier, ils furent saisis par la bande de bourreaux et traînés le long du quai du port jusques à la place Royale. Le fils fut pendu en face àzVHôtel-des- Princes, et , comme on se disposait à accrocher le père a la lanterne la plus voisine , le malheureux vieillard , embrassant les genoux des monstres qui le garrottaient, leur demanda pour toute grâce de lui éviter la vue affreuse du cadavre de ce fils chéri. Alors on le traîna jusques à la porte du théâtre du Pavillon, ou il fut immolé. On pendit encore un homme à la place Saint- Jean.

La convention ouvrit ses délibérations le 21 septembre. Les députés des Bouches -du -Rhône ne siégèrent pas sur les mêmes bancs et n'eurent pas les mêmes vues politiques. Barbaroux, Rebecquy, Duprat et Deperret prirent place parmi les girondins; Rovère, Laurent Bernard , Gasparin, Moïse Bayle , Pierre Baille et Granet 1 se rangèrent sous le drapeau de la montagne ; Durand- Maillanne et Pélissier s'assirent au milieu de la plaine* y rendez -vous accoutume des égoïstes et des lâches. Dans une des premières séances3,

» Granet s'assit constamment au sommet de la montagne.

3 Le centre de rassemblée.

3 Le a5 du même mois de septembre.

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