‹ Histoire de MarseilleChapitre 19 sur 25 · II. 3l · texte numérisé non relu

II. 3l

Rcbecquy et Barbaroux commencèrent la lutte mémorable des deux partis. Rebecquy déclara

aspirait à la dictature, et que Robespierre en était le chef. Barbaroux se présenta pour signer cette dénonciation courageuse , et signala, dans un discours remarquable, les ouvertures que Panis lui avait faites. 11 accusa aussi la commune de Paris de marcher avec insolence à l'envahissement de tous les pouvoirs ; il lui imputa des projets liberticides et des mesures désorganisatrices. Panis donna un démenti au députe de Marseille. Quelque temps après , Louvet lança , de son côté, contre Robespierre et Marat une accusation fulminante. Barbaroux se présenta encore pour dénoncer Robespierre , et s'écria qu'il était prêt à graver sa déclaration sur le marbre : on refusa de l'entendre. Il descendit alors à la barre pour soutenir son accusation en qualité de pétitionnaire, et réclama la (acuité qu'on accordait à tout citoyen. Cette demande, généralement blâmée, fut approuvée par Lanjuinais, qui combattit l'ordre du jour au milieu d'un affreux tumulte. L'ordre du jour fut adopté, et cette décision , ne servant qu'à fortifier les ressentiments et les haines , acheva le triomphe de Robespierre et d'une commune usurpatrice.

Mourraille, suivi de six cents gardes nationaux, proclama avec pompe , dans toutes les rues de

Marseille , l'abolition de la royauté. Se plaçant ensuite devant Tau tel de la patrie , il dit au peuple qu'il était enfin délivré pour toujours des tyrans qui l'opprimaient depuis tant de siècles. Par le fait, estait là une cérémonie dérisoire; car, depuis quatre mois, Marseille, marchant dans toute la force de ses mœurs républicaines, avait su s'affranchir du pouvoir royal alors qu'il existait encore en France. Mais cette ville turbulente ne savait pas faire usage de son indépendance : tout y allait en dégénérant. Les patriotes purs s'éloignaient du club, qui n'était plus qu'un dégoûtant théâtre sur lequel des jacobins sans talent comme sans vertu venaient faire des parades. La commune pensa enfin, non à poursuivre les pendeurs, mais a empêcher les pendaisons : elle voulut rendre à la justice son cours régulier, et forma, dans les derniers jours de septembre 1 792, un tribunal populaire , composé de quarante-huit juges, choisis par les vingt-quatre sections de la ville; elle divisa ce tribunal en deux chambres, Tune d'accusation et l'autre de jugement. La première fut présidée par Pierre Laugier, vérificateur des écritures de commerce ; la seconde par Arnaud, dit X Américain. Le tribunal populaire acquitta un grand nombre de prisonniers accusés de délits contre-révolutionnaires. Lorsque le président avait prononcé la mise en liberté d'un prévenu , l'huissier de service

lui présentait une couronne de laurier, et le peuple le portait en triomphe. C'était pourtant ce même peuple qui , quelques jours auparavant, assistait avec avidité à l'horrible spectacle des pendaisons.

Le bataillon du 10 août était parti de Paris, et sa rentrée à Marseille avait été fixée au 22 octobre. La municipalité, Pétat-major de la garde nationale et tous les corps administratifs l'attendirent à la Porte-d'Aix, sous un arc de triomphe. Il s'avança au milieu d'une foule immense, et Mourraille, après avoir célébré sa gloire dans une harangue patriotique , lui présenta une couronne de laurier qu'il plaça sur le drapeau. Les officiers du bataillon se présentèrent au club, et Chompré, qui présidait l'assemblée, donna à Moisson l'accolade fraternelle et un sabre d'honneur. Le lendemain, les volontaires , suivis des dames de la halle , se rendirent au Grand-Théâtre , en faisant des farandoles et en chantant des couplets injurieux pour Louis XVI et Marie- Antoinette. On jouait la Mort de César; ils firent cesser le spectacle, hurlèrent la Marseillaise , et, h la dernière strophe, ils forcèrent tous les assistants de se mettre à genoux.

Par l'influence de Barbaroux, Mourraille et la commune résolurent d'envoyer à Paris un second bataillon : ils le composèrent d'ouvriers et de quelques fils de famille, et en donnèrent le coni-

DE MARSEILLE. 4tt*

mandement à Masson, teinturier, llardoin, horloger, fut nommé commandant en second. Tous les officiers se rendirent à la société populaire, le 1 2 novembre ; ils montèrent à la tribune et prêtèrent le serment de fidélité aux lois de la république et de haine à la royauté. Le 14, ils se mirent en route pour Paris.

Parmi les prêtres de Marseille réfugiés sur une terre étrangère, se trouvait un vénérable vieillard de 85 ans, modèle de simplicité touchante et de douceur angélique; sa longue vie s'était écoulée dans des pratiques de vertu et dans des actes de bienfaisance : riche de bonnes actions, il ne possédait aucun bien terrestre, parce qu'il donnait tout aux pauvres; il s'imposait même les privations les plus dures pour soulager les infortunés, et on Pavait vu se dépouiller de ses propres vêtements, ne pouvant disposer d'autre chose. Ce digne apôtre, ce héros de la charité chrétienne, était Olive, curé de la paroisse Saint- Fer réol. 11 avait cherché un asile, aux environs de Nice, dans la maison de campagne d'un de ses amis, nommé Laure, originaire de Marseille. Laure Pen gagea à écrire a sa famille pour savoir s'il pourrait, sans danger, rentrer dans ses foyers, et les neveux de ce bon prêtre consultèrent Mour* raille, qui réponditqu'il n'y voyait aucun inconvénient, ni aucun péril. Olive arriva à Marseille le 13 janvier 1793, à la pointe du jour; on le

conduisit chez Mourraille, qui lui fit dire d'aller à dix heures à la mairie, où il lui donnerait les moyens d'être en sûreté dans sa maison. A l'heure indiquée , le curé se dirigea vers l'hôtel-de-ville avec un parent et un ami. Personne ne parut s'apercevoir de lui pendant ce trajet; quand il entra dans le vestibule de la maison commune , quatre hommes du peuple le saisirent sans dire un seul mot, et le traînèrent par le quai du port et la Cannebière jusquesau milieu du Cours1, où ils se disposèrent h le pendre. Olive eut la douleur de reconnaître parmi ses bourreaux un orphelin dont il avait élevé l'enfance et qu'il avait comble' de bienfaits. Il leur demanda, pour grâce dernière, la faculté de prendre une prise de tabac et le temps de faire une courte prière; ce qui lui fut accordé, et il pria avec ferveur, moins pour lui que pour ses assassins ; ensuite il se couvrit la tête d'un mouchoir blanc et subit la mort sans murmure. Cet exécrable forfait, accompli en plein jour et sans obstacle, jeta dans l'ame des honnêtes gens la désolation et l'épouvante.

Le procès de Louis xvi, qui touchait a son terme, inspirait une nouvelle audace aux sansculottes marseillais. Dans leur aveugle rage, ils ne comprenaient pas même les lenteurs judiciaires de la convention nationale, et ils accusaient

1 En face de la rue des Quatre- Pâtissiers.

cette assemblée de trahir les intérêts du peuple. Dominateurs farouches, ils firent prévaloir leurs opinions dans les sections asservies et tremblantes; elles signèrent toutes des adresses à la convention pour demander la mort du roi. Le conseil-général de la commune en envoya trois 1 . Le club fit aussi entendre des cris de vengeance et de mort. Il chargea Alexandre Ricord de porter k Paris l'énergique expression de ses vœux homicides. La veille de son départ % Ricord vint faire

' « Citoyens , c'est pour la troisième fois que nous vous « demandons la mort de l'assassin de nos frères, et jusqu'ici ■ cette demande a été raine.

« Vous craignez de manquer à la majesté de la nation en « condamnant vous-mêmes le coupable; mais la nation l'a déjà i condamné, elle n'attend plus que son supplice. Le traître « périra.

« Craignez, par vos lenteurs, d'allumer la guerre civile. Ce « fléau pourrait vous envelopper avec ceux qui voudraient « nous redonner un maître.

« Vous avez couvert l'Europe d'opinions absurdes , contra- « dictoires et inutiles, qu'on ne vous demandait pas. Ce n'était « pas l'Europe que vous deviez craindre d'irriter par votre « justice; c'était par 'la mort du coupable que vous deviez « éclairer et venger les nations; c'étaient la France et vous « mêmes que vous deviez sauver; c'étaient des ministres pervers « que vous deviez punir après le premier criminel; c'étaient, « enfin , la correction de nos lois, l'assiette de notre consti- « tution, le retour de la paix, et non de vaincs disputes que « nous attendions de nos représentants. >

Du 9 janvier 1793.

• Le 10.

tude de ce qu'elle avait jeté les yeux sur lui pour aller exprimer à la barre de la convention nationale y au nom des républicains de Marseille, Vanathime contre Louis et leur désir si souvent et si fortement prononcé pour que sa tête tombât en expiation de tous ses crimes. La société populaire eut aussi à s'occuper d'une lettre de Moïse fiayle qui se plaignait de ce que le bataillon marseillais était en proie aux suggestions lès plus perfides; il dénonçait Rolland qui , disait-il, était un homme dans le genre deMartin-le-Juste, premier maire de Marseille. Il déplorait l'égarement de Barbaroux et de quelques députés des Bouchesdu-Rhône qui étaient sans cesse autour de ce chef d'une faction ennemie de la liberté et de V égalité.

Barbaroux, membre du comité des vingt-un, fut chargé de rédiger l'acte énonciatifdes crimes de Louis. Il présenta1 cet acte à la convention, qui l'adopta avec quelques changements. Le jeune dé* puté de Marseille n'oublia pas, entre autres chefs d'accusation, d'imputer au roi d'avoir donné le commandement du midi à Wigenstein, et d'avoir fait marcher des troupes contre Rcbecquy et Berlin, lorsqu'ils s'avançaient a la tête des colonnes marseillaises pour réduire les aristocrates d'Arles et d'Avignon .

' Le 1 1 décembre 1792.

Le 15 janvier 1793, la convention procéda à un appel nominal sur cette question : Louis Capet est-il coupable de conspiration contre la liberté de la nation et d'attentat contre la sûreté générale de l'état? La culpabilité fut prononcée à la presque unanimité; il n'y eut aucun dissentiment d'opinion parmi les douze députés des Bouchesdu -Rhône. Il n'en fut pas de même sur la question de savoir si le jugement serait soumis à la ratification du peuple. Barbaroux, Rebccquy, Duprat, Durand-Maillanne et Deperret votèrent pour la ratification; Granet, Gasparin, Moïse Bayle, Baille, Rovère, Pélissier et Laurent Bernard la repoussèrent. Sur l'application de la peine, Barbaroux, Rebecquy, Duprat, Gasparin, Baille, Rovère, Pélissier, Laurent Bernard, Granet et Moïse Bayle votèrent pour la mort. Ces deux derniers ajoutèrent : dans les vingt-quatre heures. Durand-Maillanne et Deperret votèrent pour la détention et le bannissement a la paix. Sur cette question : Sera-t-ïl sursis àV exécution? Deperret seul répondit oui : Durand-Maillanne était malade.

La mort de l'infortuné Louis xvi fut annoncée à Marseille par un courrier extraordinaire qui portait une lettre d'Alexandre Ricord ». Le club

* Voici une phrase de cette lettre : « Aujourd'hui vingt-un « janvier 179^, à dix heures et vingt minutes avant midi , et

dominateur manifesta une joie sanguinaire. Déjà il avait délibéré l'exclusion de Barba roux et de Rebecquy , comme coupables d'avoir voté l'appel au peuple et de grossir le nombre de cette minorité' corrompue qui sera long- temps en horreur aux vrais républicains, de cette minorité' pusillanime qui semble avoir sacrifie ses devoirs à la peur, de cette minorité perfide qui voulait ébranler les fondements de la république, en doutant que la volonté nationale ne fût pas irrévocablement prononcée contre la royauté. Sur la demande de l'assemblée , ou plutôt sur son ordre , le directoire du district et la municipalité affichèrent une proclamation qui invitait les citoyens à suspendre leurs travaux, à fermer les ateliers et les boutiques, à célébrer, dans des réjouissances publiques, la chute de la tyrannie. Des bandes de misérables firent des farandoles, en insultant toutes les personnes bien vêtues et en criant : à la lanterne les royalistes ! Il y eut aux deux théâtres spectacle gratis de part et pour le peuple. Il y eut aussi une illumination générale ; toutes les rues furent ornées de guirlandes, d'emblèmes et d'inscriptions patriotiques. Le fanatisme républicain faisait agir les uns, la peur dirigeait tous les autres. Les plus riches se distinguaient par les dé-

« sur la place de la Révolution, Louis Capet, dernier roi de '* France, a été fait pic, repic et capot. »

monstrations les plus éclatantes, parce qu'ils étaient les plus effrayés et les plus lâches. L'appareil des supplices figura dignement au milieu de ces tristes fêtes. Pierre Bernard, forcené jacobin et joueur de profession, était accusé d'avoir levé des contributions arbitraires dans le quartier rural de Séon-Saint-Henri, à l'aide de fausses qualités et en se décorant d'une écharpe tricolore. Le 28 janvier, il fut condamné k mort par le tribunal populaire, malgré les efforts de Lavabre, son défenseur, et on l'exécuta le lendemain à la plaine Saint-Michel.

Les députés girondins étaient sans puissance à Marseille. La commune et la société populaire les accusaient avec des cris de rage , leur reprochaient d'être infidèles à la cause républicaine, et demandaient la convocation des assemblées électorales pour les remplacer ; elles sollicitaient aussi la révocation du décret qui ordonnait de poursuivre les auteurs des massacres de septembre, dénoncés par Barbaroux avec un courage infatigable. C'était surtout contre ce député célèbre que les montagnards se déchaînaient. Le club lui envoya une adresse véhémente pour lui déclarer qu'il avait perdu la confiance du peuple marseillais, et pour le sommer de se retirer ; cette adresse se terminait ainsi : Nous te vouons, toi et tes adhérents, au mépris, à V infamie et à V exécration nationale. C'est ainsi que pense la sainte

montagne de Marseille. En même temps la commune écrivit à Granet, a Laurent Bernard, à Moïse Bayle et à Pierre Baille, pour leur dire que c'était à eux seuls qué Marseille confiait ses intérêts.

Une exécution populaire vint encore répandre la consternation dans la ville. Le nommé Sarrasin avait été condamné à douze années de galères comme coupable d'avoir violé une jeune fille de cinq ans. Pendant qu'il était exposé au pilori, la populace s'empara de lui et le pendit k la rue Saint-Ferréol ; des enfants traînèrent ensuite son cadavre jusques à la Joliette et le jetèrent dans la

mer *.

Peu de jours après, la convention envoya dans le département des Bouches-du-Rhône les représentants du peuple Moïse Bayle et Boisset, en qualité de commissaires extraordinaires. Us se rendirent h Marseille , déclamèrent dans les sections, et l'anarchie fut bientôt à son comble. L'administration du département cassa le tribunal populaire , qui avait perdu la confiance des sans-culottes ; elle le remplaça par un tribunal révolutionnaire sous la présidence de Maillet jeune; Giraud, oratorien, exerça les fonctions

ni

créa un comité de contribution forcée '. Le club

• Le 6 mars I7<)3.

'Le iC dn in<hne mois.

présenta k Bayle et à Boisset une liste de 1,200 suspects dont il demanda l'arrestation ou tout au moins le désarmement. Les deux représentants s'en rapportèrent à la commune, qui ordonna que toutes les personnes désignées seraient désarmées, par mesure de sûreté générale. Le 19 mars, à cinq heures du matin , elle requit quarante compagnies de la garde nationale pour assurer l'exécution de son arrêté. On fit des visites domiciliaires, et on enleva aux suspects toutes leurs armes, même les couteaux de table. Tous les pouvoirs étaient confondus; l'administration du département, le directoire du district et la municipalité, tantôt avec le secours des notables, le plus souvent sans leur adjonction, délibéraient et agissaient en commun , sous le nom des trois corps réunis, quoique la loi leur eût tracé des attributions différentes. Le second bataillon marseillais rentra dans la ville le 24 mars, et augmenta le désordre. Les cravates du drapeau étaient teintes du sang de Louis xvi. On voyait aussi des volontaires portant au bout de leurs baïonnettes des mouchoirs blancs teints du même sang. Rebecquy, indigné de l'oppression exercée par la montagne, donna sa démission; il déclara que les lois étant sans vigueur envers les grands coupables, il ne pouvait plus siéger dans une assemblée, forcée de souffrir dans son sein des hommes que le glaive de la justice ne pouvait pas atteindre.

Ce député se réfugia à Avignon. Barbaroux, restant à son poste, opposa à l'orage un front serein qui ne pâlit jamais.

Dès les premiers jours de mars, l'armée française avait été forcée dans plusieurs de ses positions; l'évacuation d'Aix-la-Chapelle avait ouvert aux Prussiens le chemin de la Belgique. La déroute de Nerwinde la leur livra presque entière ; . ensuite Dumouriez trahit. Les trois corps administratifs firent une levée de 6,000 hommes dans le département des Bouches-du-Rhône : ils donnèrent le commandement de cette armée à Moisson, chef du bataillon du 10 août.

Des querelles affreuses déchiraient le sein de la convention ; et Danton, montrant du poing les membres de la droite, s'était écrié avec fureur qu'i/ n'y avait plus ni paix ni trêve entre les deux cotes de V assemblée. Ce fut dans ces circonstances que les sections de Marseille, après avoir déclaré leur permanence, prirent une attitude menaçante contre les montagnards; ce mouvement irregulier ne fut pas girondin , car Rebecquy ne put rien faire pour le diriger; il ne put pas même rentrer à Marseille, et continua de résider à Avignon , où il reçut les honneurs du triomphe. Les sections, en se levant, ne suivirent que l'impulsion secrète des royalistes; pourtant elles crurent prudent de ne pas jeter le masque, et toujours elles agirent au nom de la république une

et indivisible. Au fond, leurs meneurs, sans consistance, sans vues administratives et sans bonne foi politique , détestaient autant la giron de que la montagne, autant Barbaroux que Granet. Us ne pouvaient rien produire de grand et de généreux, dans cette fausse situation, et ils avaient tout ce qu'il fallait pour tout gâter; misérables qui, au lieu de prêter franchement une utile assistance à la gironde opprimée, ne s'armèrent que pour une cause privée de chaleur et de fécondité ! Aussi il était facile de prévoir qu'une révolte si mal conduite ne servirait qu'a attirer sur Marseille de nouveaux désastres.

Il n'était pas facile d'anéantir la puissance du club; Mourraille et Seytrcs paraissaient aussi avoir établi leur pouvoir sur des bases solides. Chose étonnante! ce fut le club qui porta les premiers coups a ces deux hommes qui jusque là lui avaient été chers, et les sections ne firent qu'achever un ouvrage dont elles seules profitèrent. Le 10 avril, on entendit s'élever, dans la société populaire, un cri d'accusation contre le maire et le procureur do la commune On déli-

• On dénonça le premier comme exerçant sur ses concitoyens un empire despotique, comme disposant à son gré de leur liberté, de leur vie et de la fortune publique , comme un autre Pygmalion qui, croyant voir à chaque instant la main vengeresse qui va le punir de ses forfaits, se fait escorter par des gens armés, etc On dénonça les menaces qui ont été faites

béra que celte dénonciation serait communiquée aux sections. On demanda la suppression de la mairie, véritable dictature, et Ton exprima le vœu que la municipalité nommât tous les mois un de ses membres pour président.

Deux jours après, les sections déclarent que Mourraille et Seytres ont perdu la confiance publique ; elles délibèrent que les deux commissaires de la convention seront à l'instant priés de les suspendre de leurs fonctions. Moïse Bayle et Boisset cèdent à cette prière ; ils ordonnent même que les accusés seront gardés à vue, et font mettre le scellé sur leurs papiers. Un rassemblement se forme a la plaine Saint-Michel-, on le dissipe avec promptitude , quoique maître de deux pièces de canon. Pellen, officier municipal, ose élever la voix en faveur de Mourraille et de Seytres : la section n° i i le déclare déchu de sa place et le condamne au paiement d'une amende quatre fois au dessus de ses impositions ; les autres sections adhèrent à cette sentence. Tous les roya-

dans presque toutes les sections à ceux qui ne voteraient pas pour le citoyen Mourraille, lors de l'élection du maire; ce qui prouve , dit la société populaire, que le citoyen Mourraille doit sa réélection, non à V amour ni à la confiance des citoyens, mais à la crainte des lanternes.

On dénonça le procureur de la commune comme coupable de concussion et de divertissement des fonds publics.

(Procès-verbal de la séance de la société populaire dn 10 avril 1793.)

listes qui s'étaient éloignés de ces assemblées s'y rendent avec empressement. Le 1 3 avril , un cri général s'élève contre Jean Savon, scélérat souillé de meurtres, qui avait encore le moyen d'assouvir son insatiable cupidité en forçant le citoyen paisible à racheter sa vie par des contributions pécuniaires dont il fixait lui-même le taux. Ce . grand coupable est arrêté.

Il existait dans le sein de chaque section un comité chargé de recueillir les plaintes que les citoyens avaient à faire contre les détenus. On établit bientôt un comité central composé de deux membres de chaque comité particulier.

Un décret de la convention portait que tous les membres de la famille de Bourbon seraient transférés dans les forts de Marseille. Le 22 du même mois d'avril, Philippe-Egalité, duc d'Orléans, le duc de Beaujolais, le plus jeune de ses fils, sa sœur la duchesse de Bourbon et le prince de Conti arrivèrent dans cette ville et furent enfermés dans le fort de Notre-Dame- de-la-Garde, oii le duc de Montpensier, second fils d'Egalité, se trouvait depuis quelques jours *.

Le tribunal populaire est rétabli. Moïse Bayle et Boisset visitent toutes les sections et s'efforcent d'y faire prévaloir les principes de la montagne ;

■ Montpensier avait été conduit à Marseille le 12 du même mois.

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