‹ Histoire de MarseilleChapitre 3 sur 25 · DE M AH SE! L LE · texte numérisé non relu

DE M AH SE! L LE

tout à Marseille, des ravages affreux \ Ceux qui en étaient infectés furent regardés comme des pestiférés et devinrent un objet d'horreur. On redouta leur approche, on les rélégua dans des lieux écartés

Charles vm mourut sans enfants 3. H eut pour successeur Louis xn , auparavant duc d'Orléans.

La reine Anne , veuve de Charles vm , était rentrée en possession de la Bretagne, et Louis xh, qui avait pour cette princesse une ancienne inclination, ne voulait pas perdre cette province, dont elle était souveraine : mais il était marié depuis long-temps avec Jeanne de France, fille de Louis xi. 11 demanda au pape la nullité de ce mariage , sous prétexte qu'il avait été forcé , quii n'avait point été consommé et ne pouvait l'être. Alexandre vi souillait alors la chaire de S'-Pierre qu'il occupait. Il fit examiner la demande du roi de France par trois commissaires , qui, après un examen juridique, prononcèrent la sentence de divorce. Alexandre chargea César Borgia , son bâtard , de porter cette décision a Louis xii.

- Une délibération de la commune de Manosquc, à la date de 1496, atteste que ce mal était inconnu en Provence avant cette époque : infirmitate prœdictà quœ adhuc non vigebat in provincid.

' C. F. Bouche, t. 11, p. 11.

' Le G avril 1/198.

M, MIS roui K

Borgia prit la route de Marseille sur un vaisseau appelé la [ami se > accompagné d'un grand nombre de gentilshommes italiens et espagnols. Les Marseillais, qui voulurent le recevoir avec magnificence, envoyèrent à sa rencontre quatre galères sur une desquelles était embarqué le baron de Trans, spécialement chargé de celle mission par le roi. Borgia, à son entrée dans le port ', fut salué par plusieurs décharges d'artillerie, et fut reçu, à son débarquement, par l'archevèque d'Aix, par le comte de Sault et par d'autres personnes de distinction, qui le conduisirent a la maison de ville , richement décorée , et où Ton avait apporté des reliques qu'on disait être celles de S' Lazare et de S1 Victor. Borgia se prosterna devant elles, et resta dix jours à Marseile. 11 sortit de la ville au bruit de tous les canons des remparts, et prit la route d'Aix. Toute la noblesse marseillaise l'accompagna jusqu'à Jrcn,et là il reçut encore le salut des galères, qui étaient venues s'y placer 1 . Peu de temps après, Louis xii épousa Anne de Bretagne , et procura à César Borgia le duché de Valentinois et un établissement avantageux.

La France serait devenue florissante et heureuse, si le goùl des conquêtes n'eut pas séduit Louis xu ; mais ce prince ne voulut pas renoncer

' Le il oclobîv i fi[fî.

Kwffi , t. i , liv. vi, c!i. v.

à la possession de Naplcs et aux droits qu'il avait sur Milan par Valentine Visconti, sa grand -mère. Il s'engagea dans une guerre funeste où la rapidité des succès fut suivie de promptes disgrâces. Marseille resta étrangère à cette lutte, qui fut pourtant nuisible à son commerce.

Charles vin avait eu le projet de réformer la justice en Provence. Louis xn l'exécuta à son retour d'Italie. Par un édit rendu à Lyon il érigea le conseil eminent en cour de parlement, qui fut composé d'un président, de onze conseillers dont quatre clercs, d'un avocat et d'un procureur des pauvres, de quatre notaires - secrétaires , d'un premier huissier et de deux huissiers ordinaires. Le grand-sénéchal resta chef de eelle compagnie. Il avait dans toutes les séances une place d'honneur, et le président, debout, la toque à la main, lui demandait la permission de commencer l'audience.

Les magistrats furent installés à Brignolcs % à cause des ravages que la peste faisait dans la ville ri'Aix. Revenus dans cette capitale, ils jurèrent le maintien des franchises provençales.

Cependant, loin d'être les protecteurs des libertés marseillaises, ils ne les virent qu'avec un e\tremc déplaisir. Jaloux de juger toutes les cau-

' Du 10 juillet îSni.Cctédir fut eonfu mé par une déc -laration donnée à Grenoble le a') juin i5oa. ' 2'| décembre i5oa.

ses des Provençaux , ils ne purent surtout souffrir le privilège de no?i extrahendo , et firent quelques efforts pour en paralyser l'exercice; mais ces efforts échouèrent devant les bonnes intentions du roi de France et de son grandsénéchal en Provence. Les Marseillais furent au comble de la joie lorsqu'ils virent le parlement arriver dans leurs murs et obligé de jurer , au palais de justice, entre les mains des consuls, l'observation de ces chapitres de paix qu'il aurait voulu détruire

La ville savait faire respecter ses droits. Le seigneur de Marignane imposa une taxe a tous les pêcheurs marseillais qui péchaient dans l'étang, et ne voulut pas accueillir les réclamations qui lui furent faites. Alors les Marseillais armèrent quelques vaisseaux et le forcèrent de supprimer cette taxe a.

La fameuse ligue de Cambray avait armé presque toute FEurope contre Vcnke, et Louis xn faisait la guerre a cette république. La marine marseillaise rendit à ce monarque d'importants services. Elle couvrit la Méditerranée de ses corsaires, et causa de grands dommages aux ennemis. Ricaut, parent du meurtrier de Charles Cassin , aliéna une partie de son patrimoine , acheta un vaisseau pour courir sur les vaisseaux

• Kii i5o3. — Archives de l'Hôtel de ville. s En i5o8. — Rufti , t, i. , liv. vu. , ch. v.

vénitiens, se signala par son audace et son intrépidité, fit marcher devant lui répouvante et la mort. Ses exploits lui donnèrent un illustre renom, et ses prises nombreuses lui acquirent une fortune considérable.

Le parlement d'Aix, cherchant toujours à attirer dans son ressort judiciaire les causes des habitants de Marseille, fit quelques tentatives pour détruire le privilège de non extrahendo. Les consuls Pierre de Village, Bernard de Sériato et Julien Aigucsicr, réclamèrent auprès de Louis xii, qui confirma ce droit précieux f, et ordonna expressément que le juge des appellations , établi a Marseille , jugerait en dernier ressort tous les procès entre Marseillais, sans que, dans aucun cas, le parlement put en connaître.

Louis xn mourut 1 au moment oii il méditait une nouvelle expédition en Italie , et François rr fut son successeur. Les Marseillais lui députèrent Charles de Forbin pour lui rendre hommage cl* lui prêter serment de fidélité au nom de la ville. Le nouveau roi recul avec beaucoup de bienveillance le député de Marseille, et confirma les chapitres de paix, pour la bonne loyauté , disent les lettres patentes 3, que lesdits suppliants ont

'■ Par lettres patentes données à Blois le \i avril iliiH.

3 Le Ier janvier i î> 1 5.

! Données à Paris en fé\ lier i .'iû.

tenue envers nous et nosdits prédécesseurs comtes dudit comte y et par autres justes causes 1 .

François itr avait reçu de la nature un carac- 1ère noble et franc, un courage chevaleresque. Les soins tranquilles du gouvernement, les douces conquêtes des arts pacifiques, ne pouvaient convenir à sa jeunesse bouillante. Il fallait des combats, il fallait des trophées h cette amc pleine de feu et de confiance qui voulait s'emparer de la gloire comme de son patrimoine. François résolut dc,profiter des préparatifs de guerre faits par Louis xn. Il passa les Alpes et pénétra dans le Milanais. C'est en vain que les Suisses, avec lesquels il négociait, vinrent tout-à-coup l'attaquer. Arme chevalier par Bayard, il fit mordre la poussière a ces mercenaires, vendant toujours un sang qui ne peut couler avec honneur sur les champs de bataille que pour la défense- de la patrie. La célèbre journée de Marignan orna d'un impérissable laurier le front du jeune roi. Louise de Savoie sa mère, la reine son épouse, et sa sœur la duchesse d'Alençon , suivies d'une cour brillante et de 1500 cavaliers, vinrent alors en Provence pour visiter la Sl0-Baume, et pour y supplier le Dieu des batailles de continuer ses faveurs au héros qui en était si digne : elles croyaient que dans cette grotte renommée leurs

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